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17.mars.201217.3.2012 // Les Crises

“Notre pays s’enfonce dans les ténèbres du Moyen Âge”, par Mikis Theodorakis

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Mikis TheodorakisMikis Theodorakis, 87 ans, est un compositeur, penseur et homme politique grec. C’est une icone en Grèce. Influencé par le marxisme, il est entré en résistance à 17 ans, dès l’invasion du pays par les allemands. Après la Libération, Theodorakis entre dans la lutte contre la prise de pouvoir par les forces contre-révolutionnaires qui engendre la guerre civile en Grèce de 1945 à 1949. En 1946, Theodorakis est si violemment battu par la police lors d’une manifestation, qu’il est considéré comme mort et transporté à la morgue, avant d’être déporté dans la triste île de Makronissos où il contracte la Tuberculose. Affreusement torturé et deux fois enterré vivant, Theodorakis est un des rares à sortir de cet enfer. En 1964, il est élu au parlement. Le coup d’État du 21 avril 1967 des colonels l’oblige à entrer à nouveau en clandestinité d’où il publie deux jours après le putsch, le premier appel à la résistance1. Arrêté le 21 août 1967, il est emprisonné dans les locaux de la Sûreté, avant d’être exilé en France, où il devient un symbole vivant de la résistance contre la dictature. Rentré au pays, il est de nouveau élu en 1981 au Parlement grec. Identifié avec la gauche jusqu’à la fin des années 1980, mais en 1989, il s’est présenté comme candidat indépendant avec le parti de centre-droit Nea Dimokratia, et appelle de ses vœux une coalition entre le parti de droite en Grèce, Nea Dimokratia, et le parti communiste pour en finir avec les scandales du gouvernement d’Andréas Papandréou et du PASOK, avant de devenir ministre ; il s’est battu contre la drogue et le terrorisme, ainsi que pour la culture et de meilleures relations entre la Grèce et la Turquie. En 2010 il crée le mouvement des citoyens indépendants « SPITHA » (l’Etincelle) avec, à l’âge de 85 ans, toujours cet esprit de résistant pour son peuple mais aussi pour la liberté de tous les peuples… Le 12 février 2012, devant le parlement, il a été volontairement aspergé de gaz lacrymogène par la police.

Notre pays s’enfonce dans les ténèbres du Moyen Âge

Par Mikis Theodorakis, 12 février 2012

Il est évident que ces deux grandes plaies auraient pu être évitées si les dirigeants des deux parties politiques pro-américains n’avaient pas été infiltrés par la corruption. Cette richesse, produit du travail du peuple grec, était ainsi drainée vers les coffres-forts de pays étrangers. Les politiciens ont essayé de compenser cette fuite d’argent par un recours à des emprunts excessifs qui résultaient en une dette publique de 300 milliards d’euros, soit 130% du PNB (Produit National Brut).

Par cette arnaque, les étrangers gagnaient doublement : d’une part, par la vente d’armes et de leurs produits et d’autre part, par les intérêts sur l’argent prêté au gouvernement (et non pas au peuple). Comme nous l’avons vu, le peuple grec était la principale victime dans les deux cas. Un seul exemple suffira pour vous convaincre : en 1986, Andreas Papandreou a emprunté un milliard de dollars à une banque d’un grand pays européen. Les intérêts de cet emprunt n’ont été remboursés qu’en 2010 et ils s’élevaient à 54 milliards d’euros.

L’année passée, M. Juncker a déclaré qu’il avait remarqué lui-même l’hémorragie financière massive de la Grèce qui était due aux dépenses excessives (et forcées) pour l’achat de matériel de guerre – de l’Allemagne et la France en particulier. Et il a conclu que ces vendeurs nous conduisaient à un désastre certain. Hélas, il a avoué qu’il n’a rien fait pour contrecarrer cela, afin de ne pas nuire aux intérêts des pays amis !

