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14.avril.202014.4.2020 // Les Crises

L’usine bretonne qui alimentait la France en masques : histoire secrète d’un saccage industriel

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Source : France culture, Benoît Collombat et Cellule investigation de Radio France

Enquête | Alors que la France manque cruellement de masques face à la pandémie de nouveau coronavirus, une entreprise française, installée en Bretagne, qui pouvait en fabriquer jusqu’à 200 millions par an, a fermé en 2018 après avoir été rachetée par un groupe américain. Qui est responsable de ce fiasco ?

« Pour eux, on est un peu comme des pions sur un jeu de Monopoly. » Antoine* est un « ancien » de l’usine de Plaintel, dans les Côtes-d’Armor. Depuis les années 90, il a vu passer plusieurs repreneurs de l’usine bretonne spécialisée dans la fabrication des masques respiratoires, notamment les fameux masques FFP2 indispensables au personnel médical. Il a connu le boom de l’entreprise au moment de la grippe H1N1, en 2009, lorsque l’usine fonctionnait « vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept » avec « huit machines, dont cinq supplémentaires« . Une capacité de production multipliée par cinq et 300 employés pour fabriquer des masques pour la France entière.

« En 2005, j’avais signé un protocole d’accord avec le ministre de la Santé, Xavier Bertrand, explique Roland Fangeat, ancien président de la division respiratoire du groupe Bacou-Dalloz, propriétaire de l’usine de Plaintel à l’époque. Nous nous engagions à garantir une production d’au moins 180 millions de masques par an. Le groupe a investi près de neuf millions d’euros sur le site de Plaintel pour financer notamment une extension. Nous avions une capacité de production de 220 millions de masques par an, quatre millions par semaine, en cas de crise. »

L’État s’engage, avant de se retirer

Dans ce protocole d’accord, dont la cellule investigation de Radio France révèle l’existence, « l’État s’engage à commander à l’entreprise » plusieurs millions de masques chaque année. « L’État assurera le renouvellement de son stock arrivé à préemption », prévoit l’article 11 de cet accord. Une ligne de conduite alors suivie par l’État, malgré certains retards dans les commandes, comme le montre ce courrier du 14 juin 2006 de Dominique de Villepin : « Je tiens à vous assurer que l’État continuera à respecter ses engagements, en termes de quantité comme de calendrier », écrit le Premier ministre de Jacques Chirac.

« De janvier 2009 à septembre 2010, nous avons livré 160 millions de masques FFP2 à l’État, se souvient Roland Fangeat. Et puis il y a eu un désengagement de l’État. La chute des commandes a été catastrophique pour l’usine de Plaintel.« 

En 2010, le géant américain Honeywell rachète le groupe Sperian (le nouveau nom de Bacou-Dalloz) alors propriétaire de l’usine de Plaintel qui compte encore 140 salariés. Le début de la fin. « Lorsque les Américains arrivent à Plaintel, ils nous expliquent qu’Honeywell est une chance pour nous et que nous allons ‘intégrer’ un groupe mondial avec des ‘valeurs’ et une force de frappe commerciale importante« , témoigne Damien*. Pourtant, dès 2011, le groupe annonce 43 suppressions d’emplois. Les plans de licenciement s’enchainent, le chômage partiel devient la règle : à l’été 2018, les 38 derniers salariés de l’entreprise sont finalement licenciés pour des motifs « économiques ».

La production de masques est délocalisée sur un site déjà existant (créé dans les années 90) à Nabeul, en Tunisie. En septembre 2018, l’usine de Plaintel ferme ses portes. Un mois plus tard, les chaines de production sont détruites. Alexandre* se souvient : « Lorsque je suis sorti pour ma pause-déjeuner, j’ai vu un semi-remorque embarquer un morceau de nos lignes de production qui mesuraient entre 50 et 60 mètres de long. Tout est parti chez le ferrailleur pour être détruit. J’étais vraiment choqué. J’avais l’impression de voir un corbillard chercher le corps d’un mort. C’est un peu à l’image de ce qui nous est arrivé au sein de l’entreprise. Dès qu’Honeywell a repris l’usine, nous étions comme des cancéreux en soins palliatif : on savait qu’on allait mourir, mais on ne savait pas quand ça se produirait. »

Lors de sa fermeture, l’entreprise ne produisait plus que huit millions de masques par an.

Le silence de l’État

À l’été 2018, les élus du personnel, à la demande des salariés, tentent d’interpeller par mail le président de la République. Il explique au chef de l’État que l’usine de Plaintel est « une entreprise d’utilité publique » dont l’actionnaire américain a tout fait pour la rendre « largement déficitaire » tout en « absorbant massivement les deniers publics. » « Nous sollicitons votre aide pour intercéder en notre faveur auprès des dirigeants du groupe » concernant « des indemnités de licenciement dont le niveau se situe très largement au deçà de ce qui se pratique habituellement chez Honeywell, en Europe de l’Ouest », peut-on encore lire dans ce courrier adressé à l’Élysée.

Le 24 juillet 2018, le chef de cabinet de l’Élysée lui répond qu’il prend « bonne note » de ce courrier qu’il transmet au ministre de l’Économie et des Finances, Bruno Lemaire. Le 7 août 2018, le chef de cabinet de Bruno Lemaire répond à son tour que « le ministre a pris bonne note des éléments (…) communiqués et a demandé à la délégation interministérielle aux restructurations d’entreprise et à la direction générale des entreprises de faire le point sur ce dossier. Vous serez directement informé de la suite qui pourra lui être réservé », explique le ministère de l’Économie. « Je n’ai eu aucune nouvelle… », témoigne auprès de la cellule investigation de Radio France l’un des salariés à l’origine de l’envoi de ce courrier.

Contactée, la présidence de la République ne fait aucun commentaire. « C’est le temps de l’unité, pas de la polémique« , souffle un proche de l’Élysée. Du côté du ministère de l’Économie, on assure « ne pas avoir eu les moyens d’empêcher une fermeture d’usine dans un secteur qui n’était pas alors considéré comme stratégique. » « Cette entreprise avait beaucoup de difficultés, elle avait perdu beaucoup de commandes, explique un conseiller ministériel. Ses effectifs ne permettaient pas à l’outil industriel de bien fonctionner. » « Ce n’est pas l’entreprise qui est en cause mais plutôt l’État qui a arrêté de stocker des masques, ajoute ce conseiller de Bruno Le Maire. Sans commande du ministère de la Santé entre 2010 et 2017, le site a été utilisé très en dessous de sa capacité. Si Honeywell avait eu une commande régulière de masques pour le compte de l’État, l’usine n’aurait pas fermé. »

« Ce message des salariés n’était pas une interpellation du chef de l’État demandant à conserver le site, souligne encore Bercy. Il s’agissait essentiellement d’une demande portant sur le niveau des indemnités de départ. Nous avons donc transmis à la Direccte [direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi] en lien avec le ministère du Travail. »

« À l’époque, la fermeture de l’usine a été considérée comme un non-évènement, s’indigne Serge Le Quéau, militant au syndicat Solidaires des Côtes-d’Armor. Jamais la question de l’utilité sociale de cette production de masques n’a été abordée. C’est la logique du marché qui a prévalu. Fabriquer des masques à un moindre coût en Chine ou en Tunisie paraissait sensé pour nos responsables politiques et économiques. On voit bien aujourd’hui que c’est totalement absurde !« 

« Personne n’a rien fait lorsque notre usine a fermé, témoigne encore Coralie*, l’une des 38 personnes licenciées. C’est révoltant. On a eu l’impression qu’on nous laissait tomber. Quand je vois ce qui se passe en ce moment avec l’épidémie de coronavirus, je me dis : ‘Je devrais être en train de fabriquer des masques…’  »

De l’artisanat à la mondialisation

« C’est une belle histoire industrielle qui se termine par un beau gâchis » commente, un brin désabusé, l’ancien maire de Plaintel, Joseph Le Vée.

Pour comprendre comment on en est arrivé là, il faut remonter à 1964, lorsque le Français Louis Giffard reprend l’activité de fabrication de chapeaux pour dames de son père. Le secteur est alors en déclin. Un an plus tard, Louis Giffard se lance donc dans la production de masques anti-poussières. En 1971, il crée une société anonyme à Saint Brieuc (baptisée FILGIF puis GIFFARD) et tente de s’inspirer de ce qui se passe aux États-Unis avec la société 3M qui écrase le marché. Dans les années 80, Louis Giffard quitte ses locaux à Saint Brieuc pour s’installer à Plaintel.

« C’est l’époque où on commence à s’occuper plus sérieusement de la santé des salariés, explique l’ancien directeur générale du site de Plaintel, Jean-Jacques Fuan. Il y a un essor important de ce qu’on a appelé les EPI, les équipements de protection individuelle. Mais la manière de produire des masques de Louis Giffard est assez artisanale. Elle entraine jusqu’à 30 % de rebut. » Après la mort de Louis Giffard, l’entreprise est vendue au groupe suédois Bilsom, en 1986. Elle est rachetée par le groupe français Dalloz en 1993 qui devient le groupe Bacou-Dalloz en 2001 (rebaptisé Sperian en 2003).

La production s’automatise et les normes se développent. « Nous vendions des masques dans le monde entier, se souvient Jean-Jacques Fuan, en Allemagne, en Angleterre, en Suède, à Taïwan, au Japon, en Amérique du Sud, aux États-Unis… Lorsque je suis devenu directeur industriel du groupe en 2003, j’ai été chargé d’harmoniser les pratiques des 48 sites de production en Europe et en Afrique. Mon rôle a consisté à rationaliser les fabrications du groupe pour faire des économies d’échelle. » Jean-Jacques Fuan quitte le groupe Sperian, alors propriétaire de l’usine de Plaintel, en 2006.

Mais en Bretagne, on ne ressent pas encore l’effet des réductions des coûts. « Pour moi, ces années correspondent à une modernisation de l’entreprise, se souvient Alexandre*. C’est en 2010 avec Honeywell que tout bascule. »

Un licenciement économique « infondé »

La fermeture de l’usine de Plaintel était-elle vraiment inéluctable ? Les éléments recueillis par la cellule investigation de Radio France permettent d’établir que la reprise de l’usine bretonne par Honeywell en 2010 s’apparente plutôt à une opération financière sans réelle volonté de développer l’outil de production. C’est ce que montre notamment un rapport d’audit financier confidentiel réalisé en 2018, peu avant la fermeture de l’entreprise bretonne. Selon les conclusions de ce document, jamais révélé, jusqu’ici « le motif économique du plan de licenciement collectif est infondé ».

