Le point de vue anglais, toujours un peu biaisé 🙂

Bâtie sur des critères économiques, politiques et géopolitiques, l’UE doit être jugée selon ces mêmes critères. Et le verdict de l’historien britannique Niall Ferguson est sans appel.

Niall Ferguson

Niall Ferguson

Au sein de l’Union européenne, il y a 23 façons de dire merci et je pense que cela illustre pourquoi l’expérience européenne s’est soldée par un échec. Vous rappelez-vous des expériences que vous faisiez étant enfant avec votre kit de petit chimiste ? Vous ajoutiez des produits chimiques, les uns après les autres, pour voir celui qui finirait par déclencher une explosion. Voilà ce qu’a fait l’Europe. Tout a commencé avec six [langues]. Cela n’a pas suffi, alors ils sont passé à neuf… rien. A dix… on a vu un peu de fumée, mais sans plus. Douze… rien. Quinze… toujours rien. Vingt-cinq, quelques bulles sont apparues. Vingt-sept… explosion !

Je suis absolument certain que Lord Mandelson et Daniel Cohn-Bendit soutiendront que l’expérience européenne est un succès, car la paix règne en Europe depuis la création de l’UE dans les années 1950. Pouvons-nous juste tordre le cou à cette idée ? L’intégration européenne n’a absolument rien à voir avec la paix que connaît l’Europe depuis la Seconde Guerre mondiale, une réussite qu’il faut attribuer à l’OTAN [Organisation de Traité de l’Atlantique Nord]. La création de l’Union européenne n’avait pas pour but la guerre ou la paix, auquel cas une communauté européenne de défense aurait été formée, une initiative à laquelle s’est opposée l’Assemblée nationale française en 1954.

Evaluation économique

Il faut juger l’Europe d’un point de vue économique, puisque c’est toujours en ces termes que l’organisation a été définie. Et comment a-t-elle fait ? Dans les années 1950, l’économie de l’UE avait une croissance de 4 %, tout comme dans les années 1960. A partir de 1970, elle est tombée à 2,8 %, puis à 2,1 % dans les années 1980, et elle n’atteignait plus qu’1,7 % dans les années 1990. Après avoir continué de chuter, la croissance est aujourd’hui descendue à zéro.

La croissance de l’Europe a décliné à mesure que s’est poursuivie son intégration. La participation européenne au PIB mondial est en baisse depuis 1980 : elle est ainsi passée de 31 % à 19 %. Depuis 1980, la croissance de l’UE a été plus forte que celle des Etats-Unis pendant neuf ans sur 32. Quant à son taux de chômage, il n’a jamais été plus bas que celui des Etats-Unis.

Certains parmi vous sont-ils investisseurs ? Pouvez-vous me dire quels étaient les pires marchés boursiers au cours des 10 dernières années ? La Grèce, l’Irlande, l’Italie, la Finlande, le Portugal, les Pays-Bas et la Belgique – ces pays étaient même les pires à l’échelle mondiale. Et n’oublions pas non plus l’union monétaire, la plus grande des expériences ayant mal tourné.

Nous les avions prévenus, mesdames et messieurs. Une union monétaire sans intégration du marché du travail et sans fédéralisme fiscal a toutes les chances d’exploser. Je l’avais prédit en 2000. Tout se déroule en temps réel, dans ce laboratoire de chimie qui se trouve de l’autre côté de l’Atlantique.

Cela dit, l’expérience politique a aussi échoué. Vous savez de quoi je veux parler ? L’idée était de savoir si on pourrait forcer les Européens – contre leur gré – à se lier plus étroitement par des moyens économiques, face à l’impuissance des moyens politiques.

Perte de légitimité politique

Et lorsque les peuples européens se sont opposés à une intégration plus poussée, leurs gouvernements respectifs se sont entendus dire qu’il faudrait réessayer plus tard. C’est ce qui est arrivé aux Danois en 1992 et aux Irlandais en 2001 puis en 2008. Les citoyens n’ont pas donné la bonne réponse lors des référendums, alors les gouvernements en ont tout simplement organisés de nouveaux.

