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12.juin.201712.6.2017 // Les Crises

Une vague en trompe l’œil ? par Jacques Sapir

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Analyse à chaud de Jacques Sapir.

Pour ma part je retiens :

(Source)

1/ évidemment la très forte abstention, surtout des jeunes et des catégories qui souffrent le plus :

2/ la difficulté à analyser finement les résultats des partis. En effet, si les Français ont voté “comme ils le souhaitaient” au 1er tour de la présidentielle, il y a un biais énorme pour les législatives, peu rappelé. Quand vous êtes électeur FN à Paris, vous allez voter au 1er tour de la Présidentielle pour votre candidate – peu importe qu’au final elle ne fasse que 10 % à Paris. Mais pour les législatives, votre vote est inutile, car il n’y a aucune chance qu’un candidat FN l’emporte à Paris : beaucoup d’électeurs FN ne vont donc pas voter, d’où la forte baisse constatée par rapport à la présidentielle. Idem pour les électeurs France Insoumise (pourquoi l’électeur FI a Neuilly va-t-il aller faire la queue ?). Bien sûr, ceci est trop profond pour certains “philosophes”…

3/ l’injustice délirante de notre mode de scrutin qui aboutit à des résultats clairement non-démocratiques à ce stade. Mais nous en reparlerons la semaine prochaine.

4/ pour conclure sur “la vague” macronienne (pas vu dans les médias) :

P.S. N’oubliez pas de venir discuter de tout ceci à notre afterwork de ce vendredi (avec déclinaison en province)


Une vague en trompe l’œil ?, par Jacques Sapir

Source : Le blog de Jacques Sapir, 11/06/2017

Le premier tour des élections législatives s’est caractérisé par une très faible participation. Le taux d’abstention dépasse les 51%. A titre de comparaison il convient de rappeler que l’abstention avait été de 36% en 2002, de près de 40% en 2007 et de 43% en 2012. Nous sommes devant un (triste) record historique. Ceci indique que les électeurs sont largement insatisfaits par l’offre politique qui leur était présentée. Et peut-être, plus profondément, qu’ils ont voulu protester contre le hold-up auquel s’est livré notre Président, Emmanuel Macron, avec la connivence d’une partie de la presse, au détriment de la démocratie. Dans le même temps, ces élections ont été marquées par ce que les commentateurs qualifient eux-mêmes de « vague » au profit du parti du Président, un parti qui devrait largement remporter la majorité absolue au parlement lors du 2ème tour.

Alors que le taux d’abstention avait été bas pour l’élection présidentielle, plus d’un électeur sur deux se sont mis en position d’objection de conscience, tant par rapport à la force politique dominante, c’est à dire le parti du Président, que par rapport aux institutions. Ce fait décrédibilise un peu plus ces dernières, et fragilise la légitimité du Président et de son gouvernement. Cette « vague » pourrait bien s’avérer être un trompe-l’œil.

Un succès paradoxal ?

Ainsi, ce premier tour semble annoncer une large majorité pour le Président et à son parti La République en Marche. Il faudra néanmoins, attendre le second tour pour mesurer l’ampleur de ce phénomène, mais les projections faites sur la base des résultats du 1ertour annoncent une majorité de 390 à 450 sièges, sur les 577 que compte l’Assemblée. Ainsi, avec 32% des voix, La République en Marche pourrait obtenir entre 70% et 75% des sièges. C’est un succès majeur, mais un succès que vient immédiatement mettre en doute la très faible participation.

Si ce résultat se confirme, Emmanuel Macron pourra donc mettre en œuvre sa politique, et en particulier les réformes sociales qu’il a annoncées. Diverses fuites concernant ces réformes sociales qui pourraient donc être décidées dès cet été commencent à soulever une légitime émotion[1]. Le gouvernement s’en est ému, qui veut attaquer en justice les auteurs de ces « fuites »[2], alors qu’il avait commencé par affirmer que ces documents ne représentaient pas la position du gouvernement. Comprenne donc qui pourra…

Outre la méthode utilisée – les ordonnances – c’est bien le contenu de ces réformes qui pose aujourd’hui problème. Mais, ces réformes en réalité sont cohérentes avec les choix européens, et mêmes européistes, du Président. En fait, elles reprennent nombre des recommandations de l’Union européennes. On voit que ce qu’il y a en surplomb au-dessus de ces réformes, c’est bien la question de l’Union européenne et celle de l’Euro. Les adversaires du président Macron et de son parti seront confrontés rapidement à de réelles questions de cohérence.

