Débat final au colloque “Refaire l’Europe ? Aperçu rétrospectif et esquisse d’une politique” du 2 décembre 2013.

Pierre de Boissieu

Je suis d’accord sur beaucoup de points avec M. Quatrepoint.

L’euro vient avant l’union politique, l’euro n’aurait donc pas dû être confié aux institutions communautaires, dites-vous, et vous ajoutez que l’Allemagne serait derrière tout cela. Non. En 1990, K.O. Pöhl avait proposé « l’euro carolingien », à cinq, en dehors du système institutionnel. Le président Mitterrand a refusé d’aller dans cette voie. Je n’argumente pas, mais il ne faut pas non plus attribuer aux Allemands des intentions malignes qu’ils n’ont pas eues.

Je suis moins d’accord avec M. Robin. Sur toutes les questions qu’il a évoquées, ce n’est pas l’Europe mais les États qui sont responsables. L’ouverture des négociations d’adhésion avec la Turquie n’a pas été décidée par la Commission, elle l’a été par le chancelier Schroeder et le président Chirac. Il est faux de dire que, sur la Turquie, la Commission est allée seule de l’avant. Elle n’a, par la suite, poursuivi la négociation qu’avec l’accord des États membres et aux conditions fixées par ceux-ci, y compris la France. Je veux dire que les symptômes de la maladie européenne se manifestent à Bruxelles. Mais la maladie elle-même est principalement celle de nos États et ce n’est pas en faisant disparaître les symptômes que l’on guérira le malade. Pour ce qui est du combat absurde de l’Europe contre les États et les États-nations, je ne suis pas à convaincre. Mais ce combat appartient au passé, tout le monde est maintenant conscient qu’une Europe forte suppose des États forts. Une espèce de refrain bruxellois est en voie de disparition assez rapide parce que des voix représentant les pays les plus communautaires se chargent de rappeler à la Commission que la nation existe et qu’elle est centrale.

L’Europe est vassale, dites-vous. Mais nous le sommes ! La France l’est autant que la Belgique ou les Pays-Bas. Notre langage donne l’impression de l’indépendance. Mais ce langage est moins fort qu’il ne l’était il y a vingt ans et beaucoup de nos partenaires qui comptent sur nous se demandent pourquoi nous ne sommes pas plus actifs, pourquoi nous ne les prévenons pas, pourquoi nous ne les associons pas, pourquoi nous les tenons pour quantité négligeable. Comment pouvons-nous avoir l’ambition d’être écoutés et suivis, si nous ne nous préoccupons pas des autres ? Je suis frappé du nombrilisme de la réflexion française, réflexion repliée sur elle-même, comme si la France n’avait pas en Europe une responsabilité plus large. Nous nous flattons d’avoir une vision mondiale des choses, mais cette vision comporte trop souvent un angle mort, l’Europe.

L’Europe européenne, je suis passionnément pour. Mais il faut dresser un constat honnête. On se gausse par exemple de la Commission et de ses atermoiements en matière de politique énergétique. Mais d’où viennent les informations que reçoit « Bruxelles » ? La France a par exemple annoncé qu’en 2025 il y aurait 50 % de nucléaire et 50 % d’autres sources d’énergie dans l’approvisionnement en électricité. Nous sommes en 2013, je pars de l’hypothèse d’une croissance zéro : – Fessenheim + Flamanville, pour arriver à 50/50 en 2025, il faudrait fermer 22 unités nucléaires. Est-ce Bruxelles qui se trompe en compilant les informations transmises par les États membres, ou sont-ce ces mêmes États membres qui, pour des raisons de politique intérieure, condamnent Bruxelles à ne pas proposer de politique ?

Si nous étions forts les institutions ne seraient pas un obstacle. Ce qui me gêne, je le dis comme patriote, c’est que ce qu’on appelle les fautes de l’Europe sont bien souvent des ratés de la Grande-Bretagne, de la France ou de l’Allemagne. Ni Barroso ni Ashton ne sont décisifs. Il n’y a pas de politique étrangère commune parce que la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne sont en désaccord profond sur presque toutes les questions. C’est ce que je voulais dire tout à l’heure en disant que nous ne pourrions pas réécrire aujourd’hui la déclaration de Venise 1980.

Je comprends ce que vous dites à propos des traités mais pour tout le monde c’est la France qui les a demandés, c’est la France qui les a rédigés, c’était la convention Giscard d’Estaing, c’était la présidence Delors !

Jean-Pierre Chevènement

Quand vous dites : la France, vous oubliez de dire que le texte préparé par M. Giscard d’Estaing n’a pas été approuvé par le peuple français. M. Giscard d’Estaing n’est pas la France.

Pierre de Boissieu

C’est la France qui a fait le traité simplifié. Quel que soit le visage ou le masque, pour nos partenaires et vu de l’extérieur, ce n’est pas compréhensible. La France a accepté le traité…

J’étais plutôt opposé à un traité avec les États-Unis. Mais la France l’a accepté, moyennant des dispositions sur l’exception culturelle qui, pour tous nos partenaires, constitue un aspect totalement secondaire de la négociation. Sous cette réserve, tous les États membres, dont la France, ont approuvé la négociation d’un tel accord. Nous réagissons trop souvent comme si la France était extérieure à l’Europe, comme si l’Europe ou ce monstre anonyme ainsi dénommé prenait ses décisions sans la France ou contre la France.

Jean-Pierre Chevènement

Un mot sur une qualité nécessaire à la diplomatie selon Gabriel Robin : la promptitude du coup d’œil.

On n’a pas du tout parlé des acteurs de l’actualité diplomatique et politique aujourd’hui, c’est-à-dire les États-Unis, la Chine et la Russie, laquelle revient de loin. Ces trois grands États, banalement nationalistes, discutent, imposent l’ordre du jour, l’agenda, les décisions, les préoccupations majeures. L’Europe est totalement escamotée.

Ces pays – la Chine, les États-Unis et la Russie débattent de sujets fort importants. Mais ils ne se préoccupent absolument pas, ou très peu semble-t-il, de ce qui représente quand même un gros « paquet » dans le monde, par sa démographie, par son potentiel de croissance mais aussi de problèmes. Je parle de l’Afrique.

Ce ne sont évidemment pas Mme Ashton et les bateaux qu’on fait tourner dans l’Océan indien pour arrêter quelques pirates qui sont véritablement l’alpha et l’oméga de la diplomatie et de l’avenir.

L’Afrique, c’est important. Or, lorsqu’il y a des problèmes immédiats, durs, vifs, qui risquent de déstabiliser ce continent, quel est celui qui a la « promptitude du coup d’œil » (je cite Gabriel Robin) ?

