Source : La Tribune, Denis Lafay, 01/11/2012

La dérive, en France, comme ailleurs, ne concerne pas tous les médias mais surtout une partie de la hiérarchie journalistique et éditorialiste ©DR (Crédits : DR)

La dérive, en France, comme ailleurs, ne concerne pas tous les médias mais surtout une partie de la hiérarchie journalistique et éditorialiste ©DR (Crédits : DR)

Propos recueillis par Denis Lafay, Acteurs de l’économie

Une stratégie hasardeuse et impréparée, une posture de « normalité » inadaptée aux enjeux, une compagne « incroyablement » inconsciente des devoirs qui incombent à sa nouvelle responsabilité : en matière de communication politique, les débuts de François Hollande sont pour le moins chaotiques. Et se heurtent à des médias que le directeur de l’Institut des Sciences de la Communication (CNRS) juge ivres d’un pouvoir et de collusions qui mettent leur légitimité et leur avenir en péril. Pour Dominique Wolton, l’avenir même de la démocratie est en jeu.

Voilà six mois que François Hollande est président de la République. Il avait promis une rupture dans la manière d’exercer sa responsabilité, d’appliquer la gouvernance avec son Premier ministre, mais aussi de communiquer. Quels premiers enseignements peut-on dresser ?
La rupture a eu lieu. Mais dans le système politique contemporain et, au-delà, dans la société moderne, les concepts, les rhétoriques, les postures s’usent très vite, trop vite. En l’occurrence, la « normalité » qu’il avait promise est déjà contestée, notamment, et de manière disproportionnée par une presse qui oublie ou méprise le temps de la politique et des réformes, créant alors un amalgame corrélatif entre lenteur et immobilisme, entre patience et inactivité. Pour autant, le pouvoir en place et plus globalement la nouvelle majorité ne sont pas exempts d’erreurs et de responsabilités : ils peinent à communiquer au sens fort du terme, c’est-à-dire construire un lien avec le pays. Compressés par la volonté de rompre avec la stratégie de communication de leurs prédécesseurs mais saisis par la gravité de la crise, ils se replient sur l’action sans escorter celle-ci d’un « faire savoir » et d’une pédagogie adaptés. Or en politique l’acte de parole est central, surtout lorsque l’on reprend le pouvoir. Le « silence » gouvernemental est apaisant, mais il perturbe une opinion publique qui, particulièrement dans un contexte de crise et de grandes incertitudes, a besoin de connaître et de comprendre les changements en cours. Y compris pour se les approprier et accorder sa confiance à ceux qui les piloteront. La politique, c’est toujours un exercice d’explication, de mise en perspective, et les nouveaux gouvernants doivent apprendre à en façonner une forme inédite, qui leur soit propre et leur corresponde. La marge de man?uvre est toutefois étroite, car ces élections ne furent pas triomphales et résultèrent du bon sens. Et elle doit composer avec une opposition vindicative et volontiers arrogante, dont l’enjeu ante et post primaires de cet automne enflamme la capacité critique en dépit d’une situation ubuesque : peut-on décemment juger l’action d’un gouvernement en place depuis quelques mois lorsqu’on lui laisse cinq années d’un bilan discutable ?

