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10.juin.202010.6.2020 // Les Crises

Le risque nucléaire au XXIe siècle – avec Theodore Postol

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Source : RT, Sophie Shevarnadze

Importante archive de mars 2016 pour poursuivre notre série « Nucléaire / Armements stratégiques ».

La « fin nucléaire du monde » n’est jamais arrivée. Quand la guerre froide a enfin pris fin, le monde entier a poussé un soupir de soulagement alors que la menace d’un anéantissement total semblait être passée. Et pourtant, 25 ans plus tard, les états-Unis autant que la Russie gonflent leur arsenal nucléaire et « l’horloge de l’apocalypse » indique qu’il ne reste que 3 minutes avant minuit.

La destruction nucléaire plane-t-elle de nouveau sur l’humanité ? Même si aucun état n’est prêt à appuyer sur le bouton – « l’apocalypse atomique » pourrait-elle arriver par accident ? Nous posons ces questions et bien d’autres à un spécialiste en technologie nucléaire, professeur au MIT et ancien conseiller auprès du chef des opérations navales américaines. Le Dr Theodore Postol est sur Sophie&Co.

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Sophie Shevardnadze : Dr Theodore Postol, ancien conseiller auprès du chef des opérations navales des états-Unis, professeur au MIT, expert en technologie nucléaire, bienvenue dans l’émission. Nous sommes heureux de vous avoir avec nous — alors, Ted, le Président Obama est entré à la Maison-Blanche en appelant au « zéro nucléaire » – à présent, il est prévu de dépenser un milliard de dollars dans un ensemble d’un arsenal nucléaire entier. Pourquoi cela ?

Dr Theodore Postol : Je crois que c’est une conséquence de la politique intérieure. Vous ne pourrez jamais comprendre la politique étrangère d’un pays sans en saisir la situation interne et dans le cas présent, la politique intérieure a poussé M. Obama à la décision (franchement incorrecte, à mon avis) qu’il doit moderniser l’arsenal américain afin d’éviter d’être critiqué de ne pas s’intéresser à la défense du pays.

SS : Maintenant croyez-vous que les États-Unis soient en train de préparer leurs forces nucléaires à une confrontation avec la Russie ? Pensez-vous qu’une guerre nucléaire soit maintenant possible ? Dans n’importe quel scénario, envisagez-vous cela ?

Dr TP : Je crois en effet qu’une guerre nucléaire accidentelle entre les États-Unis et la Russie est possible. Je ne sais pas dans quelles probabilités — quiconque dit qu’il en connaît les probabilités n’a aucune idée de ce dont il parle, donc… Mais je pense que n’importe quelle possibilité est trop élevée et dans ce sens, je pense en effet que nous sommes en danger. Je pense que la confrontation politique actuelle entre la Russie et l’Ouest et notamment les États-Unis est potentiellement dangereuse également. Les deux parties sont très conscientes d’une conséquence catastrophique si l’une ou l’autre en venait à utiliser des armes nucléaires. Je pense donc que toutes deux seront très prudentes — mais je pense en effet que le danger existe en effet, oui.

SS : Mais les armes nucléaires ont servi de dissuasion contre la guerre avec le risque comme vous dites « bien trop élevé » pour toutes les parties impliquées. La doctrine de destruction mutuelle assurée est-elle passée aux oubliettes ? La définition a-t-elle changé, peut-être ?

Dr TP : Non je ne pense pas que la définition ait changé et assurément, la réalité n’a pas changé. Et je pense, qu’il est très important de comprendre la réalité si vous ne voulez pas commettre une erreur qui mènerait à l’usage du nucléaire — dans les deux camps. Par rapport à ce que j’ai constaté dans les deux camps, je pense que l’inquiétude au sujet des possibilités d’une destruction complète de chaque pays et du monde sont encore très élevées. Le problème est que tant que les forces sont en alerte, à un niveau élevé, il y a toujours la possibilité d’une série d’accidents inattendus qui pourraient mener à un échange nucléaire. Et je crois, c’est là le réel danger.