C’est un État agissant quasiment à titre individuel. Incontestablement il n’est pas suivi par les autres. On s’en est rendu compte aux mois de janvier, février, lorsqu’à Bruxelles, on a chipoté sur cinquante formateurs européens (on se demande bien dans quel langage vont s’exprimer ces formateurs en Afrique de l’ouest…). Cette « promptitude du coup d’œil » nous éloigne d’une vision totalement pessimiste des choses. Un énorme continent, l’Afrique, avec son potentiel de croissance et de problèmes, est à notre porte et reste à la mesure des responsabilités, des décisions, de la « promptitude du coup d’œil » d’un État-nation. Et nous pouvons faire en Occident quelque chose. Car, si la Chine s’est intéressée à l’Afrique, c’est sur un plan économique et non politique.

Ceci pour atténuer l’image un peu négative donnée par certains passages de ces entretiens. Ne sous-estimons pas les initiatives nationales.

On a entendu qu’il ne fallait pas culpabiliser M. Barroso. Souvenons-nous quand même que celui-ci, hôte et participant d’une réunion aux Açores en mars 2003 [1], a pris de singulières responsabilités ! Vieille Europe, nouvelle Europe… rien de très positif.

Marie-Françoise Bechtel

Je remercie M. de Boissieu pour le tableau drôle et tragique qu’il a dressé. Le mot réquisitoire m’était venu à l’esprit. Jean-Michel Quatrepoint l’a utilisé.

Je voulais lui dire que je suis d’accord avec lui… au moins sur sa conclusion. Bien entendu, d’une certaine manière on incrimine à tort les institutions européennes. Bien entendu, c’est la démission des États qui a donné leur poids aux institutions. De la même manière, dans notre pays on reproche toujours à l’administration d’être trop aux commandes. Mais l’administration n’est aux commandes que parce que les politiques démissionnent. Quand, par facilité, on critique « l’Europe », il s’agit de l’Europe dessinée par la démission des États. Cette démission des États est intervenue me semble-t-il au tournant des années 1990, au moment où les partis dominants se sont retrouvés pour promouvoir le marché (c’est particulièrement net en France), les uns pour s’y résigner (le Parti socialiste venait de liquider l’idéal de gauche), les autres pour le promouvoir activement (le RPR venait de liquider les restes du gaullisme). Petit à petit, tout cela amalgamé, on s’est retrouvé avec une vaste classe politique qui trouvait tout bénéfice à laisser dériver les institutions européennes. C’est ainsi que j’ai cru lire l’histoire récente.

Je voudrais poser deux questions.

La première question a été soulevée par Jean-Michel Quatrepoint. J’ai cru percevoir derrière votre exposé et plus encore – et plus étonnant – derrière l’exposé de l’ambassadeur Robin, une sorte de nostalgie de l’Europe des six. Mais il ne faudrait pas parer rétrospectivement cette Europe des Six de toutes les qualités. Bien sûr, c’était une Europe intégrée qui marchait d’un pas unique dans des domaines assez faciles à gérer : la PAC, l’union douanière, le tarif extérieur commun. Cette Europe qui pouvait peut-être fonctionner était quand même l’Europe de la guerre froide ; c’était une Europe très atlantiste ; c’était une Europe dans laquelle la Cour de justice des communautés commençait déjà à expliquer qu’elle établissait un ordre souverain s’imposant aux États… dans le silence des classes politiques des différents États, ce qui me ramène à ma première remarque. J’ai cru entendre, en écho à ce que vous disiez, un regret de l’Europe intégrée, de l’Europe « inductive » qui, petit à petit, en agrégeant les compétences et les politiques, notamment fiscales, devait constituer un espace harmonieux.

Cela m’a particulièrement surprise de votre part, Monsieur l’ambassadeur Robin. Peut-être avez-vous entendu reconstruire l’histoire à la lumière de l’évolution de l’UE ou peut-être ai-je mal compris votre position de départ.

Je ne reviens pas sur la question de l’euro, je n’ai pas de compétences suffisantes pour intervenir dans ce débat, mais plutôt sur une question qui a été bien soulignée ici – on ne le fait pas toujours – la question institutionnelle sur laquelle vous n’étiez pas tout à fait d’accord.

Ce qui ressort a contrario de vos propos, M. de Boissieu, c’est que l’Europe qui pourrait marcher serait un système de dix ou douze États doté d’un conseil européen, le conseil représentant les gouvernements, lesquels représentent leurs peuples. Ce conseil, dans une formule relativement allégée, prendrait à l’unanimité les décisions les plus importantes et pourrait prendre à la majorité qualifiée des décisions dans certains domaines que l’on aurait accepté de transférer de manière restrictive par rapport à l’abondance et au flou des transferts actuels. Et c’est tout. Le reste n’existe pas. Le Parlement européen n’est pas un parlement parce qu’il n’y a pas de peuple derrière lui – Jean-Pierre Chevènement l’a dit – mais aussi parce qu’il n’exerce pas exclusivement le pouvoir législatif qu’il partage avec la Commission. À ces égards tout cela n’existe pas. La Commission, à l’origine un organe d’exécution – on l’a trop oublié – est devenue une sorte d’immense bureaucratie, une sorte d’appareil d’État sans État. Toute cette dérive – ce qui me ramène là encore à ma première remarque – a été possible parce que les gouvernements y consentaient.

Si les gouvernements voulaient bien s’asseoir à la table de Bruxelles pour discuter de près entre ministres ou entre chefs d’État, on pourrait donc arriver à une Europe dégraissée, cette Europe de projets que plusieurs d’entre vous ont appelée de leurs vœux. Ou est-ce que je simplifie trop les choses ?

Pierre de Boissieu

Il y a deux questions différentes.

Sur le rôle du conseil européen, je suis cent pour cent d’accord.

La question du vote à la majorité qualifiée ou de l’unanimité m’apparaît mal posée dans ces domaines que recouvre la gouvernance euro ou dans celui de la politique étrangère, je veux dire dans des domaines qui ne sont pas strictement législatifs. Je prends un exemple très simple. Soit la conférence sur la sécurité et la coopération en Europe (CSCE) [2]. Première corbeille : les frontières. À l’époque l’Allemagne était le seul État membre de la Communauté à avoir une frontière au sens de la CSCE : la frontière franco-espagnole par exemple n’était pas une frontière au sens de la CSCE. Aurait-on pu imaginer, à l’époque où nous étions douze, que le conseil vote par onze voix contre une pour obliger l’Allemagne à accepter la ligne Oder-Neisse ? Certainement pas ! C’était la frontière de l’Allemagne, ce n’était que virtuellement celle de l’Irlande ou du Portugal. L’unanimité était donc nécessaire. Peut-on imaginer par ailleurs que, parce que cela aurait pu créer un précédent pour Timor, le Portugal bloque au sein de la CSCE une formule « frontières » agréée par l’Allemagne et approuvée par les autres ? Absolument pas ! Il fallait donc la majorité et peut-être même la majorité simple. Si la réponse est absurde, c’est que la question est mal posée Dans ces domaines-là, la question de l’unanimité ou de la majorité ne se pose pas, pas dans les termes qui étaient ceux des années 1965-1966. En revanche, que l’on puisse décider à la majorité de la couleur des bérets me paraît évident, même lorsqu’il s’agit d’une opération militaire. Il faut réfléchir en termes de niveaux et d’engagement, beaucoup plus que par secteurs.

