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13.juillet.202113.7.2021
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BCE, Sommet UE-Russie et Endettement : Dernières nouvelles de Bruxelles – par Eric Juillot

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La Suisse dit adieu à l’UE

C’est officiel : les autorités suisses ont soudain mis un terme, le 26 mai dernier, aux négociations engagées 7 ans plus tôt pour renforcer les liens économiques entre leur pays et l’UE. « Les conditions nécessaires à la conclusion de l’accord ne sont pas réunies » a fait sèchement savoir le Conseil fédéral de la Confédération helvétique. En effet, les conditions proposées à Berne étaient loin de pouvoir convaincre les Suisses de rejoindre à leur tour le grand « rêve européen ».

Qu’on y songe : l’accord prévoyait l’alignement « dynamique » des normes en vigueur des deux côtés, plutôt que leurs renégociations régulières, soumises à une démocratie suisse beaucoup trop directe aux yeux de Bruxelles. Il encadrait également les aides d’État conformément au droit européen, ce à quoi Berne s’opposait, soucieuse de l’intérêt de son pays et de sa population, contrairement aux usages européistes. Enfin, il remettait en cause le poids des partenaires sociaux dans la politique salariale.

Sans grande hésitation, les Suisses ont donc décidé de tourner définitivement le dos à Bruxelles. Il existe donc encore sur le continent, en 2021, des nations conscientes qu’un avenir est possible en dehors de l’UE ; un signe d’espoir pour les peuples face aux technocraties aveuglées par le « sens de l’Histoire ».

Souveraineté populaire ou juridisme bruxellois ?

La Commission européenne n’est pas parvenue à digérer le crime de lèse-majesté perpétré contre l’UE en mai 2020 par la Cour constitutionnelle allemande. Celle-ci s’était permis d’exiger de la BCE qu’elle démontre la conformité à son mandat des rachats massifs de dette publique auxquels elle procède, refusant d’entériner passivement l’avis positif de la cour de justice de l’UE rendu fin 2018 à ce sujet. Un an après cette manifestation audacieuse d’indépendance nationale, la Commission décide de sévir en intentant une procédure d’infraction contre l’Allemagne, accusée d’avoir créé un « grave précédent » susceptible de porter atteinte à la primauté du droit européen sur les droits nationaux.

Il s’agit là d’un sujet crucial, car c’est par le droit communautaire, par son inflation perpétuelle et par sa primauté inscrite dans les traités, que les institutions bruxelloises grignotent inexorablement et en catimini la souveraineté des peuples du continent, réduisant chaque année un peu plus le champ des questions dont les citoyens peuvent s’emparer à l’intérieur de chaque État. Ce n’est pas un hasard si la première loi d’importance votée par les députés britanniques pour mettre en œuvre le Brexit avait été celle de septembre 2017 qui a mis fin à la primauté du droit communautaire. La portée symbolique et pratique de cette loi n’échappa alors à personne…

Il existe donc en Europe des États attachés au maintien sur leur sol d’une démocratie qui ne serait pas tronquée par le projet européen. Ce que la Commission européenne ne peut plus faire avec Londres, elle s’emploie à le faire avec Berlin, consciente que c’est à terme la viabilité du projet européen qui est jeu.

Laisser l’Allemagne se comporter ponctuellement comme si son droit l’emportait sur celui de l’UE revient à accepter l’ouverture d’une brèche destructrice dans l’édifice communautaire. La Commission réagit à ce danger par les moyens juridiques dont elle dispose. Il est peu probable cependant que le conflit s’envenime, car aucune des deux parties n’a à gagner à une montée aux extrêmes : si cette crise était portée à la connaissance du grand public, la dimension spoliatrice du projet européen éclaterait au grand jour, ce qui mettrait la Commission dans une fâcheuse posture.

Parallèlement, l’Allemagne devrait assumer ouvertement une politique nuisible à un projet dont elle est la principale bénéficiaire. Autant dire que le conflit à toutes les chances de s’enliser dans une procédure technique et interminable, repoussant aux calendes grecques un éventuel moment de vérité dont le continent aurait pourtant grand besoin.

Désunion européenne

Souhaitaient-elles apporter une nouvelle preuve de l’inconsistance géopolitique de l’UE ? La question se pose, étrangement, après la proposition formulée par l’Allemagne et par la France d’un sommet UE-Russie destiné à ouvrir le dialogue entre les deux parties, dans l’espoir d’aplanir les différends qui opposent à la Russie certains autres États européens. S’il est un domaine tout à fait hors de portée de l’UE pourtant, c’est bien la haute géopolitique.

