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20.mars.202120.3.2021 // Les Crises

Afghanistan : Entre menaces et pressions, le retrait des troupes américaines plus qu’incertain

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Source : Responsible Statecraft, Adam Weinstein

Traduit par les lecteurs du site Les Crises

Joe Biden, alors vice-président de l’époque, lors d’une visite du plus grand centre d’entraînement militaire d’Afghanistan en 2011. (Photo du premier maître Brian Brannon / domaine public)

La réunion des ministres de la Défense de l’OTAN et la conférence de Munich sur la sécurité ont laissé sans réponse la question de savoir si l’administration Biden retirera les troupes américaines restantes d’Afghanistan d’ici le 1er mai, conformément à l’accord entre les États-Unis et les talibans.

L’ambiguïté des déclarations européennes et américaines à l’issue de la réunion peut avoir pour but de faire pression sur les talibans et le gouvernement afghan pour qu’ils retournent à la table des négociations. Mais une indécision aussi proche de l’échéance risque de gâcher une occasion unique de quitter l’Afghanistan.

Les remarques du secrétaire à la Défense Lloyd Austin lors de la réunion de l’OTAN ont rassuré les partenaires sur le fait que « les États-Unis restent engagés dans un effort diplomatique pour mettre fin à la guerre » mais aussi que les États-Unis ne mèneront pas un « retrait hâtif ou désordonné » de l’Afghanistan après près de vingt ans.

En conséquence, l’administration Biden se met dans une situation où elle va probablement perdre une occasion unique de partir d’ici mai sans avoir à négocier un nouvel accord avec les talibans, une voie qui serait pleine de risques et d’incertitudes.

Les conséquences du non-respect unilatéral de la date limite de retrait de mai seront la dissolution de l’accord entre les États-Unis et les talibans, ce qui remettra les soldats américains dans le collimateur des talibans et mettra fin aux négociations intra-afghanes. Un accord de paix entre les talibans et le gouvernement afghan est peu probable si les États-Unis partent, mais il est condamné si Washington choisit d’ignorer complètement la date limite.

La seule option qui reste est un effort de guerre sans fin de la part des États-Unis. Le dépassement de la date limite de retrait coïncidera avec le début de la saison des combats des talibans et la violence augmentera encore. Cela entraînera des appels à Washington pour qu’il soit mis fin aux relations diplomatiques avec les talibans et que les effectifs soient augmentés.

Si le président Biden résiste à ces appels et cherche plutôt à quitter l’Afghanistan, alors toute date qu’il choisira sera qualifiée « d’arbitraire » puisque la date limite de mai sera dépassée. Cela conduira très probablement à un doublement de l’effort anti-insurrectionnel des vingt dernières années.

Les partenaires de l’OTAN pourraient également faire pression sur Biden pour rester en Afghanistan. La mission de l’OTAN en Afghanistan connue sous le nom de « Resolute Support » était destinée à être une mission de formation et cela reste largement le cas pour des pays comme l’Allemagne et l’Italie.

Mais la majorité des missions de combat sont dirigées par les États-Unis et le Pentagone fournit deux fois plus de troupes que le deuxième plus grand contributeur de l’OTAN, l’Allemagne. Les États-Unis ont été responsables de 67 % de tous les décès de la coalition pendant la guerre en Afghanistan, le Royaume-Uni et le Canada représentant la majorité du reste.

La mission de l’OTAN en Afghanistan reste une guerre menée par les États-Unis et il est donc raisonnable que le président Biden cherche une issue favorable aux intérêts américains. Néanmoins, il est crucial que Washington fournisse à ses partenaires qui ont soutenu Washington en Afghanistan le temps nécessaire pour retirer leurs propres troupes restantes. C’est pourquoi l’administration Biden devrait faire savoir clairement à l’OTAN, le plus tôt possible, qu’elle quitte l’Afghanistan.

Les révisions de politique sont importantes, mais le monde ne s’arrête pas de tourner quand elles se produisent, pas plus que les conséquences sur leurs coûts. Une action diplomatique régionale visant à pousser les talibans vers un cessez-le-feu et Kaboul vers un gouvernement intérimaire semble être en cours.

L’administration Biden devrait participer à de telles initiatives. Mais elle ne devrait pas utiliser les troupes américaines comme une source de pression coercitive dans les efforts diplomatiques car cela va finalement à l’encontre des objectifs de la diplomatie. Il est temps de ramener les troupes américaines au pays avant qu’il ne soit trop tard.

Source : Responsible Statecraft, Adam Weinstein, 19-02-2021

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RGT // 20.03.2021 à 10h04

Par contre, les USA tiennent fermement à « leur » TAPI (juste pour emmerder les russes) et comme lors de leur décision de soutenir les talibans la première fois ils se foutent totalement du bien-être de la population et particulièrement du sort des femmes, même en 79 quand ils ont lâché les salafistes pour torpiller le gouvernement communiste qui était pour eux une hérésie.

Tout ces morts pour rien, avec pour les « élites » US l’espoir de pouvoir (éventuellement) accroître leurs profits.

D’un autre côté, le lobby militaro-industriel doit faire la gueule, mais avec cependant une porte de sortie car le bordel qui s’installera en Afghanistan lui permettra d’exporter à tout va vers les voisins de l’Afghanistan qui ne souhaitent surtout pas que le bordel s’installe aussi chez eux.

