Source : ACRIMED, Henri Maler, Yves Rebours, 21-03-2016

Le lexique que nous avions publié en 2003 devait être révisé et complété en permanence. Notre version actualisée de 2010 aurait mérité d’être réactualisée. Malheureusement la réactualisation ne semble pas nécessaire, comme chacun pourra le constater. Nous y travaillerons cependant…

La langue automatique du journalisme officiel est une langue de bois officielle.

I. Consensus sous surveillance

« Réforme » : Quand une réforme proposée est imposée, cela s’appelle « LA réforme ». Et s’opposer à cette réforme devient : le « refus de la réforme ». Ne plus dire : « les travailleurs combattent les politiques libérales qui favorisent chaque jour davantage les revenus du capital et dissolvent l’Etat social ». Ecrire : « Une autre chose dont on peut être sûr – et qui nourrit l’antienne d’un pays impossible à réformer -, c’est la nature difficile des rapports sociaux en France. La conflictualité l’emporte sur le consensus. Vieil héritage de la culture ouvrière revendicative du XIXe siècle du côté des organisations syndicales, crispées sur la défense des droits acquis […]. »(Le Monde Economie, mardi 7 juin 2005, page I). Le terme peut désigner spécialement les attaques successives du système des retraites par répartition. En 2003, « Sur France 2, Arlette Chabot réforme la France » : une émission “Mots croisés” benoîtement intitulée : « Pourquoi est-il impossible de réformer la France ? ». En 2007, au sujet des régimes spéciaux, grand « retour des gardiens du consensus » et de LA réforme.
Henri Maler et Yves Rebours

« Réformistes » : Désigne ou qualifie les personnes ou les syndicats qui soutiennent ouvertement les réformes gouvernementales ou se bornent à proposer de les aménager. Les partisans d’autres réformes constituent un « front du refus ».

« Modernisation » : Synonyme de « réforme » ou de l’effet attendu de « LA réforme ». « LA modernisation » est, par principe, aussi excellente que « LA réforme »… puisque, comme l’avait fort bien compris, M. de La Palisse, fondateur du journalisme moderne, la modernisation permet d’être moderne. Et pour être moderne, il suffit de moderniser. Le modernisme s’oppose à l’archaïsme. Seuls des esprits archaïques peuvent s’opposer à la modernisation. Et seuls des esprits tout à la fois archaïques, réactionnaires et séditieux peuvent avoir l’audace et le mauvais goût de proposer de subordonner “LA modernisation” au progrès social. D’ailleurs, « LA modernisation » est indifférente à la justice sociale, que la modernité a remplacée par l’« équité ». Voir ce mot.

« Ouverture » : Se dit des opérations de communication du gouvernement. L’ « ouverture » se traduit par des « signes ». Les « signes d’ouverture » traduisent une « volonté d’apaisement ». Ne pas confondre avec cette autre ouverture : « l’ouverture de négociations », qui pourrait manifester un dommageable « recul ».

« Apaisement » : Se dit de la volonté que l’on prête au gouvernement. Par opposition au « durcissement » de la mobilisation. Voir « ouverture ».

« Concertation » : Se dit des réunions convoquées par un ministre pour exposer aux organisations syndicales ce qu’il va faire et pour écouter leurs doléances, de préférence sans en tenir aucun compte. Selon les besoins, la « concertation » sera présentée comme un équivalent de la « négociation » ou comme son substitut. Le gouvernement est toujours « ouvert » à la « concertation ». Voir « ouverture ».

« Négociation » : Selon les besoins, tantôt synonyme, tantôt antonyme de « concertation ». On est prié de ne pas indiquer que, à la différence de la « concertation », la « négociation » est généralement terminée avant d’avoir commencé. Inutile aussi de souligner ce miracle : au printemps 2003, dix heures de « négociation » ont suffi au gouvernement pour ne céder que sur les quelques points qu’il avait déjà prévu de concéder.

« Dialogue social » : Se dit des rencontres où un ministre parle aux syndicats, par opposition au « conflit social », comme si le « dialogue » n’était pas généralement de pure forme : destiné à dissimuler ou à désamorcer le « conflit ».