On comprend mieux pourquoi cette expérience a échoué : l’UE est en échec parce qu’elle a perdu toute légitimité politique. On peut le voir non seulement en Grèce, mais aussi dans les autres gouvernements européens. Treize d’entre eux sont tombés depuis le début de la crise il y a deux ans, et la tendance continuera de se poursuivre dans les mois à venir.

Enfin, l’expérience européenne s’est aussi avérée un échec géopolitique. L’UE était censée agir comme un contrepoids des Etats-Unis. Vous rappelez-vous du discours dit de “l’heure de l’Europe”, dans lequel Jacques Poos a annoncé en 1991 que l’Europe allait mettre fin à la guerre en Bosnie ? C’était supposé être en 1991. Pourtant, cette guerre a fait 100 000 morts et a entraîné le déplacement de 2,2 millions de personnes. Le conflit a cessé lorsque les Etats-Unis ont fini par intervenir et qu’ils ont mis un terme au désastre.

On se souvient de la célèbre question posée par Henry Kissinger : “L’Europe ? Quel numéro de téléphone ?” La réponse est arrivée plusieurs années plus tard : il faut appeler la baronne Ashton de Upholland. Personne n’avait jamais entendu parler d’elle et elle n’a jamais contacté qui que ce soit.

Mesdames et messieurs, vous qui êtes canadiens, vous savez à quel point il est difficile de gérer un système fédéral composé de seulement 10 provinces et deux langues officielles. Voilà pourquoi vous êtes les mieux placés pour comprendre pourquoi l’expérience européenne, avec 27 pays et un nombre sidérant de 23 langues, s’est soldée par un échec infâme. Heureusement, au Canada, je n’ai plus que deux ou trois mots à prononcer : thank you et merci.

Cet article est la transcription de la contribution de Niall Ferguson lors du Munk Debate sur la question suivante : “l’expérience européenne a-t-elle échoué”? C’est une partie de l’article principal du magazine d’Il Sole 24 Ore, IL, sur “L’Europe attaquée”, publié en avril 2013.

Traduction : Leslie Talaga
Par : Niall Ferguson
Source : presseurop

Nous vous proposons cet article afin d'élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s'arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]Nous ne sommes nullement engagés par les propos que l'auteur aurait pu tenir par ailleurs - et encore moins par ceux qu'il pourrait tenir dans le futur. Merci cependant de nous signaler par le formulaire de contact toute information concernant l'auteur qui pourrait nuire à sa réputation. 

32 réponses à [Reprise] Le projet européen est un échec total, par Niall Ferguson

  1. Patrick Luder Le 17 juin 2013 à 08h08
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    Nous vivons une époque ou l’hyper-production industrielle, les fameux gains en productivité, ont remplacés les trois-quarts des emplois … dans ce monde ou l’humain n’a plus sa place, on peut trouvé toutes les excuses au mal -être ambiant. Europe ou pas ne changera rien, Finance ou pas non plus, politique ou non pas plus. Il y a à peine quelques générations, c’était l’agriculture qui pourvoyait à la grande majorité des emplois, dans un monde peu polluant et respectueux de l’environnement. La révolution verte qui était surtout une révolution industrielle à transformé tous ces emplois destinés à “vivre” en des emplois destinés à utiliser des produits jetables, à sur-consommer … puis est venu le temps ou les grandes usines avec des milliers de travailleurs ont été remplacés par de l’automation, désormais la production, autant des produits de base que des produits superflus est gérée par quelques nantis, qui se livrent une guerre sans merci entre-eux, dévalorisant toujours plus le peu d’emplois restants. Sur cette gabegie fumante, une société à part émergera, fermée au monde industrialisé et numérisé, une société ou l’humain reprendra sa place, une place de gestionnaire des ressources, une société qui sera, je l’espère bien, empreinte de plus d’humanité …