Que la presse et l’opinion publique aient ainsi décidé de fustiger dès la rentrée de septembre, soit seulement quelques semaines après la fin du scrutin législatif, la supposée absence de cap, de conviction, de décision, même la mollesse du tandem Hollande-Ayrault, démontre-t-il que Nicolas Sarkozy a enraciné dans la conscience collective le sentiment que l’autorité, la crédibilité, l’efficacité ne peuvent résulter que d’une pratique ostentatoire, clivante, directive, immédiate, voire autocrate du pouvoir ?
Ce n’est pas l’opinion publique qui a « tiré » la première ; ce sont les médias qui, au nom de leur autonomie, ont tendance à se considérer comme un quatrième pouvoir. Ils ont pensé trouver dans la très relative déception de l’opinion publique un terreau fertile pour donner une résonance à leurs prises de position. Mais à terme, le calcul est fallacieux. La folie de la vitesse qui a gagné le fonctionnement des médias ne peut pas déstabiliser à ce point la politique. Nicolas Sarkozy voulait en quelque sorte une politique à la vitesse des médias. C’est impossible et dangereux. D’autant que cette obsession de la vitesse et de l’hypermédiatisation est moins un idéal que le résultat d’une concurrence farouche qui ne dit pas son nom entre les médias classiques et les nouveaux supports – internet, réseaux sociaux, twitter… – Cette course contre la montre n’a pas grand chose à voir avec l’idéal de l’information au nom de laquelle elle est faite. Les médias confondent une espèce de pseudo-rationalité journalistique avec une bataille économique et justifient cette concurrence endiablée, au nom du progrès de l’information. Un tel amalgame est invraisemblable. Qui vit à un rythme de secrets, révélations, exclusivités… quotidiens ? Reste qu’après le rythme effréné que Nicolas Sarkozy leur avait imposé, – y compris parce que l’agenda du président leur fournissait confortablement matière à « remplir » leur grilles ou leurs pages -, le rythme déployé par François Hollande leur semble si calme qu’ils l’assimilent à une soi-disant inaction. En agissant de la sorte, ces médias prennent le risque de mettre en péril leur propre légitimité. Rien ne dit en effet que les citoyens apprécient cette course effrénée et les leaders médiatiques ne font pas l’opinion. Celle-ci se construit très lentement, selon des rythmes et surtout des logiques beaucoup plus complexes que celle des médias ou des sondages. Un « retour de bâton » pourrait être cuisant.

Particulièrement en période de crise, les Français sont en demande d’un « chef », d’une autorité qui rassure, anticipe, sur-communique et donne l’impression de maîtriser le cap. La difficile transition portée par François Hollande n’est-elle pas la preuve que l’individu est intoxiqué par une stratégie et un traitement médiatiques qui pendant cinq ans ont créé l’assimilation entre le « faire » et le « faire savoir » ?
En situation de crise, « on » veut un grand capitaine. Pour l’heure, François Hollande n’en porte pas les habits. Mais peut-être le sera-t-il un jour, peut-être se révélera-t-il dans la fonction, peut-être imposera-t-il un style performant… Méfions-nous des jugements hâtifs, ils font partie de cette idéologie de la vitesse qui d’ailleurs permettra, avec la même certitude, de dire le contraire de ce qui a été prononcé. En ce qui concerne François Hollande, son parcours appelle à la prudence. Il n’a jamais été ministre, il fut toujours un « second » jugé inoffensif par ses rivaux, mais c’est lui qui est aujourd’hui président.
Nicolas Sarkozy pensait que « faire savoir » c’était « faire ». Résultat : une contestation radicale, un rejet, et in fine la défaite. Il est exact que sa stratégie s’était tant déployée qu’elle avait conditionné le rapport des gens à la communication politique. Et elle contribue à placer François Hollande dans une situation délicate : il doit créer de « l’exceptionnel » en demeurant dans une posture « banale », il doit susciter de la crédibilité sans verser dans les excès « bling bling » de son prédécesseur. La nature du ton et des discours peut y contribuer, mais pour l’heure ce n’est pas audible. Et le problème est qu’en matière de communication politique le staff de François Hollande n’a pas anticipé la victoire et ne s’est pas projeté dans l’application d’une stratégie structurée, fondée, durable. Les socialistes n’avaient pas assez travaillé et préparé le changement. Décréter une « présidence normale » est une posture, mais délestée d’une véritable stratégie alternative n’a pas d’avenir pertinent. La « normalité », la banalité, le classicisme de ladite stratégie aujourd’hui employée ne sont pas adaptés aux enjeux. Mais là n’est pas l’essentiel. L’essentiel, c’est l’action et les résultats dans un contexte impitoyable.

La gauche est culturellement insubordonnée, et la cohabitation éruptive au sein du gouvernement de personnalités et d’obédiences antagoniques en témoigne : l’esprit culturel de gauche est-il incompatible avec la discipline qu’impose l’exercice du pouvoir ?
Non. Simplement, la nature et l’expression de cette discipline sont singulières. Elles sont essentiellement politiques et idéologiques, et interviennent lors des arbitrages. Les conflits internes au PS prennent trop de place, même si les dirigeants ont l’habitude de les gérer. Le problème aujourd’hui, ce n’est pas le PS, mais la France. Et les Français ne supportent pas cette confusion. Pour l’heure, les socialistes ont du mal à réussir une communication d’État performante. Cette difficulté à inventer un autre mode de communication publique et politique est d’autant plus étonnante que la majorité actuelle dispose d’une substantielle expérience du pouvoir dans les grandes villes, les régions, et les départements. De quoi ce paradoxe résulte-t-il ? Les raisons sont multiples. Mais la première d’entre elles, c’est l’absence dans leurs rangs d’une réflexion critique sur le statut, les leviers, les desseins, les impacts de la communication, du rapport entre communication et politique. Et surtout d’une confusion entre la remarquable complexité du fonctionnement de l’opinion publique et sa simplification sécurisante, dans les sondages.