« La fermeture du site apparaît relever de motifs financiers et stratégiques bien plus qu’économiques parce que le résultat net est construit artificiellement, analyse le document. Dire que le site de HSP (Honeywell Safety Products) Armor devrait fermer pour cause économique est techniquement infondé… à moins de considérer que fournir un dividende par action et une valorisation boursière 2017 record (et supérieur à la moyenne des 500 entreprises cotées les plus représentatives du marché boursier américain) est un motif économique. Ce qui est plus que discutable. Il est évident que la fermeture du site de Plaintel ne permettra pas d’augmenter le dividende par action de 9 % comme annoncé par le nouveau CEO (Chief Executive Officer) du groupe, mais cela participe bien à la stratégie économique et financière globale du groupe. »

Ce rapport d’audit note « un changement de stratégie qui marginalise les masques au sein d’Honeywell Safety Products », la division de l’entreprise dont dépend l’usine de Plaintel. Honeywell « souhaite désormais se concentrer sur des activités davantage rentables, où il est leader et en avance dans la course technologique face à ses concurrents, explique le document. La priorité est de pousser l’offre sur les solutions connectées, à forte profitabilité. La priorité de la direction est de rationaliser la gamme et de se concentrer sur les marchés en forte croissance que sont l’Inde et la Chine. »

« Le groupe Honeywell n’a finalement jamais investi dans le site de Plaintel, constate encore le rapport d’audit. […] Les investissements en machines et outils de production ont été plus que limités depuis la reprise du site de Plaintel par Honeywell. (…) La conséquence directe est que l’usine fonctionne depuis lors avec un outil vieillissant et aujourd’hui loin des performances des machines plus modernes. L’investissement incorporel (brevets notamment) a été inexistant et les dépenses de R & D [recherche et développement] n’ont pas concerné de réelles innovations mais presque exclusivement des homologations. Elles ont été largement financées par le Crédit impôt recherche. Ces éléments viennent étayer le fait que le site de Plaintel n’a jamais été une entité stratégique pour le groupe, insiste le rapport, mais bien un complément non core [non essentiel] de sa gamme d’EPI [équipement de protection individuelle] et une source potentielle de revenus élevés en cas de pandémie. Cela correspond tout à fait à la stratégie du groupe. Il n’investit que dans des marchés à forte croissance et à forte profitabilité puis accompagne ses activités matures sans investir jusqu’à arrêt ou cession de l’activité. »

« Le marché du masque jetable reste en croissance et reste rentable à condition d’investir régulièrement dans ses outils de production et ses produits, ajoute le rapport d’audit. Honeywell Safety Products n’a investi, ni dans de nouveaux produits, ni dans de nouvelles capacités de production, ni même dans le simple renouvellement de l’outil productif. Le choix est fait de délocaliser la production vers un pays à faibles coûts de production, le site de Nabeul, en Tunisie. »

Dans les coulisses du « système Honeywell »

Ce désinvestissement du groupe Honeywell est confirmé par les témoignages d’anciens salariés que nous avons recueillis. « Il y avait une stratégie claire de fermeture de l’entreprise, assure Damien*. Pour un groupe américain comme Honeywell, l’investissement doit forcément être remboursé par les bénéfices en six mois, c’est impossible ! Les investissements étaient donc interdits. Si on voulait lancer des nouveaux produits, c’était à nous de nous débrouiller, il n’y avait pas de crédit pour la recherche-développement. À l’époque de l’ancien propriétaire, le groupe Sperian, un nouveau masque sortait tous les quatre ans, j’en ai vu défiler trois. Avec Honeywell, aucun nouveau masque n’a été développé sur le site de Plaintel en huit ans. En fait, on cherche à faire mourir l’entreprise. »

« La période précédente a correspondu à une modernisation de l’entreprise, confirme Coralie*. Beaucoup d’innovations, la création d’un laboratoire et le renforcement du service recherche-développement. Avec Honeywell, notre travail a perdu tout son sens. Le groupe était obsédé par la fourniture d’indicateurs chiffrés. Nous étions constamment sous pression.« 

« De janvier 2009 à septembre 2010, nous avons livré 160 millions de masques FFP2 à l’État, se souvient Roland Fangeat. Et puis il y a eu un désengagement de l’État. La chute des commandes a été catastrophique pour l’usine de Plaintel.« 

En 2010, le géant américain Honeywell rachète le groupe Sperian (le nouveau nom de Bacou-Dalloz) alors propriétaire de l’usine de Plaintel qui compte encore 140 salariés. Le début de la fin. « Lorsque les Américains arrivent à Plaintel, ils nous expliquent qu’Honeywell est une chance pour nous et que nous allons ‘intégrer’ un groupe mondial avec des ‘valeurs’ et une force de frappe commerciale importante« , témoigne Damien*. Pourtant, dès 2011, le groupe annonce 43 suppressions d’emplois. Les plans de licenciement s’enchainent, le chômage partiel devient la règle : à l’été 2018, les 38 derniers salariés de l’entreprise sont finalement licenciés pour des motifs « économiques ».

La production de masques est délocalisée sur un site déjà existant (créé dans les années 90) à Nabeul, en Tunisie. En septembre 2018, l’usine de Plaintel ferme ses portes. Un mois plus tard, les chaines de production sont détruites. Alexandre* se souvient : « Lorsque je suis sorti pour ma pause-déjeuner, j’ai vu un semi-remorque embarquer un morceau de nos lignes de production qui mesuraient entre 50 et 60 mètres de long. Tout est parti chez le ferrailleur pour être détruit. J’étais vraiment choqué. J’avais l’impression de voir un corbillard chercher le corps d’un mort. C’est un peu à l’image de ce qui nous est arrivé au sein de l’entreprise. Dès qu’Honeywell a repris l’usine, nous étions comme des cancéreux en soins palliatif : on savait qu’on allait mourir, mais on ne savait pas quand ça se produirait. »

Lors de sa fermeture, l’entreprise ne produisait plus que huit millions de masques par an.

Le silence de l’État

À l’été 2018, les élus du personnel, à la demande des salariés, tentent d’interpeller par mail le président de la République. Il explique au chef de l’État que l’usine de Plaintel est « une entreprise d’utilité publique » dont l’actionnaire américain a tout fait pour la rendre « largement déficitaire » tout en « absorbant massivement les deniers publics. » « Nous sollicitons votre aide pour intercéder en notre faveur auprès des dirigeants du groupe » concernant « des indemnités de licenciement dont le niveau se situe très largement au deçà de ce qui se pratique habituellement chez Honeywell, en Europe de l’Ouest », peut-on encore lire dans ce courrier adressé à l’Élysée.

Le 24 juillet 2018, le chef de cabinet de l’Élysée lui répond qu’il prend « bonne note » de ce courrier qu’il transmet au ministre de l’Économie et des Finances, Bruno Lemaire. Le 7 août 2018, le chef de cabinet de Bruno Lemaire répond à son tour que « le ministre a pris bonne note des éléments (…) communiqués et a demandé à la délégation interministérielle aux restructurations d’entreprise et à la direction générale des entreprises de faire le point sur ce dossier. Vous serez directement informé de la suite qui pourra lui être réservé », explique le ministère de l’Économie. « Je n’ai eu aucune nouvelle… », témoigne auprès de la cellule investigation de Radio France l’un des salariés à l’origine de l’envoi de ce courrier.

Contactée, la présidence de la République ne fait aucun commentaire. « C’est le temps de l’unité, pas de la polémique« , souffle un proche de l’Élysée. Du côté du ministère de l’Économie, on assure « ne pas avoir eu les moyens d’empêcher une fermeture d’usine dans un secteur qui n’était pas alors considéré comme stratégique. » « Cette entreprise avait beaucoup de difficultés, elle avait perdu beaucoup de commandes, explique un conseiller ministériel. Ses effectifs ne permettaient pas à l’outil industriel de bien fonctionner. » « Ce n’est pas l’entreprise qui est en cause mais plutôt l’État qui a arrêté de stocker des masques, ajoute ce conseiller de Bruno Le Maire. Sans commande du ministère de la Santé entre 2010 et 2017, le site a été utilisé très en dessous de sa capacité. Si Honeywell avait eu une commande régulière de masques pour le compte de l’État, l’usine n’aurait pas fermé. »

« Ce message des salariés n’était pas une interpellation du chef de l’État demandant à conserver le site, souligne encore Bercy. Il s’agissait essentiellement d’une demande portant sur le niveau des indemnités de départ. Nous avons donc transmis à la Direccte [direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi] en lien avec le ministère du Travail. »

« À l’époque, la fermeture de l’usine a été considérée comme un non-évènement, s’indigne Serge Le Quéau, militant au syndicat Solidaires des Côtes-d’Armor. Jamais la question de l’utilité sociale de cette production de masques n’a été abordée. C’est la logique du marché qui a prévalu. Fabriquer des masques à un moindre coût en Chine ou en Tunisie paraissait sensé pour nos responsables politiques et économiques. On voit bien aujourd’hui que c’est totalement absurde !« 

« Personne n’a rien fait lorsque notre usine a fermé, témoigne encore Coralie*, l’une des 38 personnes licenciées. C’est révoltant. On a eu l’impression qu’on nous laissait tomber. Quand je vois ce qui se passe en ce moment avec l’épidémie de coronavirus, je me dis : ‘Je devrais être en train de fabriquer des masques…’  »

De l’artisanat à la mondialisation

« C’est une belle histoire industrielle qui se termine par un beau gâchis » commente, un brin désabusé, l’ancien maire de Plaintel, Joseph Le Vée.

Pour comprendre comment on en est arrivé là, il faut remonter à 1964, lorsque le Français Louis Giffard reprend l’activité de fabrication de chapeaux pour dames de son père. Le secteur est alors en déclin. Un an plus tard, Louis Giffard se lance donc dans la production de masques anti-poussières. En 1971, il crée une société anonyme à Saint Brieuc (baptisée FILGIF puis GIFFARD) et tente de s’inspirer de ce qui se passe aux États-Unis avec la société 3M qui écrase le marché. Dans les années 80, Louis Giffard quitte ses locaux à Saint Brieuc pour s’installer à Plaintel.

« C’est l’époque où on commence à s’occuper plus sérieusement de la santé des salariés, explique l’ancien directeur générale du site de Plaintel, Jean-Jacques Fuan. Il y a un essor important de ce qu’on a appelé les EPI, les équipements de protection individuelle. Mais la manière de produire des masques de Louis Giffard est assez artisanale. Elle entraine jusqu’à 30 % de rebut. » Après la mort de Louis Giffard, l’entreprise est vendue au groupe suédois Bilsom, en 1986. Elle est rachetée par le groupe français Dalloz en 1993 qui devient le groupe Bacou-Dalloz en 2001 (rebaptisé Sperian en 2003).

