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13.février.202013.2.2020 // Les Crises

La guerre du Nil aura-t-elle lieu ?

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Source : Les Echos, Youtube, 14-11-2019

La question de la gestion des eaux du Nil est restée pendant longtemps une prérogative égyptienne. Jusqu’à ce que l’Ethiopie décide de construire un barrage titanesque sur le Nil bleu, mettant en péril l’approvisionnement en eau de l’Egypte, et modifiant toute la géopolitique de la région.

Décryptage.

Source :Les Echos, Youtube, 14-11-2019

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douarn // 13.02.2020 à 07h43

Super reportage sur un sujet trop souvent passé au second plan à mon goût. Mais il me semble nécessaire de reconnecter ce sujet à la “grande image générale”.
En plus des aspects migratoires et humanitaires (Egypte+Soudan+Ethiopie = ~250 millions d’humains), il me semble qu’une guerre du Nil, ferait porter le risque sur les aspects géostratégiques que représentent le canal de Suez ou le pétrole du Soudan du sud (peut être la raison de la médiation US). En cela, c’est le monde entier qui est concerné.

Même chose pour l’Euphrate. C’est un sujet de friction entre l’Irak, la Syrie et la Turquie (~150 millions d’humains). L’Irak posséde une centaine de milliards de barils de brut de réserve prouvée. Il me semble que là aussi, le monde entier est concerné.

Pareil pour la région du Cachemir (et son eau), objet de tensions entre la Chine, l’Inde et le Pakistan, 3 pays nucléarisés regroupant un peu moins de 3 milliards d’humains. Si l’Inde connait cet été la même sècheresse que l’été dernier je ne doute pas d’en entendre encore reparler. Le monde entier est concerné.

Surexploitation du lac Tchad, Gange, Colorado, Amou-Daria (mer d’Aral), Fleuve Jaune et des aquifères profonds dont les déplétions commencent déjà à limiter les productions céréalières des USA. Bref, 9.000 km3/an d’eau douce* pour 7.000.000.000 d’humains, posent un furieux problème de répartition.

* bouquin de François Ramade, “Un monde sans famine?” edition Dunod

18 réactions et commentaires

  • douarn // 13.02.2020 à 07h43

    Super reportage sur un sujet trop souvent passé au second plan à mon goût. Mais il me semble nécessaire de reconnecter ce sujet à la “grande image générale”.
    En plus des aspects migratoires et humanitaires (Egypte+Soudan+Ethiopie = ~250 millions d’humains), il me semble qu’une guerre du Nil, ferait porter le risque sur les aspects géostratégiques que représentent le canal de Suez ou le pétrole du Soudan du sud (peut être la raison de la médiation US). En cela, c’est le monde entier qui est concerné.

    Même chose pour l’Euphrate. C’est un sujet de friction entre l’Irak, la Syrie et la Turquie (~150 millions d’humains). L’Irak posséde une centaine de milliards de barils de brut de réserve prouvée. Il me semble que là aussi, le monde entier est concerné.

    Pareil pour la région du Cachemir (et son eau), objet de tensions entre la Chine, l’Inde et le Pakistan, 3 pays nucléarisés regroupant un peu moins de 3 milliards d’humains. Si l’Inde connait cet été la même sècheresse que l’été dernier je ne doute pas d’en entendre encore reparler. Le monde entier est concerné.

    Surexploitation du lac Tchad, Gange, Colorado, Amou-Daria (mer d’Aral), Fleuve Jaune et des aquifères profonds dont les déplétions commencent déjà à limiter les productions céréalières des USA. Bref, 9.000 km3/an d’eau douce* pour 7.000.000.000 d’humains, posent un furieux problème de répartition.

    * bouquin de François Ramade, “Un monde sans famine?” edition Dunod

    • EugenieGrandet // 13.02.2020 à 08h54

      Le pétrole du Soudan du Sud (juste de l’autre côté de la frontière avec le Soudan) ne représente pas de grandes réserves. Ca ne peut pas être un enjeu géopolitique mondial. Quant au potentiel du reste du pays, il ne sera jamais exploré en raison des guerres ancestrales entre tribus de la région puis de la réduction suivi par l’abandon de la consommation d’hydrocarbures.

