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13.avril.202013.4.2020 // Les Crises

« Notre stock se compte plutôt en jours » : des « médicaments de première ligne » risquent de manquer en pleine épidémie de Covid-19

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Source : France info, Charlotte Causit

Après les masques, ce sont les médicaments qui inquiètent les professionnels de santé. Neuf grands hôpitaux européens, dont l’AP-HP, sonnent l’alerte. « Nous serons bientôt à court de médicaments essentiels pour traiter les patients atteints du Covid-19, hospitalisés en unités de réanimation », préviennent-ils, dans une lettre publiée par Le Monde, mardi 31 mars. Dans le contexte de l’épidémie mondiale, cette pénurie pourrait prendre une dimension inédite.

Des molécules irremplaçables

Dans les hôpitaux, en quelques semaines, les murs ont été repoussés et les lits multipliés pour accueillir des milliers de patients en réanimation. Autant de malades qu’il faut accompagner avec des hypnotiques, des curares, des antibiotiques… Des « médicaments de première ligne », dont les stocks s’amenuisent à grande vitesse. Lors de son audition devant les députés de la mission d’information sur le coronavirus, le Premier ministre Edouard Philippe a expliqué que « la demande mondiale a augmenté, en quelques semaines, de l’ordre de 2 000% » pour certaines molécules.

Là où on avait l’habitude de disposer de stocks de moyen terme, voire de long terme, on se retrouve, c’est vrai, à gérer des stocks de très court terme.Edouard Philippedevant la mission d’information sur le coronavirus

Au même titre que les respirateurs, certaines molécules sont indispensables. « Quand on réanime les patients, on a besoin de les faire dormir, donc, on a besoin d’hypnotiques », explique Pierre Albaladejo, secrétaire général de la Société française d’anesthésie et de réanimation. Dans cette catégorie, on trouve le midazolam, un anxiolytique, et le propofol, un anesthésique. « Ensuite, il faut faire respirer ces patients à l’aide d’appareils et pour qu’il n’y ait pas de contracture musculaire et qu’ils soient correctement oxygénés, on est obligés d’utiliser les curares », détaille l’anesthésiste.

Troisième catégorie : les antibiotiques, « pour éviter les surinfections ». Ils concernent les patients en réanimation, mais aussi la grande majorité des malades, qui ne relèvent pas des soins intensifs, explique Jean-Pierre Thierry, conseiller médical de France assos santé. « Normalement, il y a énormément d’antibiotiques, mais il n’y a quasiment plus aucune usine en dehors de Chine et d’Inde qui en produit », déplore-t-il. Ainsi, 90% de la pénicilline, utilisée dans les antibiotiques, est produite en Chine, premier pays touché par l’épidémie. De son côté, l’Inde a décidé de limiter l’exportation de 26 médicaments et principes actifs, parmi lesquels plusieurs antibiotiques.

Une médecine de débrouille

Nombre de ces médicaments « n’ont pas d’équivalent, ou très difficilement », prévient Bernard Bégaud, pharmacologue. Pour assurer la continuité des soins, il faut donc garantir leur approvisionnement. « Ce ne serait pas la première fois que des médicaments essentiels viendraient à manquer », rappelle le spécialiste. Chaque année en France, l’ANSM enregistre des tensions d’approvisionnement, dont certaines durent plusieurs mois, et des ruptures de stock. Conséquence d’un système pharmaceutique qui fonctionne à flux tendu : il faut remplacer l’irremplaçable.

En fin de semaine dernière, le directeur général de l’AP-HP, Martin Hirsch, révélait que les stocks des hôpitaux franciliens étaient « très courts sur certains médicaments ». Dans des régions moins touchées comme la Nouvelle Aquitaine, les tiroirs à pharmacie sont encore fournis, mais pour combien de temps ? « On observe des retards d’acheminement », s’inquiète la cheffe de la pharmacie d’un CHU de Nouvelle-Aquitaine, qui a souhaité garder l’anonymat. « Je n’ai pas de boule de cristal, mais notre stock ne se compte pas en semaines, plutôt en jours ! », prévient-elle. Alors que les besoins peuvent évoluer d’heure en heure avec l’arrivée de nouveaux patients, les pharmaciens hospitaliers ont enclenché la gestion de crise.