La production s’automatise et les normes se développent. « Nous vendions des masques dans le monde entier, se souvient Jean-Jacques Fuan, en Allemagne, en Angleterre, en Suède, à Taïwan, au Japon, en Amérique du Sud, aux États-Unis… Lorsque je suis devenu directeur industriel du groupe en 2003, j’ai été chargé d’harmoniser les pratiques des 48 sites de production en Europe et en Afrique. Mon rôle a consisté à rationaliser les fabrications du groupe pour faire des économies d’échelle. » Jean-Jacques Fuan quitte le groupe Sperian, alors propriétaire de l’usine de Plaintel, en 2006.

Mais en Bretagne, on ne ressent pas encore l’effet des réductions des coûts. « Pour moi, ces années correspondent à une modernisation de l’entreprise, se souvient Alexandre*. C’est en 2010 avec Honeywell que tout bascule. »

Un licenciement économique « infondé »

La fermeture de l’usine de Plaintel était-elle vraiment inéluctable ? Les éléments recueillis par la cellule investigation de Radio France permettent d’établir que la reprise de l’usine bretonne par Honeywell en 2010 s’apparente plutôt à une opération financière sans réelle volonté de développer l’outil de production. C’est ce que montre notamment un rapport d’audit financier confidentiel réalisé en 2018, peu avant la fermeture de l’entreprise bretonne. Selon les conclusions de ce document, jamais révélé, jusqu’ici « le motif économique du plan de licenciement collectif est infondé ».

« La fermeture du site apparaît relever de motifs financiers et stratégiques bien plus qu’économiques parce que le résultat net est construit artificiellement, analyse le document. Dire que le site de HSP (Honeywell Safety Products) Armor devrait fermer pour cause économique est techniquement infondé… à moins de considérer que fournir un dividende par action et une valorisation boursière 2017 record (et supérieur à la moyenne des 500 entreprises cotées les plus représentatives du marché boursier américain) est un motif économique. Ce qui est plus que discutable. Il est évident que la fermeture du site de Plaintel ne permettra pas d’augmenter le dividende par action de 9 % comme annoncé par le nouveau CEO (Chief Executive Officer) du groupe, mais cela participe bien à la stratégie économique et financière globale du groupe. »

Ce rapport d’audit note « un changement de stratégie qui marginalise les masques au sein d’Honeywell Safety Products », la division de l’entreprise dont dépend l’usine de Plaintel. Honeywell « souhaite désormais se concentrer sur des activités davantage rentables, où il est leader et en avance dans la course technologique face à ses concurrents, explique le document. La priorité est de pousser l’offre sur les solutions connectées, à forte profitabilité. La priorité de la direction est de rationaliser la gamme et de se concentrer sur les marchés en forte croissance que sont l’Inde et la Chine. »

« Le groupe Honeywell n’a finalement jamais investi dans le site de Plaintel, constate encore le rapport d’audit. […] Les investissements en machines et outils de production ont été plus que limités depuis la reprise du site de Plaintel par Honeywell. (…) La conséquence directe est que l’usine fonctionne depuis lors avec un outil vieillissant et aujourd’hui loin des performances des machines plus modernes. L’investissement incorporel (brevets notamment) a été inexistant et les dépenses de R & D [recherche et développement] n’ont pas concerné de réelles innovations mais presque exclusivement des homologations. Elles ont été largement financées par le Crédit impôt recherche. Ces éléments viennent étayer le fait que le site de Plaintel n’a jamais été une entité stratégique pour le groupe, insiste le rapport, mais bien un complément non core [non essentiel] de sa gamme d’EPI [équipement de protection individuelle] et une source potentielle de revenus élevés en cas de pandémie. Cela correspond tout à fait à la stratégie du groupe. Il n’investit que dans des marchés à forte croissance et à forte profitabilité puis accompagne ses activités matures sans investir jusqu’à arrêt ou cession de l’activité. »

« Le marché du masque jetable reste en croissance et reste rentable à condition d’investir régulièrement dans ses outils de production et ses produits, ajoute le rapport d’audit. Honeywell Safety Products n’a investi, ni dans de nouveaux produits, ni dans de nouvelles capacités de production, ni même dans le simple renouvellement de l’outil productif. Le choix est fait de délocaliser la production vers un pays à faibles coûts de production, le site de Nabeul, en Tunisie. »

Dans les coulisses du « système Honeywell »

Ce désinvestissement du groupe Honeywell est confirmé par les témoignages d’anciens salariés que nous avons recueillis. « Il y avait une stratégie claire de fermeture de l’entreprise, assure Damien*. Pour un groupe américain comme Honeywell, l’investissement doit forcément être remboursé par les bénéfices en six mois, c’est impossible ! Les investissements étaient donc interdits. Si on voulait lancer des nouveaux produits, c’était à nous de nous débrouiller, il n’y avait pas de crédit pour la recherche-développement. À l’époque de l’ancien propriétaire, le groupe Sperian, un nouveau masque sortait tous les quatre ans, j’en ai vu défiler trois. Avec Honeywell, aucun nouveau masque n’a été développé sur le site de Plaintel en huit ans. En fait, on cherche à faire mourir l’entreprise. »

« La période précédente a correspondu à une modernisation de l’entreprise, confirme Coralie*. Beaucoup d’innovations, la création d’un laboratoire et le renforcement du service recherche-développement. Avec Honeywell, notre travail a perdu tout son sens. Le groupe était obsédé par la fourniture d’indicateurs chiffrés. Nous étions constamment sous pression.« 

« Nous avons découvert le système Honeywell, témoigne Antoine*. Ils appellent ça le ‘Honeywell operating system’, ce qui correspond en fait au lean management, c’est-à-dire : l’usine maigre. Le but est de supprimer tous les gaspillages à travers une multitude de procédures souvent ubuesques. Réfléchir, c’était déjà commencer à désobéir. Il fallait appliquer les standards… même complètement idiots. Il y avait un système baptisé ‘5 S’ qui établissait toute une série de règles pour un rangement poussé à l’extrême : chaque poubelle, téléphone ou même revue devait avoir une place bien déterminée. C’était du grand n’importe quoi. Honeywell appliquait également la technique du gemba, un mot japonais qui veut dire ‘sur le terrain’. Le but était de faire venir les managers en force au sein de l’usine, ce qui stressait énormément les salariés. »

« Honeywell surveillait constamment les stocks de matières premières, ajoute Damien*. Il ne fallait pas dépasser un certain niveau pour ne pas perdre de l’argent… parce qu’un stock, c’est de l’argent immobilisé. Et donc ce stock baissait régulièrement. Sauf que lorsqu’il fallait fournir des quantités importantes pour répondre à la demande d’un client, nous n’avions plus la capacité de le faire. Le client devait attendre trois mois. Du coup, il allait voir ailleurs. C’était un cercle vicieux : faute de commandes notre production baissait, donc notre stock diminuait… ce qui faisait à nouveau diminuer la production. »

« Pourtant, nous avions potentiellement une forte capacité de production pour le secteur hospitalier, témoigne Antoine*. Nous avons pressé la direction du siège français d’envoyer des commerciaux auprès du monde médical pour nous ramener un chiffre d’affaires. Mais on nous a répondu que ce n’était pas possible, que notre cible était l’industrie… pas le secteur hospitalier. »

Une stratégie parfaitement assumée par le groupe américain. Ainsi, les catalogues de la firme américaine ne contiennent pas la gamme de masques Easyfit qui correspond aux masques utilisés en cas de pandémie. C’est ce qu’on constate dans le catalogue 2014-2015 ou 2016-2017 du groupe.

« Le fait qu’Honeywell n’essayait pas de vendre la totalité des produits que l’usine de Plaintel était en capacité de produire montre bien que le groupe voulait fermer le site, c’est tout, ajoute Antoine*. D’ailleurs, ils encourageaient les salariés à partir. Dès que l’effectif est descendu sous la barre des 50 personnes, ils ont lancé le go pour la fermeture.« 

Contactée, la direction de la communication d’Honeywell explique que « le site n’a pas reçu de commandes suffisantes lui permettant de retrouver sa rentabilité et a accumulé des pertes financières importantes« . Elle ajoute que « la société n’a pas pu identifier d’acheteurs externes potentiels pour le site de Plaintel, et après un examen minutieux approfondi, il a été déterminé qu’il n’y avait pas d’autre option viable que de fermer nos installations« .

Des choix financiers contestables

Pourtant, les conclusions de ce rapport d’audit confidentiel de 2018 que la cellule investigation de Radio France a pu consulter montrent que le site de Plaintel était tout à fait être rentable. « L’activité d’Honewell de masques respiratoires jetables en Europe, dont celle de HSP (Honeywell Safety Products) Armor, est une activité rentable », peut-on lire dans ce document.

« Les comptes sociaux de HSP Armor n’en témoigne que partiellement dans la mesure où :

  • Une partie (non négligeable) de la marge est captée par HSP Europe, l’entité de commercialisation du groupe pour ces produits.
  • Les frais généraux intègrent des coûts de management, de services centraux, de top management, de commercialisation et de reporting bien supérieurs à ce que peut supporter une entité de moins de 5 millions de chiffre d’affaires et de moins de 50 personnes. »

Autrement dit : ce sont les choix financiers opérés par le groupe qui place l’usine de Plaintel sous tension. Malgré cela, l’usine continue d’être profitable à Honeywell, constate encore le rapport d’audit. La « rentabilité économique [de l’usine] est avérée, peut-on lire dans le document, mais trop faible pour les standards du groupe » Honeywell.

« Une mort programmée »

« Ce qu’il faut bien comprendre c’est que l’usine de Plaintel n’avait pas accès directement au marché, explique Antoine*. Elle avait un unique client… c’était le groupe Honeywell. C’était lui qui fixait le prix d’achat des masques, donc si on ne rapportait pas assez d’argent, c’était de leur fait. Nous étions une goutte d’eau dans leur chiffre d’affaire. »

« Le groupe a construit une rentabilité très faible du site de Plaintel, estime l’avocat Laurent Beziz qui défend plusieurs salariés licenciés. Le groupe fixait les prix très faibles auxquels étaient vendus les articles [c’est ce qu’on appelle les prix de cession ou prix de transfert] tout en effectuant des refacturations importantes de frais. Résultat : la rentabilité était forcément insuffisante. »

« Tout ça était planifié, il s’agit d’une construction économique. La mort de l’usine de Plaintel était programmée. » Laurent Beziz, avocat.

Ce point est également confirmé par l’audit réalisé en 2018 au sein de l’entreprise. « Avec une construction différente du compte de résultat, et notamment des prix de transfert, l’activité de HSPA aurait pu être bien plus profitable et dégager des résultats significatifs », conclut le rapport d’audit.