      Le Canal de Suez a été longtemps contourné sans difficulté (seuls impacts: le temps de transport rallongé. Et le coût du contournement légèrement plus cher que le passage par le canal.)

      Si nous sommes concernés c’est parce que le monde n’a pas besoin d’un nouveau conflit régional. Pas vraiment à cause de conséquences directes.

      • douarn // 13.02.2020 à 10h18

        Pardonnez moi EuginieGrandet, mais je vous trouve trop confiante dans votre affirmation.
        Oui, le Soudan du sud n’a pas beaucoup de réserve prouvée (3,5 millions de bl, Nigeria en a 10 fois plus) (production Soudan du Sud : 131.000 bl/j en 2018, en forte augmentation (+17% sur 1 an)), mais il faut peut être considérer le puzzle dans sa globalité.

        D’une part, en 2018 (BP statistical review) a été produit mondialement 95 millions de bl/j. Cette même année il en a été consommé 100 millions bl/j, la différence est comblée par les biocarburants subventionnés et les dérivés du charbon et du gaz naturel.

        De l’autre, de 2005 à 2018, la moitié des pays producteurs mondiaux ont vu leurs capacités de production diminuer (!!). Cette diminution fut compensée par l’augmentation de production de l’autre moitié des pays producteurs. Seul 2 pays (Irak, USA) ont pu répondre et augmenter l’offre globale (re-!!) :
        http://crudeoilpeak.info/wp-content/uploads/Cumulative_crude_prod_changes_2005-May_2018.jpg

        Donc, je crois que même avec de faibles réserves prouvées, dans un contexte de sensibilité de l’équilibre offre/demande, le pétrole soudanais revêt une caractère géostratégique. Surtout si le schiste US montre des signes de faiblesse (déplétion de sweet spot, faillites importantes (chesapeake energy)).
        https://oilprice.com/Energy/Crude-Oil/Bakken-Sweet-Spots-Are-Petering-Out.html
        https://oilprice.com/Energy/Energy-General/This-US-Shale-Giant-Is-On-The-Brink-Of-Collapse.html

        Merci de m’avoir lu

        • EugenieGrandet // 13.02.2020 à 17h29

          @douarn. Vous avez une bonne connaissance du sujet (c est plutôt rare sur les forums.) Oui je suis d’accord, la production US pourrait ne pas être aussi durable. Mais la grande force des Etats-Unis c’est leur vitesse d’adaptation. Ils arriveront à produire à coût acceptable les zones hors sweet spots (comme il l’ont fait en 2014 après la chute dramatique des prix.)

          Les réserves prouvées du Soudan du Sud seraient de 3,5 milliards (pas millions) de barils.

          Néanmoins, vous observez que la production annuelle de pétrole sud-soudanais représente 0,1% de la consommation annuelle mondiale. Donc honnêtement, elle est actuellement insignifiante.

          De plus ce pétrole est cher car loin du port d’exportation. Et celui du sud du Soudan du Sud sera encore plus loin, donc plus cher. De plus, (1) tous les forages faits au sud des champs actuels ont été décevants jusqu’ici et (2) s’il y a une découverte, il faudra 5 ans au moins avant qu’une mise en production ait lieu (je n’y crois pas car personne au Soudan du Sud n’est capable d’assurer la paix dans cette zone. Et je n’ose imaginer la malédiction qui hélas s’abattra sur le Soudan du Sud s’il est découvert de grandes réserves.)

          Au niveau mondial, faites redémarrer la Libye: +2Mb/j très proche de la Méditerranée. Idem avec l’Iran si Trump n’est pas réélu. Certes les probabilités ne sont pas élevées mais ce que je veux vous dire c’est qu’il y a des marges de manoeuvre.

          • douarn // 13.02.2020 à 21h15

            Oui merci, j’ai effectivement fait une erreur (j’aurai dû me relire…).

