Source :  LEPARTAGE 13 OCTOBRE 2015

John Pilger est un journaliste de nationalité Australienne, né à Sydney le 9 Octobre 1939, parti vivre au Royaume-Uni depuis 1962. Il est aujourd’hui basé à Londres et travaille comme correspondant pour nombre de journaux, comme The Guardian ou le New Statesman.

Il a reçu deux fois le prix de meilleur journaliste de l’année au Royaume-Uni (Britain’s Journalist of the Year Award). Ses documentaires, diffusés dans le monde entier, ont reçu de multiples récompenses au Royaume-Uni et dans d’autres pays.

John Pilger est membre, à l’instar de Vandana Shiva et de Noam Chomsky, de l’IOPS (International Organization for a Participatory Society), une organisation internationale et non-gouvernementale créée (mais encore en phase de création) dans le but de soutenir l’activisme en faveur d’un monde meilleur, prônant des valeurs ou des principes comme l’autogestion, l’équité et la justice, la solidarité, l’anarchie et l’écologie.

Article initialement publié le 30 septembre 2015, en anglais, sur le site officiel de John Pilger, à cette adresse.


George Orwell a écrit qu’à « une époque de supercherie universelle, dire la vérité est un acte révolutionnaire ».

Nous vivons une sombre époque, dans laquelle la propagande de la supercherie affecte nos vies à tous. Comme si la réalité politique avait été privatisée, et l’illusion légitimée. L’ère de l’information est une ère médiatique. Nous avons une politique médiatique ; une censure médiatique ; une guerre médiatique ; des représailles médiatiques ; une diversion médiatique — une chaîne de production surréaliste de clichés et d’idées fausses.

Notre merveilleuse technologie est devenue notre amie autant que notre ennemie. A chaque fois que nous allumons un ordinateur ou prenons en main un appareil électronique — les chapelets de ce siècle — nous sommes soumis à un contrôle : à la surveillance de nos habitudes et de nos routines, et aux mensonges et à la manipulation.

Edward Bernays, qui inventa l’expression « relations publiques », un euphémisme pour « propagande », a prédit cela il y a plus de 80 ans, en qualifiant ce phénomène de « gouvernement invisible ».

Il a écrit que « ceux qui manipulent cet élément invisible de [la démocratie moderne] constituent un gouvernement invisible représentant la véritable force dirigeante de notre pays… Nous sommes gouvernés, nos esprits sont façonnés, nos goûts créés, nos idées suggérées, en grande partie par des gens dont nous n’avons jamais entendu parler… »

Le but de ce gouvernement invisible est de prendre possession de nous: de notre conscience politique, de notre perception du monde, de notre aptitude à penser indépendamment, de notre aptitude à séparer le vrai du faux.

Il s’agit d’une forme de fascisme, un mot que nous avons raison d’utiliser prudemment, préférant l’associer aux troubles du passé. Mais un fascisme moderne insidieux est aujourd’hui le principal danger. Comme dans les années 1930, d’énormes mensonges sont délivrés avec la régularité d’un métronome. Les musulmans sont mauvais. Les fanatiques saoudiens sont bons. Les fanatiques d’ISIS sont mauvais. La Russie est toujours mauvaise. La Chine commence à le devenir. Bombarder la Syrie est bon. Les banques corrompues sont bonnes. La dette corrompue est bonne. La pauvreté est bonne. La guerre est normale.

Ceux qui remettent en cause ces vérités officielles, cet extrémisme, sont jugés comme fous — jusqu’à ce qu’on se rende compte qu’ils ne l’étaient pas. La BBC fournit ce type de service gratuitement. Ne pas se soumettre c’est se voir qualifier de « radical » — peu importe ce que cela signifie.

La véritable dissidence devient exotique; et pourtant les dissidents n’ont jamais été aussi importants. Le livre que je lance ce soir, « Le dossier WikiLeaks », est un antidote au fascisme qui ne dit jamais son nom. C’est un livre révolutionnaire, tout comme WikiLeaks est révolutionnaire — dans la même veine que ce dont parlait Orwell dans la citation que j’ai utilisée au début de ce texte. Car il explique que nous n’avons pas à accepter ces mensonges quotidiens. Nous n’avons pas à rester silencieux. Ou, comme l’a autrefois chanté Bob Marley : « Emancipate yourself from mental slavery » (« Emancipez-vous de l’esclavage mental »).