Les vives critiques de la presse dite de gauche contre la politique du gouvernement répondent-elles de cette insoumission culturelle endogène, d’une louable indépendance, ou d’une stratégie marketing ?
Contrairement à ce que les éditorialistes concernés expriment, ce déferlement ne traduit pas une maturité. L’analyse est plus triviale : le pouvoir médiatique ne sait plus s’arrêter, ne connait plus ses limites, se croit légitime à tout juger, tout examiner, tout critiquer, tout revendiquer. Or franchir cette ligne pourrait lui être fatal, car le public, même s’il est parfois voyeur ou en accord idéologique, ne souscrit pas à cette outrance dans l’anathème qui décrédibilise l’information et discrédite la posture. « Dégommer » un président après quatre mois d’exercice n’est pas une marque d’indépendance mais d’inconsistance. Etre indépendant, c’est chercher des sujets singuliers, c’est les traiter autrement, c’est être neuf dans leur exploration, c’est prendre le temps de bien les réaliser, c’est proposer une vision insoupçonnée de la société, c’est comparer. Et surtout c’est sortir de France. Voyager. Interroger l’extrême complexité de l’Europe et sa force. Et aussi se familiariser avec l’extraordinaire rupture de la mondialisation… Bref, c’est être original, rigoureux et intègre, se différencier, et ne pas « surfer » sur la production des rivaux. L’originalité, ce n’est pas être « de gauche » ce qu’il faudrait encore expliciter, et s’employer à anéantir l’action de la gauche au pouvoir – cette observation vaudrait bien sûr pour une presse de droite à l’égard d’une droite au pouvoir depuis quatre mois. Oui à l’information, à la critique, et au contre-pouvoir de la presse. Non au mythe de l’auto-institution de la presse en 4e pouvoir. Seuls les politiques ont la redoutable responsabilité de l’action. D’ailleurs, il faut nuancer. Cette dérive, en France, comme ailleurs, ne concerne pas tous les médias mais surtout une partie de la hiérarchie journalistique et éditorialiste.

Etre vainqueur davantage par défaut qu’au nom d’une idéologie, d’un projet et d’un programme différenciants, doit-il dicter une certaine manière de communiquer ?
Absolument. Etre élu par défaut ne constitue pas en soi un handicap, car la légitimité peut être conquise une fois au pouvoir. En revanche, et toujours au nom de cette soi-disant « normalité », les dirigeants socialistes ont commis l’erreur d’adopter un style extrêmement classique et traditionnel du pouvoir, au point que l’opinion ne distingue qu’avec peine les ministres des gouvernements Ayrault et Fillon. La similitude des apparences et des modes d’expression, des styles technocratiques, des langues de bois, des manières de parler… induit l’idée qu’il n’existe pas de différences dans le fonctionnement, dans les méthodes, dans la stratégie du gouvernement et de l’État. Cette confusion est problématique.

