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25.octobre.202125.10.2021 // Les Crises

Joe Biden fait pression pour étendre le forage offshore

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Joe Biden prétend croire aux données scientifiques sur le changement climatique. Alors pourquoi son administration déclare-t-elle que le rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat « ne présente pas de motif suffisant » pour arrêter l’expansion des forages pétroliers ?

Source : Jacobin Mag, Walker Bragman
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

Le président américain Joe Biden participe à une conférence téléphonique sur le changement climatique à Washington, 2021. (Al Drago / Getty Images)

Le président Joe Biden a fait le tour des régions américaines ravagées par le climat, avertissant que le changement climatique est une urgence « code rouge » pour la planète. Pourtant, son administration a continué à encourager les projets d’exploitation de combustibles fossiles et s’apprête maintenant à étendre considérablement le forage en mer.

La Maison Blanche fait valoir qu’une décision de justice à laquelle elle s’oppose et dont elle fait appel exige des fonctionnaires fédéraux qu’ils louent plus de 315 000 km2 du Golfe du Mexique pour l’exploration des combustibles fossiles. Les groupes de défense de l’environnement affirment toutefois que la loi fédérale donne à l’administration un large pouvoir discrétionnaire quant à l’organisation ou non de telles concessions.

En fait, les fonctionnaires de Biden ont plutôt utilisé ce pouvoir pour déclarer officiellement que les avertissements du récent rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) « ne présentent pas de motif suffisant » pour réévaluer le plan de forage.

Avec l’aide de l’organisme d’intérêt public à but non lucratif Earthjustice, plusieurs groupes de défense de l’environnement et du Golfe ont désormais lancé une action en justice contre l’administration afin d’arrêter la vente de concessions dans le Golfe. La plainte fait valoir que l’analyse environnementale qui sous-tend la vente de baux est fondée sur des données scientifiques obsolètes et arbitraires, en violation de la loi fédérale.

« Nous avons été très patients avec son administration », déclare Hallie Templeton, directrice juridique adjointe des Amis de la Terre, l’un des groupes environnementaux impliqués dans le litige. « La lune de miel est terminée. Nous sommes en septembre, ils sont en poste depuis huit mois. Il est temps pour eux de montrer qu’ils ont des priorités et qu’ils vont réellement avancer dans la bonne direction. »

Contourner le message

La semaine dernière, alors que Biden tirait la sonnette d’alarme sur le climat lors d’une tournée des localités de la côte Est frappées par l’ouragan Ida, sa propre administration sapait le message en poursuivant la vente de concessions de combustibles fossiles dans le golfe du Mexique, entamée sous la présidence de Donald Trump.

L’annonce de la vente de concessions pour de nouveaux forages est arrivée juste après la publication d’un nouveau rapport du GIEC qui mettait en garde contre des conséquences météorologiques catastrophiques si les puissances mondiales ne se décarbonisaient pas radicalement. Le rapport impute la responsabilité de la crise à l’activité humaine, notamment à l’extraction de combustibles fossiles. L’Organisation météorologique mondiale des Nations Unies a également publié récemment une étude indiquant que les catastrophes naturelles liées au climat ont été multipliées par cinq au cours des quatre dernières décennies.

Lors d’une conférence de presse cette semaine, Biden a une nouvelle fois reconnu les coûts du changement climatique, appelant l’Amérique à « prendre conscience » du problème.

« Les conditions météorologiques extrêmes ont coûté 99 milliards de dollars à l’Amérique l’année dernière, a-t-il déclaré. Et il va battre le record cette année ; il va dépasser largement les 100 milliards de dollars. »

« Des milliards de dollars en jeu »

En janvier, une semaine après son entrée en fonction, Biden a publié un décret suspendant « les nouvelles concessions de pétrole et de gaz naturel sur les terres publiques ou dans les eaux offshore, en attendant l’achèvement d’un examen complet et le réexamen des pratiques fédérales en matière de permis et de location de pétrole et de gaz ». Dans le cadre de ce décret, le secrétaire du ministère de l’Intérieur a reçu l’ordre de réexaminer les permis existants pour l’extraction de combustibles fossiles.