« Les réanimations sont privilégiées », détaille Anne Gervais, médecin au service d’hépato-gastro-entérologie de l’hôpital Bichat à Paris. « Pour l’instant, on se reporte sur des molécules plus anciennes, comme le Valium, explique-t-elle, mais si on continue comme ça, on risque d’être à sec. » La déprogrammation des interventions chirurgicales non urgentes a aussi permis de réaliser de minces économies d’anesthésiants.

Tout l’hôpital va ressentir les effets d’une telle pénurie.Anne Gervais, médecin à l’hôpital Bichatà franceinfo

Un groupe de médecins anesthésistes-réanimateurs de l’AP-HP a élaboré une méthode « pour réduire de 20% de la consommation de ces produits », explique Bruno Riou, directeur général pour la gestion de crise à l’AP-HP. En mesurant « la profondeur d’anesthésie » ou le « degré de curarisation », il serait possible de diminuer les doses administrées, sans conséquences pour le patient. Ces ajustements sont tout de même exigeants. Modifier ces protocoles demande « plus de mains, plus de surveillance », tempère Anne Gervais.

Des prêts entre hôpitaux de plus en plus rares

A plus grande échelle, les établissements font face à la pénurie en se prêtant des stocks. « On a dépanné un établissement de Nouvelle Aquitaine, ce week-end. C’est quelque chose que l’on fait régulièrement », détaille la coordinatrice du pôle pharmacie d’un CHU. Toutefois, à mesure que les commandes sont retardées, la solidarité se fragilise. « On est en train de s’enfermer dans nos murs, regrette Pierre Albaladejo, chacun est de plus en plus réticent à prêter, à cause de la peur du manque. » Les établissements encore épargnés par la vague épidémique n’ont aucune garantie de voir leurs stocks renfloués avant d’être touchés.

Autre solution temporaire envisagée par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) pour « lever un peu ces tensions » d’approvisionnement : recourir à des produits vétérinaires. « Cela concerne notamment des sédatifs qui peuvent être utilisés en réanimation », précise à franceinfo Dominique Martin, directeur général de l’ANSM. « Ce sont des médicaments qui sont tout à fait équivalents », assure-t-il. Pas pour Pierre Albaladejo : « Si on ne les utilise pas, c’est qu’il y a une raison ! Les médicaments qu’on utilise tous les jours sont extrêmement maniables, si on les change, cela présente un risque d’erreur pour nos personnels. »

Emmanuel Macron a annoncé avoir passé des « commandes massives » de médicaments pour renflouer les stocks. Toutefois, comme le précise l’ANSM, la pénurie « n’est pas un phénomène limité au territoire national. Elle s’exprime à l’identique à l’échelle européenne et internationale ». Les raisons sont identiques : le circuit pharmaceutique mondial est dépendant de l’Asie et les besoins ont été démultipliés. Le prix des médicaments « simples à produire » et « peu chers » pourrait ainsi exploser. Face à cette course aux enchères, « il faut lancer une opération coordonnée européenne », prévient Pauline Londeix, cofondatrice de l’Observatoire de la transparence dans les politiques du médicament. L’ANSM précise être « en lien étroit » avec l’Agence européenne du médicament (EMA) et assure demander « toutes les semaines aux laboratoires concernés » un « état des stocks ».

La réquisition de moyens de production rejetée

Si la loi de financement de la Sécurité sociale de 2020 impose aux entreprises pharmaceutiques « un stock de sécurité destiné au marché national », ce dernier « ne peut excéder quatre mois de couverture des besoins en médicament ». Ce qui est « insuffisant », pour Bernard Bégaud. « Il aurait fallu un stock de six mois, minimum. Ça n’aurait pas été suffisant pour la demande actuelle, mais ça nous aurait permis d’avoir de la marge. Les industriels ont traîné les pieds et on leur a dit ‘d’accord' », accuse-t-il. La catastrophe était prévisible : en 2018, une mission d’information sénatorialesoulignait déjà la « vulnérabilité française et européenne ».

