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Expansion de l’OTAN : ce que Gorbatchev a entendu

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Des documents déclassifiés montrent des garanties de sécurité contre l’expansion de l’OTAN aux dirigeants soviétiques de Baker, Bush, Genscher, Kohl, Gates, Mitterrand, Thatcher, Hurd, Major et Woerner

Michail Gorbatchev discutant de l’unification allemande avec Hans-Dietrich Genscher et Helmut Kohl en Russie, le 15 juillet 1990. Photo: Bundesbildstelle / Presseund Informationsamt der Bundesregierung.

Source : Dossiers déclassifiés publiés par le National Security Archive, Svetlana Savranskaya & Tom Blanton, 12-12-2017


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Série : « Les dossiers déclassifiés de l’expansion de l’OTAN »

Article 1 : Expansion de l’OTAN : ce que Gorbatchev a entendu

Article 2 : Expansion de l’OTAN : ce que Eltsine a entendu

Article 3 : Expansion de l’OTAN : l’explosion de Budapest en 1994

Voir également notre interview de Roland Dumas confirmant ces faits.

Expansion de l’OTAN : ce que Eltsine a entendu

Washington D.C., le 12 décembre 2017 – La célèbre assurance « pas un pouce vers l’est » (NdT. équivalent à « pas un centimètre vers l’Est« ) du secrétaire d’État américain James Baker concernant l’expansion de l’OTAN lors de sa rencontre avec le dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev le 9 février 1990 faisait partie d’une cascade d’assurances sur la sécurité soviétique données par les dirigeants occidentaux à Gorbatchev et à d’autres responsables soviétiques tout au long du processus d’unification de l’Allemagne en 1990 et jusqu’en 1991, selon des documents déclassifiés américains, soviétiques, allemands, britanniques et français mis en ligne aujourd’hui par les National Security Archive de l’Université George Washington (http://nsarchive.gwu.edu).

Les documents montrent que de nombreux dirigeants nationaux ont envisagé et rejeté l’adhésion de l’Europe centrale et orientale à l’OTAN dès le début de 1990 et tout au long de 1991, que les discussions sur l’OTAN dans le contexte des négociations sur l’unification de l’Allemagne en 1990 ne se limitaient pas du tout au statut du territoire de l’Allemagne de l’Est, et que les plaintes ultérieures des Soviétiques et des Russes, qui se plaignaient d’avoir été trompés sur l’expansion de l’OTAN, étaient fondées sur des mémoires et des téléconsultations écrites contemporaines aux plus hauts niveaux.

Les documents renforcent la critique de l’ancien directeur de la CIA, Robert Gates, selon laquelle « l’expansion de l’OTAN vers l’est [dans les années 1990] a été poursuivie avec insistance, alors que Gorbatchev et d’autres étaient amenés à croire que cela ne se produirait pas » 1Voir Robert Gates, Université de Virginie, Miller Center Oral History, George H.W. Bush Presidency, 24 juillet 2000, p. 101). L’expression clé, étayée par les documents, est « amenés à croire ».

Le président George H.W. Bush avait assuré à Gorbatchev, lors du sommet de Malte en décembre 1989, que les États-Unis ne profiteraient pas (« Je n’ai pas sauté sur le mur de Berlin« ) des révolutions en Europe de l’Est pour nuire aux intérêts soviétiques ; mais ni Bush ni Gorbatchev à ce moment-là (ni d’ailleurs le chancelier ouest-allemand Helmut Kohl) ne s’attendaient à ce que l’effondrement de l’Allemagne de l’Est ou la rapidité de l’unification allemande se produisent si rapidement 2Voir le chapitre 6, Le Sommet de Malte 1989, dans le livre de Svetlana Savranskaya et Thomas Blanton, The Last Superpower Summits (CEU Press, 2016), pp. 481-569. Le commentaire sur le Mur est à la page 538..

Les premières assurances concrètes des dirigeants occidentaux concernant l’OTAN ont commencé le 31 janvier 1990, lorsque le ministre ouest-allemand des Affaires étrangères Hans-Dietrich Genscher a ouvert les hostilités par un grand discours public à Tutzing, en Bavière, sur l’unification allemande. L’ambassade des États-Unis à Bonn (voir document 1) a informé Washington que M. Genscher avait clairement indiqué « que les changements en Europe de l’Est et le processus d’unification de l’Allemagne ne devaient pas conduire à une « atteinte aux intérêts de sécurité soviétiques« . Par conséquent, l’OTAN devrait exclure une « expansion de son territoire vers l’est, c’est-à-dire un rapprochement des frontières soviétiques« . Le câble de Bonn notait également la proposition de Genscher de laisser le territoire est-allemand en dehors des structures militaires de l’OTAN, même dans une Allemagne unifiée au sein de l’OTAN 3Pour l’historique, le contexte et les conséquences du discours de Tutzing, voir Frank Elbe, The Diplomatic Path to Germany Unity, Bulletin de l’Institut historique allemand 46 (printemps 2010), pp. 33-46. Elbe était le chef d’état-major de Genscher à l’époque..

Cette dernière idée d’un statut spécial pour le territoire de la RDA a été codifiée dans le traité final d’unification allemande signé le 12 septembre 1990 par les ministres des Affaires étrangères de Deux-Plus-Quatre (voir document 25). La première idée, celle du « rapprochement des frontières soviétiques », est consignée non pas dans des traités, mais dans de multiples mémorandums de conversation entre les Soviétiques et les interlocuteurs occidentaux du plus haut niveau (Genscher, Kohl, Baker, Gates, Bush, Mitterrand, Thatcher, Major, Woerner et d’autres) offrant des assurances tout au long de 1990 et en 1991 sur la protection des intérêts de sécurité soviétiques et l’inclusion de l’URSS dans les nouvelles structures de sécurité européennes. Les deux questions étaient liées mais pas identiques. Les analyses ultérieures ont parfois fait l’amalgame entre les deux et ont fait valoir que la discussion ne concernait pas toute l’Europe. Les documents publiés ci-dessous montrent clairement que c’était le cas.

La « formule Tutzing » est immédiatement devenue le centre d’une multitude de discussions diplomatiques importantes au cours des dix jours suivants en 1990, menant à la rencontre cruciale du 10 février 1990 à Moscou entre Kohl et Gorbatchev, au cours de laquelle le dirigeant ouest-allemand a obtenu l’assentiment de principe des Soviétiques à l’unification de l’Allemagne au sein de l’OTAN, à condition que celle-ci ne s’étende pas à l’Est. Les Soviétiques auront besoin de beaucoup plus de temps pour travailler avec leur opinion intérieure (et de l’aide financière des Allemands de l’Ouest) avant de signer officiellement l’accord en septembre 1990.

Les conversations qui ont précédé l’assurance de Kohl comportaient des discussions explicites sur l’expansion de l’OTAN, les pays d’Europe centrale et orientale et la manière de convaincre les Soviétiques d’accepter l’unification. Par exemple, le 6 février 1990, lorsque Genscher a rencontré le ministre britannique des Affaires étrangères Douglas Hurd, l’archive britannique montre que Genscher a déclaré : « Les Russes doivent avoir l’assurance que si, par exemple, le gouvernement polonais quittait le Pacte de Varsovie un jour, il ne rejoindrait pas l’OTAN le lendemain. » (Voir document 2)

Ayant rencontré Genscher sur le chemin des discussions avec les Soviétiques, Baker a répété exactement la formulation de Genscher lors de sa rencontre avec le ministre des Affaires étrangères Edouard Chevardnadze le 9 février 1990, (voir document 4) ; et plus important encore, face à face avec Gorbatchev.

Non pas pas une fois, mais trois fois, Baker a employé la formule « pas un pouce vers l’est » avec Gorbatchev lors de la réunion du 9 février 1990. Il a approuvé la déclaration de Gorbatchev en réponse aux assurances selon lesquelles « l’expansion de l’OTAN est inacceptable. » M. Baker a assuré à M. Gorbatchev que « ni le Président ni moi-même n’avons l’intention de tirer un quelconque avantage unilatéral des processus en cours » et que les Américains comprenaient que « non seulement pour l’Union soviétique mais aussi pour d’autres pays européens, il est important d’avoir des garanties que si les États-Unis maintiennent leur présence en Allemagne dans le cadre de l’OTAN, pas un pouce de la juridiction militaire actuelle de l’OTAN ne s’étendra en direction de l’Est. » (Voir document 6)

Par la suite, Baker a écrit à Helmut Kohl, qui devait rencontrer le dirigeant soviétique le lendemain, en reprenant en grande partie le même langage. Baker rapporte : « Et puis je lui ai posé la question suivante [à Gorbatchev]. Préférez-vous voir une Allemagne unifiée en dehors de l’OTAN, indépendante et sans forces américaines, ou préférez-vous qu’une Allemagne unifiée soit liée à l’OTAN, avec l’assurance que la juridiction de l’OTAN ne se déplacera pas d’un pouce vers l’est par rapport à sa position actuelle ? Il a répondu que les dirigeants soviétiques réfléchissaient sérieusement à toutes ces options [….]. Il a ensuite ajouté : « Il est certain que toute extension de la zone de l’OTAN serait inacceptable« « . Baker a ajouté entre parenthèses, à l’intention de Kohl, « implicitement, l’OTAN dans sa zone actuelle pourrait être acceptable. » (Voir document 8)

Bien informé par le secrétaire d’État américain, le chancelier ouest-allemand a compris une ligne de fond soviétique essentielle et a assuré à Gorbatchev, le 10 février 1990 : « Nous pensons que l’OTAN ne doit pas étendre sa sphère d’activité. » (Voir document 9) Après cette rencontre, Kohl pouvait difficilement contenir son excitation devant l’accord de principe de Gorbatchev pour l’unification allemande et, dans le cadre de la formule d’Helsinki selon laquelle les États choisissent leurs propres alliances, l’Allemagne pouvait donc choisir l’OTAN. Dans ses mémoires, Kohl décrit avoir marché toute la nuit autour de Moscou – tout en comprenant qu’il y avait encore un prix à payer.

Tous les ministres des affaires étrangères occidentaux étaient d’accord avec Genscher, Kohl et Baker. Vient ensuite le ministre britannique des affaires étrangères, Douglas Hurd, le 11 avril 1990. À ce moment-là, les Allemands de l’Est avaient voté massivement pour le deutschemark et pour une unification rapide, lors des élections du 18 mars, où Kohl avait surpris presque tous les observateurs en remportant une véritable victoire. Les analyses de Kohl (expliquées pour la première fois à Bush le 3 décembre 1989), selon lesquelles l’effondrement de la RDA ouvrirait toutes les possibilités, qu’il devait courir pour arriver en tête du train, qu’il avait besoin du soutien des États-Unis, que l’unification pourrait se faire plus rapidement que quiconque ne le pensait, se sont toutes avérées exactes. L’union monétaire sera réalisée dès le mois de juillet et les assurances sur la sécurité ne cessent d’affluer. Hurd a renforcé le message Baker-Genscher-Kohl lors de sa rencontre avec Gorbatchev à Moscou, le 11 avril 1990, en déclarant que la Grande-Bretagne avait clairement « reconnu l’importance de ne rien faire qui puisse porter atteinte aux intérêts et à la dignité des Soviétiques. » (Voir document 15)

La conversation de Baker avec Chevardnadze le 4 mai 1990, telle que Baker l’a décrite dans son propre rapport au président Bush, a décrit de la manière la plus éloquente ce que les dirigeants occidentaux disaient à Gorbatchev exactement à ce moment-là : « J’ai utilisé votre discours et notre reconnaissance de la nécessité d’adapter l’OTAN, politiquement et militairement, et de développer la CSCE pour rassurer Chevardnadze sur le fait que le processus ne ferait ni gagnant ni perdant. Au contraire, il produirait une nouvelle structure européenne légitime – une structure qui serait inclusive, et non exclusive. » (Voir document 17)

Baker l’a répété, directement à Gorbatchev, le 18 mai 1990 à Moscou, en lui donnant ses « neuf points« , qui comprenaient la transformation de l’OTAN, le renforcement des structures européennes, la non-nucléarisation de l’Allemagne et la prise en compte des intérêts de sécurité soviétiques. M. Baker a commencé son discours en ces termes : « Avant de dire quelques mots sur la question allemande, je voulais souligner que nos politiques ne visent pas à séparer l’Europe de l’Est de l’Union soviétique. Nous avions cette politique auparavant. Mais aujourd’hui, nous sommes intéressés par la construction d’une Europe stable, et nous le faisons avec vous. » (Voir document 18)