Le cas Montebourg-Pulvar est symptomatique : la compagne d’un ministre emblématique est nommée à la tête d’un hebdomadaire politique par un propriétaire, également co-actionnaire du Monde, par ailleurs mandaté par Bercy – où siège ledit ministre – pour paver la création de la Banque publique d’investissement. Quant à Valérie Trierweiler, en dépit de son mea culpa et de son renoncement à intégrer la chaine D8, elle poursuit sa collaboration à Paris Match, tout en bénéficiant de la logistique humaine, organisationnelle, financière propre à sa condition de Première Dame. La liberté de travailler, particulièrement pour les « compagnes ou compagnons de », peut-elle s’appliquer sans conditions à l’exercice journalistique ?
Les deux cas sont différents. On peut faire confiance à la capacité à distinguer information et politique pour les journalistes. Non, le problème ici plus grave est la consanguinité de plus en plus forte entre journalistes et politiques. Preuve que les uns et les autres vivent de plus en plus les uns sur les autres. Ce qui pose un problème de fond : la fin d’une vision différente du monde et une certaine homogénéisation de points de vue. Donc un risque d’appauvrissement, que la société verra très bien. La compagne d’un président de la République pose un autre problème. Jusqu’où peut-on tout faire, et surtout a-t-on encore la capacité de se dédoubler ? On ne peut pas à la fois bénéficier de tous les honneurs et des servitudes de la République et faire semblant d’être indépendante dans la pratique de sa profession. Il faut choisir. Le vrai problème plus général est le manque d’autonomie du monde médiatique par rapport à la politique. D’une manière générale, les élites dans les démocraties sont beaucoup trop homogènes, et la société le voit, alimentant un populisme rampant. Plus le monde est apparemment transparent, plus il faut au contraire préserver les différents points de vue entre information, action politique, culture et connaissance. La consanguinité actuelle est dévastatrice pour la démocratie. Pas d’espace public sans hétérogénéité de points de vue, et sans visibilité de cette hétérogénéité. C’est la condition du lien social. Sinon la représentation de la société est bancale. Refléter la complexité et l’hétérogénéité de la société est la condition du fonctionnement des sociétés contemporaines. D’où la responsabilité des médias qui hélas se ressemblent tous, beaucoup trop.

A l’heure d’une crise de confiance sans précédent de l’opinion publique à l’égard des journalistes et des producteurs d’information, mesure-t-on les dégâts que ces collusions provoquent ?
On ne le mesure pas parce que ce n’est pas visible. C’est comme la question très compliquée de l’opinion publique, à savoir les mutations lentes invisibles avec les sondages. En cinquante ans, le contre-pouvoir médiatique, dans les démocraties évidemment et non dans les régimes autoritaires, a tendance à ne plus savoir où sont ses limites. D’autant que le pouvoir politique, avec la visibilité justifiée critique des médias, la rigidité de nos sociétés et les difficultés de la mondialisation, devient de plus en plus fragile. La baisse de prestige de la politique ne doit pas faire oublier sa spécificité : la grandeur et les risques de l’action. Mais comme la collusion presse – politique – élites en général est trop forte, cela ne donne plus confiance aux citoyens. Surtout en temps de crise, alimentant ce pernicieux populisme rampant. La transparence critique se retourne contre les médias avec cette réflexion : « Ils ne sont pas mieux que ceux qu’ils critiquent. Tout ça, c’est le même monde ».

Ces délétères effets collatéraux sont-ils fondamentalement différents de ceux générés par la proximité incestueuse qui liait Nicolas Sarkozy à plusieurs « patrons de presse » – Arnaud Lagardère, Martin Bouygues, Serge Dassault, Vincent Bolloré, Bernard Arnault… – ?
Ce problème n’était pas propre à Nicolas Sarkozy. Ce qui était inédit, c’était cette correspondance générationnelle entre lui et les patrons de presse, c’était aussi cette manière de l’afficher ostensiblement. Pour autant, était-ce pire ? Certes, quelques coups de téléphone douteux passés aux dirigeants de quelques grands titres avaient témoigné d’un raisonnement classique – et faux – du pouvoir politique convaincu que s’il maîtrise les « tuyaux » il maîtrise les consciences. Mais c’était oublier deux paramètres : celui des journalistes, qui à un moment se révoltent, et celui des citoyens que l’envahissement de messages, souvent unilatéraux, ne rend pas plus dociles ou favorables. Cette collusion entre Nicolas Sarkozy et certains médias l’a servi jusqu’en 2010. Puis, comme autrefois Michel Rocard, François Mitterrand ou Jacques Chirac l’avaient eux-mêmes expérimenté, l’élite médiatique s’est détournée puis s’est retournée contre sa « coqueluche ». La volte-face fut brutale. Sa côte de confiance au sein des médias était devenue faible mais il « tenait » encore ces derniers grâce à ses « amis » et ainsi demeurait hyper médiatisé. Pour cette raison, il a eu grand tort de s’afficher en « victime expiatoire » desdits médias. Et l’issue du scrutin a donc démontré que « tenir » les médias ne signifie pas « tenir » les consciences.
Le plus important n’est pas ce que les médias disent du président, c’est la perception que les citoyens se font de l’action du Président. Or ils sont à même de juger de la cohérence ou du décalage entre les discours et les actes du pouvoir indépendamment des médias.