En 2008, la grande crise économique est arrivée en Europe. L’économie grecque n’a pas été épargnée. Cependant, le niveau de vie qui était jusque-là assez haut (la Grèce se classait parmi les 30 pays les plus riches du monde), est resté pratiquement inchangé, malgré une augmentation de la dette publique. La dette publique ne se traduit pas nécessairement par une crise économique. La dette des grands pays tels que les États-Unis et l’Allemagne sont estimées à des milliers de milliards d’euros. Les facteurs déterminants sont la croissance économique et la production. Si ces deux facteurs sont positifs, il est possible d’emprunter auprès des grandes banques à un taux d’intérêt inférieur à 5%, jusqu’à ce que la crise soit passée.

En 2009, (en novembre), au moment de l’arrivée de G. Papandréou au pouvoir, nous étions exactement dans cette position. Pour faire comprendre ce que le peuple grec pense aujourd’hui de sa politique désastreuse, je cite deux chiffres : aux élections de 2009 PASOK – le parti politique de G. Papandreou – a remporté 44% des voix. Aujourd’hui, les sondages ne lui donnent plus que 6%.

M. Papandréou aurait pu faire face à la crise économique (qui reflétait celle de l’Europe) avec des prêts de banques étrangères au taux habituel, c’est-à-dire inférieur à 5%. S’il l’avait fait, notre pays n’aurait pas eu de problème. Comme nous étions dans une phase de croissance économique, notre niveau de vie se serait amélioré.

Mais M. Papandréou avait déjà commencé sa conspiration contre le peuple grec en été 2009, lorsqu’il a rencontré secrètement M. Strauss-Kahn, dans le but de passer la Grèce sous la tutelle du FMI. Cette révélation a été divulguée par l’ancien président du FMI.

Pour y arriver, la situation économique de notre pays devait être déformée, afin que les banques étrangères aient peur et augmentent les taux d’intérêt de prêt à des montants prohibitifs. Cette opération onéreuse a commencé avec l’augmentation artificielle du déficit publique de 12% à 15% pour l’année 2009 (n.d.t : M. Andreas Georgiou, président du conseil d’administration de l’Institut National de Statistique, ELSTAT, a subitement décidé en 2009, sans demander l’accord, ni informer son conseil d’administration, de comptabiliser dans le calcul du déficit public certains organismes et entreprises publiques qui ne l’avaient jamais été auparavant dans aucun autre pays européen, excepté la Norvège. L’objectif était de faire passer le déficit de la Grèce au-dessus de celui de l’Irlande (14%), afin que ce soit elle qui joue le rôle de maillon faible de l’Europe.) Pour ce forfait, le procureur M. Pepònis a déféré M. Papandréou et M. Papakonstantinou (ministre des Finances) à la justice, il y a 20 jours.

Ensuite, M. Papandréou et le ministre des finances ont mené une campagne de discrédit pendant 5 mois, au cours de laquelle ils ont essayé de persuader les étrangers que la Grèce est, comme le Titanic, en train de couler, que les Grecs sont corrompus, paresseux et donc incapables de faire face aux besoins du pays. Après chacune de leurs déclarations, les taux d’intérêt montaient, afin que la Grèce ne puisse plus faire des emprunts et afin de donner un caractère de sauvetage à notre adhésion au FMI et à la Banque Centrale Européenne. En réalité, c’était le début de notre fin.

En mai 2010, un ministre, celui des finances, a signé le fameux Mémorandum (Mnimònio, en grec), c’est-à-dire notre soumission à nos prêteurs. D’après le Droit grec, l’adoption d’un tel accord nécessite d’être mis aux voix et d’être approuvé par les trois cinquièmes des députés. Donc, le Mémorandum et la Troïka qui nous gouvernent, fonctionnent illégalement – non seulement par rapport au Droit grec, mais aussi au Droit européen.

Depuis lors, en supposant que notre parcours vers la mort soit représenté par un escalier de 20 marches, nous avons déjà parcouru plus de la moitié du chemin. Imaginez que le Mémorandum accorde aux étrangers notre indépendance nationale et le trésor publique, à savoir : nos ports, nos aéroports, le réseau routier, l’électricité, l’eau, toute la richesse naturelle (souterraine et sous-marine) etc. Même nos monuments historiques, comme l’Acropole, Delphes, Olympie, Epidaure etc. après avoir renoncé à tous nos droits.