Cohérence tactique d’abord : vont-ils considérer que l’adversaire principal est le parti du Président, ou vont-ils persister à penser qu’il y a un réel danger « extrémiste » en France, un danger qui serait représenté tant par la France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon que par le Front National de Marine le Pen ? De cela dépendent les consignes de désistement. Mais, ces mêmes adversaires d’Emmanuel Macron seront aussi confrontés à un problème de cohérence politique. Soit ils acceptent les présupposés du Président, et ils seront en difficultés pour contester ces futures réformes, soit ils s’opposeront de manière cohérente et conséquente aux prémices de ces dernières, et ils pourront, alors, articuler une véritable critique du programme social d’Emmanuel Macron.

Le piège des législatives

On voit bien ici le piège qui a été tendu aux partis traditionnels par les responsables de La République en Marche, le parti du Président, un piège qui – pour l’instant – a réussi à camoufler les divers scandales dont des dirigeants de ce parti sont la cause. Ce piège a fonctionné en deux temps.

Tout d’abord, il s’est agi de présenter LREM comme un mouvement (et non un parti) appelé à « renouveler » la classe politique française, et à établir de nouveaux standards d’éthiques. Qu’en réalité ce mouvement soit bien un parti, et un parti rassemblant nombre des recalés de la politique française, qu’il s’agisse du parti de François Bayrou ou qu’il s’agisse des socialistes qui se sont recasés dans LREM avec gourmandise ne semble pas avoir dérangé les communicants embauchés à grand frais par Emmanuel Macron. Que ces vieilles ganaches de la politique française se soient révélées tout aussi coupables des mêmes manquement à l’éthique, ou à la loi, comme le montre les affaires qui se sont succédées, de Bayrou à Richard Ferrand, en passant par Marielle de Sarnez, ne semble pas non plus avoir beaucoup dérangé ces mêmes communicants. Il y a bien eu un mouvement du type « sortez les sortants » qui a massivement bénéficié à LREMmême si, sur ce point, on peut penser que l’importance de l’abstention dans ce premier tour des élections législatives montre que les électeurs n’ont pas été entièrement dupes.

Mais cela n’est qu’un aspect du piège. Un autre réside dans la manière dont les communicants de LREM ont réussi à construire une fiction, celle d’une opposition entre l’extrémisme et les gens « raisonnables », dans le but d’isoler ceux qui représentaient une véritable alternative au hold-up électoral d’Emmanuel Macron. De fait, dans les partis qui se partageaient traditionnellement le pouvoir, on cherche désormais à se présenter comme une opposition « constructive » au nouveau Président. Chez les survivants du parti dit socialiste, on n’hésite pas à s’afficher dans certains cas comme « majorité présidentielle ». Quant aux Républicains, que l’échec de leur candidat naturel, François Fillon a plongé dans un profond désarroi, ils hésitent entre un ralliement ouvert à LREM(ce qui est d’ores et déjà le cas du Premier-ministre, Edouard Philippe, de Bruno Le Maire et Gérald Darmanin) et une forme d’opposition molle que porte l’inexistant François Baroin, promu par défaut chef de ce parti. D’ailleurs, les membres de ce parti partagent nombre des convictions, en particulier dans le domaine économique et social, avec Emmanuel Macron.

Ce double piège va fonctionner de manière redoutable en raison du code électoral français. Lors du second tour, les hésitations des uns et des autres, le refus d’avoir des règles de désistement claires en faveur du candidat d’opposition le mieux placé, vont probablement aboutir à ce qu’un parti qui a obtenu à peine plus de 30% des suffrages pourra disposer de plus de 70% des députés.