    • Christophe Vieren Le 17 juin 2013 à 10h50
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      Je ne sais si quelque chose de différent émergera ou si ce sera la fin. Mais je ne suis pas sûr qu’il faille mettre en causes l’industrialisation et/ou la numérisation. Travailler dans les champs 10h par jour, 343 jours par an (lorsque le repos dominical était respecté), le tout à la force des bras, n’était pas non plus une sinécure. Tout est une question de dosage. Aujourd’hui à raison de 20 h par semaine, à condition d’une meilleure répartition des richesses, et ce au niveau mondial, on pourrait concilier “industrialisation-numérisation” et bien-être et prospérité.
      Il faudra pour cela pouvoir redonner à chacun le goût des choses simples (marche à pied, bicyclette pour l’activité physique, . . . ), d’être capable d’occuper son esprit autrement qu’en consommant (lecture et “cafés philo”, . . . ). Mais surtout se débarrasser de ce satané besoin de se montrer supérieur aux autres par les biens (4×4, xxxxphone dernier cri, …). Autrement dit, l’apprentissage de la philosophie dès la maternelle. Pas facile, pas facile mais nous n’avons pas le choix. A moins que l’on ne préfère le scnéario de Bienvenue à Gattaca ! Si vous n’avez pas vu ce docu qui y fait référence, je vous le conseille : Un homme presque parfait. On y voit la dérive de la médecine qui au départ était destiné à soigner et qui peu à peu (et il y a des projets déjà bien avancés) se dirige vers la manipulation de l’humain, simple objets désireux d’être “meilleur” que ses congénères. Et au final : pour quelle Humanité ? Pour quel bonheur ?
      Il me semble que cette dérive est inévitable dans un monde où tout est marchandise car l’offre et la demande serait la seule à optimiser la “croissance”, qui serait la source du “progrès” (technologique ou humain ?) via un “pouvoir d’achat” sans cesse accru, . . .
      Et c’est pourquoi il est plus que temps de trouver un substitut au capitalisme qui porte en lui les germes de toutes ces dérives, où l’intérêt personnel prend le pas sur l’intérêt collectif, le court terme sur le long terme, l’avoir sur l’être, . . .
      Allez, inventons le monde de demain. Y a du boulot (d’utilité publique) pour tout le monde en ce domaine.


      • Alassane Le 17 juin 2013 à 13h12
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        Si, on peut mettre en cause l’industrialisation :

        Au moyen-âge, les gens ne travaillaient guère plus de la moitié de l’année. Il y avait cent-quarante et une fêtes chômées. L’extension monstrueuse de la journée de travail caractérise le début de la révolution industrielle, les travailleurs étant obligés de concurrencer les premières machines.
        (Note de Hannah Arendt dans Condition de l’homme moderne)

        Sinon, bien d’accord avec vous.


        • amemar Le 17 juin 2013 à 14h59
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          Ah mais vous oubliez que sur les XXX journées de travail que l’on vous oblige à effectuer, une grande partie sert à enrichir un capitaliste, financier, rentier, riche … (cochez la ou les réponses qui conviennent !!)


          • laville Le 17 juin 2013 à 15h59
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            Nous travaillons jusqu’au 27 juillet pour payer les impôts et charges obligatoires. Pour information les anglais payent jusqu’au 20 Mai!!!
            Nous enrichissons l’Etat. Mais il ne sait pas gérer cet argent qui lui tombe de nos bras et mains de travailleurs. Et accessoirement, le capitaliste, le fiancier, le rentier, le riche????? profitent de notre travail.


            • Christophe Vieren Le 17 juin 2013 à 19h03
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              Tout à fait A la ville. Mais j’ai pas encore bien compris comment il faisait disparaitre tout cet argent.

              Plus sérieusement, et selon votre situation sociale, conjugale, matrimoniale, professionnelle, pouvez-vous estimer ce que vous retirer comme bénéfice de ces “impots et taxes”. A tout hasard je vous informe que la grande majorité de ces P.O. (prélèvements obligatoires) est directement redistribué. Seul 12-13% – comme en GB – sert à rémunérer les emplois publics qu’il faudrait rémunérer en emplois privés de toutes façons. a moins que vous ne comptiez renoncer à vote santé, à votre éducation, à votre retraite, à vos indemnités chômage, . . .


