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9.juin.20179.6.2017 // Les Crises

Gérard Chaliand : Irak et Syrie, quelle situation géopolitique et stratégique ?

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Source : Diploweb, Fabien Herbert, Gérard Chaliand , Pierre Verluise, 30-05-2017

Gérard Chaliand vient de publier « Pourquoi perd-on la guerre. Un nouvel art occidental », Paris, Odile Jacob et « Terrorisme et politique », Paris CNRS édition. Propos recueillis par Pierre Verluise, docteur en géopolitique et Fabien Herbert. Images et son : Fabien Herbert. Montage : Fabien Herbert.

Homme de terrain et géopoliticien, Gérard Chaliand brosse un tableau sans concession de la situation géopolitique et stratégique en Irak et en Syrie au printemps 2017.
Il répond de façon précise et sans langue de bois aux questions du Diploweb.com (8 minutes)

. Quelles sont les idées fausses au sujet de la situation en Irak et en Syrie ?
. La communication est un axe stratégique de l’Etat islamique (EI), les médias occidentaux en ont-ils assez conscience ?
. Au Moyen-Orient, quels sont les jeux et les ambiguïtés des grandes puissances et des puissances régionales ?
. Quelle est la situation géopolitique et géostratégique en Irak et en Syrie au printemps 2017 ?
. Quelle est l’importance réelle du phénomène global du djihadisme dans la géopolitique mondiale ?

Cette vidéo peut facilement être diffusée en classe ou en amphi pour illustrer un cours à propos du Moyen-Orient.

Gérard Chaliand vient de publier « Pourquoi perd-on la guerre. Un nouvel art occidental », Paris, Odile Jacob et « Terrorisme et politique », Paris CNRS édition.

Source : Diploweb, Fabien Herbert, Gérard Chaliand , Pierre Verluise, 30-05-2017


Gérard Chaliand: à Mossoul, les djihadistes «utilisent les civils comme boucliers humains»

Source : Sputnik, Jean-Baptiste Mendès, 01.06.2017

Mossoul, deuxième ville d’Irak a été prise par Daech en 2014. Sa reconquête, entamée il y a sept mois, est encore en cours. Gérard Chaliand, géopoliticien et spécialiste des conflits irréguliers, revient d’Irak et nous livre son précieux témoignage sur cette bataille et les enjeux de la région.

e siège de Mossoul dure depuis plus de sept mois. Pourquoi prend-il autant de temps?

D’abord parce que l’État islamique a décidé d’en faire une sorte d’exemple de sa capacité, du dévouement de ses militants, on leur a dit de s’accrocher jusqu’à la mort. Deuxièmement, parce que la partie Est est extrêmement difficilement à prendre, c’est l’une de ces vieilles villes caractéristiques de la période médiévale, où les rues sont étroites, on ne peut pas y introduire des véhicules, c’est vraiment une très dure bagarre. À mon sens, il doit rester quelques centaines d’hommes et ils essaient de tenir jusqu’au bout. La défaite militaire oui, mais la victoire morale est sauve.

Retrouvez l’intégralité de l’entretien sur notre page Soundcloud

Quelles sont les pertes humaines?

Difficile à évaluer, mais enfin très franchement, ils ont utilisé les civils en tant que boucliers humains, comme en fait très souvent quand on n’est pas directement concerné par la vie de ceux qui sont là, parce que ce n’est pas vraiment les vôtres.

Peut-on comparer le scénario du siège de Mossoul à un nouvel Alep?

Je ne crois pas. Je crois qu’à Alep, on a beaucoup mélodramatisé l’affaire, on a voulu transformer ça comme quelque chose d’extraordinairement important, Alep-Est est tombée relativement facilement, donc je crois que la comparaison est inexacte, ils ne sont pas du tout défendus de la même façon.

Après la très probable prise de Mossoul, peut-on s’attendre à une guerre plus intense entre chiites, sunnites et kurdes?

À mon avis, en ce qui concerne les sunnites, je ne pense pas qu’ils vont bouger, ils sont très minoritaires. Le fait que l’État islamique ait été écrasé, ça compte, même si beaucoup de sunnites n’étaient pas du tout sympathisants de l’État islamique. Reste le problème entre les Kurdes et les Irakiens. J’entends là le pouvoir de Bagdad, chiite, la situation peut être conflictuelle dans la mesure où les Kurdes occupent une assiette territoriale qui dépasse celle qui leur revient normalement, c’est-à-dire celle qui est de façon écrasante peuplée de Kurdes. Ils se sont beaucoup avancés pendant le conflit. Il va falloir qu’ils pratiquent d’un côté comme de l’autre des discussions qui peuvent aller jusqu’à la torsion de bras. De là à ce que ça débouche sur un conflit, je pense que les Kurdes n’y ont pas intérêt et en fait, pour l’instant, Bagdad non plus. Restera évidemment la question épineuse de Kirkouk et du pétrole de Kirkouk.

