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20.mai.201820.5.2018 // Les Crises

Nous sommes tous iraniens… Par Richard Labévière

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Source : Proche & Moyen-Orient, Richard Labévière, 14-03-2018

Mardi soir, sans surprise, Donald Trump a donc annoncé que Washington quitterait l’accord sur le nucléaire iranien – signé le 14 juillet 2015 – également par la France, la Grande Bretagne, la Russie, la Chine et l’Allemagne. Cet accord avait permis une levée partielle des sanctions économiques contre l’Iran, en échange du gel et de la supervision internationale du programme nucléaire iranien pour au moins dix ans. Comme l’explique au cordeau Guillaume Berlat, cette décision n’est pas une surprise tant elle est conforme aux obsessions politiques et géopolitiques américaines : satisfaire l’électorat évangéliste et pro-israélien, satisfaire Tel-Aviv et Riyad, défier Moscou et impressionner Pékin…

Mais au-delà de ces effets de conséquences, la « cause efficiente » de cette décision, qui piétine le multilatéralisme et la paix, ramène en droite ligne à l’argent, – l’argent – l’obsession d’un homme d’affaire qui cherche à « faire du fric » par tous les moyens… Dynamitant ainsi l’ordre international et ses différents instruments élaborés au sortir de la Seconde guerre mondiale, le président américain prône le retour à l’état de nature, à la loi du plus fort : celle de la main invisible d’Adam Smith et ses suiveurs classiques et néo-classique (Léon Walras, Vilfredo Pareto et consorts). Et comme les Américains ont l’art d’habiller leurs coups de force en « norme universelle », le Congrès doit encore avaliser la décision pour rendre conforme ce nouvel embargo avec la législation américaine dans un délai de trois à six mois.

Mais dès à présent, aucun nouveau contrat ne pourra être signé entre des sociétés américaines (et occidentales affiliées) et l’Iran. Pour les contrats existants, les sanctions seront rétablies à l’issue de périodes transitoires de 90 à 180 jours. Autrement dit, toutes les compagnies étrangères ont entre trois et six mois pour « sortir » d’Iran. Quant aux groupes actuellement en négociation pour de futurs contrats, ils doivent y renoncer immédiatement. Par exemple, l’ambassadeur américain à Berlin a déclaré que les entreprises allemandes devaient cesser leurs activités en Iran « immédiatement ». Ceux qui ne respecteront pas les conditions imposées par Washington s’exposeraient à des mesures de rétorsion et à l’interdiction d’accès au marché américain.

Cette nouvelle manifestation de l’unilatéralisme américain perturbe, d’ores et déjà, nombre d’accords passés en Iran par plusieurs centaines de PME françaises depuis la fin 2015. De surcroît, ce coup de force remet en cause plusieurs projets de grandes d’importance prévus en Iran par des groupes français, à commencer par Total, Airbus, Renault et Peugeot. Les activités mondiales de ces sociétés pourraient être gravement mises en péril si elles continuent d’investir en Iran malgré le nouvel embargo.

TOTAL DANS L’ETAU AMERICAIN

Le groupe pétrolier français a fait son retour en Iran en juillet 2017, par la signature avec la National Iranian Oil Company (NIOC) d’un contrat pour développer la production de la « phase 11 » d’un immense champsgazier – South Pars. Par ce contrat, Total – opérateur du projet – est engagé sur 20 ans et détient une participation de 50,1% dans South-Pars-11. La première phase du projet représente un investissement de l’ordre de 2 milliards de dollars, avec un premier versement de plus d’un milliard de dollars.

Mais dès novembre 2017, Patrick Pouyanné – le PDG du pétrolier français – avait pondéré l’enthousiasme né de ces perspectives iraniennes, affirmant que Total réexaminerait ses options d’investissement en Iran si les Etats-Unis décidaient d’adopter de nouvelles sanctions contre ce pays. Il avait alors insisté sur l’importance du marché américain pour le groupe : « nous travaillons aux Etats-Unis, nous avons des actifs aux Etats-Unis, nous venons d’acheter des actifs supplémentaires aux Etats-Unis… »

Le ministre iranien du pétrole avait répondu par cette mise en garde : « si Total, en dehors d’une décision du Conseil de sécurité, annonce qu’il a l’intention de renoncer au contrat, aucun capital ne sera rendu, ni aucune somme transférée à cette entreprise ».

