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1.septembre.20201.9.2020 // Les Crises

« Les nazis ont puisé dans la culture dominante de l’Occident libéral » – Johann Chapoutot

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Source : LVSL, Johann Chapoutot

Johann Chapoutot est professeur d’histoire à l’Université Paris-Sorbonne, spécialiste de de l’Allemagne nazie. Il a consacré de nombreux ouvrages à l’étude de l’idéologie nationale-socialiste (La loi du sang, le nazisme et l’Antiquité…) traduits en sept langues et récompensés par de nombreux prix. Il s’intéresse aux fondements philosophiques, historiques et (pseudo-)scientifiques du nazisme ; il étudie les moyens par lesquels cette vision du monde a pu devenir hégémonique en Allemagne à partir de 1933. Ses analyses mettent en lumière certains aspects peu connus de ce phénomène historique ; nous avons décidé de le rencontrer.


« La race, les colonies, une conception darwiniste du monde : toutes ces catégories formaient un monde commun entre les démocraties occidentales et les nazis »

LVSL : Les programmes scolaires présentent le national-socialisme comme une rupture radicale, presque comme une énigme, un monstre né au milieu de nulle part au sein de l’Occident libéral, l’Europe des Lumières. Dans votre livre Fascisme, nazisme et régimes autoritaires, vous suggérez pourtant que l’idéologie nazie trouve ses racines dans la pensée dominante et la culture de l’Europe du XIXème et XXème siècle…

Johann Chapoutot – Radicalité et rupture il y a eu en effet, dans la mesure où les nazis ont agi avec une violence extrême, dès 1933, contre leurs opposants politiques, c’est-à-dire la gauche sociale-démocrate, communiste et syndicale ; puis contre des personnes considérées comme biologiquement malades, qui ont été stérilisées dans un premier temps. Les nazis incarnent donc une rupture dans et par l’action.

Mais au niveau des idées, si l’on fait une analyse de la vision du monde nazie, si on décompose le nazisme en ses éléments constitutifs : le racisme, l’antisémitisme, l’eugénisme, le darwinisme social, le capitalisme version enfants dans les mines, le nationalisme, l’impérialisme, le militarisme… on découvre que ces éléments sont d’une grande banalité dans l’Europe, et plus largement dans l’Occident de l’époque. Les nazis puisent largement dans la langue de leurs contemporains, et c’est ce qui les rend fréquentables jusqu’au début de la guerre. On se demande pourquoi les démocraties n’ont pas réagi face au nazisme ; d’une part, elles avaient autre chose à faire. D’autre part, elles considéraient que ce que faisait Hitler dans son pays était honorable : plus de gauche, plus de syndicats … l’Allemagne est devenu un paradis pour les investisseurs à partir de 1933. Dans ce climat de lutte contre le communisme, l’Allemagne apparaissait en outre comme un rempart contre l’Est.

Lorsque Hitler évoquait ses intentions en politique étrangère, ses déclarations étaient reçues à l’étranger et actées. Un exemple : en mars 1939, Hitler envahit le reste de la Tchécoslovaquie, violant ainsi les accords de Munich. Protestation de Roosevelet devant cet homme si peu fiable qu’il déchire les traités ; Hitler répond à Roosevelt et aux chancelleries occidentales dans son discours du 23 avril 1939 au Reichstag. Il déclare qu’il est responsable du sort de 80 millions de « Germains » (au sens racial) et qu’il doit les nourrir ; que l’Allemagne abrite 150 habitants au kilomètre carré, contre 15 kilomètre carré aux Etats-Unis : l’Allemagne a donc besoin de conquérir un espace, un espace vital. Hitler ajoute que les démocraties occidentales, elles, ont leurs colonies. Que les Etats-Unis possèdent leur propre colonie intérieure, née du massacre des Indiens. Hitler déclare donc que les trois grandes démocraties du monde (les Etats-Unis, l’Angleterre et la France) n’ont rien à dire à l’Allemagne, parce que ce qu’elles pensent en terme d’hinterland colonial (des espaces dont les métropoles tirent subsistance), l’Allemagne nazie le pense en terme de biotope.

Ce discours est structuré par deux logiques sous-jacentes. D’une part, une logique de darwinisme social : un peuple blanc doit pouvoir s’étendre au détriment d’autres peuples moins évolués et moins civilisés. D’autre part, une logique encore plus clairement biologique: il doit y avoir une adéquation entre l’espace et l’espèce, entre le territoire et la race. Quand les chancelleries se trouvent face à ce genre de discours, que voulez-vous qu’elles trouvent à répondre ? Surtout de la part de pays qui ont conclu un Traité sans que l’Allemagne y ait son mot à dire, volé 15% de son territoire et confisqué ses colonies… Hitler joue sur deux choses : la mauvaise conscience des Occidentaux, vainqueurs d’hier, et le fait qu’il existe un monde commun entre eux. Il existe entre eux des catégories communes : la race, le juif, l’hinterland, une vision darwiniste du monde. Ce qu’ils font de ces catégories est différent, mais dire que les Juifs posent problème est un discours que personne ne conteste. En 1938, à la conférence d’Evian, chargée de statuer sur le sort des Juifs, aucun pays au monde ne veut accueillir les réfugiés ; seule la République dominicaine (sous le dictateur Trujillo) accepte d’accueillir les Juifs, pour des raisons racistes : il s’agissait de blanchir la population de la République dominicaine… Toutes ces catégories communes forment un monde commun entre l’Allemagne nazie et l’Occident libéral.

Il y a un saut épistémique dans la mesure où les nazis reprennent ces idées, très banales, très communes, qui constituent depuis le XIXème siècle la grille de lecture des Occidentaux, et les mettent en cohérence, dans une vision du monde très organisée, et surtout en application. Prenons la stérilisation des malades, par exemple ; ce n’est pas l’Allemagne nazie qui l’a inventée : on la pratiquait aux Etats-Unis, en Suisse, en Scandinavie. Mais cette stérilisation a atteint une échelle inégalée en Allemagne nazie : 400.000 personnes ont été stérilisées jusqu’en 1945, contre quelques dizaines de milliers auparavant. Les nazis agissent très massivement, très violemment et très rapidement. Pourquoi? Parce que (autre idée propre aux nazis) les nazis pensent que l’Allemagne est en train de mourir, qu’elle est en train de s’éteindre biologiquement. Et que s’il n’y a pas une réaction violente, l’Allemagne va s’éteindre en tant que peuple.

« L’idée que toute vie est combat est d’une banalité absolue dans l’Europe du XXème siècle »

LVSL : Vous mentionnez à plusieurs reprises l’importance du darwinisme social dans la vision du monde nationale-socialiste, ce courant de pensée selon lequel les individus les plus faibles d’une société sont destinés à mourir, en vertu de la loi impitoyable de la sélection naturelle. À l’origine, c’était une grille de lecture utilisée par des penseurs libéraux anglo-américains, destinée à justifier la mortalité que causait le capitalisme au sein des classes populaires… Existe-t-il une continuité entre ce courant de pensée, et l’eugénisme racialiste propre au national-socialisme ?

Totalement. Les nazis sont des gens qui n’inventent rien. Lorsque j’ai commencé à étudier le nazisme il y a quinze ans, je l’ai fait dans l’idée qu’il était un phénomène monstrueux, maléfique, incompréhensible, en rupture radicale avec ce qui l’avait précédé… Mais quand j’ai lu les nazis, j’ai découvert qu’ils disent des choses tout à fait banales par rapport aux penseurs de leur temps. L’idée que toute vie est combat est d’une banalité absolue dans l’Europe du XXème siècle. Le darwinisme social a été introduit en Allemagne par un britannique, Houston Stewart Chamberlain, gendre de Wagner et mélomane. Il avait lu Darwin et surtout les darwinistes sociaux : Spencer, Galton… En 1897, il rédige les Fondements du XIXème siècle, un livre qui pose les bases du darwinisme social allemand. Cet ouvrage est la passerelle culturelle entre le darwinisme social anglo-saxon et sa version allemande.

Cette idée d’une lutte pour la vie, et d’une vie comme zoologie, d’une lutte zoologique pour l’existence en somme, qui passe par la sécurisation des approvisionnements et de la reproduction, se retrouve partout, singulièrement en Grande-Bretagne et en France ; en effet, le darwinisme social est la théorie d’une pratique politique – l’ordre capitaliste, et géopolitique – la colonisation. Il se trouve qu’au XIXème siècle, l’aventure coloniale allemande n’est pas très importante par rapport à ce qu’elle est en France et en Grande-Bretagne. Elle a donc été introduite tardivement dans ce pays, par Chamberlain. Cette idée prospère rapidement, se développe, et nourrit les argumentaires pangermaniques : les Germains sont supérieurs aux Slaves comme les Britanniques le sont aux « Nègres » ; par conséquent, les Germains doivent conquérir leur espace vital au détriment des Slaves. Les nazis récupèrent ces idées banales radicalisées par la Grande Guerre. La guerre de 14-18 prouve que les darwinistes sociaux ont raison : tout est guerre, lutte et combat. Les nazis décident de faire de cette expérience une politique : si les Allemands ne veulent pas mourir, ils doivent être réalistes, et laisser choir l’humanisme et l’humanitarisme. Il faut accepter que toute vie est combat, sous peine de mourir.

