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10.octobre.202010.10.2020 // Les Crises

De Wolfowitz à Malpass : les hommes du président des États-Unis à la tête de la Banque mondiale – par Eric Toussaint

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Source : cadtm – Eric Toussaint

Extrait d’une série d’articles d’Éric Toussaint qui retrace l’évolution de la Banque Mondiale et du FMI depuis leur création en 1944. Ces articles sont tirés du livre Banque mondiale : le coup d’État permanent, publié en 2006, aujourd’hui épuisé et disponible gratuitement en pdf.

Sommaire

1/ Paul Wolfowitz (2005-2007)
2/ L’offensive de Washington à l’égard des organisations multilatérales
3/ La démission précipitée de Paul Wolfowitz
4/ Robert Zoellick, le 11e président de la Banque mondiale (2007-2012)
5/ Jim Yong Kim, également américain, 12e président de la Banque mondiale (2012-2019)
6/ David Malpass, encore un ex-banquier et un homme de droite, 13e président de la Banque mondiale
7/ La conquête de la BID par Donald Trump
8/ Remplacer la Banque mondiale, le FMI et la BID

Paul Wolfowitz (2005-2007)

La décision du président George W. Bush de nommer à la présidence de la Banque mondiale Paul Wolfowitz, sous-secrétaire d’État à la Défense et un des principaux architectes de l’invasion de l’Afghanistan en 2001 et de l’Iraq en 2003, a fait couler beaucoup d’encre en mars 2005.

Avant cette décision, certains médias, tel que le quotidien financier britannique Financial Times, avaient mené campagne pour que le dixième président de la Banque soit choisi pour ses compétences en matière de développement, de préférence parmi des citoyens du Sud. Le Financial Times avançait la candidature de Ernesto Zedillo qui a présidé le Mexique à la fin de années 1990. Le choix sans appel de George W. Bush en faveur de Paul Wolfowitz indique clairement qui dirige la Banque mondiale. Les 24 gouverneurs de la Banque ont entériné cette décision.

Mais qui est Paul Wolfowitz ? Il est un pur produit de l’appareil d’État des États-Unis. Il ajoute à une très longue expérience dans les sphères du pouvoir une courte carrière universitaire. Diplômé en mathématiques, il travaille, dès l’âge de 23 ans, pour le gouvernement au bureau du budget (1966-1967).

En 1969, il travaille pour une commission du Congrès avec l’objectif de convaincre le Sénat de la nécessité de doter les États-Unis d’un parapluie anti-missile face aux Soviétiques. Il y réussit. Dès ce moment, Paul Wolfowitz s’engage à fond dans les questions de stratégie militaire.

Un fil rouge dans sa réflexion stratégique : identifier des adversaires (URSS, Chine, Irak…) et démontrer qu’ils sont plus dangereux que ce que l’on imagine afin de justifier un effort supplémentaire de défense (augmentation du budget, fabrication de nouvelles armes, déploiement plus important de troupes à l’étranger) allant jusqu’au déclenchement d’attaques ou de guerres préventives. Des guerres lancées pour contrer des menaces potentielles et non pas pour répondre à des attaques avérées et réelles.

Il enseigne deux ans à l’université de Yale et obtient le titre de docteur en sciences politiques à l’université de Chicago en 1972, un des centres intellectuels de la réaction conservatrice [1]. Ensuite, durant quatre ans, il travaille à l’agence du contrôle des armes et du désarmement (1973-1977) en relation directe avec Bush père qui, à ce moment-là, dirige la CIA. Puis il entre directement au Pentagone en 1977 et y reste jusqu’en 1980 au service du président démocrate Jimmy Carter. Il monte un dossier pour démontrer que les Soviétiques se dotent d’armes nucléaires nouvelles.

Par la suite, il s’avère que les armes nouvelles supposées aux mains des Soviétiques sont largement des affabulations. Alors qu’il a travaillé pour un président démocrate, après avoir accompli un an de purgatoire comme professeur à l’Université John Hopkins, il réussit la gageure d’entrer au service du président Ronald Reagan en 1981. Il devient directeur du département de la planification au Département d’État. De 1983 à 1986, il dirige le secteur Asie de l’Est et Pacifique du département d’État sous Reagan. De 1986 à 1989, il est ambassadeur des États-Unis en Indonésie.