UNE CENTAINE D’AIRBUS POUR IRAN-AIR

Fin 2016, Airbus a reçu une commande de la compagnie nationale Iran-Air portant sur une centaine d’appareils, pour un montant-catalogue de 20,8 milliards de dollars (17,5 milliards d’euros). D’autres commandes iraniennes sont en négociation, notamment pour l’acquisition de plusieurs dizaines d’hélicoptères.

Avec sa prudence habituelle, Airbus a réagi à l’annonce américaine de mardi soir en temporisant : « le groupe va examiner très précisément la décision du président américain avant de bouger », ajoutant que l’exercice prendrait « un certain temps ». Le responsable de la communication d’Airbus – Rainer Ohler – a déclaré : « nous analysons attentivement cette annonce et évaluerons les prochaines étapes en cohérence avec nos politiques internes et dans le respect complet des sanctions et des règles de contrôle des exportations ».

De son côté, Boeing, le concurrent américain d’Airbus, a indiqué dès mardi soir qu’il se conformerait à la décision de la Maison blanche de rétablir les sanctions et à leurs modalités pratiques édictées par le Congrès. En décembre 2016, Boeing avait conclu la vente de 80 appareils à Iran-Air, d’une valeur-catalogue de 16,6 milliards de dollars. Mais la livraison des premiers appareils – initialement prévue fin 2018 – avait été reportée. L’avionneur américain avait aussi signé un contrat de 3 milliards de dollars pour la vente d’une trentaine d’appareils 737-Max à la compagnie iranienne Aseman.

PEUGEOT ET RENAULT AUSSI DANS LA TOURMENTE

Les deux constructeurs automobiles français – Peugeot et Renault – sont aussi dans la tourmente puisque très engagés sur le marché iranien où le taux d’équipement automobile demeure relativement bas. Actuellement estimé à 1 million de véhicules, le marché iranien pourrait tripler de volume durant les dix prochaines années. Afin de concrétiser ces perspectives prometteuses, Peugeot avait signé début 2016 son grand retour en Iran qu’il avait été contraint de quitter en 2012. Son partenaire de l’époque – l’américain General Motors – exigeait déjà que le Français applique l’embargo de Washington imposé à l’Iran !

En janvier 2016, Peugeot créait, à nouveau une joint-venture avec le groupe Iran Khodro avec lequel il travaillait avant son départ forcé d’Iran, L’objectif étant de produire, à terme, quelque 200.000 véhicules par an. La production a démarré en 2017.

Resté engagé dans le marché iranien malgré les sanctions, Renault a signé en 2016 un accord stratégique pour accélérer le développement de ses ventes dans le pays, via une nouvelle société commune avec IDRO (fonds d’investissement et de rénovation de l’industrie en Iran) et Parto Negin. Dans un premier temps, l’objectif était de produire 150.000 véhicules par an, venant s’ajouter aux capacités existantes d’une production annuelle de 200 000 véhicules.

CHINE ET RUSSIE EGALEMENT TOUCHEES

Depuis le 2 mai dernier, l’armée américaine a cessé de vendre dans les magasins de ses bases des téléphones portables chinois de marque Huawei et ZTE, invoquant des risques de sécurité. Cette décision s’inscrivait dans le cadre plus vaste de mesures visant à stopper ou limiter la pénétration des constructeurs chinois dans l’économie américaine. « Avec l’abrogation de l’accord sur le nucléaire iranien », explique l’économiste Hervé Juvin, spécialiste de l’extra-territorialité du droit américain1, « il sera encore plus facile pour les autorités américaines de contrer les concurrences chinoises ou russes sous prétexte que des composants de leurs différents produits sont de conception ou de fabrication américaines ».

Les sanctions américaines qui ont frappé dernièrement le patron de RUSAL, le « tsar de l’aluminium », et le groupe suisse Glencore s’inscrivent dans la même logique, faisant flamber le cours de ce métal de 12% en une semaine, « du jamais vu en une quarantaine d’année », expliquent les spécialistes de la branche. « Le prolongement du statu quo sur l’acier européen jusqu’en juin, n’empêchera pas l’adoption de mesures protectionnistes américaines très dures à l’encontre de nos industriels », ajoute Hervé Juvin.