Il fut reproché à Nicolas Sarkozy de mêler l’opinion publique à ses affaires privées les plus intimes. Et son successeur avait, là encore, promis la rupture. De la guerre que se livrent Ségolène Royal et Valérie Trierweiler au fameux tweet de cette dernière en passant par les prises de position des enfants du couple Royal – Hollande, le nouveau Président ne fait pas mieux que son prédécesseur. Seule différence : il est débordé là où Nicolas Sarkozy manoeuvrait voire instrumentalisait. Est-ce intrinsèque à une société des réseaux sociaux, de la surenchère médiatique, de l’interconnexion immédiate, et de la dictature de l’anecdote qu’aucune volonté ne peut désormais contenir ? Ce tweet pourrait-il se révéler le pendant du funeste dîner au Fouquet’s qui poursuivit Nicolas Sarkozy durant toute sa mandature ?
Qu’un président de la République se montre incapable de contenir les sentiments de sa compagne n’est pas anodin au moment où il s’emploie à l’égard de l’opinion publique à asseoir sa légitimité. Ceci étant, les personnalités, politiques ou artistiques, disposent d’une marge de man?uvre dans leur appréhension des mécanismes de peoplisation qui se sont imposés dans la société et au sein des médias. Tout est question d’anticipation, de rigueur, de discipline. Et de lucidité : on ne peut pas espérer vivre « normalement » et exprimer « librement » ses sentiments lorsqu’on est la compagne du président de la République. Cette absence de réflexion sur les enjeux contemporains de la communication est sidérante. Et cette illusion de croire que « twitter » fait de vous une personne moderne et proche des jeunes, est tout aussi incompréhensible. Le tweet est un poison pour ceux qui s’y enferment et n’est la preuve d’aucune intelligence. La réalité politique ne va pas à la vitesse de ces commentaires, et la société est dans un autre espace-temps. Toujours cette illusion d’une élite qui en saurait plus que les autres dans une sorte de virtuosité de la vitesse… On voit le résultat…

Le numérique a bel et bien bouleversé l’exercice politique. Le rapport des élus au peuple est métamorphosé, la participation de ce dernier à la « chose politique » est transformée. Une nouvelle démocratie est-elle en train de naître ? Le risque que les institutions représentatives volent en éclats sous le joug d’une supposée démocratie directe est-il réel ?
On assiste moins à l’irruption d’un nouveau modèle qu’à celle d’une forme caricaturale d’un modèle ancien. Cette dérive, c’est la liberté de la presse désormais sans limite. Liberté au nom de laquelle la peoplisation, le parler de soi, la mise en scène, la futilité, l’absence de culture, deviennent la norme, le narcissisme et l’auto-congratulation un idéal… Cela va accentuer le sens critique du public, mais aussi obliger à réintroduire de la démocratie « indirecte ». Pour casser l’illusion d’une société en direct, étouffée par la peopolisation, la psychologie, et les révélations, il faut maintenir la compétence et la visibilité de tous les intermédiaires d’une société : hauts fonctionnaires, professeurs, médecins, militaires, religieux… Laisser visible cette hétérogénéité de la société et casser la fausse homogénéité. Organiser la cohabitation de points de vue contradictoires. Quant à l’avènement d’une démocratie directe, je n’y crois pas. Certes, les nouvelles technologies ont modifié les codes de l’information et de la communication, ils ont instauré une instantanéité et une interactivité avec lesquelles il faut intelligemment composer. Mais la classe politique ne doit en aucun cas faire acte de suivisme. La politique ne se fera jamais à la vitesse des internautes. Heureusement. Et surtout en démocratie où le défi est justement d’organiser la cohabitation de points de vue et de gérer les échelles contradictoires du temps. Plus tout est transparent, plus chacun doit demeurer à sa place. Un journaliste est un journaliste, un élu est un élu, un scientifique est un scientifique, un patron est un patron, etc. Les identités des uns ne peuvent se substituer à celles des autres, et il n’y a pas de progrès dans cette sorte de mimétisme techniciste et urbain. La modernité ne veut pas dire grand chose quand tout est moderne. Cette confusion rétrécit l’espace de représentation nécessaire au fonctionnement de la démocratie. C’est l’altérité des points de vue qui est au c?ur de la politique. Et c’est en cela que l’homogénéité des élites est dangereuse. La « transparence » apparente de nos sociétés devrait au contraire renforcer la visibilité de la transparence des repères politiques et culturels. Ceci afin de ne pas confondre les performances techniques qui permettent vitesse et transparence avec l’inévitable et indispensable épaisseur des sociétés et des cultures.

