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15.avril.201915.4.2019 // Les Crises

Une représentation des catégories socioprofessionnelles à la télévision loin de la réalité sociale. Par l’Observatoire des inégalités

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Source : Observatoire des inégalités, 26-02-2019

Parmi les personnes que l’on voit apparaître et s’exprimer à la télévision, on compte 60 % de cadres supérieurs contre 4 % d’ouvriers. Cette représentation est en complet décalage avec la réalité sociale.

Alors qu’ils constituent seulement 9 % de la population totale, les cadres supérieurs représentent six personnes sur dix qui prennent la parole dans les programmes de la télévision (fictions, divertissements ou encore programmes d’information), selon le « Baromètre de la diversité de la société française à la télévision, vague 2018 », publié par le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) [1]. Les ouvriers (12 % de la population totale toujours selon les données du CSA) ne représentent que 4 % des personnes entendues à la télévision. Les retraités forment 25 % de la population, mais seulement 2 % des personnages de la télévision. « Les catégories socioprofessionnelles supérieures (CSP+) sont surreprésentées (74 %) au détriment des catégories socioprofessionnelles inférieures (CSP-), représentées à hauteur de 12 %, et des inactifs (14 %) », comme le soulignent les auteurs de l’étude, qui indiquent également que seulement 0,7 % des personnes entendues à la télévision sont perçues comme étant en situation de précarité. Des personnes qui sont souvent des personnages secondaires à l’antenne.

L’écart de représentation est énorme à la télévision entre les catégories sociales. Les cadres y sont quinze fois plus présents que les ouvriers et sept fois plus souvent qu’ils ne le devraient si le temps d’antenne était réparti en fonction de leur part dans la population. Cette représentation des catégories socioprofessionnelles est en complet décalage avec la structure sociale réelle. Elle construit une image d’une société déformée, largement plus favorisée que ce qu’elle est en réalité. La télévision constituant d’abord un divertissement, il est vrai que l’on préfère toujours y observer une situation sous un jour plus favorable. Pour parler à la télévision, mieux vaut savoir maîtriser le discours en public. La parole est donc donnée, dans l’immense majorité des cas, à ceux qui la manient le mieux, c’est-à-dire aux plus diplômés et aux catégories favorisées.

En soi, l’égalité de présence des catégories sociales à la télévision n’a pas grand sens, mais l’ampleur du déséquilibre est marquante. On peut difficilement penser que ce phénomène n’a pas de conséquences, auprès de la population et des commentateurs, sur la construction de l’image des catégories sociales et notamment sur la représentation des intérêts de celles les moins favorisées. Enfin, il faut le noter, autant il existe un débat sur la présence des femmes et des minorités visibles à la télévision, autant la question des différences de représentation des milieux sociaux est quasi absente.

Photo / GFDL, via Wikimedia Commons


[1] Baromètre annuel publié en décembre 2018. L’étude a été réalisée en observant les personnes qui prennent la parole – sauf dans les publicités et les bandes annonces – sur les principales chaînes entre 17 h et 23 h entre juin et septembre 2018. Les programmes d’information de mi-journée de TF1, France 2, France 3, M6, C8, TMC et France Ô ont également été inclus.

Source : Observatoire des inégalités, 26-02-2019

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Commentaire recommandé

Patrique // 15.04.2019 à 07h56

Les inégalités politiques sont beaucoup plus fortes. Le concubin de Léa Salamé à la tête d’un groupuscule a droit à des dizaines d’heure d’antenne quand des dirigeants de partis politiques importants sont censurés.
Mais cette association pompeusement qualifiée d'”observatoire” ne s’y intéresse pas.

19 réactions et commentaires

  • Patrique // 15.04.2019 à 07h56

    Les inégalités politiques sont beaucoup plus fortes. Le concubin de Léa Salamé à la tête d’un groupuscule a droit à des dizaines d’heure d’antenne quand des dirigeants de partis politiques importants sont censurés.
    Mais cette association pompeusement qualifiée d'”observatoire” ne s’y intéresse pas.

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    • rafades // 15.04.2019 à 09h03

      Il en fut de même pour la LREM, en 2017

      Petit mouvement inconnu avec de nombreux articles très élogieux dans la presse
      Pendant que cette même presse s’attachait à descendre les petites combines de Fillon (dont on ne sait toujours pas qui a utiliser ces pseudo révélations, déjà connues du monde politique)

      Complaisance.
      Solidarité de classe (la bourgeoisie)

        +34

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    • Haricophile // 15.04.2019 à 10h41

      C’est juste, mais le sujet ici est : les inégalités sociales vs la représentation sociale.