Quel est l’avenir du référendum sur l’indépendance du Kurdistan irakien?

Je pense que le souhait de déboucher sur l’indépendance chez les Kurdes d’Irak est indiscutable, c’est très net que s’il y avait un référendum, il y aurait une majorité pour. Enfin, je ne pense pas que cela soit souhaité par la communauté internationale, moins encore par les Américains, donc je pense que ce projet de référendum va être remis à plus tard, logiquement.

La solution pour la paix en Syrie passe-t-elle par Genève ou Astana?

Franchement pour l’instant, ni l’un, ni l’autre. Je ne pense pas qu’on débouche sur la paix pour l’instant. Et je vais vous dire pourquoi à mon avis. On négocie quand on pense qu’à travers la négociation, on peut obtenir davantage que ce que l’on obtiendrait à travers le conflit. Aujourd’hui, de part et d’autre, il y a le sentiment que par la poursuite du conflit, on peut encore gagner une position meilleure.

Vous avez déclaré dans une interview précédente que le grand vainqueur régional était l’Iran. Pourquoi?

Oui, l’Iran est le grand vainqueur régional, indiscutablement. Parce qu’on voit qu’en 2003, l’intervention américain dont le but n’était pas du tout d’avantager l’Iran ni d’ailleurs les Kurdes, a eu en fait comme effet non désiré, de rendre à l’Iran cet Irak qui fut finalement iranien, au sens général du terme, du point de vue impérial. C’est-à-dire que ça a été perdu au XVIIe siècle et accidentellement retrouvé en 2003. C’est un bon point pour les Iraniens. Le Hezbollah s’est imposé comme la force militaire majeure au Liban, le régime de Bachar al-Assad se trouve aujourd’hui en meilleure position militaire qu’il y a cinq ans. Donc on peut dire que les Iraniens, à travers leur politique milicienne, la formation de milices en Syrie, à travers le travail qu’ils ont fait, le général Qasem Soleimani a participé à la formation dit-on de 50 000 hommes. Il y a eu un renforcement de chiites ramenés du Pakistan, ramenés d’Afghanistan, ces sont des Hazaras, ils vont probablement rester. Peut-être même que le régime viserait dans ce que l’on appelle géographiquement la Syrie utile à avoir davantage de chiites, c’est-à-dire faire ce qu’il faut pour qu’il y ait une légère modification de l’équilibre confessionnel. Donc oui pour l’instant, les vainqueurs ce sont indiscutablement les Iraniens, avec bien sûr l’aide effective de la participation russe entre septembre 2015 et février 2016.

Source : Sputnik, Jean-Baptiste Mendès, 01.06.2017

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Commentaire recommandé

Geoffrey // 09.06.2017 à 09h42

Gégé est relativement honnête mais il ne va pas au bout de ses raisonnements, et quand je dis au bout c’est plutôt dans ses fondements….

qui dirige daesh ? qui finance ? qui rend possible ses crimes ?

bien sûr, tout le monde doit manger, et lui de vendre des livres : ‘faut pas fâcher qui de droit…

Geoffrey, neo-communiste wallon (qui n’a pas de livres à vendre)

14 réactions et commentaires

  • Caracole // 09.06.2017 à 08h17

    Ca fait un moment que je suis ce blog, et la géopolitique de facon général, et c’est bien l’une des premières fois que j’entends parler de Chaliand, qui à des propos tout à fait intéressant (mais rien de neuf pour qui ne lis pas la presstitué).

    Pour me rattraper, je viens de commander son bouquin sur le terrorisme « De l’Antiquité à Daech », en esperant que ca parle des anarchistes des années 1870-1914 (si quelqu’un à de BONS articles faisant la comparaison anarchistes 1870-1914/ terrorisme salafiste, je suis preneur, merci!)

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    • Duracuir // 09.06.2017 à 14h02

      Non, non, il y a quelques mois, j’étais tombé du ciel en découvrant ce martien sur Les Crises.
      Impressionnant cursus.

        +0

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    • isary // 09.06.2017 à 16h26

      bonjour,

      en 2004,Gérard Chaland a publié: »histoire du terrorisme de l’ antiquité à al-quaida »

      Dans cet ouvrage,figure un chapitre intitulé: »les terroristes anarchistes du 19éme siècle » par Olivier Hubac-Occhipinti,

      A toutes fins utiles,

      bien à vous

        +1

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  • Julie // 09.06.2017 à 09h04
  • Geoffrey // 09.06.2017 à 09h42

    Gégé est relativement honnête mais il ne va pas au bout de ses raisonnements, et quand je dis au bout c’est plutôt dans ses fondements….

    qui dirige daesh ? qui finance ? qui rend possible ses crimes ?

    bien sûr, tout le monde doit manger, et lui de vendre des livres : ‘faut pas fâcher qui de droit…