De 1989 à 1993, il dirige la stratégie du secrétaire d’État à la Défense, Dick Cheney, dans l’administration de Bush père (1re guerre du Golfe) pour devenir, après les deux mandats de Clinton, le sous-secrétaire d’État à la Défense partageant avec Donald Rumsfeld la direction des guerres contre l’Afghanistan et l’Irak. Entre temps, pendant la présidence de William Clinton, de 1993 à 2001, il reprend une carrière universitaire en tant que doyen de la Paul Nitze School of Advanced International Studies (750 étudiants), partie prenante de l’Université John Hopkins.

Il fait merveille en récoltant 75 millions de dollars pour financer la Paul Nitze School et travaille comme consultant d’une des principales firmes militaires au niveau mondial, la Northrop Grumman. En 1997, il participe à la fondation d’un groupe de pression néoconservateur appelé PNAC (Projet pour un nouveau siècle américain – Projet for a New American Century). En font également partie Donald Rumsfeld (secrétaire d’État à la Défense en 2001), Dick Cheney (patron d’Halliburton à cette époque puis vice-président des États-Unis en 2001 ), Jeb Bush (frère de George W. Bush), Richard Perle, Robert Kagan. Dès 1998, le PNAC mène campagne pour que William Clinton lance une attaque préventive contre l’Irak et contre les États potentiellement agresseurs.

Pendant la période 1983-1989, où Paul Wolfowitz est engagé dans la politique des États-Unis en Asie de l’Est, il soutient activement les régimes dictatoriaux. En effet, contrairement à l’image qu’il souhaite donner, Paul Wolfowitz a soutenu les dictatures militaires de Ferdinand Marcos aux Philippines, de Chun Doo Hwan en Corée du Sud et de Suharto en Indonésie.

Au début des années 1980, il a essayé de sauver la mise à Ferdinand Marcos en le convainquant de réaliser certaines réformes démocratiques. À cette époque, aux Philippines, la combinaison entre une puissante guérilla révolutionnaire et une forte opposition bourgeoise anti-dictatoriale (dirigée par Aquino) risquait d’entraîner une nouvelle défaite des États-Unis à l’image de ce qui s’était passé en 1979 au Nicaragua, lorsque les révolutionnaires sandinistes avaient fait front avec l’opposition bourgeoise dirigée par Violetta Chamorro. Ce n’est pas Paul Wolfowitz qui a fait partir Ferdinand Marcos, c’est la mobilisation populaire qui l’a chassé en 1986, les États-Unis assurant la fuite du dictateur vers Hawaï (50e État des États-Unis) [2].

En ce qui concerne la Corée du Sud, Paul Wolfowitz prétend qu’il a réussi à convaincre le dictateur Chun Doo Hwan (responsable de massacres pendant la rébellion de 1980) de se retirer en 1987. En réalité, ce sont les millions d’étudiants, d’ouvriers et de citoyens qui, par leur mobilisation, ont forcé le dictateur à quitter le pouvoir.

En Indonésie où les mobilisations anti-dictatoriales étaient moins puissantes (et pour cause, Suharto pour prendre le pouvoir en 1965 avait organisé le massacre de 500 000 civils), les États-Unis ont soutenu le dictateur jusqu’au début 1998. Paul Wolfowitz qui, rappelons-le, a été ambassadeur à Djakarta de 1986 à 1989, déclarait encore en mai 1997 au Congrès que : « Tout jugement équilibré concernant la situation de l’Indonésie aujourd’hui y compris le sujet très important et sensible des droits humains doit prendre en compte les progrès importants déjà accomplis par l’Indonésie et il convient de reconnaître que beaucoup de ces progrès sont à mettre au compte du leadership à la fois fort et remarquable du président Suharto » [3].

Le passé récent de Paul Wolfowitz est mieux connu : il est un des concepteurs de la stratégie de guerre « préventive » mise en application en Afghanistan et en Irak à partir d’octobre 2001. Paul Wolfowitz est un des principaux créateurs des mensonges concernant le danger constitué par Saddam Hussein pour la communauté internationale.

