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7.janvier.20207.1.2020 // Les Crises

Nous savons tous que nous allons mourir, alors pourquoi luttons-nous pour ne pas y croire ? Par James Baillies

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Source : Aeon, James Baillies, 04-11-2019

James Baillie est professeur de philosophie à l’Université de Portland dans l’Oregon. Il a écrit The Routledge Philosophy GuideBook to Hume on Morality (2000). [Le Guide Routledge de la Philosophie de Hume sur la Morale ; Routledge est une maison d’édition britannique d’ouvrages universitaires fondée en 1851.NdT]

Tolstoï, photo de Karl Bulla en 1902. Par courtoisie de Wikipedia

Dans le court roman La mort d’Ivan Ilitch (1886), Léon Tolstoï dépeint un homme qui est sous le choc quand il réalise soudain que sa mort est inéluctable. Si l’on peut facilement comprendre que le diagnostic d’une maladie en phase terminale a été une désagréable surprise, comment n’est-ce qu’alors qu’il a pu découvrir qu’il était mortel ? Mais c’est la situation dans laquelle Ivan se retrouve. Non seulement c’est un fait nouveau pour lui, mais il ne peut pas en prendre toute la mesure :

Le syllogisme qu’il avait appris de la logique de Kiesewetter – « Caïus est un homme, les hommes sont mortels, donc Caïus est mortel » – lui avait toujours semblé justifié s’appliquant à Caïus, mais en tout état de cause nullement exact dans son cas personnel . Cet homme Caïus représentait l’homme de manière abstraite, et donc le raisonnement était parfaitement sensé ; mais il n’était pas Caïus, pas un homme abstrait ; il avait toujours été une créature tout à fait singulière, tout à fait distincte de toutes les autres.

L’histoire de Tolstoï ne serait pas le chef-d’œuvre qu’elle est si elle décrivait une anomalie, une bizarrerie psychologique d’un personnage fictif qui n’aurait rien de comparable dans la vie réelle. Le pouvoir du livre réside dans sa description évocatrice d’une expérience mystérieuse qui va au plus profond de ce qui fait l’être humain.

En 1984, à la veille de mon 27e anniversaire, j’ai partagé la prise de conscience d’Ivan : qu’un jour, je cesserai d’exister. Ce fut le premier et le plus intense épisode de ce que j’appelle le « choc existentiel ». Ce fut de loin l’événement le plus déstabilisant de ma vie, quelque chose que je n’avais jamais vécu.

Bien qu’il faille avoir subi un choc existentiel pour vraiment savoir ce que c’est, cette expérience n’a pas forcément pour but de vous faire comprendre ce que vous avez vécu, ni sur le moment, ni après. L’anxiété aiguë induite par cette situation vous rend incapable de penser clairement. Et une fois que c’est fini, il est presque impossible de vous en souvenir dans ses moindres détails. Retrouver le souffle du choc existentiel, c’est comme essayer de reconstruire un rêve dont on se souvient à peine, sauf que la lutte consiste à se rappeler un moment où on était plus que jamais conscient.

Tout en reconnaissant l’étrangeté du choc existentiel, son contenu lui même n’est pas singulier. En effet, on ne saurait le nier. C’est ce qui rend le phénomène si déroutant. J’ai appris que j’allais mourir ? Évidemment, je le savais déjà, alors comment cela pourrait-il m’être une révélation ? Il est trop simple de seulement dire que je savais depuis longtemps que je serais destiné à mourir, parce que dans une certaine mesure je n’y croyais pas vraiment – et je n’y crois toujours pas. Ces attitudes contradictoires naissent des deux conceptions les plus fondamentales de l’image de soi, que j’appellerai vues de l’extérieur et de l’intérieur.

Voyons comment ma mort inévitable n’est pas une notion nouvelle. Elle découle de la singulière capacité humaine de nous dissocier de nos actions et de nos engagements, afin que chacun de nous puisse se considérer comme un habitant au sein d’un monde indépendant d’esprit, comme un être humain parmi tant de milliards. Quand je me considère ainsi « de l’extérieur », je n’ai aucun mal à affirmer que je vais mourir. Je comprends que c’est grâce à d’innombrables contingences que j’existe, et que le monde continuera sans moi comme il le faisait avant mon incarnation. Ces réflexions ne me dérangent pas. Mon équanimité est due au fait que, même si je réfléchis à mon inévitable disparition, c’est presque comme si je pensais à un autre. En d’autres termes, le point de vue extérieur place une distance cognitive entre moi en tant que penseur de ces pensées et moi en tant que sujet.

L’autre façon fondamentale de se concevoir soi-même consiste à se percevoir « de l’intérieur » dans la vie de tous les jours. Un aspect important de la perception subjective a récemment été abordé par Mark Johnston dans Surviving Death » [Survivre à la mort NdT] (2010), à savoir la nature sensorielle de l’expérience perceptuelle. Le monde m’est présenté comme s’il était centré autour de mon corps, en particulier ma tête, où se trouve la plupart de mes appareils sensoriels. Je n’expérimente le monde qu’avec moi « au centre », comme si j’étais l’axe autour duquel tout tournait. Au gré de mes déplacements, cette position phénoménologique centrale se déplace avec moi. Ce lieu d’expériences perceptuelles est aussi la source de mes pensées, sentiments et sensations corporelles. Johnston l’appelle « le théâtre de la présence et de l’action ». Quand nous nous considérons comme le centre de cette arène, nous trouvons inconcevable que cette conscience, ce point de vue sur le monde, cessera un jour d’être…

La perception subjective est la valeur par défaut. C’est-à-dire que la tendance automatique est de vivre le monde comme s’il tournait littéralement autour de soi, ce qui nous empêche d’assimiler pleinement ce que nous savons de l’extérieur, que le monde peut et va continuer sans nous.

Pour assimiler pleinement le fait de ma mortalité, il faudrait que je réalise, et pas seulement intellectuellement, que mon expérience quotidienne est trompeuse, pas dans les détails non, mais dans sa globalité. Le bouddhisme peut aider à identifier une autre source de distorsion radicale. Comme le dit Jay L Garfield dans Engaging Buddhism (2015), nous souffrons de la « confusion primaire » de la perception du monde, et de nous-mêmes, sous le prisme d’une métaphysique de la substance. Par exemple, je me considère comme un individu autonome avec une identité permanente qui fait de moi ce que je suis. Cette notion centrale de la conscience de moi sous-tend les changements constants dans mes propriétés physiques et mentales. Garfield ne dit pas que nous approuvons tous explicitement cette thèse. En fait, pour ma part, je la rejette. Au contraire, la confusion primitive est le produit d’un réflexe non rationnel, et opère généralement bien en deçà du niveau de conscience éveillée.