    Geoffrey, neo-communiste wallon (qui n’a pas de livres à vendre)

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    • willie // 10.06.2017 à 19h30

      Bonjour Geoffrey,

      à comparer avec l’article d’Alain Gresh « Profil Bas pour le Qatar »,dans le Monde Diplomatique,qui est toujours profil très très bas quand ça concerne la Syrie et ses adversaires.
      Le soudain mis au ban du Qatar a fait perdre la voix à beaucoup d’éditorialistes et faiseurs d’opinion.Ils attendent de voir de quel côté souffle le vent.
      Les Frères Musulmans est une organisation multiforme et tentaculaire,présent dans quasiment tous les pays du monde,comme la Franc-maçonnerie.Une multinationale,quoi…

        +0

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  • Christian Gedeon // 09.06.2017 à 10h47

    Bassam Tahhan + Gerard Chaliand et voilà une contribution claire et nette des Crises à une compréhension objective pour l’essentiel de ce qui se passe au MO. J’avais émis une réserve sur le côté « angélique  » de M. Tahhan en ce qui concerne le côté « révolutionnaire  » de l’Iran. J’en émets une autre sur l’opinion de M. Chaliand sur le côté « effet sonore » un peu négligeable, des mouvances islamistes. Elles sont plus que çà à mon sens,et on sous estime l’effet de masse de l’islamisme et sa prégnance,y compris dans le monde occidental,je dirais surtout dans le monde occidental… ça m’étonne un peu de sa part,mais peut-être toutes les vérités ne sont elles pas bonnes à dire,dans le contexte actuel.

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  • Duracuir // 09.06.2017 à 13h58

    Gerard Chaliand n’est Français, il est Belges.
    Incroyable que ce gars soit si peu connu, c’est une mine d’or.
    Et avec un vécu incomparablement plus impressionnant que nos salonnards germano-pratins et badernes médiatiques.
    Merci à Les Crises(juste la 273425e fois) pour m’avoir fait découvrir récemment ce type extradordinaire.

      +3

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  • Gavrilo // 09.06.2017 à 16h41

    Certains lecteurs semblent quand même tomber de la lune…

    Gérard Chaliand est l’invité de toutes les émissions de politique internationale des médias grand public depuis vingt bonnes années ; on le retrouve régulièrement sur Europe 1, France Inter, TF1…

    D’où l’aspect très conventionnel (pour rester courtois) de ses analyses, justes au demeurant mais très prudentes. Il ne se mouille pas vraiment afin de continuer à être invité par la MSM. En faire un nouveau venu ou un héros de l’analyse alternative est à pleurer de rire…

      +8

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    • Ellilou // 09.06.2017 à 21h52

      Quand j’avais encore le courage (ou la folie…) de regarder 28 minutes sur Arte je l’ai vu pas mal de fois 😉

        +1

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  • bizmarco // 09.06.2017 à 22h37

    Un tournant fondamental dans la situation en Syrie s’est produit ce jour. L’armée syrienne appuyée par les russes ont damé le pion aux US et leurs affiliés rebelles « modérés » dans le sud est à la frontière iraquienne (Al Tanef).
    La situation risque de grandement évoluer très prochainement dorénavant.

    http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2017/06/urgent-syrie-la-frontiere-atteinte.html

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    • Pierre Tavernier // 10.06.2017 à 00h17

      A confirmer, mais c’est effectivement une info, si elle se révèle vraie, capitale. Elle confirmerait l’échec total de la politique américano-israélienne au M-O. Ceci ajouté à la semi-guerre déclaré entre l’Arabie saoudite et le Quatar, qui risque d’ailleurs, pour des questions économiques ( partage de l’immense réserve gazière au milieu du golfe arabo-persique), accentuer une alliance jusque là très circonstancielle entre le Quatar et l’Iran (ce n’est que mon humble avis, et ce n’est de toute façon pas gagné !) . Mais on voit bien que l’Iran tire fort bien son épingle du jeu. Reste que les chiites irakiens sont avant tout irakiens, et qu’il faut tenir également compte des kurdes,qu’ils soient turcs, syriens, irakiens et même iraniens, et qui sont d’ailleurs loin d’avoir tous les mêmes « agendas ».
      Bref, toujours un sacré nœud gordien dans la région. Saluons au passage la diplomatie russe qui fait preuve d’un talent d »équilibriste hors du commun.

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  • chb // 16.06.2017 à 01h23

    Qu’est-ce que c’est Daesh ? Pour Chaliand : « des enfants d’Hollywood », « un phénomène sonore »., « du vent par rapport à la Chine, à l’Inde… ». Et c’est aussi un état raté, une armée en déroute partout.
    Plutôt optimiste, ce constat me plaît, et appelle les médias à d’autres analyses que la publicité excessive qu’elles donnent à la fois aux terroristes et à ceux qui disent les combattre (mais s’en servent).

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