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27.mai.201927.5.2019 // Les Crises

John Kiriakou : Un autre lanceur d’alerte en cellule d’isolement

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Aux États-Unis aussi…

Source : Consortium News, John Kiriakou, 18-03-2019

Marty Gottesfeld est un exemple de la détermination du ministère de la Justice à réduire au silence les lanceurs d’alerte, écrit John Kiriakou.

L’an dernier, j’ai écrit au sujet d’un lanceur d’alerte de la Nouvelle-Angleterre qui a pris des initiatives qui ont permis de sauver la vie d’un enfant et qui a payé pour cela de sa liberté. Marty Gottesfeld purge maintenant 10 ans de prison pour avoir tenté de sauver Justina Pelletier des mauvais traitements infligés par ses médecins au Children’s Hospital de Boston.

À l’âge de 14 ans, Justine a développé des douleurs intenses à l’estomac et des problèmes digestifs inexplicables. Ses parents l’ont emmenée voir une série de médecins jusqu’à ce qu’un généticien spécialiste du métabolisme du Tufts Medical Center lui diagnostique une maladie mitochondriale, une maladie génétique qui peut entraîner un affaiblissement des muscles, des problèmes neurologiques et la démence.

Ses symptômes se sont aggravés au cours des 18 mois suivants jusqu’à ce que la douleur soit trop forte pour être supportée. Elle a commencé à bredouiller au lieu de parler et ne pouvait plus se lever. Enfin, ses parents l’ont emmenée au Boston Children’s Hospital, un établissement de premier plan affilié à l’Université Harvard. C’est là que les médecins ont dit que Justina n’avait aucune maladie mitochondriale. Ils ont indiqué qu’elle avait une maladie mentale et que ses symptômes étaient psychosomatiques. Ils lui ont retiré ses médicaments, mais ses parents ont refusé de les suivre. Quand ils sont allés chercher Justina pour la ramener à la maison, ils ont été bloqués par les gardes de l’hôpital. L’hôpital a placé Justina sous la « protection de l’État » et a signalé ses parents aux autorités de l’État pour « sévices médicaux sur enfants ». C’est alors que l’affaire a déraillé.

(Wikimedia)

Transférée dans un service psychiatrique

Justina a été transférée à l’unité de psychiatrie infantile de l’hôpital, où son état s’est encore aggravé. Elle ne pouvait plus se tenir debout ou marcher et ses cheveux tombaient. Ses ongles d’orteils ont été arrachés lorsque le personnel de l’hôpital l’a traînée, l’accusant de refuser de marcher. Justina avait droit à un entretien téléphonique de 20 minutes par semaine avec ses parents, mais cet appel était surveillé par le personnel et il leur était interdit de discuter de ses soins. Elle a eu recours à la fabrication d’objets artisanaux en papier dans lesquels elle insérait des messages et les envoyait à ses parents. L’un d’eux disait simplement : « Je suis torturée ».

Les parents de Justina ont poursuivi l’hôpital pour enfants avec l’appui total du premier médecin de Tufts. Mais les médecins du Children’s ont soutenu que le seul danger pour la santé de Justina était ses parents. Ils ont dit que Justina avait été sur-médicamentée et que ses parents avaient ignoré sa maladie mentale. Un juge l’a admis, du moins provisoirement. C’était jusqu’à ce qu’une enquête du Boston Globe révèle que le Children’s Hospital avait déjà fait cela à d’autres parents. En effet, au cours des 18 mois précédents, l’hôpital avait retiré au moins cinq autres enfants à leurs parents pour « abus médical sur enfants », ce que le personnel de l’hôpital a appelé une « parentectomie ».