Lorsque nous associons le fait phénoménologique de notre apparente centralité au monde avec la vision implicite de nous-mêmes en tant que substances, il est facile de voir comment ces facteurs rendent notre non-existence impensable « de l’intérieur », de sorte que la meilleure compréhension de notre propre mortalité que nous puissions réaliser réside dans la reconnaissance détachée qui découle du regard de l’extérieur.

L’alternative bouddhiste à une vision des individus fondée sur la substance est le récit du « non-soi », qui a été découvert de façon indépendante par David Hume. Hume a seulement examiné un ensemble de pensées, de sentiments et de sensations en constante évolution. Il a considéré l’absence de preuve d’un soi substantiel comme une preuve de son absence, et a conclu dans A Treatise of Human Nature [Traité de la nature humaine, NdT] (1739-40) que la notion de « soi » est simplement un moyen plus commode pour désigner un réseau causalement lié d’états mentaux, plutôt que quelque chose qui en diffère.

Bien que les textes bouddhistes présentent des lignes de pensée étonnamment similaires, l’argument philosophique n’englobe qu’une partie de leur enseignement. Les bouddhistes soutiennent qu’une pratique élaborée de la méditation permet d’expérimenter directement le fait du non-soi, plutôt que de simplement le supposer. Les méthodes théoriques et expérimentales se renforcent mutuellement et se développent idéalement en tandem.

Revenons en au choc existentiel. On pourrait être tenté de chercher un facteur exceptionnel qu’il faudrait ajouter à notre condition normale pour créer cet état. Cependant, je crois qu’une meilleure approche consiste à considérer ce qui doit être soustrait de notre expérience quotidienne. Le choc existentiel jaillit d’une altération radicale de la vision intérieure, où la confusion primitive se dissipe pour que la personne se considère directement comme immatérielle. Je vois la vérité du non-soi, pas seulement comme une chimère, mais comme relevant d’une impression. Je vois que mon ego est un imposteur, se faisant passer pour un moi permanent. La caractéristique la plus troublante du choc existentiel, à savoir le sentiment de la révélation de ma mort inéluctable, est que ma mortalité est re-contextualisée dans le cadre d’une reconnaissance viscérale de la vérité plus fondamentale du non-soi.

Mais cela nous amène à nous demander ce qui amène la confusion primaire à se retirer temporairement lorsqu’elle se produit. La réponse réside dans l’observation de Hume selon laquelle le mouvement naturel de nos états mentaux est régi par des principes d’associations, dans lesquels le train de la pensée et des sentiments tend à suivre des chemins familiers, avec un état menant sans effort aux autres. Le fonctionnement implacable de nos mécanismes d’association tient le choc à distance, et c’est l’effondrement de ces mécanismes qui le laisse passer.

Ce n’est pas un hasard si ma première rencontre avec un choc existentiel a eu lieu vers la fin d’une longue et rigoureuse retraite. Le fait d’être loin de mon environnement habituel – de mes habitudes sociales, de mes possessions personnelles, de tout ce qui peut me distraire et me détendre – a créé des conditions dans lesquelles j’ai fonctionné un peu moins en auto-pilotage. Cela a créé une brèche pour le choc existentiel, ce qui a entraîné un STOP intérieur – une rupture soudaine et radicale de mes associations mentales. Juste pour un instant, je me vois tel que je suis.

Source : Aeon, James Baillies, 04-11-2019

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

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RGT // 07.01.2020 à 08h18

Durant toute mon enfance, et sans que je puisse déterminer la cause de cette pensée, j’étais persuadé que je ne vivrais pas au delà de ma 25ème année…
C’était comme ça, sans crainte particulière, ayant eu la chance de vivre dans un environnement « semi-naturel » dans lequel je trouvais de nombreux petits animaux qui étaient passés de vie à trépas.
Ce qui fait que je profitais de la vie sans me soucier du lendemain en contemplant le monde merveilleux qui m’entourait.

Quand j’ai dépassé la « date fatidique » je me suis retrouvé un peu bête et j’ai alors considéré que le temps supplémentaire était un « bonus » dont je bénéficiais et dont il fallait profiter au maximum en faisant mon possible pour aider tous les autres êtres vivants à vivre mieux.

Désormais je suis vieux et je ne regrette pas mon existence car je n’ai jamais porté préjudice à quelque être vivant que ce soit, qu’il soit humain, animal ou végétal (en dehors des nécessités de ma propre existence tout en tentant de ne jamais me montrer nuisible).

Certes je n’ai pas fait de « grands exploits » dans ma vie et je ne resterai pas présent pour la postérité mais au moins j’aurai fait mon possible pour mener une existence « juste » et c’est là (de mon point de vue personnel) le but d’une vie harmonieuse.

Je ne léguerai pas une fortune à mes enfants mais par contre je n’ai pas hésité un seul instant à dépenser toutes mes ressources disponibles afin de leur permettre de bénéficier d’une éducation correcte (basée sur le respect des autres) et leur permettant d’exercer la profession de leur choix leur permettant de vivre décemment.
J’aurai certes pu « magouiller » pour accumuler des biens futiles (bagnoles de luxe et autres babioles inutiles) mais pour quoi faire ?
Je ne sais pas combien de temps je vivrai encore mais ça n’a aucune importance.

J’espère seulement vivre encore suffisamment pour que mon épouse ne se retrouve pas dans le besoin.

51 réactions et commentaires

  • iséorcé // 07.01.2020 à 07h43

    Parce que nous sommes pétris de vie à l’instar de notre corps régis par le système sympathique et parasympathique. Bien que le mental nous emmène dans le passé et dans le futur nous sommes probablement vraiment fait pour Être dans l’instant présent. Le sommeil ne nous fait pas peur. À quoi bon anticiper un moment qui est probablement, peut-être secrètement, ressenti comme une transition. Le craindre constamment serait insensé. Il se peut bien que, quelque part, nous soyons convaincus de notre immortalité. La vie par-delà la mort resterait triomphante….

      +5

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  • RGT // 07.01.2020 à 08h18

    Durant toute mon enfance, et sans que je puisse déterminer la cause de cette pensée, j’étais persuadé que je ne vivrais pas au delà de ma 25ème année…
    C’était comme ça, sans crainte particulière, ayant eu la chance de vivre dans un environnement « semi-naturel » dans lequel je trouvais de nombreux petits animaux qui étaient passés de vie à trépas.
    Ce qui fait que je profitais de la vie sans me soucier du lendemain en contemplant le monde merveilleux qui m’entourait.

    Quand j’ai dépassé la « date fatidique » je me suis retrouvé un peu bête et j’ai alors considéré que le temps supplémentaire était un « bonus » dont je bénéficiais et dont il fallait profiter au maximum en faisant mon possible pour aider tous les autres êtres vivants à vivre mieux.

    Désormais je suis vieux et je ne regrette pas mon existence car je n’ai jamais porté préjudice à quelque être vivant que ce soit, qu’il soit humain, animal ou végétal (en dehors des nécessités de ma propre existence tout en tentant de ne jamais me montrer nuisible).