« Il y a eu un abus de l’employeur dans l’exercice de son droit de cesser son activité« , estime encore l’avocat Laurent Beziz. C’est la raison pour laquelle plusieurs salariés contestent leur licenciement devant le tribunal administratif et le conseil de prud’hommes. Parmi eux se trouvent cinq salariés « protégés » (délégués du personnel et représentants syndicaux) dont le licenciement a été refusé par l’inspection du travail.

Quand le ministère du Travail déjuge l’inspection du Travail

Dans une lettre datée du 22 janvier 2019 que la cellule investigation a pu consulter, l’inspecteur du travail de Saint-Brieuc estime que « le motif économique invoqué à l’appui de la demande de licenciement n’est pas avéré » estimant que « la seule volonté de majorer le profit de l’entreprise n’entre pas dans la définition des difficultés économiques. »

Le 17 juillet 2019, la direction générale du travail désavoue l’inspection du travail, validant ainsi le licenciement économique de cinq salariés protégés de Plaintel. « Si une partie des moyens de production ont été déménagés en Tunisie afin d’être réutilisés par une autre entité du groupe, il n’en demeure pas moins qu’il s’agit d’une entité juridique distincte de l’entreprise HSAP (Honeywell Safety Products Armor), estime la direction générale du travail. De fait, la cause économique invoquée par l’employeur, à savoir la cessation totale et définitive de l’entreprise, doit s’apprécier au niveau de l’entreprise. Il est constant que la cessation totale et définitive de l’entreprise constitue une cause économique autonome sans qu’il n’appartienne à l’autorité administrative d’examiner la réalité d’éventuelles difficultés économiques rencontrées par l’entreprise en amont de la décision de cesser son activité. »

Autrement dit : l’État n’a pas à interférer dans la décision, souveraine, d’Honeywell. « Nous contestons l’analyse du ministère du Travail, commente l’avocat des salariés, Me Beziz, il s’agit bien d’une délocalisation. » Contacté, le ministère du Travail n’a pas souhaité réagir. Quant à l’avocat d’Honeywell, Philippe Gautier, il n’a pas donné suite à notre demande d’entretien.

Faire revivre l’usine de Plaintel ?

« Avec cette crise du coronavirus, les vieux logiciels de compréhension doivent être modifiés« , estime Serge le Quéau du syndicat Solidaires des Côtes-d’Armor. Il faut que l’État et surtout les citoyens et les salariés se réapproprient collectivement certains moyens de production essentiels à l’intérêt de la nation. » Avec d’autres, comme l’ancien directeur général du site de Plaintel, Jean-Jacques Fuan, Serge Le Quéau plaide pour une reprise de l’activité de l’usine à travers une Société coopérative d’intérêt collectif (SCIC).

L’idée avait été portée en 2001 par l’ancien secrétaire d’État à l’Économie sociale et solidaire du gouvernement Jospin, Guy Hascoët. Ce dernier est désormais en contact direct avec la présidence de la région Bretagne. « Ça va être la guerre sur les tarmacs d’aéroport autour des masques, estime Guy Hascoët. Alors que nous avons besoin de 40 millions de masques par semaine et que nous ne sommes même pas à dix en production hexagonale, il faut pousser le plus vite possible toutes les capacités pour se prémunir des épisodes à venir. Dans une situation d’extrême urgence, la Société coopérative d’intérêt collectif est le seul mécanisme qui permet à tous les bretons de prendre des parts sociales au capital de l’usine devenant ‘leur’ projet tout en échappant à la loi de la concurrence du marché. Si on a la possibilité de faire sortir un million de masques par jour d’ici six mois, il ne faut pas se poser de question. Cette compétition mondiale va être cruelle. »

« Il n’y a plus ni l’outil, ni le bâtiment, ni les machines, commente l’ancien maire de Plaintel, Joseph Le Vée. Donc ça ne va pas repartir d’un coup de baguette magique. » Le site de l’usine de masques de Plaintel a été réoccupé par l’entreprise BiArmor, « spécialisée dans les produits naturels pour la nutrition, l’hygiène et l’environnement de l’élevage ».

« Il y a des friches industrielles et des locaux disponibles dans la région pour relancer l’activité de l’usine,estime de son côté Serge Le Quéau. Les machines ont été détruites mais elles ont été fabriquées par une entreprise bretonne. Si de l’argent se débloque, on peut les reconstruire. Beaucoup d’anciens de Plaintel n’ont pas retrouvé de travail. Le savoir-faire est toujours là. » « Après la crise, il faudra mettre au grand jour l’histoire de cette société et pointer les manques et les très mauvais choix qui ont été faits mais aussi désigner les responsables« , estime le sénateur écologiste du Morbihan, Joël Labbé.

Ces derniers jours, le groupe américain Honeywell a annoncé qu’il ouvrait une usine à Rhodes Island pour faire face à la demande de masques aux États-Unis. « Une information assez dérangeante« , commente l’ancien président de Plaintel, Roland Fangeat.

*Les prénoms ont été modifiés

Benoît Collombat et Cellule investigation de Radio France

« Nous avons découvert le système Honeywell, témoigne Antoine*. Ils appellent ça le ‘Honeywell operating system’, ce qui correspond en fait au lean management, c’est-à-dire : l’usine maigre. Le but est de supprimer tous les gaspillages à travers une multitude de procédures souvent ubuesques. Réfléchir, c’était déjà commencer à désobéir. Il fallait appliquer les standards… même complètement idiots. Il y avait un système baptisé ‘5 S’ qui établissait toute une série de règles pour un rangement poussé à l’extrême : chaque poubelle, téléphone ou même revue devait avoir une place bien déterminée. C’était du grand n’importe quoi. Honeywell appliquait également la technique du gemba, un mot japonais qui veut dire ‘sur le terrain’. Le but était de faire venir les managers en force au sein de l’usine, ce qui stressait énormément les salariés. »

« Honeywell surveillait constamment les stocks de matières premières, ajoute Damien*. Il ne fallait pas dépasser un certain niveau pour ne pas perdre de l’argent… parce qu’un stock, c’est de l’argent immobilisé. Et donc ce stock baissait régulièrement. Sauf que lorsqu’il fallait fournir des quantités importantes pour répondre à la demande d’un client, nous n’avions plus la capacité de le faire. Le client devait attendre trois mois. Du coup, il allait voir ailleurs. C’était un cercle vicieux : faute de commandes notre production baissait, donc notre stock diminuait… ce qui faisait à nouveau diminuer la production. »

« Pourtant, nous avions potentiellement une forte capacité de production pour le secteur hospitalier, témoigne Antoine*. Nous avons pressé la direction du siège français d’envoyer des commerciaux auprès du monde médical pour nous ramener un chiffre d’affaires. Mais on nous a répondu que ce n’était pas possible, que notre cible était l’industrie… pas le secteur hospitalier. »

Une stratégie parfaitement assumée par le groupe américain. Ainsi, les catalogues de la firme américaine ne contiennent pas la gamme de masques Easyfit qui correspond aux masques utilisés en cas de pandémie. C’est ce qu’on constate dans le catalogue 2014-2015 ou 2016-2017 du groupe.

« Le fait qu’Honeywell n’essayait pas de vendre la totalité des produits que l’usine de Plaintel était en capacité de produire montre bien que le groupe voulait fermer le site, c’est tout, ajoute Antoine*. D’ailleurs, ils encourageaient les salariés à partir. Dès que l’effectif est descendu sous la barre des 50 personnes, ils ont lancé le go pour la fermeture.« 

Contactée, la direction de la communication d’Honeywell explique que « le site n’a pas reçu de commandes suffisantes lui permettant de retrouver sa rentabilité et a accumulé des pertes financières importantes« . Elle ajoute que « la société n’a pas pu identifier d’acheteurs externes potentiels pour le site de Plaintel, et après un examen minutieux approfondi, il a été déterminé qu’il n’y avait pas d’autre option viable que de fermer nos installations« .

Des choix financiers contestables

Pourtant, les conclusions de ce rapport d’audit confidentiel de 2018 que la cellule investigation de Radio France a pu consulter montrent que le site de Plaintel était tout à fait être rentable. « L’activité d’Honewell de masques respiratoires jetables en Europe, dont celle de HSP (Honeywell Safety Products) Armor, est une activité rentable », peut-on lire dans ce document.

« Les comptes sociaux de HSP Armor n’en témoigne que partiellement dans la mesure où :

  • Une partie (non négligeable) de la marge est captée par HSP Europe, l’entité de commercialisation du groupe pour ces produits.
  • Les frais généraux intègrent des coûts de management, de services centraux, de top management, de commercialisation et de reporting bien supérieurs à ce que peut supporter une entité de moins de 5 millions de chiffre d’affaires et de moins de 50 personnes. »

Autrement dit : ce sont les choix financiers opérés par le groupe qui place l’usine de Plaintel sous tension. Malgré cela, l’usine continue d’être profitable à Honeywell, constate encore le rapport d’audit. La « rentabilité économique [de l’usine] est avérée, peut-on lire dans le document, mais trop faible pour les standards du groupe » Honeywell.

« Une mort programmée »

« Ce qu’il faut bien comprendre c’est que l’usine de Plaintel n’avait pas accès directement au marché, explique Antoine*. Elle avait un unique client… c’était le groupe Honeywell. C’était lui qui fixait le prix d’achat des masques, donc si on ne rapportait pas assez d’argent, c’était de leur fait. Nous étions une goutte d’eau dans leur chiffre d’affaire. »

« Le groupe a construit une rentabilité très faible du site de Plaintel, estime l’avocat Laurent Beziz qui défend plusieurs salariés licenciés. Le groupe fixait les prix très faibles auxquels étaient vendus les articles [c’est ce qu’on appelle les prix de cession ou prix de transfert] tout en effectuant des refacturations importantes de frais. Résultat : la rentabilité était forcément insuffisante. »

« Tout ça était planifié, il s’agit d’une construction économique. La mort de l’usine de Plaintel était programmée. » Laurent Beziz, avocat.

Ce point est également confirmé par l’audit réalisé en 2018 au sein de l’entreprise. « Avec une construction différente du compte de résultat, et notamment des prix de transfert, l’activité de HSPA aurait pu être bien plus profitable et dégager des résultats significatifs », conclut le rapport d’audit.

« Il y a eu un abus de l’employeur dans l’exercice de son droit de cesser son activité« , estime encore l’avocat Laurent Beziz. C’est la raison pour laquelle plusieurs salariés contestent leur licenciement devant le tribunal administratif et le conseil de prud’hommes. Parmi eux se trouvent cinq salariés « protégés » (délégués du personnel et représentants syndicaux) dont le licenciement a été refusé par l’inspection du travail.