(Twitter)

L’histoire a attiré l’attention de Marty Gottesfeld, un expert en sécurité informatique. Il a été consterné par le traitement subi par Justina et sa famille et il a décidé d’agir. Il a lancé une attaque par déni de service contre le système informatique du Children’s Hospital et contre le Wayside Youth and Family Support Network, où Justina a été déplacée par la suite. Children’s Hospital s’est plaint que l’attaque a coûté 300 000 $ à l’institution pour remédier à la situation et 300 000 $ en dons perdus parce qu’elle a eu lieu pendant la campagne annuelle de promesses de dons. Mais cette attaque a également servi à sensibiliser le public au sort de Justina et a peut-être été la raison pour laquelle elle a finalement été transférée dans un établissement plus proche de sa famille dans le Connecticut.

Les parents de Justina ont maintenu la pression sur l’hôpital, l’État et le juge chargé de l’affaire. Justina et sa sœur ont pu sortir clandestinement une vidéo de 45 secondes dans laquelle elle implorait le juge de la laisser rentrer chez elle pour retrouver sa famille. Il était clair qu’après 16 mois dans un service psychiatrique, ses problèmes n’étaient pas « dans sa tête ». Ils étaient dans ses gènes. Le premier médecin de Tufts avait raison. Justina avait une maladie mitochondriale. Le juge est finalement revenu sur sa décision et l’a renvoyée chez elle.

Les procureurs, cependant, se sont focalisés sur Gottesfeld et il a été rapidement arrêté. Son dossier a été confié au juge Nathaniel Gorton, le même juge qui a supervisé la cause difficile contre le pionnier de la protection de la vie privée Aaron Schwartz, qui s’est suicidé sous le poids des fausses accusations fédérales. Gorton est connu comme un « juge pendaison » ; il l’a prouvé avec la sentence de Gottesfeld.

Reportage depuis la prison

Gottesfeld a essayé de faire bon usage de son temps depuis qu’il est entré dans le monde judiciaire. Il a signalé le gaspillage, la fraude, les abus et les illégalités au ministère de la Justice ; il a écrit sur la corruption et les conflits d’intérêts de son juge ; et il s’est élevé contre les conditions de détention intolérables. Sa punition a été rapide et sévère.

(The Intercept.)

La semaine dernière, Gottesfeld a été transféré au Metropolitan Detention Center (MDC) à Brooklyn, New York. C’est la même prison où s’est produite une panne d’électricité le mois dernier qui a entraîné des conditions si dures qu’elles ont violé les droits de l’homme des prisonniers et ont fait les manchettes internationales. Et pour aggraver les choses, Marty a été placé à l’isolement et doit maintenant être transféré dans une unité de gestion des communications (CMU).

Une CMU impose des contrôles onéreux sur la possibilité pour un détenu de communiquer avec le monde extérieur. J’étais dans une « CMU modifiée » quand j’étais dans l’établissement correctionnel fédéral de Loretto, en Pennsylvanie. Avec une CMU modifiée, mon courrier entrant et sortant était lu, scanné et conservé à l’Unité des enquêtes de la prison. Mes appels téléphoniques étaient tous surveillés en temps réel, et j’étais soumis à des « fouilles » de routine et régulières, où les gardiens confisquaient tout ce que j’avais pu écrire à un moment donné.

L’expérience de Marty sera probablement pire. Il couvre les malversations du ministère de la Justice depuis des années sur des sites tels que The Western Journal, Red State, World News Daily et maintenant The Intercept. Mais le placement en CMU lui refusera tout accès à la presse. Cela le fera taire. Il s’agit, bien entendu, d’une violation de son droit constitutionnel à la liberté d’expression. Mais le ministère de la Justice n’a qu’à dire que le journalisme de Marty est une « menace pour le fonctionnement normal de l’institution » pour justifier cette perte des droits. L’isolement cellulaire aggrave encore la situation.

J’ai appelé le ministère de la Justice pour poser plusieurs questions. Pourquoi Marty Gottesfeld a-t-il été transféré au MDC de Brooklyn et pas directement dans une prison à sécurité réduite ? Pourquoi a-t-il été placé à l’isolement ? Et pourquoi est-il désigné pour une CMU ? La réponse a été courte : aucun commentaire.