Dans l’introduction, Julian Assange explique que ce n’est jamais suffisant de divulguer les secrets des grands pouvoirs: qu’il est crucial de les comprendre, ainsi que de les replacer dans le contexte actuel, et de les intégrer à la mémoire historique.

Tel est l’accomplissement remarquable de cette anthologie, qui se réapproprie notre mémoire. Elle connecte les raisons et les crimes qui ont entraîné tant de bouleversements humains, du Vietnam et de l’Amérique Centrale, jusqu’au Moyen-Orient et à l’Europe de l’Est, toujours au sein de la matrice d’un pouvoir vorace, celui des États-Unis.

Il y a actuellement une tentative États-unienne et européenne de destruction du gouvernement Syrien. Le premier ministre David Cameron semble en être particulièrement désireux. C’est ce même David Cameron dont je me souviens comme d’ un homme mielleux lorsqu’il était en charge des relations publiques pour les requins financiers d’une chaîne de télévision privée britannique (Carlton Communication).

Cameron, Obama et le toujours plus obséquieux François Hollande veulent détruire la dernière autorité multiculturelle restante en Syrie, une action qui ouvrira certainement la voie aux fanatiques d’ISIS.

C’est, bien sûr, totalement démentiel, et l’immense mensonge qui justifie cette démence c’est que cela serait pour soutenir les Syriens qui se sont soulevés contre Bashar el-Assad lors du printemps arabe. Comme le révèlent les dossiers WikiLeaks, la destruction de la Syrie est un vieux projet des impérialistes cyniques qui date d’avant les soulèvements du printemps arabe contre Assad.

Pour les dirigeants du monde, à Washington et en Europe, le véritable crime de la Syrie n’est pas la nature oppressive de son gouvernement, mais son indépendance du pouvoir États-unien et Israélien — tout comme le véritable crime de l’Iran est son indépendance, et ainsi de suite pour la Russie, et la Chine. Dans un monde détenu par les États-Unis, l’indépendance est intolérable.

Ce livre révèle ces vérités, l’une après l’autre. La vérité sur une guerre contre le terrorisme qui fut toujours une guerre du terrorisme ; la vérité sur Guantanamo, la vérité sur l’Irak, l’Afghanistan, et l’Amérique Latine.

De telles vérités n’ont jamais été aussi nécessaires. A quelques honorables exceptions près, ceux des médias, soi-disant payés pour s’en tenir aux faits, sont maintenant absorbés dans un système de propagande qui ne relève plus du journalisme, mais de l’anti-journalisme. C’est aussi vrai des libéraux et des respectables que de Murdoch. A moins d’être prêt à surveiller et déconstruire chacune de leurs spécieuses affirmations, les prétendues « actualités » sont devenues irregardables et illisibles.

En lisant les dossiers WikiLeaks, je me suis souvenu des mots du défunt Howard Zinn, qui faisait souvent référence à « un pouvoir que les gouvernements ne peuvent supprimer ». Cela décrit WikiLeaks, et cela décrit les véritables lanceurs d’alertes qui partagent leur courage.

Sur le plan personnel, je connais les gens de WikiLeaks depuis déjà quelques temps. Qu’ils aient accompli ce qu’ils ont accompli dans des circonstances ne relevant pas de leur choix est une source d’admiration constante. Leur sauvetage d’Edward Snowden en est un bon exemple. Tout comme lui, ils sont héroïques : rien de moins.

Le chapitre de Sarah Harrison, « Indexer l’Empire », décrit comment ses camarades et elle ont mis en place une véritable bibliothèque publique de la diplomatie US. Il y a plus de 2 millions de documents maintenant accessibles à tous. « Notre ouvrage », écrit-elle, « est dédié à un objectif : que l’histoire appartienne à tout le monde. » Lire ces mots est exaltant, et cela témoigne de son propre courage.

Depuis le confinement d’une pièce de l’ambassade équatorienne à Londres, le courage de Julian Assange est une réponse éloquente aux lâches qui l’ont traîné dans la boue et au pouvoir sans scrupules qui cherche à prendre sa revanche contre lui, et qui mène une guerre contre la démocratie.

Rien de tout cela n’a dissuadé Julian et ses camarades de WikiLeaks : pas le moins du monde. Et ce n’est pas rien.