Quand le ministère du Travail déjuge l’inspection du Travail

Dans une lettre datée du 22 janvier 2019 que la cellule investigation a pu consulter, l’inspecteur du travail de Saint-Brieuc estime que « le motif économique invoqué à l’appui de la demande de licenciement n’est pas avéré » estimant que « la seule volonté de majorer le profit de l’entreprise n’entre pas dans la définition des difficultés économiques. »

Le 17 juillet 2019, la direction générale du travail désavoue l’inspection du travail, validant ainsi le licenciement économique de cinq salariés protégés de Plaintel. « Si une partie des moyens de production ont été déménagés en Tunisie afin d’être réutilisés par une autre entité du groupe, il n’en demeure pas moins qu’il s’agit d’une entité juridique distincte de l’entreprise HSAP (Honeywell Safety Products Armor), estime la direction générale du travail. De fait, la cause économique invoquée par l’employeur, à savoir la cessation totale et définitive de l’entreprise, doit s’apprécier au niveau de l’entreprise. Il est constant que la cessation totale et définitive de l’entreprise constitue une cause économique autonome sans qu’il n’appartienne à l’autorité administrative d’examiner la réalité d’éventuelles difficultés économiques rencontrées par l’entreprise en amont de la décision de cesser son activité. »

Autrement dit : l’État n’a pas à interférer dans la décision, souveraine, d’Honeywell. « Nous contestons l’analyse du ministère du Travail, commente l’avocat des salariés, Me Beziz, il s’agit bien d’une délocalisation. » Contacté, le ministère du Travail n’a pas souhaité réagir. Quant à l’avocat d’Honeywell, Philippe Gautier, il n’a pas donné suite à notre demande d’entretien.

Faire revivre l’usine de Plaintel ?

« Avec cette crise du coronavirus, les vieux logiciels de compréhension doivent être modifiés« , estime Serge le Quéau du syndicat Solidaires des Côtes-d’Armor. Il faut que l’État et surtout les citoyens et les salariés se réapproprient collectivement certains moyens de production essentiels à l’intérêt de la nation. » Avec d’autres, comme l’ancien directeur général du site de Plaintel, Jean-Jacques Fuan, Serge Le Quéau plaide pour une reprise de l’activité de l’usine à travers une Société coopérative d’intérêt collectif (SCIC).

L’idée avait été portée en 2001 par l’ancien secrétaire d’État à l’Économie sociale et solidaire du gouvernement Jospin, Guy Hascoët. Ce dernier est désormais en contact direct avec la présidence de la région Bretagne. « Ça va être la guerre sur les tarmacs d’aéroport autour des masques, estime Guy Hascoët. Alors que nous avons besoin de 40 millions de masques par semaine et que nous ne sommes même pas à dix en production hexagonale, il faut pousser le plus vite possible toutes les capacités pour se prémunir des épisodes à venir. Dans une situation d’extrême urgence, la Société coopérative d’intérêt collectif est le seul mécanisme qui permet à tous les bretons de prendre des parts sociales au capital de l’usine devenant ‘leur’ projet tout en échappant à la loi de la concurrence du marché. Si on a la possibilité de faire sortir un million de masques par jour d’ici six mois, il ne faut pas se poser de question. Cette compétition mondiale va être cruelle. »

« Il n’y a plus ni l’outil, ni le bâtiment, ni les machines, commente l’ancien maire de Plaintel, Joseph Le Vée. Donc ça ne va pas repartir d’un coup de baguette magique. » Le site de l’usine de masques de Plaintel a été réoccupé par l’entreprise BiArmor, « spécialisée dans les produits naturels pour la nutrition, l’hygiène et l’environnement de l’élevage ».

« Il y a des friches industrielles et des locaux disponibles dans la région pour relancer l’activité de l’usine, estime de son côté Serge Le Quéau. Les machines ont été détruites mais elles ont été fabriquées par une entreprise bretonne. Si de l’argent se débloque, on peut les reconstruire. Beaucoup d’anciens de Plaintel n’ont pas retrouvé de travail. Le savoir-faire est toujours là. » « Après la crise, il faudra mettre au grand jour l’histoire de cette société et pointer les manques et les très mauvais choix qui ont été faits mais aussi désigner les responsables« , estime le sénateur écologiste du Morbihan, Joël Labbé.

Ces derniers jours, le groupe américain Honeywell a annoncé qu’il ouvrait une usine à Rhodes Island pour faire face à la demande de masques aux États-Unis. « Une information assez dérangeante« , commente l’ancien président de Plaintel, Roland Fangeat.

Nous vous proposons cet article afin d'élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s'arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]Nous ne sommes nullement engagés par les propos que l'auteur aurait pu tenir par ailleurs - et encore moins par ceux qu'il pourrait tenir dans le futur. Merci cependant de nous signaler par le formulaire de contact toute information concernant l'auteur qui pourrait nuire à sa réputation. 

Commentaire recommandé

Jean-Pierre // 14.04.2020 à 10h01

On cherchera vainement, dans cette chronique d’une mort programmée, la trace, entre autres, de Le Drian, le « courtier de Veran », l’affréteur en chef, le « glaive du Président » (Hollande…), le Baron de la seigneurie, en faveur du sauvetage de cette usine, de la production locale de « munitions » et de ses chères ouailles bretonnes, mais néanmoins ouvrières.

Occupé aux ventes d’armes aux saoudiens, puis au tri des passeports de Benalla, il aura sans doute survolé le site en volant sur le dos.

Il est vrai que, face aux Américains, la reconnaissance s’impose, quels que soient la couleur de la casaque, le sens du vent et le blason du Suzerain

67 réactions et commentaires

  • Theophilus // 14.04.2020 à 08h28

    OB doit demander à Professeur Raoult ce qu’il pense de cette histoire d’humour noir.

      +11

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  • bordron.georges // 14.04.2020 à 09h35

    Bel exemple, parmi beaucoup d’autres, du suicide français.
    Je reprend mon commentaire du 5-04-2020
    La France n’a pas de meilleur ami que les USA. Et «avec des amis comme cela pas besoin d’ennemi», comme dirait Paqua!

      +11

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    • Touriste // 14.04.2020 à 11h53

      Bonjour,
      Depuis quand une exécution s’appelle un suicide ?
      Depuis quand des personnes physiques, parfaitement identifiées, s’appellent l’Etat ?
      Depuis quand un gouvernement constitué de personnes physiques et, encore une fois, parfaitement identifiées s’appelle la France ?
      Commençons par utiliser le mot juste et nommer les responsables, et, mieux encore, les coupables.

        +16

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      • Dominique65 // 14.04.2020 à 16h10

        « Depuis quand une exécution s’appelle un suicide ? »
        Le suicide, il est de laisser vendre des entreprises à des groupes étasuniens dont on sait pertinemment (ou alors on ne veut pas le savoir) qu’ils vont détruire l’outil industriel une fois qu’il ne pourra plus produire de subventions. Le suicide, il est de béatifier l’UE qui interdit aux États de mettre son nez dans les affaires des entreprises si elle ne sont pas stratégiques et de suivre à la lettre les GOPE.
        Le suicide, il est dans la négation ou dans l’apologie du meurtre qu’on commet sur nous.

          +14

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  • Rémi // 14.04.2020 à 09h48

    J’aimerais savoir comment l’on peu affirmer que:  » ‘5 S’ qui établissait toute une série de règles pour un rangement poussé à l’extrême : chaque poubelle, téléphone ou même revue devait avoir une place bien déterminée. »
    Franchement c’est lourd à appliquer, mais avec une pression suffisante lorsque l’on s’y met, ca a en effet un effet sur la productivité du travail.
    Aprés oui il faut une direction qui y soit attentive car sinon c’est á moitié fait et là vous avez la double peine: Vous perdez le travail fait en 5S et vous ne gagnez pas en efficience.
    Comme beaucoup de procédures tout est dans l’application et il faut des gens intelligents et expérimenté pour les introduire, ici c n’a semble t’il pas été le cas.
    C’est souvent le défaut des groupes qui bombardent de procédures, mais sans faire suivre avec des gens expérimentés qui vont les faire vivre sur le site d’introduction. Et beaucoup de groupes copient d’autres groupes sans comprendre réllement ce qu’il copient et font le travail à moitié.

      +1

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    • Karine // 15.04.2020 à 13h01

      Ces méthodes ont du bon, mais il me semble que le principe commun est de faire réfléchir les salariés pour se l’approprier et définir eux-mêmes les meilleurs emplacements, les meilleures procédures.
      dans notre entreprise, on voit de suite que la méthode qui marche, c’est celle qui s’intéresse à la base, pas celle qui redescend du groupe.
      Ah, le corporate…

        +0

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  • Jean-Pierre // 14.04.2020 à 10h01

    On cherchera vainement, dans cette chronique d’une mort programmée, la trace, entre autres, de Le Drian, le « courtier de Veran », l’affréteur en chef, le « glaive du Président » (Hollande…), le Baron de la seigneurie, en faveur du sauvetage de cette usine, de la production locale de « munitions » et de ses chères ouailles bretonnes, mais néanmoins ouvrières.

    Occupé aux ventes d’armes aux saoudiens, puis au tri des passeports de Benalla, il aura sans doute survolé le site en volant sur le dos.

    Il est vrai que, face aux Américains, la reconnaissance s’impose, quels que soient la couleur de la casaque, le sens du vent et le blason du Suzerain

      +24

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    • Farinet // 14.04.2020 à 10h44

      Je vous trouve un peu véhément, Il faut quand même lui accorder une certaine intelligence à Le Drian.
      En bon Breton il sait parfaitement que Plaintel n’est pas très éloigné à vol de goéland de Pleumeur-Bodou, là où se trouvent les « grandes oreilles » de nos cousins américains, on ne sait jamais, il ne faut pas les énerver, il est d’une prudence de sioux.
      De plus en ce moment il est très occupé avec le pont aérien, entre la Chine et la France, pour faire livrer des masques dont quelques uns peut être pour ses amis bretons.
      Pourquoi trouver prés de chez soi des choses que l’on peut trouver très loin, soyez « in  » , moderne, progressiste, je vous soupçonne de ne pas être énarco-libéral, premier de cordée, votre pensée est trop phagocytée par le bon sens ! Ce n’est malheureusement pas le premier cas ni le dernier …..
      L’intelligence est de savoir tirer profit des erreurs passées, mais l’idéologie est un virus redoutable qui inhibe cette faculté humaine .