        • Christophe Vieren Le 17 juin 2013 à 18h41
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          Ils travaillent la moitié de l’année, peut-être mais combien d’heures de travail sur l’année et sur la vie, à partir de quel âge ? Quelle quotité de vie passée au travail ? Probablement bien plus qu’aujourd’hui. Sans parler bien sûr de ce que l’éducation, la culture, la santé pouvait procurer de bien-être. Mais d’accord avec Patrick et toi pour dire que le secteur industriel est bien trop développé. A-t-on besoin de posséder autant de choses chez soit à commencer par plusieurs voitures par ménage ? Ne peut-on les partager ? Combien de perceuses ou de tondeuses sous-utilisées ? Idem . . .


          • norbix Le 17 juin 2013 à 19h36
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            Comme je l’ai déjà signalé ailleurs, le mythe des longues journées de travail de nos ancêtres à la vie dure.
            Si l’on prend en compte la journée de travail de la fin du 19e siècle, nous travaillerions beaucoup moins. En réalité, le 19e siècle est l’apogée des longues journées de travail. Rappelons que les chasseurs-cueilleur ne travaillaient que le temps d’assurer leur survie, quelques heures par jour, de manière tout à fait irrégulière.
            Il est également bon de savoir qu’au début de la société industrielle, les néo-ouvriers travaillaient quelques jours, puis disparaissaient – revenant à l’usine au bout d’un certain temps, une fois à sec. Il a fallu un certain degrés de coercition et d’imagination pour éduquer cette masse oisive et indisciplinée.
            Pour dire que notre mode de vie n’est pas naturel ou spontané. C’est le produit d’une construction sociale et historique. De même qu’il a fallu éduquer les populations au travail organisé de la société industrielle, il a fallu les éduquer à la consommation. Et il est a peu près certain que le couple travail-consommation est le socle sur lequel a reposé notre modèle de société, la consommation servant à récompenser la travail, le travail à soutenir la consommation.


            • Christophe Vieren Le 17 juin 2013 à 20h36
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              Bien sûr le cercle production-consommation est vicié. Mais est-ce si sûr que nous pouvons en sortir au point de revenir à l’âge de la cueillette-chasse ? Tous à la fois chasseur cueilleur et médecin, instituteur, écrivain, bâtisseur, chauffagiste, . . . A la première rage de dent ou appendicite, n’hésites pas à me dire ce que tu en penses. Là, sans mes lunettes (probablement polies par Essilor), je ferais quoi à cette heure ci ? Et en hiver à la même heure, sans l’électricité et donc centrale électrique et fabricants d’ampoule et de câbles électrique, et, et, …

              Alors oui bien sûr l’on pourrait tous se contenter de 20 h de travail hebdomadaire et de la retraite à 60 ans. Mais peut-être pas. Car que faire durant nos loisirs sans cinémas, sans librairies, sans fabricant de vélo ou de chaussure de sports, sans transports pour se déplacer, . . . ? Pas évident tout cela. Pas évident de trouver le juste milieu entre les libres chasseurs cueilleurs et l’aliénation de l’OS moderne.


          • amemar Le 17 juin 2013 à 21h21
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            Merci de rappeler que l’Etat c’est nous et que s’il fallait payer aux conditions du privé pour tous les services qui nous sont rendus (éducation, santé, police etc …) nous serions bien peu nombreux à pouvoir le faire. C’est dingue qu’il y ait encore des gens qui n’ont pas compris ça !


          • norbix Le 17 juin 2013 à 23h40
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            Je ne propose pas le retour à la cueillette bien évidemment. C’était juste pour dire que le couplet sur il faut travailler plus n’était pas une évidence, que le cycle travail-consommation ne l’est pas plus. A partir du moment où l’on tombe d’accord sur le fait que l’organisation actuelle de la société n’est pas un fait naturel ça nous donne plus de liberté pour envisage autre chose.


