Source : Consortium News, Jesselyn Radack & Kathleen McClellan, 18-10-2017

Le président Trump a clairement exprimé sa colère au sujet des « fuites », mais il est loin d’être le seul parmi les présidents américains en guerre contre les lanceurs d’alerte, écrivent Jesselyn Radack et Kathleen McClellan pour ExposeFacts.

L’administration Trump a déclaré une guerre contre les fuites de médias et a appelé à la main-d’œuvre fédérale des États-Unis et les entrepreneurs à recevoir une formation « anti-fuite ». La pièce maîtresse de la campagne anti-fuite de Trump est le groupe de travail National Insider Threat.

Le président Donald Trump. (Capture d’écran de Whitehouse.gov)

Le programme Insider Threat n’est pas une création de l’ère Trump. Lors d’un témoignage secret devant le Congrès en 2012, le responsable de la Direction du renseignement national, Robert Litt, a présenté le programme original Insider Threat comme le point culminant des efforts administratifs visant à « sanctionner et dissuader » les fuites. Dans le passé, la formation du programme Insider Threat incluait à dessein des images de type « WANTED » de lanceurs d’alerte aux côtés d’espions réels et de meurtriers de masse.

Pas plus tard que le mois dernier, le ministère de la Défense a élaboré des cours de formation, des trousses à outils, des modèles, des affiches et des vidéos visant à faire taire et dissuader toute personne de divulguer à la presse ou au public toute information que le gouvernement veut garder secrète pour une raison non légitime et que le public a un intérêt à savoir. Ce ne sont pas seulement les employés fédéraux qui reçoivent ces formations, mais des dizaines de milliers de sous-traitants du gouvernement. Les entreprises ayant un accès classifié sont tenues de mettre en œuvre un « programme de menace interne », une présomption insidieuse qu’on ne peut pas faire confiance aux employés.

Une partie de la formation « Divulgation non autorisée » comprend le fait de regarder un extrait de Fox News sur la répression des fuites et la déclaration du procureur général Jeff Sessions annonçant une augmentation des enquêtes sur les fuites criminelles. Un guide des étudiants de la formation Insider Threat Awareness comprend la demande ‘McCarthyesque’ que les employés se dénoncent les uns les autres pour « comportement général suspect », y compris « loyauté nationale douteuse » tels que « faire preuve de loyauté douteuse envers le gouvernement ou la société américaine » ou « commentaires Anti-U.S. ». Peu importe que le seul serment que les employés du gouvernement prennent soit à la Constitution américaine, pas à n’importe quel fonctionnaire du gouvernement ou le gouvernement américain lui-même et certainement pas à une entreprise privée.

Affiches anti-fuite

Les nombreuses formations au secret sont faites avec des affiches promotionnelles avec des slogans aux rimes simplettes dignes des défenseurs du Premier amendement et des professionnels du marketing, comme « Il n’y a pas de suppression lorsque vous tweetez » ou « Les tweets coulent les flottes ». L’affiche avec le slogan « Chaque fuite nous rend faibles » s’accompagne d’une info-graphique du drapeau américain en train de s’effacer. Ensuite, il y a l’affiche la plus anti-presse, un faux site de journaux avec le slogan « Pensez avant de cliquer », avec en rouge, en style Trump, tout en capitales « C’EST UN CRIME ». Le message est si lourd qu’il serait drôle si les conséquences n’étaient pas la liberté de parole et la liberté de la presse.

Affiche du gouvernement des États-Unis qui utilise des photos de lanceurs d’alerte au milieu de meurtriers et d’espions.

Enfin, il y a le slogan risiblement imprécis et maladroit « La liberté d’expression ne signifie pas une conversation négligente ». En fait, c’est le cas. La liberté d’expression ne signifie pas crier « Au feu » dans un théâtre bondé, mais il n’y a pas de décision de la Cour suprême selon laquelle « le discours imprudent » est en quelque sorte exempté des protections du Premier amendement, de peur que le fil Twitter du Président puisse être censurable.

Il y a une formation vidéo « divulgations non autorisées » de septembre 2017, qualifiée de « conforme à la Maison Blanche et au mémorandum du ministre de la Défense » qui condamne les fuites, signale les fuites et avertit apocalyptiquement qu’en cas de fuite non autorisée, « nous risquons tous de perdre notre mode de vie ».