        +13

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      • rafades // 15.04.2020 à 11h08

        Apparemment, les masques chinois c’est de la daube. Allez interroger nos amis finlandais …

          +0

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        • Bigtof // 15.04.2020 à 14h09

          Les masques chinois ont à priori aidé les Chinois a lutter contre l’épidémie.
          Nos poumons et nos muqueuses sont-elles à ce point sensibles que ce qui va pour eux ne saurait aller pour nous ?
          Sommes-nous par ailleurs assez stupides pour dire à 5 semaines d’intervalle :
          – Les masques sont interdits à la population et sont réservés aux personnes exposées
          – les masques sont inutiles pour la population (pourtant, ils fonctionneraient pour les personnes exposées..)
          – Les masques sont difficiles à mettre (pôvres Français qui ne comprennent vraiment rien)
          – Les masques sont efficaces, mais pas tant que ça
          – Et enfin : les masques sont obligatoire pour la santé de tous !
          Non, sans doute pas.
          La France est tellement supérieure à la Chine, peuple négligent qui fabrique des produits pourris… (sauf les téléphones, les ordinateurs, etc…)

            +2

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      • UnKnown // 16.04.2020 à 09h50

        Arf, les « oreilles » Américaines de Pleumeur Bodou sont un peu rouillées à mon avis ^^. On n’est plus à l’époque de Telstar 1. Désormais on a plus tendance à y réaliser des cérémonies de mariage civils ou des assemblées générales de joueurs de boule bretonne.

          +0

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  • LibEgaFra // 14.04.2020 à 10h21

    Seul le profit compte. L’intérêt des Français, leur bien-être, leurs emplois n’ont aucune importance. Et ceux qui gouvernent ne représentent pas le peuple.

      +12

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    • patrick // 14.04.2020 à 10h45

      exact , seul le profit compte , nous avons deux solutions :
      – haïr le profit et l’empêcher et toutes nos usines et entreprises fermeront
      – considérer qu’il est nécessaire et alors nous pourrons prendre les bonnes décisions et l’industrie reviendra.

      Bon, il faudra aussi que l’état et les gouvernements arrêtent de faire des âneries et surtout s’occupe le moins possible d’économie et là c’est pas gagné

        +1

      Alerter
      • Logique // 14.04.2020 à 15h03

        « exact , seul le profit compte , nous avons deux solutions : »

        Ou comment réduire une question qui peut présenter de nombreuses solutions à une solution binaire.

        Et si par exemple le profit profitait au peuple au lieu de profiter à une infime minorité?

          +16

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      • Didier // 14.04.2020 à 16h18

        Quand une société en est à proférer des âneries aussi ronflantes que « seul le profit compte », son effondrement est inéluctable.

          +4

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        • Patrick // 14.04.2020 à 19h59

          Désolé, sans profit il n’y a pas d’entreprise viable, pas d’investissement rentable donc pas de boulot, pas de production… La misère.
          Et c’est vrai même pour le forgeron du village.

            +2

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          • Christian // 14.04.2020 à 21h15

            D’accord, mais entre dire « le profit compte » et « seul le profit compte » il y a une différence de taille, ne croyez vous pas?

            Bien d’accord avec Didier. Une entreprise qui n’aurait pour seule stratégie la maximisation du profit est vouée à l’effondrement.

              +7

            Alerter
      • Wakizashi // 15.04.2020 à 07h25

        « exact , seul le profit compte »

        Non. Seul le sens compte. Une société dénuée de sens est vouée à s’effondrer, quand bien même chaque entreprise serait rentable. Et précisément, la vie ne se résume pas au diptyque produire/consommer, qui est l’horizon indépassable du capitalisme. Enfin, la propriété privée est une lubie qui n’a rien de naturel. Rien n’empêche d’imaginer d’autres organisation où les entreprises n’appartiendraient à personne, mais seraient gérées par le commun. Et la quête de rentabilité serait dès lors bien moins lourde.

          +1

        Alerter
        • Bigtof // 15.04.2020 à 14h16

          Et de toutes façons, le profit des entreprises, on s’en fout !
          Parce que les profits n’ont jamais été aussi important que ces dernières années, et que les peuples occidentaux n’ont vu que des diminutions de leurs conditions de vie et de travail. Que jamais autant que ces dernières années les dividendes versés au CAC40 n’ont été aussi importants, que jamais autant que ces dernières années les profits n’ont servi qu’à des rachats d’actions (soit à enrichir les actionnaires) alors même qu’elles recevaient des milliards de subventions !
          Alors, vraiment, les entreprises ont largement montré que leurs profit n’apportent pas grand chose à leurs salariés. (pour toutes les Entreprise de plus de 500-1000 salariés.) Je n’inclue évidemment pas les TPE et les PME, lesquelles malheureusement sont trop souvent des sous-traitantes des grandes et survivent difficilement..

            +1

          Alerter
        • L’oncle H // 16.04.2020 à 06h11

          « d’autres organisation où les entreprises n’appartiendraient à personne, mais seraient gérées par le commun »
          = propriété collective des moyens de production ?
          I’m’semble que ça a déjà été essayé.
          Mais tt à fait ok pour ré-essayer !
          Tout dépend du contexte.
          Dans le cas présent, quel contexte serait porteur ?
          Exemple, pour nous activer les neurones :
          si un revenu universel de bon niveau est établi, des travailleurs non salariés iraient-ils gratuitement à l’usine, au bureau, au service de ceci ou de cela, etc., pour le plaisir de ne pas être confiné à la maison ?
          Auquel cas, le commun c’est qui ? seulement eux ? ou bien qui d’autre en plus d’eux ?

          Je m’alimenterais plus fréquemment à Les Crises, si j’y découvrais moins de pures réactions épidermiques, et plus d’idées à imaginer, évaluer, tester, etc.

            +0

          Alerter
    • Dominique Gagnot // 14.04.2020 à 11h10

      La recherche systématique de profits, raison d’être du capitalisme, conduit à organiser le pillage des ressources terrestres et humaines.

      Cette entrée en matière est violente. Vous allez découvrir que la réalité est machiavélique.

      Pour un observateur extérieur à notre monde, les raisons des catastrophes économiques, sociales et écologiques sont évidentes voire grotesques. Et pourtant nous ne les voyons pas car nous sommes prisonniers d’un système de pensée construit tout au long de l’évolution de nos sociétés occidentales.
      __________________

      Suite ici :

      « Comprendre la tragédie capitaliste, Imaginer le système d’Après! »
      PDF gratuit : http://bit.ly/tragédiecapitaliste
      et en version mondialisée : https://bit.ly/capitalisttragedy

        +3

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      • patrick // 14.04.2020 à 11h45

        a peu près toutes les sociétés humaines utilisent le maximum de ressources pour optimiser leur condition de vie.
        L’utilisation de ces ressources n’est limitée que par le niveau technique atteint par ces sociétés. Nous , nous avons atteint un niveau nous permettant d’utiliser les combustibles fossiles , et donc d’atteindre un niveau de confort jamais atteint précédemment , mais ensuite c’est un peu parti en vrille.

        Le capitalisme a juste aidé à ce développement mais ce n’est pas la cause première.

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        Alerter
        • Dominique Gagnot // 14.04.2020 à 13h20

          Oui, mais on a le droit d’être intelligents !

          Le réel Pouvoir est économique et financier.
          La privatisation des ressources essentielles confère donc un pouvoir quasi totalitaire à ceux qui se pavanent au sommet de la pyramide sociale.

          A l’inverse, un système libéral duquel ces ressources seraient propriété lucrative de la collectivité, répondrait de ce fait et de lui-même aux désirs de la collectivité, de même que le système libéral actuel répond aux désirs des propriétaires de ces ressources.

          Le système économique idéal serait donc basé sur ces 4 lois :

          1. La Terre et les ressources premières sont des biens communs, propriété inaliénable de la collectivité, qui a la responsabilité de les transmettre aux générations suivantes.

          2. Chacun peut acheter des « droits d’usage » de ces biens communs à la collectivité, qui en assure une gestion pérenne.

          3. La Banque centrale et la Rente issue des « droits d’usage », permettent à la collectivité de financer la protection et l’entretien de l’éco-socio-système.

          4. Chacun peut entreprendre librement afin, en particulier, de répondre aux besoins de la collectivité, et de financer ainsi ses « droits d’usage » et autres…

          (Extrait du livre en lien dans mon précédent message, ou ces idées sont développées.)

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          • patrick // 14.04.2020 à 13h26

            Je ne vois pas de quel droit la « collectivité » serait propriétaire de ce qui m’appartient.

            ça ne fonctionne que sur un petit périmètre , essayez de dire aux Russes et au Saoudiens que le gaz et le pétrole ne leur appartiennent plus mais que vous allez les gérer au nom de la « collectivité ».

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            • Dominique Gagnot // 14.04.2020 à 15h04

              En attendant que les Russes et les Saoudiens connaissent la démocratie, on pourrait le faire chez nous.
              Et d’autres pays pourraient nous imiter, et se joindre à nous.

              C’est la loi qui dit que telle chose appartient à untel, ou à la collectivité. Et – en démocratie – nous sommes libres d’écrire la loi.

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            • Logique // 14.04.2020 à 15h05

              « Je ne vois pas de quel droit la « collectivité » serait propriétaire de ce qui m’appartient. »

              Ce que vous avez volé (notamment à travers la plus-value) ne vous appartient pas.

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            • Logique // 14.04.2020 à 15h13

              « essayez de dire aux Russes et au Saoudiens que le gaz et le pétrole ne leur appartiennent plus »

              Le problème, c’est qu’il ne reste plus grand chose qui appartienne au peuple français. Bradage de tous les côtés: Alstom, Lafarge, autoroutes, aéroports, retraites, etc. etc.

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            • Logique // 14.04.2020 à 15h15

              « En attendant que les Russes […] connaissent la démocratie, »

              Parce que nous, nous connaissons la démocratie? Oui, sur le papier.

              Soutien du peuple français à « son » président: moins de 25%.

              Soutien du peuple russe à son président: plus de 70%.

              Alors des deux quel est le pays démocratique?

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            • Dominique Gagnot // 14.04.2020 à 18h05

              Logique,

              La démocratie n’a encore jamais existé nulle part, ni en France ni en Russie.
              Elle suppose que le peuple éclairé écrive les lois, dispose des ressources premières et contrôle la monnaie…
              Il semble toutefois que la prise de conscience avance plus vite en France, (encore que je ne sache pas tout)

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            • Logique // 15.04.2020 à 01h29

              « Il semble toutefois que la prise de conscience avance plus vite en France »

              Je vous laisse à vos illusions.

              Car il semble plutôt que la démocratie soit en marche arrière plein pot.

              Ci-git la démocratie politique qui ne fut jamais qu’un mot vide de sens.

              Et si on parlait de démocratie économique? Le cauchemar de Patrick.

              https://www.franceinter.fr/emissions/affaires-sensibles/affaires-sensibles-14-avril-2020

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        • Didier // 14.04.2020 à 16h20

          Anthropologiquement parlant, c’est totalement faux. Et « optimiser ses conditions de vie » ne signifie pas obligatoirement faire croître la production de « biens » matériels.