J’irais plus loin que le cadre de votre question. Je trouve que ce darwinisme social se porte très bien aujourd’hui. Il se retrouve dans des petits tics de la langue qui se veulent bienveillants (« t’es un battant toi« …). Il se retrouve dans la bêtise de certaines personnes que l’on prétend philosophes et qui vous parlent des gens qui ne sont rien, des assistés, des fainéants… Si l’on se retrouve au sommet de la société parce qu’on a été banquier, haut fonctionnaire, président de la République, alors on a tendance à croire que c’est un ordre naturel qui nous a élu, que l’on est là parce qu’on est le meilleur, naturellement ; que l’on s’est affirmé dans la lutte pour la vie, en somme. Cela part d’un manque de lucidité stupéfiant sur la fabrique sociale de la « réussite ».

« La grande industrie et la finance allemande ont évidemment trouvé tout leur intérêt à l’arrivée des nazis au pouvoir »

LVSL : Les historiens marxistes mettent l’accent sur une autre forme de continuité : la continuité économique et sociale qui existe entre l’ordre pré-nazi et le IIIème Reich, c’est-à-dire la perpétuation de la domination d’une classe de financiers et d’industriels sur celle des travailleurs. Que pensez-vous de la thèse marxiste classique, qui analyse le fascisme et le nazisme comme « expressions politiques du capitalisme monopolistique » ?

C’est la thèse officielle du Komintern à partir de 1935. Les membres du Komintern se sentent fautifs, car jusqu’alors c’est la stratégie « classe contre classe » qui a prévalu ; elle a abouti à ce que les communistes combattent les sociaux-démocrates davantage que les nazis. L’arrivée d’Hitler au pouvoir a constitué un vrai choc pour eux. D’où l’abandon de la stratégie « classe contre classe » au profit de la tactique du « Front Populaire ».

Les communistes allemands ont été traumatisés par la disparition de la gauche la plus puissante d’Europe, la gauche allemande. Pour penser ce traumatisme, ils ont élaboré cette herméneutique, en stricte orthodoxie marxiste, qui consiste à dire que le “fascisme” constitue la dernière tentative d’une bourgeoisie aux abois pour se maintenir en position de domination sociale, économique, politique, financière… Le « fascisme » devient un terme générique qui désigne tout aussi bien la doctrine de Mussolini que celle des nationaux-socialistes allemands (en Europe de l’Est, on parlait de « deutsche Faschismus« , fascisme allemand), alors que ce n’est pas du tout la même chose. Dans sa formulation la plus résumée et la plus dogmatique, cette grille de lecture devient un catéchisme un peu idiot. Cette lecture orthodoxe issue du Komintern est demeurée celle d’une historiographie de gauche fortement marquée par l’histoire sociale, qui n’est pas à rejeter, car elle a produit de grands travaux.

La grande industrie allemande et la finance allemande ont évidemment trouvé tout leur intérêt à l’arrivée des nazis au pouvoir. Les répercussions de la crise de 1929 sont terribles en Allemagne. L’Allemagne est le pays le plus touché, parce qu’il était le mieux intégré au circuit du capital international ; il a beaucoup souffert de la fuite brutale des capitaux américains. À l’été 1932, l’Allemagne compte 14 millions de chômeurs ; si on prend en compte les chômeurs non déclarés, elle en compte 20 millions. La crise signifie pour les Allemands la famine et la tuberculose. Les nazis ont été vus comme les derniers remparts possibles contre une révolution bolchévique. D’où la lettre ouverte de novembre 1932 à Hindenburg qui l’appelle à nommer Hitler chancelier, signée par des grands patrons de l’industrie et de la banque. Le parti nazi reçoit des soutiens financiers considérables. C’est grâce à eux qu’il peut fournir à des centaines de milliers de SA des bottes, des casquettes, des chemises, de la nourriture. Les campagnes électorales des nazis coûtent une fortune, notamment du fait de l’organisation de leurs gigantesques meetings ; Hitler ne cesse de se déplacer en avion, à une époque où l’heure de vol est hors de prix. Les mécènes qui financent le parti nazi voient en lui le dernier rempart contre le péril rouge. Ils sont gâtés, car d’une part les nazis détruisent de fait la gauche allemande, les syndicats, l’expression publique ; de l’autre, ils relancent l’économie comme personne ne l’avait fait avant eux par la mise en place de grands travaux d’infrastructure à vocation militaire, et par des commandes d’armement inédites dans l’histoire de l’humanité. Les commandes d’armement font travailler le charbon, l’acier, la chimie, les composants électriques, le cuir, la fourrure, la mécanique, l’aviation…

Les industriels savent très bien que l’Etat allemand ne peut pas financer ce qu’il est en train de faire. L’Etat commande des chars, des avions, mais ne paie pas ; il joue un jeu assez complexe et plutôt malin (je vais simplifier, mais le principe est là). Il paie les industriels en bons à intérêt… et leur déclare que ceux-ci seront versés grâce au pillage de l’Europe. Tout le monde est au courant, les industriels au premier rang, parce qu’ils ne sont pas payés, ou très peu : l’heure des comptes va sonner plus tard, quand le Reich aura les moyens d’envahir l’Europe. Les industriels ont donc été les complices et les bénéficiaires du Reich.

Ne parlons même pas de ce qu’est devenue leur activité après 1940. Leurs commandes augmentent, et l’industrie obtient via Himmler que l’on mette le système concentrationnaire à son service. On en arrive à la loi d’airain des salaires de Karl Marx : vous ne rémunérez la force de travail qu’autant que nécessaire, afin qu’elle puisse se renouveler pour se maintenir. La loi d’airain des salaires dans les années 1940, c’était les camps de concentration, c’est-à-dire l’exploitation jusqu’à son terme de travailleurs que l’on n’a même pas besoin maintenir en vie, parce qu’il y avait une telle rotation que si un travailleur mourait en deux jours, un autre le remplaçait aussitôt.

LVSL : On commémore le centenaire de la Révolution d’octobre 1917, et on a pu voir un certain nombre de parallèles effectués entre IIIème Reich et Union Soviétique. Dans les programmes scolaires de Première, les deux sont clairement amalgamés sous le concept de « totalitarismes », et des parallèles très nets sont effectués entre l’idéologie nazie et l’idéologie marxiste-léniniste : « lutte des races » d’un côté, « lutte des classes » de l’autre. Que pensez-vous de ces parallèles ?

La comparaison est toujours légitime en histoire ; même inconsciente, elle est à la base de la démarche historienne. Les paroles que je prononce ici et maintenant prennent sens comparées à autre chose. La comparaison est l’essence même de l’intelligence historienne. Ce qui est plus gênant, c’est l’assimilation. Comparaison n’est pas assimilation.

Le concept de totalitarisme n’est pas inintéressant à la base, tel qu’il a été pensé par Enzo Traverso. L’utilisation qui en a été faite après 45 a été politiquement investie. Il s’agissait par la comparaison entre l’Union Soviétique, ennemie du monde libre, et le nazisme, d’induire l’idée que le communisme dans sa version stalinienne était criminel et maléfique. Cela est absolument indubitable en termes de pratique sociale ou si on prend en compte le nombre de morts. Le problème, c’est que cette assimilation, qui n’est plus une comparaison, et qui est motivée par une logique de Guerre froide, en vient à fausser l’intelligence historienne. En tant que spécialiste du nazisme, je ne me sers pas du concept de totalitarisme. C’est un concept scolastique, qui ne m’apporte rien d’un point de vue heuristique. Il n’apporte rien non plus à Nicolas Werth, lorsqu’il s’agit de parler de l’URSS. Le totalitarisme est devenu un objet d’étude en soi, dont le parcours et l’histoire sont intéressants ; mais pour un regard heuristique sur nos objets, ce concept nous embarrasse tant il est chargé de son histoire propre. Son introduction dans les programmes scolaires et sa déclinaison en trois branches, « communisme », « fascisme” et « nazisme » (qui sont ainsi assimilés) fausse totalement la perspective historienne, parce qu’il existe des différences flagrantes entre ces visions du monde.