Les réformes qui viennent

C’est une situation qui est potentiellement grave en raison de la nature des réformes qu’Emmanuel Macron veut faire rapidement adopter, et de cela il ne s’en est pas caché. Pourtant, l’ampleur de l’abstention, l’une des plus importantes depuis une vingtaine d’année, montre bien qu’il n’y a aucune adhésion de masse à la politique voulue par Emmanuel Macron, et dont il a délégué l’exécution à un transfuge des Républicains choisi comme Premier-ministre.

Ces réformes, quelles sont-elles ? Le gouvernement entretient le flou sur cette question, et dément, en tout ou partie, les révélations qui ont été publiées dans la presse ces derniers jours. Mais, d’un autre côté, ces mêmes révélations sont tout à fait dans la logique de ce qu’avait déclaré Emmanuel Macron avant son élection.

Le point principal est certainement l’abandon des règles nationales, voire des règles de branches dans un certain nombre d’activité, pour donner la priorité aux accords d’entreprises. Ces accords d’entreprises pourraient décider des motifs de licenciements, du niveau des salaires, du temps de travail (et donc des heures supplémentaires) ou encore laisser le choix à l’entreprise d’user des CDD. De fait, cela aboutirait à créer une Code du Travail « à la carte » pour l’employeur. Par ailleurs, les indemnités de licenciements seraient plafonnées. Ces accords pourraient, sans que cela nécessite un accord des syndicats, être soumis directement à l’approbation des salariés de l’entreprise. De même, une grande réforme de l’assurance chômage est prévue conduisant à une couverture dite « universelle ». Mais, c’est une réforme qui, pour l’OFCE, aboutira dans les faits à baisser les indemnités chômage. En effet, les allocations de toutes les personnes ayant des trous dans leur parcours, comme par exemple avec quelques jours de battement entre 2 CDD, seraient ainsi diminuées. Cette diminution pourrait ainsi potentiellement concerner de 20% à 50% des demandeurs d’emplois, son ampleur dépendant alors des paramètres retenus, paramètres qui ne sont pas encore fixés[3]. Enfin, le gouvernement prévoit de supprimer une partie des cotisations sociales (ce qui augmenterait techniquement les salaires) en recourant à une augmentation importante de la CSG, augmentation qui est évaluée aujourd’hui à environ 21 milliards d’Euros, soit 1% du PIB, et qui serait payée par les retraités au-dessus de 1200 euros de pension de retraite.

Si la procédure des ordonnances est bien utilisée, alors ces réformes pourraient être adoptées dès le mois de septembre 2017. Ces réformes, on peut le constater à travers les projets qui ont « fuité » depuis ces derniers jours, aggravent considérablement la déjà très néfaste loi « Travail » dite aussi Loi El-Khomri.

Au-delà du tour de passe-passe sur les cotisations et la CSG, on voit bien que toutes ces mesures tendent d’une part à fragiliser la positions des salariés face aux employeurs, et c’est le produit de la logique de la négociation dans l’entreprise et non de la négociation collective, et d’autre part à faire baisser le niveau des salaires. La fragilisation de la position des salariés provenant de l’émiettement des négociations entreprises par entreprises aura des implications importantes sur les conditions de travail. Or ces dernières se sont déjà dégradées depuis ces dernières années. La possibilité pour les entreprises de déterminer dans les faits la durée légale du travail entrainera une baisse des heures supplémentaires, qui – à son tour – entrainera une perte de salaire pour les employés. La possibilité pour les entreprises de fixer les motifs de licenciements et le plafonnement des indemnités en cas de licenciement abusif vont donner aux entreprises la possibilité d’exercer un chantage et à la baisse des salaires (compte tenu de l’existence d’une important volant de chômeurs) et à la dégradation des conditions de travail.

Les conséquences de l’Union européenne ?

