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18.août.202018.8.2020 // Les Crises

Qui sont les vrais amis du Liban ?

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Source : UnHerd, James Barr
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

Alors que le gouvernement corrompu s’effondre, d’autres factions sont prêtes à exploiter la situation

À Beyrouth, le peuple se lasse de ses politiciens corrompus. Crédit : Daniel Carde/Getty

James Barr est historien, spécialiste du Moyen-Orient, il est l’auteur de Lords of the Desert et A Line In The Sand. 11 août 2020

Imaginez que Boris Johnson ait visité une ancienne colonie britannique encore pantelante après une terrible et humiliante catastrophe, et qu’il ait dit à ses habitants qu’il donnait à leur gouvernement trois semaines pour faire le ménage, sinon ça irait mal. C’est précisément ce que le président français a fait à Beyrouth jeudi dernier. Son intervention a effectivement garanti la chute du gouvernement libanais la nuit dernière.

La comparaison est malheureusement abstraite, car il n’existe aucune ancienne colonie britannique qui ressemble de près ou de loin au Liban. Le lien que la Grande-Bretagne a avec Malte, Chypre ou Israël n’a rien à voir avec ce que beaucoup de Français ressentent vis-à-vis du Liban, un pays qu’ils ont brièvement gouverné entre 1919 et 1946, mais avec lequel ils partagent une histoire qui remonte aux croisades. Les Ottomans ont reconnu l’intérêt durable de la France pour la région au XVIème siècle : c’est en tant que protecteur des chrétiens de la région que les Français sont venus en aide aux chrétiens maronites lors des massacres de 1860. Les nombreuses institutions religieuses françaises de la région géraient des écoles, qui étaient extrêmement populaires auprès des ambitieux habitants du coin. À Baalbek, le site ancien le plus célèbre du pays, on trouve de vieux graffitis à la craie réalisés par des Libanais disparus depuis longtemps. Les noms sont arabes, l’écriture typiquement française.

Lorsque j’ai vu les images de Macron assailli par des Beyrouthins aux abois, d’instinct j’ai supposé qu’une logique stratégique astucieuse sous-tendait son geste. Depuis l’échec de l’accord nucléaire iranien, le président français tente de positionner son pays comme l’intermédiaire évident de l’Iran. Je me suis d’abord demandé si cela expliquait sa décision apparemment réfléchie d’intervenir, étant donné que le Hezbollah, la plus forte force politique au Liban, pourrait constituer un autre canal vers Téhéran.

La réalité est plus simple. Macron s’intéresse vraiment au Liban – il s’y est rendu pendant sa campagne présidentielle en 2017 et je sais qu’il a aimé lire au moins un livre sur l’histoire récente de la région l’été dernier (c’était le mien). Lorsque Macron s’est rendu à Beyrouth, alors qu’il voulait être élu, l’ambassadeur français de l’époque était Emmanuel Bonne. Débonnaire, réfléchi et belliciste, Bonne est aujourd’hui conseiller principal en matière de politique étrangère à l’Elysée. La confiance de Macron tient en partie au fait que son conseiller diplomatique aura dans les contacts de son téléphone les numéros de toutes les personnes clés au Liban.

La volonté de Macron de se servir de l’histoire qu’il connaît comme d’une arme est apparue très clairement lors de son passage à Gemmayzeh, une zone qui était l’épicentre social de la ville jusqu’à ce qu’elle soit détruite par l’explosion de la semaine dernière, et où aucun membre du gouvernement libanais n’oserait s’aventurer actuellement, tant la colère est grande. C’est là que l’après midi même, il a déclaré (en français) qu’il proposerait un nouveau « pacte politique » aux membres de l’élite politique du pays, précisant qu’il reviendrait le 1er septembre.

La date et le mot « pacte » ont un énorme impact symbolique qui aura échappé à la plupart des gens. Le 1er septembre 2020 marquera le centenaire de la création par la France de ce Grand Liban en tant qu’état distinct de la Syrie, qu’elle avait été mandatée pour gouverner par la Société des Nations six mois plus tôt. Le nouvel État réunissait le Mont-Liban, qui était (et est) à prédominance chrétienne et druze, et les zones côtières et intérieures limitrophes où la plupart des habitants sont sunnites ou chiites. Sa proclamation a été faite par le premier haut-commissaire de la France au Liban sur les marches de sa résidence officielle, la Résidence des Pins : c’était un os jeté très publiquement aux chrétiens dont le pouvoir français allait dépendre.