Le dirigeant français François Mitterrand n’était pas en phase avec les Américains, bien au contraire, comme en témoigne le fait qu’il ait déclaré à Gorbatchev, à Moscou, le 25 mai 1990, qu’il était « personnellement favorable à un démantèlement progressif des blocs militaires » ; mais Mitterrand a poursuivi la cascade d’assurances en disant que l’Occident devait « créer les conditions de votre sécurité, ainsi que de la sécurité européenne dans son ensemble« . (Voir document 19) Mitterrand écrit immédiatement à Bush dans une lettre « cher George » à propos de sa conversation avec le dirigeant soviétique, que « nous ne refuserions certainement pas de détailler les garanties qu’il serait en droit d’attendre pour la sécurité de son pays. » (Voir document 20)

Au sommet de Washington, le 31 mai 1990, Bush s’est donné beaucoup de mal pour assurer à Gorbatchev que la présence de l’Allemagne dans l’OTAN ne serait jamais dirigée contre l’URSS : « Croyez-moi, nous ne poussons pas l’Allemagne vers l’unification, et ce n’est pas nous qui déterminons le rythme de ce processus. Et bien sûr, nous n’avons aucune intention, même dans nos pensées, de nuire à l’Union soviétique de quelque manière que ce soit. C’est pourquoi nous nous prononçons en faveur de l’unification de l’Allemagne au sein de l’OTAN sans ignorer le contexte plus large de la CSCE, en prenant en considération les liens économiques traditionnels entre les deux États allemands. Un tel modèle, à notre avis, correspond également aux intérêts soviétiques. » (Voir document 21)

La « Dame de fer » est également intervenue, après le sommet de Washington, lors de sa rencontre avec Gorbatchev à Londres le 8 juin 1990. Thatcher a anticipé les mesures que les Américains (avec son soutien) prendraient à la conférence de l’OTAN du début juillet pour soutenir Gorbatchev en décrivant la transformation de l’OTAN en une alliance plus politique et moins menaçante sur le plan militaire. Elle dit à Gorbatchev : « Nous devons trouver des moyens de donner à l’Union soviétique la confiance que sa sécurité sera assurée. […] La CSCE pourrait servir de cadre à tout cela et être le forum qui amènerait l’Union soviétique à participer pleinement au débat sur l’avenir de l’Europe. » (Voir document 22)

La Déclaration de Londres de l’OTAN, le 5 juillet 1990, a eu un effet très positif sur les délibérations à Moscou, selon la plupart des comptes rendus, donnant à Gorbatchev des munitions importantes pour contrer ses partisans de la ligne dure au Congrès du Parti qui se tenait à ce moment-là. Certaines versions de cette histoire affirment qu’une copie préalable a été fournie aux assistants de Chevardnadze, tandis que d’autres décrivent simplement une alerte qui a permis à ces assistants de prendre la copie de l’agence de presse et de produire une évaluation soviétique positive avant que les militaires ou les partisans de la ligne dure ne puissent la qualifier de propagande.

Comme l’a dit Kohl à Gorbatchev à Moscou le 15 juillet 1990, alors qu’ils mettaient au point l’accord final sur l’unification allemande : « Nous savons ce qui attend l’OTAN à l’avenir, et je pense que vous êtes maintenant au courant vous aussi« , en référence à la Déclaration de Londres de l’OTAN. (Voir document 23)

Lors de son appel téléphonique à Gorbatchev le 17 juillet, Bush a voulu renforcer le succès des entretiens Kohl-Gorbatchev et le message de la Déclaration de Londres. Bush a expliqué : « Ce que nous avons essayé de faire, c’est de tenir compte des préoccupations que vous m’avez exprimées, ainsi qu’à d’autres, et nous l’avons fait de la manière suivante : par notre déclaration commune sur la non-agression ; par notre invitation à venir à l’OTAN ; par notre accord pour ouvrir l’OTAN à des contacts diplomatiques réguliers avec votre gouvernement et ceux des pays d’Europe de l’Est ; et par notre offre d’assurances sur la taille future des forces armées d’une Allemagne unie – une question dont je sais que vous avez discuté avec Helmut Kohl. Nous avons également modifié fondamentalement notre approche militaire en ce qui concerne les forces conventionnelles et nucléaires. Nous avons transmis l’idée d’une CSCE élargie, plus forte, dotée de nouvelles institutions dans lesquelles l’URSS peut partager et faire partie de la nouvelle Europe. » (Voir document 24)

Les documents montrent que Gorbatchev a accepté l’unification de l’Allemagne au sein de l’OTAN à la suite de cette cascade d’assurances, et sur la base de sa propre analyse selon laquelle l’avenir de l’Union soviétique dépendait de son intégration en Europe, dont l’Allemagne serait l’acteur décisif. Lui et la plupart de ses alliés croyaient qu’une certaine version de la maison européenne commune était encore possible et qu’elle se développerait parallèlement à la transformation de l’OTAN pour aboutir à un espace européen plus inclusif et intégré, que le règlement de l’après-guerre froide tiendrait compte des intérêts de sécurité soviétiques. L’alliance avec l’Allemagne permettrait non seulement de surmonter la guerre froide, mais aussi de tourner le dos à l’héritage de la Grande Guerre patriotique.

Mais au sein du gouvernement américain, une discussion différente se poursuit, un débat sur les relations entre l’OTAN et l’Europe de l’Est. Les avis divergent, mais la suggestion du ministère de la Défense, en date du 25 octobre 1990, est de laisser « la porte entrouverte » à l’adhésion de l’Europe de l’Est à l’OTAN. (Voir document 27) Le Département d’État était d’avis que l’expansion de l’OTAN n’était pas à l’ordre du jour, car il n’était pas dans l’intérêt des États-Unis d’organiser « une coalition antisoviétique » qui s’étende jusqu’aux frontières soviétiques, notamment parce que cela pourrait inverser les tendances positives en Union soviétique. (Voir document 26) L’administration Bush a adopté ce dernier point de vue. Et c’est ce que les Soviétiques ont entendu.

En mars 1991 encore, selon le journal de l’ambassadeur britannique à Moscou, le Premier ministre britannique John Major a personnellement assuré à Gorbatchev : « Nous ne parlons pas du renforcement de l’OTAN. » Par la suite, lorsque le maréchal Dmitri Yazov, ministre soviétique de la Défense, a interrogé M. Major sur l’intérêt des dirigeants d’Europe de l’Est pour l’adhésion à l’OTAN, le dirigeant britannique a répondu : « Rien de tel ne se produira. » (Voir document 28)

Lorsque des députés russes du Soviet suprême sont venus à Bruxelles pour voir l’OTAN et rencontrer le secrétaire général de l’OTAN, Manfred Woerner, en juillet 1991, ce dernier a dit aux Russes que « nous ne devrions pas permettre […] l’isolement de l’URSS de la communauté européenne. » Selon le mémorandum russe de la conversation, « Woerner a souligné que le Conseil de l’OTAN et lui-même sont opposés à l’expansion de l’OTAN (13 des 16 membres de l’OTAN soutiennent ce point de vue). » (Voir document 30)

Ainsi, Gorbatchev a conduit l’Union soviétique jusqu’à sa fin assuré que l’Occident ne menaçait pas sa sécurité et n’élargirait pas l’OTAN. Au lieu de cela, la dissolution de l’URSS a été provoquée par des Russes (Boris Eltsine et son principal conseiller Gennady Burbulis) de concert avec les anciens chefs de parti des républiques soviétiques, notamment l’Ukraine, en décembre 1991. La guerre froide était alors terminée depuis longtemps. Les Américains avaient essayé de maintenir la cohésion de l’Union soviétique (voir le discours de Bush « Chicken Kiev » du 1er août 1991).

L’expansion de l’OTAN viendrait des années plus tard, et lorsque ces différends éclateraient à nouveau, de nouvelles assurances seraient données au dirigeant russe Boris Eltsine. Celles-ci feront l’objet d’un deuxième article, publié demain, qui couvrira les discussions d’Eltsine avec les dirigeants occidentaux au sujet de l’OTAN.


 

Les Archives ont compilé ces documents déclassifiés pour une table ronde organisée le 10 novembre 2017 lors de la conférence annuelle de l’Association for Slavic, East European and Eurasian Studies (ASEEES) à Chicago, sous le titre « Who Promised What to Whom on NATO Expansion ? » Le panel comprenait :

  • Mark Kramer, du Davis Center de Harvard, rédacteur en chef du Journal of Cold War Studies, dont l’article paru en 2009 dans le Washington Quarterly soutient que la « promesse de non-élargissement de l’OTAN » est un « mythe » 4Voir Mark Kramer, The Myth of a No-NATO-Enlargement Pledge to Russia, The Washington Quarterly, avril 2009, pp. 39-61. ;
  • Joshua R. Itkowitz Shifrinson de la Bush School de Texas A&M, dont l’article de 2016 sur la sécurité internationale a soutenu que les États-Unis jouaient un double jeu en 1990, en faisant croire à Gorbatchev que l’OTAN serait subsumée dans une nouvelle structure de sécurité européenne, tout en travaillant pour assurer l’hégémonie en Europe et le maintien de l’OTAN 5Voir Joshua R. Itkowitz Shifrinson, Deal or No Deal ? The End of the Cold War and the U.S. Offer to Limit NATO Expansion, International Security, Spring 2016, Vol. 40, No. 4, pp. 7-44. ;
  • James Goldgeier, de l’American University, qui a écrit le livre faisant autorité sur la décision de Clinton concernant l’expansion de l’OTAN, Not Whether But When, et a décrit les assurances américaines trompeuses au dirigeant russe Boris Eltsine dans un article de 2016 de WarOnTheRocks 6Voir James Goldgeier, Not Whether But When : The U.S. Decision to Enlarge NATO (Brookings Institution Press, 1999) ; et James Goldgeier, Promises Made, Promises Broken ? What Yeltsin was told about NATO in 1993 and why it matters, War On The Rocks, 12 juillet 2016. ;
  • Svetlana Savranskaya et Tom Blanton de la National Security Archive, dont le livre le plus récent, The Last Superpower Summits : Gorbatchev, Reagan et Bush : Conversations That Ended the Cold War (CEU Press, 2016) analyse et publie les transcriptions déclassifiées et les documents connexes de tous les sommets de Gorbatchev avec les présidents américains, y compris des dizaines d’assurances sur la protection des intérêts de sécurité de l’URSS 7Voir aussi Svetlana Savranskaya, Thomas Blanton et Vladislav Zubok, Masterpieces of History : The Peaceful End of the Cold War in Europe, 1989 (CEU Press, 2010), pour une discussion approfondie et des documents sur les négociations sur l’unification allemande du début des années 1990..

Lire les documents originaux

ource : Département d’État américain. Salle de lecture FOIA. Affaire F-2015 10829

L’un des mythes concernant les discussions de janvier et février 1990 sur l’unification allemande est que ces discussions ont eu lieu si tôt dans le processus, alors que le Pacte de Varsovie existait toujours, que personne ne pensait à la possibilité que les pays d’Europe centrale et orientale, même alors membres du Pacte de Varsovie, puissent à l’avenir devenir membres de l’OTAN. Au contraire, la formule Tutzing du ministre ouest-allemand des Affaires étrangères, dans son discours du 31 janvier 1990, largement rapporté par les médias en Europe, à Washington et à Moscou, abordait explicitement la possibilité d’une expansion de l’OTAN, ainsi que l’adhésion des pays d’Europe centrale et orientale à l’OTAN – et niait cette possibilité, dans le cadre de son rameau d’olivier offert à Moscou. Ce câble de l’ambassade des États-Unis à Bonn, renvoyé à Washington, détaille les deux propositions de Hans-Dietrich Genscher – à savoir que l’OTAN ne s’étendrait pas à l’est et que l’ancien territoire de la RDA dans une Allemagne unifiée serait traité différemment des autres territoires de l’OTAN.

ource : Documents on British Policy Overseas, série III, volume VII : German Unification, 1989-1990. (Foreign and Commonwealth Office. Documents on British Policy Overseas, édité par Patrick Salmon, Keith Hamilton et Stephen Twigge, Oxford et New York, Routledge 2010). p. 261-264

Le point de vue ultérieur du département d’État américain sur les négociations relatives à l’unification de l’Allemagne, exprimé dans un câble de 1996 envoyé à tous les postes, affirme à tort que l’ensemble des négociations sur l’avenir de l’Allemagne ont limité leur discussion sur l’avenir de l’OTAN aux arrangements spécifiques concernant le territoire de l’ancienne RDA. Les diplomates américains ont peut-être manqué le dialogue précoce entre les Britanniques et les Allemands sur cette question, même si tous deux ont partagé leurs points de vue avec le secrétaire d’État américain. Tel que publié dans l’histoire documentaire officielle de 2010 du ministère britannique des Affaires étrangères et du Commonwealth sur la contribution du Royaume-Uni à l’unification allemande, ce mémorandum de la conversation du ministre britannique des Affaires étrangères Douglas Hurd avec le ministre ouest-allemand des Affaires étrangères Genscher le 6 février 1990 contient une spécificité remarquable sur la question de la future adhésion des Européens centraux à l’OTAN. Le mémorandum britannique cite spécifiquement Genscher disant « que lorsqu’il a parlé de ne pas vouloir étendre l’OTAN, cela s’appliquait à d’autres Etats que la RDA. Les Russes doivent avoir l’assurance que si, par exemple, le gouvernement polonais quittait le Pacte de Varsovie un jour, il ne rejoindrait pas l’OTAN le lendemain. » Genscher et Hurd disaient la même chose à leur homologue soviétique Eduard Shevardnadze, et à James Baker8Genscher a dit à Baker, le 2 février 1990, qu’en vertu de son plan, « l’OTAN n’étendrait pas sa couverture territoriale à la région de la RDA ni à aucune autre région d’Europe de l’Est ». Secretary of State to US Embassy Bonn, « Baker-Genscher Meeting February 2 », George H.W. Bush Presidential Library, NSC Kanter Files, Box CF00775, Folder « Germany-March 1990 ». Cité par Joshua R. Itkowitz Shifrinson, Deal or No Deal ? The End of the Cold War and the U.S. Offer to Limit NATO Expansion, International Security, Spring 2016, Vol. 40, No. 4, pp. 7-44..

