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Juan Guaido reçu à l’Élysée: quel intérêt pour la France ?

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Source : Romain Migus, 25-01-2020

A la suite du premier ministre du Royaume-Uni Boris Johnson, des eurodéputés de l’ultradroite espagnole VOX, et du chancelier autrichien conservateur Sebastian Kurz, le président Emmanuel Macron et la diplomatie française accueillent Juan Guaido. La question qui nous interpelle surtout est de savoir en quoi cela défend-t-il les intérêts de la France et des français, ou participe-t-il à l’influence de notre pays à l’étranger?

Suite à l’autoproclamation de Guaido, les entreprises françaises ont été sanctionnées et ne peuvent plus commercer avec le Venezuela (à la différence des entreprises pétrolières des USA, exemptées de sanctions par leur gouvernement). Pourquoi donc s’enfermer dans un jusqu’au-boutisme idéologique qui pénalise nos industries ?

Des scandales de corruption ont éclaboussé Guaido et son entourage comme l’ont révélé le très droitier journal PanAm Post (le 18 juin 2019), le propre représentant de Guaido en Colombie, Humberto Calderon Berti (le 30 novembre 2019) ou encore plus récemment l’agence de presse Reuters (le 22 janvier 2020). N’oublions pas non plus les liens avérés qui unissent Juan Guaido et ses proches au cartel narco-paramilitaire colombien Los Rastrojos. En quoi recevoir un tel personnage contribue-t-il au rayonnement politique et culturel de la France ?

Juan Guaido et son entourage cherchent, de manière réitérée, à provoquer un conflit armé contre le Venezuela dans le but de précipiter la chute du président Maduro. La demande de recours au Traité Inter-américain d’Assistance Réciproque est un des nombreux exemples de leur volonté d’embraser la région. Doit-on rappeler à notre président que, depuis le 17 juillet 1980, la République française et celle du Venezuela partage une frontière commune fixée par le méridien 62 degrés 48 minutes 50 secondes ? Pourquoi donc dérouler le tapis rouge à une personne qui se targue d’amener le feu et le sang aux portes de notre pays ?

Puisque Emmanuel Macron semble vouloir, ces jours-ci, singer son prédécesseur Jacques Chirac, rappelons que celui-ci avait eu le courage de se démarquer de la politique étrangère états-unienne. La voix d’une France indépendante aurait pu contribuer au dialogue au Venezuela et à la recherche de résolution de conflits politiques. Au lieu de cela, la France persiste à soutenir de manière intransigeante l’option la plus radicale de l’opposition, celle qui se refuse à tout dialogue, et à toutes nouvelles élections. Si pour Juan Guaido et son gang, ce fanatisme politique est fort bien rémunéré, pas sûr en revanche qu’une telle politique étrangère grandisse notre pays sur la scène internationale.

Au-delà des errements de notre diplomatie, la tournée de Juan Guaido en Europe a surtout été motivée par les évolutions politiques au Venezuela. Le 5 janvier 2020, un groupe de députés frondeurs de l’opposition a ravi le perchoir de l’Assemblée National à Juan Guaido. Mais c’est surtout au sein de ses partisans qu’il a perdu le soutien dont il jouissait encore un an auparavant. Lassés des promesses non tenues, écœurés par la corruption de son entourage, de nombreux vénézuéliens antichavistes se sont détournés de la « marque » Guaido.

L’album souvenir concocté lors de ce voyage a pour but de montrer à ses partisans qu’il reste le leader incontesté pour les pays qui soutiennent la tentative de putsch institutionnel. Pas sûr que cela soit suffisant pour redorer son blason au sein de la population antichaviste.

Qui plus est, le bilan de cette tournée est absolument creux. Hormis les déclarations de soutien de principe, aucun accord concret n’a émergé de ces multiples rencontres. Lors de sa rencontre avec Boris Johnson, Juan Gaido a-t-il pu récupérer les 14 tonnes d’or vénézuélien séquestrés dans les coffres de la Bank of England depuis le 9 novembre 2018 ? Pourquoi donc le flamboyant politicien vénézuélien n’a-t-il pas profité de son séjour à Davos pour convaincre les dirigeants des nombreuses institutions financières présentes de rendre les 5,47 milliards de dollars volés à la République bolivarienne du Venezuela ? Mis à part les sourires de rigueur, aucun dirigeant visité n’a modifié la position de son pays après le passage de Guaido.