« A force de multiplier les sanctions, on va se retrouver tout seul et détesté… » avait mis en garde Barak Obama, craignant que les Etats-Unis se mettent le monde à dos avant de quitter la Maison blanche. Donald Trump, qui prend résolument le contre-pied de son prédécesseur sur la plupart des dossiers, instrumentalise la lutte contre le terrorisme, la corruption et la prolifération des armes de destruction massive pour avantager les sociétés américaines et, ainsi, remettre en cause les principes de la libre concurrence défendus par l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et les institutions de Bretton-Woods. Dans ce contexte – et plus que jamais depuis la fin de la Seconde guerre mondiale – la dernière décision unilatérale de Donald Trump impose de manière brutale au monde entier les normes américaines du droit des affaires.

L’EXTRA-TERRITORIALITE DU DROIT AMERICAIN

Hervé Juvin : « l’application extra-territoriale du droit américain a détruit des entreprises françaises (Alcatel et Alstom notamment), elle a permis d’extorquer des milliards d’euros à des entreprises et des banques européennes. Cette même pression vise à attaquer Sanofi, Airbus, Safran et bien d’autres. Elle prend pour prétexte la lutte anti-corruption, le respect des embargos américains et le combat anti-terroriste. Le prétendu objectif est l’efficacité économique, la moralisation des affaires, l’établissement des conditions d’une concurrence libre, ouverte et équitable partout dans le monde. Tout cela, en réalité, à l’appui d’un impérialisme juridique grandissant, tout cela au seul bénéfice de l’intérêt national américain. L’extra-territorialité du droit américain se propage à la faveur de l’abandon du droit international, de la faiblesse du régalien et de la négation de la souveraineté des pays Europe. Elle constitue un élément majeur de la stratégie de « Global Constraint » – « contrainte globale » – qui renouvelle la stratégie de l’empire américain ».

Désormais, nous devons regarder la réalité en face. Au nom de la lutte contre la corruption, au nom du combat légitime contre les pratiques abusives, c’est la lutte contre la diversité humaine et contre la liberté des peuples à décider de leurs lois et de leurs principes qui devrait s’imposer. C’est une colonisation américaine d’un nouveau type – soft et smart colonisation – qui s’affirme au fur et à mesure que la croissance économique (totem de la mondialisation) signifie moins la volonté de répondre aux besoins que l’obsession de tuer ses concurrents par tous les moyens. Cette nouvelle colonisation s’immisce jusqu’au cœur de notre vite quotidienne en affectant l’emploi des Français, des autres Européens et de tous les pays en développement.

« Cette position n’est pas acceptable » pour le ministre français de l’Economie Bruno Le Maire qui a déploré mercredi matin la position de « gendarme économique de la planète » de Donald Trump. « En deux ans, la France avait multiplié par trois son excédent commercial avec l’Iran », a-t-il expliqué lors d’un entretien à France Culture, jugeant que la décision américaine aurait des « conséquences » dommageables pour plusieurs fleurons français. Il a affirmé qu’il aurait « un entretien téléphonique d’ici la fin de la semaine avec le secrétaire au Trésor américain Steven Mnuchin » pour étudier avec lui les possibilités d’éviter ces sanctions.

A l’évidence, Bruno Le Maire croit encore au Père Noël ! Le jour où l’Union européenne et les pays européens – dont la France – auront le courage politique d’appliquer des mesures de réciprocité, sinon de représailles envers les Etats-Unis, nous en reparlerons ! Dans l’immédiat, des mesures symboliques pourraient être prises à l’encontre des GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon), des MacDo et autres Starbucks-cafés qui détruisent nos restaurants, cafés et centre-ville !