Peu de temps après la publication du décret, l’administration a annoncé qu’elle annulait la concession prévue de 315 000 km2 dans le golfe du Mexique, avant le début du processus d’appel d’offres prévu en mars. L’administration a également annulé la période de consultation publique qui devait mener à la vente de 1 million d’acres dans la région de Cook Inlet en Alaska. Par la suite, le ministère de l’Intérieur a également annulé les ventes à bail de terres publiques dans le Colorado, le Montana, le Nevada, le Nouveau-Mexique, l’Utah et le Wyoming.

Ce décret visait à concrétiser la promesse électorale de Biden de mettre fin aux forages sur les terres fédérales, qui sont responsables d’environ un quart des émissions de carbone aux États-Unis.

En réponse à l’ordre de Biden, treize États républicains – l’Alabama, l’Alaska, l’Arkansas, la Louisiane, la Géorgie, le Mississippi, le Missouri, le Montana, le Nebraska, l’Oklahoma, le Texas, l’Utah et la Virginie occidentale – ont intenté une action en justice contre l’administration pour relancer le programme de location dans le golfe du Mexique, en Alaska et dans les États de l’Ouest. Le Wyoming a également intenté un procès distinct.

Les procureurs généraux des États impliqués dans la poursuite étaient tous membres de la Republican Attorneys General Association, financée par les combustibles fossiles. Le procureur général de l’Alabama, Steve Marshall, est le président de la stratégie de l’association.

En juin, un juge fédéral nommé par Trump en Louisiane, Terry Doughty, a accordé aux treize États une injonction préliminaire nationale contre le moratoire de Biden, ordonnant la reprise du programme de location. Doughty a ordonné qu’il soit spécifiquement interdit à l’administration de mettre en œuvre la suspension des ventes de concessions dans le Golfe et en Alaska.

« Des millions, voire des milliards de dollars, sont en jeu », a écrit Doughty.

À la suite de cette décision, les États républicains concernés par le procès ont déposé une requête pour que le ministère de l’Intérieur soit jugé coupable d’outrage pour avoir refusé de suivre l’ordre. La motion visait à obliger le ministère à organiser la vente de concessions dans le golfe du Mexique.

En réponse, l’administration a fait savoir qu’elle faisait appel de l’ordonnance du juge, ainsi qu’un mémoire défiant la motion des États républicains au motif que l’ordonnance du tribunal « n’obligeait pas le ministère de l’Intérieur à prendre les mesures spécifiées par les plaignants, et encore moins à respecter le calendrier urgent spécifié dans la motion d’outrage des plaignants. »

Néanmoins, le 1er septembre, quelques jours après le dépôt de la requête, la Maison Blanche a mis en ligne un nouveau compte-rendu de décision indiquant qu’elle poursuivrait la vente de concessions dans le Golfe du Mexique et que le rapport du GIEC ne changerait pas son point de vue environnemental sur le plan.

« Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat a publié un nouveau rapport détaillant les observations d’un changement climatique rapide dans toutes les régions du monde, indique la décision. Ce rapport ne présente pas de motif suffisant pour compléter la (déclaration d’impact sur l’environnement) à ce stade. »

Les deux côtés de la médaille

Les militants écologistes affirment que l’administration pourrait adopter une position plus stricte sur le forage sur les terres publiques et en mer.

« Si l’administration va faire appel [de cet arrêté], pourquoi ne pas demander un sursis pour lui permettre de poursuivre la pause pendant que l’appel est en cours ?, dit Templeton. C’est vraiment confus ce qui se passe ici, ils veulent jouer sur les deux tableaux : à la fois interdire la pause concernant des nouvelles concessions et interdire le moratoire suspendant les forages. »

Même sans un tel sursis, Brettny Hardy, avocat principal à Earthjustice, dit que la loi fédérale accorde au gouvernement le pouvoir discrétionnaire de tenir ou non des ventes de concessions.