L’organisation professionnelle des entreprises du médicament opérant en France (la Leem) se veut, elle, rassurante : « Les entreprises disposent généralement de sites de production de soutien en Europe pour leurs médicaments, ou ont des stocks pour faire face aux mesures de confinement » assure-t-elle. L’entreprise britannique GSK, qui produit l’Augmentin, antibiotique à base d’amoxicilline actuellement en « tension d’approvisionnement », selon l’ANSM, annonce avoir « temporairement redirigé une partie de la capacité de production » en Mayenne « afin de pouvoir combler en partie les besoins hospitaliers actuels ».

L’Observatoire de la transparence dans les politiques du médicament et plusieurs associations de soignants ont déposé lundi une requête devant le Conseil d’Etat pour demander la « réquisition des moyens de production ». « Quand on est en guerre, on réquisitionne« , justifie Pauline Londeix, qui souligne que les molécules de première urgence sont simples et les brevets tombés dans le domaine public. Il serait donc possible de les produire dans l’espace national ou européen. Le Conseil d’Etat a rejeté la demande,estimant que la « carence » dénoncée était « sérieusement contestable ».

On va vers un scandale sanitaire : on parle de sauver des vies et du droit à mourir dans la dignité !Pauline Londeix à franceinfo

« Nous n’accepterons pas un scénario identique à celui des masques », prévient l’Union nationale des associations agréées d’usagers du système de santé, qui pointe aussi les besoins croissants en oxygène médical : « Oui, nous avons besoin d’oxygène, et oui, il est possible d’en produire plus. »

Source : France info, Charlotte Causit

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Commentaire recommandé

Narm // 13.04.2020 à 09h04

Il faut voir plus loin que cette pénurie « organisée »

nous assistons en fait à la liquidation annoncée de l’hopital public

Dans quelques temps, plus de moyen, plus de ressources…

et zoro la finance arrivera et tout le monde applaudira….

écoeuré

28 réactions et commentaires

  • Arcousan09 // 13.04.2020 à 08h39

    Cela fait des mois que dans mes commentaires je dénonce les ruptures de stock de médicaments. Ruptures dues aux laboratoires qui auront tout délocalisé en Chine ou aux Indes pour augmenter les profits.
    En 35 ans de carrière je n’ai jamais, je dis bien jamais connu de rupture de stock. A l’heure actuelle ma pharmacienne me dit que c’est 20,30 spécialités qui manquent à commencer au printemps 2019 par les corticoïdes. Chacun sait qu’ils ne servent à rien …
    Le « gouvernement » va nous refaire le coup des masques … des tests …. de la chloroquine ….
    Combien faudra-t-il ajouter de décès à cause des ruptures de stock de médicaments majeurs: cardio, cancéro, pneumo, diabète ….
    Et ce qui nous sert de gouvernement sera tout « …. surpris …. « 

      +24

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    • LibEgaFra // 13.04.2020 à 08h45

      « Le « bétail », ça se soigne par médecine vétérinaire. »

      Même pas! Selon Nietzsche ceux qui sont sur la voie descendante, les médecins devraient même les aider à « partir ». Nos élites sont depuis longtemps nietzschéennes.

        +3

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      • Dionysos // 13.04.2020 à 21h10

        Etre Nietzschéen ne veut rien dire (il ne s’agit pas d’une pensée systémique). La pensée de Nietzsche est strictement individualiste et ne saurait être adoptée par un groupe social particulier. Les individus qui composent notre soi-disant « élite » ne lisent plus depuis longtemps. Ces derniers sont bien plus préoccupés par leurs comptes en banque et leurs fausses gloires. Nietzsche n’a rien avoir avec tout cela.