Pendant ce temps-là, les États-Unis semblent prendre conscience que l’opération Guaido a échoué malgré le putsch institutionnel manqué, et les cinq tentatives de coups d’État militaires qui ont émaillé l’année 2019. Ils font donc évoluer leur stratégie en tenant compte de la réalité de terrain, et des nombreux soutiens dont dispose le président Maduro tant au Venezuela que sur l’échiquier international. Si le blocus criminel contre le Venezuela se maintient, Washington a tout de même légèrement infléchi certaines sanctions qu’ils maintiennent depuis décembre 2014. Des organismes internationaux sont désormais autorisés par le Département du Trésor à établir des transactions avec la Banque Centrale du Venezuela (BCV). C’est une évolution par rapport à la politique d’embargo total promue par l’ancien conseiller à la sécurité, John Bolton.

D’autres organismes liés à l’ONU comme l’Unicef, ONU-Habitat, le Haut-Commissariat aux Réfugiés, l’Organisation pour l’Alimentation et l’Agriculture, le Programme Alimentaire Mondial, et ceux liés à la Croix Rouge et au Croissant Rouge pourront désormais réaliser des transactions avec la Banque Centrale du Venezuela.

Certaines institutions financières, et ce n’est pas anodin, sont aussi autorisées : le FMI, la Banque Mondiale, la Banque Interaméricaine de Développement, la Corporación Andina de Fomento. Après avoir délibérément saccagé l’économie du pays, comme l’a révélé récemment le sénateur républicain de Virgine Richard Black, les États-Unis chercheraient-ils à pousser le Venezuela dans les griffes d’institutions financières qu’ils contrôlent ? Souvenons-nous en ce sens que Juan Guaido avait « autoproclamé » de nouvelles autorités à la BCV en juillet 2019. Une direction fantoche qui pourrait endetter illégitimement le Venezuela au grand bénéfice du FMI ou de la Banque Mondiale.

Cette mesure intervient après que le Venezuela ait attribué des cargaisons de pétrole à ses partenaires au sein de joint-ventures, pour qu’ils commercialisent le brut à destination de l’Asie et de l’Afrique. Cela concerne avant tout les entreprises étatsuniennes exemptées de sanctions par leur gouvernement (Chevron, Haliburton, Schlumberger, Baker Hughes-General Electric et Weatherford International). Le produit de la vente ne tomberait pas sous le coup des sanctions si celui-ci est utilisé pour rembourser les dettes que Pdvsa a contracté avec ses associés.

Au-delà des gesticulations de Juan Guaido sur le vieux continent, un pragmatisme commercial, cher au président Trump, semble se dessiner pour l’instant outre-Atlantique sans pour autant diminuer la cruauté de la guerre livrée contre la Révolution bolivarienne sur les fronts économique, militaire, institutionnel, diplomatique et médiatique.

Le futur du Venezuela se détermine plus que jamais depuis le Venezuela. Au vu des évolutions politiques sur place, la position adoptée ces jours-ci par la France relève quasiment du mystère scientifique…

Source : Romain Migus, 25-01-2020

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Commentaire recommandé

Louis // 02.02.2020 à 08h25

Qui se ressemble s’assemble. Guaido est un salopard du genre Macron, et un valet de Washington, normal qu’ils s’apprécient et se fassent des mamours.

18 réactions et commentaires

  • anatole27 // 02.02.2020 à 07h03

    On apprend par Jacques Attali que Juan Guaido est un président PAR INTERIM
    et qu’il serait dans l’intérêt (lequel) et l’honneur (vieille notion) de la France de le soutenir

    https://twitter.com/jattali/status/1221067157540392966

      +13

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    • wuwei // 02.02.2020 à 10h17

      Attali qui parle d’honneur c’est un peu comme le pape qui parle de préservatif ou Macron de prolétariat.