La production a été freinée, le taux de chômage a grimpé à 18%, 80’000 magasins ont fermé, tout comme des milliers d’usines et des centaines d’artisanats. Un total de 432’000 entreprises ont déposé leur bilan. Des dizaines de milliers de jeunes scientifiques quittent notre pays qui s’enfonce de plus en plus dans les ténèbres du Moyen Age. Des milliers de personnes qui étaient aisés jusqu’à un temps récent, sont maintenant à la recherche de nourriture dans les ordures et dorment sur le trottoir.

Entretemps, nous sommes censés vivre grâce à la générosité de nos prêteurs d’argent, les banques européennes et le FMI. En fait, l’intégralité du paquet de dizaines de milliards d’euros versé pour la Grèce, retourne à son expéditeur, tandis que nous sommes de plus en plus endettés à cause des intérêts insupportables. Et parce qu’il est nécessaire de maintenir en fonction l’Etat, les hôpitaux et les écoles, la Troïka charge la classe moyenne et inférieure de notre société de taxes exorbitantes qui mènent directement à la famine. La dernière fois que nous avons vécu une situation de famine généralisée dans notre pays était au début de l’occupation allemande, en 1941, avec près de 300’000 morts en six mois seulement. De nos jours, le spectre de la famine revient dans notre pays infortuné et calomnié.

Si vous pensez que l’occupation allemande nous a coûté un million de morts et la destruction complète de notre pays, comment pouvons-nous accepter, nous les Grecs, les menaces de Mme Merkel et l’intention des allemands de nous imposer un nouveau Gauleiter… mais cette fois-ci, il sera porteur d’une cravate…

La période de l’occupation allemande, de 1941 jusqu’à octobre 1944, prouve à quel point la Grèce est un pays riche, et à quel point les Grecs sont travailleurs et conscients (conscience du devoir de liberté et de l’amour pour la patrie).

Lorsque les SS et la famine tuaient un million de personnes et la Wehrmacht détruisait notre pays, confisquait toute la production agricole et l’or de nos banques, les Grecs ont pu survivre grâce à la création du Mouvement de Solidarité Nationale et d’une armée de partisans comptant 100’000 soldats, – ce qui a retenu 20 divisions allemandes dans notre pays.

En même temps, non seulement les Grecs ont-ils survécu grâce à leur application au travail, mais il y a eu lieu, dans des conditions d’occupation, un grand développement de l’art grec moderne, en particulier dans le domaine de la littérature et de la musique.

La Grèce a choisi la voie du sacrifice pour la liberté et la survie en même temps.

Nous avons été attaqués, nous avons répondu avec Solidarité et Résistance et nous avons survécu. Nous faisons maintenant exactement la même chose, avec la certitude que le peuple grec sera finalement vainqueur. Ce message est envoyé à Mme Merkel et M. Schäuble, en soulignant que je reste un ami du peuple allemand et un admirateur de sa grande contribution à la science, la philosophie, l’art et la musique en particulier. La meilleure preuve de cela est le fait que j’ai confié l’intégralité de mon œuvre musicale à deux éditeurs allemands, Schott et Breitkopf, qui sont parmi les plus grands éditeurs dans le monde, et ma collaboration avec eux est très amicale.

Ils menacent de nous expulser de l’Europe. S’ils ne veulent une fois pas de nous, c’est dix fois que nous ne voulons pas faire partie de l’Europe de Merkel – Sarkozy.

Aujourd’hui, dimanche 12 février, moi et Manolis Glezos – le héros qui a arraché la croix gammée de l’Acropole, donnant ainsi le signal du début, non seulement de la résistance grecque, mais aussi de la résistance européenne contre Hitler – nous nous préparons à participer à une manifestation à Athènes. Nos rues et nos places vont être remplies de centaines de milliers de personnes qui manifesteront leur colère contre le gouvernement et la Troïka.