On peut vous opposer qu’une balle du NKVD vaut une balle du SD [service de renseignement de la SS]. Mais il reste que l’histoire, qui est en partie un art de la comparaison, reste un art de la distinction. Une victime du goulag n’est pas tuée pour les mêmes raisons, et aux mêmes fins qu’une victime de la Shoah. La biologisation chez les nazis est poussée à l’extrême, totalement, partout. Une victime du nazisme ne peut pas, biologiquement, échapper au nazisme ; un Juif ne peut pas échapper au fait qu’il soit biologiquement Juif. Cette biologisation est absente de la culture communiste. Elle est présente dans le stalinisme : Staline raisonnait en termes d’ethnies et avait des penchants antisémites. Mais cette dimension biologique est censée être absente du stalinisme. Une victime de la répression stalinienne est censé pouvoir y échapper en faisant amende honorable. On peut sortir d’un goulag. On ne sort pas d’un centre de mise à mort nazi. On est condamné de naissance à mourir, parce qu’on n’échappe pas à sa biologie. En théorie ce n’est pas le cas avec le stalinisme, même si c’est différent en pratique…

« Comparer les années 30 à la période actuelle n’est pas pertinent »

LVSL : Aujourd’hui, on assiste à une montée de l’extrême-droite partout en Europe. On ne compte plus les références faites aux « années 30 » pour parler de la situation actuelle. Peut-on comparer ces deux époques s’agissant de la montée de l’extrême-droite en Europe ?

Le parallèle est pertinent entre les extrêmes-droites actuelles et celles des années 20 et 30. D’une part, parce que les extrêmes-droites actuelles en sont les héritières en filiation sociale. On connaît l’histoire du Front National ; on sait que des anciens Waffen SS ont contribué à sa création, ou que d’ex-nazis ont participé à fondation du FPÖ autrichien. En termes de genèse, il y a bien une filiation sociale et intellectuelle. Il y a en effet une filiation idéologique, parce que leurs dirigeants se réclament des mêmes réflexes, font appel aux mêmes lieux communs, aux mêmes angoisses, aux mêmes aspirations : critique de la modernité cosmopolite, critique de la mixité des sexes, nationalisme ultra, alliance avec les intérêts financiers et industriels… Cela ne veut pas dire, par exemple, que le Front National est une organisation fasciste, c’est une extrême-droite qui n’a pas besoin d’aller chercher ailleurs ses références. Zeev Sternhel a très bien démontré qu’elle les puise dans la France des XIXème et XXème siècles (Boulanger, Maurras, Barrès, l’OAS…).

Comparer les périodes, en revanche, est non pertinent. Bien qu’il y ait des éléments similaires (remise en cause de la démocratie, doutes politiques, sociaux, éthiques, etc…), on ne vit pas dans le même monde, ne serait-ce que parce que l’Europe des années 30 était un monde informé, créé par la Grande Guerre. L’Europe des années 30 était habitée par 80 millions d’hommes à qui l’on a dit qu’il était bien de tuer, de frapper, de blesser. Ils avaient un rapport à la violence et à la mort qui n’est pas le nôtre aujourd’hui. Nous (je parle des Européens de l’Ouest et du centre, je n’inclus pas les Balkans qui ont connu une guerre civile au début des années 90) avons un rapport et à la mort qui ne vient pas encourager quelque chose comme le nazisme. Le nazisme se nourrit de cette fascination pour la mort, de ce romantisme héroïque à la fois mortifère et morbide…

LVSL : Dans vos ouvrages (et notamment La loi du sang), la doctrine nazie apparaît comme une vision du monde unifiée, systématisée, presque monolithique. Le nazisme possédait-il une telle cohérence, ou avez-vous procédé à une reconstitution a posteriori, à la mise en place d’une sorte d’idéal-type de la pensée nazie, pour lui donner une cohérence qu’elle n’avait pas ?

La manière dont je représente la vision du monde nazie n’est pas monolithique. Je montre qu’il existe des débats, des désaccords, que le traitement des populations à l’Est faisait l’objet de disputes politiques entre Alfred Rosenberg et Himmler par exemple ; je montre qu’il y a des désaccords entre les acteurs sociaux qui sont porteurs de cette vision du monde, qu’il existe des contradictions, mais aussi que cette vision du monde est suffisamment plastique et dynamique pour digérer ses propres contradictions. Un exemple : quand j’étudiais la vision de l’Antiquité des nazis, j’ai constaté qu’il existait des désaccords autour d’Alexandre le Grand : selon certains auteurs, Alexandre était un grand conquérant nordique blond aux yeux bleus, le premier à avoir soumis l’Asie, le premier guerrier impérial germanique… Selon d’autres, Alexandre avait fauté, péché contre la race, parce qu’il avait diligenté les noces de Suse entre l’élite macédonienne nordique et l’élite perse asiatique, sémitique. J’ai montré qu’il y a eu un dépassement de cette contradiction dû à la puissance agrégative de la vision du monde nazie : en définitive, l’élite perse était une élite germanique, parce que l’empire perse ne pouvait avoir été créé, dans sa magnificence, que par le génie germanique ; l’élite impériale était donc restée germaniquement pure ; avec la célébration des noces de Suse, Alexandre recréait finalement le lien racial entre les élites nordiques : cela permettait de sauver Alexandre pour la cause raciste. C’est une des raisons multiples pour lesquelles la vision du monde nazie séduit, convainc, fonctionne : elle est agrégative, dynamique, cumulative et infalsifiable. Vous avez toujours raison quand vous la mobilisez : elle a cela en commun avec n’importe quelle théorie du complot ; soit un élément vient la confirmer : ça veut dire que cette vision du monde est la bonne ; soit un élément vient l’infirmer, mais cela signifie qu’il a été créé par les ennemis de la théorie du complot. C’est pour cela qu’il est difficile de discuter avec un nazi (cela existe encore !) ou un négationniste. Aux arguments scientifiques, ils opposent que vous êtes payés par les Juifs. En cela les négationnistes sont de vrais petits héritiers de leurs modèles nazis.

LVSL : Justement, peut-on pousser plus loin ce parallèle entre la vision du monde nazie et les « théories du complot » dans les mécanismes psychologiques qu’elles mobilisent ? Dans le Système totalitaire, Hannah Arendt explique l’attrait des idéologies totalitaires par le fait qu’elles proposent des visions du monde globales et structurantes, qui ramènent la multiplicité des phénomènes à des schémas explicatifs systémiques et rassurants. Les théories du complot fonctionnent-elles de la même manière ?

C’est l’un des grands mérites intellectuels et psychologiques d’une théorie du complot. Très clairement, le nazisme est une théorie du complot : le complot racial, le complot juif, judéo-chrétien, judéo-bolchévique… Le grand mérite intellectuel de ces discours-là, c’est d’être aisément compréhensibles, puisqu’on ramène la complexité à un principe simple, aisément digérable, infalsifiable, et qui apporte un réconfort psychologique. Vous étiez démuni face à un choc, un traumatisme, une incompréhension… et désormais vous êtes pleinement rassurés. En plus vous faites partie de la caste des illuminés, des sages, des mages, de ceux qui ont compris la complexité du monde…

Propos recueillis par Vincent Ortiz pour LVSL

Source : LVSL, Johann Chapoutot

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Commentaire recommandé

chimiste // 01.09.2020 à 09h12

Vous avez de toutes évidences lu Nietzsche avec attention et discernement… Que des politiques s’emparent de trois extraits d’un auteur pour en faire une caution (a)morale et voilà ce dernier devenu la source de leur pensée.
C’est un peu comme ceux qui voient aujourd’hui Deleuze comme la matrice idéologique des sjw. Il faudrait au moins essayer de lire et de comprendre, mais c’est tellement plus confortable de coller des étiquettes.

64 réactions et commentaires

  • LibEgaFra // 01.09.2020 à 07h07

    Hitler a puisé sa pensée politique chez Nietzsche: racisme, colonialisme (pays slaves = sous hommes), société de castes avec esclaves, horreur de la démocratie, du socialisme et de la modernité, surhommes, eugénisme, etc.

      +3

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    • chimiste // 01.09.2020 à 09h12

      Vous avez de toutes évidences lu Nietzsche avec attention et discernement… Que des politiques s’emparent de trois extraits d’un auteur pour en faire une caution (a)morale et voilà ce dernier devenu la source de leur pensée.
      C’est un peu comme ceux qui voient aujourd’hui Deleuze comme la matrice idéologique des sjw. Il faudrait au moins essayer de lire et de comprendre, mais c’est tellement plus confortable de coller des étiquettes.

        +31

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      • Rémi // 01.09.2020 à 10h23

        Vive les étiquettes et si vous les faites RFID vous pouvez vous prétendre moderne et devennir journaliste en France.
        Vous savez un de ces gens payés pour pourrir le débat public en France en perturbant tellement la langue que les concepts ne veulent plus rien dire et qu’il devient impossible de mettre des mots précis sur ce qui se passe en réalité.
        Par exemple juste pour nous amuser, vous avez en france un état surpuissant extrémement présent dans l’économie qui réglemente lourdement des secteurs comme le logement et on vous dit que le problème est le libéralisme.
        Un Ron Paul lui vous dit que le problème est: Le socialisme pour les riches (Vous savez les marchés ne doivent pas baisser) le libéralisme pour les pauvres (Il faut des accords par entreprises.
        J’en passe et des meilleures

          +5

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      • LibEgaFra // 01.09.2020 à 11h10

        « Que des politiques s’emparent de trois extraits d’un auteur pour en faire une caution (a)morale et voilà ce dernier devenu la source de leur pensée. »

        De toute évidence vous n’avez pas lu Nietzsche alors qu’Hitler si. Il y est même question de la « race aryenne » et de la « Grande Politique » ainsi que du rôle de la guerre. Suivez donc votre conseil et lisez Nietzsche.