Une autre vidéo d’information comprend un article romancé sur des Américains mourant dans une attaque terroriste. Une telle histoire n’est jamais apparue dans les médias réels parce que cela ne s’est jamais produit. Dans l’affaire criminelle de Chelsea Manning – qui mérite d’être mentionnée car ses fuites sont systématiquement citées dans les vidéos –, le gouvernement n’a pas été en mesure de fournir une évaluation finalisée des dommages. (Curieusement, les fuites encore plus connues d’Edward Snowden ne sont pas mentionnées nommément dans les vidéos.)

Les formations ne comprennent aucune mention de dénonciation, sauf pour dire que la fuite aux médias n’est pas une dénonciation, et le Premier amendement n’offre aucune protection aux dénonciateurs. C’est glaçant, mais pas précis. La Cour suprême a reconnu que les médias sont un débouché légitime pour les dénonciateurs. Et l’information qui a été classifiée pour prévenir ou empêcher l’embarras n’est pas correctement classifiée. En fait, les lanceurs d’alerte qui fuitent vers les médias sont une tradition séculaire qui remonte, au moins, à la fuite des Pentagon Papers de Daniel Ellsberg.

Les formations du Programme des menaces internes ne transmettent pas de message simple contre la fuite d’informations classifiées à juste titre, telles que les codes de lancement nucléaires ou les identités secrètes. Au contraire, les formations envoient des messages beaucoup plus destructeurs contre les fuites et discours que le gouvernement n’aime pas. Ce sont des messages contraires à une société démocratique libre, surtout lorsque le Premier amendement protège les libertés de parole, d’association et de presse.

Les vidéos de formation vont au-delà du simple fait d’exhorter les employés à se taire. Les employés sont formés à ne pas accéder ou partager des informations déjà dans la sphère publique. Considérant que chaque journal important comprend des fuites quasi quotidiennes d’informations classifiées, une telle instruction est impossible à respecter et sera presque certainement utilisée, comme par le passé, pour exercer des représailles contre les lanceurs d’alerte. Après tout, le plus grand ‘fuiteur’ d’informations classifiées est le gouvernement américain lui-même.

Jesselyn Radack a été lanceur d’alerte au ministère de la Justice dans le cadre du programme Whistleblower and Source Protection (WHISPeR) d’ExposeFacts, où elle a fourni des services de représentation juridique à des clients tels que Edward Snowden, Thomas Drake et William Binney. Kathleen McClellan est la directrice adjointe du WHISPER. [Cet article a été publié à l’origine sur ExposeFacts à l’adresse https://exposefacts.org/insider-threat-program-training-and-trumps-war-on-leaks-a-chilling-combination-for-whistleblowers/]

Source : Consortium News, Jesselyn Radack & Kathleen McClellan, 18-10-2017

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

13 réponses à Trump lance une campagne anti-fuites, par Jesselyn Radack

Commentaires recommandés

Fabrice Le 14 novembre 2017 à 14h16

Je suis mitigé sur cet article autant il informe sur l’ambiance délétère sur les lanceurs d’alerte mais bon en Europe je ne crois pas que nous soyons mieux loti avec les dernière lois faites au niveau européen.

Donc à part dénigrer Trump sur des méthodes qui sont digne d’une maternelle (et encore), il ne fait que prolonger ce que Bush et surtout Obama ont enclenché dans les précédents mandats.

  1. Enuncombatdouteux Le 14 novembre 2017 à 08h01
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    ” Lanceurs d’alerte coupables ou héros ? ”

    Connaissez-vous John Kiriakou, Thomas Drake et Jesselyn Radack ? Certainement pas. Et pourtant, ces trois Américains ont pris d’énormes risques, au nom de leurs valeurs, pour révéler au monde les pratiques de leur nation dans sa “guerre contre le terrorisme”.

    https://www.youtube.com/watch?v=_62qa0OY7a8


  2. Fritz Le 14 novembre 2017 à 08h02
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    Parmi les dix figures de “traîtres” affichées par le ministère américain de la Justice,
    un absent de marque : Jo-na-than Pol-lard.

    Modération : pourquoi ce nom est-il interdit sur les-Crises ?


  3. Fritz Le 14 novembre 2017 à 08h23
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    Visiblement, la modération sur ce billet est blindée. Pas moyen d’évoquer une célèbre affaire de fuite des années 1980. Emprisonné durant trente ans, l’intéressé a été libéré en novembre 2015.
    Pourquoi la mention de son nom est-elle considérée comme un spam ?


    • Alfred Le 14 novembre 2017 à 09h03
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      Vous voudriez que l’ex président passe pour un menteur (et les journalistes avec)?
      Il faut vous faire à l’idée que vos livres d’histoire de collégien étaient faux. Personne je dis bien personne n’a la bombe au moyen Orient.
      (Si c’est pas du révisionnisme ça)


      • Fritz Le 14 novembre 2017 à 10h32
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        Je ne pensais pas à M. V., mais à J. P., né le 7 août 1954 à Galveston au Texas.