Document 03 : Mémorandum de Paul H. Nitze à George HW Bush sur la réunion du « Forum pour l’Allemagne » à Berlin (en)

ource : Bibliothèque présidentielle George HW Bush

Cette note concise adressée au président Bush par l’un des architectes de la Guerre froide, Paul Nitze (basé à l’école d’études internationales de l’université Johns Hopkins, qui porte son nom), rend compte du débat sur l’avenir de l’OTAN au début de 1990. Nitze raconte que les dirigeants d’Europe centrale et orientale participant à la conférence « Forum pour l’Allemagne » à Berlin préconisaient la dissolution des deux blocs de superpuissances, l’OTAN et le Pacte de Varsovie, jusqu’à ce que lui-même (et quelques Européens de l’Ouest) fasse volte-face et souligne au contraire l’importance de l’OTAN comme base de la stabilité et de la présence américaine en Europe.

ource : Département d’État des États-Unis, FOIA 199504567 (National Security Archive Flashpoints Collection, Box 38)

Bien que fortement expurgée par rapport aux comptes rendus soviétiques de ces conversations, la version officielle du Département d’État des assurances données par le Secrétaire d’État Baker au ministre soviétique des Affaires étrangères Chevardnadze juste avant la réunion officielle avec Gorbatchev le 9 février 1990, contient une série de phrases révélatrices. Baker propose la formule Deux-Plus-Quatre, les deux étant les Allemagnes et les quatre les puissances occupantes d’après-guerre ; il s’oppose à d’autres moyens de négocier l’unification et plaide pour l’ancrage de l’Allemagne dans l’OTAN. En outre, Baker déclare au ministre soviétique des Affaires étrangères : « Une Allemagne neutre acquerrait sans aucun doute sa propre capacité nucléaire indépendante. Toutefois, une Allemagne fermement ancrée dans une OTAN modifiée, c’est-à-dire une OTAN qui est beaucoup moins une organisation militaire et beaucoup plus une organisation politique, n’aurait pas besoin d’une capacité indépendante. Il faudrait, bien sûr, des garanties à toute épreuve pour que la juridiction ou les forces de l’OTAN ne se déplacent pas vers l’Est. Et cela devrait être fait d’une manière qui satisfasse les voisins de l’Allemagne à l’est. »

ource : Département d’État des États-Unis, FOIA 199504567 (National Security Archive Flashpoints Collection, Box 38)

Même avec les rédactions (injustifiées) des officiers de classification américains, cette transcription américaine de ce qui est peut-être la plus célèbre assurance des États-Unis aux Soviétiques sur l’expansion de l’OTAN confirme la transcription soviétique de la même conversation. Répétant ce que Bush a dit au sommet de Malte en décembre 1989, Baker dit à Gorbatchev : « Le président et moi-même avons clairement indiqué que nous ne cherchons aucun avantage unilatéral dans ce processus » d’inévitable unification allemande. Baker poursuit en disant : « Nous comprenons la nécessité de donner des assurances aux pays de l’Est. Si nous maintenons une présence dans une Allemagne qui fait partie de l’OTAN, il n’y aura pas d’extension de la juridiction de l’OTAN pour les forces de l’OTAN d’un pouce à l’Est. » Plus tard dans la conversation, Baker pose la même position sous la forme d’une question : « préféreriez-vous une Allemagne unie en dehors de l’OTAN, indépendante et sans forces américaines, ou préféreriez-vous une Allemagne unie avec des liens avec l’OTAN et des assurances qu’il n’y aurait pas d’extension de la juridiction actuelle de l’OTAN vers l’est ? ». Les personnes chargées de la déclassification de ce mémorandum ont en fait caviardé la réponse de Gorbatchev selon laquelle, en effet, une telle expansion serait « inacceptable » – mais la lettre de Baker à Kohl le lendemain, publiée en 1998 par les Allemands, donne la citation.

ource : Archives de la Fondation Gorbatchev, Fond 1, Opis 1.

Ce compte rendu de la Fondation Gorbatchev sur la rencontre entre le dirigeant soviétique et James Baker le 9 février 1990 est public et disponible pour les chercheurs de la Fondation depuis 1996, mais il n’a été publié en anglais qu’en 2010, lors de la parution du volume Masterpieces of History par les auteurs actuels de la Central European University Press. Le document se concentre sur l’unification allemande, mais comprend également des discussions franches de Gorbatchev sur les problèmes économiques et politiques de l’Union soviétique, ainsi que les « conseils gratuits » de Baker (« parfois le ministre des finances en moi se réveille ») sur les prix, l’inflation et même la politique de vente d’appartements pour absorber les roubles que les citoyens soviétiques prudents ont cachés sous leur matelas.

En ce qui concerne l’unification de l’Allemagne, Baker assure à Gorbatchev que « ni le président ni moi-même n’avons l’intention de tirer un quelconque avantage unilatéral des processus en cours » et que les Américains comprennent l’importance pour l’URSS et l’Europe de garanties que « pas un pouce de la juridiction militaire actuelle de l’OTAN ne s’étendra en direction de l’Est ». Baker plaide en faveur des pourparlers Deux-Plus-Quatre en utilisant la même assurance : « Nous pensons que les consultations et les discussions menées dans le cadre du mécanisme « deux plus quatre » devraient garantir que l’unification de l’Allemagne n’entraînera pas l’extension de l’organisation militaire de l’OTAN vers l’est. » Gorbatchev répond en citant le président polonais Wojciech Jaruzelski : « que la présence de troupes américaines et soviétiques en Europe est un élément de stabilité. »

L’échange clé a lieu lorsque Baker demande si Gorbatchev préférerait « une Allemagne unie en dehors de l’OTAN, absolument indépendante et sans troupes américaines ; ou une Allemagne unie gardant ses liens avec l’OTAN, mais avec la garantie que la juridiction ou les troupes de l’OTAN ne s’étendront pas à l’est de la frontière actuelle. » Ainsi, dans cette conversation, le secrétaire d’État américain offre trois fois l’assurance que si l’Allemagne était autorisée à s’unifier au sein de l’OTAN, préservant ainsi la présence américaine en Europe, l’OTAN ne s’étendrait pas à l’est. Il est intéressant de noter qu’il n’utilise pas une seule fois le terme RDA ou Allemagne de l’Est, ni même ne mentionne les troupes soviétiques en Allemagne de l’Est. Pour un négociateur habile et un avocat prudent, il semble très improbable que Baker n’utilise pas une terminologie spécifique si, en fait, il ne faisait référence qu’à l’Allemagne de l’Est.

Le dirigeant soviétique répond que « [n]ous allons réfléchir à tout cela. Nous avons l’intention de discuter de toutes ces questions en profondeur au niveau des dirigeants. Il va sans dire qu’un élargissement de la zone de l’OTAN n’est pas acceptable. » Baker affirme : « Nous sommes d’accord avec cela. »

ource : Bibliothèque présidentielle George HW Bush, NSC Scowcroft Files, boîte 91128, dossier « Gorbachev (Dobrynin) Sensitive ».

Cette conversation est particulièrement importante car des chercheurs ont par la suite émis l’hypothèse que le secrétaire d’État Baker avait peut-être dépassé les limites de son mandat dans sa conversation avec Gorbatchev sur le thème « pas un pouce vers l’est ». Robert Gates, ancien analyste du renseignement de la CIA et spécialiste de l’URSS, dit ici à son homologue, le chef du KGB, dans son bureau du quartier général du KGB à la Loubianka, exactement ce que Baker a dit à Gorbatchev ce jour-là au Kremlin : pas un pouce vers l’est. À ce moment-là, Gates était le principal adjoint du conseiller à la sécurité nationale du président, le général Brent Scowcroft, et ce document témoigne donc d’une approche coordonnée du gouvernement américain vis-à-vis de Gorbatchev. Kryuchkov, que Gorbatchev a nommé pour remplacer Viktor Chebrikov au KGB en octobre 1988, apparaît ici comme étonnamment progressiste sur de nombreuses questions de réforme intérieure. Il parle ouvertement des lacunes et des problèmes de la perestroïka, de la nécessité d’abolir le rôle dirigeant du PCUS, de la négligence erronée du gouvernement central à l’égard des questions ethniques, du système de tarification « atroce » et d’autres sujets intérieurs.

Lorsque la discussion passe à la politique étrangère, en particulier à la question allemande, Gates demande : « Que pense Kryuchkov de la proposition Kohl/Genscher selon laquelle une Allemagne unie serait associée à l’OTAN, mais dans laquelle les troupes de l’OTAN ne se déplaceraient pas plus à l’est qu’elles ne le font actuellement ? Il nous semble que c’est une bonne proposition. » Kryuchkov ne donne pas de réponse directe mais parle de la sensibilité de la question de l’unification allemande pour le public soviétique et suggère que les Allemands offrent à l’Union soviétique certaines garanties. Il déclare que, bien que les idées de Kohl et Genscher soient intéressantes, « même les points de leurs propositions avec lesquels nous sommes d’accord devraient être assortis de garanties. Les Américains nous ont appris, lors des négociations sur le contrôle des armements, l’importance de la vérification, et nous devrions être sûrs. »

ource : Deutsche Enheit Sonderedition und den Akten des Budeskanzleramtes 1989/90 , eds. Hanns Jurgen Kusters et Daniel Hofmann (Munich : R. Odenbourg Verlag, 1998), p. 793-794

Ce document clé est apparu pour la première fois dans l’édition savante des documents de la chancellerie sur l’unification allemande, publiée par Helmut Kohl en 1998. À ce moment-là, Kohl était pris dans une campagne électorale qui mettrait fin à son mandat de 16 ans en tant que chancelier, et il voulait rappeler aux Allemands son rôle déterminant dans le triomphe de l’unification 9La version précédente de ce texte disait que Kohl était « pris dans un scandale de corruption de financement de campagne qui mettrait fin à sa carrière politique » ; cependant, ce scandale n’a éclaté qu’en 1999, après que les élections de septembre 1998 ont balayé Kohl du pouvoir. Les auteurs remercient M. H.H.H. Jansen pour la correction et sa lecture attentive de l’article.. Le gros volume (plus de 1 000 pages) comprenait les textes allemands des réunions de Kohl avec Gorbatchev, Bush, Mitterrand, Thatcher et d’autres – tous publiés sans consultation apparente de ces gouvernements, huit ans seulement après les événements. Quelques-uns des documents de Kohl, comme celui-ci, apparaissent en anglais, représentant les originaux américains ou britanniques plutôt que des notes ou des traductions allemandes. Ici, Baker fait un débriefing à Kohl le lendemain de sa rencontre du 9 février avec Gorbatchev. (Le chancelier doit avoir sa propre session avec Gorbatchev le 10 février à Moscou). L’Américain informe l’Allemand des « préoccupations » soviétiques concernant l’unification et résume les raisons pour lesquelles une négociation « deux plus quatre » serait le lieu le plus approprié pour des discussions sur les « aspects externes de l’unification », étant donné que les « aspects internes … étaient strictement une affaire allemande ». Baker remarque en particulier la réponse peu engageante de Gorbatchev à la question portant sur une Allemagne neutre par rapport à une Allemagne de l’OTAN s’engageant à ne pas s’étendre vers l’Est, et conseille à Kohl que Gorbatchev « pourrait bien être disposé à accepter une approche raisonnable qui lui donne une certaine couverture… ». Kohl renforce ce message dans sa propre conversation, plus tard dans la journée, avec le dirigeant soviétique.

ource : Mikhail Gorbatchev i germanskii vopros , édité par Alexander Galkin et Anatoly Chernyaev, (Moscou : Ves Mir, 2006)

Selon Kohl, c’est lors de cette réunion à Moscou qu’il a appris de Gorbatchev que le dirigeant soviétique considérait l’unification allemande comme inévitable, que la valeur de l’amitié allemande future dans une « maison européenne commune » l’emportait sur les rigidités de la guerre froide, mais que les Soviétiques auraient besoin de temps (et d’argent) avant de reconnaître les nouvelles réalités. Préparé par la lettre de Baker et la formule Tutzing de son propre ministre des Affaires étrangères, Kohl, au début de la conversation, assure à Gorbatchev : « Nous pensons que l’OTAN ne doit pas étendre sa sphère d’activité. Nous devons trouver une solution raisonnable. Je comprends bien les intérêts de l’Union soviétique en matière de sécurité et je me rends compte que vous, Monsieur le Secrétaire général, et les dirigeants soviétiques, devrez expliquer clairement au peuple soviétique ce qui se passe. » Plus tard, les deux dirigeants se chamaillent au sujet de l’OTAN et du Pacte de Varsovie, Gorbatchev commentant : « On dit : qu’est-ce que l’OTAN sans la RFA. Mais nous pourrions également demander : qu’est-ce que l’OMC sans la RDA ? » Lorsque Kohl n’est pas d’accord, Gorbatchev appelle simplement à des « solutions raisonnables qui n’empoisonnent pas l’atmosphère dans nos relations » et déclare que cette partie de la conversation ne doit pas être rendue publique.