          +0

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        • iMike // 01.09.2020 à 21h42

          Vous avez peut-être lu Nietzsche, mais à l’évidence, vous n’y avez strictement rien compris.

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          • LibEgaFra // 02.09.2020 à 07h13

            Joli sophisme. Tandis que vous vous avez certainement lu tout Nietzsche et tout compris. Félicitations!

            Le jour où vous aurez un argument, faites-moi signe!

              +0

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        • LibEgaFra // 02.09.2020 à 07h28

          Il utilise effectivement le mot « race » (race supérieure, race blonde, etc.) dans plusieurs sens. Un exemple très clair:

          « Die Kelten, beiläufig gesagt, waren durchaus eine blonde Rasse; man thut Unrecht, wenn man jene Streifen einer wesentlich dunkelhaarigen Bevölkerung, die sich auf sorgfältigeren ethnographischen Karten Deutschlands bemerkbar machen, mit irgend welcher keltischen Herkunft und Blutmischung in Zusammenhang bringt, wie dies noch Virchow thut: vielmehr schlägt an diesen Stellen die vorarische Bevölkerung Deutschlands vor. (Das Gleiche gilt beinahe für ganz Europa: im Wesentlichen hat die unterworfene Rasse schliesslich daselbst wieder die Oberhand bekommen, in Farbe, Kürze des Schädels, vielleicht sogar in den intellektuellen und socialen Instinkten: wer steht uns dafür, ob nicht die moderne Demokratie, der noch modernere Anarchismus und namentlich jener Hang zur „Commune“, zur primitivsten Gesellschafts-Form, der allen Socialisten Europa’s jetzt gemeinsam ist, in der Hauptsache einen ungeheuren Nachschlag zu bedeuten hat — und dass die Eroberer- und Herren-Rasse, die der Arier, auch physiologisch im Unterliegen ist?…). »

          La race des maître et des conquérants, celle des aryens. Compris 5/5 par qui vous savez.

            +1

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        • LibEgaFra // 02.09.2020 à 07h35

          Exemple de premier degré (pour ceux qui veulent faire croire que Nietzsche veut dire le contraire de ce qu’il dit):

          http://hansenlove.over-blog.com/article-30095746.html

            +0

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    • X // 01.09.2020 à 09h15

      Bizarre que vous commenciez le fil de ce billet consacré à J. Chapoutot et sa vision du nazisme par votre jugement sur Nietzsche alors que Chapoutot essaie précisément de s’éloigner de ces poncifs (la pensée de l’allemand Nietzsche comme responsable de l’hitlerisme, blabla) qui ont agit comme un écran de fumée par rapport à la vraie nature du nazisme.

      Ceux qui haïssent Nietzsche au point de le ramener constamment sur le tapis à propos du nazisme, sont en général particulièrement agacés par ses propos sur « le grand ressentiment« (Ils se sentent visés peut-être ?)
      Et pourtant, cette analyse du ressentiment eclaire magnifiquement l’éthos nazi, celui de leurs chefs surtout.

      Je suis persuadé Nietzsche aurait détesté les nazis.

        +16

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      • LibEgaFra // 02.09.2020 à 07h44

        Nietzsche a adoré tous les grands conquérants, depuis Alexandre jusqu’à Napoléon, en passant par Jules César et Mahomet. Son modèle du surhomme: César Borgia. On est loin, très loin d’Albert et de Sigmund (voir la correspondance publiée ce jour par les-crises.fr).

        Il a été le premier nationaliste européen. Et il a reproché à Bismarck ce qu’il n’a pas fait et qu’Hitler a fait.

        A propos de ressentiment, on pourrait évoquer la haine de Nietzsche pour le judaïsme et le christianisme. Nietzsche c’est souvent faites ce que je dis ne faites pas ce que je fais (éradication des faibles et des malades, participation à la guerre, etc.).

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        • LibEgaFra // 02.09.2020 à 07h58

          « qu’Hitler a fait. »

          A savoir l’unification de l’Europe… sous direction allemande. Cela ne rappelle rien à personne? Allons un petit effort…

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    • Urko // 01.09.2020 à 10h26

      Mais alors, il faudrait savoir parce que Nietzsche se proposait justement d’en finir avec la culture occidentale telle qu’elle était. Sur cela, il n’y a pas d’ambiguïté quant à son projet. Alors, le nazisme, dérivé de la culture occidentale ou héritier de ceux qui voulaient y mettre fin ? La mauvaise foi ferait répondre que pour ceci, il pioche là et pour cela, ici, mais bon…

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    • Urko // 01.09.2020 à 10h50

      Il faudrait savoir : Nietzsche se proposait d’en finir avec la culture occidentale et voulait la remplacer – nulle équivoque sur ce point, vous en conviendrez – alors, quoi, le nazisme, héritier idéologique de la culture occidentale ou héritier idéologique de ceux qui voulaient la supprimer ? [modéré]

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      • LibEgaFra // 02.09.2020 à 07h53

         » Nietzsche se proposait d’en finir avec la culture occidentale  »

        Nullement, il voulait en finir avec le christianisme et ce qu’il considérait comme des rejets du christianisme: la démocratie, le socialisme, la Commune, la pitié, la paix, le soutien aux « faibles », etc.

        Il voulait aussi en finir avec Rousseau, la révolution française, etc.

        Cela fait plaisir de constater que nombre des lecteur des-crises prennent la défense d’un type qui considérait la guerre comme indispensable à la « civilisation » européenne.

        Quant à la « culture occidentale », Nietzsche a été catastrophé quand il a appris la (fausse) nouvelle de l’incendie du Louvre.

        Il voulait une société de castes au service de « génies » créateurs d’art.

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        • Urko // 03.09.2020 à 09h42

          Je ne défends pas Nietzsche, dont je n’ai lu qu’une œuvre et qui a par ailleurs pas mal changé d’avis sur beaucoup de sujets. Je m’amuse à voir les contradictions neuneus de ceux qui réfléchissent comme des tambours.

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          • LibEgaFra // 04.09.2020 à 12h41

            « qui a par ailleurs pas mal changé d’avis sur beaucoup de sujets. »

            Oui, sur Luther, par exemple. Vous dites « beaucoup ». Montrez-nous donc d’autres exemples.

            Moi aussi je m’amuse beaucoup à constater que certaine personne ont un avis tranché sans avoir lu tout Nietzsche dans le texte.

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    • chimiste // 02.09.2020 à 10h17

      Vous n’êtes pas drôle, toujours dans l’affirmation et la certitude: deux extraits et nous voilà quod erat demonstrandum. Si vous ne lisez Nietzsche qu’avec les yeux de celui qui veut y voir un pre-nazi, vous ne verrez que lui. A ce prix là peu d’intellectuels du XIX échapperont aux appellations d’antisémites, racistes, usw.
      Je ne lis dans votre extrait qu’un constat, certes dans les termes ethnoracialistes prévalents à la fin du XIX, insinuant d’ailleurs que la race « des seigneurs » est elle aussi en déroute physiologique (auch physiologisch im Unterliegen ist).
      Qu’il nomme Aryens les peuples nordiques, et effectivement blonds, qui règnèrent sur le nord et de l’est de l’Europe, défaisant les armées de César en son temps, n’est pas spécialement choquant. Il observe comment des siècles de civilisation ont dissout cette lignée de guerriers pour en faire l’Allemagne industrielle et imbue d’elle même dans laquelle il évolue. Le propos ethnocentré (très XIXeme en général, il n’y a qu’à écouter les socialistes français de la même époque), ne me séduit pas plus que vous, mais me semble tout à fait secondaire par rapport à son argument.

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    • chimiste // 02.09.2020 à 10h17

      Nietzsche voit comme une décadence l’arrivée de l’homme moderne, empétré dans ses propres mensonges, fuyant l’existence dans les fantaisies technologiques. La sophistication de la société n’est pour lui qu’un enlisement dans l’apathie et la bêtise, attendant qu’une catastrophe vienne l’en sortir. D’où son apologie de la guerre, non pas comme un souhait, mais comme la reconnaissance de la destruction comme nécessité créatrice.
      Dire qu’il appellait à l’Allemagne industrieuse, moralisante et sournoise du NSDAP est un contresens complet. Ce que vous décrivez c’est la manière dont les nazis se sont appropriés sa pensée, alors qu’il ne fait que discuter –au travers de sa grille de lecture, tout à fait criticable au demeurant– un processus qu’il voit déjà mener aux horreurs du XX siècle: « Il est des visionnaires de la politique et de la société qui poussent de toute leur éloquence enflammée à un renversement total de l’ordre établi,[…] tout bouleversement de ce genre fait chaque fois revivre les énergies les plus sauvages, ressuscitant les horreurs et les excès depuis longtemps enterrés d’époques reculées ».