Dans la bouche de Donald Trump, « America first » signifie « par ici la monnaie ». Premier ministre de la colonie du Cap en Afrique du sud de 1890 à 1896 et l’un des inspirateurs du système d’apartheid, Cecil Rhodes disait : « l’argent, c’est le sang des autres… ». Nous y sommes jusqu’au cou…

Richard Labévière
14 mai 2018

1 Hervé Juvin : La guerre du droit pénal américain aura-t-elle lieu ? Cap sur le nouveau système de corruption mondialisé. Editions de l’Observatoire EUROGROUP-CONSULTING, mai 2016.

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Source : Proche & Moyen-Orient, Richard Labévière, 14-03-2018

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Commentaire recommandé

Fritz // 20.05.2018 à 05h55

Le boycott général des produits états-uniens avait été proposé en 1997 par Michel Bugnon-Mordant, en conclusion de son essai intitulé “L’Amérique totalitaire” (publié chez Favre). Ce serait une mesure plus efficace que les gémissements pitoyables de Bruno Le Maire, mais Zupiter a d’ores et déjà décidé de se coucher.

C’est une posture “transatlantique” parmi d’autres. Quant à celle de M. Patrick Pouyanné, PDG de Total, un spécialiste du Kama Sutra pourrait-il la définir ?

34 réactions et commentaires

  • Fritz // 20.05.2018 à 05h55

    Le boycott général des produits états-uniens avait été proposé en 1997 par Michel Bugnon-Mordant, en conclusion de son essai intitulé “L’Amérique totalitaire” (publié chez Favre). Ce serait une mesure plus efficace que les gémissements pitoyables de Bruno Le Maire, mais Zupiter a d’ores et déjà décidé de se coucher.

    C’est une posture “transatlantique” parmi d’autres. Quant à celle de M. Patrick Pouyanné, PDG de Total, un spécialiste du Kama Sutra pourrait-il la définir ?

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    • Alfred // 20.05.2018 à 08h28

      Jusqu’en 2008 il existait “transnationale.org” qui permettait pratiquement d’identifier des cibles et d’effectuer un boycott. Quelqu’un connait t il un autre outil/projet à jour qui permettent d’identifier simplement derrière les marques les principaux actionnaires et la localisation des sièges sociaux ?

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    • lol // 20.05.2018 à 14h50

      Dans ce pays on a des firmes comme Mcdo où la France est son deuxième marché ( ! ). On a qu’à les sanctionner ça va les calmer.

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  • Alfred // 20.05.2018 à 08h18

    Après avoir eu honte de nos dirigeants politiques je commence à avoir honte de nos dirigeants d’entreprises.
    Comment peut on investir de l’argent pour vingt ans en Iran et “en même temps” :”nous venons d’acheter des actifs supplémentaires aux Etats-Unis… “.
    Il faut être totalement con c’est le cas de le dire. Et en plus de l’annoncer publiquement aux iraniens. On va lancer le projet mais peut être qu’on va juste vous faire perdre votre temps, ça ne dépend pas de nous mais des usa… Fiables les Français.
    La France aurait dû appuyer une petite compagnie française pour faire le projet en Iran. Une compagnie qui n’aurait traité qu’en euros, qu’en Iran et qui aurait utilisé le savoir faire, la technologie les employés de total à travers de la sous traitance en cascade avec un service dédié au banissement des technologies americaines.
    Ok ça fait yakafokon mais la situation décrite est vraiment humiliante de bêtise. Désolé les iraniens.

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    • Alfred // 20.05.2018 à 09h06

      À y réfléchir on peut se souvenir qu’il fut un temps récent où la France disposait de deux compagnies pétrolières de taille moyenne. Un grand et minable concours de b… à mis fin à cette situation avantageuse. Ces deux entreprises auraient pu se spécialiser à mesure que les yankees devenaient plus fous. À total les usa et leurs colonies dont la saoudienne (en dollars of course) à elf l’altermonde (Iran, Chine, Venezuela, etc..). Ou l’inverse. C’eut été bien.
      Mais des genies sont passés par là qui voyaient “grand”.

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      • Owen // 20.05.2018 à 15h21

        Vous répondez en partie à votre premier commentaire.

        Une entreprise doit faire des bénéfices, sinon, elle met la clé sous la porte, elle n’a pas le choix. On ne peut pas demander aux entreprise d’être des géopoliticiens, ce n’est pas leur travail.