            Pauvres Lybiens, la Lybie est en plein marasme et risque de mettre un bon moment avant de revenir à un semblant de normalité.

            Les compagnies US brûlent du cash sur le pétrole de roche mère tout en promettant retour à meilleure fortune. Honnêtement, je suis dubitatif pour la suite du schale oil aux USA. Même en étant réactif et imaginatif, je ne vois pas comment ils pourraient tenir cet engagement dans un contexte de contrôle des cours mondiaux par l’entente OPEP+Russie.

            OK avec vous sur la question des difficultés et donc des coûts inhérents à la mise sur le marché du brut soudanien. Vous avez raison, en pourcentage mondiale la production est faible mais cela ne veut pas dire que la zone n’intéresse personne dans le cadre de la fragilisation de l’équilibre offre/demande qui se profile à cours terme. Vous dites “personne au Soudan du Sud n’est capable d’assurer la paix dans cette zone”. Les USA “sécurisent” pourtant les champs pétroliers du nord de la Syrie, c’est bien ce qui m’incite à imaginer que la médiation US se soit imposée. Pour trous ces aspects et dans un contexte où Russie et Chine avancent leurs pions en Afrique, l’aspect pétro-géo-stratégique du Soudan du Sud me semble vraiment important.
            https://www.lefigaro.fr/flash-actu/les-etats-unis-ne-volent-pas-le-petrole-de-la-syrie-assure-le-pentagone-20191107

            En tout cas merci EugenieGrandet pour cet échange 🙂

  • calal // 13.02.2020 à 08h04

    “Qui depasse largement l’interet des pays riverains”

    Pourquoi? Quels arguments pour justifier cette hypothese?
    Sans doute y a t il de nombreuses “bonnes ames” pretes a aider a regler ce probleme gratuitement…

  • Patrick // 13.02.2020 à 08h38

    eh oui !! tant qu’il n’y avait que quelques dizaines de milliers de personnes vivant dans ces régions, il n’y avait pas de problème, même pendant les périodes de sécheresse.
    Dés que l’on passe à quelques millions de personnes ça devient compliqué , avec quelques centaines de millions ce sont des conflits assurés.
    La surpopulation s’accompagne également d’une sur-utilisation des ressources locales et en particulier d’un déboisement soit pour cultiver soit pour utiliser le bois comme source d’énergie , ce qui aggrave les problèmes de sécheresse …
    Pour peu que d’autres états viennent apporter la démocratie et la liberté aux puits de pétrole locaux , le tableau est complet !!

  • DVA // 13.02.2020 à 09h56

    Il y a eu aussi le projet phare du parc Hawassa, un site rassemblant 52 usines textiles américaines, européennes et asiatiques qui a ouvert en 2017 (Là bas ,environ 30.000 travailleurs y cousent nuit et jour des t-shirts, des vêtements de sport…) et ce projet de barrage s’inscrit aussi surtout comme la continuité de projets de développement économique à partir de zones franches ( càdire affranchies d’un max de règlements , de lois, de taxes, de syndicats…) ou l’investissement des multinationales est rentabilisé au maximum et ce par l’exploitation maximum des travailleurs( turn over de 100% !, salaire de misère…) … C’est aussi une extension du made in China estampillé made in Ethiopia cette fois. En raison notamment d’un coût de la main-d’œuvre nettement moins cher qu’en Chine, de 600 dollars par mois, contre 60 dollars en Éthiopie…ce qui nous donnera ( par exemple) nos roses de la st Valentin en provenance de ces pays en avions réfrigérés pour quelques € seulement…

  • Santerre // 13.02.2020 à 11h43

    Il est dommage qu’il ne soit pas exposé le point de vue arbitral, si toutefois il existe.
    Qu’est ce qui serait juste en la matière ? Distribuer aux Etats le débit du fleuve sur quelle base?
    Une part par etat,? Sur la base des populations impliquées sur le bassin versant.
    La Russie devrait aussi rendre l’eau de la Volga captée pour agriculture au point d’assassiner la mer d’Aral et de léser la population des deux états riverains.
    Que dire aussi des états qui polluent en amont pour laisser de vrais poubelles aux suivants, comme pour le Rhin.