      Il prophétise que ce mouvement décadent ne prendra fin que par l’avènement d’une autre ère, d’un autre homme; un homme maître avant tout de lui-même. Il est vrai que ceux qu’il n’en juge pas capables (plus ou moins tout le monde) ne récoltent que son mépris.

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      • LibEgaFra // 03.09.2020 à 06h46

        « D’où son apologie de la guerre, non pas comme un souhait, mais comme la reconnaissance de la destruction comme nécessité créatrice. »

        Effectivement pas comme un souhait, mais pas comme une « nécessité créatrice » non plus, mais comme une volonté de domination. D’où la guerre « indispensable ». D’où l’admiration sans borne pour Napoléon:

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        • LibEgaFra // 03.09.2020 à 06h48

          « Unser Glaube an eine Vermännlichung Europa’s. — Napoleon verdankt man’s (und ganz und gar nicht der französischen Revolution, welche auf „Brüderlichkeit“ von Volk zu Volk und allgemeinen blumichten Herzens-Austausch ausgewesen ist), dass sich jetzt ein paar kriegerische Jahrhunderte auf einander folgen dürfen, die in der Geschichte nicht ihres Gleichen haben, kurz dass wir in’s klassische Zeitalter des Kriegs getreten sind, des gelehrten und zugleich volksthümlichen Kriegs im grössten Maassstabe (der Mittel, der Begabungen, der Disciplin), auf den alle kommenden Jahrtausende als auf ein Stück Vollkommenheit mit Neid und Ehrfurcht zurückblicken werden: — denn die nationale Bewegung, aus der diese Kriegs-Glorie herauswächst, ist nur der Gegen-choc gegen Napoleon und wäre ohne Napoleon nicht vorhanden. Ihm also wird man einmal es zurechnen dürfen, dass der Mann in Europa wieder Herr über den Kaufmann und Philister geworden ist; vielleicht sogar über „das Weib“, das durch das Christenthum und den schwärmerischen Geist des achtzehnten Jahrhunderts, noch mehr durch die „modernen Ideen“, verhätschelt worden ist. « 

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        • LibEgaFra // 03.09.2020 à 06h50

          « Napoleon, der in den modernen Ideen und geradewegs in der Civilisation Etwas wie eine persönliche Feindin sah, hat mit dieser Feindschaft sich als einer der grössten Fortsetzer der Renaissance bewährt: er hat ein ganzes Stück antiken Wesens, das entscheidende vielleicht, das Stück Granit, wieder heraufgebracht. Und wer weiss, ob nicht dies Stück antiken Wesens auch endlich wieder über die nationale Bewegung Herr werden wird und sich im bejahenden Sinne zum Erben und Fortsetzer Napoleon’s machen muss: — der das Eine Europa wollte, wie man weiss, und dies als Herrin der Erde. »
          Oui, vous avez bien lu, l’Europe unie grâce à la guerre, maîtresse du monde. Reçu 5/5 par qui vous savez.

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      • LibEgaFra // 03.09.2020 à 07h10

        « Il est vrai que ceux qu’il n’en juge pas capables (plus ou moins tout le monde) ne récoltent que son mépris. »

        Si ce n’était que son mépris…

        Tout ce qui est décadent, malade, la vie descendante, doit disparaître. Les médecins sont même convoqués pour ce faire. Et vous oubliez « l’éternel retour » qui implique une totale absence de libre arbitre. La réduction de sa pensée à la formation d’un « autre homme » est faire fi de ce qu’il entend par surhomme dont le modèle est César Borgia. C’est également faire fi de toute la dimension sociale et antidémocratique de sa pensée, société de castes, avec le troupeau en bas et les « génies » en haut et les génies comme seule justification de toute société. Hitler a parfaitement compris Nietzsche.

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        • chimiste // 03.09.2020 à 10h52

          Je dois admettre que vous semblez bien plus versé que moi dans ses écrits (je n’ai que très peu lu Nietzsche dans la langue de Goethe). Mes excuses donc pour le premier message vous invitant à le lire mieux.

          Vous parlez de l’absence de libre arbitre, et c’est bien là que ma lecture ne s’accorde pas avec la pensée pre-nazi que vous lui accordez. Quand je lis Nietzsche, je ne vois pas les opinions arrêtées de quelqu’un sur ce que devrait être le monde ou de quelconques jugements, mais la description d’un mouvement déterminé et nécessaire (je sais qu’il sentence continuellement les uns et les autres, mais cela me semble n’être qu’une conséquence de sa philosophie).
          La guerre, Napoléon et autres Borgia me semblent admirés non pas en tant qu’idéaux, mais en tant que formidables expressions d’une volonté de puissance. C’est cette puissance actualisée qui est considérée comme déterminante, dans une forme de prolongement du déterminisme Spinoziste.
          Je ne pense pas que Nietzsche aurait combattu ou supporté le nazisme (ce genre de considérations anachroniques a toujours quelque chose de monstrueux), car je crois qu’ils ne parlent pas de la même chose du tout. Je lis Nietzsche invoquer la guerre comme il invoquerait la tempête, et juger de personnages historiques comme il jugerait le feu d’un volcan. Les politiques idéologues (Nazi et tous les autres) me semblent au contraire bouffés de morale et de certitudes sur un idéal à atteindre au travers de choix dont ils portent fièrement la responsabilité.
          Nietzsche voulait renverser les idôles, Hitler voulait en ériger de nouvelles.

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        • chimiste // 03.09.2020 à 10h53

          Cela dit je ne doute pas que derrière toutes ses prétentions à parler « au delà » lui aussi était esclave d’idéaux pas toujours louables. Vous en êtes de toute évidence bien plus conscient que moi.
          J’éviterai tout de même d’essentialiser sa vision sur la base de quelques extraits. Son oeuvre n’est pas monolithique, et les contradictions (apparentes au moins) sont saillantes, peut-être à dessein. Les premiers paragraphes de Ecce Homo décrivent par exemple un rapport à la maladie bien plus ambivalent que la répugnance hygiéniste que vous entendez: « sans compter que je suis un décadent, je suis aussi le contraire d’un décadent » ou encore « La maladie seule me ramena à la raison ».
          On pourrait alors voir en Nietzsche une lutte acharnée contre la faiblesse de l’Être plutôt que contre des êtres faibles.

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          • LibEgaFra // 04.09.2020 à 13h19

            Ses propos sur la décadence et la faiblesse sont très clairs. Oui, il a été constamment malade et les propos que vous rapportez sont pure rhétorique. Selon lui, on devient « fort » en surmontant un obstacle, par exemple une maladie, une opposition, un ennemi, etc. D’où la nécessité de la guerre pour se rendre plus fort. Der Wille zur Macht! Le petit problème est qu’il n’a jamais eu conscience de sa maladie psychique, et qu’il n’a jamais pu la surmonter. D’où sa fin.

            En matière politique, son œuvre n’a pas varié, si ce n’est dans les détails. Lisez donc l’Etat chez les Grecs de ses débuts avec le Crépuscule des idoles de la fin.

            Sur la faiblesse non plus il n’a jamais varié. Et ses propos sont particulièrement clairs. Par exemple:

            « Moral für Ärzte. — Der Kranke ist ein Parasit der Gesellschaft. In einem gewissen Zustande ist es unanständig, noch länger zu leben. Das Fortvegetiren in feiger Abhängigkeit von Ärzten und Praktiken, nachdem der Sinn vom Leben, das Recht zum Leben verloren gegangen ist, sollte bei der Gesellschaft eine tiefe Verachtung nach sich ziehn. Die Ärzte wiederum hätten die Vermittler dieser Verachtung zu sein, — nicht Recepte, sondern jeden Tag eine neue Dosis Ekel vor ihrem Patienten… « 

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          • LibEgaFra // 04.09.2020 à 13h20

            (suite, autre citation)

            « Nicht Zufriedenheit, sondern mehr Macht; nicht Friede überhaupt, sondern Krieg; nicht Tugend, sondern Tüchtigkeit (Tugend im Renaissance-Stile, virtù, moralinfreie Tugend)
            Die Schwachen und Missrathnen sollen zu Grunde gehn: erster Satz unsrer Menschenliebe. Und man soll ihnen noch dazu helfen.
            Was ist schädlicher als irgend ein Laster? — Das Mitleiden der That mit allen Missrathnen und Schwachen — das Christenthum… »

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            • LibEgaFra // 04.09.2020 à 14h35

              « Oui, il a été constamment malade »

              Et il n’a jamais arrêté de se plaindre dans ses correspondances. Il n’a jamais compris que ces manifestations n’étaient que les symptôme d’une maladie sous-jacente qu’il n’a jamais comprise. Self-diagnostic bien sûr impossible pour un mégalomaniaque.

                +0

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  • LibEgaFra // 01.09.2020 à 07h15

    « Aujourd’hui, on assiste à une montée de l’extrême-droite partout en Europe. »

    Voui, cette extrême droite si utile en France pour faire élire un représentant des banquiers et disqualifier tout opposition réelle et si soutenue en Ukraine et en Russie. Personne ne crie sur les toits que « l’opposant principal à Poutine » est un raciste à faire pâlir d’envie Le Pen lui-même.