Les hauts-commissaires français successifs ont gouverné le Levant depuis la Résidence pendant le quart de siècle suivant et les Français n’ont pas vu la nécessité d’abandonner ce bien immobilier, même après l’indépendance du Liban. Aujourd’hui, elle est la résidence de l’ambassadeur de France et c’est l’endroit même d’où, la semaine dernière, Macron a sommé les politiques libanais de parler de l’avenir.

Cinq ans après la création du Grand Liban par le haut-commissaire français, une révolte contre la domination française a éclaté en Syrie, le pays voisin. En 1926, pour tenter d’empêcher la pourriture de pénétrer leur tête de pont, les Français accordent au Liban une constitution calquée sur leur propre modèle. Celle-ci donne à chacun des principaux groupes religieux un des postes les plus élevés : le président serait chrétien, son premier ministre sunnite et le président du parlement serait lui chiite. Cette mesure, ainsi que l’attribution des sièges au parlement, institutionnalise la domination chrétienne. Le pouvoir reste alors entre les mains du haut-commissaire français.

La raison pour laquelle l’utilisation délibérée du mot « pacte » par Macron aura une telle résonance est due aux événements qui se sont produits deux décennies plus tard, pendant la Seconde Guerre mondiale. En 1943, suite à une pression britannique importante, les Français ont été contraints d’organiser des élections au Liban, qui ont abouti à un triomphe nationaliste et à une indépendance de facto. Le « pacte national » conclu par le nouveau président et son premier ministre par la suite a confirmé les accords confessionnels de 1926. L’accord prévoyait que les chrétiens ne chercheraient plus à obtenir le soutien de l’Occident ; les sunnites ont renoncé à leur rêve de réunification du Liban avec la Syrie. Lorsque les deux parties ont abandonné l’accord à la fin des années 1950, le résultat a été une courte guerre civile. Ce que Macron propose, c’est qu’un nouveau gouvernement ré-ouvre, ré-écrive puis renégocie ce pacte à temps pour le centenaire le mois prochain. Étant donné le nombre de mois qu’il a fallu pour former la dernière administration, il s’agit d’exigences bien difficiles.

En temps normal, une telle ingérence désinvolte dans la politique intérieure par le chef d’État d’un autre pays serait incroyable, mais le Liban est dans une situation désespérée. S’ajoutant aux grèves, aux coupures de courant et à une crise bancaire, l’explosion est un symptôme de l’effondrement de cet état pourri. Il est à noter qu’elle a dévasté la vie des Beyrouthins aisés qui ont jusqu’à présent réussi à se préserver des autres aspects de la crise. Une amie à laquelle je me fie comme étant un baromètre de l’humeur de la ville a dit « vivre comme un animal » – dans le sens de ne pas vraiment comprendre ce qui se passe autour de soi. Ce qu’elle voulait surtout savoir, c’était si l’Occident était prêt à aider.

Anthony Elghossain, qui est en train d’écrire un livre sur la politique occidentale au Levant depuis les années 1950, et dont l’appartement dans la ville a été détruit par l’explosion, pense que l’Occident doit veiller à ce que le soutien qu’il offre finalement ne se limite pas à enraciner l’oligarchie responsable du chaos. Selon lui, « les amis du Liban et de sa diaspora doivent se reposer sur des fonds venant de la population (crowdsourcing) et explorer d’autres moyens de travailler par le biais d’organisations internationales et nationales pour aider le Liban à se reconstruire ». Cette tâche est urgente car les différentes factions tentent déjà clairement d’exploiter la situation : le week-end dernier, des médicaments donnés par le Koweït auraient déjà été mis en vente dans des pharmacies de Beyrouth.

Le Liban a longtemps compté sur ses amis étrangers, mais le ton de Macron la semaine dernière indique que la patience de l’un de ses plus grands soutiens est maintenant à bout. Elghossain espère que ses compatriotes vont enfin admettre qu’il existe une corrélation directe entre la force du Hezbollah et la réticence croissante du monde extérieur à lui venir en aide. « Tous les partis politiques libanais sont passivement complices et activement criminels », dit-il. « Tous sont problématiques, mais certains le sont plus que d’autres. Le Hezbollah est le parti le plus puissant ; c’est aussi le parti le plus problématique sur le plan international ».