« Pédagogie » : Devoir qui, pour les journalistes communicants, s’impose au gouvernement (plus encore qu’aux enseignants…). Ainsi, le gouvernement fait preuve (ou doit faire preuve…) de « pédagogie ». Tant il est vrai qu’il s’adresse, comme nos grands éditorialistes, à un peuple d’enfants qu’il faut instruire patiemment. Et si « la réforme » passe, c’est que la pédagogie (et non la force) a triomphé, comme s’en félicitait par avance Challenges (13 septembre 2007) à propos de la « réforme des régimes spéciaux » : « Si (…) cette réformepassait sans coup férir, ce serait le signal que la pédagogie finit toujours par triompher ».

II. Déraison des foules

« Crispation » : Un mot parmi d’autres pour désigner l’attitude des salariés qui se battent contre les délocalisations, le chômage, le dumping social, la destruction du droit de travail, du système de santé et des retraites par répartition. La France « crispée » est rigide et s’oppose à la France moderne et flexible. Un exemple ici.

« Égoïsme » : Frappe les chômeurs, les travailleurs précaires, les classes populaires en général. Exemple : le refus du dumping social est un symptôme évident d’égoïsme. Vice dont sont dépourvus les bénéficiaires de stock-options.

« Individualisme » : Peut être vice ou vertu. Vice quand il entame la solidarité des dominés avec les dominants, vertu quand il détruit les défenses immunitaires des mouvements sociaux. En parler beaucoup, pour ne rien dire des conditions collectives de l’émancipation des individus.

« Corporatisme » : Mal qui menace n’importe quelle catégorie de salariés qui défend ses droits, à l’exclusion des tenanciers des médias. Dans ce dernier cas, s’exclamer, comme Jean-Michel Aphatie : « Trouvez un argument de meilleure qualité que le corporatisme, s’il vous plaît, s’il vous plaît ! ». L’accusation de « corporatisme » est en effet un argument de bonne qualité, sauf quand elle vise des éditorialistes de qualité supérieure. (Voir ici pour un exemple récent de non-corporatisme)

« Malaise » : Se dit du « trouble », plus ou moins profond, qui peut aller jusqu’au « mal-être », vécu ou ressenti par une profession. Depuis le printemps 2003, le « malaise » affecte particulièrement les enseignants. Le « malaise » peut se traduire par des « revendications » qui ne sont alors que des « symptômes ». Le « malaise » et ses « symptômes », diagnostiqués par les éditorialistes et les experts, réclament un « traitement » approprié.

« Grogne » : Un des symptômes les plus graves du « malaise », un signe de l’animalité privée de mots des « grognons ». Voir ce mot, son analyse et un exemple récent opposant les « grognons » universitaires aux « diplomates » gouvernementaux.

III. Paroles, paroles

« Grognements » : Ne se dit pas mais tient lieu de parole des « grognons.

« Témoins » : Exemplaires de la foule des grévistes et manifestants, interrogés en quelques secondes à la télé ou en quelques lignes dans les journaux. Le « témoin » témoigne de ses affects, jamais de ses motifs ou du sens de son action. Seuls les gouvernants, les « experts » et l’élite du journalisme argumentent, connaissent les motifs, et maîtrisent le sens. L’élite pense, le témoin « grogne ». Voir ce mot.

« Expert » : Invité par les médias pour expliquer aux grévistes et manifestants que le gouvernement a pris les seules mesures possibles, dans l’intérêt général. Déplore que les « grognements » des « jusqu’auboutistes » et des « ultras » (voir ce mot), ces privilégiés égoïstes et irresponsables (voir « corporatisme »), empêchent d’entendre le « discours de raison » des artisans du « dialogue social ». Un exemple de service public, daté de 2005.

« Éditorialiste » : Journaliste en charge des éditoriaux. Pour ne pas se laisser enfermer dans cette lapalissade sortie du dictionnaire, l’éditorialiste est condamné à changer de titre pour se répandre simultanément dans plusieurs médias. Dans certains d’entre eux, il devient « chroniqueur ». Dans d’autres, il est « interviewer ». Dans tous, il est « invité ». Exemple : Alain Duhamel. Exemple de « chroniqueur » : Pierre-Luc Séguillon, particulièrement performant, en 2003.