          +7

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        • jean-pierre Georges-pichot // 14.04.2020 à 09h07

          Bien sûr. La philosophie du problème, c’est le darwinisme. Grande discussion à avoir sur le néo-darwinisme et son passage par le nazisme, qui n’était pas, dans les années trente, une idéologie strictement allemande, mais bien mondiale, et particulièrement dominante, jusqu’à ce jour, sous forme de néo-libéralisme anglo-américain, qui n’en est qu’une branche.

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    • Arcousan09 // 13.04.2020 à 09h13
      • Oncle Bob // 13.04.2020 à 10h41

        Une telle forfaiture mérite bien une plainte https://plaintecovid.fr/

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      • fanfan // 14.04.2020 à 11h57

        On sait maintenant que le premier cas est en fait apparu le 17 novembre 2019, d’après les données compilées dans un rapport interne du gouvernement chinois, publiées le vendredi 13 mars par le quotidien hongkongais South China Morning Post.
        Pourquoi – alors qu’on nous a seriné jusqu’à fin janvier qu’il n’y avait rien à craindre – des sénateurs LREM ont-ils présenté une proposition de loi « relative à la sécurité sanitaire », avec des « mesures d’éviction et de maintien à domicile des personnes non malades ayant été en contact avec une ou plusieurs personnes atteintes d’une maladie transmissible », le 5 décembre 2019, 11 jours avant l’hospitalisation officielle du premier malade chinois ?
        https://www.senat.fr/leg/ppl19-180.html#AMELI_SUB_4__Article_6)v

          +0

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    • BOURDEAUX // 13.04.2020 à 11h04

      Jean de belot, dans une émission « les experts » l’année dernière sur BFM radio avait aussi alerté sur ce dangereux abandon de souveraineté. Le genre de problème dont, malheureusement, tout le monde se fout en temps normal…

        +2

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  • Gévaudan // 13.04.2020 à 08h52

    La pandémie joue une partition effarante : celle de grand révélateur.
    Révélateur des failles tragiques du système de production hyper-mondialisé.
    De nos propres carences nationales.
    Des illusions de ceux qui ont (volontairement ?) oublié que l’histoire est tragique.
    Passons à la suite.
    Comment se réarme-t-on, moralement, intellectuellement, concrètement ?

    Avec les équipes disqualifiées issues des élections de 2017 et une ripolinage du  »progressisme » ?
    Bien sûr que non.

    Si nous avions un authentique Chef de l’État, capable de donner et le cap et la méthode, il fixerait une stratégie, une perspective hautement politique pour l’après pandémie. Élections générales. Présidentielles. Référendum… les possibilités sont nombreuses.
    Le choc de conscience démocratique ainsi créé restaurerait une forme de confiance, dans les institutions de l’État, et dans l’avenir.
    Réponse ce soir. Mais ne rêvons pas.

      +15

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  • Narm // 13.04.2020 à 09h04

    Il faut voir plus loin que cette pénurie « organisée »

    nous assistons en fait à la liquidation annoncée de l’hopital public

    Dans quelques temps, plus de moyen, plus de ressources…

    et zoro la finance arrivera et tout le monde applaudira….

    écoeuré

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    • Basile // 13.04.2020 à 09h16

      disparition de l’hôpital public, j’espère pas.

      – emmené malgré moi en novembre en urgence dans le privé, où l’on ma posé une pile, ils m’ont gardé 15 jours pour une opération qui a duré 20 mn sous anesthésie locale.
      – en février, dans le public cette fois, pour une opération à cœur ouvert, je suis ressorti pile 7 jours après.

      y a pas photo. Le privé fait durer le plaisir

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      • BOURDEAUX // 13.04.2020 à 11h16

        Mais si cela avait été le contraire, ne l’auriez-vous pas accusé de faire de l’abatage, du « fric » ?