Les représentations politiques, les cultures nationales, les héritages historiques et mémoriels, la configuration territoriale… Tous ces éléments déterminants, très divers à l’échelle du continent, se combinent en autant de formules qu’il existe de nations en Europe. En conséquence, comment l’idée d’une unité à 27 sur les questions géopolitiques d’importance pourrait-elle relever d’autre chose que d’un pur fantasme ?

La réponse de certains États à la proposition franco-allemande ne s’est donc pas fait attendre : c’est non, catégoriquement.

L’ingénuité de Paris et de Berlin dans cette affaire ne manque pas d’interroger. De toute évidence, les deux capitales ont pensé que l’affichage de leur unité entraînerait pour ainsi dire naturellement l’unité de l’UE. Elles démontrent ainsi non seulement leur arrogance vis-à-vis des États membres de moindre poids géopolitique, mais aussi une méconnaissance surprenante du rapport spécifique à la Russie de certains États.

Autant dire que cette proposition, concertée et validée par les deux gouvernements, procède d’un amateurisme consternant qui révèle leur faiblesse tactique et leur inculture stratégique.

Une nouvelle victoire pour « l’Europe » : l’endettement

La Commission européenne s’est flattée ces derniers jours d’être parvenue à s’endetter en son nom pour la première fois dans son histoire. Conformément aux dispositions contenues dans l’accord de juillet 2020 à propos du « plan de relance » européen, elle a procédé à un 1er emprunt destiné à financer ledit plan.

Présenté comme une preuve de l’unité des 27 face à la crise sanitaire, l’endettement de l’UE en son nom parachève en fait le triomphe du capitalisme financier en Europe. Après avoir été le vecteur premier de sa diffusion dans les années 1980-1990, après avoir placé hors de la délibération populaire – dans son droit et dans ses traités – ses principes constitutifs, l’UE finissante conforte les structures de ce capitalisme inégalitaire et régressif en offrant à la haute finance transnationale une nouvelle rente illégitime, complément du gigantesque marché étatique de la dette publique qui en constitue par ailleurs le socle.

À ce fâcheux symbole s’ajoute prosaïquement le fait que les conditions d’emprunt faites à la Commission par les investisseurs institutionnels sont sans intérêt pour la France : la Commission a emprunté à un taux de 0,1 %, faible dans l’absolu, mais désavantageux pour notre pays, habitué depuis quelque temps à des taux négatifs sur ses emprunts à dix ans.

Si l’on se rappelle, par ailleurs, que la France devra rembourser, dans le cadre de ce plan, un montant très supérieur aux 40 milliards d’euros qui lui échoient ; si l’on se rappelle, enfin, que ce prétendu plan de « relance » a pour principal objectif le maintien artificiel dans l’euro des pays du sud européen, il faut convenir que l’européisme échevelé de nos dirigeants a débouché une fois de plus sur des choix politiques aberrants.

Formidable UE ?

Un communiqué de la Commission européenne a récemment permis d’illustrer l’indécence bruxelloise : « Budget de l’UE 2020 : le rapport sur la performance souligne que l’UE a apporté une réponse rapide et globale à la crise du coronavirus, tout en soutenant ses priorités essentielles. »

Mais la Commission européenne semble loin d’être passée maître en matière de fabrication du consentement, puisque la confiance des citoyens européens dans leurs institutions est de plus en plus faible. Le European Council on Foreign Relations déplore par exemple, au terme d’une vaste enquête, que « la confiance dans l’UE s’est effondrée pendant la pandémie de Covid-19 — et que dans des pays comme l’Allemagne, la France, l’Espagne et l’Italie, une majorité de citoyens considèrent désormais le projet européen comme brisé ».

Les communicants de Bruxelles ont donc encore beaucoup de travail avant que l’opinion soit persuadée que l’Union est à la hauteur de ses promesses…

Source : Eric Juillot – ELM

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Commentaire recommandé

LibEgaFra // 13.07.2021 à 08h08

« l’accord prévoyait l’alignement « dynamique » des normes en vigueur des deux côtés, »

Le jour où l’empire unioniste européen s’alignera sur les normes de démocratie directe de la Suisse les poules auront des dents. L’alignement est à sens unique d’où enfin la compréhension des Suisses (au bout de 7 ans!) et leur retrait.

L’ue est une dictature oligarchique et ploutocratique. On le constate chaque jour davantage.