      Comme rien est simple ni étanche, ce n’est pas totalement déconnecté, et j’espère que ça fait aussi l’objet d’autres études, mais c’est un peu hors sujet.

        +5

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    • LBSSO // 15.04.2019 à 13h06

      Si un blog parle du temps lui reprocherez-vous de ne pas indiquer l’heure mais uniquement la météo ?

      L’observatoire des inégalités, traitent des inégalités sociales et par celles des temps d’antenne.Il suffit de lire quels sont les objectifs qu’il s’assigne.
      https://www.inegalites.fr/Nos-objectifs
      A la lecture,il y a fort à parier que ceux-ci ne plaisent pas à tout le monde…

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    • geedorah // 15.04.2019 à 17h45

      je ne suis pas sur que salamé y soit pour qqchose… son nom suffit, son père suffit et ses amis aussi…. bienvenue dans le microcosme parigo 🙂
      ps: et puis il avait du temps libre

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  • LBSSO // 15.04.2019 à 08h00

    Mépris de classes.
    Pire.Oui les classes populaires sont représentées à la télévision, elles ont même leur rond de serviette dans certaines émissions : il suffit de regarder la ” télé-réalité ” ,les ” télé-crochets ” et autres âneries du même acabit.
    Quitte à me fâcher avec les cinéphiles , c’est pour cette raison que je n’ai jamais apprécié “Le diner de cons” malgré le jeu magnifique de Jacques Villeret, film pris très souvent au premier degré.

    Ps: à ce sujet intervention de Danièle Sallenave , académicienne, ici à 28mn26
    https://www.france.tv/france-5/c-politique-la-suite/c-politique-la-suite-saison-2/951483-c-politique-la-suite.html

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    • Kallas // 15.04.2019 à 08h26

      “Elle construit une image d’une société déformée, largement plus favorisée que ce qu’elle est en réalité.” toute est dit.

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      • Haricophile // 15.04.2019 à 10h48

        Regardez les interview de Juan Branco sur Youtube et lisez son livre, au delà de l’aspect purement politique et d’actualité, il analyse avec un très rare intelligence et de manière intransigeante les causes du phénomène. Il est totalement dans le sujet. Comme en plus ses discours sont toujours fait avec des mots simples, il n’y a pas meilleure sources. Ce qui ce conçoit bien…

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        • David // 15.04.2019 à 12h56

          Ce que l’on conçoit bien … s’énonce clairement, Et les mots pour le dire arrivent aisément.
          Nicolas BOILEAU
          J’adorre cette phrase quand prononcé par François Asselineau qui sans avoir écrit de livre avait déjà vu et analyse depuis 2009 ce qui nous arrive aujourd’hui.

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  • L’Africain // 15.04.2019 à 08h03

    La TV doit-elle refléter la société telle qu’elle est ? Ou bien telle qu’on la rêverait ? Ou bien encore, telle qu’il faut qu’elle soit perçue, pour mieux soutenir les ventes et les messages en tous genres que l’on veut y faire passer ?
    Autant pour les chaînes privées, on peut dire que la réponse à cette question est du domaine de la stratégie d’entreprise, autant pour le service public, cela devrait faire partie du cahier des charges.
    Car nous savons bien que la mise en avant de tel ou tel sujet (choix éditorial) ou de telle ou telle population, et selon l’angle sous lequel on la met en avant, va façonner l’opinion.
    Le formidable outil de propagande qu’est la TV semble aujourd’hui utilisé à de strictes fins mercantiles.
    Il est remarquable de constater aussi que dans les prochains territoires technologiques, tels que l’IA ou le “big data”, les cas d’usage proposés sont bien souvent relatifs aux ventes, mais personne ne se penche sur la question : comment pourrions-nous utiliser ces puissants outils pour que l’homme soit plus éclairé, plus libre, voire plus heureux…

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    • Pierre C // 15.04.2019 à 09h34

      Commentaire pertinent ! Sachant que l’impact de la télé n’est jamais neutre, doit-on l’utiliser pour mettre en avant les minorités (discrimination positive) ce qui provoque un rejet de la majorité ? Doit-on célébrer la majorité ce qui attise le ressentiment des minorités ?

      La télévision est un outil, comme un marteau, c’est la volonté de l’utilisateur qui détermine les effets produits. Quelle est la volonté de ceux qui possèdent des parts dans la télévision ?

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  • Calal // 15.04.2019 à 09h28

    Qui regarde la télé? Que regarde les gens a la télé?
    Maintenant avec les box internet et les télés intelligentes,on peut mesurer plus précisément qui regarde quoi.