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    • Alfred // 01.09.2020 à 07h56

      Peut être parce que ce type n’est pas l’opposant principal à poutine (puisque c’est le pc).
      Ceci étant dit cela ne vous interroge pas que les mêmes qui diabolisent ici (contre le rn) et aux Etats Unis (contre Trump) angelisent en Russie (en faveur de navalny) et en Ukraine (Maïdan ans co)? Si leur compas moral est faux, s’il mentent urbi et orbi cela devrait vous faire réfléchir.
      Qui le grand capital qui a soutenu les fachistes soutient il de nos jours? Blm ou le rn? C’est factuel.

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      • LibEgaFra // 01.09.2020 à 11h00

        « s’il mentent urbi et orbi cela devrait vous faire réfléchir. »

        Sophisme. Vous n’avez hélas pas compris que mon commentaire visait à faire réfléchir les lecteurs. Encore un effort, camarade!

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    • Patrick // 01.09.2020 à 12h20

      l’opposant principal ? Navalny ? bof, si il fallait croire ce que raconte la presse 🙂

      Je n’ai pas compris pourquoi la caste politico-médiatique voulait absolument utiliser ce gars qui n’est rien , parce qu’ils n’ont rien de plus sérieux sous la main ?

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      • chokk // 01.09.2020 à 15h12

        Si, ils ont le Parti Communiste et un Parti d’Extrême-Droite, tous les deux au-dessus des 10%.
        Vous voyez Libération et Le Monde faire la promotion des Cocos ou de l’extrême-droite vous ? 😀
        Notons que Navalny est effectivement un raciste nationaliste pro-arme, mais bon ça ce n’est pas dans le CV quand nos MSM en parle !

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        • Logique // 01.09.2020 à 21h48

          « Notons que Navalny est effectivement un raciste nationaliste pro-arme, mais bon ça ce n’est pas dans le CV quand nos MSM en parle ! »

          Illustration:

          https://youtu.be/oVNJiO10SWw

          Pour ceux qui ne comprennent pas malgré la clarté de la démonstration: les cafards ce sont les Caucasiens.
          [modération https://www.youtube.com/watch?v=2GGFVOY6_r0 ]

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    • Ando // 03.09.2020 à 10h31

      Diable. ‘opposant principal’ à Vladimir Poutine ?. Le taux d’approbation ou de sympathie de Navalny dans l’opinion en Russie ne doit pas dépasser 2%. Ce statut d’opposant principal est une pure légende urbaine qui n’a cours que dans certains pays d’Europe, certainement pas en fédération russe où tout le monde se contrefiche de Navalny. L’opposition principale à VP est aujourd’hui le Parti communiste et l’extrême droite russe.

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  • calal // 01.09.2020 à 08h52

    « . Il [hitler] paie les industriels en bons à intérêt… et leur déclare que ceux-ci seront versés grâce au pillage de l’Europe. »

    MAis ne sommes nous pas en train de faire pareil? Qu’est ce que cette enorme masse de dettes a rembourser? grace a quelle richesse allons nous la rembourser? notre travail futur ou grace au butin d’une prochaine guerre?

     » Les répercussions de la crise de 1929 sont terribles en Allemagne. L’Allemagne est le pays le plus touché, parce qu’il était le mieux intégré au circuit du capital international ; il a beaucoup souffert de la fuite brutale des capitaux américains. À l’été 1932, l’Allemagne compte 14 millions de chômeurs ; si on prend en compte les chômeurs non déclarés, elle en compte 20 millions. La crise signifie pour les Allemands la famine et la tuberculose. »
    crise financiere du circuit du capital international,augmentation de la pauvrete et des maladies? tiens ca me fait penser a une actualite recente…

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    • RGT // 01.09.2020 à 14h30

      « La crise signifie pour les Allemands la famine et la tuberculose »…

      Et pour les français la famine et le Covid…

      Croyez-vous qu’un pays « démocratique » s’attaque à ses opposants sérieux (connunistes vs. nazis ou gilets jaunes vs macronazis) par une violence d’état sans aucune retenue ?

      Je tiens à vous rappeler qu’au début du con-finement (con parce que les « élites » n’ont surtout pas voulu prendre les mesures nécessaires pour protéger la population en temps utile) il n’y avait pas de commandes de masques en vue mais que le renouvellement des stocks de LBD et de leurs munitions, de grenades lacrymogènes et de désencerclement allait bon train.

      Finalement, ils comptaient aussi sur le Darwinisme social pour que tous les gilets jaunes crèvent de Covid ce qui aurait bien fait leurs affaires en supprimant les « bouches inutiles à nourrir ».

      De toutes façons, tout état centralisé fort est un état nazi en puissance qui dispose de l’arsenal législatif (existant ou à improviser à grands coups de 49.3 dans la gueule des opposants) lui permettant d’imposer la volonté des « élites » à la population de sous-hommes qui viennent contaminer la nation.

      N’oubliez jamais que vous n’êtes que du bétail pour ces élites.
      Juste bon à se faire traire jusqu’à la dernière goutte pour assurer leur confort et permettre à la race des élites de continuer à se perpétrer.

      Ce qui me désole le plus, c’est que certains « gueux » trahissent leurs proches et se tirent eux-mêmes une balle dans le pied en défendant bec et ongles la « bienveillance » et la « sagesse » de ces « élites ».

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  • J // 01.09.2020 à 08h53

    « On peut sortir d’un goulag. On ne sort pas d’un centre de mise à mort nazi. On est condamné de naissance à mourir, parce qu’on n’échappe pas à sa biologie ». Ca me parait simpliste, biaisé. Hannah Arendt, même si elle grossit les traits ( http://bouquinsblog.blog4ever.com/les-origines-du-totalitarisme-hannah-arendt ), indique bien que chez les nazis comme chez les bolcheviques la répression visait très au-delà des opposants réels, et elle y voit une caractéristique essentielle du totalitarisme. Et aussi, le Goulag était aussi fondamentalement un système de travail forcé, pratiquement esclavagiste, où on envoyait des gens raflés au hasard pour atteindre des objectifs quantitatifs, région par région, d’élimination d' »ennemis du peuple ».

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    • Véro // 01.09.2020 à 19h40

      La France a connu les bagnes. Il suffisait d’être vagabond pour devenir bagnard. Même des enfants pouvaient y être internés.
      Ce n’est pas simpliste de dire que pour les nazis, certaines personnes étaient condamnées parce que nées juives, slaves, tsiganes. C’est effectivement une caractéristique essentielle de cette idéologie.

        +7

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  • calal // 01.09.2020 à 09h15

     » Le grand mérite intellectuel de ces discours-là [le discours complotiste], c’est d’être aisément compréhensibles, puisqu’on ramène la complexité à un principe simple, aisément digérable, infalsifiable, et qui apporte un réconfort psychologique. Vous étiez démuni face à un choc, un traumatisme, une incompréhension… et désormais vous êtes pleinement rassurés. »

    [sarc on ] Et cela n’a absolument rien a voir avec le fait que de plus en plus de citoyens qui ont fait confiance au « systeme progressiste » ,tout bien fait comme on leur a appris et se retrouvent pourtant sur le carreau,demunis,victime d’un « choc ». [sarc off]

    Trop de gens croient encore que s’ils font toujours partie du camp des « gagnants de la mondialisation »,il leur suffit de continuer a obeir et a soutenir le systeme pour continuer a en beneficier.M. Chapoutot est visiblement de ceux la. Leur tour d’etre soumis a « un choc,un traumatisme,une incomprehension » viendra et on verra s’ils deviendront « complotiste » ou s’ils continueront a soutenir ce modele la…

      +9

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    • Alfred // 01.09.2020 à 09h27

      C’est vrai qu’il y a une ne part de comique involontaire pas piqué des hannetons dans ce texte: vous êtes complotiste « et désormais vous êtes pleinement rassurés. »
      Quelque intellectuel que ce soit qui commence par nous faire une leçon de « complotisme » (c’est à dire qui in fine oublie les comploteurs (qui existent depuis que le monde est monde) pour charger les complotistes (un concept creux inventé pour brouiller les pistes il n’y a pas plus de trois décennies) est un charlatan à mes yeux.
      Quasi fiction : « Non mais est quoi ces complotisss qui pensent que les charges de viol contre Julian Assange sont montées de toutes pièces? Il faut les enfermer ces tarés. T’inquiètes dis chapiteau ce sont juste des imbéciles qui se rassurent comme il peuvent de la complexité du monde. »

        +17

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  • Ayako // 01.09.2020 à 09h40

    La vision de Chapoutot sur le nazisme a un biais.
    Contrairement au communisme ou au libéralisme, il est difficile de trouver un corpus théorique spécifiquement nazi qui soit cohérent et qui se déclare comme tel (qui se dise nazi avant la naissance du parti politique éponyme).
    Il y a ainsi de multiples courants dans le nazisme, et qui sont extrêmement divers. Les uns comme Himmler étaient par exemple tentés par le paganisme et par une approche « spiritualiste ». Les autres, notamment Hitler, détestaient ces élucubrations mythologisantes.