        +47

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  • weilan // 02.02.2020 à 07h41

    Je suppose que ces dirigeants européens ( parfaits représentants des fameuses euronouilles ) qui reçoivent J. Guaido s’imaginent faire ainsi plaisir à la clique des « néocons » washingtonienne.
    Alors qu’ils s’écrasent devant tous les diktats US et leurs sanctions ( Nordstream par exemple ), tout ce qui pourrait plaire à nos chers suzerains est automatiquement embrassé. Des nouilles vous dis-je…

      +50

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    • Fritz // 02.02.2020 à 09h12

      Ce sont bien des nouilles
      Qui n’ont pas de c…….
      (distique en pentasyllabes)

        +19

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  • Louis // 02.02.2020 à 08h25

    Qui se ressemble s’assemble. Guaido est un salopard du genre Macron, et un valet de Washington, normal qu’ils s’apprécient et se fassent des mamours.

      +53

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  • i // 02.02.2020 à 08h30

    Tout le monde est, a été ou sera consterné par Emmanuel Macron et le Macronisme (version aboutie en France, du mondialisme étasunien) …Servir l’ « Amérique » et les plus radicaux des « Américains » est la seconde nature de Macron, la première étant d’obéir à ses maîtres, les banquiers et les plus fortunés des nouveaux « pairs de France ».

    A propos d’américains, si on cessait de les nommer ainsi, ce serait un petit progrès. Imaginez qu’ils se fassent appeler les Terriens et que tous les autres restent simplement des chinois, des indiens, des japonnais, des sénégalais, des Vénézuéliens etc., ça ne vous choquerait pas?

      +26

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    • K // 03.02.2020 à 07h15

      A propos du gentillé des habitants des Etats-Unis, le problème est que ce pays n’a pas de nom. Tout comme le Royaume-Uni et les Emirats Arabes Unis.
      On peut parler d’Etats-uniens, de Royaume-uniens et d’Emirats-arabes-uniens mais quid du Mexique dont le nom officiel est « Estados Unidos Mexicanos » (Etats Unis Mexicains). Les deux pays peuvent prétendre à l’appelation Etats-unien (United-statian).

        +1

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  • PoissonPilote // 02.02.2020 à 08h39

    Europe, cheval de Troie
    A vous de juger sur le bilan des
    [20ans de l’€]
    Comment l’Euro ruine la France
    de 8 façons.
    En 30 min

    https://youtu.be/lWbsWPYyCvQ


    BlackRock = 17 000 entreprises dans le mode selon ARTE.

    https://www.les-crises.fr/ces-financiers-qui-dirigent-le-monde-blackrock-par-arte/#respond


    Injustice fiscale : la faute à l’Europe ?
    ARTE 2019
    Un taux d’imposition à zéro ou presque ?
    Pour les multinationales qui veulent s’implanter en Europe, rien de plus facile.
    Le Luxembourg, la Belgique ou l’Irlande proposent des accords très avantageux.
    Cette concurrence fiscale pousse les pays européens, dont la France, à réduire les impôts des multinationales.
    Mais comment est-ce possible dans le marché unique ?
    On vous explique tout en détail.

    https://www.youtube.com/watch?v=rz82TH1Wp-k


    « BlackRock recommande la disparition cash »
    Jean-François Cirelli (PDG BlackRock France) est aussi un membre du
    « Comité Action Publique 2022 »
    une commission créée Edouard Philippe en 2017,
    afin de réformer notre service publique…

    https://youtu.be/_6p5W4EH4lM?t=10m10s


    Christine Lagarde BCE
    « Nous devrions être plus heureux d’avoir un emploi que de protéger notre épargne » !
    (ex patronne du FMI pendant 8 ans)
    https://youtu.be/8gDcIIuNMDY


    Bruno Le Maire ne veut plus :
    « L’argent qui dort, ça suffit » »
    de sortir de l’alternative basique entre épargne réglementée avec peu de rendement ou immobilier »

    https://www.mieuxvivre-votreargent.fr/placements/2019/10/04/baisse-du-livret-a-a-050-bruno-le-maire-ne-veut-plus-d-argent-qui-dort/amp/

      +15

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    • Narm // 02.02.2020 à 21h35

      en fait, qu’est ce qu’ils en ont à faire de notre épargne puisqu’ils impriment des tonnes de billets ?