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      • Narm // 13.04.2020 à 14h58

        je ne le souhaite pas non plus
        mais c’est « en marche », tout le monde a entendu parler de la stratégie du choc, maintenant ça se précise c’est écrit là
        https://www.youtube.com/watch?v=2k-5pCClt0o&feature=youtu.be&t=165
        on en saura peut-être plus ce soir
        en attendant, ouvrez les yeux et les oreilles et communiquez

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    • Emile // 13.04.2020 à 09h56

      Ce n’est pas tant une question de moyens que ce qu’on en fait. La France est 3e dans les pays de l’OCDE sur les dépenses de santé (égalité avec l’Allemagne) https://www.oecd.org/fr/sante/systemes-sante/Panorama-de-la-sante-2019-Comment-la-France-se-compare.pdf . Et chez nous le gros des moyens est affecté à l’hôpital là où d’autres sont plus équilibrés avec la médecine de ville.

      Comment se fait-il que l’Allemagne ait 2 fois plus de lits de réa ? Ca tient beaucoup à une bureaucratie galopante. Le Dr Delépine expliquait que quand elle a commencé il y avait 1 administratif pour 4 soignants. Aujourd’hui c’est 1 administratif pour 1 soignant. On a voulu « rationaliser la dépense », analyser comment on utilisait les fonds pour identifier des pistes d’amélioration. Ca part d’une bonne intention mais quand on en arrive à devoir faire de la paresse pour justifier chaque micro dépense c’est contre productif. On a également rajouté des strates (ARS) et de multiples agences.

      On arrive au classique management à la française: 1 qui fait le boulot et 4 au dessus qui lui explique comment il devrait le faire. Remettre simplement de l’argent en plus ne servira à rien si c’est pour créer des comités machin chose ou une haute autorité au peignage de girafe. Il faut que les fonds aillent en priorité sur le terrain, pas pour faire des rapports et des Cerfas.

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      • step // 13.04.2020 à 13h39

        Malheureusement c’est vrai, je connais plus le public que le privé, mais des amis vivent des expériences de ce type désagréables.
        Je tiens au passage à dénoncer sur ce sujet, une réforme de la rémunération des agents du publics en cours actuellement -en tout cas la pratique que j’ai pu constaté atterré : Le RIFSEEP. En effet, quelque soit la présentation juridico-politique voilà ce qui s’est passé en pratique :
        – Disparition de la notion d’expertise : « Tout le monde est désormais expert (dans son domaine), or tout le monde ne peut recevoir une prime… donc personne ne l’aura ». A ce titre certains niveaux de rémunération proposés aux nouveaux entrants sont problématiques. « Quel est le minimum que vous pouvez accepter », est une question désormais posée, dans certains secteurs d’activité qui peinent désormais à recruter. Cela produit un turn-over et une baisse de compétence problématiques augmentés encore par la propension de la collectivité à utiliser des contrats courts de droits privés afin de contourner la nouvelle grille des primes. On voudrait déstructurer une organisation, on ne ferait pas autrement.
        – La notion de prime s’adosse alors uniquement à la notion d’encadrement, sur des critères de nombres de personnes encadrées. En réponse à cela, j’ai vu fleurir les « mini services » de 3/4 personnes, les réorganisations ayant pour but de faire surgir des cadres intermédiaires en pagaille afin de propulser les « top managers » plus haut par effet de poussée pyramidale augmentant cette fameuse administration galopante.

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        • step // 13.04.2020 à 13h44

          Le pire dans cette histoire est que le prétexte de ce changement est une amélioration de la situation des agents administratifs, qui voient effectivement leur rémunération augmentée de quelques dizaines d’euros. Les techniciens voient leur carrière stagner irrémédiablement, et les problèmes de recrutement. Par contre les encadrants voient leur rémunération s’envoler en fonction de leur place dans la pyramide, ce qui attise la compétition pour ce genre de place et la désertification des emplois de « rameurs ». D’ici quelques années sur ce mode, la fonction publique ressemblera à une authentique armée mexicaine. Que des gradés, mais plus de soldats.