La guerre n’a jamais eu pour finalité d’améliorer le sort des populations.
Son seul objectif est de permettre un accroissement des profits des « élites » du pays qui, directement ou de manière sournoise, déclenche cette guerre au détriment des « moins que rien » qui se font ensuite massacrer sans entrave.

Depuis toujours je propose que les initiateurs et les profiteurs des conflits soient enfermés dans une arène et qu’ils se massacrent jusqu’au dernier sans qu’il n’y ait la moindre « victime collatérale ».
Ce serait un bienfait pour l’humanité.

8 réactions et commentaires

  • Jean-Do // 20.03.2021 à 08h14

    Le film « Sur le chemin de la guerre » (2002) est éclairant sur la façon dont s’enchaînent les décisions pour conduire inéluctablement vers toujours plus de soldats, de bombardements, de morts dès l’instant où est prise la décision d’imposer une solution à des gens qui pensent en termes d’indépendance nationale et ne vous ont rien demandé.

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    • RGT // 20.03.2021 à 10h04

      Par contre, les USA tiennent fermement à « leur » TAPI (juste pour emmerder les russes) et comme lors de leur décision de soutenir les talibans la première fois ils se foutent totalement du bien-être de la population et particulièrement du sort des femmes, même en 79 quand ils ont lâché les salafistes pour torpiller le gouvernement communiste qui était pour eux une hérésie.

      Tout ces morts pour rien, avec pour les « élites » US l’espoir de pouvoir (éventuellement) accroître leurs profits.

      D’un autre côté, le lobby militaro-industriel doit faire la gueule, mais avec cependant une porte de sortie car le bordel qui s’installera en Afghanistan lui permettra d’exporter à tout va vers les voisins de l’Afghanistan qui ne souhaitent surtout pas que le bordel s’installe aussi chez eux.

      La guerre n’a jamais eu pour finalité d’améliorer le sort des populations.
      Son seul objectif est de permettre un accroissement des profits des « élites » du pays qui, directement ou de manière sournoise, déclenche cette guerre au détriment des « moins que rien » qui se font ensuite massacrer sans entrave.

      Depuis toujours je propose que les initiateurs et les profiteurs des conflits soient enfermés dans une arène et qu’ils se massacrent jusqu’au dernier sans qu’il n’y ait la moindre « victime collatérale ».
      Ce serait un bienfait pour l’humanité.

        +7

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      • eugenieGrandet // 23.03.2021 à 14h16

        tiens un croupier coller avec votre commentaire sur le Tapi d’il y a 15 jours.
        Noter que le Tapi n’a rien à voir avec les russes (vous vous répétez dans l’erreur). Ça a voir avec les chinois.

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        • EugenieGrandet // 23.03.2021 à 14h22

          copier coller
          (pour remplir sinon commentaire refusé : la russie n’achète plus de gaz turkmène depuis 2009 car elle n’en a pas besoin. Le gaz turkmène part en Chine. il y avvit un peu de volumes vers l’iran mais ça s’est tari).

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  • Darras // 20.03.2021 à 10h47

    Si les USA partent d’afga sans accords sérieux avec les Talibans, c’est tout le contrôle du Heartland qui leur échappe. Ils ont déjà été sorti du Turkménistan et de l’Ouzbkistan, Leur présence là est l’épine centrale dans le projet eurasiatique sino-irano-russe.
    Le ventre mou birman refusant de tomber, si l’afga est récupéré dans ce projet, le bloc ainsi constitué sera un morceau intégré bcp trop gros pour les visées hégémoniques US. A choisir entre ces deux axes de développement, il n’est pas sûr que la cohésion européenne ne finisse pas par se fracturer. Et ce n’est pas le glacis de l’initiative des deux mers qui y changera grand chose.
    Quelque soit le coût, les USA garderont, je crois, le contrôle de l’Afghanistan.

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  • Paul // 20.03.2021 à 12h25

    ah ah, Biden , celui qui va combattre le mal
    jamais ils ne quitteront la région et Biden est aussi là pour ça

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  • Christian Gedeon // 21.03.2021 à 19h31

    Ne partiront pas. Pas plus que d’Irak ou de Syrie ou de Jordanie ou du Qatar ou du ou du. Non mais faut redescendre sur terre là. Être juste un peu réaliste. Et que dire du Japon ou de la Corée du Sud? Ceux qui rêvent d’un repli général usien sont azimutés. Et un repli au profit de qui s’il vous plaît? Mais regardez donc ce qui se passe en Lybie que diable. Après le massacre, les petits arrangements entre chefs de guerre locaux, entre Russie et Turquie et j’en passe. Et ce n’est qu’un début.

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  • Christian Gedeon // 22.03.2021 à 19h57

    Derniers messages d’Afghanistan. Le président afghan: si tu essayes de partir, je déclenche une guerre totale. Les talibans: si tu ne pars pas, je déclenche une guerre totale. Les russes: tu pars, tu pars pas, tu es niqué quand même. Les chinois: tu pars, tu pars pas on récupère les matières premières. Qui c’est qui rigole? Les mânes de Oussama Ben Laden. Moralité : quand tu tu mets dans la merde tu pues.

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