Il est un des inventeurs de l’existence d’armes de destruction massive et du supposé soutien de Saddam Hussein à Al Qaida et au terrorisme international en général. Au début de la guerre, Paul Wolfowitz avait affirmé que les soldats états-uniens seraient toujours considérés comme des libérateurs de l’Irak et choyés comme tels par les Irakiens. Il affirmait que l’Irak paierait lui-même le coût de sa libération grâce au pétrole. Donald Rumfeld, Paul Wolfowitz, George W. Bush et Dick Cheney ont utilisé et utilisent l’occupation et la « reconstruction » de l’Iraq au profit des transnationales états-uniennes. Le risque est donc grand que Paul Wolfowitz utilise l’aide « liée » de la Banque mondiale aux mêmes fins.

L’offensive de Washington à l’égard des organisations multilatérales

La désignation de Paul Wolfowitz est à mettre en relation avec l’offensive des États-Unis à l’égard de plusieurs institutions multilatérales.

Acte 1 : le 18 janvier 2005, Kofi Annan, secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (ONU), décide de nommer Ann Veneman, ministre de l’Agriculture de l’Administration Bush, au poste de Directrice exécutive de l’UNICEF. Or les États-Unis et la Somalie sont les deux seuls pays qui ont refusé de ratifié la Convention des Nations unies sur les Droits de l’Enfant (189 pays l’ont ratifiée). On imagine les pressions auxquelles Kofi Annan a été soumis de la part de Washington pour adopter une telle décision.

Acte 2 : le 7 mars 2005, George W. Bush choisit John Bolton comme ambassadeur auprès des Nations unies. Cet ultraconservateur éprouve une haine réelle envers l’ONU, n’hésitant pas à déclarer : « L’immeuble du secrétariat de l’ONU à New York compte 38 étages. S’il y en avait 10 de moins, ça ne ferait pas une grosse différence. ». Il a tenté de faire virer Mohamed El Baradei qui dirigeait l’institution des Nations unies chargée du suivi du programme de désarmement de l’Iraq juste avant la guerre de 2003. C’est lui qui a obtenu que les États-Unis ne ratifient pas la Cour pénale internationale et qui s’est retiré de la conférence des Nations unies sur le racisme, tenue à Durban en août 2001. Pour lui, l’ONU ne doit surtout pas entraver la politique étrangère des États-Unis. Il a même osé déclarer : « Les Nations unies ne peuvent fonctionner que lorsque l’Amérique les dirige ».

Acte 3 : le 10 mars 2005, George W. Bush annonce sa décision de proposer Paul Wolfowitz, comme candidat au poste de président de la Banque mondiale. Le 31 mars, le Conseil des gouverneurs de la BM élit à l’unanimité Paul Wolfowitz à la présidence de la Banque mondiale. George W. Bush a montré ainsi à la communauté internationale et à ses partisans qu’il a la volonté et la capacité d’accroître le leadership direct des États-Unis sur les institutions multilatérales.

D’une certaine manière, la désignation de Paul Wolfowitz ressemble à celle de Robert McNamara en 1968. Robert McNamara, secrétaire d’État à la Défense, avait été retiré de la direction de la guerre du Vietnam au début du marasme. Paul Wolfowitz est retiré de son poste en plein échec de la guerre en Iraq. Paul Wolfowitz, comme Robert McNamara, a l’expérience de direction d’une grande administration : le Pentagone. Il a aussi été, comme Robert McNamara, conseiller de la politique extérieure du président des États-Unis.

La démission précipitée de Paul Wolfowitz

Accusé de népotisme, le président de la Banque mondiale, Paul Wolfowitz, a dû démissionner en 2007. Il avait abusé de son pouvoir comme président de cette institution pour augmenter de 45 % le salaire de sa compagne elle-même fonctionnaire à la Banque mondiale. Le personnel de la Banque ne l’avait pas supporté et avait fait un énorme raffut.

Les déclarations se sont alors multipliées pour réclamer sa démission : l’association du personnel et d’anciens cadres de la Banque mondiale ; un des deux directeurs exécutifs, le Néo-Zélandais Graeme Wheeler ; de hauts responsables du Parti démocrate aux États-Unis comme John Kerry ; le Parlement européen, etc.

Finalement Paul Wolfowitz n’a eu d’autre recours que de démissionner.

Robert Zoellick, le 11e président de la Banque mondiale (2007-2012), un banquier et un représentant de commerce des États-Unis

Alors que plusieurs pays membres de la Banque mondiale affirmaient qu’il était temps de mettre à la tête de l’institution un citoyen ou une citoyenne du Sud, le président des États-Unis a désigné, pour la onzième fois, un citoyen états-unien pour la présider, en la personne de Robert Zoellick.