S’attaquer au Hezbollah est plus facile à dire qu’à faire. Cette organisation terroriste particulièrement dangereuse sert de déambulateur au […] président Michel Aoun, et son existence convient à de nombreux autres membres de l’élite égoïste du pays, ne serait-ce que pour obtenir le soutien des gens par la peur. Le Liban est pris dans un cercle vicieux : sa politique corrompue a provoqué une crise telle qu’on pense aujourd’hui que les trois quarts des Libanais vivent dans la pauvreté. Dans une telle situation, le clientélisme et la protection offerts par leurs politiciens ont un impact durable, même si celui-ci est affaibli. En outre, d’autres États arabes feront tout leur possible pour éviter que le gouvernement libanais ne soit éjecté par une révolution populaire, qui pourrait donner des idées à leurs propres citoyens.

La détermination de Macron à réunir une coalition internationale a un précédent. En 1861, à la suite des massacres sectaires de l’année précédente, les Ottomans ont accordé aux Maronites chrétiens une certaine autonomie. Pour rassurer les Maronites, le Règlement Organique – comme on l’appelait à tort, car il était le résultat d’une intense pression occidentale – était garanti par les cinq puissances européennes : Grande-Bretagne, France, Autriche, Russie et Prusse. Macron pense-t-il à quelque chose de ce genre pour briser le cycle de destruction dans lequel se trouve le Liban ?

Quelles sont les chances de réussite ? Il ne fait aucun doute que de nombreux Libanais souhaitent ardemment un changement profond. Macron a reçu un accueil tumultueux. Mais les zones les plus touchées, où il a effectué sa promenade la semaine dernière, se trouvent dans l’est chrétien de la ville, où il peut s’attendre à beaucoup de bienveillance. La grande question est de savoir comment le Hezbollah – dont les représentants ont assisté aux discussions de la semaine dernière – va réagir à la plus grande menace qui pèse sur le pouvoir qu’il a accumulé depuis qu’il a combattu les Israéliens en 2006. « Toutes les ressources du Hezbollah sont à la disposition de l’État libanais », a déclaré de façon révélatrice son chef, Hassan Nasrallah, dans un discours défensif vendredi dernier, dans lequel il a accusé d’autres de rejeter, de façon réflexe, la responsabilité de la catastrophe sur le groupe qui contrôle le port. Son ton suggère qu’il sait être vulnérable.

Comme le montre le pacte de 1943, les politiciens libanais ont toujours dû composer avec un faible niveau de confiance entre les personnes qu’ils sont censés représenter. Cela ne marche plus. Mais si on secoue tout ça trop fort, le danger de voir le pays tout entier exploser est bien réel.

Source : UnHerd, James Barr

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27 réactions et commentaires

  • LibEgaFra // 18.08.2020 à 07h15

    « Qui sont les vrais amis du Liban ? »

    Israel, USA, France, UK, Allemagne.

    J’ai tout bon, là?

    Pour rappel, le Liban figure dans la liste des sept pays à ruiner, sinon à détruire mentionnés par Wesley Clark.

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    • LeBarjack // 18.08.2020 à 09h34

      Bonjour,

      J’ai l’impression que la dernière phrase est trompeuse de par sa tournure. Au début, j’avais compris que c’était Clarke qui souhaitait (à la manière d’un Bolton :p ) envahir des pays.

      Dans la notice wikipedia (à prendre, bien entendu, avec les pincettes qui s’imposent), je comprends que W. Clarke a rapporté une conversation qu’il aurait eu avec un membre du pentagone au sortir du 11 septembre 2001. Cette officier lui aurait expliqué que l’invasion de 7 pays du proche et moyen-orient sur les 5 prochaines années était en discussion.

      https://en.wikipedia.org/wiki/Wesley_Clark#Book_on_modern_wars

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    • marc // 18.08.2020 à 12h25

      effectivement, le liban est détruit de manière progressive et systématique depuis longtemps…
      rien que le fait qu’il y ait plus de 1,5 millions de réfugiés syriens pour 5,5 millions d’habitants…

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  • calal // 18.08.2020 à 09h00

    « Débonnaire, réfléchi et belliciste, Bonne est aujourd’hui conseiller principal en matière de politique étrangère à l’Elysée. »

    debonnaire: Bienveillant, complaisant, parfois jusqu’à l’excès.
    Synonymes : accommodant, clément, doux, bon, bienveillant, coulant

    Belliciste : Qui incite à la guerre, au conflit.