    Certes je n’ai pas fait de « grands exploits » dans ma vie et je ne resterai pas présent pour la postérité mais au moins j’aurai fait mon possible pour mener une existence « juste » et c’est là (de mon point de vue personnel) le but d’une vie harmonieuse.

    Je ne léguerai pas une fortune à mes enfants mais par contre je n’ai pas hésité un seul instant à dépenser toutes mes ressources disponibles afin de leur permettre de bénéficier d’une éducation correcte (basée sur le respect des autres) et leur permettant d’exercer la profession de leur choix leur permettant de vivre décemment.
    J’aurai certes pu « magouiller » pour accumuler des biens futiles (bagnoles de luxe et autres babioles inutiles) mais pour quoi faire ?
    Je ne sais pas combien de temps je vivrai encore mais ça n’a aucune importance.

    J’espère seulement vivre encore suffisamment pour que mon épouse ne se retrouve pas dans le besoin.

      +57

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    • douarn // 07.01.2020 à 09h06

      Bonjour RGT, votre commentaire m’a touché …

       » je ne resterai pas présent pour la postérité »
      Porter un nom à la postérité est un acte à visée politique d’une certaine élite. Cela fait partie de l’arsenal de manipulation des masses. Jaures (mentionné par N. Sarközy de Nagy Bocsa lors de sa campagne présidentielle), Robespierre (dont le nom est associé à la terreur par l’ordre bourgeois, alors qu’il est relié aux fondamentaux populaires de la révolution française), Hugo, Kim Jung-Un, Mao, Staline, Pasteur, Gates, …, que de noms promoteurs d’émotions primaires (peur, colère, admiration, envie, …), émotions primaires indispensables au parquage mental des foules.

      Réjouissez vous donc si vous ne voulez pas que votre mémoire serve au parquage mental des foules. La seule postérité qui vaille est la trace que l’on laisse dans le souvenir de ceux que l’on aime.

        +23

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      • Allo // 09.01.2020 à 13h02

        J’aimerai que mon nom reste à la postérité comme Victor Hugo ou Homère.

          +1

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    • Nicole // 07.01.2020 à 09h06

      Vous êtes un sage et j’ai la prétention de vous ressembler 😏

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    • Ando // 07.01.2020 à 22h46

      Aider et être, oui c’est bien cela. La peur de la mort n’est pas tellement celle de ne plus être, ce qui ne signifie pas grand chose, c’est plutôt celle de ne pas avoir été.

        +3

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    • lois-economiques // 08.01.2020 à 15h18

      « Désormais je suis vieux et je ne regrette pas mon existence car je n’ai jamais porté préjudice à quelque être vivant que ce soit, qu’il soit humain, animal ou végétal (en dehors des nécessités de ma propre existence tout en tentant de ne jamais me montrer nuisible). »

      Vous avez implicitement appliqué « La règle d’or » qui est la maxime la plus universelle et qui effectivement permet de se regarder comme « juste ».

        +2

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  • Miss Marple // 07.01.2020 à 08h51

    Beau texte philosophiques suivi de témoignages émouvants….pourquoi est ce que d’ une certaine manière l’ être humain ne croit pas à la mort ou fait si elle n’ existait pas ? Par ce que l’ idée d’ Eternite est inhérente à sa nature et ce, depuis le début de l’ Humanite …. Deja , depuis mon enfance , j’ ai été une petite-fille  » vieille » sentant au fond de moi une incommensurable fatalité
    J’ ai longtemps reproché à mes aînés de ne m’ avoir pas fourni une Foi existentielle qui aurait pu me protéger face à cette angoisse insoutenable
    mais le pouvaient ils vraiment ?…. après avoir traversé l’ enfer au milieu de ma vie j’ en suis ressortie tel un phenix attire par la Lumiere …
    Cette Lumiere d’ un blanc éblouissant m’ est apparue dans un grand rêve soudain et inattendu
    J’ ai alors compris que le but de mon existence est le salut de mon âme et dans la lumière de  » Dieu » ( oui j’ ose prononcer le mot )
    Cet accomplissement est la disparition et la mort du MOI …. ainsi je vais mourir dans la Lumiere et c’ est ainsi que j’ accepte de mourir

      +10

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  • Catalina // 07.01.2020 à 09h00

    Bonjour,
    J’aime beaucoup la philosophie, cependant ici, j’ai l’impresion d’assister à un auto-masturbation intellectuelle. L’auteur fait une généralité à partir de son expérience, perso, j’ai toujours eu conscience de ma mortalité, cela ne m’a PAS choquée, peut-être ai-je la chance d’échapper au déni ? il est vrai cependant que lorsque que j’ai mis mon premier enfant au monde, un deuxième état de conscience de ma disparation inéluctable et son résultat a été de faire le voeu de vivre assez longtemps pour protéger, élever cet enfant. J’ai du mal à comprendre l’angoisse existentielle du monsieur, perso, j’ai plus d’angoisse de l’avenir immédiat ( acharnement répressif qui tue, mutile, handicape et du silence de mes compatriotes sur ces monstruosités auxquelles ils se sont habitués dans un silence de mort) que de ma mort inéluctable.

      +22

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    • S.T. // 07.01.2020 à 19h25

      L’instinct d’auto-préservation et de reproduction sont des fondements incontournables de tout ce qui vit.

      Il y a une autre façon de voir la même question. Le « moi » n’est pas un problème que quand il se refuse à croître.

      Cela dit, quand on est père ou mère on « meurt » en quelque sorte en tant que être centré sur soi-même pour élargir le cercle de protection à un autre être.

      Quand on élargit ce cercle de protection à tout le vivant on approche l’ideal du bodhisatva.

        +3

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  • M.Smith // 07.01.2020 à 09h18

    « Qu’est-ce, en effet, que craindre la mort, citoyens, sinon se prétendre en possession d’un savoir que l’on n’a point ? »
    Il en va de même de l’espoir, ou de tout autre sentiment, ce qui n’empêche pas Socrate de raisonner sur l’immortalité de l’âme, non pas à partir d’une croyance mais d’une expérience.

    Il en va de même dans le bouddhisme concernant le non-moi. Voir la vacuité du soi mais aussi l’impermanence de tout phénomène présupose un point de vue intemporelle, le spectateur fait partie du spectacle mais les deux sont comme l’expression d’une autre vacuité. Voir la vacuité de la vacuité c’est atteindre l’état de Bouddha toujours présent.

    Idem pour Hume. Qui, ou quoi, pour constater l’absence du moi ?