Andrei Grachev, collaborateur de Gorbatchev, écrira plus tard que le dirigeant soviétique avait très tôt compris que l’Allemagne était la porte de l’intégration européenne et que « toutes les tentatives de négociation [de Gorbatchev] sur la formule finale de l’association de l’Allemagne à l’OTAN étaient donc bien plus une question de forme que de fond ; Gorbatchev essayait de gagner le temps nécessaire pour laisser l’opinion publique nationale s’adapter à la nouvelle réalité, au nouveau type de relations qui prenait forme dans les relations de l’Union soviétique avec l’Allemagne et avec l’Occident en général. En même temps, il espérait obtenir une compensation politique au moins partielle de la part de ses partenaires occidentaux pour ce qu’il considérait comme sa contribution majeure à la fin de la guerre froide. »10Voir Andrei Grachev, Gorbatchev’s Gamble (Cambridge, Royaume-Uni : Polity Press, 2008), pp. 157-158.

ource : Archives de l’établissement Hoover, collection Stepanov-Mamaladze.

Le ministre soviétique des Affaires étrangères, M. Chevardnadze, est particulièrement mécontent de la rapidité des événements concernant l’unification de l’Allemagne, surtout lorsqu’une réunion des ministres des Affaires étrangères de l’OTAN et du Pacte de Varsovie, prévue à Ottawa, au Canada, du 10 au 12 février 1990, et destinée à discuter du traité « Ciel ouvert », se transforme en une vaste négociation sur l’Allemagne et la mise en place du processus « Deux plus Quatre » pour en régler les détails. L’assistant de Chevardnadze, Teimuraz Stepanov-Mamaladze, a pris des notes sur les réunions d’Ottawa dans une série de carnets, et a également tenu un journal moins télégraphique, qu’il faut lire en même temps que les carnets pour obtenir le compte rendu le plus complet. Aujourd’hui déposés à la Hoover Institution, ces extraits des notes et du journal de Stepanov-Mamaladze font état de la désapprobation de Chevardnadze quant à la rapidité du processus, mais surtout renforcent l’importance des réunions des 9 et 10 février à Moscou, où les garanties occidentales sur la sécurité soviétique ont été entendues, et où l’assentiment de principe de Gorbatchev à une éventuelle unification allemande faisait partie de l’accord.

Les notes des premiers jours de la conférence sont très brèves, mais elles contiennent une ligne importante qui montre que Baker a offert la même formule d’assurance à Ottawa qu’à Moscou : « Et si l’Allemagne reste dans l’OTAN, nous devrons veiller à ce que sa juridiction ne s’étende pas à l’Est. » Chevardnadze n’est pas prêt à discuter des conditions de l’unification allemande ; il dit qu’il doit consulter Moscou avant d’approuver toute condition. Le 13 février, selon les notes, Chevardnadze se plaint : « Je suis dans une situation stupide – nous discutons du ciel ouvert, mais mes collègues parlent de l’unification de l’Allemagne comme si c’était un fait. » Les notes montrent que Baker s’est montré très persistant pour essayer d’amener Chevardnadze à définir les conditions soviétiques de l’unification de l’Allemagne au sein de l’OTAN, alors que Chevardnadze était toujours mal à l’aise avec le terme « unification », insistant plutôt sur le terme plus général d' »unité. »

ource : Archives de l’établissement Hoover, collection Stepanov-Mamaladze.

Cette entrée de journal du 12 février contient une très brève description de la visite de Kohl et Genscher à Moscou le 10 février, sur laquelle Stepanov-Mamaladze n’avait pas écrit auparavant (puisqu’il n’était pas présent). Partageant l’avis de son ministre, Chevardnadze, Stepanov réfléchit à la nature précipitée des discussions de Moscou et à l’insuffisance des considérations qui leur ont été accordées : « Avant notre visite ici, Kohl et Genscher ont effectué une visite précipitée à Moscou. Et tout aussi précipitamment – de l’avis d’E.A. [Chevardnadze] – Gorbatchev a accepté le droit des Allemands à l’unité et à l’autodétermination. » Cette entrée de journal est la preuve, d’un point de vue critique, que les États-Unis et l’Allemagne de l’Ouest ont donné à Moscou des assurances concrètes quant au maintien de l’OTAN dans sa taille et sa portée actuelles. En fait, le journal indique en outre que, du moins aux yeux de Chevardnadze, ces assurances équivalaient à un accord – que Gorbatchev a accepté, même s’il a gagné du temps.

ource : Archives de l’établissement Hoover, collection Stepanov-Mamaladze.

Le deuxième jour de la conférence d’Ottawa, Stepanov-Mamaladze décrit des négociations difficiles sur la formulation exacte de la déclaration commune sur l’Allemagne et le processus Deux-Plus-Quatre. Chevardnadze et Genscher se sont disputés pendant deux heures sur les termes « unité » et « unification », alors que Chevardnadze essayait de ralentir les choses sur l’Allemagne et d’amener les autres ministres à se concentrer sur le dossier « Ciel ouvert ». La journée est assez intense : « Pendant la journée, des jeux actifs ont eu lieu entre eux tous. E.A. [Chevardnadze] rencontre Baker cinq fois, deux fois Genscher, s’entretient avec Fischer [ministre des Affaires étrangères de la RDA], Dumas [ministre des Affaires étrangères de la France] et les ministres des pays du SEA », et finalement, le texte de l’accord est arrêté, avec le mot « unité ». La déclaration finale a également qualifié l’accord sur les troupes américaines et soviétiques en Europe centrale de principal résultat de la conférence. Mais pour les délégués soviétiques,  » le ‘ciel ouvert’ [était] toujours fermé par le nuage d’orage de l’Allemagne « .

urce : Communiqué FOIA du Département d’État, National Security Archive Flashpoints Collection, Box 38.

Ce mémo, probablement rédigé par Robert Zoellick, l’un des principaux collaborateurs de Baker au Département d’État, présente le point de vue américain sincère sur le processus Deux Plus Quatre et ses avantages, à savoir le « maintien de la participation américaine au débat sur l’unification (et même un certain contrôle sur celui-ci) ». La crainte américaine était que les Allemands de l’Ouest concluent leur propre accord avec Moscou en vue d’une unification rapide, en renonçant à certains des points essentiels pour les États-Unis, principalement l’adhésion à l’OTAN. Zoellick souligne, par exemple, que Kohl a annoncé ses 10 points sans consulter Washington et après des signaux de Moscou, et que les États-Unis ont appris que Kohl s’était rendu à Moscou par les Soviétiques, et non par Kohl. Le mémo prévient les objections concernant l’inclusion des Soviétiques en soulignant qu’ils étaient déjà en Allemagne et qu’il fallait s’en occuper. L’arrangement Deux-Plus-Quatre inclut les Soviétiques mais les empêche d’avoir un droit de veto (ce qu’un processus à Quatre-Puissances ou un processus des Nations Unies pourrait permettre), alors qu’une conversation efficace Un-Plus-Trois avant chaque réunion permettrait à l’Allemagne de l’Ouest et aux États-Unis, avec les Britanniques et les Français, d’élaborer une position commune. Les soulignements et l’écriture de Baker dans les marges sont particulièrement révélateurs, notamment sa phrase exubérante, « vous n’avez pas vraiment vu de rachat par emprunt avant d’avoir vu celui-ci ! ».

ource : Bibliothèque présidentielle George HW Bush, Memcons et Telcons ( https://bush41library.tamu.edu/ )

Ces conversations pourraient être appelées « l’éducation de Vaclav Havel » 11Pour un compte rendu perspicace des efforts éducatifs très efficaces de Bush avec les dirigeants de l’Europe de l’Est, y compris Havel – ainsi que ses alliés – voir Jeffrey A. Engel, When the World Seemed New : George H.W. Bush and the End of the Cold War (Houghton Mifflin Harcourt, 2017), p. 2017. 353-359., car l’ancien dissident devenu président de la Tchécoslovaquie s’est rendu à Washington deux mois seulement après que la révolution de velours l’ait fait passer de la prison au château de Prague. Havel sera ovationné lors d’un discours prononcé le 21 février devant une session conjointe du Congrès, et s’entretiendra avec Bush avant et après son passage au Congrès. Havel avait déjà été cité par les journalistes comme appelant à la dissolution des blocs de la guerre froide, à la fois l’OTAN et le Pacte de Varsovie, et au retrait des troupes. Bush a donc saisi l’occasion pour faire la leçon au dirigeant tchèque sur la valeur de l’OTAN et son rôle essentiel en tant que base de la présence américaine en Europe. Pourtant, Havel a mentionné à deux reprises dans son discours au Congrès son espoir que « les soldats américains ne devraient pas être séparés de leurs mères » simplement parce que l’Europe ne pouvait pas maintenir la paix, et a lancé un appel en faveur d’une « future Allemagne démocratique en train de s’unifier dans une nouvelle structure paneuropéenne qui pourrait décider de son propre système de sécurité ». Mais par la suite, en parlant à nouveau avec Bush, l’ancien dissident a clairement compris le message. Havel a déclaré qu’il avait peut-être été mal compris, qu’il voyait certainement la valeur de l’engagement des États-Unis en Europe. Pour sa part, M. Bush a évoqué la possibilité, dans l’hypothèse d’une plus grande coopération tchécoslovaque sur cette question, d’investissements et d’une aide des États-Unis.

ource : Bibliothèque présidentielle George HW Bush, Memcons et Telcons ( https://bush41library.tamu.edu/ )

Ce mémorandum, qui fait suite au discours triomphant de Havel devant le Congrès, contient la demande de Bush à Havel de transmettre à Gorbatchev le message que les Américains le soutiennent personnellement et que « nous ne nous conduirons pas de manière incorrecte en disant « nous gagnons, vous perdez » ». Insistant sur ce point, Bush dit : « Dites à Gorbatchev que… je vous ai demandé de dire à Gorbatchev que nous ne nous comporterons pas à l’égard de la Tchécoslovaquie ou de tout autre pays d’une manière qui compliquerait les problèmes dont il a si franchement discuté avec moi. » Le dirigeant tchécoslovaque ajoute sa propre mise en garde aux Américains sur la manière de procéder à l’unification de l’Allemagne et de répondre aux insécurités soviétiques. Havel fait remarquer à Bush : « C’est une question de prestige. C’est la raison pour laquelle j’ai parlé du nouveau système de sécurité européen sans mentionner l’OTAN. Parce que, s’il sortait de l’OTAN, il devrait porter un autre nom, ne serait-ce qu’à cause de l’élément de prestige. Si l’OTAN s’empare de l’Allemagne, cela ressemblera à une défaite, une superpuissance en conquérant une autre. Mais si l’OTAN peut se transformer – peut-être en conjonction avec le processus d’Helsinki – cela ressemblerait à un processus pacifique de changement, pas à une défaite. » Bush a répondu positivement : « Vous avez soulevé un bon point. Nous pensons que l’OTAN continuera à jouer un nouveau rôle politique et que nous nous appuierons sur le processus de la CSCE. Nous allons réfléchir à la manière dont nous pourrions procéder. »

ource : Bibliothèque présidentielle George HW Bush, Memcons et Telcons ( https://bush41library.tamu.edu/ )

La principale inquiétude de l’administration Bush au sujet de l’unification allemande, alors que le processus s’accélérait en février 1990, était que les Allemands de l’Ouest pourraient conclure leur propre accord bilatéral avec les Soviétiques (voir document 11) et être prêts à négocier leur adhésion à l’OTAN. Le président Bush a déclaré plus tard que l’objectif de la réunion de Camp David avec M. Kohl était de « maintenir l’Allemagne dans la réserve de l’OTAN », ce qui a déterminé l’ordre du jour de cette série de réunions. Le chancelier allemand arrive à Camp David sans Genscher car ce dernier ne partage pas entièrement la position de Bush-Kohl sur la pleine adhésion de l’Allemagne à l’OTAN, et il a récemment mis en colère les deux dirigeants en parlant publiquement de la CSCE comme futur mécanisme de sécurité européen 12Voir George H.W. Bush et Brent Scowcroft, A World Transformed (New York : Knopf, 1998), pp. 236, 243, 250..