    Les deux qualificatifs ne me semblent pas aller ensemble. A moins que ce ne soit ce melange qui permette a quelqu’un d’etre « fort avec les faibles,faible avec les forts »…

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  • Madani // 18.08.2020 à 09h35

    Comme commentaire, cet article, en dehors de la partie historique, est indigent.
    Voici un article paru deux mois avant le drame qui a meurtri Beyrouth, qui analyse avec plus de pertinence les enjeux stratégiques ( en géopolitique :parler du Liban sans parler du Moyen-Orient, est impossible):
    https://tribune-diplomatique-internationale.com/liban-laxe-de-la-resistance-veille-sur-le-pays-du-cedre/

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    • Urko // 18.08.2020 à 10h38

      Justement, l’article dit en filigrane que le Liban et sa population existent en soi aussi ; il paraît bien joli de n’y voir qu’un enjeu stratégique pour la région (car c’en est un) mais les Libanais aspirent aussi à vivre décemment et il faut aussi veiller à eux, et pas seulement à les traiter en paillasson de toutes les puissances, Hezbollah inclus, qui prétendent avoir un rôle ou des intérêts là bas. En l’occurrence, il reviendrait aux dirigeants libanais de remplir cette fonction de privilégier leurs concitoyens mais ils ne le font pas, ayant d’autres objectifs, liés à ceux desdites puissances et à l’oligarchie qui soit en tire profit soit s’en accommode. Manu semble vouloir que la France reprenne cette responsabilité de s’occuper des Libanais pour eux mêmes et pas comme variables d’ajustement d’Israel, de l’Iran, de la Syrie, de la Turquie, des états unis etc. Pour ma part, je crois qu’il y a surtout des coups à prendre et peu à gagner, même aux yeux des dirigeants iraniens, pas encore si inquiets pour le Hezbollah, bien ancré..

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  • Himalove // 18.08.2020 à 10h18

    L’intérêt de Macron pour le Liban est simple : de nombreux donateurs pour sa campagne électorale viennent de ce pays. La plupart des banquiers qui sont partis avec la caisse… Mais les libanais ne sont pas dupes. Ils ont remarqué que les grenades lacrymogènes qu’ils ont reçu abondamment sur la tête après la visite du président français venaient de France, d’une entreprise notamment, « Nobelsport » à qui une association a écrit leur demandant une explication. En effet, les caisses de l’Etat étant vides, ils se demandent avec quel argent ces armes de maintien de l’ordre ont été achetées ?

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  • Amourdésamour // 18.08.2020 à 10h20

    « sénile président Michel Aoun » Lui reproche t-on de considérer le Hezbollah qui représente un tiers des libanais ? Ne serait t-il pas plus juste, au lieu de présupposer de sa sénilité – ce qui ne peut qu’aggraver les tensions entre les communautés – rappeler sa stratégie rassembleuse envers les libanais lors de son élection. En effet, bien avant l’élection de Michel Aoun, la République libanaise traversait déjà – en plus des conflits Israélo-libanais ou syrien – des crises 2008, 2014-2016. Michel Touma Les Cahiers de l’Orient apporte un angle différent pas toujours abordé : << "Le fonctionnement du Liban est confessionnel" "le confessionnalisme politique peut t-il être aboli" ?

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  • Örjan Appelqvist // 18.08.2020 à 10h33

    Comment parler du Liban sans prendre en compte étranglement en cours contre la Syrie comme facteur essentiel de la crise économique et politique au Liban. Pour toute connaissance de l’histoire libanaise – une myopie aberrante!

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  • RGT // 18.08.2020 à 11h23

    Le Liban…
    Comme tous les pays de la région (en dehors d’Israël, et encore, à condition d’être de la « bonne confession » dans cette théocratie), si la « communauté internationale » pouvait foutre la paix à ces populations sans intervenir par la force et la corruption les problèmes pourraient être réglés par les populations qui préfèrent largement la paix (même au prix de quelques concessions vis à vis des autres communautés) plutôt que des guerres « civiles » incessantes téléguidées depuis l’extérieur.