L’expérience de Gottesfeld devrait être un signal pour nous tous. Le ministère de la Justice ne reculera devant rien pour faire taire ceux qui disent la vérité. Il ne veut pas que les gens soient au courant des juges et des procureurs malhonnêtes, des conditions insalubres et malsaines, des aliments de qualité animale et de la violation des droits constitutionnels. Peu importe qui est le président. Ils le font tous. On doit juste continuer le combat.

John Kiriakou est un ancien agent antiterroriste de la CIA et un ancien enquêteur principal du Comité sénatorial des relations étrangères. John est devenu le sixième lanceur d’alerte inculpé par le gouvernement Obama en vertu de la Loi sur l’espionnage, une loi conçue pour punir les espions. Il a passé 23 mois en prison pour avoir tenté de s’opposer au programme de torture de l’administration Bush.

Source : Consortium News, John Kiriakou, 18-03-2019

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

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Commentaire recommandé

Guadet // 27.05.2019 à 07h35

“Il a dit la vérité – il doit être exécuté”
C’est pareil à toutes les époques, sauf qu’aujourd’hui, on a fait beaucoup de progrès en raffinement de l’hypocrisie et qu’il est devenu impossible d’y échapper (Assange). C’est le puritanisme absolu et mondialisé.

14 réactions et commentaires

  • Catalina // 27.05.2019 à 06h56

    “vol au-dessus d’un nid de coucous” !
    Cet hopital devrait être immédiatement fermé et son directeur ainsi que les employés complices jetés en prison !

      +12

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    • Papagateau // 27.05.2019 à 08h46

      Et comment vas-tu faire ?
      En passant par la justice ?

        +10

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  • Guadet // 27.05.2019 à 07h35

    “Il a dit la vérité – il doit être exécuté”
    C’est pareil à toutes les époques, sauf qu’aujourd’hui, on a fait beaucoup de progrès en raffinement de l’hypocrisie et qu’il est devenu impossible d’y échapper (Assange). C’est le puritanisme absolu et mondialisé.

      +48

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    • GérardB // 27.05.2019 à 09h32

      Merci de faire le lien avec le puritanisme. C’est exactement ça.

        +7

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  • calal // 27.05.2019 à 08h40

    il se passe des choses inquietantes en occident.

      +18

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    • Chris // 27.05.2019 à 09h59

      Big Brother en tous ses émois !
      Le monde techno-médical assisté par l’establishment de la Justice a remplacé l’Inquisition : ils “savent” et ordonnent. je vois assez bien les prochains robots IA être nos cerbères.
      Une civilisation aussi délirante doit mourir si l’espèce humaine veut survivre :
      https://www.zerohedge.com/news/2019-05-25/after-reading-youll-probably-never-want-eat-genetically-modified-food-again
      À moins qu’elles ne soient spécifiquement désignées comme étant «biologiques», la plupart des betteraves, maïs, soja, etc… cultivés aux États-Unis ont été génétiquement modifiées et presque tous les aliments emballés contiennent des ingrédients dérivés d’au moins une de ces sources.
      Ces dernières années, les chercheurs ont repoussé les limites de la biologie afin de proposer de nouvelles solutions de remplacement «à base de plantes» aux produits alimentaires existants. La «biologie synthétique» est essentiellement utilisée pour «créer des formes de vie à partir de rien»
      La plupart des Américains ne réalisent même pas que le maïs génétiquement modifié a en fait été conçu pour produire «un pesticide intégré dans chaque cellule» … En termes plus simples, le fait de manger une pousse de maïs produite à partir de maïs Bt pourrait transformer nos bactéries intestinales en usines de fabrication de pesticides, éventuellement pour le reste de nos vies.
      Vive le libre-échange de la mort.

        +12

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  • Bouddha Vert // 27.05.2019 à 11h21

    Je dois avouer ne pas comprendre les motivations des institutions de santé qui se prêtent à ce genre d’atrocités:
    Incompétence dans le diagnostique sous l’égide de la bonne foi?
    Quel profit à enfermer “chez les fous” une enfant malade?
    Les frais empochés sont plus conséquents?