      • Fritz Le 14 novembre 2017 à 11h19
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        Et je remarquais que Jonathan Pollard ne figure pas parmi les dix “traîtres” affichés par le ministère états-unien de la Justice (“Those that have done us harm”, Ceux qui nous ont fait du mal).

        Sinon, comme @Albert, il me semble que chaque État doit mettre en garde contre les fuites et les indiscrétions. Rappelez-vous les affiches de 1939 (“Silence. L’ennemi guette vos confidences”).


      • Fritz Le 14 novembre 2017 à 14h51
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        Merci à la modération d’avoir rétabli mon commentaire “spamé”. Comme Albert donc, je ne trouve pas déplacé, ni abusif, qu’un État souverain exige une certaine loyauté de ses fonctionnaires, en dénonçant les fuites et les indiscrétions.

        Et pour la “campagne anti-fuites”, je recommande Pampers : même mouillées, elles sont sèches.


  4. Albert Le 14 novembre 2017 à 08h35
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    Article risible. Evidement que toute organisation doit former ses membres sur ce sujet. On peut reprocher à cette campagne d’en faire des tonnes, mais c’est légitime. Est-ce s’attend au message inverse : si vous avez un doute, parlez en!
    Biais de l’auteur ou probleme de traduction: le programme n’est pas pour garder des informations secretes “pour des raisons illegitimes”, mais tout types d’informations, pour tout type de raison. Parfois il y a des raisons illegitimes, certes.
    Enfin, oui, il peut y avoir des sanctions, la loyauté des fonctionnaires est une obligation legale. Il y a des limites, on est d’accord


  5. Haricophile Le 14 novembre 2017 à 12h42
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    Ça c’est parce que les américains mangent moins de chewing-gums, pour boucher les fuite on n’a jamais fait mieux que coller un bon vieux chewing-gum.

    Je ne vois pas meilleur explication pour l’empire finissant qui a mit la parano et son industrie des armes et de la sécurité au centre de son économie et de sa politique. L’empire qui espionne tout le monde, fait la guerre partout sans victoire nulle part, est en train de pressurer sa population et pompe dans les budgets de l’intelligence et qui caractérise les nations “développées” : recherche, éducation et santé publique, tout ça pour alimenter le gouffre sans fond des aventures militaire et de la convoitise infinie de certains.

    Plus ça va, plus je me dit que “la fin de l’Empire Américain” c’est pour très bientôt, l’effondrement est en cours. Le problème étant les catastrophes associées qui vont pourrir la vie des générations futures jusqu’à a fin de l’existence de la terre, si tant est qu’il y ait des générations futures.

    Au passage, la clique dite “Européiste” se trompent lourdement en misant sur le mauvais cheval, ou plutôt en servant de laquais à ceux qui n’ont pas d’avenir et qui sont en train de nous entraîner dans le gouffre.


    • Arienam Le 14 novembre 2017 à 15h38
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      À mon avis, ils n’ont en fait pas le choix.
      La clique “Européiste” comme vous l’appelez, est juste forcée de suivre le cheval américain sous peine de voir ressurgir des dossiers sur eux (vrais ou faux) ultra-compromettants pour leur carrière. Or, la pérénité de leur réussite personnelle et de leur carrière est un trait commun partagés par ces gens.
      Les exemples de chutes spectaculaires parmis les plus ardents défenseur de la doxa sont nombreux ; ces exemples sont autant de mise en gardes pour les autres.

      C’est d’ailleurs très probablement en partie grâce à l’existence de ces dossiers sur eux qu’ils ont des postes à responsabilité.


  6. Fabrice Le 14 novembre 2017 à 14h16
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    Je suis mitigé sur cet article autant il informe sur l’ambiance délétère sur les lanceurs d’alerte mais bon en Europe je ne crois pas que nous soyons mieux loti avec les dernière lois faites au niveau européen.

    Donc à part dénigrer Trump sur des méthodes qui sont digne d’une maternelle (et encore), il ne fait que prolonger ce que Bush et surtout Obama ont enclenché dans les précédents mandats.


  7. Galvan Le 14 novembre 2017 à 20h58
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    Trump lance une campagne « anti-fuites » : il a décidé de porter des couches ´Confiance ´ . Vu son âge et son état , c’est un bon choix 🙂

    Ah zut, j’ai trollé, je vais me faire ficher « S » …


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