Oui, j’ai une nostalgie de l’Europe des Six. Il y a eu des difficultés considérables, il y a eu des crises majeures, et pas seulement la crise de la chaise vide, il y a eu des débats sans fin sur l’adhésion de la Grande-Bretagne. Mais on entrevoyait à l’époque la possibilité d’une Europe européenne. La déclaration de 1980 date de l’époque de Giscard, bien après le départ du Général. Mais les choses ont été tellement mal faites en matière d’élargissement qu’en effet il semble maintenant n’y avoir plus aucun espoir d’avenir. Là est la différence. Le navire n’est pas moins secoué mais on ne voit plus où peut être le port. Il faut retrouver le port.

Gabriel Robin

Mon apparence de nostalgie de l’Europe à Six s’explique par le fait qu’à six il était intellectuellement concevable soit de fabriquer une Europe européenne, soit de fabriquer une Europe fédérale. Les deux étaient en piste. Je ne dis pas qu’elles étaient politiquement faisables, je n’en sais rien. Mais elles étaient intellectuellement concevables. Aujourd’hui, à vingt-huit, vingt-neuf ou trente, ce n’est plus intellectuellement concevable. Là est la différence.

Henri Froment-Meurice

Je suis un homme de Neandertal, un enfant de Jean Monnet, de Robert Schuman. Je ne vais pas faire de contre-conférence. Je me contenterai de poser à Pierre de Boissieu une question sur la Grande-Bretagne. Si je comprends bien, M. Cameron demande une renégociation qui semble impliquer un nouveau traité. Ou alors on lui ménage de nouveaux opting out (options de retrait) sans traité ? Mais je ne vois pas comment on peut à la fois satisfaire M. Cameron et ne pas faire de traité.

Comment voyez-vous l’issue de la négociation ?

Si M. Cameron n’obtient pas ce qu’il souhaite, pensez-vous que la Grande-Bretagne quittera l’Union européenne au moment du référendum britannique de 2017 ?

Pierre de Boissieu

Je salue l’ambassadeur Froment-Meurice, qui reste un maître. Je ne sais pas du tout ce que fera la Grande-Bretagne. Beaucoup dépendra des élections de 2015 (qui auront forcément lieu en 2015, le droit de dissolution anticipée ayant été supprimé de la pratique britannique).

Sur la question du traité, Français et Allemands devraient se mettre d’accord aujourd’hui. Vous vous souvenez qu’en 1975, Wilson avait demandé la renégociation du traité. À l’époque, Schmidt et Giscard s’étaient mis d’accord : il n’y aurait pas de changement de traité ! Et les Britanniques avaient fait un référendum sur un papier qui constituait un engagement britannique mais nullement un traité entre les neuf.

Quand tout à l’heure je disais qu’il fallait absolument éviter un traité, j’incluais bien sûr la question britannique dans mon raisonnement. Il faut éviter un traité dans l’immédiat parce que bien entendu – et je ne juge pas les politiques, je ne les apprécie pas et ne les pèse pas – nos partenaires feront tout ce qu’ils pourront pour donner le plus de satisfactions possible à la Grande-Bretagne, ce qui aura des conséquences pour le budget communautaire, la politique agricole commune, certaines directives sociales, la réglementation ou la déréglementation, le siège du Parlement européen, etc. Une telle négociation présenterait donc de très grandes difficultés pour la France. C’est le genre de négociation qu’il est préférable d’éviter. La seule chose qui, à mon avis et de l’avis de beaucoup de Britanniques, peut convaincre les Britanniques de voter oui ne sera pas l’existence d’un traité mais le fait que la zone euro marche à peu près bien en 2017, que sa solidité et la croissance économique soient au rendez-vous. Si le continent se disperse, si la relation franco-allemande se distend, les Anglais, à mon avis, voteront non. S’ils ont l’impression que la zone euro se coagule durablement, ils voteront oui.

L’intérêt de la France est évidemment que l’Angleterre reste dans l’Union. Mais il ne faut pas de traité britannique.

Dans la salle

La réponse de l’ambassadeur sur l’Europe des Six est très pertinente.

Actuellement, des forces diverses poussent à l’arrivée de l’Ukraine dans l’Europe. Ceci pose le problème de la Russie. Quelle sera la position de l’Europe ? En effet, avec l’Ukraine, nous aurons l’Iran à la puissance dix ! Il faut se souvenir que l’Ukraine, qui était une des composantes de l’URSS, avait beaucoup de savants, beaucoup de centres de recherche nucléaire, notamment dans les piles, les accélérateurs etc. Est-on sûr qu’à l’écroulement de l’URSS toutes les armes qui étaient en Ukraine ont été enlevées ? Je ne suis pas compétent pour le dire.

Quelle est la position de l’Europe sur ces manifestations en Ukraine à l’heure actuelle ?

Pierre de Boissieu

C’est une question de grande importance. Elle concerne nos relations avec l’Ukraine mais aussi nos relations avec la Russie. La position de l’Europe sera fonction des positions adoptées à Berlin, Paris, Varsovie et Londres.

Jean-Pierre Chevènement

Il serait peut-être temps de penser l’Ukraine comme un pont entre l’Union européenne et la Russie. Or, il me semble que cet aspect-là de la question n’a pas été suffisamment approfondi. Mais ce n’est qu’un point de vue et il y a d’autres lieux pour en parler.

Dans la salle

Ne pensez-vous pas que l’Europe pourra se construire sur un réseau social européen ? Pourquoi pas un réseau santé social européen ? On n’a pas du tout parlé de la transition numérique.

Yvonne Bollmann

Je ne comprends pas que vous vouliez poursuivre cette œuvre de mort qu’est l’Europe, même pour la « refaire » comme le dit le titre de ce colloque. Dans cette affaire, c’est la France qui est « refaite ». Je suis effarée de voir comment vous acceptez la suite de l’histoire. Un des problèmes, me semble-t-il, est l’addiction à l’Allemagne. Vous venez de le reconnaître vous-même, M. de Boissieu : « D’abord Berlin puis les autres capitales ». Il faut demander l’avis de Berlin, c’est Berlin qui décide…

M. Schulz, le président du Parlement européen, a participé aux négociations de la coalition en Allemagne. Je ne sais pas de quoi ils ont parlé mais le projet d’Europe fédérale n’est pas abandonné, malgré les dénégations allemandes. Et si la grande coalition marche, Mme Merkel aura tout loisir de s’en occuper.

C’est la France qui compte d’abord.

Jean-Pierre Chevènement

Merci, Madame. Je dois vous dire que j’ai un peu de peine à vous suivre parce que je pense avoir le souci de l’intérêt de la France. Naturellement, nous sommes en Europe. Nous ne pouvons pas ignorer nos voisins. Il est nécessaire de trouver des compromis avec eux.