SS : Que se passe-t-il, hypothétiquement, en cas de guerre nucléaire ? Une doctrine comme celle de la destruction mutuelle assurée pourra-t-elle encore fonctionner ?

Dr TP : A mon avis, n’importe qui de rationnel et qui comprend à peu près les conséquences des armes nucléaires n’en viendrait pas à user rationnellement des armes nucléaires. Le problème est que si vous avez une situation de crise où l’un ou les deux camps n’a aucune compréhension de ce qui se passe réellement dans l’autre camp, et que les gens sont exténués parce que cette situation a perduré dans le temps et que quelqu’un prend une mauvaise décision fondée sur des informations incomplètes, ce qui est presque certainement le cas dans le monde réel — les informations ne sont jamais complètes — vous pourriez aboutir à l’usage massif d’armes nucléaires et cela, bien sûr, mettrait fin à la civilisation telle que nous la connaissons et pourrait, quoique nous ne puissions pas en être certains, mais pourrait effectivement mettre fin à la vie humaine sur cette planète.

SS : Vous savez, vous avez mentionné plus tôt que la guerre nucléaire en l’état était peu probable, mais qu’il y avait toujours la menace d’un accident. Et j’ai parlé à beaucoup de dirigeants politiques, des personnages de l’actualité comme Noam Chomsky, Mikhail Gorbachev et ils s’accordent également sur le fait que l’arme nucléaire est quelque chose que personne ne souhaite risquer en ce moment, mais qu’il existe le danger d’un accident impliquant les armes nucléaires. Quel genre d’accident peut-il arriver ?

Dr TP : Je peux vous donner un exemple concret et ensuite le développer. En 1955 on a lancé ce qu’on appelle une « fusée-sonde » depuis une île au large de la côte nord-ouest de la Norvège. Maintenant, cette « fusée-sonde » était différente des autres « fusées-sondes » qui avaient été lancées à l’époque. Atteignant la plus haute altitude jusqu’alors enregistrée, elle a traversé le faisceau de recherche radar d’un radar d’alerte lointaine situé à Olenegorsk en Russie et a ainsi déclenché l’alerte qui a permis à Ieltsine à l’époque d’accéder au circuit des commandes.

Maintenant, je ne crois pas pour autant que la Russie ni les forces russes n’ont été mises en état d’alerte maximale ou auraient fait quoi que ce soit qui aurait pu aboutir à un accident à l’époque. Mais s’il y avait eu un accident comme celui par exemple qui est arrivé durant la crise entre la Russie et les États-Unis, où les deux camps étaient à couteaux tirés depuis déjà un moment et où les deux camps étaient exténués et très inquiets au sujet d’une éventuelle opération militaire — on aurait pu aboutir à une alerte et même éventuellement à un engagement des forces russes ou américaines.

On a donc là une situation concrète où un accident qui vraiment doit paraître banal, compte tenu des circonstances dans lesquelles ça c’est passé, aurait pu être fatal dans des circonstances différentes. Maintenant, la probabilité que quelque chose de semblable arrive est minime, car il faut que cet accident arrive à un moment de crise extrême et il faut un chevauchement mais les conséquences, bien sûr, seraient terribles.

SS : Maintenant, Ted, dites-moi. Expliquez à une amatrice comme moi comment on lance une arme nucléaire ? Est-ce que c’est aussi facile que de presser un bouton ? Combien de temps faut-il pour un missile nucléaire pour atteindre sa cible ?

Dr TP : Eh bien, typiquement ce dont les États-Unis et la Russie disposent ce sont différents types de ce qu’on appelle « missiles balistiques » — dans les deux cas des États-Unis et de la Russie, ils ont des missiles balistiques terrestres qui sont des silos à missiles sous-terrains fortifiés, ils sont donc protégés dans une certaine mesure contre une attaque nucléaire, ou sur des sous-marins, dans les cales des sous-marins. Le missile balistique peut être lancé, en gros, en l’espace de 50 ou 60 secondes plus ou moins, après avoir donné l’alerte aux opérateurs. L’avertissement peut prendre quelques minutes pour arriver — c’est-à-dire que le gouvernement russe ou le gouvernement américain pourrait penser qu’une attaque est en cours, ils pourraient aborder la situation puis récolter les informations et ensuite prendre une décision de lancer ou pas.