            • Christophe Vieren Le 18 juin 2013 à 07h39
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              On est bien d’accord


        • Deres Le 18 juin 2013 à 16h14
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          Quand c’était la moisson ou la récolte, il fallait travailler de l’aube au coucher du soleil. La veillée était surtout un travail fait en commun tout en discutant (écossage des haricots, préparation des noix, …). Effectivement, en hiver, il y avait moins à faire, sauf aller chercher du bois …


    • Deres Le 18 juin 2013 à 16h11
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      Avant la révolution industrielle, 90% de la population travaillait dans l’agriculture. La mécanisation a porté ce pourcentage à 5%. Pourtant, on n’a pas 85% de chômeurs … Le progrès n’est pas la cause du chômage, combien de fois faudra-t-il le répéter !!! Le chômage est un phénomène social venant de l’organisation imparfaite de notre société et de sa lenteur et incapacité d’adaptation. Sinon, il suffirait d’interdire les véhicules à moteur et de revenir aux brouettes pour atteindre le nirvana …


      • Christophe Vieren Le 18 juin 2013 à 18h45
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        Rpéter ne sert à rien. Il faut convaincre.
        Et lorsque tu écris “progrès” précise derrière “technologique” car comme disait très justement la Sncf je crois dan sa pub : le progrès ne vaut que si il est partagé par tous. Autrement dit le progrès qui induit des licenciements sans s’assurer du réemploi ou du fait que le licencié soit plus heureux sans emploi que salarié, n’est pas un progrès.


  2. cording Le 17 juin 2013 à 08h52
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    Un constat implacable mais inaudible par les classes dirigeantes de toute l’UE parce qu’elles y perdraient et y perdront toute légitimité. Elles n’ont pas de plan B donc pratiqueront leur acharnement thérapeutique qui tue les malades.
    A lire le livre paru en 2002 “le krach de l’Euro” aux éditions du Rocher par Bertrand Renouvin et Sylvie Fernoy!


  3. LeTaulier Le 17 juin 2013 à 09h29
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    les Anglais me font toujours marrer. L’Europe est un cauchemar mais ce sont eux qui ont insisté pour y adhérer et alors qu’ils pourraient quitter l’Union depuis longtemps ils y restent.

    On ne peut pas constamment cracher dans la soupe et venir tout les jours manger à la même table.

    Par ailleurs si la barrière de la langue était la source de tous les maux la Suisse serait le pays le plus pauvre de la planète.


    • Julian Le 17 juin 2013 à 15h50
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      Les anglais ont insisté pour entrer dans le Marché Commun, certes ! Comme vous avez raison !
      Il se sont d’abord heurté au barrage de de Gaulle.
      Puis Pompidou a ouvert la porte.

      Pourquoi ont-ils insisté ?

      Cette bonne blague !

      Mais pour le contrôler, cher monsieur ! C’est une constante de leur politique (car eux en ont une, une vraie, celle de leurs intérêts et elle est séculaire !) : noyauter, influencer, contaminer, contrôler. Et au besoin pervertir, détruire de l’intérieur ce qui apparait finalement nuisible à leurs intérêts.

      Pourquoi ont-ils tant insisté pour entrer dans le Marché Commun ?

      Pour le transformer en grand Marché ouvert à tous vents. C’est fait.

      Pour le coloniser par leurs concepts financiaristes et de dérégulation bancaire. C’est fait.

      Pour y infiltrer leurs lobbies, y imposer leurs normes, leurs droit commercial, leur mentalité de marchands. C’est fait.

      Parachèvement de leur triomphe : La langue anglaise y règne désormais en maitre, en infraction avec le Traité de Rome !

      Trouvez donc aujourd’hui un texte ORIGINAL produit dans l’une des langues officielles des membres fondateurs !

      Bernique : vous aurez une traduction de l’anglais !

      Chef d’œuvre d’entrisme et d’opportunisme, Messieurs les anglais chapeau ! Et en plus Mme Tatcher a obtenu son rabais !

      Je rêve que nous ayons des politiciens aussi “performants” que ceux de Old England, voyez-vous !

      Nous nous en sommes encore à attendre l’Europe sociale, du partage, de l’éradication des paradis fiscaux, de la fusion des peuples et autres balivernes etc.
      Et à nous confire dans notre Delors-isme béat !


      • Christophe Vieren Le 17 juin 2013 à 18h56
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        Et j’imagine que la GB est le fer de lance pour le traité transatlantique, clone de l’AMI rejeté en 1998 par Jospin, encore socialiste à l’époque.