En apparence, ces réformes ont une justification. Les écarts de salaire minimum au sein de l’Union européenne sont énormes [4] : de 9 à 1 entre la France et la Roumanie et la Bulgarie, de 3,5 à 1 entre la France et la Pologne, la Hongrie, la République Tchèque et la Slovaquie, de 2 à 2,5 pour 1 par rapport à l’Espagne, au Portugal ; Le salaire minimum français est supérieur de 10% au niveau de celui du Royaume-Uni et de l’Allemagne mais de plus ces derniers pays ont des dispositions qui permettent aux entreprises, sous certaines conditions, d’embaucher sous le plafond légal. Et ceci ne concerne que les pays qui ont une loi fixant un salaire minimum, ce qui n’est pas le cas de l’Italie et de la Finlande. Bien entendu, le fait que la productivité du travail soit particulièrement élevée en France compense, en partie, ces écarts. Mais en partie seulement.

Avec le « marché unique », mais aussi la liberté totale des capitaux, les grandes entreprises peuvent développer dans les pays où le coût du travail est très bas des usines dont la productivité se rapproche rapidement de celle des usines en France. Dès lors, une première constatation s’impose : le « marché unique », qui est l’un des piliers de l’Union européenne, produit une logique de course au « moins disant/moins coûtant » qui se propage dans l’ensemble de l’UE. Si les entreprises bénéficient de cette course, les salariés sont bien entendu les premiers perdants.

Cette logique du « marché unique » aurait cependant pu être compensée par des mouvements de taux de change, produisant une réévaluation des pays où les coûts sont bas, et une dépréciation des monnaies des pays où les coûts (corrigés par la productivité) sont hauts. Mais, un tel mécanisme ne peut exister à partir du moment où existe la « monnaie unique », c’est à dire l’Euro. L’Euro interdit toute modification des taux de changes pour compenser les déséquilibres structurels. Par ailleurs, les taux d’inflation sont assez différents entre les pays de la zone Euro (l’Union Economique et Monétaire). De ce fait, on constate que l’Euro à conduit à l’existence d’un écart de 20% à 25% entre l’Allemagne (qui est la grande bénéficiaire de l’Euro) et la France ou l’Italie [5]. Il a d’ailleurs était montré que le niveau de dépréciation qu’impliquerait une sortie de l’Euro entraînerait des effets très positifs sur les économies, avec un surcroît de croissance équivalent à 1% par -10% de dépréciation [6]. Ainsi, et cela sans mobiliser d’autres ressources, la croissance de l’économie française monterait à 4% par an (1,2% + 2,8%).

Le résultat est là : quand on ne peut pas jouer sur le taux de change pour corriger des déséquilibres importants il ne reste plus qu’à faire baisser les salaires. Telle est la logique, à peine cachée, des réformes que nous proposent tant Emmanuel Macron que son Premier-ministre Edouard Philippe. Ces réformes visent à « adapter » la France aux exigences de l’UE. Elles impliquent que le centre de décision n’est plus à Paris mais à Bruxelles, voire à Berlin.

Quelle opposition au Parlement ?

On comprend alors la nécessité d’une forte opposition au Parlement, tout d’abord pour chercher à faire annuler les aspects les plus scandaleux de ces réformes, puis, par la suite, pour pouvoir demander des comptes au gouvernement. N’oublions pas, en effet, que l’un des rôles du Parlement, outre de légiférer, est d’exercer un contrôle à posteriori sur l’action du gouvernement. Cela implique des députés qui soient indépendants de ce même gouvernement.