J’ai entendu hier le premier ministre-banquier dire, en s’adressant au peuple grec, que nous avons presque touché le fond. Mais qui nous a amené à ce point en deux ans ? Ce sont les mêmes qui, au lieu d’être en prison, menacent les députés, afin qu’ils votent pour le nouveau Mémorandum pire que le premier, qui sera appliqué par les mêmes personnes qui nous ont amenés là où nous sommes. Pourquoi ? Parce que c’est ce que le FMI et l’Eurogroup nous obligent à faire, en nous menaçant que, si nous n’obéissons pas, c’est la faillite… Ici l’on joue du théâtre de l’absurde. Les cercles qui nous haïssent (grecs et étrangers) et qui sont les seuls responsables de la situation dramatique de notre pays, nous menacent et nous font du chantage, afin de pouvoir poursuivre leur œuvre destructrice, jusqu’à notre extinction définitive.

Au cours des siècles, nous avons survécu dans des conditions très difficiles. Il est certain que, non seulement les grecs vont survivre, mais ils vont aussi revivre s’ils nous amènent de force à l’avant-dernière marche de l’escalier avant la mort.

A présent je consacre toutes mes forces à unir le peuple grec. J’essaie de le convaincre que la Troïka et le FMI ne sont pas une route à sens unique. Qu’il y a une autre solution : changer l’orientation de notre nation. Se tourner vers la Russie pour une coopération économique et la formation de partenariats qui nous aideront à mettre en valeur la richesse de notre pays en des termes favorables à notre intérêt national.

Je propose de ne plus acheter du matériel militaire des Allemands et des Français. Nous allons tout faire pour que l’Allemagne nous paie les réparations de guerre dues. Ces réparations s’élèvent, avec les intérêts, à 100 milliards d’euros.

La seule force capable de faire ces changements révolutionnaires, c’est le peuple grec uni en un Front de Résistance et de Solidarité pour que la Troïka (FMI et banques européennes) soit chassée du pays. En parallèle, il faut considérer comme nuls tous ses actes illégaux (prêts, dettes, intérêts, impôts, achats de la richesse publique). Bien sûr, leurs partenaires grecs – qui ont déjà été condamnés dans l’esprit de notre peuple en tant que traîtres -, doivent être punis.

Je suis entièrement concentré sur ce but (l’Union du peuple en un Front) et je suis persuadé que nous l’atteindrons. Je me suis battu les armes à la main contre l’occupation hitlérienne. J’ai vu les cachots de la Gestapo. J’ai été condamné à mort par les Allemands et j’ai miraculeusement survécu. En 1967, j’ai fondé PAM (Patriotikò Mètopo – front patriotique), la première organisation de résistance contre la junte militaire. Je me suis battu dans la clandestinité. J’ai été arrêté et emprisonné dans « l’abattoir » de la police de la junte. Finalement, j’ai encore survécu.

Aujourd’hui, j’ai 87 ans, et il est très probable que je ne serai pas vivant le jour du sauvetage de ma patrie bien-aimée. Mais je vais mourir la conscience tranquille, parce que je continuerai jusqu’à la fin de faire mon Devoir envers les idéaux de Liberté et de Droit.

Mikis Theodorakis

L’Appel aux citoyens indignés de Grèce et d’Europe

Par Mikis Theodorakis, 26 mai 2011

Nous saluons les dizaines de milliers, voire les centaines de milliers de nos concitoyens, jeunes pour la plupart, qui se sont rassemblés sur les places de toutes les grandes villes pour manifester leur indignation à l’occasion de la commémoration du mémorandum (accord cadre signe entre le gouvernement grec, l’UE, le FMI et la BCE, en Mai 2010 et renouvelé depuis régulièrement), demandant le départ du Gouvernement de la Honte et de tout le personnel politique qui a géré le bien public, détruisant, pillant et asservissant la Grèce. La place de tous ces individus n’est pas au Parlement, mais en prison.