    L’article décrit un cauchemar Kafkaïen où la raison semble ne plus servir ni le citoyen ni le système!

    A moins que le système soit tellement dévoyé qu’il ne sert plus que des institutions devenues folles?

    Vive docteur folamour et miss Ratched!

      +15

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    • Sara // 27.05.2019 à 11h55

      Comme vous je suis perplexe… Peut-être s’agit-il du même système que pour les prisons privées américaines, où chaque “client” donne droit à de larges subventions.

        +7

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      • egogo // 27.05.2019 à 13h34

        Avez vous vu le film ” Vol au dessus d’un nid de coucou ” ,déja ancien mais qui décrit déjà ce genre de fait dont les U S A sont coutumiers.

          +5

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  • calahan // 27.05.2019 à 12h45

    L’isolement en prison c’est la mort sociale autrement dit, petite mort avant la vraie.

    La seule limite à toutes ces dictatures douces c’est de ne pas administrer la mort directement pour révélations de comportements de type mafieux.
    Tout y est pourri et la justice n’est pas en reste, aucun contre pouvoir ne se dresse, la voie est libre pour la barbarie subtile et technocratique dans laquelle nous baignons.

      +14

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  • vert-de-taire // 27.05.2019 à 15h20

    1/2
    Le dépassement de l’imaginable nous paralyse.
    Notre habitus à nous conformer au droit, à le respecter, au moins en connaître les limites, les accrocs et les dérives nous a habitué à un environnement des possibles.
    Il faut des œuvres d’imagination, contes, univers kafkaïen ou autres films pour rencontrer l’impensable.

    L’hébétude du fracassement des limites du possible nous empêche de prendre en compte ces faits dans nos décisions.
    Si nous pensions qu’une institution pouvait générer cet enfer, il est certain que nous ferions en sorte de concevoir des contre-pouvoirs plus puissants pour la surveiller.
    Il se passe la même chose avec l’inaction capitaliste : la liberté de dévaster notre monde est inimaginable, im-pensable.

      +7

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  • vert-de-taire // 27.05.2019 à 15h20

    2/2
    Alors au lieu de casser ce système criminel, nous intégrons ces faits en nous appropriant la responsabilité : nous les humains, sommes co-responsables, nous achetons ces produits générateurs de morts, nous brûlons ce pétrole par millions de tonnes …

    Certains pensent que nous devons changer, devenir bons ou autre, pures idées de régimes totalitaires.

    Rien n’est plus faux que de se croire coupable des décisions que nous n’avons jamais prises.
    Qui a décidé de ravager Bornéo, l’Amazonie, .. ?
    Qui a décidé de fabriquer des millions de tonnes de déchets, des produits qu’on jette car irréparables ?
    Aucun de nous.

    Nous sommes emprisonnés dans et par un système fou mais qui se perpétue uniquement car il sert une surpuissante oligarchie.
    C’est notre choix de ne pas le voir,
    c’est notre choix de ne pas le changer,
    c’est notre choix de ne pas trouver nos représentants-décideurs qui le changeront,
    c’est notre choix de nous laisser pourrir la vie, durablement.

    Les résultats des européennes prouvent un frémissement bien tardif à cette réalité,
    C’est, de fait, totalement insuffisant pour y remédier.
    Le pire demeure le plus probable
    car le chaos a toujours profité aux salauds.

      +9

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  • openmind // 27.05.2019 à 20h05

    Relisez le livre de Suzanne Lindauer qui fut internée pour avoir dénoncé la CIA et ses manoeuvre pour encourager la guerre en Irak.
    “Extrême préjudice” aux éditions 20coeurs.
    https://youtu.be/PtnWFmK-zDw

      +7

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  • Krystyna Hawrot // 28.05.2019 à 14h20

    Assange emprisonné à l’isolement pour avoir ne pas avoir respecté la liberté conditionnelle.. quelle hyprocrisie, la belle liberté de l’Occident!

      +6

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