        Avec un état stratège, alors les entreprises disposent d’un cadre pour faire des choix selon les orientations géopolitiques. Depuis 30 ans, les grandes entreprises françaises sont mises à la vente au plus offrant et l’économie est en roue libre. On ne peut pas accuser les entreprises de ne pas faire un travail que l’état ne fait plus. Pour rappel, les grandes entreprises françaises ont été créées à l’époque de l’économie mixte, avec des plans quinquennaux.

        Les états unis, eux même, s’en fiche de la concurrence “libre et parfaite”: ils ont financé Google et Facebook qui les intéressaient.

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        • Alfred // 21.05.2018 à 10h54

          Je suis bien d’accord avec vous la faute première en reviens à l’état et aux hommes politiques en théorie. Mais en pratique à partir d’un certain niveau c’est une même engeance le même milieu les mêmes gens. Total et feu elf sont tout sauf des entreprises a-politques. La fusion des deux était une erreur géopolitique maquillee en strat économique (sans rire elf perdait du fric? Vous connaissez les rêve us de Total ?).
          Par ailleurs si le but premier d’une entreprise est de faire de l’argent il reste idiot même dans cette seule optique la d’investir dans un pays cible de la mafia tout en continuant à s’exposer à elle. Vous n’allez pas investir dans un journal qui dénonce la mafia quand vous avez vos usines à Palerme si?

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          • Owen // 21.05.2018 à 17h25

            Merci de votre réponse.
            Je ne connais pas assez bien l’histoire de Total et Elf je vous laisse votre réponse là dessus.
            Le dernier vrai choix de politique économique que j’ai vu, c’était le CICE: un droit de tirage budgétaire pour les entreprises qui savent, ou peuvent, monter des dossiers. C’est du beurre dans les épinards, pas du renouvellement ou de la création d’activités par l’investissement, avec son effet multiplicateur: l’aubaine n’est pas la stratégie.
            Il peut y avoir des mauvais choix stratégiques (le minitel), l’amoralité des entreprises (Lafarge qui vend à Daesh). Mais si l’état ne concerte et finance pas d’orientation économique, les entreprises vont à tous vents (et je sais que je parle de quelque chose qui remonte à trop loin, quand la France était indépendante).
            Distinguer coopération et collusion entre état et grandes entreprise n’est en effet pas facile, il aurait fallu, pour le moins, interdire aux énarques l’accès aux grandes entreprises, il y a déjà les grandes écoles pour ça.

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    • naif // 20.05.2018 à 09h08

      “avec un service dédié au banissement des technologies americaines”
      oui mais les technos américaines commencent avec les processeurs, les téléphones etc Prêt à parier que tu as tapotté ton message sur un pc muni d’un processeur intel et tournant sous windows. Évidemment la remarque reste vraie pour un mac et même pour linux, l’os est libre pas le processeur.

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      • Alfred // 20.05.2018 à 14h13

        Vous ne m’apprenez rien et votre propos de change rien au fond du mien. Dans ce domaine comme d’en d’autre on veut où on veut pas (mais quand on a manqué de vision il y a 30 ans c’est un peu plus difficile c’est sur (mais pas impossible)).
        Ainsi par exemple :
        http://www.silicon.fr/processeurs-chine-independante-etats-unis-167705.html

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      • Papagateau // 20.05.2018 à 17h02

        Solution hyper facile si on veut :
        Tu achètes des PC d’occasion, certaines boites renouvellent des parcs homogènes tout les 2 ans.
        Puis tu mets Linux dessus avec quelques bons freewares.

        Encore plus facile : Le directeur technique de l’agence locale va à l’hypermarché de sa ville, et achète avec sa carte bancaire personnelle 2 ou 3 PC avec licence incluse.

        Pour les machines industrielle, c’est toujours du sur mesures, et les chinois savent faire.

        Car le vrai problème n’est pas là :
        il ne faut plus jamais qu’il prenne un avion qui survole les USA comme le directeur technique d’Alstom ( 5 ans déjà).
        Voire qu’il évite de circuler dans certaines démocraties de façade comme l’Angleterre et la Suède (je pense à Assange).