John Pilger


Traduction: Nicolas Casaux

Édition & Révision: Héléna Delaunay


26 réponses à L’acte révolutionnaire de dire la vérité (John Pilger)

Commentaires recommandés

Spectre Le 21 février 2016 à 02h58

L’un des rares points positifs de notre époque, c’est que la défiance de la population envers les journalistes atteint des niveaux historiques. Cela dit, je serais curieux de savoir ce que le quidam moyen sait réellement de la crise syrienne. Comme les gens ne connaissent en général pas grand-chose sur les affaires étrangères/internationales, il est plus facile de leur faire gober les scripts manichéens type “le méchant Bachar massacre les gentils démocrates avec l’appui du vilain Poutine”. On ne peut qu’espérer que les gens se remémorent le précédent des mensonges sur l’Irak.

Enfin bon, la vérité est sans doute que la plupart des gens s’en foutent un peu ou regardent cela d’un oeil très lointain, contrairement à ce qui se passe ici. L’avantage, à l’intérieur, c’est que les sans-dents sont aux premières loges pour constater l’échec structurel des guignols qui se succèdent au pouvoir ; ça vaccine contre une partie de la propagande locale.

  1. Nicole Le 21 février 2016 à 01h58
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    Une question S.V.P

    Mais où se trouve t-elle cette fameuse bibliothèque Wikileaks ? Quelqu’un pourrait-il m’éclairer ?
    Visiblement, je ne comprends pas tout.

    Cette bibliothèque existe t-elle en plusieurs langues ? Il me semble avoir bien compris de quoi il s’agit mais concrètement, je ne comprends pas.

    Merci.


  2. Spectre Le 21 février 2016 à 02h58
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    L’un des rares points positifs de notre époque, c’est que la défiance de la population envers les journalistes atteint des niveaux historiques. Cela dit, je serais curieux de savoir ce que le quidam moyen sait réellement de la crise syrienne. Comme les gens ne connaissent en général pas grand-chose sur les affaires étrangères/internationales, il est plus facile de leur faire gober les scripts manichéens type “le méchant Bachar massacre les gentils démocrates avec l’appui du vilain Poutine”. On ne peut qu’espérer que les gens se remémorent le précédent des mensonges sur l’Irak.

    Enfin bon, la vérité est sans doute que la plupart des gens s’en foutent un peu ou regardent cela d’un oeil très lointain, contrairement à ce qui se passe ici. L’avantage, à l’intérieur, c’est que les sans-dents sont aux premières loges pour constater l’échec structurel des guignols qui se succèdent au pouvoir ; ça vaccine contre une partie de la propagande locale.


    • Mat Le 21 février 2016 à 10h58
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      Le peuple vit son train-train quotidien et ne s’intéresse pas vraiment à ce qui se passe à l’extérieur, et ne veut pas savoir que la France participe à la déstabilisation du monde.

      Un truc qui m’a bien étonné dernièrement, c’est ce très très bon reportage de France 2 sur la Syrie, qui pourrait permettre aux français qui le souhaitent d’ouvrir les yeux :
      link to francetvinfo.fr

      Très étonnamment, il est assez complet, et il reporte fort bien la complexité du conflit. Rien à voir avec le journal de 20H. C’est même très bizarre que les dirigeants de France 2 aient laissé passer cet OVNI. Le reportage évoque le fait que Hollande a fourni des missiles anti-chars aux islamistes (on voit même dans le documentaire ces missiles Milan dans le stock d’un groupe d’islamistes). Il évoque les très gros doutes sur le fait que ce soit Bachar El Assad qui aurait utilisé les armes chimiques. Il précise que si au début il y avait des opposants pacifistes, il est apparu très vite de multiples groupes islamistes, dont les membres sont payés et armés par les pays étrangers. Etc.


      • Chris Le 21 février 2016 à 12h24
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        Je considère ce type d’émission comme un moyen de faire baisser la pression parmi la population consciente qu’on lui ment effrontément.
        Si les médias français répètent en boucle leurs absurdités, de nombreux commentaires dans les fora les soulignent. Par ailleurs, Google translation opère des petits miracles, ce qui permet aux personnes désireuses de s’informer d’aller voir ailleurs, car contrairement à la presse française, il y a encore quelques journalistes d’investigations dans la presse anglo-saxonne qui communiquent régulièrement.
        Une amie qui n’a rien d’une anarchiste et plutôt paresseuse civiquement parlant, a cessé de regarder les actualités. Son explication : ce qu’ils racontent ne collent pas avec les faits ! Il se trouve qu’elle a une excellent mémoire et se rend compte des décalages au fur et à mesure des narratives mises en place. Un réflexe qui va dans le même sens que la défiance envers nos gouvernants qui n’en finissent pas de trahir le peuple.