Nous saluons les premières Assemblées générales qui se déroulent dans les centres de nos villes et la démocratie immédiate que s’efforce de découvrir le mouvement inédit de notre jeunesse. Nous saluons les travailleurs de la fonction publique qui ont entrepris manifestations, grèves et occupations pour défendre un Etat qui, plutôt que du démantèlement prévu par le FMI, a désespérément besoin d’une amélioration et d’une réforme radicales. Par leurs mobilisations, les travailleurs de l’Hellenic Postbank, de la Régie nationale d’électricité et de la Société publique de loterie et de paris sportifs défendent le patrimoine du peuple grec qu’entendent piller les banques étrangères par le truchement de leur gouvernement fantoche à Athènes.

Le pacifisme exemplaire de ces manifestations a démontré que lorsque la police et les agents provocateurs ne reçoivent pas l’ordre d’intervenir, le sang ne coule pas. Nous appelons les policiers grecs à ne pas être les instruments des forces obscures qui tenteront certainement, à un moment donné, de réprimer dans le sang les jeunes et les travailleurs. Leur place, leur devoir et leur intérêt sont d’être aux côtés du peuple grec, des protestations et des revendications pacifiques de celui-ci, aux côtés de la Grèce, et non des forces obscures qui dictent leur politique au gouvernement actuel.

Un an après le vote du mémorandum, tout semble attester son échec. Après cette expérience, on ne peut plus s’autoriser la moindre illusion. La voie qu’a empruntée et continue de suivre le gouvernement, sous la tutelle des banques et des instances étrangères, de Goldman Sachs et de ses employés européens, mènent la Grèce à la catastrophe. Il est impératif que cela cesse immédiatement, il est impératif qu’ils partent immédiatement. Jour après jour, leurs pratiques révèlent leur dangerosité pour le pays.

Il est étonnant que le procureur général ne soit pas encore intervenu contre le Ministre de l’Economie et des Finances, après les récentes déclarations tenues par ce dernier sur l’imminence de la faillite et l’absence de ressources budgétaires. Pourquoi n’est-il pas intervenu suite aux déclarations du président de la Fédération des patrons de l’industrie et de la commissaire européenne grecque Mari Damanaki sur une sortie de l’euro ? Pourquoi n’est-il pas intervenu contre le terrorisme de masse avec lequel un gouvernement en faillite, sous le diktat de la Troïka [UE – FMI – BCE], tente une nouvelle de fois d’extorquer le peuple grec?

Par leur catastrophisme, leurs allusions tragiques et tout ce qu’ils inventent et déblatèrent pour effrayer les Grecs, ils ont réussi à humilier le pays dans le monde entier et à le mener réellement au bord de la faillite. Si un chef d’entreprise s’exprimait de la même façon que le fait le Premier ministre et ses ministres, lorsqu’ils parlent de la Grèce, il se retrouverait immédiatement derrière les barreaux pour malversation grave.

Nous nous adressons aussi aux peuples européens. Notre combat n’est pas seulement celui de la Grèce, il aspire à une Europe libre, indépendante et démocratique. Ne croyez pas vos gouvernements lorsqu’ils prétendent que votre argent sert à aider la Grèce. Ne croyez-pas les mensonges grossiers et absurdes de journaux compromis qui veulent vous convaincre que le problème est dû soi-disant à la paresse des Grecs alors que, d’après les données de l’Institut statistique européen, ceux-ci travaillent plus que tous les autres Européens!

Les travailleurs ne sont pas responsables de la crise; le capitalisme financier et les politiciens à sa botte sont ceux qui l’ont provoquée et qui l’exploitent. Leurs programmes de «sauvetage de la Grèce» aident seulement les banques étrangères, celles précisément qui, par l’intermédiaire des politiciens et des gouvernements à leur solde, ont imposé le modèle politique qui a mené à la crise actuelle.

Il n’y a pas d’autre solution qu’une restructuration radicale de la dette, en Grèce, mais aussi dans toute l’Europe. Il est impensable que les banques et les détenteurs de capitaux responsables de la crise actuelle ne déboursent pas un centime pour réparer les dommages qu’ils ont causés. Il ne faut pas que les banquiers constituent la seule profession sécurisée de la planète!