L’Allemagne est dans une contradiction facile à décrire. Elle veut préserver sa compétitivité à l’échelle mondiale. En même temps, elle est en Europe et partage sa monnaie avec seize autres pays, de sorte qu’elle veut imposer, notamment en matière monétaire, l’ordolibéralisme qui est sa manière de voir et de sentir. C’est son point de vue. Il y a place pour d’autres points de vue. Je propose qu’on aille un peu plus loin pour voir quel genre de compromis est possible.

L’Allemagne a aussi besoin de la France. Même si, économiquement, nous sommes aujourd’hui dans un second décrochage historique par rapport à l’Allemagne, la France a aussi des atouts qu’elle peut faire valoir et qui comptent aux yeux de l’Allemagne.

Mais l’Allemagne n’est pas seule. L’Europe va de la Méditerranée à la Russie. Sur la configuration de l’Europe, dont nous n’avons pas parlé ce soir, il y aurait aussi beaucoup à dire. L’Europe se fera entre États et il faut regarder quels sont les grands États, les États qui comptent, non pas pour la couleur des bérets mais pour les grandes affaires dont M. de Boissieu a cité quelques-unes. Peut-on faire l’énergie sans la Russie ? évidemment non, il y a une complémentarité évidente entre l’Europe occidentale et la Russie. Mais nous parlerons à d’autres reprises de ce sujet qui intéresse l’Allemagne au moins autant que la France, peut-être même davantage. C’est une autre façon de voir et cette intéressante discussion mériterait d’être prolongée.

Jean-Michel Quatrepoint

Peut-on faire une sorte d’ « airbus du numérique » avec une société européenne sur les métadonnées pour ne pas laisser à Amazon, Google et consorts le soin de récolter les métadonnées ? Cela me semble difficile.

Sur l’Allemagne, je ne suis pas tout à fait d’accord avec Jean-Pierre Chevènement. Je pense que l’Allemagne joue son jeu. Elle a gagné la paix et n’a plus besoin de nous pour le moment. C’est du moins ce qu’elle s’imagine. Il est vrai qu’elle a un projet fédéral, Mme Merkel l’a évoqué il y a deux ans, mais je ne sais pas si elle le ressortira pour le moment. Elle n’en a pas vraiment besoin. Ce projet d’une Europe fédérale consiste à calquer purement et simplement le modèle européen sur le modèle allemand : La Commission (le gouvernement), le Parlement européen (le Bundestag) et le Conseil des ministres (le Bundesrat). C’est le projet qu’elle a décrit il y a deux ans.

Jean-Pierre Chevènement

Mais elle n’en parle plus et il n’y a rien de tel dans l’accord CDU-CSU-SPD qui, sur l’Europe, est d’une orthodoxie totale.

Jean-Michel Quatrepoint

Pour le moment, les Allemands n’ont pas besoin de faire évoluer les choses. La situation leur convient. Économiquement, l’Allemagne se passe aujourd’hui de la France. Elle a complètement redéployé son commerce extérieur depuis cinq ans. Les trois-quarts de ses excédents sont faits hors zone euro, à l’inverse de ce qui se passait il y a six ans. Aujourd’hui, l’Allemagne est redevenue un empire, sans les attributs de l’empire. Pays mercantiliste, l’Allemagne doit être bien avec ses clients. Or elle a deux grands clients (et fournisseurs) : les États-Unis et la Chine. Elle joue donc entre les deux et n’a plus besoin de la France. C’est pourquoi la négociation sera très difficile avec les Allemands.

Jean-Pierre Chevènement

Mais il ne faut pas oublier que la France est un pays politique qui, même s’il a parfois décroché économiquement (par exemple après 1875), n’a jamais décroché politiquement.

Jean-Michel Quatrepoint

Oui, mais quand la France ferme les ambassades, quand elle réduit les crédits de la défense, quand elle ne joue plus son rôle au niveau international (sauf au Mali) ou quand elle joue à contre-champ sur la Syrie, elle ne peut qu’être isolée. C’est pourquoi il faudrait rétablir notre compétitivité pour pouvoir peser. Tout passe par là. Si nous ne rétablissons pas notre compétitivité, nous n’existerons plus, la France deviendra un Land. C’est la perspective que nous avons. Les Allemands jouent leur jeu. Et aujourd’hui ils ont de moins en moins besoin de nous.

Jean-Pierre Chevènement

Nous sommes d’accord sur cet aspect des choses, la compétitivité, bien évidemment. Mais dans une négociation toutes sortes d’aspects interviennent : des aspects économiques mais aussi les aspects politiques, militaires, géopolitiques. Or la France reste un pays indispensable en Europe.
Je ne partage pas cette excessive morosité. Si j’ai des raisons d’être morose, je pense qu’il ne faut pas sombrer dans un excès de pessimisme quant aux atouts de la France.

Jean-Michel Quatrepoint

La France a des atouts. Encore faut-il les mobiliser. Or, actuellement, je ne vois pas beaucoup comment elle les mobilise.

Jean-Pierre Chevènement

Nous conclurons là-dessus.

Merci à tous. Merci, Monsieur l’ambassadeur, de votre courage pour être descendu dans la « fosse aux lions » … qui vous ont respecté.

—————–
[1] Alain Dejammet fait allusion au « sommet des Açores » de mars 2003, dont M. Barroso était hôte et participant, qui réunissait Georges Bush, Tony Blair et José Maria Aznar, tous favorables à la deuxième guerre du Golfe contre l’Irak.
[2] En 1990, au Sommet de Paris, la CSCE adopte la « Charte de Paris pour une nouvelle Europe » qui consacre la fin de la guerre froide. Elle dote la Conférence d’institutions permanentes. La CSCE est active dans trois domaines de sécurité appelés à l’époque « corbeilles ». En 1992, la Conférence de Helsinki achève la mise en place des institutions. En 1994, la CSCE devient l’OSCE, l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, pour prendre en compte les évolutions intervenues en Europe depuis la chute du mur de Berlin.

Source : fondation-res-publica.org

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33 réponses à [Reprise] Débat Respublica sur l’Europe – Débat final (4/4)

  1. BA Le 07 avril 2014 à 08h28
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    C’est la première fois que les Français interrogés répondent en majorité : “plutôt une mauvaise chose”.

    C’est la première fois que les courbes se croisent.

    Regardez l’évolution des courbes à la page 11 :

    http://www.ifop.com/media/poll/2587-1-study_file.pdf


  2. caroline porteu Le 07 avril 2014 à 08h39
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    Merci BA pour ce passionnant sondage.

    Un article du Monde de ce matin :
    Les Allemands s’alarment des difficultés de la France à se réformer

    « les difficultés récurrentes de la France sont essentiellement dues à sa culture économique et politique ». Pour eux, il y a « culturellement, une méfiance fondamentale envers les marchés et une croyance largement répandue que l’action publique est un moyenmoyen efficace de guider l’économie et de résoudre les problèmes ».

    http://www.lemonde.fr/economie/article/2014/04/07/les-allemands-s-alarment-de-la-difficulte-a-reformer-de-la-france_4396677_3234.html

    Vu le nombre d’enquêtes pour fraude en particulier sur le fonctionnement des marchés , surtout financiers , on ne peut que se demander si les Français ne sont pas dans le vrai et si comme le dit si bien Jean François Gayraud dans son dernier livre sorti en 2014 , les marchés et le capitalisme ne sont pas devenus totalement criminels ..