      • tintin Le 21 février 2016 à 12h29
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        Ne participez pas à l’enfumage.
        vous dites:” Il évoque les très gros doutes sur le fait que ce soit Bachar El Assad qui aurait utilisé les armes chimiques.”
        Vous pourriez tout aussi bien dire: ” Il évoque les très gros doutes sur le fait que ce soit Daesh aidé par l’AS et les US, qui aurait utilisé les armes chimiques.

        Aucune enquête n’est en mesure d’infirmer ou de confirmer. Il est donc inutile d’écrire ce genre de phrases qui désigne un coupable, sans preuves, même si elle “semble” dénoncer l’inverse

        Comme pour livitienko: Le FSB et donc Poutine “probablement” coupable. ça ne veut rien dire: ou il y a des preuves ou il n’y en a pas.

        les mots “probablement” ou “des gros doutes” atteignent leur objectif: la propagande est en marche.


        • Mat Le 21 février 2016 à 12h58
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          J’ai sans doute été maladroit dans ma formulation.
          Le documentaire fait plutôt bien le taff : il y a explicitement remise en cause du récit habituel des médias qui ne font que répéter le mensonge de nos dirigeants, à savoir que c’est un fait avéré que Bachar El Assad a utilisé les armes chimiques.
          Dans le documentaire, il est fait référence à un rapport de l’ONU qui n’a pas été capable été capable de désigner qui a utilisé les armes chimiques, et à un rapport du MIT qui a mis en évidence que les armes chimiques ont été envoyé depuis une zone rebelle.


          • tintin Le 21 février 2016 à 15h07
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            voila, c’est ça qu’il faut dire, parce que c’est un fait:
            “un rapport du MIT qui a mis en évidence que les armes chimiques ont été envoyé depuis une zone rebelle”.


      • kriss34 Le 23 février 2016 à 17h42
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        Concernant ce reportage, la contre offensive du Monde ne s’est pas faite attendre…
        link to syrie.blog.lemonde.fr


  3. Isabeau de Baviere Le 21 février 2016 à 05h54
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    Comment analyser ce changement dans le traitement des conflits depuis novembre. Il y a eu le documentaire de Canal+ et maintenant le documentaire de France 2 “Un oeil sur la planète – Syrie : le grand aveuglement – 18 février 2016” assez surprenant et neutre dans le conflit syrien le lien ->

    link to youtube.com


    • Astatruc Le 21 février 2016 à 10h06
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      Ma question est pourquoi les connexions internet ne sont pas coupées?sans ces connexions, ils seraient vraisemblablement bcp moins puissants, moins organisés…..


      • toff de aix Le 21 février 2016 à 11h39
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        La connection internet n’est qu’un problème à la marge, tant que la connection TV reste opérationnelle. Ne voyez pas les choses sous votre angle : il est prouvé que la majorité des gens vont sur internet comme sur la télé : ils y ont leurs habitudes, leurs sites d’information habituels(tf1 & co… Si si c’est vrai) et en changent rarement.


        • Astatruc Le 21 février 2016 à 17h16
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          Je parlais des Islamistes que je vois dans le reportage de FR2, repréciser leurs frappes, donner des cours, etc, grâce apparemment à une connexion internet, ils regardent sans cesse leurs téléphones et on voit des ordinateurs
          Désolé, c’est vrai, je n’avais pas précisé.(ça me semblait évident vu que je répondais à Isabeau qui a publié le lien youtube.)
          🙂
          Toff, ne voyez pas les choses que sous votre angle.
          🙂


  4. sergeat Le 21 février 2016 à 08h43
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    Comment se battre contre la colonisation des esprits?défier le crime verbal?montrer au peuple que la guerre de classes est devenu une guerre entre le peuple est les élites?montrer cette guerre entre les possédants et le peuple?
    En ex-URSS cette résistance est passé par les samizdats,dans les pays arabes par des cassettes (beaucoup d’illettrisme),chez nous par des blogues comme celui d’OB cela suffira t-il?
    Je pense que quand la police des pensés va être plus répressive tous les moyens hors contrôle américains et leurs suppôts européens devront être utilisés :yandex au lieu de google,rutube au lieu de youtube,cryptage par TOR ou autres.Ce sont toujours des petites étincelles qui embrasent les marionnettes.


