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25.octobre.201925.10.2019 // Les Crises

L’histoire de Daniel Ellsberg, le premier lanceur d’alerte

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Source : France culture, Yann Lagarde, 17-09-2019

Alors qu’Edward Snowden publie aujourd’hui ses mémoires, et que comme Assange ou Manning, il est toujours poursuivi par les autorités américaines, retour sur l’histoire du 1er lanceur d’alerte : Daniel Ellsberg, l’homme derrière les Pentagon Papers.

Automne 1969, les Etats-Unis sont empêtrés depuis plusieurs années au Vietnam, dans un conflit de plus en plus impopulaire. Daniel Ellsberg est un ancien marine qui travaille comme analyste et conseiller militaire. Le fonctionnaire doute depuis longtemps du bien-fondé de cette guerre. Il y a notamment fait plusieurs voyages en tant qu’observateur.

Ellsberg a participé à la rédaction d’un long rapport sur la situation au Vietnam. Ce document très confidentiel est gardé dans un coffre-fort de sa société. Le contenu du rapport est accablant pour le pouvoir américain.

Le gouvernement a volontairement intensifié le conflit, à l’insu du Congrès. Les Etats-Unis interviennent en réalité au Vietnam depuis les années 1950 et des opérations militaires secrètes ont même été menées au Laos et au Cambodge. Nixon a d’ailleurs envisagé plusieurs fois de larguer une bombe atomique sur le Vietnam.

Les documents révèlent aussi le machiavélisme incroyable de l’Etat-major qui envoie de jeunes Américains à la mort, tout en sachant que la guerre était perdue d’avance.

Daniel Ellsberg décide de faire éclater la vérité sur cette guerre en faisant fuiter le rapport. Il dira que c’est une rencontre avec des objecteurs de conscience qui l’a poussé à passer à l’acte. Il passe des nuits entières à photocopier les 7000 pages de documents. Il est aidé par l’un de ses amis, l’intellectuel Noam Chomsky. Il entre en contact avec des membres du Congrès, mais personne ne lui donne suite.

La presse versus Nixon

Ellsberg transmet alors les documents sensibles à des journalistes. Dans les semaines qui suivent, le New York Times publie des extraits du rapport. Les révélations font l’effet d’une bombe et le président Nixon est fou de rage contre les journalistes.

Le New York Times est rapidement interdit de publication par un juge fédéral. Le Washington Post prend le relais et continue de publier les informations, malgré les menaces.

Après une bataille judiciaire intense, la cour suprême donnera finalement raison aux journalistes, au nom de la liberté de la presse. Daniel Ellsberg est identifié comme la taupe. Il est poursuivi pour conspiration et espionnage et considéré comme “l’homme le plus dangereux des Etats-Unis”.

Il risque 115 ans de prison, l’administration Nixon tente de le discréditer par tous les moyens, notamment en publiant son dossier médical et psychiatrique.

Mais les charges contre lui sont abandonnées en 1973. Cette affaire fera basculer définitivement l’opinion contre la guerre du Vietnam, ajoutant au climat de défiance vis-à-vis du gouvernement. Nixon démissionne l’année d’après, suite à une autre crise : le scandale Watergate.

Daniel Ellsberg continue son combat pour la paix et la transparence. Il s’oppose à la guerre en Irak et apporte son soutien à Julian Assange, Edward Snowden et se fait même arrêter en 2011 lors d’une manifestation en soutien à Chelsea Manning.

Daniel Ellsberg est célébré aujourd’hui comme un héros. Pendant ce temps, 8 autres lanceurs d’alerte ont été poursuivis aux Etats-Unis, rien que sous la présidence de Barack Obama. En 2013, Donald Trump avait affirmé que Snowden méritait la peine de mort.