      +5

    Alerter
  • calal // 07.01.2020 à 09h28

    « En 1984, à la veille de mon 27e anniversaire, j’ai partagé la prise de conscience d’Ivan : qu’un jour, je cesserai d’exister. »

    Chez les chretiens par exemple chaque annee il y a une ceremonie appellee mercredi des cendres ou le pretre marque chaque participant d’une croix de cendre sur le front en lui disant  » tu es poussiere et tu retourneras a la poussiere ».
    MAis bon,l’epoque prefere ce qui est ramene du bout du monde plutot que le bio et le local (oui,c’est des cendres certifiees AB)…

      +14

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    • Anouchka // 07.01.2020 à 11h26

      Oui, et pour ceux qui ont eu une culture gréco-latine à l’école, on se souvient du « souviens-toi que tu vas mourir » susurré à l’oreille des empereurs victorieux par un de leurs esclaves sur leur chat de triomphe.

      J’ai aussi du mal à suivre le lien entre Hume et le Bouddhisme – a part peut-être le matérialisme et la négation de l’esprit. Hume, c’est la star des « lumières écossaises« , celles qui nous ont précipités dans la m*rde libérale que nous connaissons actuellement. Perso, je ne lui fais pas trop confiance en tant que base pour une philosophie de vie.

        +7

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      • calal // 07.01.2020 à 13h17

        chat de triomphe ou tchat d’orgueil?
        joli lapsus.bon le r est a cote du t sur le clavier alors vous etes absoute 😉

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  • SanKuKaï // 07.01.2020 à 09h47

    Et moi qui n’ai toujours pas de Rolex, j’ai même pas de montre… Ai-je raté ma vie? Vais-je mourir en passant à côté d’une vie de kéké? 😉

      +7

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    • calahan // 07.01.2020 à 12h56

      pas rolex et pas de portable ce qui me vaut de passer pour un dinosaure dans bien des situations !

      Il faut accepter d’être une espèce en voie d’extinction ce qui ne me pose aucun problème puisqu’il en sera ainsi pour toutes les espèces vivantes sur cette bonne terre qui a pour meilleur ami/ennemi le soleil, ceci n’est qu’une question de temps.

      N’oubliez jamais que vous êtes insignifiants quoique vous fassiez c’est juste une question d’échelle.

        +13

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      • Narm // 08.01.2020 à 00h16

        salut
        echelle, mais aussi echelle de valeur.
        Il y a de magnifiques comètes….
        et combien de grands artistes riches se suicident alors que l’on pense qu’ils ont « tout »

          +0

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  • Otherness // 07.01.2020 à 09h57

    Il faut donc, chaque jour, vivre et mourir à la fois – car c’est en mourant qu’on est au contact de la vie.
    Ceci est un texte de Krishnamurti qui dit en somme: Celui qui se meure à lui-même ne meure jamais, il dit en essence: La mort n’est pas une chose horrible, une chose à éviter, à différer, mais plutôt une compagne de chaque jour. De cette perception naît alors un sens extraordinaire de l’immensité.
    Pour ceux qui aimeraient aller plus loin et découvrir une « Nouvelle Terre » de Eckhart Tolle je vous recommande humblement ceci et de lire à ce sujet tout particulièrement à la page 241: http://eveil2000.com/Livres/Eckhart%20Tolle%20-%20Nouvelle%20Terre.pdf
    Bien à vous tous

      +11

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    • Wakizashi // 07.01.2020 à 17h01

      Notre société est en train de redécouvrir une vérité millénaire enseignée dans d’innombrables traditions spirituelles, à savoir qu’il est possible de vivre dans un état de conscience libéré de la forme. C’est certainement la « chose » la plus importante de la vie, ce que tout le monde cherche sans le savoir. Comment se fait-il que nos sociétés profanes l’aient à ce point oublié, c’est une vaste question, mais que certains parmi nous le redécouvrent est une très bonne nouvelle. Un authentique vecteur de changement du monde pour le meilleur… certainement le seul en fait.

        +4

      Alerter
  • Louis Robert // 07.01.2020 à 10h31

    « Nous savons tous que nous allons mourir, alors pourquoi luttons-nous pour ne pas y croire ? » — Par James Baillies

    *

    Il est amusant de constater (parce que si révélateur en l’occurrence…) que ce titre soit erroné.

    Le titre de cette réflexion est, en fait: « We all know that we will die, so why do we struggle to believe it? »

    Le paradoxe soumis à notre attention ici, c’est précisément celui de NE PAS croire ce que nous savons.

    Dans un cadre plus actuel, dans son chef-d’œuvre post-apocalyptique, « On the Beach », Nevil Shute nous invite à la même réflexion.

    Passant au hasard des rencontres, je n’ai pu m’empêcher, Les-crises.fr se faisant très exceptionnellement philosophe, de faire exception à ma règle, récemment annoncée et dûment censurée, de me faire ici beaucoup plus discret…

    Le Passant.

      +1

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  • Macarel // 07.01.2020 à 10h39

    Sans doute parce que c’est nécessaire à ce que nous levions « chaque jour que Dieu fait ».

    Cette faculté de déni, qui nous est utile, et sans doute indispensable sur le plan individuel, est par contre

    contre-productive au niveau collectif de l’espèce, car elle nous empêche de nous comporter comme il

    conviendrait pour éviter des catastrophes : que ce soit des guerres, ou des dégradations irréversibles de la biosphère dont nous ne sommes qu’une espèce parmi d’autres.

      +7

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    • Mouise // 07.01.2020 à 12h34

      Pour interroger votre pensée :

      Dans mon expérience, la conscience de la mort à horizon plus ou moins proche, conscience charnelle de ma finitude, développe une propension égalitariste qui ne fait pas bon ménage avec une civilisation de puissance, fondée sur l’injustice, les inégalités entretenues par la violence et les hiérarchies fondées sur l’asservissement, et qui au prétexte (en partie légitime, c’est le problème ou l’astuce) de la plus grande survie du corps* bafoue la vie de l’âme, son appétit égalitaire (âme : expérience personnelle du caractère mystérieux de l’animation individuelle).

      (*) Il s’agit le plus souvent du corps collectif.

      Ça me donne l’espoir d’une civilisation qui envisage non plus la puissance, mais la vie, et donc égalitaire, où la seule hiérarchie qui s’impose d’elle-même n’est pas celle du titre ou de l’uniforme (à qui on doit le respect dû à des serviteurs) mais celle éprouvée devant le bon, le juste, le vrai, le beau.

      Étant donné que nous vivons dans cette civilisation de puissance, que c’est notre bain quotidien, il est compréhensible que notre esprit éprouve les plus grandes difficultés à percevoir une autre façon de voir le monde, de maintenir cette conscience du caractère fini, mais unique et majestueux de notre vie individuelle. Autant demander à un poisson contraint de vivre dans les eaux profondes d’avoir une conscience claire de l’air de la surface.

        +1

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      • herve_02 // 07.01.2020 à 13h44

        Sans vouloir faire mon vieux chieur. La vie est tous sauf égalitariste. Dans la nature, l’égalité est l’exception si elle existe. Ce qui peut faire ce que nous somme est : comment gérer cette inégalité. même devant la mort.