« Interviewer » : Journaliste en charge des entretiens. Les meilleurs d’entre eux sont des éditorialistes modestes puisqu’ils ne livrent leurs précieuses opinions que dans la formulation des questions qu’ils posent. L’interviewer est un éditorialiste condamné aux points d’interrogation. Ou presque : Christine Ockrent est une intervieweuse, Jean-Pierre Elkabbach aussi. Aphatie l’est indiscutablement, comme on peut le vérifier ici même, face à un représentant de Sud-Rail.

« Débat » : Se dit notamment des sessions de papotage qui réunissent autour d’une table l’élite pensante des « experts » et « éditorialistes ». Certains d’entre eux peuvent même « refaire le monde », comme on a pu le constater en 2005.

« Tribunes libres » : Souvent invoquées pour répondre à ceux qui s’inquiètent de l’état du pluralisme dans les médias. Ces espaces réservés à l’expression des « experts » dominants, peuvent être occasionnellement décorés par la présence de contestataires, pour peu qu’ils se rendent respectables en s’abstenant de toute critique des médias.

« Courrier des lecteurs » : Dans la presse écrite, se dit de la sous-rubrique où sont relégués les propos, soigneusement triés, des non-experts.

« Micro-trottoir » : Equivalent audiovisuel du courrier des lecteurs, cette forme avancée de la démocratie directe, concurrencée par les SMS, permet de connaître et de faire connaître l’opinion des « gens ». Technique recommandée pour faire dire en quinze secondes à chaque exemplaire d’un échantillon soigneusement sélectionné ce que l’on attend qu’il dise. Ne pas confondre avec « entretien » : trop long. Quelques cas d’école, ici, , ou .

« Opinion publique » : S’exprime dans les sondages et/ou par l’intermédiaire des « grands journalistes » qui lui donnent la parole en parlant à sa place. Quelques exemplaires de l’opinion publique sont appelés à « témoigner » dans les journaux télévisés. Les grévistes et les manifestants ne font pas partie de « l’opinion publique », qui risque de (ou devrait…) se retourner contre eux.

« Contribuables » : Nom que porte l’opinion publique quand elle paie des impôts qui servent au service public. Quand l’argent public est dépensé pour consentir des avantages fiscaux aux entreprises, cet argent n’a plus d’origine identifiée. On dira : « les régimes de retraites du secteur public sont payées par les contribuables ». On ne dira pas : « les exonérations de charges consenties aux entreprises sont payées par les contribuables.

IV. Mouvements de troupes

« Troupes » : Mode d’existence collective des grévistes et des manifestants, quand ils répondent (ou se dérobent) aux appels et aux consignes des syndicats. Parler de « troupes de manifestants », de « troupes syndicales », de syndicats qui « mobilisent » ou « ne contrôlent pas » leurs « troupes ». (Re)voir Pierre-Luc Séguillon en 2003.

« Troubles sociaux » : Se dit des effets de la mobilisation des « troupes ». Un journaliste rigoureux se garde généralement de les désigner comme des « soubresauts » (ainsi que le fit au cours du journal télévisé de 20 h sur TF1 le mercredi 28 mai 2003, le bon M. Raffarin).

« Concernés » : Se dit des secteurs ou des personnes qui sont immédiatement visés par « LA réforme ». Sinon, dire : « les cheminots ne sont pas concernés par la réforme des retraites » ou « les enseignants ne sont pas concernés par la décentralisation ». Vous pouvez pousser le souci de la rigueur jusqu’à affirmer que « les cheminots ne sont pas directement concernés ». Dans les deux cas, vous pouvez même ajouter qu’ils « se sentent menacés ». D’où l’on peut déduire ceci : se sentir menacé, ce n’est pas être menacé, et en tout cas être ou se sentir menacé, ce n’est pas être concerné. (« La CGT de la SNCF qui n’est pourtant pas du tout concernée par le CPE a déposé un préavis de grève nationale pour le mardi 28 », décrète Jean-Pierre Pernaut, qui déplore ainsi, le 21 mars 2006, que les cheminots ne soient pas assez corporatistes.)