    Il est en réalité très difficile pour Chapoutot (il le reconnaît) de trouver un vrai dénominateur commun à la nébuleuse idéologique qui a gravité autour du parti nazi. Chapoutot croit pouvoir cibler le darwinisme social. Ce n’est pas faux bien sûr. Mais en réalité ça ne dit pas grand chose, car à l’époque, quantité de courants idéologiques sont inspirés par le darwinisme social (le libéralisme notamment…) sans pour autant être nazis ni réductible au nazisme (lorsque ce dernier est apparu sur la scène politique, ils s’en sont clairement distanciés).

      +4

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    • Ayako // 01.09.2020 à 10h04

      Dire cela accrédite d’une certaine façon la thèse selon laquelle, entre monde occidental moderne et nazisme, il y a un étroit rapport de consanguinité – une filiation.
      Philippe Lacoue Labarthe écrit quelque chose comme « Dans l’apocalypse d’Auschwitz, c’est l’Occident tout entier qui se dévoile ».
      Il y a cependant quelque chose qui me gêne profondément dans cette vision. Son côté profondément « nihiliste », au sens que Nietzsche donnait à ce mot, peut-être. Nietzsche attribuait le nihilisme (occidental lui aussi…) à l’influence du christianisme, et à sa propension à l’auto-flagellation et finalement à la négation de la vie elle-même.
      Le côté « téléologique«  aussi me gêne profondément aussi. Hégélien. Hyper-rationnel, froid, sans nuances. Et finalement, la encore, éloigné de la réalité de la vie qui est faite en partie de hazards et de singularités.

        +3

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  • guzy // 01.09.2020 à 10h19

    Pour faire une autre comparaison qui n’est pas une assimilation, la théorie du complot russe qui saisit les « élites » occidentales depuis le Brexit et l’élection de Trump est une illustration du mécanisme psychologique décrit par Chapoutout. Face à des certitudes qui menacent de s’effondrer et des évolutions qu’on ne comprend pas, on trouve un système d’explication simple. J’ai assisté à un débatssur internet après le Brexit où une personne très sérieuse, universitaire ou représentant je ne sais quelle institution européenne, affirme sans se gêner que le Brexit a été le résultat des manipulations russes. taper « i was wrong on Brexit » sur YT (intervention d’un historien britannique) c’est à la fois drôle et atterrant.

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    • Alfred // 01.09.2020 à 10h56

      Vous faites référence aux demi-habiles du « middle management » de nos sociétés (les journalistes, « intellectuels », etc.;), certains de ces idiots croient peut être au « complot russe » mais il est très probable que la majorité n’y croie pas un instant et sait parfaitement à quoi s’en tenir quant à ces manœuvre de diversion. Leur travail est précisément de raconter ces âneries et de faire croire qu’ils y croient (et tout le monde même les inventeurs de ces mots d’ordre se moque bien de savoir s’ils y croient pour de vrai, tant que le discours est conforme).

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  • gracques // 01.09.2020 à 11h37

    Un peu désespérant le tour des commentaires ,
    Chapoutot essaie de montrer ‘ a tordou a raison une continuité entre l’idéologie occidentale du XUX et XX siècle et le nazisme , histoire de montrer que ce n’est pas un phénomène isolé du contexte historique et géographique , une critique constructive de la vision marxiste (officielle de l’urss) du nazisme , une critique historiographique de l’assimilation du’communisme au nazisme que permet le concept selon lui dépasse du ‘totalitarisme’ ….
    Et le fil cause de complotisme …. y a t il des gens qui se sentent visés ?

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    • X // 01.09.2020 à 23h15

      Chapoutot dit quand même que le nazisme c’est une théorie du complot (en conclusion).
      Mais c’est vrai que ce n’est pas la partie la plus iconoclaste de l’interview. C’est même un poncif s’un peu rebattu.
      Il aurait été plus intéressant de débattre de la partie sur la colonisation.

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  • Guillaume81 // 01.09.2020 à 12h58

    « Les nazis ont puisé dans la culture dominante de l’occident libéral » : en soi, cette proposition, venant d’un historien, est assez sotte. Dire qu’un phénomène historique, a fortiori engagé par un État et des classes dominantes, a puisé dans la culture dominante de son époque, c’est un truisme pour un historien. Le plus intéressant, c’est de comprendre pourquoi ledit phénomène historique (en l’occurrence le nazisme) se distingue de la culture dominante de son époque, ce qu’elle fait surgir de nouveau. Je pense notamment ici à la filiation anti-Lumières et antiliberale particulièrement vivace en Allemagne. A ma connaissance, l’économie libérale et la pseudo science du management n’ont pas entraîné partout dans le monde la volonté de mener une guerre d’aneantissement racial et idéologique.
    J’apprécie le travail de Chapoutot, mais je n’aime pas trop ce grand emmêlement de sac qui peut conduire finalement à banaliser le nazisme…

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    • gracques // 01.09.2020 à 18h13

      Précisément la est la question …. le nazisme était til ‘banal’ en 1932 ‘ 1933 ?
      Émerge t il d’un bain’culturel occidental ? Ou est il un ‘horrible accident’ de l’Allemagne du XX siecle ?

      Ce n’est certainement pas un truisme de s’ntéresser aux sources nazisme par ailleurs communément ‘acceptees’ en occdents a cette eppque tant le dévoilement de cet aspect des choses est critiqué.
      Ensuite cahpoutot l’indiqué en préambule , ce qui distingue fondamentalement le nazisme c’est l’exécution systématique des idées neodarwinistes et racistes du temps … d’ou l’extermination’ physique , alors que le neoliberalisme actuel ne’pousse qu’a ‘s’adapter ‘ indéfiniment sous peine de disparaître comme les dinosaures.

      Personnellement je crains fort que ne pas banaliser la Shoa et le Nazisme ne permette pas de remarquer les premiers pas du chemin qui’y nous’y amènent.

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    • X // 01.09.2020 à 23h53

      Z. Sternell insistait sur le fait qu’il y avait en France, berceau du fascisme selon lui, deux traditions : la tradition des lumières et la tradition des anti-lumières. Et que cette dichotomie se retrouvait, a des degrés divers, dans toute la modernité occidentale.
      De ce fait, parler de « l’occident libéral » est très ambigu. Il faudrait définir ce qu’on entend par là. Assurément le libéralisme pratiqué en occident aux XIXe -XXe siècle est un compromis entre ces deux traditions (et d’autres traditions plus anciennes).

      Chapoutot aborde le problème un peu différemment. Il n’incrimine pas spécialement le « libéralisme » en tant qu’héritage des lumières qui aurait produit l’hydre nazie. Il veut simplement insister sur le fait que les pays qui se prétendent de tradition démocratique et libérale ne le sont en réalité pas autant qu’ils le croient.
      Le colonialisme, l’eugénisme, l’impérialisme et le militarisme que la plupart des pays européens du tournant du XXe siècle ont en commun avec l’Allemagne nazie sont pas des spécificités du libéralisme et des lumières. En partie oui, ( et ça, Chapoutot le montre très bien dans ses ouvrages). Mais en partie non aussi car il sont aussi un héritage de traditions pre-modernes, pre-lumière (et largement anti-lumieres). Et sur ce point, c’est vrai que Chapoutot n’insiste pas trop. On dirait qu’il n’aime pas trop les « modernes » ; il insiste en tout cas pour leur coller les nazis sur le dos :))

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  • Patrick // 01.09.2020 à 14h44

     » Culture dominante de l’occident libéral  » !! houlà !! on sent qu’il va y avoir du lourd là.
    Bon , déjà t’as oublié « patriarcal » coco , si tu mets pas le patriarcat dans le coup tu perds des points , c’est pas bon pour ta carrière et tes subventions.

    Après c’est bien .. on voit bien que le « National-Socialisme » a tout du libéralisme et de la domination du mâle blanc , surtout celui de plus de 50 ans .. c’est bien là , coco !!

    Plaisanterie mise à part , je n’ai pas réussi à lire plus de quelques lignes de cette bouillie idéologique.
    Il parait que la rigueur académique et la logique doivent être combattues parce qu’elles sont le privilège de l’homme blanc ( les maths aussi apparemment ). Là on voit que certains ont pris de l’avance sur le sujet.