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      • BOURDEAUX // 13.04.2020 à 18h34

        Vous évoquez ici en peu de mots un problème majeur, merci. L’éducation nationale souffre de la même maladie . C’est pourquoi la certitude selon laquelle le transfert de telle ou telle activité sous administration publique améliorera les choses est un mythe. Non pas que cette maladie ne touche pas aussi les entreprises privées, mais lorsqu’elles interviennent parmi des concurrentes, elles secrètent malgré tout des anticorps assez efficaces…

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      • Clode // 14.04.2020 à 01h28

        Dépense de santé…nous sommes le pays européen qui paie le plus cher les médicaments, pourquoi l’Europe ne demande t elle pas un alignement.
        Comme quoi , la France peut faire des économies en évitant d’enrichir un peu plus les labos.

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        • Clode // 14.04.2020 à 01h35

          Dépense de santé…pourquoi la France est elle le pays d’Europe qui paie le plus cher ses médicaments, pourquoi ne demande t elle pas un alignement sur les autres pays européens
          Résultat de conflits d’intérêts avec au choix, des ministres de la santé, des experts, des organismes comme l’agence du médicament ?

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    • Enma // 13.04.2020 à 20h38

      C’est sûr qu’il y a de quoi se poser (encore) des questions quand on lit que le privé est utilisé « en renfort ».
      https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2020/04/10/coronavirus-pourquoi-les-etablissements-de-soins-prives-sont-restes-en-deuxieme-ligne_6036270_4355770.html
      Je croyais que les soignants étaient débordés depuis le tout début de la pandémie ? Si on n’utilise pas les « renforts » maintenant, alors quand ?
      Même article, on apprend que le privé prend en charge les urgences « classiques ». Outre que les soignants de ces établissement de « 2e ligne » ne seront probablement pas dans le même état d’épuisement physique et psychique que ceux ayant pris le covid en pleine figure, on peut se poser des questions quant à la situation de leur trésorerie à l’issue de la crise (en tout cas de la 1re phase), ainsi que l’état de leurs réserves actuelles de médicaments.
      Si des personnes ont des éléments de réponse…

        +3

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  • hyac // 13.04.2020 à 11h59

    C’est un immense scandale politique, on découvre que la bureaucratie tue autant que le virus: tous les petits chefs obscurs qui s’accrochent à leur fonction inutile, les centaines de commissions diverses qui survivent après avoir remis leur travail, les mandarins têtus, les syndicats minoritaires et leur nuisance bornée qui ne défend que leurs privilèges… Et dire que le président de la 5ème république a théoriquement un pouvoir exécutif immense!

      +8

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  • captoine // 13.04.2020 à 18h13

    un peu dommage cette publication sans date (si ce n’est celle du site lescrises.fr) alors que l’article date d’il y a 10 jours…
    en ces temps ou les infos évoluent beaucoup c’est un peu perturbant.
    un grand merci pour le reste du travail et des analyses y compris sur le chloroquine

      +0

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  • .Josy // 13.04.2020 à 18h44

    Le problème du financement de l’hôpital public demanderait une véritable enquête sérieuse et pas de vagues considérations sur ce qu’on croit être du gaspillage ou des abus de syndicat .Toutes ces considérations sont des foutaises quand on voit le manque de personnel , les infirmières débordées , les meilleurs médecins qui cherchent des issues parce qu’ils ne peuvent plus travailler en équipe , qu’ils ont des infirmiers que l’on a décidé polyvalents pour les déstabiliser, le manque de médicaments , les stérilisations dont on diminue le temps jusque là jugé nécessaire. Il faut une pandémie pour s’apercevoir qu’il n’y a plus assez de tout ce qui est indispensable.. Il faut voir en psychiatrie le manque de médecins , de soignants de suivi et de formations . C’est un vrai scandale pour l’usager .Un système de santé qui était très performant avec des défauts réformables et que l’on voit détruire sous nos yeux au moyen de DRH que sont les présidents des ,ARS ;ces désignés par le ministre pour mettre en place le dépeçage de l’hôpital. Et pour ça il y a des financements. Les directeurs des hôpitaux de Paris comme M. Hirsch ont vu les salaires sortir Loin en hauteur des anciennes grilles de la fonction publique , des agences de santé, des administratifs de surveillance comptable et inventeurs de bonnes pratiques parfois surréalistes ; tout cela apporte des dépenses qui augmentent sans cesse au détriment des soignants et des secrétariats utiles aux soins .