Cela pourrait prendre 10 à 15 minutes. Dans le cas d’un lancement effectif d’une fusée, cela prendrait 40 à 60 secondes plus ou moins, selon les procédures — qui changent facilement. La fusée serait ensuite amorcée, elle décollerait de son silo ou de son « propulseur liquide », donc dans un cas 5 minutes et dans l’autre, peut-être 2,5 minutes — et ensuite elle libérerait les ogives. Les ogives flotteraient dans le quasi-vide spatial sous l’influence de la gravité et de l’impulsion. En 20 à 28 minutes environ, elles arriveraient à leurs cibles, rentreraient dans l’atmosphère et exploseraient. Le monde pourrait donc être essentiellement anéanti en l’espace d’une demi-heure à une heure à partir de l’arrivée de ces ogives. Les gens qui réfléchissent à ces choses s’attendent en général — personne ne sait vraiment à quoi s’attendre — mais si vous avez un échange massif, la plupart des ogives nucléaires arriveraient en très peu de temps, probablement dans l’intervalle d’une demi-heure à une heure.

SS : Maintenant, les bombes dont disposent la Russie et les États-Unis en ce moment — elles sont cent fois plus puissantes que celles qui ont été utilisées à Hiroshima et Nagasaki. A quel niveau dévastateur seraient les effets après une explosion nucléaire aujourd’hui ?

Dr TP : Elles sont plus de cent fois plus puissantes. Une ogive typique d’un missile russe comme celui qu’on appelle le SS-18, une seule de ces ogives — cette fusée peut contenir jusqu’à 10 ogives — une de ces ogives, déclenchée au-dessus de la ville de New York par exemple — une seule ! — détruirait essentiellement tout Manhattan, la plus grande partie de Staten Island, peut-être tout Staten Island en fait. Une grande partie du New Jersey, à l’est. En gros, le bourg de Brooklyn et presque tout le Queens et le Bronx, dans une envergure, peut-être, je dirais, de 10 kilomètres à partir de la zone centrale où elle aurait explosé. Si vous prenez une ogive similaire partant des États-Unis vers Moscou, elle détruirait, encore une fois, presque toute la ville. Elle détruirait, encore une fois, 150 kilomètres carrés de la ville, facilement. Et on ne parle que d’une ogive. Il y aurait plusieurs ogives pointées sur chaque grande ville dans l’autre camp.

SS : Alors, vous avez écrit qu’il y a un manque de qualité dans les forces nucléaires américaines. Voulez-vous dire par là que l’arsenal nucléaire n’est pas proprement entretenu, ou n’est pas sûr ?

Dr TP : Je pense, à l’heure actuelle qu’il y a de sérieux problèmes avec l’arsenal nucléaire. En gros, ce qui se passe c’est qu’il y a une chute catastrophique du moral des troupes. Ceci n’est pas difficile à comprendre et, en fait, dans une certaine mesure… en fait, dans une grande mesure, c’est prévisible. La raison en est que les forces nucléaires pendant une longue période ont joui d’un statut élevé dans l’organisation militaire américaine.

A la fin de la guerre froide, on a assisté à un gigantesque changement dans le statut accordé aux forces militaires américaines qui assuraient le contrôle des armes nucléaires. Le bilan de cela est que des jeunes officiers qui recherchent l’avancement dans leur carrière, qui sont talentueux, progressent davantage, et sont plus promouvables, ne voulaient pas choisir d’entrer dans les forces nucléaires. Le bilan donc est que vous aviez des gens d’une moindre aptitude et moins motivés qui peuplaient ces forces. Cela a été un réel problème. Un second aspect de ce problème est que le souci du Pentagone américain d’entretenir les forces actuelles à un niveau convenable n’a pas été aussi élevé qu’il aurait dû.