« Usagers » : Se dit de l’adversaire potentiel des grévistes. Peut également se nommer « élèves qui préparent le bac » et « parents d’élèves inquiets ». « La grève […] s’annonce massive et dure. Dure surtout pour les usagers », précise David Pujadas, compatissant et soucieux de l’avenir des cheminots le 13 novembre 2007.

« Otages » : Synonyme d’« usagers ». Terme particulièrement approprié pour attribuer les désagréments qu’ils subissent non à l’intransigeance du gouvernement, mais à l’obstination des grévistes. « Victimes » des grèves, les « otages » sont d’excellents « clients » pour les micros-trottoirs : tout reportage se doit de les présenter comme excédés ou résignés et, occasionnellement, solidaires. Parmi les « otages », certains méritent une compassion particulière. Nous vous laissons découvrir deux d’entre eux : un premier et un second.

« Pagaille » : Se dit des encombrements un jour de grève des transports. Par opposition, sans doute, à l’harmonie qui règne en l’absence de grèves.

« Galère » : Se disait (et peut se dire encore…) des conditions d’existence des salariés privés d’emploi et des jeunes privés d’avenir, vivotant avec des revenus misérables, de boulots précaires en stages de réinsertion, assignés à résidence dans des quartiers désertés par les services publics, sans loisirs, et subissant des temps de transports en commun démesurés. Phénomène presque invisible à la télévision, ses responsables ne sont pas identifiables. « Galère » se dit désormais des difficultés de transports les jours de grève : on peut aisément les mettre en images et les imputer à un coupable désigné, le gréviste. Un seul exemple (en fin d’article) : quelques titres de la PQR en 2007.

« Noir » : Qualifie un jour de grève. En 2005, c’était un mardi. En 2009, un jeudi – un « jeudi noir » finalement « plutôt gris clair », d’ailleurs, selon le contemplatif Jean Pierre Pernaut [1]. Peut également se dire des autres jours de la semaine. « Rouge » ou « orange » sont des couleurs intermédiaires réservées aux embouteillages des week-ends, des départs ou des retours de vacances. Le jour de grève, lui, est toujours « noir », couleur du « chaos » (toujours en 2009).

« Chaos » : Se dit sobrement des conséquences des journées « noires ». Pour désigner les conséquences d’un tsunami ou d’un tremblement de terre… chercher un autre mot ?

« Surenchère » : Se dit, particulièrement au Figaro, de tout refus des mesures imposées par le gouvernement, dont l’attitude au contraire se caractérise par la « fermeté ».

« Durcissement » : Se dit de la résistance des grévistes et des manifestants quand elle répond à la « fermeté » du gouvernement, une « fermeté » qui n’est pas exempte, parfois d’ « ouverture ». Voir ce mot.

« Essoufflement » : Se dit de la mobilisation quand on souhaite qu’elle ressemble à ce que l’on en dit.

« Ultras » : Désigne, notamment au Figaro, les grévistes et les manifestants qui ne se conforment pas au diagnostic d’« essoufflement ». Vaguement synonyme d’ « extrême gauche », lui-même synonyme de… au choix ! Autre synonyme : Jusqu’auboutistes.

« Violence » : Impropre à qualifier l’exploitation quotidienne, les techniques modernes de « management » ou les licenciements, le terme s’applique plus volontiers aux gens qui les dénoncent, et aux mots qu’ils emploient pour le faire. Par exemple quand les patrons de Caterpillar sont qualifiés de « chiens ». A condition de respecter cette règle d’usage, la « violence » est presque toujours « condamnable ». Et condamnée.

Henri Maler et Yves Rebours

Source : ACRIMED, Henri Maler, Yves Rebours, 21-03-2016

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29 réponses à Lexique pour temps de grèves et de manifestations, par Henri Maler et Yves Rebours

Commentaires recommandés

DocteurGrodois Le 12 avril 2016 à 03h18

Ici on les appelle Chiens de Garde, mais aux US il y a une expression que j’aime bien: The Borg.