  5. Milsabor Le 21 février 2016 à 09h03
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    La propagande médiatique s’inscrit dans le contexte d’une infantilisation globale du public par la société du spectacle et de la consommation. Anesthésie et soumission sont les deux mécanismes opératoires de l’hypnose. Or il est bien connu que tout le monde n’est pas « réceptif » à l’hypnose. Il existe une prédisposition psychologique, je dirais même psychopathologique, à l’hypnose. Il s’agit d’un consentement à l’hypnose qui correspond à une immaturité psychologique qui s’origine dans le développement pathologique de la personnalité. L’histoire développementale de ces personnes s’inscrit elle-même dans la psychopathologie familiale transgénérationnelle. Cette pathologie représente l’échec de l’avènement du sujet intégré, accompli, autonome et sachant au profit d’un individu dépendant, divisé, soumis, angoissé et bercé d’illusions. Vous pouvez le vérifier autour de vous chez vos interlocuteurs qui refusent de contester les mensonges colportés par la propagande médiatique : interrogez-les sur des sujets existentiels, vous observerez leur art du conformisme, de l’esquive, de la confusion, du flou et de la mise à distance. « D’abord : ne pas savoir ».


  6. bourdeaux Le 21 février 2016 à 09h06
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    petite remarque sur la citation de Chomsky, “la propagande est à la démocratie ce que la violence est à la dictature”. Le parallèle me semble faux : une dictature qui substitue la violence à la docilité populaire reste une dictature, mais une démocratie qui substitue la propagande à l’information n’est plus, en fait, une démocratie.
    Je préfère cette phrase de JF REVEL : “Quand la correction d’une erreur devient la trahison d’un camps, on est en fait à l’extrême droite”


  7. Judith Le 21 février 2016 à 09h21
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    comme il fallait s’y attendre, après le reportage de Moreira sur l’Ukraine, le reportage enfin équilibré de France 2 sur la Syrie est accusé de “crime de lèse propagande”

    Syrie : Quand France 2 se fait le porte-voix de Damas

    link to lexpress.fr


    • Nicole Le 22 février 2016 à 00h59
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      C’est cela qui m’étonne encore – Je ne suis pas dupe des rédactions et des écuries de journalistes télévisuels qui obéissent, comme de bons petits soldats, car le salaire qu’ils ont sait parfaitement les faire taire ; mais là où je m’étonne, c’est par rapport aux invités sur les plateaux télés …aucun ne les rappelle à leur devoir premier :

      Un journaliste ne sert aucun pouvoir sinon celui de la vérité.

      On ne leur demande pas d’être Anti-Assad ( l’ancien allié des USA et G.W. Bush lorsque celui-ci exfiltrait ses opposants politiques en tous genres pour qu’ils soient torturés dans les geôles syriennes ) ou Pro-Assad, Pro-Daesh ou Anti-Daesh, on demande aux journalistes simplement de relater les faits et de ne pas trafiquer les images. Quand les USA ou la Russie bombardent un hôpital, on comprend bien qu’ils le disent mais pas qu’ils tronquent l’information en ne parlant que de la Russie. Appartiennent-ils tous ces journalistes, au Ministère des Affaires Étrangères, au Ministère de la Défense,à l’Otan ?

      Car le problème est bien évidemment là, tout à fait représentatif des ” hommes-tronc ” qui illustrent les journaux d’infos du 20 heure : l’information tronquée.


  8. Olposoch Le 21 février 2016 à 09h30
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    Si les journalistes d’@si et certains @sinautes énervés pouvaient lire ce texte, il sauraient mieux ce qu’il se passe sur leurs forums…
    Puisque DS s’en est ému recemment.


  9. baguette-béret Le 21 février 2016 à 11h31
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    Il y a une prise de conscience actuelle que la loi de 1881 sur la liberté de la presse est gravement menacée par les grands médias. En même temps, il faut se demander pourquoi le niveau de propagande atteint aujourd’hui son maximum.
    Pourquoi la classe moyenne consommatrice des grands médias aurait-elle besoin aujourd’hui de croire plutôt que de savoir, d’espérer et de craindre plutôt que de comprendre ?
    Le succès de sites comme les crises ou celui de Jacques Sapir ou d’autres donne raison à Abraham Lincoln qui disait à peu près qu’on peut tromper une personne tout le temps, qu’on peut tromper tout le monde quelques temps mais qu’on ne peut pas tromper tout le monde tout le temps. Il y a collectivement un désir de vérité.
    Ce succès constitue pour les grands médias un manque à gagner tel qu’on sent ici ou là des interrogations et la tentative par le mainstream de récupérer ce désir de vérité et le nom d’Orwell.