        Ainsi pour prendre un point d’actualité :

        – est-ce que la retraite universelle est juste alors que les pauvres meurent 13 ans avant les riches ?
        – est-ce que la méthode de calcul est juste si on décide que certains pourront avoir 30 000 euros mensuel de retraite et d’autres pas assez pour juste vivre dignement (besoins primaires) ?

        non la vie n’est pas égalitaire.

          +8

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        • Mouise // 07.01.2020 à 14h58

          Le « égalitaire » se rapportait (adjectif) à « civilisation »…

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          • herve_02 // 07.01.2020 à 15h33

            c’est encore plus mieux.

            Civilisation(nom) égalitaire (adjectif) : lol (interjection). La civilisation est l’assise de l’inégalité par un code : la loi (écrite par les puissants), la morale (écrite par les puissant), la religion(écrite par les puissants) afin que l’inégalité semble juste et égale.

            On transforme l’inégalité en fautes individuelles : égalité des chances (comme disait coluche, les riches et les pauvres auront tous le droit de dormir sous les ponts). Pire, même les combats pour l’égalité que l’on voit passer sur toutes les bouches sont des combats qui rabaissent l’individu à être un playmobil interchangeable, un objet.

            On le voit dans tous les combats : les femmes ont moins de retraite (?) plutôt que de l’augmenter, on baisse celle des hommes. Elles ont moins de trimestre à cause des enfants ? plutôt que de leur donner des trimestres on diminue les congés parentaux pour les partager avec les hommes. elles travaillent moins ? pas grave payons des autres femmes à élever leurs enfants pour qu’elles puisent aller s’épanouir caissière dans les lidl.

            Civilisation égalitaire ? plutôt propagande, de mon point de vue. Comment se fait-il à notre petite échelle de 67 millions, avec un PIB de plus de 2 000 milliards (en gros 35 000 €par habitant – bébé compris) on meure encore dans la rue ? que des enfants vivent dans la rue ? égalitaire ? Quand on rêve oui, mais quand on se réveille…

            ps : rapportait est le verbe dans la phrase.

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    • Macarel // 07.01.2020 à 15h00

      Quand je dis une espèce parmi d’autres…

      https://twitter.com/SteveStuWill/status/1206611686188146693

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    • S.T. // 07.01.2020 à 18h07

      L’ego individuel mortel a certes son rôle à jouer dans le jeu de bâtir une société, voire une civilisation.
      Pourtant rares sont les egos individuels qui se rendent compte qu’ils s’inscrivent dans une continuité qui dépasse leur temps de survie en tant qu’entités séparés.

      Les interrogations sur la finitude temporelle de cette entité que nous appelons moi seront vaines et angoissantes si on ne lui fournit les méthodes qui lui permettront de dépasser cette condition de séparation du tout humain et de la Nature.

      Le texte fait référence au Bhouddisme comme donnant une réponse viable aux angoisses de la condition humaine.
      Pourtant pas mal d’autres traditions fournissent des méthodes de dépassement de notre condition mortelle.
      Parmi les plus riches en propositions de transcendance le Taoisme, le Vedanta et le Tantrisme ont le mérite d’une clarté et d’une précision qui manque à des courants phylosophiques plus modernes mais auxquels manque un corps de pratiquants continu dans le temps qui témoignent de la validité méthodologique de leurs mythes et pratiques qui ont des racines millenaires.

      Pour revenir à des traditions plus proches de nos mentalités occidentales je rappelle que dans la mythologie de la Grèce ancienne Hypnos, le sommeil est mi frère de Tanatos, la mort.
      On peut donc à juste titre s’interroger ou est notre moi quand on dort un sommeil sans rêves. C’est une interrogation qui est d’ailleurs commune au Tantra et au Vedanta.

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  • Vincent P. // 07.01.2020 à 15h07

    Vaste sujet pour un com’ ! vous avez 4 heures !..

    La peur de la mort est vraiment un sujet essentiel pour comprendre la touchante bêtise infantile de l’humain.
    Pascal l’a bien traité, lui dont le Pari est mathématiquement juste.
    La confusion entre l’Être et l’Ego est un autre sujet de fond : qui sait vraiment qui il est au delà du personnage social ?
    Qui laisse sa place à du vide pour voir qui et ce qui s’y présente ?

    Enfin, le fond du problème -pour moi- vient de la confusion du cartésianisme et de l’épistémologie qui voudraient que la Conscience soit consécutive à la Matière…
    Je trouve infiniment plus juste de considérer que la Matière est le produit de la Conscience;
    A partir de là, je n’ai plus de doutes sur l’immortalité de l’âme: elle est indivisible de la Conscience dont elle est issue, dont elle est un fragment amnésique, en quelque sorte.
    Je peux ainsi regarder mon enveloppe mortelle, régie par mon Ego qui en assure la sécurité, avec bienveillance, et comprendre que sa mort n’est pas tout à fait la mienne, mais celle de la forme à laquelle je me suis attaché.
    Mourir est donc une formalité permettant à l’information que j’ai collectée en ayant été « moi », de remonter à la source : la Conscience, qui fait l’expérience d’elle-même à travers une infinité de prismes.

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    • Macarel // 07.01.2020 à 16h13

      Il me semble que s’il est une peur justifiée, c’est la peur de la souffrance en ce « bas monde ». Et pas la peur de ne plus exister. Mais il est vrai que l’on accepte « plus facilement » l’idée de pouvoir ne plus exister, lorsque l’on a, comme l’on dit familièrement « fait sa vie », que lorsque l’on a la vie devant soit. Ce qui se résume par : il est dans l’ordre des choses que les vieux partent avant les jeunes.
      En ce sens les soldats, la plupart du temps jeunes, qui sont sur le front en temps de guerre, peuvent avoir légitimement peur de périr sous les balles ennemies. Mais ce n’est pas toujours aussi simple, l’on trouve dans les mouvements de fanatiques des volontaires pour mourir en « martyrs » et qui proclament ne pas avoir peur de la mort.
      Après « l’assassinat ciblé » du général iranien Soleimani, des communiqués vengeurs font état de volontaires à mourir en « martyrs » pour venger la mort du général, lui-même devenu martyr.

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    • catherine // 08.01.2020 à 23h49

      Je pense que vous êtes dans le vrai et il y aurait tellement de choses à rajouter.

      Je peux soutenir qu’aujourd’hui il est permis de dire que les preuves existent que notre conscience, notre vrai être, ne meurt pas. Elle quitte le corps, ce compagnon de route qui nous joue tellement de tours et met notre esprit tellement à l’épreuve. Dieu merci, lorsque notre âme quitte le corps qui n’est alors plus rien, nous nous éveillons de ce rêve terrestre et nous « rentrons à la maison ».

      Einstein disait il y 70 ans :

      « L’expérience humaine est une illusion de la conscience ».

      Les aborigènes appelait ce monde, cette création, « the big dream ».