    Jean François Gayraud : le capitalisme criminel aux Editions Odile Jacob sorti le 6 Février 2014

    Et la France nation souveraine qui tenait sa place a eu par le passé un Grand homme qui disait :
    La politique de la France ne se fait pas à la corbeille . Les Français n’ont peut etre pas totalement été touchés d’amnésie .


  3. Macarel Le 07 avril 2014 à 09h55
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    Très bonne prestation de Marie-France Garaud, hier, au journal de midi trente sur France Culture :
    sur la situation en Ukraine et la Russie, face à un journaliste “mainstream” qui voulait l’amener sur un autre terrain.

    vers minute 6:45

    http://www.franceculture.fr/player/reecouter?play=4828832

    D’ailleurs à ce sujet, la situation s’envenime à l’Est de l’Ukraine. Quand on ouvre la boîte de Pandore, l’on sait quand ça commence, mais pas quand ça finit…


    • Macarel Le 07 avril 2014 à 10h17
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      A propos de la situation dans l’est de l’Ukraine :

      http://en.itar-tass.com/world/726749


    • samuel Le 07 avril 2014 à 22h25
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      Cet éternel rappel à la parole du général (qui ne l’aurait pas vraiment été, sans la compromission des élites Françaises), cela résume bien la complexité de notre territoire.
      On n’est pas une nation très belliqueuse, on n’est plutôt une nation qui n’est moderne que sur la tard (on rattrape plus qu’on invente l’industrie, l’alphabétisation, la retraite, etc…).
      On est une nation qui avait déjà du mal a motivé ces classes populaires a faire carrière dans les colonies (vivre comme Dieu en France, disent les Allemands, bah on n’y croit aussi 🙂 ).
      Et voilà un Napoléon qui s’oublie trop en empereur, un De Gaulle qui oublie trop le fonctionnement partisan et fait la V ème république (comme s’il était d’usage qu’un militaire géo-stratège soit porté par un parti).
      Et ce charme Français, d’avoir des généraux content d’écouter un Brassens Anarchiste (au lieu d’en être honteux) chez Pivot et que la honte soit porté sur l’artiste (comme ci il y avait une corruption par son public, comme ci on était propriétaire de son public….).
      On a vraiment une vision inversé, que ce soit pour l’Europe ou la mondialisation.


  4. Macarel Le 07 avril 2014 à 10h04
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    Et un bon papier “du Yéti”, sur Lamy qui lance un ballon d’essai sur la transgression du SMIC, en France :

    http://yetiblog.org/index.php?post/les-bienfaits-de-la-mondialisation


    • ril Le 07 avril 2014 à 10h50
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      L’ancien ministre des Affaires étrangères socialiste Hubert Védrine lui aussi favorable à des petits boulots payés en dessous du Smic

      http://lelab.europe1.fr/L-ancien-ministre-des-Affaires-etrangeres-socialiste-Hubert-Vedrine-lui-aussi-favorable-a-des-petits-boulots-payes-en-dessous-du-Smic-13864


    • jducac Le 07 avril 2014 à 16h56
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      De mon point de vue, Pascal Lamy et Hubert Védrine, tous les deux né en 47 voient bien plus juste que ceux qui sont nés en 60 ou après, et qui n’ont pas du tout connu des temps de vaches maigres où l’on travaillait beaucoup pour gagner peu. Pascal Lamy et Hubert Védrine appréhendent probablement mieux le problème en prenant un recul suffisant pour avoir une vision mondiale, et sur une période plus étalée. Cela permet d’analyser la situation en prenant aussi en compte les contraintes qui pèsent sur l’humanité entière, la plus grande des structures sur laquelle les humains peuvent intervenir.

      Mais Pascal Lamy et Hubert Védrine tiennent certainement aussi compte de chacun des individus composant la méga structure humaine. Ils entendent faire participer tout le monde à l’évolution d’ensemble de l’humanité, les associer à sa marche. Tout le monde l’admet, pour survivre, l’humanité est contrainte à trouver ses ressources c’est-à-dire les diverses formes d’énergie qui la font vivre, en les extrayant à partir de notre petite planète terre, à partir du territoire placé sous l’entière responsabilité de l’espèce humaine, les autres espèces ayant été réduites à l’esclavage.

      P.L. et H.V. se font plus humaniste qu’économiste quand il veulent placer chaque individu en situation de pouvoir tirer une satisfaction de son propre travail, même s’il est faiblement rémunéré, les autres acteurs de la société pourvoyant au reste de ses besoins sous forme allocations ou d’exonération d’impôts ou taxes.

      Ils veulent amener ces faibles producteurs de richesse à se sentir néanmoins utiles, plutôt que de les laisser sombrer dans l’oisiveté (mère de tous les vices, nous apprenait-on jadis). Ils veulent les sortir d’un rôle de seuls consommateurs, ce qui serait le plus sûr moyen de faire régresser et d’anéantir l’humanité entière. Surtout si l’on écoutait ces inconscients qui rêvent d’un « revenu de base pour tous » dès le plus jeune âge. Cela pousserait encore plus loin les méfaits que nous ont fait connaître les catastrophiques 35h et la retraite à 60 ans que notre pays a été le seul à expérimenter avec les résultats que l’on connait.

      Pour comprendre P.L. et H.V. il n’est pas inutile de se référer aux travaux d’A.H. Maslow quand on veut motiver tout le monde à travailler. Participer par l’apport de sa propre énergie, par son propre travail, ne serait ce que modestement, c’est participer à l’alimentation en énergie de la grande famille humaine d’aujourd’hui. Cela permet également d’atteindre le plus haut niveau de satisfaction des besoins humains. Il n’est pas nécessaire de percevoir des revenus élevés pour cela.

      http://www.psychologuedutravail.com/tag/pyramide-des-besoins-de-maslow/

      Contrairement à ce qu’a voulu faire croire K. Marx, le capitalisme n’est pas néfaste à l’humanité. Si les pays développés en arrivent à limiter leurs salaires c’est pour limiter la consommation d’aujourd’hui afin de donner de meilleures chances de survie à l’humanité. Si des pays comme la Chine ont volontairement limité les salaires, c’est pour invertir dans le développement de leur pays et le hisser au niveau des plus développés ce qui ralentit voire même stop leur développement comme c’est le cas en Occident.

      Tant que tout le monde ne l’aura pas compris, certains contribueront à faire s’opposer les gens au plan national, en attisant les haines entre les capitalistes investisseurs, qui pensent aux besoins du futur, et les travailleurs qui pensent un peu trop à la satisfaction des besoins du présent et du futur immédiat. Certains en profitent en sus, pour opposer les nations entre elles en rallumant de vielles haines anti allemandes par exemple, au lieu de voir le bien fondé des mesures prises outre Rhin.