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          • Wakizashi // 15.04.2020 à 07h16

            En Afrique ou ailleurs, les gens désirent ce que la société de consommation leur fait miroiter, et la société de consommation fait tout pour stimuler au maximum le désir chez les « consommateurs », jusqu’à stimuler des zones du cerveau reptilien.

            Bref c’est l’offre qui crée la demande, et non l’inverse ; personne ne désirait un téléphone portable quand ça n’existait pas. Et au bas mot, 50% de ce que produit cette société de consommation (biens et services confondus) ne sert strictement à rien (voire est néfaste). La seule raison d’être de cette production est d’enrichir les propriétaires.

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          • Bigtof // 15.04.2020 à 14h18

            La Mongolie, ou le Bouthan sont là pour contredire vos propos…

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  • patrick // 14.04.2020 à 10h24

    je viens d’en trouver des masques pour redémarrer doucement notre activité.
    Les gars ont trouvé le truc , les masques ne sont pas « normés » donc ils sont totalement libres de commercialisation ( pas préemptés par l’état puisqu’ils ne sont pas normés ).
    Laissez le marché libre et arrêtez d’emm.. les entreprises , payez les masques au juste prix et vous aurez des masques sans engloutir un pognon de dingue pour maintenir en vie des entreprises dont on n’a pas forcément besoin.
    Les masques il y en a partout dans le monde, sauf en France .. il faut se poser les bonnes questions

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    • Fritz // 14.04.2020 à 10h44

      C’est le capitalisme qui a tué cette entreprise, Patrick. Certes, il y a capitalisme et capitalisme.
      Vous conviendrez que le rachat de l’usine de Plaintel par des groupes étrangers qui ne recherchent que le fric a tué la production nationale de masques de protection.
      Et l’État français est complice par sa passivité.
      https://www.ouest-france.fr/bretagne/plaintel-22940/cotes-d-armor-38-emplois-menaces-honeywell-le-fabricant-de-masques-plaintel-5764734

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      • patrick // 14.04.2020 à 10h50

        Toutes les usines françaises sont appelées à disparaitre.
        Les marges sont insuffisantes , les coûts trop élevés et les contraintes trop fortes. Il n’y a aucune raison logique de laisser une usine en France.
        C’est un grand progrès , la fin des entreprises et des usines signifie aussi la fin de l’exploitation des salariés par la capitalisme.

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        • Fritz // 14.04.2020 à 10h58

          Le capitalisme a des ratés ? C’est parce qu’il est bridé. Il faut donc aller plus loin dans la logique du marché, délocaliser toutes les entreprises et laisser les Français crever.

          Désolé Patrick, mais ce n’est pas un soviet de bolcheviks sadiques qui a fermé l’usine de Plaintel et détruit ses lignes de production. C’est la logique du marché libre : une petite partie des machines a été délocalisée en Tunisie, la plus grande partie a été vendue à un ferrailleur.
          https://www.letelegramme.fr/bretagne/masques-l-usine-de-plaintel-a-ferme-il-y-a-deux-ans-28-03-2020-12532801.php

          Vous suivez la logique d’une idée. Vous êtes un idéologue, comme les européistes et les libre-échangistes, comme aussi les maoïstes du Grand Bond en avant.

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          • patrick // 14.04.2020 à 11h50

            C’est l’inverse , le capitalisme français est bridé , c’est bien pour cela que tout est délocalisé.
            – monnaie non adaptée au pays ( trop forte ) , donc on adapte le pays à la monnaie . Il faudra baisser les salaires et les retraites de 30% , ça va prendre quelques années mais on y arrivera.
            – réglementation et normes aberrantes ( on le voit tous les jours avec la crise en cours ).
            – coût global du travail trop élevé.
            – taxes et impôts délirants pour un résultat médiocre constaté également tous les jours ( de nos jours pour 1100 milliards t’as plus rien ).

            Après c’est un choix, mais dans ces conditions il faut arrêter de se lamenter.

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            • Fritz // 14.04.2020 à 12h01

              Vos arguments se tiennent et je ne vais pas les contester car je n’ai pas l’expérience d’un chef d’entreprise. Je reviens néanmoins sur la première phrase de votre commentaire : durant les Trente Glorieuses (1945-1975), le capitalisme français était bien plus bridé qu’en 2020, dans le cadre d’une économie mixte et partiellement planifiée, quasiment soviétique. Et pourtant les délocalisations n’existaient pratiquement pas, le mot même était inconnu !

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            • patrick // 14.04.2020 à 12h21

              Tout à fait , mais les 30 glorieuses étaient aussi un contexte très particulier :
              – tout à reconstruire avec du plein emploi et peu d’immigration de masse pour venir concurrencer les travailleurs locaux
              – une monnaie dévaluable à souhait donc au bon niveau , l’état pouvant dépenser sans crainte , y’a ka dévaluer et imprimer ( exemple : passage au nouveau franc , tellement l’ancien ne valait plus rien )
              – peu de concurrence internationale avec des pays à bas coûts de production, pour les autres les écarts de change sur les monnaies corrigeaient les écarts.
              – une énergie abondante et très peu chère ( 1973 : premier choc pétrolier, ça a commencé à se gâter ).

              Donc le contexte était totalement différent, nous pourrions déjà corrigé un certains nombre de choses en récupérant une monnaie nationale, en limitant le libre échange aux pays ayant une structure proche de la notre et en contrôlant notre dépense publique ( où va le pognon ?? )

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            • olivier77 // 14.04.2020 à 12h38

              Patrick, vous oubliez allègrement que les ricains sont voraces, et qu’une rentabilité de 5% ne les intéressent pas. Donc on va pressurer l’entreprise qui était rentable et viable à 5% pour lui faire sortir du 10 ou 15% qui seront exportés aux States et essorer le personnel en plan social le temps de pomper les brevets et de trouver un point de chute dans un autre pays. Cela permet à la maison mère d’augmenter sa rentabilité capitaliste sans faire ce que son objet social prétend, c’est à dire produire.

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            • Wakizashi // 14.04.2020 à 12h47

              « C’est l’inverse , le capitalisme français est bridé , c’est bien pour cela que tout est délocalisé. »

              Un grand classique : ce n’est pas le bordel à cause d’un trop-plein de capitalisme, mais à cause d’un manque de capitalisme… disent les capitalistes. Les communistes disaient la même chose au sujet du communisme, tout ça est banal. C’est le propre d’une idéologie d’être incapable de concevoir ses propres tares.

              Quand à Einstein, lui disait qu’on ne peut pas résoudre un problème avec le système de pensée qui a créé le problème en question…

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            • Christian // 14.04.2020 à 13h07

              @Fritz,

              « Et pourtant les délocalisations n’existaient pratiquement pas, le mot même était inconnu ! »

              Exact. Mais vers où vouliez vous que les capitalistes délocalisent? Le monde était scindé en deux blocs hermétiquement fermés, où trouver une main d’œuvre de qualité et à un coût bien moins élevé qu’en France?

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            • patrick // 14.04.2020 à 13h29

              les 30 glorieuses !! c’était un contexte très différent :
              – pas de concurrence avec des pays à très bas coût
              – beaucoup moins d’échanges au niveau international
              – une monnaie nationale qui était allègrement dévaluée ( ex : passage ancien/nouveau franc )
              – une énergie abondante et bon marché ( 73 : premier choc pétrolier , fin de la fête, début des déficits )

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            • Narm // 14.04.2020 à 13h44

              patrick // 14.04.2020 à 11h50

              ce sont des choix ….

              non, ceci est juste imposé , et par qui ?
              norme, monnaie, « cout du travail » élevé ….
              croyez vous sérieusement que la majorité de la population y soit pour quelque chose ?
              croyez vous que ce soit à cause du social et de la CQ ?
              ce sont toujours les même qui pressent le citron et place les copains des copains au milieu du mille feuille, des tonnes de « norme » et de la technocratie
              Les gens n’y peuvent rien du tout et les pseudos vote non plus

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            • Christian // 14.04.2020 à 14h40

              @Wakizashi,

              « Quand à Einstein, lui disait qu’on ne peut pas résoudre un problème avec le système de pensée qui a créé le problème en question… »

              Einstein avait bien raison, le système de pensée qui domine le monde, celui qui est dans la tête des gouverneurs des banques centrales, c’est le néo-libéralisme, j’insiste sur le néo, qui en termes politiques est à l’extrême opposé du libéralisme classique. En effet ce dernier asserte qu’en aucun cas les banques centrales ne devraient intervenir pour sauver les détenteurs ACTUELS du capital, en d’autres termes, les « dominants », il faut les laisser faire faillite.

              Or avec le covid19 ce à quoi on assiste c’est une accélération des politiques de plus en plus interventionnistes des banques centrales, cela pour sauver les « dominants ». Le covid19 est donc leur meilleur allié, comme certains l’ont déjà remarqué.

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            • step // 14.04.2020 à 14h49

              @Patrick:
              Vous qui êtes amateurs de cette sentence « c’est un choix », relisez votre poste 14.04.2020 à 13h29 et relisez toutes les lignes (sauf le prix de l’énergie, quoique). Ce sont aussi des choix. Qui les a fait et pourquoi, devrait vous intéresser autant que pourquoi la France ne marche pas.. Je suis peut être bête mais quand je vois des ombres sur un mur, je me demande certes si elles veulent dire quelques chose mais je m’intéresse surtout à qui les produit et pourquoi. Car si leur histoire ne me plait, j’ai du coup un moyen plus simple d’en changer la fin.
              Si cela peut vous éclairer 🙂
              https://www.youtube.com/watch?v=mvwd13F_1Gs

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            • ty89 // 14.04.2020 à 15h36

              « Toute chose ressemble à un clou, pour celui qui ne possède qu’un marteau »
              Vous êtes prisonnier de votre idéologie Patrick…
              Comment font les Suisse d’après vous? La part de l’industrie chez eux et le double que chez nous. Et les salaires c’est le double aussi.
              D’après vous pourquoi. Je vais vous aider…
              Il existe une solution pour rendre rentable nos entreprise sans faire baisser le coup du travail. C’est quelque chose qui a montré ses preuves depuis des siècles. Très facile a comprendre en plus. Mais interdit par notre belle union Européenne.
              Cela s’appel la douane. Cela s’appel le protectionniste.

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            • Catalina // 14.04.2020 à 15h56

              « Il faudra baisser les salaires et les retraites de 30% , ça va prendre quelques années mais on y arrivera. » ça prendra quelques mois comme en Grèce, une fois 40% et la fois d’après 40% et on se demande pourquoi les Grecs ont brûlé leurs livres pour se chauffer l’hiver..Que certains sont morts sans être opérés, que la mortalité infantile n’a jamais été aussi haute…..
              et…
              Les Grecs sont encore dans l’ue et dans l’euro…
              Le laboratoire grec a donné satisfaction !