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  • Macarel // 07.01.2020 à 15h43

    Nous ne possédons intrinsèquement rien. Jusqu’aux atomes et molécules qui nous constituent, que nous empruntons au milieu extérieur pour nous développer et aller jusqu’au bout du processus que nous appelons « la vie » et qui nous fait exister pour un temps fini plus ou moins long. Cette existence va de pair avec une conscience de soi, une conscience individuelle qui nous fais nous exprimer en tant que « je ».
    Ce processus, prend sa source dans la nuit des temps et de l’espace, et pour cela nous ne pouvons l’expliquer.

    En disant cela je n’ai rien inventé, cette intuition est au coeur de la philosophie taoïste chinoise.
    Et les taoïstes vont même plus loin puisqu’ils énoncent :
    « Le tao n’est pas une substance ou un quelconque substrat. Il est « la voie », c’est à dire le processus immatériel qui engendre tout ce qui existe, y compris l’énergie, la matière, la vie et la pensée. »

    Il est vrai que ce n’est pas une approche très compatible avec les valeurs de la civilisation occidentale, la civilisation capitaliste plus précisément (à la quelle les chinois contemporains se sont convertis). Puisque y est sacralisé au dessus de tout le droit de propriété, et que la puissance des pays occidentaux s’est construite sur l’accaparement de biens et de terres, et leur exploitation, au nom de ce « droit de propriété ». L’accumulation capitaliste n’est-elle pas, en fait, une tentative vaine et quasi-pathologique, de conjurer notre caractère mortel et celui de nos civilisations ?

    « Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. »

    Paul VALÉRY, La Crise de l’esprit (1919)

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    • S.T. // 07.01.2020 à 19h00

      Remarquez que la peur de la mort est un réflexe psychologique de l’instinct d’auto-préservation, qui est lui, indispensable à la vie elle-même.

      À ce sujet le livre de science-fiction Les Thanatonautes de Bernard Werber explicite les troubles sociaux que pourraient advenir du manque de l’instinct d’auto-préservation. De même pour les « martyrs » musulmans.

      Le Taoisme n’a pas aucune incompatibilité avec le capitalisme parce qu’il ne se situe pas à un niveau idéologique, désolé. Sauf persécution ciblée, le Taoisme, en tant que courant philosophique, peut faire feu de tout bois.

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      • catherine // 08.01.2020 à 23h58

        Oui la peur de mourir fait partie du programme de survie biologique du corps, sans cela nous serions tous morts depuis longtemps par des attitudes sans précaution.
        En même temps la croyance dans la mort et la peur de celle-ci, sont le fond de commerce de l’ego.
        Dans beaucoup de nos peurs avec les actes qui en découlent, il y a in fine et souvent dans le déni, la peur de mourir.

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        • S.T. // 09.01.2020 à 00h50

          Haa, vaste sujet. Pour faire court, si, si, vous avez raison. Il peut avoir des divergences quant aux méthodes à employer mais toutes les grandes traditions initiatiques s’accordent sur la nécessité de passer par une expérience de mort psychologique pour jouir d’une relation plus intime avec le cosmos. Pourtant, comme dans l’exemple de Sri Aurobindo que je cite plus bas, cela ne nuit pas à une intervention politique, quoique cette-ci, après la « grande transformation » se fasse de façon de plus en plus subtile.
          Pas besoin de trop médire le ego. Quand il sera mûr, la Grande Deésse sous la forme d’une des Mahavydias le cueillera, tout simplement.
          Mais du point de vue personnel, c’est vrai que ce mouvement de renoncement au « moi » ne convient pas ni aux faibles ni aux craintifs.

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    • Serge F. // 07.01.2020 à 21h28

      Nous trouvons dans le Mathnawî de Rûmî une théorie de la physique nucléaire comparable à celle qui avait cours dans les années quarante de notre siècle. Ce qu’il en dit n’a rien à voir avec la philosophie grecque – celle de Démocrite, par exemple – non plus qu’avec la philosophie islamiste. On ne sait comment expliquer cette connaissance et cet intérêt de Rûmî pour l’atome et la force nucléaire, totalement ignorés, non seulement à son époque, mais en des temps ultérieurs. Il parle d’un monde constitué d’atomes qui se meuvent selon un mouvement perpétuel. Un monde immuable et statique est dépourvu de réalité. Ces atomes sont reliés entre eux par une gravitation universelle. Rûmî affirme que l’apparence immobile de ce qui existe n’est qu’une illusion. Reprenant les thèmes d’Héraclite, il compare le monde à une rivière qui semble ne pas se mouvoir, mais dans laquelle l’on ne peut jamais se baigner deux fois dans la même eau.

      On a peine à croire que ce génie pouvait, au XIIIe siècle de notre ère, évoquer la puissance de la force nucléaire déchaînée si on la libère. C’est ainsi qu’il écrit :

      «Il est un soleil caché dans un atome : soudain, cet atome ouvre la bouche. Les cieux et la terre s’effritent en poussière devant ce soleil lorsqu’il surgit de l’embuscade. Comment un esprit comme celui-là peut-il être emprisonné dans un corps ? Ecoute, ô corps, lave-toi les mains de cet esprit ! Ô corps qui es devenu la demeure de l’esprit, c’en est assez : combien de temps le soleil restera-t-il dans un autre ?»

      Djalâl-od-Dîn Rûmî, Le Mathnawî, La Quête de l’Absolu, Editions du Rocher

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      • S.T. // 07.01.2020 à 22h47

        « En nous confrontant à notre sommeil et en nous allongeant dans la « posture du cadavre », yoga-nidrâ nous met également face à notre mort. Il n’y a pas plus de veille sans sommeil que de vie sans mort, et il nous est impossible de comprendre la nature d’un état sans comprendre la nature des autres. Je nais et me réveille en inspirant, je meurs et m’endors en expirant, dans la pause à vide après l’expiration. Ce n’est pas un hasard si dans la mythologie grecque, Hypnos et Thanatos sont frères. Le sommeil peut être considéré comme une préparation à la mort et un moyen de se libérer de la peur qu’elle éveille… »
        -//-
        « Nous aimons dormir profondément, nous recherchons ce sommeil, mais nous restons pourtant prisonniers de la peur de mourir. Mais je peux prendre conscience du fait que cette peur n’apparaît qu’avec l’apparition de la pensée et du sens du « moi », dans les états de veille et de rêve, mais que cette peur disparaît également, quelque soient l’état et le moyen, quand cette pensée se trouve suspendue… »

        In Yoga-Nidra, La Pratique du Sommeil Conscient, Pierre Bonnasse

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  • amipb78 // 07.01.2020 à 18h01

    Une théorie récente, la « théorie de la bêtise » (flat mind), remet cela au goût du jour. Ajoutons à cela que le cerveau n’est pas, a priori, conçu pour imaginer sa propre mort.
    https://www.science-et-vie.com/cerveau-et-intelligence/theorie-de-la-betise-l-intelligence-n-est-qu-une-illusion-50649

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    • Ando // 07.01.2020 à 22h32

      Mort qui n’est en réalité qu’un concept, cad qui ne renvoi à rien de réel. Un corps sans vie est une réalité, la mort n’en est point une. Vivant, je ne puis connaître le contenu de l’état de non-vivant puisque je suis vivant. Non-vivant, je ne puis connaître rien y compris donc la ‘mort’. Personne ne s’émeut de n’avoir pas été avant sa conception.