Il n’y pas d’autre solution que de remplacer l’actuel modèle économique européen, conçu pour générer des dettes, et revenir à une politique de stimulation de la demande et du développement, à un protectionnisme doté d’un contrôle drastique de la Finance. Si les Etats ne s’imposent pas sur les marchés, ces derniers les engloutiront, en même temps que la démocratie et tous les acquis de la civilisation européenne.

La démocratie est née à Athènes quand Solon a annulé les dettes des pauvres envers les riches. Il ne faut pas autoriser aujourd’hui les banques à détruire la démocratie européenne, à extorquer les sommes gigantesques qu’elles ont elle-même générées sous forme de dettes. Comment peut-on proposer un ancien collaborateur de Goldman Sachs pour diriger la Banque centrale européenne? De quelle sorte de gouvernements, de quelle sorte de politiciens disposons-nous en Europe?

Nous ne vous demandons pas de soutenir notre combat par solidarité, ni parce que notre territoire a été le berceau de Platon et Aristote, Périclès et Protagoras, des concepts de démocratie, de liberté et d’Europe. Nous ne vous demandons pas un traitement de faveur, parce que nous avons subi en tant que pays l’une des pires catastrophes européennes dans les années 1940 et nous avons lutté de façon exemplaire pour que le fascisme ne s’installe pas sur le continent.

Nous vous demandons de le faire dans votre propre intérêt. Si vous autorisez aujourd’hui le sacrifice des sociétés grecque, irlandaise, portugaise et espagnole sur l’autel de la dette et des banques, ce sera bientôt votre tour. Vous ne prospérerez pas au milieu des ruines des sociétés européennes.

Nous avons tardé de notre côté, mais nous nous sommes réveillés. Bâtissons ensemble une Europe nouvelle ; une Europe démocratique, prospère, pacifique, digne de son histoire, de ses luttes et de son esprit. Résistez au totalitarisme des marchés qui menace de démanteler l’Europe en la transformant en tiers-monde, qui monte les peuples européens les uns contre les autres, qui détruit notre continent, en suscitant le retour du fascisme.»

Le Comité Consultatif du Mouvement de Citoyens Indépendants «L’Etincelle» / Spitha (Mouvement citoyen créé à l’initiative de Mikis Theodorakis)

mikis theodorakis

Le leadership européen menace et agit comme un prédateur

Par Mikis Theodorakis, 19 février 2012, traduction Okeanos pour Okeanews

Athens News : Pourquoi considérez-vous le vote du programme d’austérité comme une trahison ?

Mikis Theodorakis: En 2009, la Grèce était à un niveau de, disons, 100. En deux ans, la troïka, le FMI et notre gouvernement nous a conduit à Ground Zero, ce que le premier ministre [Lucas] Papademos a concédé. Personne ne se demande pourquoi le pays se dirige vers le chaos, même si on nous dit de temps en temps que les Européens nous ont envoyé des dizaines de milliards d’euros ? Où va cet argent ? Il va directement à nos créanciers, tandis que l’état se surcharge avec une nouvelle dette et le paiement des intérêts. C’est comme cela que la dette a augmenté à 160% du PIB, et avec le nouveau paquet de 130 milliards d’ euro elle augmente à 180%. Cela est sans précédent, et cela signifie que nous seront pieds et poings liés sur le pieu de la dette et de l’intérêt pour les 150 prochaines années. De quel droit les partis qui représentent une minorité (les sondages donnent le Pasok à 6% et la Nouvelle Démocratie à 20%) décident de l’avenir de la Grèce pour les 100 prochaines années?

Quelles ont été vos pensées quand vous avez entendu le débat parlementaire sur le plan de sauvetage?

Je ne suis pas intéressé par un parlement qui représente une minorité de la nation – ils totalisent moins de 50% de l’électorat combiné. D’un point de vue constitutionnel, les parlement est illégal parce qu’il prépare un coup, tout comme les membres de la junte.

Pensez vous qu’un défaut désordonnée serait mieux pour les classes moyennes et les plus pauvres que le plan de sauvetage?