Robert Zoellick n’avait pourtant aucune qualification en matière de développement. Sous la précédente administration Bush, il avait été le représentant principal des États-Unis au sein de l’OMC et il avait mis en avant systématiquement les intérêts commerciaux de la principale puissance économique mondiale au mépris des intérêts des pays en développement. Lors des préparatifs de la réunion de l’OMC à Doha, en novembre 2001, il avait fait le tour des gouvernements africains afin d’acheter leur vote.

Il s’agissait de faire adopter l’agenda de Doha qui heureusement était toujours en panne à la fin 2007. Par la suite, il s’est spécialisé dans la négociation des traités bilatéraux de libre-échange [4] signés entre les États-Unis et différents PED (Chili, Maroc, Salvador, Guatemala, Honduras, Nicaragua, Costa Rica, République dominicaine, Jordanie, etc.) qui favorisent les intérêts des transnationales nord-américaines et limitent l’exercice de la souveraineté des pays en développement, avant de devenir secrétaire d’État adjoint, auprès de Condoleezza Rice.

À partir de juillet 2006, Robert Zoellick a été vice-président du conseil d’administration de la banque Goldman Sachs, chargé des questions internationales. Il est important de noter que Goldman Sachs est une des principales banques d’affaires de Wall Street, nettement impliquée dans la crise de la dette privée qui a éclaté aux États-Unis en août 2007. Goldman Sachs a également participé très activement à la création d’un montage colossal de dettes privées à partir de la bulle spéculative du secteur immobilier. Robert Zoellick a quitté Wall Street pour prendre la place de Paul Wolfowitz à la présidence de la Banque mondiale en juillet 2007, juste à temps pour ne pas être directement impliqué dans la crise de 2007-2008.

Lors de son mandat, Zoellick a obtenu que la BM prête 3,75 milliards de dollars pour contribuer au financement de la construction de la centrale à charbon de Medupi en Afrique du Sud qui est extrêmement polluante. Outre le caractère anti-écologique du projet, les contrats ont profité à Eskom et Hitachi Power Africa, deux entreprises détenues en tout ou partie par des dirigeants de l’ANC, parti politique au pouvoir, ce qui leur a permis de s’enrichir via la corruption et le détournement de fonds. L’ampleur de la corruption est telle que de nombreuses voix se font entendre pour faire annuler cette dette odieuse [5].

A noter aussi que, un an après la fin de son mandat à la Banque mondiale, Zoellick a repris une fonction dirigeante à la banque Goldman Sachs en 2013.

Jim Yong Kim, également américain, 12e président de la Banque mondiale (2012-2019)

Entre 2012 et 2019, Jim Yong Kim, également américain, a dirigé la Banque mondiale jusqu’à ce qu’il démissionne pour servir dans un fonds d’investissement privé, spécialisé dans le secteur des infrastructures. Le 7 janvier 2019, de manière subite, Jim Yong Kim, président de la Banque mondiale (BM), avait annoncé sa démission. La direction intérimaire a été assurée à partir du 1er février 2019 par Kristalina Georgieva, qui est devenue en octobre 2019 directrice générale du FMI en remplacement de Christine Lagarde, jusqu’à ce que le président américain Donald Trump nomme un de ses hommes de confiance à la tête de la BM.

Pour défendre directement les intérêts de la plus grande puissance politique du monde, en mai 2017, JY Kim a accompagné Ivanka Trump, la fille du président millionnaire misogyne, dans un voyage d’affaires en Arabie Saoudite, alliée historique des États-Unis. Grâce à une promesse de dons au Fonds pour les femmes entrepreneures, cette visite visait à permettre à la monarchie saoudienne, ultra-réactionnaire, de tenter de se forger une image progressiste alors qu’elle piétine en permanence les droits des femmes. En réalité, ce fonds, lancé sous l’égide d’Ivanka Trump, JY Kim et Justin Trudeau, a pour but de participer à l’accumulation de capital au niveau mondial, sous prétexte de faire progresser l’émancipation des femmes.