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  • koui // 07.01.2020 à 18h53

    Moi aussi j’ai eu l’intuition de la mort a la suite d’un accident de voiture qui m’a laissé quelques mois sur un lit a réfléchir à ce genre de choses. On peut dire que ça a été un tournant. Je me suis marié et j’ai eu des enfants 3 ans après. Plus question de remettre a plus tard une activité qui me tenait à coeur. Mais la conscience de la mort m’a quitté petit a petit. Maintenant je suis vieux et les petits problèmes de santé viennent me rappeller que la pente glisse jusque dans un trou.

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  • Serge F. // 07.01.2020 à 21h02

    «Si quelqu’un a l’âme éclairée, la philosophie lui apporte un plus. Mais la philosophie sans la lumière intérieure ne sert à rien et ne fait qu’ajouter de la confusion à sa confusion.» Ostad Elahi, Paroles de vérité

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    • S.T. // 07.01.2020 à 23h35

      Vrai! Mais quelle est l’autorité certificatrice de la présence de la lumière intérieure?

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      • Serge F. // 08.01.2020 à 00h15

        «Celui qui est humain et croyant a le cœur sensible, compatissant et généreux, et il s’attriste du malheur d’autrui, c’est le signe qu’il porte la lumière divine dans son cœur. En revanche, celui qui a le cœur dur, c’est-à-dire qui ne ressent pas de compassion, n’a pas cette lumière dans le cœur. Celui qui a le cœur sensible, généreux et compatissant et qui s’attriste du malheur d’autrui, même si en apparence il ne suit aucune religion, il porte dans son cœur la lumière divine, et inversement…» Ostad Elahi, Paroles de vérité

        A moins d’avoir un véritable guide spirituel, il n’y a pas besoin d’autorité pour certifier la présence de la lumière en nous. C’est quelque chose que l’on ressent à l’intérieur de soi comme un sentiment de bonheur absolu (présence du Royaume de Dieu pour les chrétiens).

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  • Ando // 07.01.2020 à 22h23

    Un authentique sujet existentiel. Un homme réellement rationnel cad doué de raison comprendrait que la seule vérité de son existence est sa disparition inéluctable. Il devrait donc organiser toute sa vie avec cette vérité en permanence à l’esprit. Au demeurant, une attitude qui n’a strictement rien de morbide.

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  • Serge F. // 08.01.2020 à 01h27

    Méditez ces paroles de Milarépa :

    Fleur turquoise
    Inondation de la vallée
    Abondance de soie
    Un joyau de valeur
    Un croissant de lune
    Et le fils aimé
    Sont des comparaisons.
    Jamais personne auparavant n’a chanté des mots aussi détachés
    Personne n’a pu comprendre leur signification sans écouter toute la chanson.

    La peinture dorée se décolore lorsqu’elle est appliquée.
    Ceci montre l’illusion de toute chose.
    Et prouve la mutabilité des choses de la vie.
    Pense et alors tu pratiqueras la loi et la conscience.

    L’inondation ravage la vallée
    Puis devient douce dans la plaine.
    Ceci montre l’illusion de toute chose.
    Et prouve la mutabilité des choses de la vie.
    Pense et alors tu pratiqueras la loi et la conscience.

    Les doux vêtements de soie sont déchirés par le couteau.
    Ceci montre l’illusion de toute chose.
    Et prouve la mutabilité des choses de la vie.
    Pense et alors tu pratiqueras la loi et la conscience.

    Le joyau que tu admires
    Bientôt appartiendra à d’autres
    Ceci montre l’illusion de toute chose.
    Et prouve la mutabilité des choses de la vie.
    Pense et alors tu pratiqueras la loi et la conscience.

    Les pâles rayons de lune disparaissent aussitôt
    Ceci montre l’illusion de toute chose.
    Et prouve la mutabilité des choses de la vie.
    Pense et alors tu pratiqueras la loi et la conscience.

    Un enfant naît puis s’en va pour toujours
    Ceci montre l’illusion de toute chose.
    Et prouve la mutabilité des choses de la vie.
    Pense et alors tu pratiqueras la loi et la conscience.

    Telles sont les six comparaisons que je chante.
    J’espère que tu t’en souviendras et que tu pratiqueras.
    Préoccupation et travail toujours existeront.
    Alors, laisse-les de côté et pratique maintenant la grande conscience.
    Si tu penses que demain est le moment de pratiquer,
    Bientôt tu découvriras que la vie a passé.
    Qui peut dire quand surviendra la mort ?
    Souviens-toi toujours et consacre-toi à la pratique.

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  • Didier29 // 08.01.2020 à 19h19

    -Toutes les civilisations qui ont banalisées l’idée de mort ont toujours apportées l’horreur-

    La mort est ce que je ne peux pas vivre. A moins que de mettre au terme de la vie la mort, ce qui est un non sens.
    -L’horizon d’un côté ou de l’autre se trouve toujours à la même distance et à chaque instant, même en me déplaçant, je me trouve en ce centre tout en sachant que le temps varie selon les lieux. Ainsi, le temps sais tant.
    Nous sommes l’eau de là des autres, sortis de cet immense liquide amniotique où la mer est un repère.
    En parlant du possible, il serait intéressant d’avoir le point de vue d’une Hydre ou d’une Salamandre.
    J’abrège, quinze pages, dix mille pages ne suffiront pas à vous servir.
    Ais-je bien écrit? Ce que je sais c’est que toute mort est un meurtre.
    Comment faire un tri???

    Ne me dites pas que la mort c’est la vie!!

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    • Wakizashi // 09.01.2020 à 06h40

      « Ne me dites pas que la mort c’est la vie!! »

      La mort n’est pas la vie, mais la mort fait partie de la vie. L’opposé de la mort n’est pas la vie ; c’est la naissance. La mort est un mystère, presque tout le monde l’accepte ici, mais quid de la vie ? N’est-elle pas LE mystère ultime, celui qui est tellement sous notre nez en permanence que nous ne le voyons même plus ? On parle de « formes de vie », les formes on voit bien ce que c’est, mais quel est ce courant qui les traverse et que l’on nomme « vie » ?