    • laville Le 17 juin 2013 à 16h02
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      Mais ils ne sont pas dans ‘Euro et sont donc “souverain” sur leur monnaie.


  4. Baranton Le 17 juin 2013 à 09h50
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    L’ambivalence britannique s’exprime à fond dans ce texte. A plusieurs reprises j’ai dû me référer à la présentation de l’intervention pour m’assurer que je lisais un Européen et non un Américain.


  5. FLURY Le 17 juin 2013 à 10h25
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    Pour rebondir sur un commentaire précédent, pourquoi les anglais ont-ils signé et pourquoi alors y restent-ils? Je pense d’ailleurs qu’il faudrait leur demander de choisir définitivement. Ne pas oublier les leçons de l’histoire est essentiel pour bâtir le futur mais cela n’interdit nullement l’émergence de nouvelles solutions, l’imagination, l’originalité. Peut-être nous y sommes nous mal pris, en mettant les facteurs dans le mauvais ordre. Alors remettons l’ouvrage sur le métier. Car si l’avenir n’est réduit qu’à une stricte reproduction du passé, pourquoi vivre?


  6. Ankou78 Le 17 juin 2013 à 11h19
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    “Il faut juger l’Europe d’un point de vue économique, puisque c’est toujours en ces termes que l’organisation a été définie.”

    Euhhhhhhh, au départ, il y avait un soupçon d’humanisme, non?

    Sinon je n’aurais jamais voté oui, comme je l’ai fait, par erreur ……….


    • caroline porteu Le 17 juin 2013 à 12h26
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      Je crois que la meilleure réponse est bien celle du Commissaire Jean François Gayraud sur le crime organisé et les mafias criminelles :

      L’Europe actuelle est un gigantesque mensonge mis en place par des mafias criminelles pour garder le pouvoir .. Il n’y a ni idéologie , ni clivage politique : juste de la domination .

      “De manière fondamentale, le crime organisé fausse le fonctionnement des systèmes politiques par le jeu de la corruption systémique et la formation de véritables bourgeoisies criminelles. Il transforme aussi le fonctionnement des marchés économiques et financiers, au profit de ses acteurs les moins honnêtes : la « main invisible » est remplacée par une « main criminelle » qui déforme toutes les règles, avec des dégâts réels sur le budget des Etats, la santé des consommateurs, l’environnement ou encore le développement économique. Le crime organisé tue, mais aussi détruit et paupérise.”

      http://www.europarl.europa.eu/document/activities/cont/201206/20120621ATT47457/20120621ATT47457FR.pdf

      La gigantesque giffle qui vient d’être infligée à la France sur son exception culturelle n’en est qu’une preuve de plus . Von Rompuy , Barroso et De Gucht sont morts de rire .
      Ils ont réussi à faire croire aux politiques français que leur demande était acceptée , en fait elle ne l’est aucunement .
      Il n’y a juste eu pas de traduction en Français des textes qui n’ont d’ailleurs pas été rendus publics par Barroso , volontairement .
      Ils ont osé ..

      la vidéo de la conférence de presse donnée le 14 Juin par Karel de Gucht, dans laquelle il s’exprime en anglais, est disponible sur le site de la commission européenne en traduction française. Vers 13’30, Karel de Gucht dit : « it’s not a carve-out ».
      Et l’interprète traduit : « il ne s’agit pas une exclusion ».

      Press conference by Richard BRUTON, Irish Minister for Jobs, Enterprise and Innovation, and Karel de GUCHT, Member of the EC in charge of Trade


      • Julian Le 17 juin 2013 à 15h56
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        Oui, madame, merci de le dire, de le redire, et d’en apporter la démonstration :
        cette Europe est celle du mensonge.

        Et les peuples sont de moins en moins dupes.