Contrairement au portrait flatteur peint par certains, JY Kim n’a rien fait pour contribuer à la réforme de la Banque mondiale, qui a toujours défendu les intérêts du capital et des pays les plus riches et les plus puissants (avec les États-Unis, le Canada, l’Europe occidentale et le Japon en tête), au détriment des droits humains et de la préservation de la planète.

Le 7 janvier 2019, de manière subite, Jim Yong Kim, président de la Banque mondiale (BM), a annoncé sa démission. Il a décidé de poursuivre une carrière plus rémunératrice dans le secteur financier privé [6].

David Malpass, encore un ex-banquier et un homme de droite, 13e président de la Banque mondiale (2019)

David Malpass, en avril 2019, est devenu le 13e président de la Banque mondiale. Malpass avait travaillé pour le Trésor américain et les Affaires étrangères pendant les mandats de Ronald Reagan et George H. W. Bush (1989-1993), puis comme économiste en chef pour Bear Stearns, une grande banque d’affaires… jusqu’à sa faillite en 2008 en pleine crise des subprimes ! En août 2007, Malpass a publié un article d’opinion dans le Wall Street Journal, dans lequel il invitait ses lecteurs à ne pas s’inquiéter de l’état des marchés financiers, allant jusqu’à écrire que « les marchés de l’immobilier et de la dette ne représentent pas une part significative de l’économie américaine ou de la création d’emplois » [7]. Il rejoint l’équipe de Donald Trump à partir de mai 2016 où il a occupé le poste de sous-secrétaire du Trésor aux affaires étrangères avant de devenir président de la Banque mondiale.

La conquête de la BID par Donald Trump

En septembre 2020, pour la première fois dans l’histoire de la Banque interaméricaine de développement, Donald Trump a réussi à faire élire un citoyen américain comme président de l’institution. Mauricio Claver-Carone est un avocat et juriste américain. En tant que conseiller du gouvernement de Donald Trump, il a défendu une ligne dure dans la politique internationale des États-Unis, notamment à l’égard de Cuba ou du Venezuela.

Comme l’écrit Ariela Ruiz Caro, « Mauricio Claver-Carone a été élu président de la BID avec le soutien de 30 de ses membres, 16 abstentions et 2 absences, dont celle de la Chine. Selon un communiqué du ministère argentin des affaires étrangères, cinq pays d’Amérique latine se sont abstenus (Argentine, Chili, Mexique, Pérou et Trinidad et Tobago), en plus des pays partenaires membres de l’Union européenne.

Depuis que M. Trump a nommé son actuel conseiller pour la région au Conseil national de sécurité de la Maison Blanche à la mi-juin, d’anciens présidents latino-américains et européens, des diplomates, des personnalités politiques, culturelles et universitaires, ainsi que le grand public, ont dénoncé à plusieurs reprises la nécessité de reporter l’élection parce qu’elle viole le droit international coutumier (résolution 73/203 de l’Assemblée générale des Nations unies du 20 décembre 2018) de désigner un candidat non latino-américain ou caribéen à la présidence. »

Remplacer la Banque mondiale, le FMI et la BID

La Banque mondiale et le FMI doivent être remplacés par d’autres institutions mondiales fonctionnant démocratiquement. La nouvelle Banque mondiale et le nouveau Fonds monétaire international, quel que soit leur nouveau nom, doivent avoir des missions radicalement différentes de celles de leurs prédécesseurs : ils doivent veiller à la satisfaction des traités internationaux sur les droits de l’homme (politiques, civils, sociaux, économiques et culturels) dans le domaine du crédit international et des relations monétaires internationales.

Ces nouvelles institutions mondiales doivent faire partie d’un système institutionnel mondial radicalement réformé, promu par les Nations unies. Il est essentiel et prioritaire que les pays en développement s’unissent pour créer le plus rapidement possible des entités régionales dotées d’une banque commune et d’un fonds monétaire commun.

Si les mouvements populaires accédaient aux gouvernements de plusieurs pays en développement et créaient leur propre banque de développement et leur propre fonds monétaire international, ces pays seraient parfaitement capables de se passer de la Banque mondiale, du FMI, de la BID et des institutions financières privées des pays les plus industrialisés.

Notes

[1] Milton Friedman, un des pontes de l’université de Chicago, et les Chicago boys vont conseiller le dictateur chilien, Augusto Pinochet, après son coup d’État de septembre 1973. Voir Eric Toussaint. 2004. La Finance contre les Peuples. La Bourse ou la Vie. Chapitre 14, Idéologie et politique néolibérales : mise en perspective historique, p. 341- 360.