Source : La Tribune, Denis Lafay, 01/11/2012

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18 réponses à Dominique Wolton : La consanguinité journalistes-politiques ravage la démocratie

Commentaires recommandés

Didier Le 24 juin 2016 à 02h56

Que dieu nous délivre de la communication, et plus encore de la communication sur la communication!

“en période de crise, les Français sont en demande d’un « chef »”, “En situation de crise, « on » veut un grand capitaine”, etc., etc. Mais comment fait ce type pour aligner ainsi ce tissu de platitudes, cet indigeste brouet de certitudes autoréférentielles ? Pour se croire autorisé à parler avec une telle assurance de ce que veulent “les Français” ou “on”?

Lecture parfaitement évitable.

  1. georges dubuis Le 24 juin 2016 à 01h53
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    Mais bon sang, de quel sang parle t il ? Ben ON ne le saura pas. Elizabeth Lévy avait posé la même question….pas de réponse
    https://www.youtube.com/watch?v=5uY7hDuSFPA


  2. Didier Le 24 juin 2016 à 02h56
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    Que dieu nous délivre de la communication, et plus encore de la communication sur la communication!

    “en période de crise, les Français sont en demande d’un « chef »”, “En situation de crise, « on » veut un grand capitaine”, etc., etc. Mais comment fait ce type pour aligner ainsi ce tissu de platitudes, cet indigeste brouet de certitudes autoréférentielles ? Pour se croire autorisé à parler avec une telle assurance de ce que veulent “les Français” ou “on”?

    Lecture parfaitement évitable.


    • Charles Michael Le 24 juin 2016 à 06h13
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      Merci,

      j’ai lu 3 lignes et arrété (je préfère surveiller le Brexit)

      mais le titre dit tout: en ne ciblant pas les propriétaires et gérants des media, mais leurs employés.


      • Calonne Le 24 juin 2016 à 08h31
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        Il me semble que vous vous arrêtez à une maladresse lexicale .
        Car “chef” représente l’autorité certes mais pas forcément la force ou la contrainte . Cette autorité peut et doit émaner de la compétence , du savoir , de l’intelligence des situations …
        Le mot chef est donc maladroit .
        Mais nous avons besoin de rencontrer des “maîtres” incontesté et incontestables qui nous aident à grandir , nous structurer et transmettent du savoir .
        Il n’empêche que selon moi D. Wolton a raison : en période de crise , avec une population très anxieuse ,perturbée , frustrée et impatiente , puisque dans notre pays tout est suspendu aux élections, il faut à la direction d’un pays un ou des responsables cohérents , faisant consensus tout au moins pour les citoyens qui l’ont élu .


      • Jean-Paul B. Le 24 juin 2016 à 10h00
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        Bonjour,
        tout à fait d’accord, les propos de M. Wolton sont insipides. Cet “expert” oublie de nous dire que la grande majorité des médias appartiennent à des milliardaires et que la ligne éditoriale s’en ressent. Vous ne voudriez pas que
        M. Drahi, à la fois: citoyen franco-israélien, résident fiscal en Suisse et heureux propriétaire de médias tels que: Libération (!!!), L’Express, BFMTV, RMC, L’Etudiant et j’en oublie, invite “ses” “journalistes” à bien nous informer sur le coût pour notre pays de la fraude fiscale et de “l’exil” fiscal, ou sur la réalité du conflit israélo-arabe.
        Le raisonnement est tout aussi valable pour les médias de tous les autres milliardaires: Berger-Niel-Pigasse, Lagardère, Bouygues, Dassault, Bolloré, etc.
        Si ces gens achètent tant de médias c’est pas pour nous informer mais pour mieux nous laver le cerveau, mais peut-être ne suis-je qu’un simple parano-pessimiste!!!


    • bourdeaux Le 24 juin 2016 à 08h24
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      C’est ce qu’on appelle un sociologue de la communication, qui parle du journalisme sans avoir jamais mis les pieds dans une rédaction, passant ainsi complètement à côté du sujet (marque de fabrique du CNRS ?). Je partage donc votre avis…


    • emmanueL Le 24 juin 2016 à 09h09
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      “Que dieu nous délivre de la communication, et plus encore de la communication sur la communication!”