  7. amemar Le 17 juin 2013 à 13h23
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    C’est normal que le crime organisé se développe quand les Etats ne veulent pas ou ne peuvent pas faire leur travail ! D’un autre côté, à quoi bon combattre la délinquance quand on n’a rien à proposer à la place ? C’est bien ce qui arrive dans les “cités”, que l’on qualifie de “zones de non-droit”, les gens de ces cités savent bien qu’ils ne doivent rien attendre des Etats et se débrouillent par eux-même. Ah, j’entends déjà les vierges effarouchées qui crient au scandale : “vous cautionnez la vente de la drogue, la violence et patati et patata…!” Ben non, proposez du travail correctement payé aux gens et la grande majorité “rentrera dans le droit chemin”. Vous feriez quoi vous pour élever votre famille avec les normes de consommation actuelle si on ne veut pas de vous sur le marché du travail ? Ben moi “je cherche à me débrouiller” et pourtant les seuls délits que j’ai à mon actif sont des PV pour mauvais stationnement et 3 heures de colle en 3ème parce que je faisais du bruit dans les couloirs ! Plus sérieusement rappelons nous Victor Hugo : “Ouvrez une école et vous fermerez une prison “;
    Bon, un peu hors sujet, mais pas tant que ça si on réfléchit sur le rôle des Etats qui est d’assurer l’intérêt général.


  8. G L Le 17 juin 2013 à 14h35
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    Pourquoi (à part les communistes) l’Europe n’a-t’elle rencontré qu’une faible opposition?

    On s’est beaucoup disputé à propos de l’OTAN (cf entre autres de Gaulle) et peut-être encore plus à propos de la C.E.D. – Communauté Européenne de Défense – (j’étais gamin mais je m’en souviens tellement ça a bardé) assez peu à propos de la C.E.C.A., de l’Euratom ou même du traité de Rome.

    Pas la peine d’essayer de décrire l’ambiance de l’époque à ceux qui ne l’ont pas connue, il suffit de dire qu’elle était tellement différente que des décisions qui paraissaient acceptables à beaucoup ne le sont plus et inversement.

    La question me semble d’autant plus utile que:
    1) une fois lancé dans ce genre d’entreprise il est beaucoup plus confortable de continuer que de se demander à quoi ça sert, il n’est donc pas impossible que les buts initialement fixés n’aient plus d’intérêt ou (comble de l’horreur pour les apparatchiks bruxellois), qu’ils aient été atteints.
    2) la démocratie était probablement aussi imparfaite qu’actuellement mais (à cause de la guerre qui avait précédé, de la “menace communiste” et des difficultés matérielles qui n’étaient pas toutes résolues) les débats politiques étaient nettement moins timides qu’actuellement.

    Un but qui a été atteint est qu’après 70 ans sans guerre entre la France, l’Allemagne, l’Angleterre, et quelques autres pays on y a accepté l’idée que la guerre n’avait rien d’indispensable pour assurer l’honneur et la prospérité de la patrie. Si vous êtes jeune ça n’a pas grand sens pour vous mais vous pouvez vérifier dans les livres d’histoire (ou en portant votre attention sur les paroles des hymnes nationaux) que c’était une habitude tellement bien ancrée que tous les efforts de ceux qui ont essayé les eviter (ils étaient nombreux avant comme après 14-18) n’ont eu qu’un effet dérisoire.


  9. Erwan Le 17 juin 2013 à 15h25
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    Par rapport à d’autres analyses qu’on peut lire sur ce site, celle-ci me semble particulièrement superficielle : “La croissance de l’Europe a décliné à mesure que s’est poursuivie son intégration”… C’est vrai, mais cette corrélation ne démontre pas l’implication. Il est évident que de nombreux autres paramètres entrent en jeu (entre autres crise pétrolière, industrialisation des pays d’Asie, démographie, etc.). Avec ce genre de raisonnement on pourrait tout aussi bien dire que la croissance de l’Europe a décliné à mesure que se poursuivaient les progrès en médecine ou en informatique, par exemple.


    • Deres Le 18 juin 2013 à 16h17
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      Oui, ce point est fallacieux. Il ne donne aucune preuve de causalité. Le même phénomène existe au USA je pense.


  10. G L Le 17 juin 2013 à 15h28
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    (La bonne version est celle-ci)

    Pourquoi (à part les communistes) l’union de l’Europe n’a-t’elle rencontré qu’une si faible opposition?