      A part amenuiser notre épargne , piquer les divers fonds de retraite et réduire les retraites, ils font quoi ? Tout ça pour renflouer les banques et le cac40

        +3

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  • Fpole // 02.02.2020 à 09h00

    Je ne sais plus qui était président de l’Assemblée nationale lors de la dernière cohabitation, Chirac était alors président de la République, mais j’imagine le tollé s’il s’était déclaré président par intérim.
    Mieux encore, s’il avait été reçu par le président russe après avoir été demandé de l’aide à la mafia italienne.
    En plus, guaido n’est même plus président de l’Assemblée nationale vénézuélienne.
    Macron : un génie vous dis je, un génie. Même Sanchez, 1er ministre espagnol n’a, lui, pas voulu recevoir guaido.

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    • weilan // 02.02.2020 à 16h49

      Vous faites bien de rappeler que ce Guaido a été éjecté de son poste de président de l’Assemblée Nationale à Caracas.
      Sans doute, micron n’est pas au courant ?

        +7

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  • Guy Mauve // 02.02.2020 à 10h26

    Si Macron oeuvrait pour le moindre intérêt pour la France, cela se saurait depuis longtemps.
    Bien au contraire, continuer de mette le feu aux poudres afin de réduire à néant les forces vives du pays, ressemble bien au projet qu’il s’est donné ; ou du moins que ses maitres qui tirent les ficelles de ce pantin, on décidé à sa place.
    Jusqu’où, jusqu’à quand ? Tant qu’il peut être encore efficace dans cette malfaisance, tout ira bien pour lui ; mais le jour où il trébuchera, il se fera marcher dessus : des Macrons de remplacement ? il y en a 300 derrière la porte qui attendent.

      +8

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  • Philippe30 // 02.02.2020 à 10h27

    A quand un président auto proclamé en France ?

    C’est tellement plus simple et démocratique ….

    Le freluquet ferai bien de faire attention à ne pas donner d’idée à ses nombreux opposants

    C’est vrai non ne sommes pas en dictature alors tout va bien

      +7

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  • scorpionbleu // 02.02.2020 à 10h31

    Comment la France ose-t-elle établir des relations avec un homme qui ne représente rien pour le peuple vénézuélien, qui cherche à provoquer la guerre et a des liens étroits avec certains colombiens ?

      +18

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  • DUGUESCLIN // 02.02.2020 à 10h42

    La rencontre de deux « start up » soutenues par la « communauté financière internationale ».
    Deux braves garçons qui luttent pour le bien des peuples contre le populisme et le risque d’appauvrissement des financiers.

      +20

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  • raloul // 02.02.2020 à 13h56

    Bonjour,

    Le principe de l’extra-territorialité du droit U.S. est définitivement un problème politique majeur pour la France et l’UE. Et le fait que des compagnies U.S. importantes soient «exemptées» de sanctions signe un «deux poids, deux mesures» tellement énorme que je ne comprends pas comment les dirigeants de l’UE et de la France osent encore faire quoi que ce soit d’autre que d’appeler le reste du monde à prendre les mesures adaptées contre l’état voyou que sont devenus les U.S.A., en particulier durant les deux dernières décennies.

      +17

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  • Phil // 02.02.2020 à 19h47

    J’ai lu hier que les militaires vénézuéliens puntchistes pensaient être accueilli comme des héros aux USA. Ben non, ils se sont retrouvé dans des camps pour migrants illégaux.
    Je crois que l’attrait pour le boulot de militaire puntchiste a dû prendre un sale coup au Venezuela.

      +5

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