      Il est urgent que les élites intellectuelles et politiques fassent comprendre cela à ceux qu’ils veulent endoctriner.

      Pour l’avenir de l’humanité, il semble bon que le plus tôt possible, chacun travaille beaucoup intellectuellement pour mieux assurer le futur de notre grande famille. Cela permettrait de vivre heureux tout en consommant peu, sans pour autant avoir besoin de gros salaires.

      C’est l’énergie qui fait évoluer le monde. En ayant un smic trop élevé cela finit par mettre l’énergie délivrée par les smicards hors jeu. Il suffit d’en prendre conscience en comparant l’évolution du SMIC à l’évolution du prix de l’essence à la pompe.

      http://www.dailymotion.com/video/x1gngls_le-graphique-xerfi-canal-le-plein-d-essence-coute-de-moins-en-moins-cher_news


      • grub Le 07 avril 2014 à 18h04
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        Oui tout à fait. D’ailleurs pour montrer l’exemple, je suis sûr que Pascal Lamy va renégocier son salaire pour toucher moins que le SMIC.


      • Benoit Le 07 avril 2014 à 22h18
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        Pascal Lamy humaniste. J’ai dû manquer un épisode je pense …


      • Beal Leethekidd Le 09 avril 2014 à 14h40
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        “Si les pays développés en arrivent à limiter leurs salaires c’est pour limiter la consommation d’aujourd’hui afin de donner de meilleures chances de survie à l’humanité.”
        Et là j’ai compris que le système antispam sur les-crises.fr avait mal fait son boulot ;). En comparaison sur le même ton pseudo instructif, les pub pour sites pornographiques me manqueraient presque!


  5. Macarel Le 07 avril 2014 à 10h09
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    Et pour la première fois, l’Europe (l’UE) rallie une majorité de français contre elle :

    http://yetiblog.org/index.php?post/construction-europeenne-une-majorite-de-fran%C3%A7ais-contre


    • Un naïf Le 07 avril 2014 à 10h23
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      Vous oubliez 2005 quand même !!


      • Macarel Le 07 avril 2014 à 12h05
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        Je précise dans une enquête d’opinion, un sondage… Bien sûr en 2005, le “sondage” était grandeur réelle, par rapport à au TCE, et au type d’Europe qu’il coulait dans le marbre.

        I will never forget 2005 !!!


  6. Norton Le 07 avril 2014 à 11h35
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    Ces discutions n’ont que l’apparence d’un vrai débat pour qui n’oublie pas que Shuman et Monnet étaient financés et propulsés par la CIA pour que l’Europe de l’après guerre se constitue en vassale de l’Amérique et dans la soumission à ses pouvoirs financiers.

    Décorrélée de sa réalité historique,l’Europe peut faire débat…,mais replacée dans ce contexte,c’est une vaste supercherie qui n’aurait pas dû survivre à la chute du mur,puisque la désovietisation du bloc de l’Est rendait obsolètes les raisons officielles invoquées lors de sa constitution :l’Europe c’est la paix…!

    Quelles sont donc les vraies raison du maintient de cette structure supranationale puisque dans touts les domaines,démocratiques,diplomatiques,économiques,sociaux et écologiques,nous ne pouvons constater,au mieux,qu’une stagnation,quand il ne s’agit pas de recul manifeste ?

    La réponse se trouve dans nos traités et dans le rôle dictatorial qu’ils donnent à la commission.
    La collusion évidente des membres de la commission avec les lobbies financiers fait le reste.

    Timidement abordé par Chevènement,le “non” français,refusé par nos dirigeants,révèle que cette Europe s’est faite sans l’approbation des peuples,à travers une impasse sur la démocratie,ce qui devrait suffire pour discréditer toute avancée supplémentaire.

    Le thème des lobbies et des pressions qu’ils exercent sur la commission n’est pas abordé,alors que c’est la principale raison de l’impuissance politique de l’UE.

    Cette impuissance politique nous enferme dans la bipolarité mondiale orchestrée depuis wall street, pour le plus grand bonheur du lobbie militaro-industriel,entr’autres,et nous éloigne de la paix nécessaire à la prise en compte de notre futur,dans les domaines de l’écologie et des ressources.

    La pression sur la Russie,exercée par l’OTAN,est l’instrument géostratégique de la continuité de cette dictature financière,qui maintient l’UE dans l’impuissance et donc dans la soumission à ce processus mortifère.

    L’émergence d’un troisième pôle indépendant comprenant la Russie est le seul chemin pour parvenir à en finir avec la guerre froide,…et avec nombre d’autres guerres qui n’en sont rien d’autre que les conséquences directes.

    Le battage médiatique orchestré par l’occident contre la Russie doit cesser,comme notre aveuglement et notre déni de réalité,concernant ce pays,dont on ne peut nier plus longtemps les immenses efforts pour se reconstruire et s’ériger en état moderne,conformément aux légitimes aspirations de son peuple,décidé,lui aussi,à en finir avec un vingtième siècle de souffrances, d’injustices,de dictature et de guerres.

    Le chemin diplomatique vers la paix,passe par Moscou et par la suppression des bases de l’OTAN.

    Le démantèlement organisé de l’UE ferait apparaître la seule “autre Europe” souhaitable : -celle d’une coopération libre,entre des états modernes et diplomatiquement libres et souverains.

    En absence de vision commune permettant cette déconstruction concertée,la sortie de la France par l’invocation de l’article 50 du TUE est le seul moyen légal pour initier cette nouvelle donne en contournant la volonté de ne rien changer de l’Allemagne,comme un poisson,dans l’eau de cette Europe technocratique à sa mesure.

    L’exemple donné serait alors le plus sûr moyen de remettre la France sur le chemin de l’Histoire,dans un esprit de paix et de modernité.
    C’est le seul chemin permettant de libérer les énergies capables de relever les défis de demain.


  7. Crapaud Rouge Le 07 avril 2014 à 13h10
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    Il est trop tard pour discuter de l’Europe, la manière dont elle s’est construite, ses tenants et aboutissants, ses contraintes externes (US, mondialisation, réunification allemande, etc…) Elle est devenue haïssable, est déjà haïe dans les pays du Sud, et le sera bientôt en France. Les dés sont jetés : elle laissera dans l’Histoire un souvenir aussi sombre que celui de l’Inquisition.


  8. Crapaud Rouge Le 07 avril 2014 à 13h29
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    Dans la salle, quelqu’un demande : “Quelle sera la position de l’Europe ?” (à propos de l’Ukraine). Réponse: “C’est une question de grande importance. Elle concerne nos relations avec l’Ukraine mais aussi nos relations avec la Russie. La position de l’Europe sera fonction des positions adoptées à Berlin, Paris, Varsovie et Londres.