    Hélas, d’autres nations décident à la place des populations pour respecter un agenda géopolitique mortel pour les autochtones.

    Et si les populations réclament de l’aide pour remettre en état leur pays, ce n’est pas simplement pour des raisons « humanitaires » mais plutôt en COMPENSATION des désastres commis par les puissances étrangères qui se « taillent la bourre » pour prendre le contrôle de ces pays.

    Qui sont les VÉRITABLES responsables de l’état actuel du Liban ?
    Ne cherchez pas trop, leur « voisin bienveillant du sud », les « islamistes modérés salafistes », la « nation la plus exemplaire de l’Univers tout entier » et bien sûr « L’ancien Protecteur débonnaire »…
    Les iraniens, avec le Hezbollah n’interviennent que plus tard et dans une attitude défensive des populations qui se autrement feraient laminer par les autres groupes d’influence.

    Qu’on leur foute la paix une bonne fois pour toutes.

    Imaginez un seul instant ce qu’il adviendrait si un pays de la « communauté internationale » subissait un tel traitement de la part de pays étrangers…

    Juste les USA, par exemple, qui est déjà « naturellement » en permanence au bord de conflits inter-ethniques… Si un état étranger venait simplement souffler sur les braises ce pays s’enflammerait comme un fétu de paille.

    Et je ne parle même pas d’importer des mercenaires de l’étranger ou de subventionner massivement des milices locales qui pourraient se combattre sans merci.

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    • Urko // 18.08.2020 à 13h14

      Vous vous égarez je pense : la jolie histoire selon laquelle les très gentils Libanais seraient les petites choses souffrantes de leurs très méchants dirigeants paraît bien mignonne, mais la société libanaise a aussi quelques motifs à s’interroger sur ses propres travers qui ne comptent pas pour rien dans la déliquescence de l’état. Les dirigeants libanais ne sortent pas d’un OVNI, ils proviennent de cette société, et y puisent racines, soutiens, habitudes, notamment le clientélisme à base clanique. Ce qui tient le Liban, comme la Syrie, reste souvent la terreur que les minorités chiites, chrétiennes, voire Arméniennes (et anciennement juives) éprouvent devant la menace d’une éventuelle domination de sunnites qu’ils supposent enclins à les martyriser : cela induit des réflexes pas toujours propices au maintien d’états démocratiques bien assis.

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      • Alfred // 18.08.2020 à 14h10

        Suppositions et inclinations tout à fait farfelues bien entendu… Il n’est pas difficile d’avoir là bas la mémoire plus longue qu’ici vu ce qu’on y a subi. Vous esxcuserez les dites minorités d’avoir cette mémoire vivante.

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        • Urko // 18.08.2020 à 14h32

          Mon post ne juge pas de la justesse ni de la moralité de ces inclinations, mais de leurs conséquences : un état fragile parce que miné par des logiques, disons, claniques qui imprègnent toute la société libanaise, et pas seulement les dirigeants dudit état, lesquels ont le dos bien large dans cette affaire. Je sais qu’il s’avère bien commode de pouvoir désigner des boucs émissaires à la vindicte, surtout quand lesdits boucs émissaires n’ont rien d’agneaux innocents, justement, mais il ne faut pas abuser. C’est dans les films américains que les méchants ont, ça tombe bien, des têtes de méchants, mais dans le cas du Liban, tout paraît tout de même un peu plus compliqué. Et vous qui semblez connaître la réalité locale, vous admettrez bien que les problèmes ne procèdent pas tous du rusé Aoun et de ses semblables d’autres confessions. Hélas d’ailleurs, car la solution viendrait alors d’elle même. Je crains que la révolte actuelle ne débouche sur une impasse si le diagnostic demeure aussi réducteur et simpliste.

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          • RGT // 22.08.2020 à 10h39

            Logique clanique largement initiée par « le grand frère » qui imposa à ce pays « pour des raisons humanitaires » une con-stitution débile et a-démocratique ne tenant pas compte des souhaits de ce peuple (président obligatoirement chrétien, 1er sinistre sunnite etc…).

            Ensuite, « mécénat » envers les « élites » pour que ces « élites » préservent les intérêts de leur « généreux donateurs »…
            Comme chaque clan bénéficie d’un statut garanti par sa « confession » (dont les « élites » se foutent, tout ce qui compte c’est leurs revenus et leur pouvoir) on se retrouve avec des milices qui viennent gentiment massacrer les autres communautés pour asseoir les luttes de palais.