    • weilan // 13.02.2020 à 11h55

      La Volga se jette dans la Mer Caspienne. Rien à voir avec celle d’Aral.
      Un accès de russophobie ?

      • Terra99 // 13.02.2020 à 16h29

        Non, il s’emmêle juste un peu les pinceaux. La Volga est concernée dans le projet pour sauver la mer d’Aral en la détournant en partie. Par contre, l’asséchement de la mer d’Aral est du au détournement par l’URSS de plusieurs fleuves qui s’y jetaient. De mémoire, c’est l’ouzbekistan et le Kazakstan qui, à la fois, profitent et souffrent de la situation et qui doivent agir. Ils ne font plus partie de l’URSS depuis longtemps et ont passé tout ce temps a empirer la situation au lieu de chercher des solutions. Il semble qu’ils y réfléchissent sérieusement maintenant, c’est une bonne chose.

      • EugenieBalzac // 13.02.2020 à 17h45

        Je doute que la Volga soit détournée, la rivière Ural à la rigueur. Mais elle est critique pour les esturgeons et le caviar. Les kazakhstanais tueront ils une de leurs poules aux oeufs d’or (avec l’uranium et le pétrole)? J’en doute.

        Les soviétiques ont quelque chose à voir avec le débit de l’Amou daria et du Syr daria qui se jettent dans la mer d’Aral (par des puisages abusifs pour l’irrigation du coton).
        l’Ouzbékistan indépendant a continué à puiser au delà du nécessaire pour ne pas assécher la mer d’Aral. Mais le mal avait été fait par les Soviétiques.

    • douarn // 13.02.2020 à 16h33

      Bonjour Santerre
      Peut être vouliez vous parler de la diversion des eaux des fleuves Amou-Daria et Syr-Daria pour l’irrigation de cultures en Ouzbekistan conduisant à l’assèchement de la mer d’Aral?

      Peut être qu’un autre fait doit être pris en compte dans la répartition des quotas d’eau du Nil : l’envasement du barrage d’Assouan par les limons du Nil. Celui-ci a déjà perdu de sa capacité et sera comblé en moins de 100 ans, donc zero réserve d’eau. Initialement sa durée de vie opérationnelle avait été prévue (peut être de manière utopique) pour 300 ans*. Cet envasement pourrait bien s’accélérer à cause de la déforestation des bassins versants en amont dont, plus particulièrement, celui de l’Ethiopie.

      * F. Ramade, “Un monde sans famine?” edition Dunod

      • Myrkur34 // 13.02.2020 à 17h51

        N’aurait t’il pas été plus “simple” voire intelligent que l’Egypte renvoie à prix très bas une partie de sa production hydro-electrique à l’Ethiopie et au Soudan pour empêcher la construction d’autres énormes barrages ?
        Là cela va être comme avec la Turquie (Tigre, Euphrate) ou Israël (Jourdain), j’accomplis mes objectifs et je vous laisse ce qui reste….

  • Bouddha Vert // 13.02.2020 à 22h08

    L’hydroélectricité, une énergie propre?
    Comme dit Jancovici, au delà d’un certain volume il n’y a pas d’énergie propre.
    Même le photovoltaïque dans ces pays de soleil n’apporte aucune illusion… quelle me..e!

  • enpassant // 14.02.2020 à 04h48

    Les guerres pour l’eau se profilent et le Moyen-Orient est une région qui manque déjà d’eau.

    Même si cela peut choquer certains il est bon de rappeler que les 3 années de sécheresse en Syrie, qui ont précédé, la révolte initiale contre le gouvernement de Bachar ont mené à un exode rural massif vers les villes ou services, logements, emplois étaient inexistants..

    La première guerre ou révolte dont l’origine est l’eau après les choses se sont compliquées…

  • Sedeke // 15.02.2020 à 08h45

    Gouverner, c’est prévoir. Prenons ce problème au sérieux. N’attendons pas l’incendie pour chercher à venir éteindre. L’eau, c’est la vie. Merci

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