Au début de cette conversation, Kohl exprime sa gratitude pour le soutien de Bush et de Baker lors de ses discussions avec Gorbatchev à Moscou au début du mois de février, en particulier pour la lettre de Bush affirmant le fort engagement de Washington en faveur de l’unification de l’Allemagne dans l’OTAN. Les deux dirigeants expriment la nécessité d’une coopération des plus étroites entre eux afin d’atteindre le résultat souhaité. La priorité de Bush est de maintenir la présence américaine, notamment le parapluie nucléaire, en Europe : « si les forces nucléaires américaines sont retirées d’Allemagne, je ne vois pas comment nous pourrions persuader un autre allié sur le continent de conserver ces armes. » Il évoque avec sarcasme les critiques venant du Capitole : « Nous avons une pensée bizarre dans notre Congrès aujourd’hui, des idées comme ce dividende de la paix. Nous ne pouvons pas faire cela en ces temps incertains. » Les deux dirigeants s’inquiètent de la position que pourrait adopter Gorbatchev et conviennent de la nécessité de le consulter régulièrement. Kohl suggère que les Soviétiques ont besoin d’aide et que l’accord final sur l’Allemagne pourrait être une « question d’argent ». Préfigurant sa réticence à contribuer financièrement, Bush répond : « vous avez les poches profondes ». A un moment de la conversation, Bush semble considérer son homologue soviétique non pas comme un partenaire mais comme un ennemi vaincu. Faisant référence aux discussions dans certains quartiers soviétiques contre le maintien de l’Allemagne dans l’OTAN, il dit : « Au diable tout cela. Nous avons vaincu et pas eux. Nous ne pouvons pas laisser les Soviétiques arracher la victoire des mâchoires de la défaite. »

ource : Bibliothèque présidentielle George HW Bush, Memcons et Telcons ( https://bush41library.tamu.edu/ )

Le ministre des Affaires étrangères Chevardnadze remet à Bush une lettre de Gorbatchev, dans laquelle le président de l’Union Soviétique passe en revue les principales questions avant le prochain sommet. Les questions économiques sont en tête de liste pour l’Union soviétique, en particulier le statut de la nation la plus favorisée et un accord commercial avec les États-Unis. M. Chevardnadze se dit préoccupé par l’absence de progrès sur ces questions et par les efforts déployés par les États-Unis pour empêcher la BERD [Banque européenne pour la reconstruction et le développement, organisation internationale chargée de faciliter le passage à une économie de marché dans les pays d’Europe centrale et orientale, NdT] d’accorder des prêts à l’URSS. Il souligne qu’ils ne demandent pas d’aide, « nous ne cherchons qu’à être traités comme des partenaires ». Abordant les tensions en Lituanie, Bush dit qu’il ne veut pas créer de difficultés pour Gorbatchev sur les questions intérieures, mais note qu’il doit insister sur les droits des Lituaniens parce que leur incorporation dans l’URSS n’a jamais été reconnue par les États-Unis. En ce qui concerne la maîtrise des armements, les deux parties indiquent que l’autre a fait marche arrière et expriment le désir de finaliser rapidement le Traité START. Chevardnadze mentionne le prochain sommet de la CSCE (Conférence sur la Sécurité et la Coopération en Europe) et l’espoir soviétique qu’il s’y débattra des nouvelles structures européennes de sécurité. Bush ne contredit pas cela, mais le lie aux questions de la présence américaine en Europe et de l’intégration de l’ Allemagne au sein de l’OTAN. Il déclare vouloir « contribuer à la stabilité et à la création d’une Europe entière et libre, ou comme vous l’appelez, une maison européenne commune. Une idée très proche de la nôtre ». Les Soviétiques interprètent – à tort – cette déclaration comme une déclaration selon laquelle l’administration américaine partage l’idée de Gorbatchev.

Source : Documents on British Policy Overseas, série III, volume VII : German Unification, 1989-1990. (Ministère des affaires étrangères et du Commonwealth. Documents on British Policy Overseas, édité par Patrick Salmon, Keith Hamilton, et Stephen Twigge, Oxford et New York, Routledge 2010), pp. 373-375

Le télégramme de l’ambassadeur Braithwaite résume la rencontre entre le secrétaire d’État aux Affaires étrangères et du Commonwealth, Douglas Hurd, et le président Gorbatchev, notant « l’humeur expansive » de Gorbatchev. Gorbatchev demande au secrétaire de transmettre sa gratitude pour la lettre que lui a adressée Margaret Thatcher après son sommet avec Kohl, pendant lequel, selon Gorbatchev, elle a suivi les lignes de la politique discutée par Gorbatchev avec elle lors de leur récent entretien téléphonique, sur la base de laquelle le dirigeant de l’Union Soviétique a conclu que « les positions britannique et soviétique étaient en fait très proches ». Hurd avertit Gorbatchev que leurs positions ne sont pas entièrement concordantes, mais que les Britanniques « reconnaissent l’importance de ne rien faire pour porter atteinte aux intérêts et à la dignité des Soviétiques ». Gorbatchev, comme le reflète le résumé de Braithwaite, parle de l’importance de construire de nouvelles structures de sécurité comme moyen de traiter la question de deux Allemagnes : « Si nous parlons d’un dialogue commun sur une nouvelle Europe s’étendant de l’Atlantique à l’Oural, c’est une façon de traiter la question allemande ». Cela nécessiterait une période de transition pour accélérer le processus européen et de « le synchroniser avec la recherche d’une solution au problème des deux Allemagnes ». Cependant, si le processus était unilatéral – avec seulement l’Allemagne au sein de l’OTAN et sans égard pour les intérêts de sécurité soviétiques – le Soviet suprême serait très peu susceptible d’approuver une telle solution et l’Union soviétique remettrait en question la nécessité d’accélérer la réduction de ses armes conventionnelles en Europe. Selon lui, l’adhésion de l’Allemagne à l’OTAN sans progrès sur les structures de sécurité européennes « pourrait perturber l’équilibre de la sécurité, ce qui serait inacceptable pour l’Union Soviétique ».

Document 16 : Mémorandum de Valentin Falin à Mikhaïl Gorbatchev (extraits) (en)

Source : Mikhail Gorbatchev i germanskii vopros (Gorbatchev et la question allemande), édité par Alexander Galkin et Anatoly Chernyaev, (Moscou : Ves Mir, 2006), pp. 398-408

Ce mémorandum de l’expert le plus ancien du Comité central sur l’Allemagne sonne comme un signal d’alarme pour Gorbatchev. Falin le dit sans détour : alors que la politique européenne soviétique est tombée dans l’apathie et même la « dépression » après les élections du 18 mars en Allemagne de l’Est, et que Gorbatchev lui-même a laissé Kohl accélérer le processus d’unification, ses compromis sur l’Allemagne au sein de l’OTAN ne peuvent que conduire à l’abandon de son objectif principal pour l’Europe – la maison commune européenne. « Pour résumer les six derniers mois, il faut conclure que la « maison commune européenne », qui était une tâche concrète que les pays du continent commençaient à mettre en œuvre, est en train de se transformer en mirage ». Alors que l’Occident amadoue Gorbatchev pour le convaincre d’accepter l’unification allemande au sein de l’OTAN, Faline note (à juste titre) que « les États occidentaux violent déjà le principe du consensus en concluant entre eux des accords préliminaires » concernant l’unification allemande et l’avenir de l’Europe qui n’incluent pas une « longue phase de développement constructif ». Il note que l’Occident « met en avant intensivement non seulement l’OTAN, mais aussi nos alliés du Pacte de Varsovie » dans le but d’isoler l’URSS dans le cadre de de la conférence des deux plus quatre et de la CSCE (Conférence sur la Sécurité et la Coopération en Europe).

Il ajoute que les voix raisonnables ne sont plus entendues : « Genscher continue de temps en temps à discuter de l’accélération du mouvement vers la sécurité collective européenne avec la « dissolution de l’OTAN et de l’OMC ». … Mais très peu de gens… entendent Genscher ». Faline propose d’utiliser les droits soviétiques des quatre puissances (NDT: les quatre alliés de la seconde guerre mondiale : Angleterre, URSS, France et USA) pour parvenir à un règlement formel juridiquement contraignant égal à un traité de paix qui garantirait les intérêts sécuritaires soviétiques comme « notre seule chance d’arrimer l’unification allemande au processus paneuropéen ». Il suggère également d’utiliser les négociations sur la maîtrise des armements à Vienne et à Genève comme levier si l’Occident continue de profiter de la souplesse soviétique. Le mémo propose des dispositions spécifiques pour le règlement final avec l’Allemagne, dont la négociation prendrait beaucoup de temps et fournirait une fenêtre pour la construction de structures européennes. Mais l’idée principale du mémo est d’avertir Gorbatchev de ne pas être naïf quant aux intentions de ses partenaires américains : « L’Occident nous domine, promettant de respecter les intérêts de l’URSS, mais en pratique, nous séparant pas à pas de « l’Europe traditionnelle » ».

Source : George H. W. Bush Presidential Library, sous-dossiers NSC Scowcroft, boîte 91126, dossier « Gorbatchev (Dobrynin) Sensitive 1989 – June 1990[3] ».

Le secrétaire d’État venait de passer près de quatre heures à Bonn, le 4 mai 1990, pour rencontrer le ministre soviétique des Affaires étrangères, traitant de toute une série de questions, mais centrées sur la crise en Lituanie et les négociations sur l’unification allemande. Comme lors des pourparlers de février et tout au long de l’année, Baker s’est efforcé de donner aux Soviétiques l’assurance de les inclure dans l’avenir de l’Europe. Baker rapporte : « J’ai aussi utilisé votre discours et notre reconnaissance de la nécessité d’adapter l’OTAN, politiquement et militairement, et de développer la CSCE pour rassurer Chevardnadze sur le fait que le processus ne produirait pas des gagnants et des perdants. Au lieu de cela, cela produirait une nouvelle structure européenne légitime – une structure qui serait inclusive et non exclusive ». La réponse de Chevardnadze indique que « notre discussion sur la nouvelle architecture européenne était compatible avec une grande partie de leur pensée, même si leur pensée était encore en cours de développement ». Baker raconte que Chevardnadze « a souligné à nouveau la difficulté psychologique qu’ils ont – en particulier l’opinion publique soviétique – d’accepter une Allemagne unifiée au sein de l’OTAN ». Astucieusement, Baker prédit que Gorbatchev ne « s’attaquera pas maintenant à ce genre de question politique émotionnellement chargée » et probablement pas avant le Congrès du Parti en juillet.

Source : Archives de la Fondation Gorbatchev, Fond 1, Opis 1.

Cette conversation fascinante couvre toute une série de questions sur la maîtrise des armements en préparation du sommet de Washington et comprend des discussions approfondies, quoique peu concluantes, sur l’unification allemande et les tensions dans les pays baltes, en particulier l’impasse entre Moscou et la Lituanie sécessionniste. Gorbatchev fait une tentative passionnée pour persuader Baker que l’Allemagne devrait se réunifier en dehors des principaux blocs militaires, dans le contexte du processus paneuropéen. Baker fournit à Gorbatchev neuf points d’assurance pour prouver que sa position est prise en compte. Le point huit est le plus important pour Gorbatchev, à savoir que les États-Unis « s’efforcent, dans divers forums, de transformer la CSCE en une institution permanente qui deviendrait la pierre angulaire d’une nouvelle Europe ».