    C’est à peu près comme si les Américains disaient : notre position sur l’Iran sera fonction des positions de la Californie, du Texas, du Montana et de la Caroline du Sud. Cette comparaison est bien sûr caricaturale, mais elle montre que nous sommes à des années-lumières d’une Europe politique.


    • Norton Le 07 avril 2014 à 14h10
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      @Crapeaud Rouge,

      Vous dites : L’UE “laissera dans l’Histoire un souvenir aussi sombre que celui de l’Inquisition.”

      Les choses sont bien pire qu’au temps de l’inquisition ou François premier a pu s’allier aux Ottomans et éviter ainsi l’asphyxie de la France.

      “Nous sommes en février 1536. La France signe à Constantinople un accord commercial favorisant les marchandises françaises dans les pays du levant. Mais derrière celui-ci, un autre accord, plus important, unit François 1er et Soliman II le Magnifique contre leur ennemi commun : l’empereur Charles Quint.”

      Pour l’instant,la France est co-responsable de cette inquisition des temps modernes,qui sévit sur son sol…

      Au regard des qualité de démocratie et de modernité que l’on prête généralement à la France,je pense que l’on se souviendra plutôt de cette épopée européenne,comme d’une époque masochiste de l’histoire de notre pays…

      La période de l’inquisition correspondra plutôt,je l’espère,à celle qui succèdera à la sortie unilatérale de l’UE par la France,qui retrouvera sa liberté diplomatique lui permettant d’organiser ses intérêts en toute souveraineté,…en attendant que son exemple soit suivi par d’autres états membres,avec qui des coopérations seront toujours possibles…
      Pour prolonger la comparaison,la fin de cette inquisition sera la fin de l’UE et de la guerre froide et Soliman s’appelle aujourd’hui Vladimir…


  9. Macarel Le 07 avril 2014 à 14h35
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    Un avant goût (amer) de ce que sera la vie des Etats ( et donc de leurs citoyens) dans le Grand Marché Transatlantique :

    Crise financière : comment des « fonds vautours » commencent à attaquer l’Europe

    http://www.bastamag.net/Crise-financiere-comment-des-fonds


  10. Macarel Le 07 avril 2014 à 15h06
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    J Sapir, écrit dans son dernier billet, au sujet des prochaines élections européennes :

    http://russeurope.hypotheses.org/2179

    “Dès lors, et compte tenu de la nature du scrutin, il conviendra de soutenir et de voter, selon ses préférences politiques personnelles, pour toutes les listes qui se prononceront sans ambiguïté contre ces deux points. Seule une défaite claire et nette des listes européistes (UMP, UDI, PS, « Nouvelle Donne » et EELV) peut permettre la clarification politique dont nous avons besoin, que ce soit en France ou en Europe. Il faut refuser d’envoyer au Parlement Européen des personnes qui ne feront que prolonger une politique qui n’a que trop durée.”

    Ouh là là ! Si l’on exclu le vote FN, il va être difficile de trouver une liste satisfaisant aux deux critères : de sortie de l’euro, et d’arrêt des tractations transatlantiques sur le GMT.
    Je sens qu’il y en a beaucoup qui vont aller à la pêche…

    C’est un peu la quadrature du cercle cette histoire !

    C’est sans issue : d’un côté on ne peut changer l’Europe de l’intérieur, de l’autre les seuls partis qui risquent de faire recette sur le thème changer d’Europe, sont des partis d’extrême-droite.

    N’ayant le choix, qu’entre Charybde et Scylla, une grande majorité d’électeurs va s’abstenir, et l’on aura la victoire des partis populistes d’extrême-droite, c’est gros comme le nez au milieu de la figure.

    Triste et sombre époque, où des fous guident des aveugles. Pour paraphraser Shakespeare.

    Et comme aurait dit le grand Albert :” Il n’y a que deux chose en ce monde qui n’ont pas de limite : l’Univers, et la bêtise humaine.”, et il aurait rajouté : “Mais pour l’Univers, j’ai un doute…”


    • Un naïf Le 07 avril 2014 à 18h18
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      N’aurait-t-il pas oublié le PCF et le Front de gauche, pourtant pro-UE et contre la sortie de l’€ ?
      Donc, il ne nous reste… rien.


    • Rémi Le 07 avril 2014 à 18h19
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      Tu es pour ou contre cette Europe ?

      En fonction tu peux : ou voter pour un euro-septique tel que Mr Sapir l’entend ou bien voté pour l’UMP-PS-UDI-EELV-FDG-absention…


    • Julian Le 07 avril 2014 à 18h48
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      Il faut voter ! et faire voter, massivement !

      Car c’est le cumul des votes eurosceptiques ou carrément anti-traités qui sera pris en compte.

      Ni le pouvoir, ni les médias, ni Bruxelles, ne rentreront dans les subtilités des votes pour X qui veut sortir de l’euro ou Y qui ne veut pas.

      C’est le cumul qui comptera. C’est le cumul qui fera masse !

      Comme en 2005 ! où les motivations contre la Constitution-Giscard étaient au moins aussi diverses que ne le sont les positions des protagonistes aujourd’hui.

      Nous aurions tort de débattre du sexe des anges.

      Dans notre pays et dans de nombreux autres, nous avons le 25 mai une occasion historique de renverser la table ! Et de faire avorter le Pacte Transatlantique !

      Saisissons la. Un énorme travail de persuasion devrait être entrepris auprès de ceux qui penchent par lassitude, écœurement, ou cécité, pour l’abstention.

      L’abstention serait pain béni pour l’UMP, le PS, le Modem, l’UDI, les radicaux de gauche et Europe-Ecologie, complices objectifs dans cette affaire.
      .


    • Crapaud Rouge Le 07 avril 2014 à 21h09
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      Ce dernier texte de Sapir est vraiment très bon. Je cite quelques points remarquables avec lesquels je suis “fullement” d’accord :

      L’Union Européenne peut par ailleurs être qualifiée d’organisation criminelle par la politique qui est menée par ce que l’on appelle la « Troïka » en Grèce et dans d’autres pays.

      Elle est obèse politiquement, elle est trop ouverte et sans autre ligne de politique industrielle que la fameuse « concurrence libre et non faussée », dont tout économiste un peu honnête doit reconnaître qu’il s’agit d’une contradiction dans les termes. ” : au-delà de la contradiction, il faut noter que la formule sacrée voue au néant toute actions des instances publiques, car tout ce qui n’émane pas des entreprises privées est susceptible de “fausser la concurrence”.

      Quand vous cherchez un compromis, il est toujours plus facile de le trouver sur une position de non-intervention, que ce soit dans le domaine économique ou social. Tout acte positif donne naissance à d’infinis marchandages qui, en retour, donnent lieu à de nouveaux contentieux.” : autrement dit, le néolibéralisme simplifie la politique, mais en la faisant disparaître. A ce compte-là, n’importe qui est capable de supprimer pas mal de problèmes, et c’est facile de faire croire que ça ira mieux…

      In fine, il convient d’apprécier l’ironie de sa conclusion : c’est un appel à l’abstention qui ne dit pas son nom puisqu’il ne se trouve aucune liste qui satisfasse les conditions posées.