13 réactions et commentaires

  • LibEgaFra // 13.07.2021 à 08h08

    « l’accord prévoyait l’alignement « dynamique » des normes en vigueur des deux côtés, »

    Le jour où l’empire unioniste européen s’alignera sur les normes de démocratie directe de la Suisse les poules auront des dents. L’alignement est à sens unique d’où enfin la compréhension des Suisses (au bout de 7 ans!) et leur retrait.

    L’ue est une dictature oligarchique et ploutocratique. On le constate chaque jour davantage.

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  • LibEgaFra // 13.07.2021 à 08h27

    Je rappellerai sans cesse que le projet de création d’un empire européen a été formulé par Nietzsche dans ce qu’il appelait sa « grande politique ». Nietzsche par ailleurs grand admirateur de Napoléon (entre autres Alcibiade, Alexandre le Grand, Jules César, Mahomet, César Borgia et la société indienne des castes).

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    • Paul // 13.07.2021 à 08h46

      et on peut y rajouter les na s is
      « la domination allemande s’étend de la norvege a la méditerrannée et de la Bretagne à la Volga, c’est à dire presque toute l’europe où les na s is ont mis en place leur « ordre nouveau » fondé sur la terreur policière , le pillage économique, l’exploitation de la main d’oeuvre… »
      hier soir , j’ai presque entendu une « travail/famille »

      ça et la couverture du monde en rouge en début de mandat …

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  • Paul // 13.07.2021 à 08h34

    « Les communicants de Bruxelles ont donc encore beaucoup de travail avant que l’opinion soit persuadée que l’Union est à la hauteur de ses promesses… »

    y aurait quand même parfois de rigoler, si tous ces endettement n’étaient pas des asservissements. (et maintenant pour vérouiller les candidats au brexit)Paul

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  • moshedayan // 13.07.2021 à 10h49

    Il y a une chose que nos ploutocrates slovaques corrompus par Soros et les « germaniques de Bruxelles » ont choisi c’est l’asservissement (les Lituaniens en voit déjà le prix avec une vaguelette de migrants d’Afrique et du Moyen-Orient Irak, Pakistan, Afghanistan passant par la Biélorussie ! les relations garde-frontières étant rompues avec Minsk…!!!)… alors qu’il y aurait aussi un Axe de développement Suisse-Autriche et Slovaquie neutre, sans hystérie idéologique dont la russophobie… mais ça ils n’ont pas l’intention de le voir, peu importe leur pays, ils sont déjà « bien gras » et dans le mondialisme « openworld » petit et gros valets… comme dans une pièce de théâtre….

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  • Jean-Do // 13.07.2021 à 17h04

    Un point de détail – par rapport à cet article magistral – pour préciser @Savonarole que les Suisses devront faire une « votation » sur l’acceptation ou pas de ces avions « à peine volants » que sont les F-35 sélectionnés par une armée aux ordres. De qui, d’ailleurs ? Tout n’est donc pas joué. Les Allemands, un peu plus gros donc indépendants, ont choisi d’acheter la moitié de leurs avions dans une gamme utile chez Boeing. Les autres pays de l’UE ont choisi ces avions aussi invisibles qu’inutiles sauf pour une « 1e frappe » sur la Russie, « rêve humide » des généraux US et autres néo-libéraux. Voilà qui en dit long sur l’indépendance de l’UE et sa réelle volonté de paix.

    On s’éloigne chaque jour un peu plus et un peu plus vite de cette Europe fantasmatique que nos dirigeants nous ont vendu en échange de notre soumission à leur politique insensée. Il est grand temps d’arrêter, comme viennent de le faire les Suisses et les Britanniques. Qui sera le prochain peuple ? Probablement celui d’un des pays du Sud de l’Europe asphyxié par la politique monétaire germano-européenne. Au Nord, ils sont trop heureux de profiter de l’exploitation des autres tout en les injuriant et en France, aucun parti sérieux ne porte cette revendication.

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    • Jean-Do // 13.07.2021 à 17h05

      Même le FN a tourné casaque, bizarrement. Ils allaient évidemment se rallier aux néo-libéraux dès leur arrivée au pouvoir, suivant l’exemple de Pinochet, pionnier du genre, mais qu’ils l’annoncent à leur électorat ne me semble explicable que par une Marine prête à tout pour quelques strapontins gouvernementaux chez Macron & C°. Elle doit avoir calculé que son parti est arrivé à son étiage et n’a que peu à craindre à son (encore plus) extrême-droite. Ou est-ce le produit d’une vendetta intra-familiale ?