The Borg (comme dans Star Trek, pas Bjorn) comprend aussi bien les journalistes, que les politiciens, les “experts”, les “intellectuels”, et les think tanks qui gravitent autour de grands intérêts financiers et étatiques.
Comme ils sont tous dotés du même logiciel, ils parlent d’une seule voix et agissent dans le même sens sans qu’on ait besoin de le leur dire. De même, leurs emplois dépendent des mêmes intérêts, et dépendent aussi les uns des autres.
Et la boucle est bouclée. Etant incapables de critique, ils répètent les mêmes erreurs et s’attendent à un résultat différent. Ils tournent en rond et vont se taper dans le même coin de mur.. et ils recommencent.

  1. jp Le 12 avril 2016 à 01h49
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    c’est excellent ! C’est la LTI de notre époque(pour ceux qui ne connaissent pas :https://fr.wikipedia.org/wiki/Lingua_Tertii_Imperii#LTI )

    Pour faire un dictionnaire des mots dévoyés par le système politico-médiatique, il y manque quelques mots comme :
    capital humain
    tabou (des 35 heures, de la retraite à 60 ans, du SMIC) ,
    musclé (pour violent), etc.


    • St3ph4n3 L. Le 12 avril 2016 à 07h34
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      “La LTI de notre époque” est ce qu’Eric Hazan a appelé la LQR ( https://fr.wikipedia.org/wiki/LQR )

      🙂


      • jp Le 12 avril 2016 à 09h41
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        merci, je ne connaissais pas cette LQR


      • Tanguy Le 12 avril 2016 à 14h39
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        D’autres la novlangue.

        “Le langage politique est fait pour rendre les mensonges crédibles, le meurtre respectable, et pour donner une apparence solide au souffle de la brise. Il n’est pas possible de changer cela d’un seul coup, mais on peut au moins changer ses propres habitudes.”

        Un chouette dictionnaire disponible sur http://guerre.libreinfo.org/novlangue/dico-de-novlangue.html


    • Athena42 Le 12 avril 2016 à 07h48
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      Aussi le fameux “plan social” en lieu et place de plan de licenciements, “privilégiés” (les catégories visées par ce mot n’en sont pas), “assistés” qui se répand de plus en plus etc.
      Le problème pour changer ces impératifs de langage, c’est qu’il faudrait passer dans les grands médias pour en utiliser d’autres, et les personnes susceptibles de le faire n’y sont jamais invitées.

      Le système est bien fait.


    • Günter Schlüter Le 12 avril 2016 à 08h59
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      Surtout ne pas oublier ce fameux “privilèges” pour dénigrer les acquis sociaux gagnés de haute lutte par nos prédécesseurs.


      • FifiBrind_acier Le 12 avril 2016 à 19h21
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        Et ceux qui veulent défendre les acquis sont “archaïques” !
        Il faut être “modernes”.
        C’est avec l’argument “de la modernité” que dans la zone euro, les Etats ne peuvent plus emprunter à leur Banque centrale, mais doivent emprunter aux banques privées avec intérêts.

        “Quand Michel Rocard dévoile le pot aux roses”
        https://www.youtube.com/watch?v=4TB85XwzqZk&feature=youtu.be


  2. Ailleret Le 12 avril 2016 à 03h04
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    Je propose de remplacer « réforme » par : « projet du Medef », « réformiste » par « proche du Medef ». Ce sera plus franc. Imaginez nos ministres : « le gouvernement appliquera le projet du Medef », nos éditorialistes : « les corporatismes se crispent face aux projets du Medef », nos journalistes : « la CFDT, un syndicat proche du Medef » …

    Quant à l’adjectif « noir » (mardi noir, jeudi noir…), c’est une injonction médiatique : salariés du privé, soyez bien braves, allez à votre travail coûte que coûte, ne participez aux grèves interprofessionnelles… comme si celles-ci se limitaient aux salariés des transports publics.


    • DocteurGrodois Le 12 avril 2016 à 03h35
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      Désolé, “Projet du Medef” c’est déjà pris. Ça s’appelle “Europe Sociale”.