    Tiens,une petite vengeance facile a faire:ce soir a 20 h précise, allez surfer n’importe ou sur internet plutôt que de regarder macron a la télé. Les box internet compteront combien de gens étaient sur le net plutôt que devant la télé….

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    • Kiwixar // 15.04.2019 à 11h11

      Les vieux regardent plus la télé et votent. Les jeunes regardent youtube et ne votent pas. Je schématise un peu, mais bon.

      Quand le résultat du vote est, par miracle, favorable aux déplorables, ben il est ignoré (référendum 2005, brexit, etc). Et quand le résultat du vote est différent du vote, euh ça n’arrive que dans les républiques bananières ou en URSS. La démocrature. On n’est pas sortis des ronces.

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  • Sébastien // 15.04.2019 à 09h53

    La télé? Ce truc de vieux passéistes? Etonnant que ça existe encore. Remplis de “progressistes” qui passent leur temps à rabâcher qu’internet c’est caca.
    Un peu de décence, tirons le rideau.

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    • John B // 15.04.2019 à 12h51

      La télé ou internet ?

      Télé : obligation de faire un choix sur un programme TV imposé, sans aucune possibilité de choisir de regarder un sujet quand on en a l’envie et/ou le temps. A moins d’être dispo h24 pour regarder un documentaire intéressant à 3h du mat’. Par contre c’est simple d’accès, j’ai envie de dire que même le pire des abrutis pourra se poser devant la télé et zapper en pensant choisir ce qu’il veut regarder.

      Internet : Quasi toute la production mondiale disponible ou et quand on veut, regardable en plusieurs fois, avec la possibilité de payer en fonction de ses moyens. La culture accessible à tous, sans exception. Faut juste un peu de pratique et de formation pour s’y retrouver, et/ou un peu d’aide et de conseil.

      Y’a des nuances, mais en gros c’est ca.

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  • raoul volfoni // 15.04.2019 à 19h27

    Bonjour,

    Au besoin, et à peu de choses prés , ce sont les mêmes chiffres que la répartition des mêmes catégories au sein des nouveaux député(e)s élu(e)s à l’Assemblée Nationale en 2017.

    Bravo et courageuse continuation.

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  • Vincent // 16.04.2019 à 20h24

    Je ne pense pas que ces remarques soient très intéressantes. Il est logique que s’expriment à la télévision et dans les médias ceux qui ont quelque chose à apprendre aux autres.
    Il est donc tout à fait logique d’y trouver une surreprésentation des philosophes, chercheurs, sociologues, universitaires, médecins, etc.

    Ce qui pose problème n’est pas tant le profil professionnel de la personne qui porte le message, que l’uniformité des contenus proposés.
    Et cela touche tous les domaines. Dans le domaine de l’écologie, notamment, on entend uniquement des politiques ou militants, ou les rares universitaires avec un engagement militant. Mais sans doute que la vision des français de question comme la biodiversité, le glyphosate, le nucléaire, etc. seraient différente si les voix dominantes étaient celles des vrais universitaires et chercheurs compétents.

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    • juju77 // 19.04.2019 à 07h28

      “Il est logique que s’expriment à la télévision et dans les médias ceux qui ont quelque chose à apprendre aux autres.”
      je vous comprends mais malheureusement le rôle du média d’information devrait être de donner une pluralité des opinions et des savoirs et surtout beaucoup d’ouvriers et techniciens auraient beaucoup a apprendre a certains ingénieurs et chercheurs .. les analyses hors-sols ont aussi leurs biais cognitifs et la complémentarité des expériences permettraient a certains soit-disant “sachants” d’éviter de dire trop de grosses âneries car n’étant jamais contredits .. les exemples sont légions et dans tous les domaines

      j’aime bien l’histoire des archéologues qui ont mis 80 ans a penser a demander l’aide des pisteurs chasseurs de tribus africaines pour comprendre la signification au sol de certaines traces de pas .. (le résultat fut clair net et précis et donné en moins de 30 minutes)

      🙂

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  • tilleul // 20.04.2019 à 11h54

    Dans le sondage sur le développement des crises, il y avait une liste de propositions de personnes à inviter. Je n’ai rien coché car je souhaite justement que les catégories populaires (absentes des propositions) soient plus visibles et elles n’étaient mentionnées dans aucune des propositions.
    Ce serait intéressant que les crises arrive donner une représentation aux catégories populaires, au lieu de faire comme ceux que le site critique… (en invitant uniquement des spécialistes d’une question, quasiment tous des hommes comme sur thinkerview).
    Difficile certes mais vous avez de l’imagination !
    Cordialement

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