Comment peut-on parler de défaut de paiement dans le futur quand nous sommes déjà dans un état de faillite absolue – où 423.000 entreprises ont fermé leurs portes et quand le taux de chômage est supérieur à 20%. Ne voyez-vous pas les gens chercher dans les poubelles et dormir sur les trottoirs ? Ceux qui nous ont conduit à la faillite consciemment – la troïka et le gouvernement – clament maintenant qu’ils veulent nous sauver de la faillite. C’est incroyable ! Avec le nouveau protocole, ils ont légitimé le premier (2010), qui n’a pas pourtant pas reçu une majorité des trois cinquièmes [nécessaire pour céder leur souveraineté]. Le professeur de droit Yiorgos Kasimatis a fait valoir que même 300 députés ne peuvent pas négocier notre intégrité nationale (akeraiotita). Tous les actes d’exécution du mémorandum sont donc illégaux. La troïka, le gouvernement et tous les politiciens qui ont pris de telles décisions sont illégitimes. Vous pouvez être sûr qu’un jour, ils seront jugés et punis.

Est-ce que seule l’aile gauche peut renverser le mémorandum?

Non, pas seulement la gauche. Mais le peuple tout entier le peut – de la gauche vers la droite patriotique. La patrie. La Grèce. Unis comme un poing, un jour, nous évinceront les gouvernements indignes, la troïka et le couple Merkel-Sarkozy.

La Grèce est riche. Nos citoyens sont des travailleurs acharnés. De quoi manquons-nous ? Nous manquons essentiellement de l’indépendance nationale. Depuis la fin de la guerre civile, depuis 1950, toutes les grandes questions – la diplomatie, la défense, l’économie et la politique – ont été décidées par les Américains. Quels sont les partis qui ont gouverné la Grèce? Les partis qui ont la bénédiction des États-Unis et ont juré de garder l’aile gauche dans un coin. Pourtant, aujourd’hui, la gauche patriotique commence à se réveiller. Ce sont ces forces qui ont sauvé la Grèce des nazis, qui ont combattu les premiers la junte et finalement rapporté la démocratie. Sur ce point, je suis en mesure de connaître la vérité cachée.

Comme pour les deux partis [de la Nouvelle Démocratie et du PASOK] qui ont gouverné la Grèce, ils nous ont laissé des emprunts excessifs, de la corruption, l’assujettissement au FMI en 2010, et, à partir de là, à la catastrophe. C’est le point de vue des gens, qui punissent de Pasok et [l’ancien premier ministre] George [Papandreou], qui est passé de 44% dans les élections de 2009 à 6% dans les sondages aujourd’hui. Les gens commencent à comprendre, à se réveiller et à protester.

Qui est à blâmer pour la crise – les Grecs, les Allemands avec leur modèle d’austérité ou les marchés tout-puissants?

La seule crise est celle du capitalisme international, qui comprend la mafia internationale et les géants du capital financier – de l’argent virtuel. Le capital financier a apparemment suborné le leadership européen d’aujourd’hui, qui ne se rend pas compte qu’il met un noeud autour de son propre cou. Aujourd’hui, le leadership européen menace et agit comme un prédateur. Demain, ils [l’ensemble de l’Europe] seront les victimes, tout comme nous.

Où est l’orientation politique après l’expulsion de dizaines de députés du PASOK et de la ND?

Après le Pasok de 6% dans les sondages, ND va certainement subir le même déclin [note okeanos : les derniers chiffres le démontrent]. Il peut y avoir de nouveaux partis, mais ce sont les mêmes personnes avec la même mentalité, les gens qui acceptent notre dépendance nationale et la présence d’un gouvernement essentiellement d’origine étrangère. Le système politique actuel est comme un train sur des rails mis en place par des étrangers, qui nous mènent là où ils veulent aller. Quelle différence cela fait-il si les wagons du train sont remplis avec de nouveaux partis? Que se passe-t-il si on change le conducteur-premier ministre ? Le train ne peut aller ni à droite, ni à gauche. Il n’y a pas de volant. La vitesse et les freins sont déterminés par des étrangers. Aujourd’hui, ils nous poussent vers le chaos absolu. La seule solution est de couper les rails et de les remplacer par les nôtres, dans le sens décidé par le peuple grec, si à un moment donné, il a le pouvoir de prendre son destin dans ses propres mains.