      +9

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  • hyac // 13.04.2020 à 20h53

    Lundi 20h35, je viens d’écouter un président de la 5ème république parler avec soin pendant 30 (trente) minutes, les yeux fixés sur son discours, pour nous dire, en une minute, qu’il prolongeait le confinement, en deux minutes que les enfants retourneraient en classe mais qu’il fallait d’autre part être prudents, en deux autres minutes que l’on reprendrait le travail par étapes en prenant toutes les précautions: tests, masques, gants, sans nous dire où, combien, quand nous pourrons les trouver !

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    • Euls // 14.04.2020 à 13h49

      Je suis loin d’être un fan de Macron mais bon, ce n’est pas au président de donner toutes ces précisions, c’est le travail du gouvernement.

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  • Catalina // 14.04.2020 à 06h24

    je relai ici l’info donnée sur un réseau social :
    « Alors que l’hôpital est toujours en pénurie de masques et de blouses faute d’anticipation par l’Etat et qu’on fait plus de contraventions que de tests, la mécanique d’une société de surveillance se met en place.
    Cette nouvelle commande s’élève elle à 3,5 millions d’euros.
    L’appel d’offre qui vient d’être publié le 12 avril par le ministère de l’intérieur concerne l’acquisition de 651 drones.
    Divisé en trois lots on y trouve :
    1,8 million d’euros pour 565 « micro-drones du quotidien »
    1,58 million d’euros pour 66 « drones de capacité nationale »
    Et 175 000€ pour 20 « nano-drones spécialisés » »
    https://www.marches-publics.gouv.fr/app.php/consultation/562523?orgAcronyme=g6l&fbclid=IwAR0GGHPy2D3XlagN1AZHvkGe1dvIeDsRF9IwEC3lJh3tSxdPjddM1jyUDn4

    ça pue, ça pue….

      +2

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  • RGT // 14.04.2020 à 10h54

    Le « stock zéro », flux tendu ou Kanban est un concept industriel qui a été importé en France dans les années 80 (Années très « glorieuses » s’il en est).

    Le principe consiste à organiser et à planifier la production pour limiter (voire même carrément supprimer) les stocks pour supprimer les coûts de stockage de constituants ou de matières premières afin d’optimiser une production de biens prévisible et très bien planifiée.

    Les japonais avaient mis en place ce système pour leur industrie de production de masse uniquement, et aucun autre secteur n’était concerné par ce système d’organisation.

    Ce système, très proche de la production planifiée de l’ex URSS tant honnie par les « libéraux » fonctionne à merveille à la condition exclusive que la production soit strictement conforme aux prévisions et que d’autres critères ne viennent pas perturber les chaînes logistiques.
    Au moindre pet de travers on se retrouve avec non seulement la production planifiée qui « implose » mais de plus, comme les intermédiaires n’ont plus de stock, TOUTES les productions se retrouvent affectées par ce « dommage collatéral ».

    Il suffit que la demande évolue différemment de celle prévue (en + ou en -) et c’est le bordel le plus complet.

    Sachant qu’aujourd’hui une entreprise locale peut être impactée par un événement se situant de l’autre coté de la planète, et que ces événements se produisent en permanence, cette « course au stock zéro » se traduit par de véritables désastres avec des pénuries de plus en plus fréquentes et de plus en plus dangereuses.
    Et bien avant que le Covid ne soit sorti du bois.

    Le stock zéro c’est parfait tant qu’on ne se prend pas un impondérable en pleine face.
    Allez expliquer ça à un « contrôleur de gestion » ou à un financier qui sont obnubilés par l’optimisation des profits.

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