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            • Christian // 14.04.2020 à 19h06

              @ty89,

              L’exemple suisse est intéressant.

              Le protectionnisme suisse concerne uniquement certaines denrées agricoles, pas l’industrie où la Suisse est tout aussi libre-échangiste que ses voisins de l’UE.

              Le résultat est que les salades y coûtent trois fois plus cher qu’en France, même avec un salaire moyen double les suisses peuvent acheter moins de salades. C’est donc un choix politique, comme toujours; accepter de payer plus cher certaines denrées pour protéger les agriculteurs nationaux.

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            • ilicitano // 14.04.2020 à 22h40

              « La mondialisation ne peut qu’apporter partout instabilité, chômage, injustices[…] et la mondialisation généralisée n’est ni inévitable, ni nécessaire, ni souhaitable. « le chômage est dû à la délocalisation, elle-même due aux différences salariales excessives « ; « le protectionnisme raisonné entre pays aux revenus très différents, est non seulement justifié mais absolument nécessaire »; et l’absence de protection détruira toutes les activités de chaque pays aux revenus plus élevés.
              livre : La mondialisation: destruction des emplois et de la croissance (1990)
              Maurice Allais . Prix Noble d’économie

                +2

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            • Bigtof // 15.04.2020 à 14h26

              Ah Patrick, il existe un magnifique pays où les lois sont minimales, où l’on laisse vivre les entreprises… Les USA.
              C’est un choix de société, mais ne me parlez pas d’efficacité : ce qui va se passer là-bas va être terrible.
              Et puis les critères ne sont pas les mêmes pour tout le monde : vous mettez en avant un critère individuel d’avoir la liberté d’entreprendre tranquille. Soit, ça vaut d’autres critères.
              Mais si je regarde la santé d’un peuple, les grands indices qui font qu’une civilisation s’épanouit plus qu’une autre, alors, quoi que vous en pensiez, les USA spont à la traîne sur tous les plans : espérance de vie, mortalité infantile, taux d’emprisonnés, taux de pauvreté, etc, par rapport à l’Europe, bien sûr, et la France ou l’Allemagne évidemment, mais aussi par rapport à la Chine ou à la Russie…
              Les critères de succès sont la clé du choix de société que nous voulons faire…
              Mais même comme ça, ça ne résoudrait pas tout : car il est anormal que, au prétexte de la liberté, les USA produisent 1/3 de la pollution de la planète pour 4% de sa population !
              Et oui, votre raisonnement en valait un autre, quand la planète était grande…

                +0

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        • Logique // 14.04.2020 à 15h07

          « Les marges sont insuffisantes , »

          Typique raisonnement du capitaliste qui veut maximiser son profit au détriment du bien-être d’une population. C’est vouloir toujours plus qui fait que les entreprises délocalisent. On voit le résultat.

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  • Berrio // 14.04.2020 à 12h19

    Masques, pas masques est-ce la bonne question ?
    Par quel miracle serons-nous prêts à de confiner avec l’équipement adhoc ?
    L’essentiel pour ce pouvoir est de continuer à nous faire peur pour détricoter l’Etat et les acquis démocratiques et sociaux.
    Il paraît que 98% des personnes infectées par le virus ne s’en rendent pas compte.
    Comme dans chaque épisode grippal meurent les personnes affaiblies par l’âge et autres obésités, maladies cardiaques etc et avec en 2020 le constat de la suppression d’une centaine de milliers de lits d’hôpital en 25 ans.
    Le gouvernement continue à mentir.

      +10

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  • Cyd // 14.04.2020 à 12h48

    Heureusement notre bien-aimé président Macron vient de nous dire hier « qu’il a compris » et que donc il va rester au pouvoir

    Il était hier totalement incompétent dans tous les choix faits, mais demain par la grâce de la Pentecôte covid 19, il sera totalement compétent dans un système colbertisme, après nous avoir gravement menti sur le coup des masques

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  • Catalina // 14.04.2020 à 15h47

    Juste pour méditer : « Un homme a posé une question à un prêtre âgé : « Pourquoi les pauvres sont-ils sympathiques aux problèmes des autres et pas les riches ?
    – Regardez par la fenêtre, dit l’homme, que voyez-vous ?
    – Je vois des arbres, une voiture, des enfants qui marchent…
    – Maintenant, regardez dans le miroir », a poursuivi le prêtre, « qu’est-ce que c’est ?
    Je me vois », a dit l’homme.
    Ainsi, le prêtre a dit : « la fenêtre est en verre et le miroir est en verre.
    Si vous ajoutez juste un peu d’argent, vous ne voyez que vous. »

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    • Christian // 14.04.2020 à 17h56

      « – Regardez par la fenêtre, dit l’homme, que voyez-vous ? »

      n’est ce pas plutôt;

      « – Regardez par la fenêtre, dit le prêtre, que voyez-vous ? » 🙂

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  • Dominique65 // 14.04.2020 à 16h24

    Une erreur s’est glissée dans le texte. Ce n’est pas à Rhodes Island, petite île perdue du Labrador, que Honeywell a ouvert une usine mais à Rhode Island, dans le Massachusetts.

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    • Christian // 14.04.2020 à 17h43

      C’est à Smithfield, dans l’état de Rhode Island, pas dans le Massachusetts 🙂

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  • Kensei // 14.04.2020 à 19h46

    Faisons l’hypothèse qu’Honeywell ait conservé cette usine, qu’adviendrait-il des masques produits ce mois-ci ? Auraient-ils été conservés en France ou auraient-ils été envoyés aux US ? Moi j’ai ma petite idée du rapport de force entre les deux pays … Donc le problème n’est pas tant la fermeture de l’usine que la vente d’activité stratégique à des étrangers.

    Et une fois vendu, il semble difficile d’interdire une fermeture d’usine à un groupe étranger: ça serait alors la mise à mort des investissements étrangers en France (perso je n’investirais pas dans un lieu où on m’interdirait certains actes de gestion). Déjà qu’on est cher, une ingérence de l’état Français pour des groupes étrangers ne semble pas crédible.

    Non le vrai problème est la dilapidation de notre industrie stratégique. Alstom en est un autre exemple. Je recommande la vidéo Thinkerview/Alstom pour comprendre à quel point le manque de support de notre état permet aux Us de s’emparer de nos actifs.

    Que sont devenus les plans quinquennaux ? L’état Français a-t-il encore une stratégie ?

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  • Nicole de Nicomaque // 15.04.2020 à 01h45

    Monsieur Blanquer n’exclue pas – a t-il dit aujourd’hui, suite à l’annonce loufoque pour ne pas dire plus, du président de la république hier soir, de rouvrir les crèches, les écoles, les collèges et les lycées le 11 mai prochain – de doter les millions d’élèves d’un masque ainsi que les 800 000 professeurs et agents de l’Éducation nationale, sans compter l’enseignement privé sous contrat…

    M.Blanquer veut effectivement que tous les enfants aient des masques le 11 mai 2020 pour reprendre les classes….Et des gants ? Il ne dit rien sur la question.

    Il va lui en falloir beaucoup de masques à M.Blanquer pour atteindre ses objectifs. Surtout lorsqu’on sait qu’un masque n’a d’efficacité que durant trois heures ( en étant optimiste …). Il va lui en falloir des millions et des millions ! Des milliards de masques !

    Question : où Monsieur Blanquer va t-il trouver tous ces masques étant donné que depuis bientôt un mois, personne dans ce pays n’en possède ( ou presque…une petite poignée de soignants et encore pas toujours ! ).

    Allô ? Y a t-il un pilote dans l’avion ?

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    • Nicole de Nicomaque // 15.04.2020 à 01h46

      Aux dernières nouvelles, le Premier Ministre zélé ne veut même pas attendre la date du 11 mai 2020, il veut aller encore bien plus vite que le président Macron !

      Ensemble vers la seconde vague du Covid-19 en France ?

      Préparez-vous au gouvernement à augmenter le nombre de cercueils car si vous n’avez pas de masques ni de gants à proposer aux enfants, aux éducatrices et aux éducateurs, et si vous vous enferrez à rouvrir les crèches, les écoles, les collèges et les lycées en pleine pandémie mondiale sans aucune coopération et synchronisation européenne, il en faudra beaucoup, beaucoup, des cercueils !

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  • rem4s // 15.04.2020 à 08h50

    la vraie arnaque dans tout ça, capitalisme oùpas, c’est la possibilité de transformer un centre de production en centre de coût.
    L’usine ne vend pas à ses clients, mais à sa maison-mère, au prix que celle-ci lui dicte.
    Non seulement ça permet de ne pas payer les impôts (suffit de placer la maison mère en suisse par ex) et ça permet de rendre un site non-rentable en 2 coups de cuillères à pots.
    C’pas du capitalisme ou quoi que ce soit, c’est les règles comptables

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    • Karine // 15.04.2020 à 13h11

      Tout à fait, même situation dans le grand groupe français dans lequel je travaille.
      On fait dire aux chiffres ce qu’on veut, et surtout, tout est un coût dans la filiale, le groupe seul fait des bénéfices. On dirait qu’ils nous font l’aumône de bien vouloir nous garder encore un peu…

      les règles comptables auraient déjà dû être changées, me semble-t-il, pour que les salariés aient accès à un vrai interessement, et pas à un chiffre truqué. Mais non, le vrai progrès parait-il, est d’être passé à l’IFRS 15.
      Youpi…

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  • rafades // 15.04.2020 à 11h06

    ça ressemble terriblement à l’histoire d’Alstom G.E.

    et en plus, c’était le même Macron qui agissait dans la coulisse

    cet homme aime bien détruire, surtout ce qui ne lui appartient pas

    et maintenant, il fait mine de découvrir la GUERRE, la vraie GUERRE. Celle du 21ème siècle.
    LA GUERRE ECONOMIQUE

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  • Nicole de Nicomaque // 15.04.2020 à 20h08

    Voici la solution artisanale prônée par le gouvernement Macron à défaut de stratégie industrielle :

    « 5 000 masques en tissu sont produits chaque jour dans les prisons françaises » :

    Le Nouvel Obs :

    https://www.nouvelobs.com/coronavirus-de-wuhan/20200414.OBS27521/5-000-masques-en-tissu-sont-produits-chaque-jour-dans-les-prisons-francaises.html

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  • Richy // 16.04.2020 à 21h02

    certains partis vous , vont chercher midi à 14 heure , c’est tout simplement  » le capitalisme  » devenant fou la meilleure faillite étant celle de Enron , plus grosse capitalisation boursière des USA

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