En dépit de cette assurance, lorsque Gorbatchev mentionne la nécessité de construire de nouvelles structures de sécurité pour remplacer les blocs, Baker laisse échapper une réaction personnelle qui en dit long sur la véritable position américaine sur le sujet : « C’est bien de parler de structures de sécurité paneuropéennes, du rôle de la CSCE. C’est un rêve merveilleux, mais juste un rêve. En attendant, l’OTAN existe… » Gorbatchev suggère que si le côté américain insiste pour que l’Allemagne fasse partie de l’OTAN, alors il « annoncera a publiquement que nous voulons nous aussi rejoindre l’OTAN ». Chevardnadze va plus loin, offrant une observation prophétique : « si l’Allemagne unie devient membre de l’OTAN, elle fera sauter la perestroïka. Notre peuple ne nous pardonnera pas. Les gens diront qu’on a fini par être les perdants, pas les gagnants. »

Source : Mikhail Gorbatchev i germanskii vopros (Gorbatchev et la question allemande), édité par Alexander Galkin et Anatoly Chernyaev, (Moscou : Ves Mir, 2006), pp. 454-466

Gorbatchev considérait que, de tous les Européens, le président français était son plus proche allié dans la construction d’une Europe de l’après-guerre froide, parce que le dirigeant soviétique pensait que Mitterrand partageait sa conception de la maison européenne commune et l’idée de dissoudre les deux blocs militaires en faveur de nouvelles structures de sécurité européennes. Et Mitterrand partageait ce point de vue, dans une certaine mesure. Dans cette conversation, Gorbatchev espère toujours persuader son homologue de se joindre à lui pour s’opposer à l’unification allemande au sein de l’OTAN. Mitterrand est tout à fait direct, disant à Gorbatchev qu’il est trop tard pour défendre cette cause et qu’il n’apporterait pas son soutien, parce que « si je dis non à l’adhésion de l’Allemagne à l’OTAN, je serai isolé de mes partenaires occidentaux ». Cependant, Mitterrand suggère que Gorbatchev exige des « garanties appropriées » de la part de l’OTAN. Il parle du danger d’isoler l’Union soviétique dans la nouvelle Europe et de la nécessité de « créer des conditions de sécurité pour vous, ainsi que la sécurité européenne dans son ensemble. C’était l’un de mes objectifs directeurs, en particulier lorsque j’ai proposé mon idée de créer une confédération européenne. C’est similaire à votre concept d’une maison européenne commune. »

Dans ses recommandations à Gorbatchev, Mitterrand reprend essentiellement les lignes de la note de Faline (voir Document 16). Il dit que Gorbatchev devrait s’efforcer de parvenir à un accord formel avec l’Allemagne en utilisant les droits de l’URSS dans le cadre des quatre puissances et l’effet de levier des négociations sur la maîtrise des armements : « Vous n’abandonnerez pas un atout tel que les négociations sur le désarmement ». Il laisse entendre que l’OTAN n’est pas la question clé à l’heure actuelle et pourrait être noyée dans de nouvelles négociations ; l’important est plutôt d’assurer la participation soviétique au nouveau système de sécurité européen. Il répète qu’il est « personnellement en faveur du démantèlement progressif des blocs militaires ».

Gorbatchev exprime sa méfiance et ses doutes à l’égard des efforts des États-Unis pour « perpétuer l’OTAN », pour « utiliser l’OTAN pour créer une sorte de mécanisme, une institution, une sorte de directoire pour diriger les affaires du monde ». Il fait part à Mitterrand de sa crainte que les États-Unis tentent d’attirer les Européens de l’Est dans l’OTAN : « J’ai dit à Baker : nous sommes conscients de votre attitude favorable envers l’intention exprimée par un certain nombre de représentants des pays d’Europe de l’Est de se retirer du Pacte de Varsovie et d’adhérer ensuite à l’OTAN ». Et qu’en est-il de l’adhésion de l’URSS ?

Mitterrand accepte de soutenir Gorbatchev dans ses efforts pour encourager les processus paneuropéens et veiller à ce que les intérêts en matière de sécurité soviétiques soient pris en compte tant qu’il n’a pas à dire « non » aux Allemands. Il dit : « J’ai toujours dit à mes partenaires de l’OTAN : prenez l’engagement de ne pas déplacer les formations militaires de l’OTAN de leur territoire actuel en RFA vers l’Allemagne de l’Est. »

Source : George H.W. Bush Presidential Library, NSC Scowcroft Files, FOIA 2009-0275-S 2009-0275-S

Fidèle à sa parole, Mitterrand écrit une lettre à George Bush décrivant la situation difficile de Gorbatchev sur la question de l’unification allemande au sein de l’OTAN, qu’il qualifie d’authentique, et non de « trucage ou de tactique ». Il met en garde le président américain contre une réalisation en tant que fait accompli sans le consentement de Gorbatchev, ce qui implique que Gorbatchev pourrait riposter sur le contrôle des armements (exactement ce que Mitterrand lui-même – et Falin tout à l’heure – a suggéré dans sa conversation). Mitterrand plaide en faveur d’un « règlement de paix formel dans le cadre du droit international » et informe Bush que dans sa conversation avec Gorbatchev, il a « indiqué que, du côté occidental, nous ne refuserions certainement pas de détailler les garanties qu’il serait en droit d’attendre pour la sécurité de son pays ». Mitterrand pense que « nous devons essayer de dissiper les inquiétudes de M. Gorbatchev », et propose de présenter « un certain nombre de propositions » sur de telles garanties lors de sa rencontre avec Bush en personne.

Source : Archives de la Fondation Gorbatchev, Moscou, Fond 1, opis 1.13Publié en anglais pour la première fois dans Savranskaya et Blanton, The Last Superpower Summits (2016), pp. 664-676.

Dans cette célèbre discussion dite des « deux points d’ancrage », les délégations américaine et soviétique délibèrent sur le processus d’unification de l’Allemagne et en particulier sur la question de l’adhésion à l’OTAN d’une Allemagne unie. Bush essaie de persuader son homologue de reconsidérer ses craintes de l’Allemagne, craintes basées sur le passé, et de l’encourager à faire confiance à la nouvelle Allemagne démocratique. Le président américain dit : « Croyez-moi, nous ne poussons pas l’Allemagne vers l’unification, et ce n’est pas nous qui déterminons le rythme de ce processus. Et bien sûr, nous n’avons pas l’intention, même dans nos pensées, de nuire à l’Union soviétique de quelque façon que ce soit. C’est pourquoi nous parlons en faveur de l’unification allemande au sein de l’OTAN sans ignorer le contexte plus large de la CSCE, en prenant en considération les liens économiques traditionnels entre les deux États allemands. Un tel modèle, à notre avis, correspond également aux intérêts soviétiques ». M. Baker réitère les neuf assurances données précédemment par l’administration, notamment que les États-Unis acceptent maintenant de soutenir le processus paneuropéen et la transformation de l’OTAN afin d’éliminer la perception soviétique de la menace. La position préférée de Gorbatchev est celle d’une Allemagne, avec un pied dans l’OTAN et dans le Pacte de Varsovie – les « deux points d’ancrage » – créant une sorte d’adhésion liée. Baker intervient en disant que « les obligations simultanées d’un seul et même pays envers le Pacte de Varsovie [Warsaw Treaty Organisation (WTO), NdT] et l’OTAN sentent la schizophrénie ». Après que le président américain a défini la question dans le contexte de l’accord d’Helsinki, Gorbatchev propose que le peuple allemand ait le droit de choisir son alliance – ce qu’il avait déjà affirmé à Kohl lors de leur réunion de février 1990. Ici, Gorbatchev dépasse largement sa mission et suscite la colère des autres membres de sa délégation, en particulier le fonctionnaire du portefeuille allemand, Valentin Faline, et le maréchal Sergey Akhromeyev. Gorbatchev met en garde contre l’avenir : « si le peuple soviétique a l’impression que nous ne sommes pas pris en compte dans la question allemande, alors tous les processus positifs en Europe, y compris les négociations à Vienne [sur les forces conventionnelles], seraient en grand danger. Ce n’est pas seulement du bluff. C’est simplement que les gens vont nous forcer à nous arrêter et à regarder autour de nous ». C’est un aveu remarquable du dernier dirigeant soviétique au sujet des pressions politiques intérieures.

Source : Documents on British Policy Overseas, série III, volume VII : German Unification, 1989-1990. (Ministère des affaires étrangères et du Commonwealth. Documents on British Policy Overseas, sous la direction de Patrick Salmon, Keith Hamilton et Stephen Twigge, Oxford et New York, Routledge 2010), p. 411-417.

Margaret Thatcher rend visite à Gorbatchev juste après son retour de son sommet avec George Bush. Parmi les nombreux sujets de la conversation, le centre de gravité est l’unification allemande et l’OTAN, sur laquelle, note M. Powell, les vues de Gorbatchev « évoluaient encore ». Plutôt que de se mettre d’accord sur l’unification allemande au sein de l’OTAN, Gorbatchev parle de la nécessité pour l’OTAN et le pacte de Varsovie de se rapprocher, aller de la confrontation à la coopération pour construire une nouvelle Europe : « Nous devons modeler les structures européennes pour qu’elles nous aident à trouver la maison européenne commune. Aucune des deux parties ne doit avoir peur des solutions non orthodoxes ».

Tandis que Thatcher s’élève contre les idées de Gorbatchev, éloignées d’une adhésion totale de l’Allemagne à l’OTAN et souligne l’importance d’une présence militaire américaine en Europe, elle voit aussi que « la CSCE pourrait fournir le parapluie pour tout cela, tout en étant le forum qui a amené l’Union soviétique à discuter pleinement de l’avenir de l’Europe ». Gorbatchev dit qu’il veut « être tout à fait franc avec le Premier ministre » que si les processus devenaient unilatéraux, « il pourrait y avoir une situation très difficile [et] l’Union soviétique se sentirait menacée dans sa sécurité ». Thatcher répond fermement qu’il n’était dans l’intérêt de personne de mettre en péril la sécurité soviétique : « nous devons trouver des moyens de donner à l’Union soviétique l’assurance que sa sécurité serait assurée ».

Source : Mikhail Gorbatchev i germanskii vopros (Gorbatchev et la question allemande) , édité par Alexander Galkin et Anatoly Chernyaev, (Moscou : Ves Mir, 2006), pp. 495-504

Cette conversation clé entre le chancelier Kohl et le président Gorbatchev établit les derniers paramètres de l’unification allemande. M. Kohl parle à plusieurs reprises de la nouvelle ère des relations entre une Allemagne unie et l’Union soviétique, et de la façon dont ces relations contribueraient à la stabilité et à la sécurité européennes. Gorbatchev exige des assurances sur la non-expansion de l’OTAN : « nous devons parler de la non-prolifération des structures militaires de l’OTAN sur le territoire de la RDA, et y maintenir les troupes soviétiques pendant une certaine période de transition ». Le dirigeant soviétique note plus tôt dans la conversation que l’OTAN a déjà commencé à se transformer. Pour lui, l’engagement de la non-expansion de l’OTAN sur le territoire de la RDA signifie que l’OTAN ne tirerait pas profit de la volonté soviétique de faire des compromis sur l’Allemagne. Il exige également que le statut des troupes soviétiques en RDA pour la période de transition soit « réglementé. Il ne doit pas rester en suspens, il a besoin d’une base juridique ». Il donne à Kohl les réflexions soviétiques pour un traité soviétique-allemand à part entière qui inclurait de telles garanties. Il veut aussi de l’aide pour relocaliser les troupes et construire des logements pour elles. Kohl promet de le faire tant que cette aide n’est pas interprétée comme « un programme d’aide allemande à l’armée soviétique ».

Parlant de l’avenir de l’Europe, M. Kohl fait allusion à la transformation de l’OTAN : « Nous savons ce qui attend l’OTAN dans l’avenir, et je pense que vous êtes maintenant aussi au courant ». M. Kohl souligne également que le président Bush est conscient des accords entre l’Union soviétique et l’Allemagne et qu’il les appuie et qu’il jouera un rôle clé dans la construction de la nouvelle Europe. Tchernyaev résume cette rencontre dans son journal du 15 juillet 1990 : « Aujourd’hui – Kohl. Ils se réunissent au manoir Schechtel dans la rue Alexei Tolstoy.Gorbatchev confirme son accord pour l’entrée de l’Allemagne unifiée dans l’OTAN. Kohl est ferme et confiant. Il mène un jeu propre mais difficile. Et ce n’est pas qu’il se laisse appâter (prêts) mais le fait que là, « il est inutile de résister, cela irait à l’encontre du courant des événements, ce serait contraire aux réalités mêmes auxquelles M.S. aime tant faire référence. »» 14Anatoly Chernyaev Diary, 1990, traduit par Anna Melyakova et édité par Svetlana Savranskaya, pp. 41-42.

Source : George H.W. Bush Presidential Library, Memcons and Telcons (https://bush41library.tamu.edu/)

Le président Bush tend la main à Gorbatchev immédiatement après les réunions de Kohl-Gorbatchev à Moscou et à la retraite d’Arkhyz dans le Caucase, qui a réglé la question de l’unification allemande, ne laissant que les dispositions financières à régler en septembre. Gorbatchev avait non seulement conclu cet accord avec Kohl, mais il avait aussi survécu et triomphé au 28e Congrès du PCUS au début du mois de juillet, le dernier dans l’histoire du Parti soviétique. Gorbatchev décrit cette période comme « peut-être la période la plus difficile et la plus importante de ma vie politique ». Le Congrès a soumis le chef du parti à des critiques cinglantes de la part des communistes conservateurs et de l’opposition démocratique. Il a réussi à défendre son programme et à se faire réélire comme secrétaire général, mais il n’avait pas grand-chose à montrer sur son engagement avec l’Occident, surtout après avoir cédé tant de terrain sur l’unification de l’Allemagne.