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    • LibEgaFra // 13.07.2021 à 20h53

       » les Suisses devront faire une « votation » sur l’acceptation ou pas de ces avions « à peine volants » que sont les F-35 sélectionnés par une armée aux ordres. »

      Pour pouvoir voter sur ce sujet, il faudra d’abord réunir des signatures. Un premier vote portant sur le principe de l’achat d’un nouvel avion a été perdu de justesse.

      https://www.lacote.ch/dossiers/votations-federales-du-27-septembre-2020/articles/votations-federales-la-suisse-accepte-les-avions-et-rejette-de-justesse-la-revision-de-la-loi-sur-la-chasse-983281

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  • Dominique 65 // 13.07.2021 à 17h30

    Dans les acheteurs des F35, il y a des pays faisant partie de l’UE et d’autres non. Aucun rapport entre le fait d’être dans l’UE et l’obligation d’acheter ces avions. Par contre, le parallèle avec Alstom est bien vu. On peut supposer un chantage, vaissemblablement en rapport avec les banques pour imposer leurs appareils volant… quelquefois

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  • LibEgaFra // 13.07.2021 à 20h45

    Cela fait longtemps que le gouvernement suisse a baissé la culotte vis-à-vis des yankees.

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  • RGT // 14.07.2021 à 09h24

    Finalement, le seul pays « à peu près » démocratique d’€urope a fait un bras d’honneur à la Kommission au grand dam de ladite kommission et des banques de ce pays qui n’oublions pas tentent depuis de très nombreuses années de faire entrer ce pays sur la « voie du Progrès ».

    Quant aux « ennemis » de la Russie, en dehors des polonais et des lituaniens qui ont tenté sans succès d’envahir la Russie pour l’asservir pendant 8 siècles (en se prenant à chaque tentative une déculottée mémorable) les populations des autres anciens pays satellites de l’URSS sont bien plus méfiants vis à vis de l’UE qu’ils ne l’étaient contre l’URSS.
    N’oublions pas qu’ils ont été envahis par les nazis (ou que des pros-nazis ont pris le pouvoir dans ces pays) et que ce sont les russes qui les ont libérés de cette chienlit.

    Et qu’ils constatent le retour des « traditions des heures les plus sombres de notre histoire » sous la tutelle de Bruxelles, ce qui ne manque pas de les « énerver »…
    Même certains polonais, malgré leur haine séculaire de leurs voisins (haine héritée bien sûr de leurs « élites ») commencent à ouvrir les yeux sur la réalité de la situation.

    N’oublions pas que dans les « démocrassies » (en dehors de la Suisse) ce ne sont pas les peuples qui prennent en main leur destin mais que ce sont « leurs élites » et « leurs représentants » qui font la fête du slip pendant que les populations rament.

    Vieille tradition qui remonte au monde antique « hautement civilisé » (pour lesdites « élites ») dans lesquelles les « moins que rien » étaient soient des esclaves, soit devaient fermer leurs gueules.

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  • clauzip12 // 16.07.2021 à 23h33

    le refus d’intégration émis par la Suisse ne sera pas digéré aussi vite par les élites Bruxelloises.
    Je pense et crois que des lors,ce pays,va devenir un « ennemi »politique.
    Certes ,il n’y aura pas d’invasion militaire.
    Il y a d’autres façons de faire la guerre.
    Ainsi ,je redoute que dans les prochaines année des troubles sociaux divers,des mouvement et directives bruxelloises relatives à la finance et gênant particulièrement Berne.
    Cette stratégie est mise en œuvre depuis 1945 contre tous les pays qui ne se soumettent pas à l’Occident dont le petit bras pour notre continent est l’UE!

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  • 1Direct // 20.07.2021 à 23h46

    « … mai 2020 par la Cour constitutionnelle allemande. Celle-ci s’était permis d’exiger de la BCE qu’elle démontre la conformité à son mandat … »
    De mémoire ce n’est pas la première fois que les institutions allemandes font un « affront » à l’union européenne.
    L’une des précédentes a été lorsqu’ils ont déclaré qu’il n’y a pas de peuple européen car, en résumé, il n’y a pas de pays U.E..
    Toujours de mémoire. A ma connaissance, et sauf si il y a eu changement entre temps, l’Allemagne est la seule à NE PAS AVOIR CHANGÉ SA CONSTITUTION !
    En clair cela signifie que les lois allemandes sont toujours AU DESSUS DÈS TEXTES DE L’U.E.
    Mais ça il ne faut pas le dire.

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