Ainsi, il n’y a pas eu de modernisation quand elle aurait dû avoir lieu. Je vous donne un exemple. Si vous avez des ordinateurs qui sont extrêmement vieux — dans notre cas, ces ordinateurs ont pour certains 40 ou 50 ans d’âge, ce qui est très long en matière de technologie informatique. Maintenant, l’avantage des vieux ordinateurs est que vous connaissez ce que vous possédez. Le problème avec des ordinateurs plus neufs est qu’il y a plus … lorsque vous passez à un système plus neuf, il y a toujours le danger créé par la transition vers un système plus neuf, car les choses sont imprévisibles dans une certaine mesure.

SS : Est-ce la raison pour laquelle vous vous accrochez aux vieux ordinateurs ?

Dr TP : Je ne peux expliquer pourquoi cela arrive. Je pense qu’il serait très judicieux de réellement moderniser ces systèmes. Ils les modernisent à certains égards mais ils les modernisent par des moyens qui à mon avis ne sont d’aucune utilité. Je vous donne un exemple : ils modifient le système de navigation informatique sur nos missiles balistiques intercontinentaux Minuteman afin que nous puissions changer plus rapidement les cibles que nous visons et viser davantage de cibles, afin que nous puissions sélectionner des cibles en Russie ou ailleurs plus rapidement et sélectionner davantage de cibles.

Eh bien, ça n’est utile que si vous avez l’intention de mener et de gagner une guerre nucléaire. Si vous croyez qu’en déplaçant les cibles d’un missile pour profiter des dégâts que vous avez déjà causés ailleurs, comme vous le feriez avec votre artillerie dans une guerre conventionnelle — si vous croyez que c’est une bonne idée, aux yeux des autres — par exemple, des stratèges militaires — ça a donne l’impression que vous essayez de vous préparer à mener et gagner une guerre nucléaire contre la Russie.

SS : Est-il possible de gagner une guerre nucléaire ? Gagner une guerre nucléaire, est-ce que ça existe ?

Dr TP : Bien sûr que ce n’est pas possible de gagner une guerre nucléaire. Il n’y a aucune issue que vous puissiez prédire associée aux faits des armes nucléaires qui mènerait à une quelconque définition significative de « gagner » une guerre nucléaire. Le problème est que si vous avez un autre adversaire, vous êtes un militaire, vous évaluez les actions de l’autre adversaire et vous voyez l’adversaire agir de telle façon qu’il semble croire qu’il peut se battre et gagner, ça vous rend inquiet. Ça suscite l’inquiétude qu’il pourrait vraiment y croire, or en pleine crise, il pourrait effectivement d’exercer les options créées par ces changements techniques. Donc c’est une épée à double tranchant.

SS : La Russie a récemment annoncé 40 nouveaux missiles balistiques pour consolider son arsenal militaire. Le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a qualifié ce geste comme « injustifié, déstabilisant et dangereux ». A la lumière du réarmement nucléaire américain que nous venons d’évoquer, pensez-vous que ce soit injustifié ?

Dr TP : Je pense que c’est injustifié d’un point de vue technique. D’un point de vue politique, je ne porte pas de réel jugement, mais je vois bien comment les dirigeants politiques en Russie croient qu’ils doivent répondre à ce qu’ils considèrent comme une ingérence et une intention d’intimidation de la part des Américains. Peu importe que ce soit ou non l’intention des États-Unis — je n’ai aucun moyen de le savoir. Mais je peux comprendre pourquoi ils pensent qu’une telle action a un sens. D’un point de vue purement technique, ça n’améliore d’aucune manière la sécurité de la Russie — et ça pourrait y porter atteinte en cas d’une réaction excessive américaine.