            Ces problèmes sont largement moins marqués en Syrie (quand les voisins ne s’en mêlent pas : Frères musulmans et salafistes en particulier).

            Avant que les occidentaux ne viennent initier ce bordel dans les années 70 les communautés vivaient sans se taper sur la gueule.

            On a tendance à oublier que le Liban était un pays stable et que ses banques en pleine expansion attiraient de nombreux clients qui cherchaient une alternative aux paradis fiscaux occidentaux.

            Cherchez qui a principalement profité de l’explosion des conflits au Liban… Pas besoin de chercher loin : Suisse, Luxembourg, Liechtenstein, îles anglo-normandes etc…

            Tous les moyens sont bons pour « exploser » un nouveau concurrent en pleine ascension.

            Faites des recherches (ce sera fastidieux mais instructif) et vous verrez que les causes du désastre actuel de ce pays ne sont pas le fait de sa population qui avait intérêt à ce que la paix locale persiste.

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  • Jeremia // 18.08.2020 à 11h28

    Le Liban est le parfait exemple d’une partition coloniale « réussie », du point de vue du pays colonisateur. On crée un pays artificiel avec une multitude de nationalités et religions différentes et on se pose en parrain de l’équilibre dans un pays près à exploser à tout moment.
    En plus petit c’est aussi ce qui a été fait à l’éclatement de la Yougoslavie. Une Bosnie multiethnique imposée à ses différentes composantes (et surtout soutenue par la partie musulmane qui sans cela n’aurait pratiquement aucun territoire), alors qu’ailleurs c’est la partition territoriale de la Yougoslavie qui a été favorisée par les pays occidentaux. Et bien sûr cet Etat bosnien a été mise sous la tutelle d’un « Haut Représentant » de l’UE, non élu, qui tranche en cas de désaccord.

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    • Alfred // 18.08.2020 à 14h14

      C’est faux. C’est l’évolution démographique qui a fait que le Liban vous fait penser à l’ex Yougoslavie. Au moment de sa création c’était une entité majoritairement chrétienne et le prétexte affiché (la protection des chrétiens) était facilement crédible.

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  • Myrkur34 // 18.08.2020 à 12h55

    Même un roman de John le Carré apparaît simple par rapport à la situation libanaise et les non-dits derrière chaque réaction, position locale ou étrangère.

    Quand on entend tous les témoignages des jeunes de 18 à 25 ans qui expliquent que tout est bloqué par la corruption, le népotisme et les prébendes. Les forces de police sortent juste pour réprimer les manifestations et pas pour aider le peuple des conséquences de l’explosion.
    C’est devenu kafkaïen. La vie ou les souffrances humaines n’ont plus une quelconque signification pour les dirigeants de ce pays. Du moment qu’ils peuvent continuer à mener la grande vie et à péter dans la soie. Ces dirigeants pillent consciencieusement leur pays comme Ben Ali, Loukachenko la nomenklatura algérienne, et tant d’autres…. De toute façon, ce n’est pas bien grave pour eux, ils ont tellement d’argent sale planqué à l’étranger dans les paradis fiscaux qu’ils pourront partir en jet privé au moment de l’hallali final de leur pays respectif.

    On est au 21 ième siècle, et à part la prédation et la domination brutale ou plus ou moins policée, rien ne change !!

    Les libanais (plus ou moins jeunes) qui le peuvent, feront comme les palestiniens des territoires occupés, ils partiront ailleurs car l’espoir dans un avenir même banal, a disparu de ces lieux.

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  • 78 ans // 18.08.2020 à 12h56

    « Qui sont les vrais amis du Liban ? »

    Surtout pas ceux qui aujourd’hui se précipitent, prétendant, trop haut et fort, en être…

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  • Tzevtkoff // 18.08.2020 à 13h36

    Le mal gagnera toujours car la plus grande menace de cette planète est innommable. Heureusement elle finira par disparaître un jour et rien que d’y penser, ça me donne du baume au cœur.