« Initialement, la raison qu’ils ont donnée lorsqu’ils ont annulé la vente de bail est qu’il y avait une pause du décret exécutif, dit-elle. Ils ne peuvent donc pas décider d’annuler la vente à bail à cause de la pause, car celle-ci n’est plus appliquée à l’heure actuelle. Mais ils pourraient annuler la vente à bail pour un certain nombre d’autres raisons, y compris le fait qu’ils n’ont pas d’analyse environnementale adéquate. »

Selon Hardy, l’étude d’impact sur l’environnement requise pour la vente de baux dans le Golfe est maintenant périmée parce qu’elle a été réalisée il y a des années, avant les récents progrès de la science de l’attribution qui ont lié plus étroitement l’activité humaine et les effets extrêmes du changement climatique.

Selon Templeton, la décision de l’administration selon laquelle le nouveau rapport alarmant du GIEC « ne présente pas de motif suffisant » pour effectuer une nouvelle analyse environnementale n’a pas de sens.

« Pourquoi s’appuyer sur des analyses environnementales vieilles de cinq ans pour poursuivre cette autorisation alors que la loi est claire [précisant que] vous devez avoir une analyse actualisée et vous appuyer sur les meilleures données scientifiques disponibles ?, dit-elle. Nous avons des données scientifiques depuis 2016 qui montrent que le changement climatique est pire que jamais et notre délai n’est pas très long pour faire marche arrière. »

Source : Jacobin Mag, Walker Bragman, 17-09-2021
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

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Commentaire recommandé

Fabrice // 25.10.2021 à 08h07

Les écologistes n’ont pas non plus compris que ceux qui financent les démocrates et les républicains sont les mêmes comme des marionnettistes la main gauche est démocrate et la main droite républicaine.

la gauche est juste plus policée mais plus fourbe et l’autre plus excessive mais dit ce qu’elle pense mais au final le manipulateur est toujours le même et avance sans faiblir d’un iota le business l’emportera même sur notre survie.

6 réactions et commentaires

  • Fabrice // 25.10.2021 à 08h07

    Les écologistes n’ont pas non plus compris que ceux qui financent les démocrates et les républicains sont les mêmes comme des marionnettistes la main gauche est démocrate et la main droite républicaine.

    la gauche est juste plus policée mais plus fourbe et l’autre plus excessive mais dit ce qu’elle pense mais au final le manipulateur est toujours le même et avance sans faiblir d’un iota le business l’emportera même sur notre survie.

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  • Jessim // 25.10.2021 à 08h12

    Alors comme ça sleepy joe aurait menti et tiendrait un double discours, ca me rappelle un président français actuellement en exercice.
    Trump avait au moins le merite d’être honnête sur ce sujet.

      +14

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  • Bats0 // 25.10.2021 à 11h21

    « Les conditions météorologiques extrêmes ont coûté 99 milliards de dollars à l’Amérique l’année dernière, a-t-il (Joe Biden) déclaré. Et il va battre le record cette année ; il va dépasser largement les 100 milliards de dollars. »
    « Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat a publié un nouveau rapport détaillant les observations d’un changement climatique rapide dans toutes les régions du monde, indique la décision. Ce rapport ne présente pas de motif suffisant pour compléter la (déclaration d’impact sur l’environnement) à ce stade. »
    Tant que la banque fédérale pourra imprimer des billets comme s’il en pleuvaient des seaux, tant qu’ils pourront continuer à habiter dans des habitations complètement climatisées, tant qu’ils continueront à avoir du personnel pour faire les tâches qu’ils ne veulent plus faire et ne se rendront même pas compte du temps qu’il fait à l’extérieur, tant que tous ces dirigeants ne seront pas directement concernés par une conséquence grave sur leurs proches due au changement climatique, ils ne prendront jamais des décisions importantes pour atténuer ces phénomènes climatiques, qui eux croîtront de manière exponentielle, et non linéaire, comme certains semblent le croire.
    Au lieu de prendre le mur à 20, 30 km/h, on le prendra à 110, voir 140 km/h, et les pertes humaines seront considérables.