SS : Rappelez-vous également des plans de l’OTAN pour un bouclier de défense nucléaire en Europe, que les États-Unis et ses alliés soutenaient également. Il était censé être une protection contre le programme nucléaire iranien. Maintenant, un accord avec l’Iran a été mis en place, un accord qui, comme vous le dites, présente des mesures de vérification sans précédent. Pourquoi alors l’OTAN poursuit-il ce plan ?

Dr TP : Je ne suis pas totalement … je suis davantage un technicien qu’un politicien, mais je ne veux pas formuler de fausses allégations, politiquement je manque d’expérience…

SS : Certes, mais vous devez bien avoir vos opinions et vos observations sur cela — je veux dire, c’est un sujet énorme…

Dr TP : Je pense qu’il avance car les dirigeants des États-Unis ont une politique intérieure — encore une fois, je tiens à souligner ceci, une politique intérieure, pas internationale, des engagements politiques d’assurer une défense missile. Le Congrès y est profondément résolu. Je pense que les grandes entreprises de défense qui voulaient assurer ce travail souhaitaient conserver leurs contrats. Or le Congrès américain est fortement influencé par la capacité de ces entreprises à influencer les élections grâce à leur argent. Je pense que le président n’a pas agi… n’a pas fait preuve d’autorité dans ce domaine particulier. Il est revenu sur son scepticisme originel qui était bien justifié à propos de la valeur de ces défenses missiles au niveau de leur capacité technique. Et…

SS : D’accord mais, comme vous le dites, la politique intérieure se déroule habituellement, à l’interne, elle se déploie pour être une politique extérieure. Dans ce cas, la Russie a-t-elle des preuves pour estimer que cela ne constitue pas une menace pour elle ?

Dr TP : Je dirais que les forces militaires russes, celles informées, celles techniquement bien informées doivent comprendre que la défense missile américaine n’est pas viable — autrement dit, elle n’a aucune capacité. Cependant, je tiens à souligner — cependant, elles ne peuvent pas aborder la défense antimissiles comme n’ayant aucune capacité. C’est parce qu’elles ne savent pas ce qui arrivera après. Les États-Unis bénéficient d’une énorme puissance industrielle, d’une énorme richesse.

Ils ont démontré qu’ils étaient plus que capables de s’impliquer dans des activités militaires irrationnelles et les forces armées russes ne peuvent être certaines que les États-Unis n’apporteront pas une sorte de changement dans un futur scénario imprévu par rapport à cette défense missile. Vous pouvez donc avoir une défense antimissiles comme celle dont disposent les États-Unis, qui techniquement parlant est une plaisanterie — je tiens à le souligner, c’est une plaisanterie technique en matière de ce qu’elle peut accomplir — mais les forces armées russes n’ont presque aucun autre choix que de la traiter comme si elle présentait une sérieuse préoccupation. Vous obtenez donc le pire des deux mondes. Même d’un point de vue américain — une défense antimissiles qui ne fonctionne pas, mais qui est traitée par le camp russe comme si elle fonctionnait.

SS : Ted nous avons le temps pour une dernière question…

Dr TP : Est-ce que c’est trop compliqué ?

SS : Non, ça me semble plutôt simple. Je ne sais pas pourquoi les gens là-bas ne comprennent pas.

Dr TP : D’accord.

SS : Alors, les États qui entreprennent un programme d’armes nucléaires, ils le font en réalité parce qu’ils pensent que c’est la seule façon pour eux d’assurer leur sécurité. Pouvez-vous dire qu’ils ont tort ? Je veux dire — prenez la Libye, elle a abandonné ses armes nucléaires et au final, c’était peu pour arrêter une campagne de bombardement de l’OTAN en 2011. Il nous reste une minute pour cette question.

Dr TP : Je pense que c’est à double tranchant et ça dépend de qui vous êtes et de votre situation. Malheureusement, et ça me dérange de le dire, je souhaite être clair, ceci n’est pas facile à dire, si j’étais dans la situation de certains États nucléaires, je n’abandonnerais pas mes armes nucléaires. Dans le cas des autres États nucléaires, je pense que non seulement ils font bien d’abandonner leurs armes nucléaires, mais en fait ils ne devraient pas les obtenir. Je vous donne un exemple.