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        • Dominique // 21.05.2018 à 14h14

          « Tu achètes des PC d’occasion […] Puis tu mets Linux dessus »
          Et avec Firefox, tu butines sur le web et utilises un DNS situé aux States. Tus as perdu, essaye encore une fois !

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  • BASLE // 20.05.2018 à 08h59

    L’argent est un motif. Il est secondaire. Le motif principal est la création d’un chaos constructif au Moyen-Orient.

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    • Michel B. // 20.05.2018 à 12h14

      Je suis heureux de lire votre avis, il fait du bien.

      La pensée dominante nous enferme dans un manichéisme où sans deal iranien, la seule alternative est le désastre économique et la guerre inévitable. Et malheureusement ça marche, on lit plusieurs analystes mener leur réflexion à rebours de l’inévitable conclusion, en relevant toutes les bonnes raisons dans le passé US pour expliquer qu’il en sera ainsi. Tous ces spéculateurs feignent de ne pas voir le changement radical intervenu lors de la transition Obama – Trump.

      La réalité factuelle est pourtant là : entre la signature du deal et la fin du règne Obama, les zones de conflits n’ont cessé de s’étendre au Moyen Orient, l’influence et la présence militaire de l’Iran aussi. Ce chaos là était plutôt destructif. Depuis l’investiture de Trump, la tendance s’est radicalement inversée.

      ISIS n’est plus sur le devant de la scène, l’Arabie Saoudite a changé de régime, l’Irak vient d’élire une nouvelle majorité qui souhaite que l’Iran cesse de se mêler de ses affaires, on en parle peu mais les Houthis alliés des Mollahs sont sur le reculoir au Yémen.

      En Iran en ce moment : à Kazeroun depuis plusieurs jours ambiance de guerre de rue entre les manifestants et les forces de l’ordre. Né du soutiens au mouvement des commerçants kurdes protestant début avril contre la fermeture de la frontière irakienne, une grève générale est peut-être en train de s’étendre, elle touche déjà les bazars de Téhéran.

      J’aime bien votre expression de chaos constructif.

      J’aime beaucoup

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      • Mr K. // 20.05.2018 à 13h18

        @ Michel B.

        Avec votre style souvent elliptique et vos arguments que rien n’entame égrenés inlassablement, on a comme l’impression que vous récitez un argumentaire commercial immuable. Impression sûrement fausse, mais malgré une forme assez souple le fond de vos propos est tellement rigide et répétitif.

        Vous écrivez : “entre la signature du deal et la fin du règne Obama, les zones de conflits n’ont cessé de s’étendre au Moyen Orient, l’influence et la présence militaire de l’Iran aussi”.

        L’influence grandissante de l’Iran en Irak, et en conséquence au-delà géographiquement, est due à l’attaque américaine de ce pays à partir de prétextes entièrement fabriqués, en 2003.
        Il fallait peut-être y penser avant, mais quand on détruit l’Irak tenu par des sunnites (en gros 20% de la population), on laisse le champ libre à la très grande majorité chiite de la population (sans juger le bien fondé ou non de ce résultat). Si en plus vous exacerbez volontairement les chocs religieux, vous poussez mécaniquement le pays vers le grand voisin chiite Iranien.

        Relier la progression de l’influence de l’Iran dans la région à l’accord récent (2015) sur le nucléaire iranien que vous appelez pudiquement “deal” est tout simplement faux.

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        • Michel B. // 20.05.2018 à 13h58

          L’Iran est au moins militairement présent en Syrie, en Irak et au Yemen, je ne connais pas assez bien la situation libanaise pour m’avancer plus loin. Quelles qu’en soient les origines, le déploiement militaire iranien sur ces zones sous Obama est incontestable.

          Si l’on n’est pas d’accord pour dire que le mouvement s’amplifie en 2015, on le sera peut-être pour admettre que l’accord sur le nucléaire iranien ne l’a ni bloqué, ni freiné. Depuis l’investiture de Trump, c’est ce qui est en train de se passer. Je ne dis rien de plus, et j’essaie d’observer les évènements factuels locaux en me préservant des discours officiels.

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          • Alfred // 20.05.2018 à 14h17

            Vous ne vous préservez pas très bien de certains agendas officiels que vous relayez très bien au contraire. Pourquoi pas mais ce n’est pas la peine de se cacher.