    • Scalpel Le 12 avril 2016 à 13h03
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      …si proche… que les mauvaises langues l’ont rebaptisée MédeFDT (copyright Scalpel)…
      Sur l’article : un modèle du genre, du grand Henri Maler (et Yves Rebours).
      En période de mensonge généralisé, dire la vérité est un acte révolutionnaire (je ne sais plus à qui reverser les droits d’auteur…).


  3. DocteurGrodois Le 12 avril 2016 à 03h18
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    Ici on les appelle Chiens de Garde, mais aux US il y a une expression que j’aime bien: The Borg.

    The Borg (comme dans Star Trek, pas Bjorn) comprend aussi bien les journalistes, que les politiciens, les “experts”, les “intellectuels”, et les think tanks qui gravitent autour de grands intérêts financiers et étatiques.
    Comme ils sont tous dotés du même logiciel, ils parlent d’une seule voix et agissent dans le même sens sans qu’on ait besoin de le leur dire. De même, leurs emplois dépendent des mêmes intérêts, et dépendent aussi les uns des autres.
    Et la boucle est bouclée. Etant incapables de critique, ils répètent les mêmes erreurs et s’attendent à un résultat différent. Ils tournent en rond et vont se taper dans le même coin de mur.. et ils recommencent.


  4. jp Le 12 avril 2016 à 04h09
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    ça me revient seulement maintenant, à propos d’opinion publique :
    “L’opinion publique n’existe pas” dixit Pierre Bourdieu
    http://www.homme-moderne.org/societe/socio/bourdieu/questions/opinionpub.html

    sa conclusion : Bref, j’ai bien voulu dire que l’opinion publique n’existe pas, sous la forme en tout cas que lui prêtent ceux qui ont intérêt à affirmer son existence. J’ai dit qu’il y avait d’une part des opinions constituées, mobilisées, des groupes de pression mobilisés autour d’un système d’intérêts explicitement formulés ; et d’autre part, des dispositions qui, par définition, ne sont pas opinion si l’on entend par là, comme je l’ai fait tout au long de cette analyse, quelque chose qui peut se formuler en discours avec une certaine prétention à la cohérence. Cette définition de l’opinion n’est pas mon opinion sur l’opinion. C’est simplement l’explicitation de la définition que mettent en œuvre les sondages d’opinion en demandant aux gens de prendre position sur des opinions formulées et en produisant, par simple agrégation statistique d’opinions ainsi produites, cet artefact qu’est l’opinion publique. Je dis simplement que l’opinion publique dans l’acception implicitement admise par ceux qui font des sondages d’opinion ou ceux qui en utilisent les résultats, je dis simplement que cette opinion-là n’existe pas.”

    et pour la pagaille lors de grèves, cf “l’usager de la grève” de Roland Barthes
    http://www.cip-idf.org/article.php3?id_article=3640


  5. carly j f Le 12 avril 2016 à 08h22
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    on peut ajouter:
    réforme COURAGEUSE votée par des représentants élus du peuple
    =réforme votée contre la majorité des citoyens


    • jp Le 12 avril 2016 à 09h49
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      oui aussi ce courage, j’ai dans mon ficher à ce sujet mais ne me souviens de qui c’est :

      « Relayé quotidiennement dans les médias par les talking classes, l’appel à des “réformes courageuses” est un mot d’ordre si rabâché depuis quarante ans qu’on en oublierait presque l’obscénité du spectacle donné par ceux qui, cumulant souvent eux-mêmes les sécurités du public et les avantages du privé, dénoncent au nom des outsiders les avantages extravagants dont jouiraient les insiders et n’ont de cesse d’opposer les chômeurs aux smicards, les précaires aux titulaires d’un emploi stable, les salariés aux fonctionnaires, les actifs aux retraités, les immigrés aux indigènes, etc.

      petit cours de langue de bois sur LA réforme NÉCESSAIRE
      https://www.youtube.com/watch?v=Mb_OtDoMybg
      c’est court, sérieux, illustré avec humour


  6. Macarel Le 12 avril 2016 à 08h25
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    Dans le mouvement #Nuitdebout, ce qui est important c’est debout, car “ils” ne sont grands que parce que nous sommes à genoux.