      Quand nous disons « Je », nous pensons à une image mentale que nous avons de nous-mêmes, constituée de mille et une pensée, mais toutes ces images peuvent être considérées comme une illusion. Le « Je » ne serait-il pas la vie en fait ? Deux mots pour désigner une même indicible réalité. Auquel nous pouvons ajouter le mot « conscience », qui elle ne peut être qualifiée d’illusion, car si tout ce que nous percevons, pensons et croyons peut être remis en question, la conscience qui permet ces perceptions ne peut pas ne pas exister. Tout ce qui existe est la conscience, la vie ; le reste est transitoire, relatif, pour ne pas dire illusoire.

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  • Betty // 08.01.2020 à 22h19

    Le « Nous » ici employé va un peu vite en besogne… Ce « Nous » sous tendrait que chaque individu vit dans une sorte d’ignorance, de déni ou de rejet de cet événement que nous pouvons appréhender, parce que nous y sommes confrontés de mille et unes manières, pour un « autre »: La mort. Seulement étant chacun différents, comme il est dit dans le texte, différentes sont nos perceptions. Finalement la seule certitude que Nous ayons (sauf si les contributeurs financiers à la quête de l’immortalité décrochent le Graal) est que nous allons mourir physiquement un jour… La question serait, comment sommes nous au Monde dés lors que nous l’avons conscientisé… Choisirons nous le fatalisme ou la lutte?…

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    • S.T. // 08.01.2020 à 23h45

      Betty pose une question intéressante. Si je comprends correctement sa pensée, que ferons-nous quand on aura pris conscience qu’on ira mourir un jour?

      Béee, bon, pour commencer cela dépend de la profondeur de la « prise de conscience ». Si on reste dans un domaine conceptuel on n’ira pas loin. Pourtant, si on sera capable de faire face à la mort psychologiquement tout en restant en vie biologiquement on peut atteindre un état de conscience ou la clarté de l’esprit peut éclairer de façon significative l’action politique. En Inde deux politiciens du XXème siècle en sont un exemple intéressant.
      L’un est l’archi connu Mahatma Gandhi, qui malgré la bonté de ses propos n’est pas passé par une transformation radicale de la conscience.
      L’autre est Aurobindo Ghose, qui a une histoire moins connue mais beaucoup plus intéressante que celle de Gandhi. Sri Aurobindo a lutté intensément contre le colonialisme anglais en Inde, ayant même passé quelque temps en prison pour implication en activités conspiratives et revolutionaires. Mais à contrario de Gandhi, qui a conseillé les juifs à faire usage de la non violence vis-à-vis d’Hitler, Aurobindo a clairement dit que Hitler représentait des forces asuriques (démoniaques) et qu’il faudrait le combattre à la bombe.
      Donc je dirais que la vraie transcendance de la mort en vie confère une accrue lucidité.
      Sur les différences entre Aurobindo et Gandhi:
      https://www.dailypioneer.com/2017/state-editions/aurobindo-could-foresee-the-mess-free-india-would-face.html

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    • Wakizashi // 09.01.2020 à 09h39

      « Choisirons nous le fatalisme ou la lutte?… »

      Le choix n’est pas forcément binaire ; d’ailleurs il y a confusion entre deux plans différents, le temporel et le spirituel. Le spirituel vise à ce que l’on pourrait appeler l’élévation de la conscience, à retrouver l’Être derrière le penseur compulsif. C’est un état de présence à ce qui est, de paix et de plénitude, l’authentique sagesse où tout est honoré mais rien n’a d’importance.

      Dans cet état, ou sur le chemin vers cet état, c’est plutôt une totale acceptation de ce qui est qui est de mise. Ce n’est pas du fatalisme, et rien n’interdit de poser des gestes, d’agir dans le monde, mais nous avons cessé de croire que notre bien-être est conditionné au résultat de notre geste, de notre action. Le bien-être est déjà là, il émane de l’intérieur et non pas de nos croyances à propos des situations, ce qui engendre au passage des gestes spontanés et beaucoup plus efficaces. C’est pour la joie que nous agissons !

      Il semble improbable d’engendrer un monde meilleur à partir d’un état de conscience fait de colère, de ressentiment et de négativité. Changer le monde pourquoi pas, mais comme disait l’autre, pour cela c’est soi-même que l’on doit changer. Ceux qui attendent de vivre dans une société idéale pour se décider à être heureux risquent fort d’attendre longtemps…

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  • Renaud // 08.01.2020 à 23h55

    La mort fait partie de la vie. L’inverse est hautement improbable. Sans quoi il y aurait belle lurette qu’il n’y aurait « déjà » plus rien et même personne pour dire qu’il n’y a plus rien…
    Effectivement, l’espace et le temp qui nous file entre les doigts est une situation qui peut nous effrayer, au moins affrayer notre égo. Mais si la mort n’est qu’un phénomène de la Vie, alors l’espace et le temps ne sont pas la « totalité » de notre existence. Il me vient à l’esprit le T’aï-Ki (le Faîte suprême) un cercle en lequel s’enlacent le Yin et la Yang du Tao. À l’intérieur du cercle du Tao, le symbole Yin-Yang est asymétrique. Il n’est pas superposable à son image dans le miroir, mais bien que le Yin et le Yang soient asymétriques, ils sont tous les deux de même sens. Ceci signifierait que les entrelacs de la Vie comportent des zones obscures et claires dont le mouvement témoigne de la Vie qui d’ailleurs nous dépasse.

    C’est aussi le message chrétien où le moment de la Nativité, au plus profond de la nuit, côtoie le solstice d’hiver, Sol Invictus, début de la croissance de la lumière solaire, symbole de Dieu.
    *
    Mais aussi, Stéphane Lupasco (1900-1988) qui fut directeur de recherches au CNRS, épistémologue et chercheur scientifique a son mot à dire sur le présent sujet :

    https://www.revue3emillenaire.com/blog/la-logique-de-lenergie-entretien-avec-stephane-lupasco/

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  • Grd-mère Michelle // 10.01.2020 à 21h10

    Un peu étonnée que l’auteur de l’article se focalise sur la question de la mort et de la « finitude »…
    Le texte de Tolstoi(présenté comme un « conte » dans un recueil qui en contient bien d’autres tout aussi édifiants, trouvé aux Puces quand j’avais 30ans) présente un homme riche, égoïste et ambitieux qui se découvre un jour une petite excroissance sur le genou. Cette « anomalie » lui inspire une profonde angoisse(qui le conduira d’ailleurs rapidement à une maladie qui l’emportera, assez semblable au « cancer généralisé » moderne), mais surtout une réflexion sur l’inanité de sa vie essentiellement passée à s’enrichir, sur la question du CHOIX D’ÊTRE OU D’AVOIR.
    À l’heure de la sur-production et de la sur-consommation, du règne du profit, cette dernière question me semble essentielle dans la construction philosophique des générations à venir.
    À conseiller, donc, la lecture de ce conte de Tolstoi qui, en plus, est un vrai plaisir car il ménage le supens avec habileté et un certain humour.
    ps: à noter qu’en russe, on ne dit pas « j’ai… », mais bien « Y minia est… », c-a-d « il est chez moi… »

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