Alors que Gorbatchev luttait pour sa vie politique en tant que dirigeant soviétique, le sommet du G-7 à Houston avait débattu des moyens d’aider la perestroïka, mais en raison de l’opposition des États-Unis aux crédits ou à l’aide économique directe avant l’adoption de réformes sérieuses pour un marché libéralisé, aucune aide concrète n’a été consentie ; le groupe s’est contenté d’autoriser des « études » par le FMI et la Banque mondiale. M. Gorbatchev réplique qu’avec des ressources suffisantes, l’URSS « pourrait passer à une économie de marché », faute de quoi le pays « devra s’appuyer davantage sur des mesures réglementées par l’État ». Dans cet appel téléphonique, Bush développe les garanties de sécurité de Kohl et renforce le message de la Déclaration de Londres : « Ce que nous avons donc essayé de faire, c’est de tenir compte des préoccupations que vous m’avez exprimées, à moi et à d’autres, et nous l’avons fait de la manière suivante : par notre déclaration commune sur la non-agression ; dans notre invitation à venir à l’OTAN ; dans notre accord pour ouvrir l’OTAN à des contacts diplomatiques réguliers avec votre gouvernement et ceux des pays d’Europe de l’Est ; et notre offre d’assurances sur la taille future des forces armées d’une Allemagne unie – une question dont je sais que vous avez discuté avec Helmut Kohl. Nous avons aussi fondamentalement changé notre approche militaire en ce qui concerne les forces conventionnelles et nucléaires. Nous avons transmis l’idée d’une CSCE élargie et renforcée avec de nouvelles institutions dans lesquelles l’URSS peut partager et faire partie de la nouvelle Europe ».

Source : George H.W. Bush Presidential Library, NSC Condoleezza Rice Files, 1989-1990 Subject Files, Dossier « Memcons and Telcons – USSR[1] ».

Le personnel du Bureau européen du département d’État a rédigé ce document, pratiquement un mémorandum, et l’a adressé à des hauts fonctionnaires tels que Robert Zoellick et Condoleezza Rice, sur la base des notes prises par les participants américains lors de la dernière session ministérielle sur l’unification de l’Allemagne, le 12 septembre 1990. Le document contient les déclarations des six ministres du processus deux-plus-quatre – Chevardnadze (l’hôte), Baker, Hurd, Dumas, Genscher et De Maiziere de la RDA – (dont une grande partie sera reprise dans leurs conférences de presse après l’événement), ainsi que le texte adopté du traité final sur l’unification de l’Allemagne. Le traité codifie ce que Bush avait auparavant offert à Gorbatchev – un « statut militaire spécial » pour le territoire de l’ancienne RDA. À la dernière minute, les préoccupations des Britanniques et des Américains, qui craignaient que les termes ne restreignent les mouvements de troupes d’urgence de l’OTAN, ont forcé l’insertion d’une « minute » qui laissait à l’Allemagne nouvellement unifiée et souveraine le soin de déterminer la signification du mot « déployée ». Kohl avait promis à Gorbatchev que seules les troupes allemandes de l’OTAN seraient autorisées sur ce territoire après le départ des Soviétiques, et l’Allemagne a tenu cet engagement, même si la « minute » était destinée à permettre à d’autres troupes de l’OTAN de la parcourir ou d’y mener des exercices au moins temporairement. Par la suite, les collaborateurs de Gorbatchev, comme Pavel Palazhshenko, invoqueraient le libellé du traité pour soutenir que l’expansion de l’OTAN violait « l’esprit » de ce traité de règlement final.

Source : George H. W. Bush Presidential Library, NSC Heather Wilson Files, Box CF00293, Folder « NATO – Strategy (5) ».

L’administration Bush avait créé le « Ungroup » [comitė inter-administrations dont les membres avaient instruction de nier l’existence, NdR] en 1989 pour travailler autour d’une série de conflits de personnalité au niveau du secrétaire adjoint qui avait bloqué le processus inter-institutions habituel d’élaboration de politiques sur la maîtrise des armements et les armes stratégiques. Les membres de l’Ungroup, présidé par Arnold Kanter du NSC, avaient la confiance de leurs patrons, mais pas nécessairement le titre officiel ou le grade officiel correspondant 15Voir Michael Nelson et Barbara A. Perry, 41 : Inside the Presidency of George H.W. Bush (Cornell University Press, 2014), pp. 94-95.. Le Groupe de l’Ungroup se chevauchait avec un Groupe ad hoc sur la stratégie européenne de sécurité, et c’est devenu le lieu, peu après la fin de l’unification de l’Allemagne, pour la discussion au sein de l’administration Bush sur le nouveau rôle de l’OTAN en Europe et en particulier sur les relations de l’OTAN avec les pays de l’Europe de l’Est. Les pays d’Europe de l’Est, toujours formellement dans le Pacte de Varsovie, mais dirigés par des gouvernements non communistes, étaient intéressés à devenir membres à part entière de la communauté internationale, cherchant à rejoindre la future Union européenne et potentiellement l’OTAN.

Ce document, préparé pour une discussion sur l’avenir de l’OTAN par un sous-Ungroup composé de représentants du NSC [Conseil de sécurité nationale, NdT], du département d’État, des chefs interarmées et d’autres agences, pose que « [une] menace soviétique potentielle demeure et constitue une justification fondamentale pour la poursuite de l’OTAN ». En même temps, dans la discussion sur l’adhésion potentielle de l’Europe de l’Est à l’OTAN, l’analyse suggère que « dans l’environnement actuel, il n’est pas dans le meilleur intérêt de l’OTAN ou des États-Unis que ces États se voient accorder la pleine adhésion à l’OTAN et ses garanties de sécurité ». Les États-Unis ne souhaitent pas « organiser une coalition anti-soviétique dont la frontière est la frontière soviétique » – notamment en raison de l’impact négatif que cela pourrait avoir sur les réformes en URSS. Les bureaux de liaison de l’OTAN feraient l’affaire pour le moment, a conclu le groupe, mais les relations se développeront à l’avenir. En l’absence de l’affrontement de la Guerre froide, les fonctions « hors zone » de l’OTAN devront être redéfinies.

Source : George H. W. Bush Presidential Library : NSC Philip Zelikow Files, Box CF01468, Dossier « Dossier 148 NATO Strategy Review No. 1[3] ». 16Les auteurs remercient Josh Shifrinson d’avoir fourni sa copie de ce document.

Ce mémorandum concis provient du Bureau européen du Département d’État et sert de note de couverture aux documents d’information pour une réunion prévue le 29 octobre 1990 sur les questions de l’expansion de l’OTAN et de la coopération de l’Europe en matière de défense avec l’OTAN. Le plus important est le résumé du document sur le débat interne au sein de l’administration Bush, principalement entre le département de la Défense (en particulier le bureau du secrétaire à la Défense, Dick Cheney) et le département d’État. Sur la question de l’expansion de l’OTAN, l’OSD (Bureau du Secrétaire de la Défense) « souhaite laisser la porte entrouverte » alors que l’État « préfère simplement noter que la discussion sur l’élargissement de l’adhésion n’est pas à l’ordre du jour… ». L’administration Bush adopte effectivement le point de vue de l’État dans ses déclarations publiques, mais le point de vue de la Défense l’emportera dans la prochaine administration.

Source : Journal personnel de Rodric Braithwaite (utilisé avec l’autorisation de l’auteur).

L’ambassadeur britannique Rodric Braithwaite était présent lorsqu’un certain nombre d’assurances ont été données aux dirigeants soviétiques en 1990 et 1991 au sujet de l’expansion de l’OTAN. Dans son journal, Braithwaite décrit ici une rencontre entre le premier ministre britannique John Major et des responsables militaires soviétiques, sous la direction du ministre de la Défense, le maréchal Dmitry Yazov. La rencontre a eu lieu pendant la visite du major à Moscou et juste après son entretien individuel avec le président Gorbatchev. Au cours de la réunion avec Major, Gorbatchev avait fait part de ses préoccupations au sujet de la nouvelle dynamique de l’OTAN : « Dans le contexte de processus favorables en Europe, je commence soudain à recevoir des informations selon lesquelles certains cercles ont l’intention de continuer à renforcer davantage l’OTAN en tant que principal instrument de sécurité en Europe. Auparavant, ils ont parlé de changer la nature de l’OTAN, de transformer les blocs militaro-politiques existants en structures et mécanismes de sécurité paneuropéens. Et maintenant, soudainement [ils parlent] d’un rôle spécial de maintien de la paix de l’OTAN. Ils parlent à nouveau de l’OTAN comme d’une pierre angulaire. Cela ne semble pas correspondre à la maison commune européenne que nous avons commencé à construire ». Major a répondu : « Je crois que vos réflexions sur le rôle de l’OTAN dans la situation actuelle sont le résultat d’un malentendu. Il ne s’agit pas de renforcer l’OTAN. Nous parlons de la coordination des efforts déjà en cours en Europe entre l’OTAN et l’Union de l’Europe occidentale, ce qui, comme on l’envisage, permettrait à tous les membres de la Communauté européenne de contribuer au renforcement de [notre] sécurité » 17Voir Mémorandum de la conversation entre Mikhaïl Gorbatchev et John Major publié dans Mikhaïl Gorbatchev, Sobranie Sochinenii (œuvres complètes), v. 24 (Moscou : Ves Mir, 2014), p. 346.. Lors de la réunion avec les responsables militaires qui a suivi, le maréchal Yazov s’est dit préoccupé par l’intérêt des dirigeants d’Europe de l’Est pour l’adhésion à l’OTAN. Dans le journal, Braithwaite écrit : « Major lui assure que rien de ce genre n’arrivera ». Des années plus tard, citant le compte rendu de la conversation dans les archives britanniques, Braithwaite raconte que Major a répondu à Yazov qu’il « n’avait pas lui-même anticipé la conjoncture actuelle ou future où les pays d’Europe de l’Est deviendraient membres de l’OTAN ». L’ambassadeur Braithwaite cite également le ministre des Affaires étrangères Douglas Hurd, qui a déclaré au ministre soviétique des Affaires étrangères Alexander Bessmertnykh, le 26 mars 1991 : « Il n’y a pas de plans au sein de l’OTAN pour inclure les pays d’Europe centrale et orientale dans l’OTAN sous une forme ou une autre. » 18Voir Rodric Braithwaite, L’élargissement de l’OTAN : assurances et malentendus, Conseil européen des relations extérieures, Commentaire, 7 juillet 2016.

Source : U.S. Department of Defense, FOIA release 2016, National Security Archive FOIA 20120941DOD109.

Ces mémos d’avril 1991 fournissent les éléments pour « l’instruction de Vaclav Havel » sur l’OTAN (voir Documents 12-1 et 12-2 ci-dessus). Le sous-secrétaire américain à la défense pour la politique de défense, Paul Wolfowitz, a inclus ces mémos dans son rapport au NSC et au Département d’État sur sa participation à une conférence à Prague sur « L’avenir de la sécurité européenne », du 24 au 27 avril 1991. Au cours de la conférence, Wolfowitz a eu des réunions séparées avec Havel et le ministre de la Défense Dobrovsky. Dans la conversation avec Havel, Wolfowitz le remercie pour ses déclarations sur l’importance des troupes de l’OTAN et des États-Unis en Europe. Havel l’informe que l’ambassadeur soviétique Kvitsinsky était à Prague pour négocier un accord bilatéral, et les Soviétiques voulaient que l’accord comprenne une disposition selon laquelle la Tchécoslovaquie ne se joindrait pas à des alliances hostiles à l’URSS. Wolfowitz conseille à Havel et Dobrovsky de ne pas conclure de tels accords et de rappeler aux Soviétiques les dispositions de l’Acte final d’Helsinki qui postulent la liberté d’adhérer aux alliances de leur choix. Havel déclare que pour la Tchécoslovaquie dans les 10 prochaines années, cela signifie l’OTAN et l’Union européenne.

Dans une conversation avec Dobrovsky, Wolfowitz remarque que « l’existence même de l’OTAN était en doute il y a un an », mais avec le leadership américain et le soutien des alliés de l’OTAN (ainsi que de l’Allemagne unie), son importance pour l’Europe est maintenant comprise, et les déclarations des dirigeants de l’Europe de l’Est étaient importantes à cet égard. Dobrovsky décrit avec franchise le changement de position du gouvernement tchécoslovaque, « qui avait radicalement révisé ses vues. Au début, le président Havel avait demandé la dissolution du Pacte de Varsovie et de l’OTAN », mais il a ensuite conclu que l’OTAN devait être maintenue. « En secret, dit Dobrovsky, la RFTS (Czech & Slovak Federal Republic) était attirée par l’OTAN parce qu’elle assurait la présence américaine en Europe ».

Source : Archives d’État de la Fédération de Russie (GARF), Fond 10026, Opis 1.