[2] Voir Walden Bello, US Sponsored Low Intensity Confict in the Philippines, San Francisco, Institute for Food and Development Policy, 1987

[3] Tim Shorrock, Paul Wolfowitz, Reagan’s Man in Indonesia, Is Back at the Pentagon, in Foreign Policy in Focus, février 2001, p. 3

[4] Pour Robert Zoellick, « les ALE sont un moyen d’éliminer complètement les barrières commerciales, marché par marché, et d’accroître les occasions d’affaires pour les États-Unis tout en stimulant la croissance et le développement ». Voir www.er.uqam.ca/nobel/ieim/IMG/pdf/Cahiercont_0403_polcom-US.pdf

[5] Voir Jonathan Cannard, « Cancel Eskom’s odious debt to the World Bank”, Mail & Guardian, 19 août 2019, 2019, https://mg.co.za/article/2019-08-19-00-cancel-eskoms-odious-debt-to-the-world-bank/

[6] La direction intérimaire de la BM a été assurée de février à avril 2019 par l’européenne Kristalina Georgieva jusqu’à ce que le président américain Donald Trump nomme un de ses hommes de confiance à la tête de la BM en la personne de David Malpass. Kristalina Georgieva est devenue en octobre 2019 directrice générale du FMI en remplacement de Christine Lagarde.

[7] « Housing and debt markets are not that big a part of the U.S. economy, or of job creation…the housing- and debt-market corrections will probably add to the length of the U.S. economic expansion. » Cité par Jordan Weissmann, « Trump Taps Bear Stearns Economist Who Said Not to Worry About Credit Crisis for Key Treasury Job » 5 Janvier 2017 https://slate.com/business/2017/01/trump-picks-ex-bear-stearns-economist-for-treasury-position.html consulté le 8 août 2020

Sommaire de la série

      1. L’ABC de la Banque mondiale
      2. L’ABC du Fonds monétaire international (FMI)
      3. Autour de la fondation des institutions de Bretton Woods
      4. La Banque mondiale au service des puissants dans un climat de chasse aux sorcières
      5. Conflits entre l’ONU et le tandem Banque mondiale/FMI des origines aux années 1970
      6. SUNFED versus Banque mondiale
      7. Pourquoi le Plan Marshall ?
      8. Pourquoi l’annulation de la dette allemande de 1953 n’est pas reproductible pour la Grèce et les Pays en développement
      9. Leadership des États-Unis sur la Banque mondiale
      10. Le soutien de la Banque mondiale et du FMI aux dictatures
      11. Banque mondiale et Philippines
      12. Le soutien de la Banque mondiale à la dictature en Turquie (1980-1983)
      13. La Banque mondiale et le FMI en Indonésie : une intervention emblématique
      14. Les mensonges théoriques de la Banque mondiale
      15. La Corée du Sud et le miracle démasqué
      16. Le piège de l’endettement
      17. La Banque mondiale voyait venir la crise de la dette
      18. La crise de la dette mexicaine et la Banque mondiale
      19. Banque mondiale et FMI : huissiers des créanciers
      20. Les présidents Barber Conable et Lewis Preston (1986-1995)
      21. L’opération de séduction de James Wolfensohn (1995-2005)
      22. La Commission Meltzer sur les IFI au Congrès des États-Unis en 2000
      23. Les comptes de la Banque mondiale
      24. De Wolfowitz (2005-2007) à David Malpass (2019-…) : les hommes du président des États-Unis restent à la tête de la Banque mondiale

L’auteur

Docteur en sciences politiques des universités de Liège et de Paris VIII, Eric Toussaint est porte-parole du CADTM international et membre du Conseil scientifique d’ATTAC France.

Il est l’auteur des livres, Capitulation entre adultes : Grèce 2015, une alternative était possible, Syllepse, 2000, Le Système Dette. Histoire des dettes souveraines et de leur répudiation, Les liens qui libèrent, 2017 ; Bancocratie, ADEN, Bruxelles, 2014 ; Procès d’un homme exemplaire, Éditions Al Dante, Marseille, 2013 ; Un coup d’œil dans le rétroviseur. L’idéologie néolibérale des origines jusqu’à aujourd’hui, Le Cerisier, Mons, 2010. Il est coauteur avec Damien Millet des livres AAA, Audit, Annulation, Autre politique, Le Seuil, Paris, 2012 ; La dette ou la vie, Aden/CADTM, Bruxelles, 2011.