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  • serge // 18.08.2020 à 17h02

    Vu que les seuls navires qui actuellement sont sur place ou y vont sont des navires de guerre, là où on attend plutôt des livraisons de nourriture, matériel médical et divers pompiers/infirmiers, on peut penser que le Liban n’a strictement aucun ami, juste de futurs occupants comme au bon vieux temps. Même ses dirigeants et ses « cadres sup » se sont tirés avec la caisse. Alors, RIP.

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  • Tincré // 18.08.2020 à 17h06

    Article intéressant sur les enjeux avec l’Etat français en première ligne. L’analyse est pertinente.

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  • Rami D. // 18.08.2020 à 18h28

    En temps que Libanais.

    Vous êtes au courant que votre Hezbollah chéri a défendu l’occupation militaire de mon pays par la Syrie entre 1990 et 2006 ? Car l’Iran est un allié de la Syrie ?

    Ou comme beaucoup de francais, vous vous en battez les c car vous voyez tout via seulement le prisme « Israel » ?

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  • Philou // 18.08.2020 à 19h50

    Pour un « spécialiste » de la région, je ne vois chez ce James Barr que rancoeur anglo-saxonne, fiel et présupposés biaisés… et pourtant, je suis un farouche opposant à Micron, estimant que – pervers narcissique – il n’est allé là-bas que pour poser, façon BHL mâtiné de bankster fourrier de la Troïka… dès la 1ère phrase, Barr n’a plus aucune crédibilité : « Imaginez que Boris Johnson ait visité une ancienne colonie britannique encore pantelante après une terrible et humiliante catastrophe, et qu’il ait dit à ses habitants qu’il donnait à leur gouvernement trois semaines pour faire le ménage, sinon ça irait mal. »
    Qui va renvoyer à ce « spécialiste » moral et discoureur, ce pastiche d’évidence ? … »Imaginez que Tony Blair ait autorisé et co-dirigé une guerre d’agression illégale et monstrueuse en terme de pertes contre une ancienne colonie britannique (Irak) encore pantelante après une terrible et humiliante catastrophe (1ère guerre du Golfe et sanctions génocidaires exigées et maintenues par les seuls GB-USA), et qu’il ait dit à ses habitants qu’il ne donnait aucun délai à leur gouvernement (Saddam Hussein) pour partir, et que – de toute façon – ça allait faire très mal au nom de leur libération et des droits de l’homme : plus d’un million d’Irakiens assassinés en 17 ans, des millions de réfugiés, un pays partitionné et détruit d’où est partie la souche terroriste la plus virulente à ce jour : Daesh !
    Ce genre de « spécialiste » n’a vraiment littéralement aucune conscience !
    (quant au Hezbollah, oui, c’est un bloc très problématique maintenant, mais c’est aussi l’organisation qui tient Israël et les USA en lisière et a protégé le Liban de leur volonté de destruction)

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  • Hiro Masamune // 18.08.2020 à 21h17

    Il plane sur ce texte une espèce de justification par la symbolique et l’histoire qui laisse un drôle de gout. Qui a intérêt à aider (oupas) le Liban ? C’est un jeu dangereux avec des gains bien incertains… Pour un résultat final qui a toutes les chances de ne faire que déplacer le problème…

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  • koui // 19.08.2020 à 11h30

    Le systéme clientéliste confessionnel corrompu est au bout du rouleau. Le probléme est que tout le monde est habitué à fonctionner avec. D’ailleurs, il n’y a quasiment pas de formations politiques non confessionnelles à part le PSNS et le parti communiste. Les circonscriptions éléctorales elles mêmes sont taillées pour le confessionalisme. Les puissances étrangérent achétent les dirigeants des partis confessionnels et les libanais comptent sur leurs parrains. A part de voter pour des partis non confessionnels, il n’y a pas d’issue.

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  • christian gedeon // 21.08.2020 à 10h43

    C’est amusant d’être modéré quand on est libanais au profit des délires anti américains et même anti libanais des idéologues du blog. Blog d’opinion ou blog d’une opinion unique?

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  • JPO // 26.08.2020 à 11h56

    Je connais bien le Liban où je me suis rendu plusieurs fois et dont je suis tombé amoureux.

    S’agissant de ce pays et de cette région, je vous conseille de lire les ouvrages écrits par Georges Corm.

    À défaut de lire ses livres on peut se référer à son site sur lequel de nombreux et courts mais très éclairants articles sont en libre accès.

    http://www.georgescorm.com/personal/articles.php

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