    Si le peuple se lève debout, leur vrai nature de nains apparaîtra en pleine lumière.

    Voir aussi les mouvements

    #democracyspring à Washington

    https://twitter.com/search?q=%23democracyspring

    http://www.democracyspring.org/

    #resigncameron à Londres

    https://twitter.com/hashtag/resigncameron

    Bien entendu les médias “mainstream” ne couvrent pas (ou très peu) ces mouvements.

    Ce ne sont pas des “révolutions oranges” sponsorisées par les “ONG pour la démocratie”.


    • Alae Le 12 avril 2016 à 11h29
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      “Bien entendu les médias “mainstream” ne couvrent pas (ou très peu) ces mouvements.
      Ce ne sont pas des “révolutions oranges” sponsorisées par les “ONG pour la démocratie”.

      Regardez un peu mieux la liste des sponsors de Democracy Spring, SVP.
      J’en ai pris trois au hasard, rapidement :

      – MoveOn (fondateurs : Wes Boyd, Joan Blades, Eli Pariser, George Soros).

      – National Organization for Women (NOW)
      Fait partie d’une liste d’organisations financées par le même ineffable Soros.
      http://www.discoverthenetworks.org/viewSubCategory.asp?id=1237
      Sixième diapo sur la présentation ci-dessous pour la liste des organisations “caritatives” qui la financent, outre le très bienveillant Soros (Fondation Rockefeller, Chevron, la New York Times Company Foundation et autres “philanthropes”)
      https://prezi.com/fjtso1ohthj6/national-organization-for-women/

      – National LGBTQ Task Force (Open Society de Soros).
      https://www.opensocietyfoundations.org/about/programs/us-programs/grantees/national-gay-and-lesbian-task-force-foundation-0

      Désolée, Macarel…


      • Macarel Le 12 avril 2016 à 12h32
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        Je vous conseille de lire l’article paru le 3 mars 2016 sur ce site :”La menace capitaliste, par Georges Soros”
        L’article est de 1997
        Et il s’y connaît en capitalisme spéculatif…


        • Alae Le 12 avril 2016 à 15h17
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          Macarel, je ne suis pas sûre de la signification de votre commentaire, mais permettez-moi de vous mettre en garde contre toute tentation de prendre Soros pour un démocrate. Pour dissiper tout malentendu à ce sujet, une info précieuse : une ONG internationale appelée Global Centre for the Responsibility to Protect militant pour des interventions armées “humanitaires”, qui a trempé dans l’attaque sauvage de l’OTAN contre la Libye et qui en ce moment, fait de la retape anti-Assad et anti-russe, est financièrement soutenue par Soros.
          https://www.ciaonet.org/attachments/23898/uploads
          http://www.globalr2p.org/about_us#iab
          Alors, Soros peut bien raconter ce qu’il veut. Son CV de “démocrate” à coups de renversements de leaders élus, de révolutions colorées, de soutien à des bombardements “humanitaires” et la désolation que cet individu laisse partout sur son passage le définissent infiniment mieux que toutes ses paroles réunies.


          • Macarel Le 12 avril 2016 à 20h13
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            J’ai du mal à vous suivre sur votre propension à voir Soros derrière tous les mouvements pro-démocratie. il est vrai qu’on ne prête qu’aux riches.
            La “télé de Poutine” RT ouvre ses journaux sur le mouvement “democracyspring” aux US. Si Soros est derrière ce mouvement, alors il est très fort, car il arrive même à embrouiller Poutine et ses médias.


      • Lysbeth Lévy Le 12 avril 2016 à 13h20
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        Bien vu mon cher, et oui Soros, Rockfeller finance la plus grosse partie de ce qu’on appelle “l’opposition” ! C’est le seul moyen de la contrôler, tant qu”elle ne dépasse pas les “bornes” (atteindre les biens capitalistes) elle peut continuer à se laisser porter sur ces “médias tout près” comme MovOn.org et autres. IL faut toujours chercher qui paie et qui est derrière un mouvement comme cela l’a été pour les Panama Pampers ! Et j’oublie pas les “Nuit debout” énième thème sorosien pour casser un possible mouvement de masse, grêves, colère légitime, révoltes populaires spontanées.