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            • Catalina // 20.05.2018 à 15h13

              Bonjour,
              Pour l’Iran au Yemen, avez-vous des preuves ?
              Car hormis les allégations au conditionnel de sa présence au Yemen, je n’ai rien trouvé de factuel.
              Par avance, merci.

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            • Michel B. // 20.05.2018 à 16h09

              J’ai une lecture des changements impulsés par l’élection de Trump : avec lui la globalisation semble moins inexorable, et effectivement, ce qu’il provoque à l’international m’intéresse.

              Pourquoi ? Parce que je suis partisan d’un monde multipolaire, sans idéologie dominante qui rase tout sur son passage. J’ai eu la chance d’une activité professionnelle qui m’a beaucoup fait voyager, et d’apprécier ainsi une partie de la richesse culturelle de ce monde

              Je n’ai rien à cacher : j’ai voté Mélenchon au premier tour, je me suis abstenu au second, et si j’avais été américain, j’aurais voté Trump. Je m’efforce d’avoir la pensée la plus libre possible, en constatant que cela soulève de la suspicion quant à mes intentions, j’apprends à vivre avec.

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            • Alfred // 21.05.2018 à 14h00

              @ Michel B je respecte vos position (pour tout dire j’en partage certaines). Ce sont vos assertions qui ont jeté le trouble pour ce qui me concerne. L’exemple typique étant relevé par Catalina : la circulation des informations relatives au Yémen est un cas d’école particulièrement pathétique et un marqueur assez clair de la recherche honnête du vrai et du faux. Vous etes bien la première personne qui prétende penser hors des clous qui aie acheté la version neocone/israélienne/saoudienne/grandsmediascorrompus d’une implication de l’Iran au Yémen. Ou sont les preuves? Combien de mercenaires occidentaux et africains tués d’un côté pour combien d’iraniens? (La réponse à la dernière question est zéro). Par ailleurs le “formidable” arsenal des boutiques est celui de l’armée yéménite.
              C’est étonnant que vous ayez raté cela pour quelqu’un qui sait ce qu’il se passe dans les bazars d’iran.

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            • Alfred // 21.05.2018 à 16h59

              @ Michel. B je n’avais pas vu vos liens en réponse à catalina. Le premier est un article d’un journal “très indépendant” des Emirats arabes unis (adversaires des houtis au Yémen) qui parle au conditionnel (et sur une faible partie de l’article) sans aucun élément concret. Le deuxième est un compte d’un activiste assez connu dans son activité contre le “régime iranien”et qu’il faut croire sur parole. “I am in contact with sources that provide credible information about the mullahs’ regime in Tehran, their crackdown inside the country and warmongering abroad.” dit il après avoir précisé qu’il luttait contre le terrorisme d’etat iranien.
              C’est legitime hein bien que tres partial mais c’est surtout rien de concret.

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            • Michel B. // 21.05.2018 à 20h56

              Cher Alfred, l’article que vous remettez en cause est une simple reprise d’une dépêche de l’Associated Press. Si vous attendez de moi que je vous livre des photos de bâtaillons iraniens au Yemen, c’est peine perdue, je n’en ai pas et je pense qu’il n’y en a pas aujourd’hui sur le terrain local.

              Par contre les Houthis utilisent des armes iraniennes, en particulier, les missiles visant l’Arabie Saoudite et tirés du Yemen le sont. Ce que pointe l’article : la fourniture d’équipements est accompagnée de celle d’experts (souvent IRGC, pour transférer la compétence et coacher l’utilisation), et de capacité d’entrainement pour former les Houthis. Ces poches d’expertise font partie des cibles actuelles de l’offensive de l’armée régulière yéménite soutenue au plan aérien par les saoudiens.

              C’est frappant de constater qu’au même moment, les positions de l’IRGC en Syrie et en Irak sont aussi militairement attaquées.

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          • Georges // 23.05.2018 à 13h27

            @ Michel B.

            Je vous cite : “….l’Arabie Saoudite a changé de régime…..” C’est une blague que vous faîtes ou vous parlez sérieusement ?

            Changement de dirigeant ne signifie pas changement de régime !!!!