Ce dernier livre a reçu le Prix du livre politique octroyé par la Foire du livre politique de Liège. Il a coordonné les travaux de la Commission pour la Vérité sur la dette publique de la Grèce créée le 4 avril 2015 par la présidente du Parlement grec. Cette commission a fonctionné sous les auspices du parlement entre avril et octobre 2015.

Source : cadtm – Eric Toussaint – 14/09/2020

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Commentaire recommandé

RGT // 10.10.2020 à 10h21

le Conseil des gouverneurs de la Banque Mondiale élira toujours à l’unanimité le candidat présenté par le pays qui a les plus gros muscles.

Et les décisions de la Banque Mondiale serviront encore plus les intérêts du plus puissant, entraînant de ce fait une augmentation perpétuelle de sa puissance.

Et comme personne ne s’y oppose, pourquoi les USA se priverait de cet avantage monumental qui leur permet de tordre le bras de tous les autres pays de cette malheureuse planète ?

Quand on est en situation de monopole absolu il serait totalement stupide de ne pas tenter par tous les moyens de préserver cet « avantage acquis ».

Le principal problème vient bel et bien de TOUTES les autres nations dont les dirigeants sont au delà de la servilité et de la pleutrerie et ne tentent même pas de se rebeller contre cet état de fait.

Si TOUS les pays de cette planète criaient « STOP » et s’associaient pour bloquer toutes les actions néfastes de la « plus grande démocrassie du monde connu » sa puissance se dégonflerait comme un ballon de baudruche.

Mais comme lesdits « dirigeants démocratiques » ont des intérêts personnels à se montrer serviles envers leur « suzerain » ils ne bougeront pas un seul cil pour faire changer la donne et se crêperont le chignon pour des motifs futiles afin de faire capoter toute tentative qui pourrait renverser le statu quo actuel.

Finalement, les seuls qui se battent réellement contre « l’empire » sont les russes et les chinois, et comme ils sont ostracisés ils ne le font que pour défendre leur propre intérêt.

Et les « gueux » paient l’addition.
Comme d’habitude bien sûr depuis que l’humanité a accepté de se regrouper sous la bannière de dirigeants « charismatiques » auto-proclamés.

1 réactions et commentaires

  • RGT // 10.10.2020 à 10h21

    le Conseil des gouverneurs de la Banque Mondiale élira toujours à l’unanimité le candidat présenté par le pays qui a les plus gros muscles.

    Et les décisions de la Banque Mondiale serviront encore plus les intérêts du plus puissant, entraînant de ce fait une augmentation perpétuelle de sa puissance.

    Et comme personne ne s’y oppose, pourquoi les USA se priverait de cet avantage monumental qui leur permet de tordre le bras de tous les autres pays de cette malheureuse planète ?

    Quand on est en situation de monopole absolu il serait totalement stupide de ne pas tenter par tous les moyens de préserver cet « avantage acquis ».

    Le principal problème vient bel et bien de TOUTES les autres nations dont les dirigeants sont au delà de la servilité et de la pleutrerie et ne tentent même pas de se rebeller contre cet état de fait.

    Si TOUS les pays de cette planète criaient « STOP » et s’associaient pour bloquer toutes les actions néfastes de la « plus grande démocrassie du monde connu » sa puissance se dégonflerait comme un ballon de baudruche.

    Mais comme lesdits « dirigeants démocratiques » ont des intérêts personnels à se montrer serviles envers leur « suzerain » ils ne bougeront pas un seul cil pour faire changer la donne et se crêperont le chignon pour des motifs futiles afin de faire capoter toute tentative qui pourrait renverser le statu quo actuel.

    Finalement, les seuls qui se battent réellement contre « l’empire » sont les russes et les chinois, et comme ils sont ostracisés ils ne le font que pour défendre leur propre intérêt.

    Et les « gueux » paient l’addition.
    Comme d’habitude bien sûr depuis que l’humanité a accepté de se regrouper sous la bannière de dirigeants « charismatiques » auto-proclamés.

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