    On s’est énormément disputé à propos de l’OTAN (cf entre autres de Gaulle) et peut-être encore plus à propos de la C.E.D., la Communauté Européenne de Défense (j’étais gamin mais je m’en souviens tellement ça a bardé) mais relativement peu à propos de la C.E.C.A., de l’Euratom ou du traité de Rome.

    Pas la peine d’essayer de décrire l’ambiance de l’époque à ceux qui ne l’ont pas connue, il suffit de dire qu’elle était tellement différente que des décisions qui paraissaient acceptables risquent fort d’être devenues incompréhensibles.

    Cette question de l’absence de fortes oppositions me semble d’autant plus utile que:

    1) une fois lancé dans ce genre d’entreprise il est beaucoup plus confortable de faire semblant de continuer sur la même voie que d’examiner si les intentions initiales tiennent toujours la route. Il est donc possible que les buts initialement fixés n’aient plus d’intérêt, voire, comble de l’horreur pour les apparatchiks bruxellois, qu’ils aient déjà été atteints!

    2) la démocratie était probablement aussi imparfaite qu’actuellement mais (à cause de la guerre qui avait précédé, de la “menace communiste”, des difficultés matérielles qui n’étaient pas toutes résolues et des médias sous-développés) les débats politiques étaient nettement moins timides.

    Il y a au moins un but qui a été atteint: après 70 ans sans guerre entre la France, l’Allemagne, l’Angleterre et quelques autres pays, on s’est fait à l’idée que la guerre n’avait rien d’indispensable pour assurer l’honneur et la prospérité de la patrie. Des millions de gens sont morts en faisant comme s’ils y croyaient vraiment. Si vous êtes jeune ce délire n’a aucun sens pour vous mais vous pouvez vérifier dans les livres d’histoire (ou en portant votre attention sur les paroles des hymnes nationaux) que c’était une habitude tellement bien ancrée et que tous les efforts des gens censés qui de part et d’autre ont essayé d’éviter nos les deux guerres mondiales (ils étaient nombreux avant comme après 14-18) n’ont eu qu’un effet dérisoire. Que cette intention des pères fondateurs (plutôt sincère que feinte à mon avis) paraisse maintenant être à beaucoup un prétexte artificiel c’est génial (si Monet et Schuman l’ont fait exprès bravo, sinon merci quand même pour tout le sang qui n’a pas abreuvé nos sillons depuis cette époque.)

    A part ça vous savez quoi? Je crois bien que toutes ces histoires de libre-échange, d’économie et de monnaie tout le monde ou presque s’en foutait. Exactement comme on se foutait profondément de ce qui servait de PIB à l’époque où la politique ne se faisait pas encore à la corbeille et où l’économie s’enseignait à la fac de Droit…


    • step Le 18 juin 2013 à 13h52
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      “A part ça vous savez quoi? Je crois bien que toutes ces histoires de libre-échange, d’économie et de monnaie tout le monde ou presque s’en foutait”. Nonon pas tout le monde, sinon cette “partie” de l’intégration européenne potentielle, ne se serait pas tant développée…


  11. H. Toin Le 18 juin 2013 à 23h18
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    Pas qu’un peu biaisé…
    Pour le contexte : c’est beaucoup plus qu’un historien anglais, c’est un théoricien néo-conservateur qui enseigne aux US depuis belle lurette et a épousé et imposé d’un point de vue académique et médiatique toutes les théories d’impérialisme de Bush Jr, Obama, etc…
    Il a plus que soutenu la guerre en Irak, il aimerait bien qu’on aille buter les iraniens maintenant tout de suite, et tout le toutim de la vision du monde qu’ont ces illuminés de la guerre de civilisation contre l’islam (d’ailleurs, la référence à l’OTAN est sensée vous mettre la puce à l’oreille… sans les US, pas de paix en Europe, vu qu’on est un continent de dégénérés zombies).
    Et, contrairement à d’autres (feu Christopher Hitchens par ex), il ne regrette rien et n’a jamais mis d’eau dans son vin.
    Qu’il dise des choses qui sont justes est équivalent à Marine Le Pen dire que la Terre tourne autour du soleil : ça a beau être vrai, ça reste Marine Le Pen.
    Bref, j’adore ce blog qui m’a appris énormément, mais Niall Ferguson… fuck me!


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