Car, n’en doutons pas, ces réformes ne changeront rien. Ces mesures seront évidemment profitables pour les entreprises et leurs actionnaires. Mais, elles se traduiront par une compression de la demande solvable en France. Or, la demande solvable est aussi comprimée chez nos voisins, de l’Allemagne à l’Espagne, en passant par l’Italie et le Portugal. Si les profits des entreprises vont profiter de ces réformes, le niveau général d’activité va quant à lui décliner. En effet, le volume de production dépend des anticipations quant à la demande, et de leur mouvement soit à la hausse, soit à la baisse. Si les entreprises anticipent une stagnation, voire une contraction de cette demande, elles utiliseront les moyens crées par ces réformes pour licencier encore un peu plus. Ce que va provoquer cette vague de réformes que le gouvernement et le Président entendent rapidement mettre en œuvre, ce sera donc une hausse des profits, une baisse de la demande entraînant de nouveaux licenciements qui, à leur tour feront baisser la demande, entraînant encore plus de licenciements. Le gouvernement, confronté à cette situation, proposera certainement des nouvelles réformes, aggravant encore plus la situation, au début de 2019…

Rarement un gouvernement ne s’est apprêté à mettre en œuvre une telle politique de classe. Or, cela n’est aujourd’hui dénoncé que par les deux partis que la presse, pour une fois largement rassemblée dans son soutien à Emmanuel Macron, présente comme « extrémiste » : la France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon, et le Front National. Mais, ces deux partis sont dans une position de faiblesse dans ces élections.

Le Front National paye la détestable image que Marine le Pen a donnée d’elle-même dans la dernière semaine de campagne de l’élection présidentielle. Si elle a reconnue son échec lors du débat face à Emmanuel Macron, rien n’a été dit sur les ambigüités qui ont précédées ce même débat, et qui ont cassé la dynamique qui se faisait jour immédiatement après le 1er tour de l’élection présidentielle. Cela explique le relativement mauvais score, avec seulement 14% des voix, bien loin de celui obtenu au 1er tour de l’élection présidentielle. Quant à la France Insoumise, elle est pilonnée par une large partie de la presse, transformé pour l‘occasion en simple organe de propagande. La haine envers Jean-Luc Mélenchon qui se révèle au travers des articles est un cas d’école de comment on cherche à influencer l’électeur en jouant non pas sur son raisonnement mais sur la carte des peurs les plus primitives. Cela explique certainement que la France Insoumise soit, elle aussi, avec 11% des suffrages, loin de retrouver le score de Jean-Luc Mélenchon au soir du 1er tour de l’élection présidentielle.

Et pourtant, le nombre d’électeurs qui s’étaient portés au 1er tour sur ces deux candidats était de très loin supérieur à celui qu’avait réuni sur son nom Emmanuel Macron. C’est cette réalité qui, en fait, inspire aux soutiens de notre Président cette haine ardente contre ceux qui pourraient s’opposer à lui, mais aussi – et ceci est autrement plus efficace que la haine – cette politique visant à peindre ces oppositions sous les traits de l’extrémisme. Il est aujourd’hui patent que cette politique a relativement fonctionné, car ce qui fait la force d’Emmanuel Macron n’est pas le mouvement qui le porte, mouvement somme toute fort réduit, mais bien la division des forces qui s’opposent à lui et à sa néfaste politique.

La règle du jeu

Le système électoral français a ceci de particulier qu’il pénalise très durement la division, quand celle-ci se présente comme irréconciliable. Les résultats du premier tour des élections législatives ne traduit nulle « vague » en faveur des candidats soutenus, directement ou indirectement, par Emmanuel Macron. Les suffrages qui se sont portés sur les candidats qui s’opposent de la manière la plus cohérent et la plus conséquente à la ligne d’Emmanuel Macron sont du même ordre que ceux qui se sont portés en faveur des candidats soutenant cette ligne. Et pourtant, ces mêmes résultats laissent prévoir un succès historique pour La République en Marche au soir du second tour, le 18 juin. A l’opposé, la France Insoumise n’est créditée que de 8 à 18 députés, soit au plus 3% alors qu’elle a réuni 11% des voix, et le Front National entre 1 et 5 députés, soit moins de 1%, alors qu’il a fait 14% des suffrages. Cette situation porte un grave préjudice aux institutions. Elle accrédite l’idée que le « pays légal », que représentent les députés, n’est pas représentatif du « pays réel ». Mais, cette situation traduit aussi certaines des incohérences des opposants à Emmanuel Macron.