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    • Urko // 01.09.2020 à 19h14

      On voit que vous ne fréquentez pas ces milieux : on ne dit plus « patriarcal », « hiérarchisé », « phallocrate » etc. C’est démodé. On dit « dominant ». Et hop, on met tout ce qu’on veut dedans et « occidental » derrière. Le système des castes indien, l’exploitation par les Incas de tous les peuples qu’ils ecrasaient, la hiérarchie entre tribus africaines, etc etc, en revanche, ça ne va pas : pas de domination là dedans voyons. Ah, et si vous mettez « système de domination », on touche au pinacle. « Estomac et intestins », par exemple, bon, ça fait le job, mais « système digestif », ça fait carrement chic. « Système de domination » ? pareil que « système digestif » : chic. Les marxistes ont toujours fait beaucoup d’efforts, parfois fort laborieux, pour se donner un air scientifique, un peu sérieux quoi. Mais ça n’a jamais rien démontré, même repackage par Deleuze, Derrida ou Foucault. Notons que nombre d’économistes jouent sur ce registre aussi. A ce propos, l’auteur et son interviouveur rappellent, à raison d’ailleurs, que l’idéologie nazie en appelait à une « pseudo science », et sur ce point, on sent qu’on peut les croire : ils la maîtrisent grave, la « pseudo science ». Lisez toute cette prétentieuse bouillie où la cuistrerie la plus grasse le dispute aux mensonges les plus éhontés, vous y verrez à quelle lamentable bassesse peut mener l’idéologie qui se prend au sérieux. On peut en rire, mais aussi s’en trouver mal à l’aise à la longue.

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      • Patrick // 01.09.2020 à 20h21

        Merci pour la mise à jour, c’est vrai que c’est pas toujours facile à suivre 🙂

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        • Urko // 01.09.2020 à 20h39

          L’étape d’après c’est la violence. D’abord ils sèment des théories, « pseudo scientifiques », censées expliquer à des gens là source de leurs soucis (la bourgeoisie, le grand capital, les chrétiens, les juifs, les musulmans, les hommes, les blancs, les hétérosexuels, telle profession, telle confrérie vaguement occulte, les impérialistes, les dominants…) ; ensuite ils espèrent que poussera une jolie petite révolte, et enfin s’organisent pour en récolter l’essentiel. Parfois, ça marche et même ça tient. Souvent, ça foire. Notons que par rapport aux théories nazies très grossières, reprises de Lundendorff en à peine retravaillé, celles des communistes se faisaient plus étoffées : Marx a produit un travail dont tout ne doit pas se négliger, au contraire.

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      • X // 02.09.2020 à 07h20

        « On peut se trouver mal à l’aise à la longue »
        Je suis d’accord avec vous. Toute cette violence verbale et conceptuelle diffusée par cette partie extrême-gauche qui se croit l’avant-garde du progrès de l’humanité est assez comparable a la violence verbale nazie (pas le contenu, mais la forme). Il n’y a pas encore la violence physique (qui caractérisait les fascistes entre-les-deux-guerre). C’est une différence importante. Mais comme vous dîtes, jusqu’à quand?

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      • X // 02.09.2020 à 07h43

        Mais le contenu, vous avez aussi raison de le souligner comporte aussi une certaine similitude de structure.

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  • libvert.fr // 02.09.2020 à 16h31

    Si les Nazis ont puisé dans le libéralisme, alors ils n’ont pas puisé assez profond, car le libéralisme promeut les libertés inter individuelles (donc y compris celle des Juifs)

    De manière générale, tout objectivation d’humain est dangereuse, et une atteinte aux « Droits de l’Homme »..

    Pour ma part, je me permet donc de proposer (depuis 2011) :

    => Un Mouvement Libéral Vert qui intègre les libertés personnelles (avec chaque personne étant la plus petite des minorités à protéger, avec égalité en droits régaliens, et les devoirs qui vont avec) et un cadre fiscal vert (+ de taxes sur les pollutions, bcp – sur le travail)

    => et suis pour un capitalisme vert (civil et gouvernemental) afin de promouvoir la prospérité, tout en limitant les impacts, y compris confictuels ! :
    Capitalist Peace english abstract : https://www.moocandco.com/libvert/wp-content/uploads/2020/09/Erich-Weede-EconomicFreedomCapitalistPeace.pdf

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  • Simon // 03.09.2020 à 11h00

    Je vais en rajouter un petit coup avec 2 citations de Nietzche:

    tiré des Oeuvres Complètes, vol XIV: Fragments posthumes début janvier 1888 – janvier 1889, Gallimard 1977, p63:

    « Dionysos contre le « crucifié »: la voici bien, l’opposition. Ce n’est pas une différence quant au martyre – mais celui-ci a un sens différent. La vie même, son éternelle fécondité, son éternel retour, détermine le tourment, la destruction, la volonté d’anéantir. Dans l’autre cas, la souffrance, le « crucifié » en tant qu’il est l' »innocent », sert d’argument contre cette vie, de formule de sa condamnation. »

    Et pp. 224-225:

    « L’individu a été si bien pris au sérieux, si bien posé comme un absolu par le christianisme, qu’on ne pouvait plus le sacrifier: mais l’espèce ne survit que grâce aux sacrifices humains… La véritable philanthropie exige le sacrifice pour le bien de l’espèce – elle est dure, elle oblige à se dominer soi-même, parce qu’elle a besoin du sacrifice humain. Et cette pseudo-humanité qui s’intitule christianisme, veut précisément imposer que personne ne soit sacrifié. »

    Ces deux extraits sont cités par René Girard dans son ouvrage « Je vois Satan tomber comme l’éclair ».

    Pour ceux qui ne sont pas familiers avec ces thèmes, dans le religieux archaïque, les sacrifices animaux ou humains sont une pratique rituelle répandue et quasi-universelle, notamment en grèce. Vous pouvez chercher sur wikipedia des termes comme « Pharmakon » ou « Sparagmos », parmis d’autres exemples.

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    • LibEgaFra // 05.09.2020 à 09h21

      Ahah, les nietzschéolâtres vont venir vous répliquer – puisque vos citations sont tirées des fragments posthumes – que ces propos n’ont pas reçu l’imprimatur du génie de Weimar!

      Sauf que c’est sa démence précoce qui n’a pas permis leur publication dans le livre projeté (dont il reste le plan) dont le titre aurait été « Der Wille zur Macht ».

      Peu importe, ces mêmes idées ont été exprimées ailleurs. Elles sont à la base de la pensée de Hitler. Le sacrifice envisagé par Nietzsche n’a plus rien de religieux. Les forts montrent leurs forces en tuant pour dominer et les faibles doivent être éliminés (sacrifiés).

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  • Ando // 03.09.2020 à 11h09

    Il manque à J. Chapoutot d’expliciter plus précisément le lien entre nazisme et culture ‘occidentale’. Il existe d’autres exemples dans d’autres cultures d’explosions de cretinisme intellectuel impactant tout le corps social avant de se conclure par des tragédies. Est en cause peut-être la conjonction dans cette culture ‘occidentale’ d’une part d’un hubris venu en partie de la révolution industrielle du 19 ieme et ses suites au début du 20ème siècle, d’autre part d’une pensée trop marquée par la domination du concept, qui conduit très facilement et trop rapidement à une forme de pensée ‘automatique’.

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  • Karl // 03.09.2020 à 12h52

    Le Nazisme puise son identité dans le capitalisme et le liberalisme ? J’aimerais des explications.

    C’est au contraire dans sa haine d’un capitalisme obscene qu’il est né, tout comme l’etait le fascisme et le communisme a la meme période, c’est meme la genese du sentiment anti-juif d’Hitler, qui les accuse ouvertement de soutenir le statut quo d’un capitalisme liberal, banquier et mondialisé qui détruirait la société allemande.

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    • LibEgaFra // 04.09.2020 à 13h27

      Hitler et son mouvement ont été financé par les capitalistes allemands et yankees (Standard Oil, Ford, General Electric, P.Bush, etc.). Pour une bonne part des capitalistes anti-juifs. Z’avez jamais entendu parler des guerres entre capitalistes pour le taux de profit? Faudrait lire Karl (Marx).

      Renseignez-vous!

      https://duckduckgo.com/?t=ffsb&q=qui+a+financ%C3%A9+hitler&ia=web

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    • X // 07.09.2020 à 10h35

      Vous faites l’erreur de confondre la rhétorique électoralistes (des nazis) et ce qu’ils ont réellement fait (et dit dans des contextes plus « académiques » ou privés).

      Tout l’intérêt du travail de Chapoutot, c’est précisément d’analyser en profondeur cette dimension. Et quand on le lit, on s’aperçoit très vite que les nazis critiquent beaucoup le libéralisme en disant que eux sont très différents, mais qu’en réalité il y a peu de différence entre eux et les régimes dits libéraux.

      Il faut aussi ne pas perdre de vue que les nations dites libérales de l’époque se réclament du libéralisme mais en réalité ont des composantes très autoritaires (nationalisme). Elles sont aussi impérialistes, ce qui est plutôt contradictoire avec le libéralisme théorique, etc.

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  • naïf // 04.09.2020 à 12h28

    « un Juif ne peut pas échapper au fait qu’il soit biologiquement Juif ? »

    Cette phrase est retirée du texte ci-dessus . J’ai cherché la confirmation que le fait d’être juif pouvait-être prouvé biologiquement et je n’ai pas trouvé de réponse.
    Quelqu’un peut-il m’expliquer ?

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    • X // 04.09.2020 à 16h18

      Ça veut dire «  pour les nazis un juif ne peut pas échapper au fait d’être biologiquement juif », donc il ne peut pas échapper à l’extermination ( encore une foi, pour les nazis)

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