  10. toff de aix Le 21 février 2016 à 11h36
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    Tant qu’il y aura du pain et des jeux, ça n’est pas prêt de changer. Je dirais même que le peuple acceptera de bonne grâce cette propagande. Un peu comme un deal macabre :tu me fais oublier, et je valide implicitement toutes les saletés que tu fais. Qui se souvient de la scène du traître dans Matrix, où le résistant trahit ses compagnons en échange d’une bonne dose d’oubli, dans le rêve d’une illusoire vie de luxure, de débauche onirique mais, au final, d’esclavage ? Du pain et des jeux, vous dis je. César est entré dans l’histoire pour l’avoir théorisé. Ceci dit, si le pain vient à manquer….


  11. christian gedeon Le 22 février 2016 à 10h51
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    Comme d’hab à propos de Chomsky,je suis mal à l’aise. Parce que sa maxime,qui se veut percutante,et apparemment elle percute sur un certain nombre de gens,eh bien sa maxime est tout simplement fausse.Parce que dans les dictatures,il y la violence ET la propagande. Tout comme dans les démocraties,il y a la propagande ET la violence,même si cette cette violence ne prend pas les mêmes aspects que celle de dictatures… En fait,je suis mal à l’aise avec les “gourous” en général. Et une fois de plus,je pointe la responsabilité des peuples “démocrates ” dans l’influence de la propagande. compte tenu des moyens d’information dont nous disposons actuellement,personne n’est obligé,n’est ce pas? Et désolé pour M. Chomsky,je ne mets pas sur le même plan Corée du Nord et France.


  12. Catherine Le 22 février 2016 à 14h16
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    “Dans l’introduction, Julian Assange explique que ce n’est jamais suffisant de divulguer les secrets des grands pouvoirs: qu’il est crucial de les comprendre, ainsi que de les replacer dans le contexte actuel, et de les intégrer à la mémoire historique.”

    Ces propos sont essentiels.

    Si effectivement une partie de plus en plus importante de la population est consciente de faire l’objet d’une désinformation/manipulation, elle n’en comprends pas encore les tenants et les aboutissants.

    C’est ainsi qu’elle vit tout ceci dans une forme de confusion fragmentée, qui finalement ne l’ incite pas à creuser davantage, tant la tâche lui semble insurmontable.

    Du moins le croit-elle.

    Mais nous ne devons pas sous estimer le travail patient que nous pouvons tous réaliser, chacun de notre côté, avec des bases solides comme celles que fournit le site d’Olivier et de ses collaborateurs, au service de la vérité, de sa compréhension et de ses enjeux.

    Face au conditionnement ambiant, utilisons le conditionnement inverse.

    De toute façon, nous n’avons pas le choix.


  13. mohamed Le 23 février 2016 à 20h39
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    Cela donne du baume au coeur de lire ça et de voir que cela colle parfaitement à ce que je pense, suite à mon expérience personnelle et à ma culture d’origine ainsi qu’aux lectures et de réflexions diverses et constantes que je m’efforce d’effectuer. Cela atténue un peu le désespoir qui peut m’assaillir lorsque je discute avec des amis, de niveau intellectuel respectable, lorsque je constate qu’ils moutonnent docilement derrière les poncifs semés par les instruments de la propagande télévisuelle; et qu’ils sont prêts à s’insurger si on les contrarie. Finalement, la France a perdu la prééminence des idées, se contentant de suivre ce que le Maître a décidé. Et la propagande montre la direction aux moutons…Et des moutons, il y en a plus que ce que l’on penserai!


  14. Sansn Le 24 février 2016 à 01h58
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    Je suis stupéfait d’entendre parler de fascisme chaque fois qu’on parle de violence et de propagande, comme si la démocratie réelle (et non fantasmée) était le contraire du fascisme, alors qu’elle est sa grande soeur en violence et en propagande. Ce n’est pas Mussolini qui a institué le racisme en Alabama. Ce n’est pas lui qui a créé la guillotine et les noyades de Nantes. Ce n’est pas sa propagande qui a déclenché la 1ère guerre mondiale. Ce serait peut-être plus intelligent, au lieu de brandir ces qualificatifs stupides, de nous interroger sur la nature de l’homme et ce qui fait qu’il exonère son camp de tous les mensonges et de tous les crimes quand il a choisi son camp. C’est là la racine du mal et non le malheureux fascisme qui n’a pas été pire que les autres dans la longue histoire des turpitudes humaines mais sert de bouc émissaire aux démocrates de tout poil qui ne valent pas mieux que lui.


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