      +8

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  • Savonarole // 25.10.2021 à 13h47

    Je lisais une stat la semaine dernière, le 1% a plus de fric que tout les autres ensembles aux US.
    Vous croyez vraiment qu’ils vont faire une politique pour les 99% qui restent ? Mais ils n’ont même plus la majorité du pognon ! On ne va quand même pas gouverner contre l’avis de la majorité des capitaux , ça n’est pas ça la démocwacie.
    Le mec là, Brandon, il était surnommé « le sénateur carte bleu », heureusement que l’argent n’a pas d’odeur sinon la putréfaction du bonhomme sentirait d’ici. Bref, ils a pas été sorti du caveau pour faire joli, il en fallait un bien con. La on en a un qui se souvient pas par quelle porte il est entré dans une pièce, alors se souvenir de vagues promesses électorales d’y a six mois …
    Ça fait 60 ans qu’ils alternent entre les bigots , les débiles et les sexopates et tout ce petit monde amène le monde à sa perte pour une seule raison parce que ça rapporte. Au nom du prêt , du fric et des saints profits , la messe est dite.

      +6

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  • Koui // 25.10.2021 à 14h46

    Les usa ont déjà le pétrole de schistes pour satisfaire leurs besoins décroissants du fait de la transition énergétique. On aura encore besoin de pétrole mais pourquoi chercher à en exploiter la dernière goutte le plus vite possible?

      +2

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  • RGT // 26.10.2021 à 20h28

    Le lobby pétrolier est certes très puissant aux USA mais il n’est pas la cause principale du comportement « insouciant » des dirigeants US.

    N’oublions pas que les USA se composent d’états qui sont essentiellement ruraux avec des distances importantes entre les agglomérations, même les villages.
    Cette dispersion de la population a entraîné la nécessité de posséder un moyen de transport individuel qui est un besoin désormais VITAL pour la population (autre que les amish).

    Ensuite, comme TOUTE la population a été « bercée » depuis les années 50 par « The American Way Of Life » basé sur toujours plus de « plus » et une con-sommation débridée. Les citoyens de ce pays n’accepteraient pas du tout de revenir en arrière et d’abandonner leurs « avantages acquis » en termes d’activités énergivores.

    Ne regardez pas ce pays avec les yeux de citoyens européens qui vivent dans des zones fortement peuplées…
    Même le fin fond de la Dordogne ou de la Corrèze, que nous considérons comme des « trous paumés loin de tout » ne sont RIEN à comparer des états les plus peuplés des USA…

    Quand on constate le désarroi des « gilets jaunes » qui se retrouvent en grande difficulté quand le prix du carburant augmente pour faire 20 Km afin d’aller bosser, imaginez simplement ce qui se passerait si 200 millions d’américains se retrouvaient dans cette situation mais avec des trajets qui dépassent souvent 50 ou 100 km…

    Sans bagnole tu meurs…

    Comme ils sont (presque) tous armés, les dirigeants hésitent avant d’aller les « taquiner ».
    Ils achètent donc la « paix sociale » au détriment de l’environnement.

    Un changement de mode de vie pour se concentrer sur le « local » aurait un coût totalement délirant compte-tenu des distances à parcourir.

    Donc, ils continueront à bouffer du pétrole (pas cher) jusqu’à la dernière goutte.

    Et quand il n’y en aura plus les habitants ne pourront plus se déplacer sur des distances suffisantes pour pouvoir gêner les dirigeants.

    Après-moi le déluge.
    Ne vous en faites pas, les dirigeants €uropéens font strictement la même chose.

      +2

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