Dans la semaine qui sépare le 1er du 2ème tour les forces d’opposition à Emmanuel Macron auront donc à faire un choix. Considèrent-elles que l’ennemi principal, pour reprendre une formule consacrée, est représenté par les candidats de LREM, et en ce cas sont-elles prêtent à en tirer les conséquences, ou bien considèrent elles que le discours tenu par la presse est bien pertinent, que l’extrémisme est bien une menace en France, et cèderont-elles à la division ? Si tel devait être le cas, la crédibilité et la légitimité de ces forces pour s’opposer aux projets de « réformes » du gouvernement, aux ordonnances qui nous sont promises, serait bien entendu des plus réduites.

[1] http://www.leparisien.fr/politique/exclusif-le-plan-de-macron-pourreformer-le-travail-04-06-2017-7017384.php#xtor=AD-1481423553 et http://www.lemonde.fr/politique/article/2017/06/07/reforme-du-code-du-travail-pasd-agenda-cache-assure-la-ministre-du-travail_5139834_823448.html

[2] http://www.liberation.fr/france/2017/06/09/le-gouvernement-porte-plainte-apres-les-revelations-de-liberation-sur-le-code-du-travail_1575675

[3] http://www.capital.fr/economie-politique/assurance-chomage-version-macron-un-chambardement-qui-ne-ferait-pas-que-des-heureux-1223893

[4] Je cite ici des chiffres d’Eurostat en salaire brut.

[5] IMF, 2016 EXTERNAL SECTOR REPORT, International Monetary Fund, juillet 2016, Washington DC, téléchargeable à : http://www.imf.org/external/pp/ppindex.aspx

[6] IMF, World Economic Outlook, Octobre 2015, Washington DC, chap. 3. Adresse : http://www.imf.org/external/pubs/ft/weo/2015/02/

Source : Le blog de Jacques Sapir, 11/06/2017

218 réactions et commentaires - Page 2

  • Lionel // 12.06.2017 à 21h51

    Je ne sais pas d’où sort le chiffre des inscrits pour 2017 (43,5M et des poussières), mais il est faux. En 2017 le nombre d’inscrits est d’environ 47,6M. Heureusement, les pourcentages sont exacts.

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    • Scytales // 13.06.2017 à 16h06

      Le nombre exact d’inscrits sur les listes électorales recensés par le ministère de l’intérieur peut d’ailleurs être consulté en même temps que les résultats officiels du premier tour de scrutin sur le site du dit ministère : http://elections.interieur.gouv.fr/legislatives-2017/FE.html

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  • Renaud // 12.06.2017 à 22h49

    Très bien vu !
    visiteur @ Le 12 juin 2017 à 14h06

    En effet, la démocratie occidentale que nous “pratiquons” partout a sa source en Angleterre au 17ème siècle. Depuis des générations, nous imitons idiotement à notre détriment la démocratie sortie d’Angleterre! L’Angleterre a pu alors se payer la démocratie —en faisant suer le burnous!— Elle avait alors, avec 33 millions de km², le plus grand empire colonial ! Telles sont les origines de la démocratie occidentale aujourd’hui…
    Telle est la base de notre démocratie perfide qui se cache sous un vocable socialo-égalitariste dont les partis socialistes sont le “joyau”. Le socialisme, ce véritable cosmétique de la haute finance si bien illustré par le parti travailliste britannique, ce rejeton de la – Société Fabienne – (fondée en 1883 par des universitaires dont le couple Webb, Bernard Show et la fille de K.Marx) Société dont les principes sont aujourd’hui répandus à travers le monde entier depuis l’instauration en 1931 du Commonwealth sous des noms divers d’universités, de grandes écoles et d’institutions capitalistiques et dont personne ne s’aperçoit de l’orientation qui est celle-ci :
    Arriver au socialisme mondial par les moyens du capitalisme.
    N’y sommes-nous pas en plein dedans??