      Euh, non, pas de dieu svp.


    • Joseph Le 24 juin 2016 à 09h54
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      Je ne peux qu’être d’accord… Analyser la com’, oui, mais il faut le faire avec un peu de recul, de précision, et moins de verbiage partisan et péremptoire.


    • laertes Le 24 juin 2016 à 18h22
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      Tout à fait d’accord avec vous. Les gens comme Wolton n’ont toujours pas compris que les français sont de plus en plus connectés et ne veulent plus de la “pédagogie” des “maîtres”. On les voit sur France Culture se bousculer, donner la leçon…………………mais nous sommes de moins en moins dupes et nous savons que c’est surtout à eux et à leur position qu’ils pensent.
      Rappelez-vous ce sont ces mêmes gens qui nous parlaient du danger “internet” qui n’est pas un “vrai média” (lire l’intervew du même Wolton à Libération en 1999). Des gens comme Wolton ne sont plus crédibles… et s’ils mettent de l’eau dans leur vin c’est parce qu’ils ont reçu une bonne douche année après année dans leur vin.
      Le temps de ces soi-disant experts s’obscurcit et ils tentent par tous les moyens de faire oublier leurs prises de position.
      Qu’ils s’en aillent ! On ne les regrettera pas.


  3. Max47 Le 24 juin 2016 à 05h20
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    Cet article aurait pu s’intituler « Les communicants parlent aux communicants ». Encore une (pseudo ?) critique du système politico-médiatique par lui-même, puisque menée par quelqu’un qui en fait entièrement partie – et qui loge aux étages supérieurs, s’il vous plaît.
    Donc tout n’est que communication, et par exemple on ne dira jamais que la (fausse) gauche s’avère être pour de bon une vraie droite : on soulignera juste que « la similitude des apparences et des modes d’expression, des styles technocratiques (…) induit l’idée qu’il n’existe pas de différences dans le fonctionnement (…), dans la stratégie du gouvernement et de l’État ».
    Et si tout cela est fâcheux, ce n’est pas parce que ça engendre de vraies catastrophes, des inégalités galopantes et des millions de chômeurs, mais parce que ça risquerait à terme d’amener du « populisme » : « Non, le problème ici plus grave est la consanguinité de plus en plus forte entre journalistes et politiques. (…) D’une manière générale, les élites dans les démocraties sont beaucoup trop homogènes, et la société le voit, alimentant un populisme rampant ».
    Mais alors que faire ? Rien sans doute ; on ne va quand même pas laisser la voie libre au populisme, non ? Restons entre nous, dans les étages supérieurs. Bon, admettons qu’il faudrait juste « communiquer » de manière un peu différente…


    • Tig Le 24 juin 2016 à 11h11
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      Article de 2012 ou l’on distille déjà le PPR:
      Pernicieux Populisme Rampant.

      Vous le visualisez bien l’espece de monstre zombie à terre qui bave et veut attraper vos bas de pantalon, ce vicieux? Pernicieux, et rampant. Affublé de deux qualificatifs négatifs.

      Puisqu’il semble vanter l’expression de points de vue différents, voire antagonistes, un autre communicant aurait pu parler de RDS ou Reveil Démocratique Salutaire (de ‘demos’, le peuple) mais il nous sert deux fois dans le texte son Populisme Rampant. Ça va finir par rentrer oui?

      2016, 4 années ont passé.

      Pour les journal…istes, la bête immonde pernicieuse rampe toujours, quand bien même ils seraient à genoux devant elle: la masse populaire, le peuple (ceux sur qui s’exerce le pouvoir @Onfray).

      Aux armes citoyens, formez vos bataillons, rampons, rampons,…!


  4. DUGUESCLIN Le 24 juin 2016 à 06h08
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    Tout cela reste dans la ligne habituelle qui est celle d’occulter le débat de fond. Le constat de liens entre la gente journalistique et la gente politique ne suffit pas à expliquer la perte de confiance envers les politiques (visible au travers des scrutins par une forte abstention) et envers les journalistes (lisible au travers de divers “blogs”).
    Ni les politiques ni les journalistes n’apportent de réponse sur le fond, sinon que par les stéréotypes habituels du genre “les français veulent, les français ne veulent pas, les français attendent” ce qui permet de faire semblant de prendre les français en considération et de les comprendre, évitant de la sorte les remises en question. On tourne en rond.
    Quand aux français qui sont las de les entendre et cherchent ailleurs des vraies réponses, ils sont hors jeu. Nos gentes médiatiques et politicardes leur ont trouver un nom ce sont les “populistes”.
    Grâce à ce tour de passe-passe les vrais débats de fond sont occultés.