Ce document est important pour décrire le message clair lancé en 1991 par les plus hauts responsables de l’OTAN – le Secrétaire général Manfred Woerner – selon lequel il n’y avait pas élargissement de l’OTAN. L’auditoire était une délégation du Soviet Suprême Russe qui, dans ce mémo, rendait compte à Boris Eltsine (qui, en juin, avait été élu président de la république russe, la plus grande de l’Union soviétique), mais il ne fait aucun doute que Gorbatchev et ses collaborateurs percevaient la même garantie à l’époque. Les institutions de sécurité russes naissantes s’inquiétaient déjà de la possibilité d’une expansion de l’OTAN, si bien qu’en juin 1991, cette délégation s’est rendue à Bruxelles pour rencontrer les dirigeants de l’OTAN, entendre leurs points de vue sur l’avenir de l’OTAN et partager les préoccupations de la Russie. Woerner avait prononcé un discours très apprécié à Bruxelles en mai 1990, dans lequel il déclarait : « La tâche principale de la prochaine décennie sera de construire une nouvelle structure de sécurité européenne, incluant l’Union soviétique et les pays du Pacte de Varsovie. L’Union soviétique aura un rôle important à jouer dans la construction d’un tel système. Si vous considérez la situation actuelle de l’Union soviétique, qui n’a pratiquement plus d’alliés, alors vous pouvez comprendre son souhait justifié de ne pas être expulsé de l’Europe ».

Aujourd’hui, à la mi-1991, Woerner répond aux Russes en déclarant que lui-même et le Conseil de l’OTAN sont contre l’expansion – « 13 des 16 membres de l’OTAN partagent ce point de vue » – et qu’il s’exprimera contre l’adhésion de la Pologne et de la Roumanie à l’OTAN auprès des dirigeants de ces pays comme il l’a déjà fait avec les dirigeants de la Hongrie et de la Tchécoslovaquie. Woerner souligne que « Nous ne devons pas permettre l’isolement de l’URSS par rapport à la communauté européenne ». La délégation russe a averti que tout renforcement ou expansion de l’OTAN pourrait « ralentir sérieusement les transformations démocratiques » en Russie, et a appelé leurs interlocuteurs de l’OTAN à diminuer progressivement les fonctions militaires de l’alliance. Ce mémo sur la conversation de Woerner a été rédigé par trois réformateurs éminents et proches alliés de Eltsine – Sergey Stepashin (président de la commission de sécurité de la Douma et futur sous-ministre de la sécurité et premier ministre), le général. Konstantin Kobets (futur inspecteur militaire en chef de la Russie après avoir été l’officier militaire soviétique le plus haut placé à soutenir Eltsine pendant le coup d’État d’août 1991) et le général Dmitry Volkogonov (conseiller d’Eltsine pour les questions de défense et de sécurité, futur chef de la Commission mixte USA-Russie sur le POW-MIA de l’époque et éminent historien militaire). [NdT : voir Defense POW/MIA sur Wikipédia]

 

Page tirée des notes de Stepanov-Mamaladze du 12 février 1990, reflétant l’assurance de Baker à Shevardnadze lors de la conférence Ciel ouvert d’Ottawa : « Et si l'[Allemagne unie] reste dans l’OTAN, nous devrions veiller ne pas étendre sa juridiction vers l’est ».

Eduard A. Shevardnadze (à droite) salue Hans-Dietrich Genscher (à gauche) et Helmut Kohl (au milieu) à leur arrivée à Moscou le 10 février 1990 pour des entretiens sur la réunification allemande. Photo : AP Photo / Victor Yurchenko.

L’accord pour entamer les pourparlers Deux plus quatre est présenté à la presse par les six ministres des Affaires étrangères lors de la conférence « Ciel ouvert » à Ottawa le 13 février 1990. De gauche à droite : Eduard Chevardnadze (URSS), James A. Baker (US), Hans-Dietrich Genscher (RFA), Roland Dumas (France), Douglas Hurd (Grande-Bretagne), Oskar Fischer (RDA). Photo : Bundesbildstelle / Presseund Informationsamt der Bundesregierung.

Premier cycle officiel des négociations Deux plus quatre, avec les six ministres des Affaires étrangères, à Bonn, le 5 mai 1990. Photo : Bundesbildstelle / Presseund Informationsamt der Bundesregierung.

De droite à gauche : Le ministre des Affaires étrangères Hans-Dietrich Genscher (RFA), le ministre-président Lothar de Maizière (RDA) et les ministres des Affaires étrangères Roland Dumas (France), Eduard Chevardnadze (URSS), Douglas Hurd (Grande-Bretagne) et James Baker (USA) signent l’Accord Deux Plus Quatre (Traité sur le règlement définitif concernant l’Allemagne) à Moscou le 12 septembre 1990. Photo : Bundesbildstelle / Presseund Informationsamt der Bundesregierung.

Les séances de travail à Camp David se sont déroulées sur le pont, à l’extérieur, ici dans le sens des aiguilles d’une montre depuis le haut à gauche, l’interprète Peter Afanasenko, Baker, Bush, le vice-président Dan Quayle (le seul en cravate), Scowcroft, Chevardnadze, Gorbatchev et Akhromeyev (de retour à la caméra), le 2 juin 1990. (Crédit : George H.W. Bush Presidential Library, P13412-08)

Le président Bush salue le président tchèque Vaclav Havel devant la Maison-Blanche, Washington, D.C., 20 février 1990 Crédit : George Bush Presidential Library and Museum.

Le ministre des Affaires étrangères, M. Genscher, remet au président Bush un morceau du mur de Berlin, Bureau ovale de la Maison-Blanche, Washington, D.C., 21 novembre 1989, Crédit : George Bush Presidential Library and Museum.

Les dirigeants se sont réunis pour une photo de groupe à Camp David, tous souriants, à l’exception du maréchal soviétique à droite. De gauche à droite, Baker, Barbara Bush, le président Bush, Raisa

L’arrivée au sommet de Washington, le 31 mai 1990, a été marquée par une grande cérémonie sur la pelouse de la Maison-Blanche, où le président Bush a salué officiellement Mikhaïl Gorbatchev, aujourd’hui président de l’URSS. (Crédit : George H.W. Bush Presidential Library, P13298-18)

Source : National Security Archive, Svetlana Savranskaya & Tom Blanton, 12-12-2017

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

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Notes

Notes
1 Voir Robert Gates, Université de Virginie, Miller Center Oral History, George H.W. Bush Presidency, 24 juillet 2000, p. 101).
2 Voir le chapitre 6, Le Sommet de Malte 1989, dans le livre de Svetlana Savranskaya et Thomas Blanton, The Last Superpower Summits (CEU Press, 2016), pp. 481-569. Le commentaire sur le Mur est à la page 538.
3 Pour l’historique, le contexte et les conséquences du discours de Tutzing, voir Frank Elbe, The Diplomatic Path to Germany Unity, Bulletin de l’Institut historique allemand 46 (printemps 2010), pp. 33-46. Elbe était le chef d’état-major de Genscher à l’époque.
4 Voir Mark Kramer, The Myth of a No-NATO-Enlargement Pledge to Russia, The Washington Quarterly, avril 2009, pp. 39-61.
5 Voir Joshua R. Itkowitz Shifrinson, Deal or No Deal ? The End of the Cold War and the U.S. Offer to Limit NATO Expansion, International Security, Spring 2016, Vol. 40, No. 4, pp. 7-44.
6 Voir James Goldgeier, Not Whether But When : The U.S. Decision to Enlarge NATO (Brookings Institution Press, 1999) ; et James Goldgeier, Promises Made, Promises Broken ? What Yeltsin was told about NATO in 1993 and why it matters, War On The Rocks, 12 juillet 2016.
7 Voir aussi Svetlana Savranskaya, Thomas Blanton et Vladislav Zubok, Masterpieces of History : The Peaceful End of the Cold War in Europe, 1989 (CEU Press, 2010), pour une discussion approfondie et des documents sur les négociations sur l’unification allemande du début des années 1990.
8 Genscher a dit à Baker, le 2 février 1990, qu’en vertu de son plan, « l’OTAN n’étendrait pas sa couverture territoriale à la région de la RDA ni à aucune autre région d’Europe de l’Est ». Secretary of State to US Embassy Bonn, « Baker-Genscher Meeting February 2 », George H.W. Bush Presidential Library, NSC Kanter Files, Box CF00775, Folder « Germany-March 1990 ». Cité par Joshua R. Itkowitz Shifrinson, Deal or No Deal ? The End of the Cold War and the U.S. Offer to Limit NATO Expansion, International Security, Spring 2016, Vol. 40, No. 4, pp. 7-44.
9 La version précédente de ce texte disait que Kohl était « pris dans un scandale de corruption de financement de campagne qui mettrait fin à sa carrière politique » ; cependant, ce scandale n’a éclaté qu’en 1999, après que les élections de septembre 1998 ont balayé Kohl du pouvoir. Les auteurs remercient M. H.H.H. Jansen pour la correction et sa lecture attentive de l’article.
10 Voir Andrei Grachev, Gorbatchev’s Gamble (Cambridge, Royaume-Uni : Polity Press, 2008), pp. 157-158.
11 Pour un compte rendu perspicace des efforts éducatifs très efficaces de Bush avec les dirigeants de l’Europe de l’Est, y compris Havel – ainsi que ses alliés – voir Jeffrey A. Engel, When the World Seemed New : George H.W. Bush and the End of the Cold War (Houghton Mifflin Harcourt, 2017), p. 2017. 353-359.
12 Voir George H.W. Bush et Brent Scowcroft, A World Transformed (New York : Knopf, 1998), pp. 236, 243, 250.
13 Publié en anglais pour la première fois dans Savranskaya et Blanton, The Last Superpower Summits (2016), pp. 664-676.
14 Anatoly Chernyaev Diary, 1990, traduit par Anna Melyakova et édité par Svetlana Savranskaya, pp. 41-42.
15 Voir Michael Nelson et Barbara A. Perry, 41 : Inside the Presidency of George H.W. Bush (Cornell University Press, 2014), pp. 94-95.
16 Les auteurs remercient Josh Shifrinson d’avoir fourni sa copie de ce document.
17 Voir Mémorandum de la conversation entre Mikhaïl Gorbatchev et John Major publié dans Mikhaïl Gorbatchev, Sobranie Sochinenii (œuvres complètes), v. 24 (Moscou : Ves Mir, 2014), p. 346.
18 Voir Rodric Braithwaite, L’élargissement de l’OTAN : assurances et malentendus, Conseil européen des relations extérieures, Commentaire, 7 juillet 2016.

Commentaire recommandé

Dorian // 13.02.2022 à 09h33

Excellent et énorme travail factuel. Bravo.
Sinon, même Hollywood l’a toujours dit :
« Hugh,, visages pâles, langue fourchue, »

Anecdote intéressante à propos du célèbre « hugh » indien.
Jusqu’à peu, on l’a doctement assimilé à un salut car le locuteur le disait en levant la main. En fait, il s’agit d’une expression de dégoût et de mépris et la main levée signifiait « n’approche pas ».

2 réactions et commentaires

  • Dorian // 13.02.2022 à 09h33

    Excellent et énorme travail factuel. Bravo.
    Sinon, même Hollywood l’a toujours dit :
    « Hugh,, visages pâles, langue fourchue, »

    Anecdote intéressante à propos du célèbre « hugh » indien.
    Jusqu’à peu, on l’a doctement assimilé à un salut car le locuteur le disait en levant la main. En fait, il s’agit d’une expression de dégoût et de mépris et la main levée signifiait « n’approche pas ».

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  • Myrkur34 // 13.02.2022 à 14h42

    En fait les américains ont joué double jeu en étant très conciliant au début des négociations tout en bloquant toute forme de financement ( dont la BERD) pour les énormes dettes de l’Urss et pour sa transformation en économie de marché.
    Ils étaient tellement au courant de la décomposition accélérée de l’URSS qu’ils ont décidé d’accompagner le mouvement pour que les dirigeants soviétiques soient mis devant le fait accompli par l’accélération des événements et ne puissent plus qu’entériner la liquidation effective et manifeste de l’URSS.
    Le pauvre Gorbatchev à son corps défendant s’est transformé en liquidateur judiciaire de son pays alors qu’il proposait une solution ménageant la chèvre et le chou et pas le sempiternel  » On a gagné !! Et malheur au vaincu ».
    D’où la réaction poutinienne après le naufrage de l’alcoolique Eltsine et les événements d’Ukraine d’aujourd’hui. (Je dis cela sans me faire la moindre illusion sur Poutine et ses méthodes). Quant à ceux qui disent que les pays de l’Est ont le droit aussi d’être en sécurité, effectivement cela se comprend vu l’histoire mais avec ce genre de raisonnement, la France aurait encore le droit d’avoir une zone d’occupation en Allemagne, vu ce que le pays s’est pris dans la figure en trois guerres.
    Je note les déclarations d’apaisement quasi plaintives du président Zelinsky sur la situation, et qui se rend compte petit à petit qu’il devient la portion congrue dans les négociations dont on l’exclue sciemment sauf pour la future signature.

      +5

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