  11. perceval78 Le 07 avril 2014 à 15h51
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    Qu’en pense emmanuel todd (a new video) :

    http://www.youtube.com/watch?v=asPsJagGgAY


  12. Jacques Le 07 avril 2014 à 22h38
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    Pas facile de trouver un parti qui satisfasse les deux conditions de Sapir (très justes au demeurant)! Du côté de Dupont-Aignan, peut-être? mais ses têtes de liste ne sont pas très sexys! Une abstention de 50 -60%, ça devrait avoir quand même un effet?


    • Manaflar Le 08 avril 2014 à 13h18
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      Oh le doux rêveur !
      Petit rappel : taux d’abstention aux élections européennes de 2009 : 56,5 % (source wikipédia).

      Donc oui, il y aura un effet : les journaux vont en parler 2 jours, les élus vont dire : “on vous a compris”. Et puis c’est tout, les affaires reprennent.
      Je pense que même à 80% d’abstention ça ne changerai rien (on en aura les gros titres 3 jours au lieu de 2, allez…). Et c’est normal, ça ne sera que l’abstention d’un pays sur 28 (même si l’on vote pour un nombre important de députés). De la même manière, ça n’affecterai rien pour nous s’il y avait 70-80% d’abstention en Italie.


  13. Kiwixar Le 07 avril 2014 à 23h12
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    L’abstention n’a absolument AUCUN effet.
    En quoi des gens qui préfèrent partir à la pêche sont-ils contre l’UE telle qu’elle est faite?
    L’abstention fait bien marrer les élites, elle leur démontre bien que “la politique doit être laissée aux professionnels” et “les veaux restent dans les champs”.
    Il faut voter pour des gens qui sont pour la sortie de l’euro et de l’UE, et Dupont-Aignan est un bon début. Attendez de voir les nouveaux billets en francs avec De Gaulle dessus, vous trouverez ça sexy.


  14. BA Le 08 avril 2014 à 07h20
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    Le 25 décembre 800, à Rome, le pape couronne Charlemagne empereur.

    Charlemagne a construit l’Empire carolingien.

    Charlemagne a réussi l’unification de l’Europe.

    Charlemagne a réalisé l’Europe unie.

    L’Empire carolingien s’étend au nord jusqu’au Danemark, à l’est jusqu’à l’Elbe et jusqu’aux villes actuelles de Vienne et de Ljubljana, au sud jusqu’à Spolète en Italie, jusqu’à Barcelone et Pampelune en Espagne, à l’ouest jusqu’à Vannes.

    http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/8/8e/Empire_carolingien.png

    A propos de Charlemagne, Elisabeth Carpentier écrit :

    « C’est là, dans les dernières années de sa vie, entre 800 et 814, et pendant le règne de son fils Louis le Pieux (814-840), que l’étude des institutions carolingiennes peut nous révéler si l’Empire fut conçu comme une réalité politique ou s’il resta au stade d’un agglomérat de peuples voué à l’éclatement. »

    (Elisabeth Carpentier, Histoire de France, édition Points Seuil Histoire, page 100)

    C’est toute LA question.

    Elisabeth Carpentier pose ici LA question de toutes les tentatives d’unification de l’Europe.

    Toutes les tentatives d’unification de l’Europe ont-elles été une réalité politique ?

    Ou alors sont-elles restées au stade d’un agglomérat de peuples voué à l’éclatement ?

    C’est toute LA question.

    Pour mémoire : en août 843, l’Empire carolingien a éclaté.

    Et au XXIème siècle, l’Empire européen va éclater, lui-aussi.

    Dans les années qui viennent, nous allons vivre l’éclatement de l’Union Européenne.

    L’Histoire est un éternel recommencement.


    • Kiwixar Le 08 avril 2014 à 08h01
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      A mon avis, la taille d’une nation doit être déterminée par sa capacité de défense :
      – la plus petite possible, ce qui permet d’être bien gérée, au plus près des intérêts des citoyens
      – pas trop petite, sinon la défense contre des nations plus grandes (et jalouses puisque mal gérées en raison de leur grande taille) est difficile et risquée — mais ça dépend aussi des barrières naturelles (distance, montagnes).
      La Nouvelle-Zélande est n°1 cette année en développement social et environnemental, et a en plus une économie florissante malgré le vieillissement de la population. Elle ne fait pourtant partie d’aucun “machin” transnational, et a seulement des accords bilatéraux (avec la Chine notamment). Elle a la bonne taille (petite, bien gérée) et son isolement rend sa défense facile (et pas chère).
      De nombreux autres petits pays s’en sortent très bien avec uniquement des accords bilatéraux au cas par cas, pendant que les “grands pays” sont au bord du grand n’importe quoi (la Chine y compris, avec son système financier et immobilier bullesque) et avec des démocraties moribondes.


    • KUHN Le 10 avril 2014 à 01h37
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      Nos hommes politiques “savent” et sont donc au-dessus de la mêlée, demander un deuxième SMIC est plus politiquement correct que de dire nous supprimons le SMIC pour tous les petits boulots pour débutant dans le métier, etc…Mais M. Lamy avait ajouté qu’il était anormal d’avoir ce niveau de chômage et que donc il fallait prendre toute opportunité de travail (à n’importe quel prix!) et ne pas se référer au SMIC pour certain boulot, ce qui pourrait stimuler certains employeur à l’embauche. Ainsi dans l’hôtellerie et la restauration surtout en Amérique du Nord les jobs sont peu payés mais complétés par le pourboire des clients si le service est bon!!


  15. BA Le 09 avril 2014 à 14h00
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    Mercredi 9 avril 2014 :

    Elections européennes : selon un sondage, le Front National talonne l’UMP.

    D’après un sondage TNS Sofres-Sopra pour RTL et Le Nouvel Observateur, les listes du Front national (24%) talonneraient celles de l’UMP (25%), largement devant celles du Parti socialiste et du PRG (19%)….

    Et il reste encore six semaines de campagne. Au FN, on rêve d’arriver en tête.

    Suivraient ensuite à distance raisonnable, les listes UDI-MoDem (9%), orphelines de leur chef de file Jean-Louis Borloo, qui a mis fin à ses mandats politiques pour des raisons de santé et celles d’Europe Écologie-les-Verts (9%).

    Le Front de gauche suit, deux points derrière (7%).

    L’étude indique également que les électeurs comptent profiter massivement (71%) de cette échéance électorale pour manifester leur mécontentement au gouvernement… Comme aux municipales.

    Ils sont également une majorité à considérer que l’Europe aggrave les effets de la crise économique (59%) plus qu’elle ne protège le pays (24%).

    http://www.latribune.fr/blogs/la-tribune-des-europeennes/20140409trib000824450/europeennes-selon-un-sondage-le-front-national-talonne-l-ump.html


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