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  • Galvan // 13.06.2017 à 00h41

    La propagande massive pour Macron l’ayant fait élire ainsi que ces soutiens aux Législatives, il va se passer les évènements suivants dans les 5 ans qui viennent :
    – Une augmentation très importante de la pauvreté dans le pays (pour 99.99% des personnes)
    – Un enrichissement très important de 0.01% de la population : l’oligarchie
    – Une hausse massive du chômage qui sera masquée par l’apparition de petits boulots payés une misère, juste pour éviter d’alimenter les statistiques du chômage
    – Un réveil de tous ceux qui se sont fait lobotomiser par la presse aux ordre, et les divers cabinets de propagande utilisés par le pouvoir
    – Un renforcement de la vraie gauche type FI, et l’apparition d’un leader qui prendra la place de JL. Melenchon qui laissera la place progressivement (retraite …)
    – La disparition du PS et probablement de l’UMP (ou LR, c’est pareil)
    – Une prise de conscience générale du peuple sur les méfaits du néolibéralisme, de l’UE qui devient progressivement une dictature et le sentiment d’avoir été trahis, entrainant un renouveau de la gauche et d’un parti souverainiste de droite, comme ce qui est en train de se passer en Angleterre avec Corbyn (au niveau de la gauche).

    La suite est plus difficile à prévoir, mais on peut penser que l’Euro explosera dans les 5 ans qui viennent et qu’une nouvelle crise économique sévère frappera les économies européennes.

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    • Louis Robert // 13.06.2017 à 17h19

      Dans 5 ans (longue marche!…), en l’absence de cette guerre totale voire nucléaire que ne cesse de quémander l’Empire, la caravane ayant poursuivi paisiblement sa route, souriante la Chine sera devenue le #1 mondial, nous laissant maugréer misérablement derrière, grassement nourris de propagande occidentale prédisant, encore et toujours, son effondrement. Sur la Nouvelle Route de la Soie, le mandarin voyagera vers nous pour causer un peu, et y apparaîtra de source chinoise un nouveau slogan, en anglais: “Go East, young man!” — Il s’ensuivra un désintéressement mondial accentué envers le “gauche-droite!” français à peine en marche et l’insupportable arrogance UEropéenne.

      En conséquence, le nombre d’Occidentaux étudiant et/où travaillant en Chine bondira. C’est déjà commencé…

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  • jef // 13.06.2017 à 01h56

    On sait les savants naïfs et la figure du professeur Nimbus est connue de tous ( euh! de ma génération encore!). Jacques Sapir, dont on ne peut douter que la réflexion dépasse le cercle étroit des questions économiques, est-il un naïf ou naïf quand il prend en compte le FN dans une éventuelle recomposition des forces politiques en France? Lorsqu’il juge que les différents entre FI et FN tiennent davantage à des raideurs idéologiques, historiques et partisanes qu’à des questions de fond?
    Raideurs dont certains intervenants sur ce fil témoignent…
    Je crois plutôt qu’il cherche à faire œuvre utile en posant les questions auxquelles tout parti voulant œuvrer à une restauration du politique et donc de l’État (désolé pour les grincheux mais sans État on a le droit qu’ à une administration des affaires publiques…et très vite privées) doit répondre; en proposant des cadres philosophiques et historiques pour apprécier ces questions; en se refusant œillade comme intimidation.

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  • Kiwixar // 13.06.2017 à 04h57

    Dans ces millions d’abstentionneurs, votes blancs et autres, il doit y avoir quelques millions d’électeurs du RPR et quelques millions de l’UMP qui ont dû pester de ne pas voir leur parti représenté. Voter Républicain, le parti de Trump, faut quand même aimer les bouffons.

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  • Jean-Luc // 13.06.2017 à 06h47

    A la limite, qu’importe puisque aucun parti (sauf un) ne veut réellement sortir de l’U.E.
    Nous aurons donc pour politique l’application complète des directives européennes.
    Ceux qui prétendent à une autre Europe se leurrent ou nous leurrent.
    Les lois Macron ou Elcomri ne sont que des applications de ces règles.
    Tant que nous n’aurons pas compris qu’ils nous traînent selon les souhaits de l’oligarchie, nous ne pourrons pas en sortir donc nous ne pourrons choisir nos règles.