  5. Nicolas Anton Le 24 juin 2016 à 08h45
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    Autre exemple dans Le journal Lacroix ce matin, d’un journaliste subventionné pas content de voir son système qui s’effondre :
    “En analysant les résultats du scrutin britannique, l’Union risque aussi de redécouvrir cette évidence : elle suscite surtout l’adhésion des classes de population aisées et éduquées.”

    Leur morgue ne les quitte jamais.


    • Caliban Le 24 juin 2016 à 08h56
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      “’Union risque aussi de redécouvrir cette évidence : elle suscite surtout l’adhésion des classes de population aisées et éduquées”
      Je ne sais pas pourquoi votre citation me fait penser à celle de Mme Nuland et très en vogue chez ls diplomates US : https://www.youtube.com/watch?v=CL_GShyGv3o


  6. Caliban Le 24 juin 2016 à 08h53
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    [Modéré]

    Concernant l’article de M. Wolton – datant de l’automne 2012 – on peut s’interroger sur son intérêt.
    • Une vieille archive pour boucher un trou sur les-crises.fr ? Rien n’oblige M. Berruyer et son équipe à publier tous les jours s’il n’y a rien de pertinent à publier.
    • Sur le fond, on peut franchement être déçu par le propos. Les “medias” sont un tout (aucune distinction entre les différents supports) qui évoluent dans un contexte de “crise” (du pétrole ? de l’euro ? de quoi au juste ?). Bref, la Tribune aussi devait avoir un trou à boucher à l’époque de la publication de cet article.


  7. AUSEUR Robert Le 24 juin 2016 à 10h37
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    Après lecture de ce torrent insipide et propagandiste , dans lequel tous et toutes peuvent trouver de quoi leurs ressembler ! …..Si nous évoquions les cent années de la location DE groupes HLM , pendant cent ans ….Fêtés par le Maire PS de la ville de Lyons (amortis en 15 ans) …..Le fric empoché par qui , depuis ? …(De +en+ de citoyennes et de citoyens meurent dans la rue)Si nous évoquions ces decennies de majorations de salaires “distribuées” en % = une société de riches qui accentuent la diminution de l’espérance de vie de la France d’en bas ….Si nous évoquions les “transfers” pour reprendre le verbiage untilisé , dans la présentation des comptes annuels = Transfers de l’ARRCO (caisse de retraites complémentaires des non cadres) aux profits de l’AGIRC (caisse de retraites complémentaire des cadres , et des transfers de l’ARRCO vers l’agff (complément maladie des cadres ) Bref , plein de détournements du fric de la France d’en bas , en l’abscence du contrôle des intéressés ,pas invités (es) à le faire !!!= Une société d’infâme pourriture Proche ? de la rupture ?


    • AUSEUR Robert Le 24 juin 2016 à 10h51
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      Pour ma part , j’espère bien que cette presse à la botte du régime , aura ,comme les politiques escrocts à rendre des comptes ! Nous avons bien vu , ces jours-ci ces journaleux , nombreux à évoquer la campagne du référendum Anglais = Ayant oublié ??? Les immondes escroqueries dont les Français ont étés(es) les victimes = LE NON RESPECT DU REFERENDUM = 55 % DE NON ! …..Et cet Etat Français à la seule dévotions et soumises aux seuls intérêts des + natis(es) != La France d’en bas voit son espérance de vie diminuer …..De plus en plus vite , depuis deux ans !!! = POUHAS ! = Dehors !


  8. Zasttava Le 24 juin 2016 à 19h11
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    Si vous êtes intéressés par une vraie enquête sur la consanguinité des élites françaises en général, je vous recommande fortement le livre “Fils et Filles de… Enquête sur la nouvelle aristocratie française”, par Aurore Gorius et Anne-Noémie Dorion.

    Je l’ai dévoré, tant il est bien écrit, et les personnes interrogées intéressantes. Et y ai aussi appris des faits qui m’ont juste fait froid dans le dos, notamment sur les communicants !


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