Si j’étais Japonais, je ne voudrais pas de l’arme nucléaire. La raison étant, je suis sous la protection des États-Unis, donc si j’obtiens l’arme nucléaire, cela entraînera [pour moi] de devenir une cible de la Chine, cela entraînera pour la Corée du Sud d’être extrêmement inquiète, au point où elle pourrait mal réagir et ma situation générale en serait pire. Mais si je suis seul et je pense que j’ai besoin de l’arme nucléaire, par exemple si je suis la Russie et les Américains ont le monopole nucléaire — je voudrais l’arme nucléaire car je ne dépends pas d’une autre puissance nucléaire qui compense la menace américaine. C’est donc une décision politique et non technique.

SS : Merci, Ted. Malheureusement c’est tout le temps que nous avons, mais merci beaucoup pour cet aperçu très intéressant et parfois effrayant du monde du jeu de pouvoir nucléaire. Nous nous adressions à Theodore Postol, ancien conseiller auprès du chef des opérations navales américaines, professeur en technologie et sécurité internationale au MIT, expert en nucléaire. Nous avons traité de l’état actuel des arsenaux nucléaires à travers le monde et de la lourde possibilité d’une catastrophe nucléaire. C’est la fin de cette édition de Sophie&Co, à la prochaine fois.

Source : RT, Sophie Shevarnadze

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

Commentaire recommandé

Karim Wilmotte // 10.06.2020 à 10h48

C’est ce qu’il explique: pour se prémunir d’un risque de montée en qualité de la défense antimissile US, la Russie doit faire comme si ce système avait la moindre efficacité. Et au final, le risque réel us augmente.

Et on peut continuer la réflexion: puisque le risque russe augmente, les USA doivent se prémunir. Donc, améliorer drastiquement la qualité du bouclier. Et donc, la Russie… Etc.

Et on peut continuer comme cela longtemps. Jusqu’à une catastrophe (sur longue durée, les choses finissent toujours par se produire, si leur probabilité n’est pas nul).

12 réactions et commentaires

  • LibEgaFra // 10.06.2020 à 07h47

    « Si j’étais Japonais, je ne voudrais pas de l’arme nucléaire. La raison étant, je suis sous la protection des États-Unis, »

    Protection? Soumission, absence de souveraineté, oui. Les yankees mourir pour le Japon? A voir! Le seul conflit entre la Chine et le Japon est représenté par les îles Diaoytai, qui reviendront tôt ou tard à la Chine. Ces îles chinoises ont été accaparées par le Japon impérialiste depuis 1895 suite à la guerre sino-japonaise. Le Japon a déjà dû quitté Taiwan. Le tour des îles viendra aussi.

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    • Karim Wilmotte // 10.06.2020 à 10h42

      En attendant, le Japon est occupé (et à bonne raison). Et peut préférer la vassalité US que d’être tributaire chinois. Mais peu importe.

      Aujourd’hui, le Japon est « protégé »: dans cette circonstance, le développement de l’arme nucléaire par le Japon réduirait la sécurité réelle du pays.

        +2

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  • LibEgaFra // 10.06.2020 à 07h53

    « une défense antimissiles qui ne fonctionne pas,  »

    D’autant moins avec les nouvelles armes russes. Mais le premier but du jeu n’est pas la défense du pays, mais de nourrir le canasson.

    Canasson = MIC (military industrial complex).

      +7

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    • Karim Wilmotte // 10.06.2020 à 10h48

      C’est ce qu’il explique: pour se prémunir d’un risque de montée en qualité de la défense antimissile US, la Russie doit faire comme si ce système avait la moindre efficacité. Et au final, le risque réel us augmente.

      Et on peut continuer la réflexion: puisque le risque russe augmente, les USA doivent se prémunir. Donc, améliorer drastiquement la qualité du bouclier. Et donc, la Russie… Etc.