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  • paul // 13.06.2017 à 14h39

    Il est étonnant qu’aucun homme politique (ni media ) ne développe ce chiffre de seulement 14% des électeurs ayant voté pour les candidats macron !

    il est encore plus étonnant qu’aucun n’appelle à une forte mobilitation au second tour pour écraser ces candidats quite à conclure des alliances au- delà des clivages habituels.

    Si une petite lueur de lucidité atteignait les esprits des Français ils pourraient éviter :
    d’être demain traités au travail comme des esclaves (salaires, horaires,contrats précaires, enfants exploités comme au 18e siècle. …)
    de devoir payer de plus en plus d’impôts…de travailler de plus en plus longtemps…
    ETC….

    De

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  • G2 // 14.06.2017 à 01h17

    Un chiffre n’a pas l’air de sauter aux yeux d’aucun commentateur, et pourtant… Entre le 1er tour des présidentielles 2017 et le 1er tour des législatives, “la déferlante Macron” enregistre en réalité une décrue de 1,3 millions de voix. 8 656 346 voix vs 6 391 269 + (MODEM) 932 227 = 7323496 voix .Soit : – 15,40% d’électeurs.
    Rien là d’habituel. En 2012, entre ces mêmes premiers tours, alors que les suffrages exprimés passaient de 35,88 millions à 23,03, Hollande avait réuni (sur une alliance PS PRG) 10,27 millions de voix. Le PS engrangeait aux législatives 9,42 millions et le PRG 538 000 (- 3%) EELV lié par un accord de mandature avec le PS faisait en outre un score supérieur de quelques centaines à celui d’Eva Joly aux présidentielles : 829 000.
    2007, les exprimés au 1er tour passaient de 36,72 millions à 26,02. Sarko faisait 11,45 millions. UMP et investis majorité présidentielle 10,90 (-5%)
    En d’autres termes, même le premier électorat de Macron a déjà commencé à voter ailleurs ou s’abstenir.

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    • lvzor // 14.06.2017 à 18h09

      Plus il sera minoritaire dans le pays et majoritaire au Parlement, et plus l’autoritarisme sera rigoureux. Il faut croire que les français adorent ça.

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  • rapha6 // 14.06.2017 à 08h44

    Et pourquoi ne pas considérer que les abstentionnistes ne se sont pas déplacés car ils cautionnent la politique qui va être menée ? Les sondages avaient en effet annoncé la donne, en plaçant la REM largement en tête ! S’ils étaient contre, ils avaient la possibilité de mettre un autre bulletin dans l’urne…

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  • François Filou // 15.06.2017 à 08h52

    Au lieu de répéter en boucle que Macron ne représente que 15% des inscrits pour se rassurer, blâmons plutôt ceux qui ne font pas la démarche d’aller voter à un 1er tour avec entre 10 et 25 partis politiques représentés, signifiant une large diversité de choix.

    Mais là encore le Français râleur trouve à redire: “y’a trop de choix, on s’y perd”, on nous dit pas pour qui voter, en substance.

    Une voix, 7€ pour un parti. Les Français ont un énorme besoin de pédagogie, la politique c’est pas voter pour un vainqueur ou un parti qui a des chances de figurer, c’est avant tout soutenir les idées et ça commence par le bas. On se plaint du manque de renouvellement mais on ne fait même pas le MINIMUM citoyen à ce niveau, glisser un foutu bulletin dans une urnes.

    Macron avec 400 députés c’est pas la conséquence des heureux béats qui votent pour lui mais bel et bien de l’inaction des autres qui préfèrent grommeler dans leur coin.

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  • Nadia // 17.06.2017 à 19h25

    Si demain encore 50% d’abstention et les En Marche sont de façon écrasante majoritaires alors il n’y a plus de parlement. Cela ressemble furieusement à la situation où Pétain a eu les pleins pouvoirs et a dissous le parlement. On entre en dictature!

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