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  • TC // 20.05.2018 à 09h33

    Au moins avec Trump, le monde occidental et surtout les eurobéats se désillent enfin les yeux et prennent conscience de la réalité de l’impérialisme américain, “ces amis qui nous veulent du bien”. C’est une bonne chose que le monde voit les Américains comme ils sont.

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    • Fritz // 20.05.2018 à 09h35

      Voilà pourquoi l’élection de Trump reste une bonne nouvelle. Avec l’autre hystérique, le bloc occidental serait plus soudé que jamais.
      D’ailleurs, pour célébrer malgré tout la victoire d’Hillary, un film est en préparation :
      https://www.francetvinfo.fr/internet/streaming/netflix/jennifer-aniston-va-jouer-la-premiere-femme-lesbienne-presidente-des-etats-unis-dans-un-film-netflix_2760171.html
      Un plus : une femme sans homme !! « Quand Beverly et Kasey Nicholson emménageront à la Maison Blanche, elles prouveront que derrière chaque grande femme… il y a une autre grande femme », annonce Netflix pour décrire l’intrigue du film.

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    • Gryzor // 20.05.2018 à 20h05

      Bonjour,

      J’ai bien peur que les eurobéats limitent leur vision à Trump.
      Le jour où les élections remettront aux US un dirigeant aligné sur l’establishement et le politiquement correct, nos eurobéats remettront leurs critiques au grenier. Médias en tête

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  • Léon Meynet // 20.05.2018 à 09h50

    Oui, nous sommes tous iraniens/nes et il est temps de le dire haut et fort avant qu’il ne soit trop tard comme cela l’a été pour l’Irak, la Libye et la Syrie!

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    • Marie // 20.05.2018 à 15h32

      Il est trop tard pour TOUT; Le “pouvoir du peuple” – étymologie de démocratie- est devenu le pouvoir de celui qui a le plus d’argent pour se faire élire, par parti et médias interposé. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est Fidel Castro à l’ancien directeur du Monde diplomatique, deux ans avant de laisser la place à Raul. La démocratie ne se résume pas à des élections dites “libres” ( entendu ce matin concernant la “démocratie” israélienne !! ). Facile à mon sens de pouvoir affirmer que qui a le pouvoir est toujours un dictateur, à des degrés divers, en puissance; variante de “la liberté commence où finit celle de son voisin”. Le bulletin de vote? Du vent…

        +5

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  • Haricophile // 20.05.2018 à 14h48

    « l’application extra-territoriale du droit américain a détruit des entreprises françaises (Alcatel et Alstom notamment), elle a permis d’extorquer des milliards d’euros à des entreprises et des banques européennes.» …. avec l’entière complicité de nos gouvernants qui commettent en permanence des crimes de haute trahison. Oooops, on a très discrètement retiré ce crime de la loi il y a quelques temps, on ne sait jamais…

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  • moshedayan // 21.05.2018 à 13h09

    «A l’évidence, Bruno Le Maire croit encore au Père Noël ! Le jour où l’Union européenne et les pays européens – dont la France» Merci Richard !
    L’Eurasie au sens large est parfaitement capable de mettre au point des brevets et produits suppléants tout ce qui est produit aux Etats-Unis : d’un processeur plus puissant et moins cher que les i7 intels etc.. à un réacteur d’avion etc… mais ça on ne le verra jamais avec les dirigeants actuels.
    La France préfère faire entraîner ses forces armées avec les Américains. Donc acte ! Oui à l’asservissement pour vous.

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  • tchoo // 21.05.2018 à 18h14

    Les fameux tribunaux d’arbitrage à meme de faire condamner un état au profit d’une entreprise si une décision politique modifie les conditions d’exercice de cette entreprise et lui fait perdre de l’argent pourrait bien servir pour ces entreprises.
    On peut rêver

      +3

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    • Alfred // 21.05.2018 à 20h51

      C’est très bien vu. Et effectivement on peut toujours rêver. Votre petite remarque illustre une grande réalité. Ce n’est pas une question de montagnes de milliards, ni de nombre d’ogives nucléaires, ni de nombre de médias à la botte ou de lobyistes. C’est dans les têtes.

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