Pourquoi n’avez-vous pas été en mesure d’unir les gens dans un front anti-mémorandum? Votre nouvelle organisation Ellada n’est-elle pas conçu pour faire cela?

Manolis Glezos et moi avons appelé le peuple à inonder Athènes en signe de protestation, et ils l’ont fait. Il y avait des centaines de milliers de personnes. Dans la terreur, le pouvoir de l’Etat a pulvérisé des gaz toxiques directement sur nous, pour nous tuer. Glezos s’est évanouit et est tombé. Dans un premier temps, j’ai vu Charon (la mort) de mes propres yeux, car je ne pouvais pas respirer. J’ai récupéré et je suis retourné à mon poste [okeanos : on notera un signe des temps, de résistance en temps de guerre], en face du parlement gardé par la police anti-émeute. J’ai pris un haut-parleur et j’ai dit: « N’ayez pas peur. Nous ne le prendrons pas d’assaut. Nous ferons cela plus tard, quand nous serons prêts. » C’est là qu’ils ont commencé à lancer des milliers de bombes de toutes sortes. L’atmosphère est devenue sombre de bombes fumigènes et d’attaques au gaz. J’ai été sauvé parce que j’avais un masque. Par conséquent, vous pouvez être sûr que La Grèce se porte bien, et qu’elle permettra d’atteindre l’objectif pour lequel elle a été créée.

Est-ce que la destruction d’Athènes était prévu? Y a-t-il un danger d’explosion sociale?

C’était basé sur un plan visant à effrayer les gens. S’il n’y avait pas eu les gaz, la police anti-émeute et ce déchaînement de violence , un million de personnes auraient entouré le parlement. Les personnes en cagoules, main dans la main avec la police anti-émeute, nous battaient. Puis vous avez eu des gangs, des voleurs et des racailles, qui tirent profit du pillage et des incendies. Vous obtenez une situation cauchemardesque, où la vérité – des centaines de milliers de manifestants pacifiques – est cachée sous un nuage de gaz et de fumée. Ce que contenait la colère, le dégoût et la rage est ce qui effraie les pouvoirs en place, qui tentent de le repousser par tous les moyens, principalement par la destruction. Ainsi, la seule partie responsable de l’enfer d’aujourd’hui est le leadership politique. Le gouvernement !


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© Nicolas Vadot

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5 réactions et commentaires

  • DELALUNA HIJO // 17.03.2012 à 08h26

    Bonjour,

    Je suis avec un grand plaisir/intérêt les riches et nombreuses publications dont vous nous faites profiter…

    J’ai, faute de temps, [“un peu”] délaissé le Blog de P. Jorion au profit du vôtre…

    Vous avez une approche analytique et synthétique impressionnantes pour présenter les “crises” tant dans le global (vos analyses macro) que dans le détail (vos analyses “micro”).

    Je souhaiterais une progression “logarithmique” ou a minima “géométrique” du nombre de vos lecteurs notamment dans ces temps “troubles” à la charnière de différents “Choix de Société”…
    ;+)

    Sur le fond comme sur la forme : +++

    Merci Olivier, Itou aux différents intervenants de qualité comme Okéanos et/ou vos, souvent intéressants, commentateurs.

    Pierre
     

      +0

    Alerter
  • Patrick Luder // 17.03.2012 à 20h02

    Bravo Mikis pour votre combat,
       j’espère que vous verrez encore votre beau pays se retourner
          et dire qu’il suffirait d’une simple décision
             pour repartir de zéro
                et construire le monde de demain  ###

      +0

    Alerter
  • Marcus // 18.03.2012 à 22h51

    Excellent, merci Olivier !

      +0

    Alerter
  • step // 19.03.2012 à 13h38

    C’est peut être charger le Papadémos, qui a mon gout a plus posé le pied sur une mine qu’il ne l’a installée mais fondamentalement comment ne pas comprendre sa vision du monde.

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  • lee // 20.03.2012 à 13h58

    Ah ! La censure démocratique…

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