Yann Lagarde
Source : France culture, Yann Lagarde, 17-09-2019

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Commentaire recommandé

Myrkur34 // 25.10.2019 à 09h48

Il y a aussi un très bon documentaire sur la chaîne histoire sur cette personne où l’on entend dans une discussion Nixon dire qu’il envisageait la bombe nucléaire au Viêt Nam et Kissinger répondre que c’était peut-être un peu exagéré, pas pour les pertes humaines engendrées mais pour la réprobation générale que cela entraînerait.(sic)

Et que malgré ce rapport divulgué dans la presse, Nixon gagna facilement les élections de novembre 72.

5 réactions et commentaires

  • Myrkur34 // 25.10.2019 à 09h48

    Il y a aussi un très bon documentaire sur la chaîne histoire sur cette personne où l’on entend dans une discussion Nixon dire qu’il envisageait la bombe nucléaire au Viêt Nam et Kissinger répondre que c’était peut-être un peu exagéré, pas pour les pertes humaines engendrées mais pour la réprobation générale que cela entraînerait.(sic)

    Et que malgré ce rapport divulgué dans la presse, Nixon gagna facilement les élections de novembre 72.

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  • vert-de-taire // 25.10.2019 à 13h06

    Symptomatique, la psychiatrie utilisée pour le décrier.
    Même méthode en URSS.

    Les Empires génèrent toujours (?) des abus de pouvoir, des raisons d”État, des tromperies pour obtenir le consentement des populations.

      +1

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  • Fritz // 25.10.2019 à 13h15

    Ellsberg n’a pas été emprisonné… Autre temps, autres mœurs. A comparer avec Manning et Assange.
    Nixon n’était pas un ange, mais il était moins nocif que les Bush et autres Clinton.
    Enfin, c’est une manière de parler. Quel Français se souvient que notre ambassadeur à Hanoi, Pierre Susini, a été tué en 1972 par les bombes américaines ?

    https://www.defense.gouv.fr/english/irsem/publications/lettre-de-l-irsem/les-lettres-de-l-irsem-2012-2013/2012-lettre-de-l-irsem/lettre-de-l-irsem-n-9-2012/actualites-de-l-irsem/les-bombardements-de-l-annee-1972-au-nord-vietnam.-retour-sur-la-conference-du-11-octobre-2012-hanoi

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  • Jean-Pierre Georges-Pichot // 26.10.2019 à 10h58

    L”essentiel à noter, me semble-t-il, à propos du Viet-Nam, c’est que l’opinion américaine ne s’est jamais retournée contre la guerre. Le désengagement a résulté d’un calcul coût-bénéfice et il ne représentait qu’une retraite partielle et temporaire. A la même époque, les Etats-Unis avaient compris qu’ils auraient la peau de l’URSS par des moyens économiques, ce qui rendait le contènement militaire sur les marges coloniales superflu. Hanoï et Cuba sont aujourd’hui normalisés OMC et Coca-Cola, sans occupation militaire : comme la France. Et la population américaine est moralement en soutien de toutes les entreprises néo-coloniales présentes et à venir. Trump ou pas Trump : Hillary Clinton était d’ailleurs plus belliciste
    .

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    • gerald B // 01.11.2019 à 17h52

      « Le désengagement a résulté d’un calcul coût-bénéfice et il ne représentait qu’une retraite partielle et temporaire. »
      Commandé en 1967 par Robert McNamara, secrétaire à la Défense, ce rapport classé secret d’Etat, révéle que plusieurs présidents successifs ont délibérément envoyé des troupes au Vietnam et même intensifié les offensives, alors même qu’ils savaient que les Etats-Unis ne pourraient jamais gagner la guerre.
      Rapport caché au peuple américain. Si c’est ça que vous appelez un « calcul coût-bénéfice » ^^
      « A la même époque, les Etats-Unis avaient compris qu’ils auraient la peau de l’URSS »
      Les américains ont une super boule de cristal pour prévoir vingt ans à l’avance l’effondrement de l’URSS ^^

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