        • Macarel Le 12 avril 2016 à 20h15
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          Soros “Deus ex machina”, cet homme est vraiment un démiurge !!!
          Pour le coup, l’on sombre dans la théorie du complot.


  7. pipo Le 12 avril 2016 à 09h55
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    « L’apanage le plus redoutable de la pensée perverse[1] est le décervelage, »[2] nous dit Racamier. Mais si le décervelage est l’attribut princeps de la pensée perverse à l’œuvre dans les relations d’emprise, ou toutes entreprises totalitaires, par quels moyens « extraordinaires » les pervers narcissiques réalisent-ils l’exploit d’assujettir leur entourage à la satisfaction de leur moindre désir ?

    “Répondre à cette question revêt un enjeu crucial qui dépasse le simple cadre bourreau/victime que l’on attribue aux seules relations du pervers narcissique avec sa ou ses proies, car si nous pouvions facilement identifier ce qui relève de la perversion narcissique, il serait alors beaucoup plus aisé de combattre ce fléau, d’en mesurer l’importance et de choisir entre abolir ce type de comportements répréhensibles visant la destruction ou l’anéantissement d’autrui… ou bien d’y souscrire comme le font certains. Ce choix serait alors conscient et se ferait en toute connaissance de cause tant pour les agresseurs que pour leurs victimes.”

    https://perversionnarcissiqueetpsychopathie.wordpress.com/2015/05/21/linstrument-majeur-du-pervers-narcissique-la-parole/


  8. jp Le 12 avril 2016 à 09h57
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    et aussi
    “dans le domaine agricole, l’appauvrissement génétique par sélection des semences animales s’appelle perfectionnement des races, l’empoisonnement des terres par les engrais chimiques fertilisation.
    Pour un génocide, on préfère parler de nettoyage ethnique.
    Un plan social n’est pas un programme de spécialisation professionnelle, d’intégration ou de promotion, mais un licenciement massif.
    Un aménagement du territoire n’est pas une adaptation au milieu ou l’entretien des sites, mais une destruction du paysage existant.
    Remplacer une forêt par une route n’est donc pas détruire la forêt et ses habitants naturels, mais aménager le territoire pour désenclaver une région, favoriser les communications, développer l’économie, etc.”


  9. Didier Le 12 avril 2016 à 10h49
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    Manque un grand classique à ce brillant inventaire: la transcription des tensions politiques et sociales dans le registre du sado-masochisme. Exemple:

    “le défunt CPE n’était qu’une pichenette, mais portée sur un grand corps tuméfié, devenu intouchable et qui ne demandait qu’à hurler.”

    C’est de la plume de Claude Imbert, “éditorialiste” au Point, avril 2006.


  10. Henri Tanson Le 12 avril 2016 à 11h34
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    Un excellent travail, objectif et humoristique.
    On peut aussi parler de “novlangue” ?
    🙂


  11. pat Le 12 avril 2016 à 19h07
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    • Perséphone Le 12 avril 2016 à 22h53
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      Franck Lepage serait une inspiration de premier plan pour un tel dictionnaire. Je propose d’y placer le très répandu “charges” qui remplace toujours “cotisations patronales” dans les médias.


  12. pas de pseudo 78 Le 12 avril 2016 à 21h12
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    je n’ai pas vu passer un gros mot qui remonte à loin, peut être un des premiers : technicien de surface (c’est bien plus valorisant pour un simple balayeur mais je ne suis pas certaine que cela a amélioré son salaire).
    MERCI pour les autres ajouts à ce nouveau dictionnaire très informatif !


  13. TeoNeo Le 12 avril 2016 à 21h49
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    On pourrait ajouter aussi le terme “entreprises ” désigne aujourd’hui le seul patronat. Plus generalement la composante capitaliste de l’entreprise. Comme l’illustre bien le changement de nom du CNPF en MEDEF.

    N’hesitez pas à donner à ACRIMED ils ont besoin de sous pour finir l’année, c’est un petit acte de résistance facile à faire.


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