      Et on peut continuer comme cela longtemps. Jusqu’à une catastrophe (sur longue durée, les choses finissent toujours par se produire, si leur probabilité n’est pas nul).

        +5

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      • LibEgaFra // 10.06.2020 à 12h19

         » puisque le risque russe augmente, »

        Quel risque russe? C’est la Russie qui est assiégée et menacées avec des rampes de missiles US et des laboratoires biologiques militaires US tout près de ses frontières. Sans parler des continuelles provocations.

          +13

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        • Karim Wilmotte // 10.06.2020 à 13h13

          La Russie, tout assiégé qu’elle soit, développe de nouvelle arme (à titre défensif, ok… mais ces armes sont bien des menaces. Sinon autant arrêter de les développer).

          La Russie, assiégée et menacée, se défend en état capable de frapper durement… ce qui est bien une menace. La question n’était pas de juger moralement de la chose (un hivers nucléaire se moquant bien de la morale).

            +3

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          • Osmium // 16.06.2020 à 12h28

            Avant la WW2, les japonais avaient averti les américains que s’ils se retrouvaient acculés, ils seraient obligés de prendre des mesures militaires. Les américains poussent leur avantage jusqu’à ce que l’adversaire soit si désespéré qu’il n’ait d’autres choix que des actions désespérées, sans laisser une porte de sortie. Ils ne cherchent pas à vivre en paix, ils cherchent à dominer puis écraser leurs adversaires. Sur de nombreux points, l’impérialisme américain n’est pas très différent du fascisme.

              +0

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  • Kiwixar // 10.06.2020 à 12h42

    L’article ne parle que du risque d’emploi accidentel d’armes nucléaires stratégiques. Il y a aussi le risque d’un engrenage suite à l’utilisation sur le champ de bataille d’armes nucléaires tactiques, notamment par le camp en train de se prendre une déculottée (l’Otan). Et pour le décideur (zunien), il peut y avoir peu de scrupule d’employer une bombinette dans un pays tiers (Pologne par exemple).

    Et avec l’empreinte polluante de 7 milliards d’humains, il y a aussi le risque de groupes de misanthropes ayant un ranch en Nouvelle-Zélande d’initier une telle catastrophe humaine, si leurs modélisations d’hiver nucléaire montrent qu’un échange « limité » est jouable.

      +4

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  • Hoto // 10.06.2020 à 12h44

    « Même si aucun état n’est prêt à appuyer sur le bouton » ah bon :
    https://www.wsws.org/francais/News/2008/nov08/usds-n03.shtml

    Ce n’est pas ce que dit en 2008 Robert Gates secrétaire d’Etat sous B. Obama. Il (Gates) ne sera pas contredit ni par son président ni les autres secrétaires d’Etat (dont Hillary Clinton).

    Petit rappel, ce gentil monsieur inclut les armes nucléaires dans la panoplie des outils utilisables dans les guerres préventives. Charmant.

      +6

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  • daniel // 10.06.2020 à 22h12

    Intéressant par les non-dits.
    En 2016, les USA n’avaient pas la moindre idée des percées technologiques de la Russie.
    C’est ce qui arrive quand on ne sait pas réfléchir en dehors de la boîte.

      +1

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  • Casimir Ioulianov // 11.06.2020 à 13h54

    Il y a un vrai risque nucléaire dont peu de gens parlent : le contexte. Et ça ne rassure pas ; c’est d’ailleurs la partie la plus inquiétante de ce genre d’armes, dans un environnement politique assez stable et une pure doctrine de dissuasion, ça ne pose pas de problèmes insolubles, par contre rien ne garantie une neutralisation complète du danger si le monde s’écroule autours des silos demain.
    On a évité la plupart des fuites à la chute de l’URSS mais la chute s’est produite de façon relativement organisée , imaginons maintenant un pays qui explose littéralement en vol , où par exemple une/des sécessions aux USA : un Texas où une Californie indépendante refilerait gentiment ses pétards à l’AIEA ?

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