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28.mars.202128.3.2021 // Les Crises

Le Temps des Ouvriers – Usines, barricades, travail à la chaîne et destruction – Arte

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Source : Arte Episode 1, 2, 3 et 4

La classe ouvrière a-t-elle disparu, ou simplement changé de forme, de nom, de rêve ? Conciliant l’audace et la rigueur historique, l’humour et l’émotion, le détail signifiant et le souffle épique, Stan Neumann (Austerlitz, Lénine, Gorki – La révolution à contre-temps) livre une éblouissante relecture de trois cents ans d’histoire. Faisant vibrer la mémoire des lieux et la beauté des archives, célébrissimes ou méconnues, il parvient à synthétiser avec fluidité une étonnante quantité d’informations.

Les séquences d’animation, ludiques et inventives, et un commentaire dit par la voix à la fois présente et discrète de Bernard Lavilliers permettent de passer sans se perdre d’un temps à l’autre : celui du travail, compté hier comme aujourd’hui minute par minute, celui des grands événements historiques, et celui, enfin, des changements sociaux ou techniques étalés parfois sur plusieurs décennies, comme le processus de légalisation des syndicats ou du travail à la chaîne.

En parallèle, le réalisateur donne la parole à des ouvriers et ouvrières d’aujourd’hui et à une douzaine d’historiens et philosophes, hommes et femmes, « personnages » à part entière dont la passion communicative rythme le récit. On peut citer Jacques Rancière, Marion Fontaine, Alessandro Portelli, Arthur McIvor, Stefan Berger, avec Xavier Vigna comme conseiller scientifique de l’ensemble des épisodes.

Cette série documentaire virtuose, où l’expérience intime coexiste avec la mémoire collective, au risque parfois de la contredire, révèle ainsi combien nos sociétés contemporaines ont été façonnées par l’histoire des ouvriers.

Du début du XVIIIe siècle à nos jours, Stan Neumann déroule sur plus de trois siècles l’histoire du monde ouvrier européen, rappelant en une synthèse éblouissante ce que nos sociétés doivent aux luttes des « damnés de la terre ».

Dès le début du XVIIIe siècle, en Grande-Bretagne, une nouvelle économie « industrielle et commerciale », portée par le textile, chasse des campagnes les petits paysans et les tisserands indépendants. Pour survivre, ils doivent désormais travailler contre salaire dans des fabriques (factories) qui rassemblent plusieurs milliers d’ouvriers, sur des métiers appartenant à des marchands devenus industriels.

C’est la naissance de la classe ouvrière anglaise. Le travail en usine, le Factory System, où seul compte le profit, impose aux déracinés une discipline et une conception du temps radicalement nouvelles. Avec la révolution industrielle de la fin du XVIIIe siècle, ils subissent un dressage plus violent encore, sous la loi de machines qui réduisent l’ouvrier à un simple rouage.

Surexploitée et inorganisée, cette classe ouvrière primitive, qui oppose à la main de fer de l’industrie naissante des révoltes spontanées et sporadiques, va mettre plusieurs générations à inventer ses propres formes de lutte, dans une alliance parfois malaisée avec les républicains anglais, inspirés par la Révolution française de 1789.

Ses revendications sont sociales et politiques : réglementation du travail des enfants, salaires, durée du temps de travail, liberté syndicale, droit de grève, suffrage universel… Dans les années 1820, après des décennies de combats perdus, une classe ouvrière anglaise puissante et combative semble en mesure de faire la révolution.

Sur plus de trois siècles, cette histoire du monde ouvrier européen rappelle ce que nos sociétés doivent aux luttes des « damnés de la terre ». Deuxième volet : de la Belgique, devenue « le paradis des capitalistes » et l’enfer des travailleurs, aux grandes insurrections françaises qui font trembler l’Europe de 1830 à 1871.

En Europe continentale, seule la Belgique adopte le » Factory System » et le libéralisme absolu à l’anglaise, devenant ainsi au milieu du XIXe siècle « le paradis des capitalistes » et l’enfer des travailleurs. La France, elle, accomplit au ralenti sa révolution industrielle, sans grandes usines ni exode rural massif, sans destruction brutale des modes de vie anciens.

Les ouvriers (tailleurs, ébénistes, maçons…) travaillent à une échelle quasi artisanale pour de petites fabriques. C’est pourtant dans ce milieu que vont naître et se propager toutes les théories socialistes du siècle, sous les plumes des Fourier, Proudhon, Blanqui, Cabet – inventeur du premier « communisme ». Autant d’utopies irréalisables aux yeux du jeune penseur allemand Karl Marx, exilé à Londres et tenant d’un socialisme scientifique.

De 1830 à 1871, cette classe ouvrière atypique se lance dans de grandes insurrections qui font trembler l’Europe. Toutes échouent. La dernière, la Commune de Paris, proclame la République universelle, adopte le drapeau rouge, crée des coopératives ouvrières et instaure l’école gratuite et laïque.

Elle résiste soixante-douze jours avant d’être écrasée. Sa défaite coïncide avec l’industrialisation à marche forcée de l’Italie et de l’Allemagne, pressées d’affirmer leur modernité et leur puissance. Premier parti ouvrier de masse de l’histoire, le parti social-démocrate allemand (SPD) fait du marxisme sa doctrine officielle, mais dans une optique réformiste qui remet la révolution à plus tard.

Tandis que les conditions de vie et de travail, mais aussi les droits syndicaux et politiques progressent lentement, une nouvelle image de la classe ouvrière apparaît : celle de l’armée des travailleurs des temps modernes.

Le temps des ouvriers Du début du XVIIIe siècle à nos jours, Stan Neumann déroule sur plus de trois siècles l’histoire du monde ouvrier européen. Troisième volet : à la fin du XIXe siècle, les patrons éclairés découvrent que l’ouvrier fait partie lui aussi du capital de l’entreprise, et en déduisent la nécessité de maintenir ce « moteur humain » en bon état.

C’est la naissance de la diététique, de l’ergonomie, de la gymnastique ouvrière. Toutefois, le travail à la chaîne, inventé dès 1871 aux abattoirs de Chicago, peine à s’imposer. Ce n’est qu’après la grande boucherie de 1914-1918 que la rationalisation de la production et les techniques de « management scientifique » comme le taylorisme se généralisent malgré une violente résistance du monde ouvrier.

Alors que la révolution russe a fait naître l’espoir d’une révolution socialiste mondiale, celui-ci apparaît profondément fracturé. En Allemagne, les réformistes sociaux-démocrates ont écrasé dans le sang les tentatives d’insurrection de 1919-1920. Les fascistes et les nazis s’engouffrent dans la brèche. Aidés par les crises et la montée du chômage, ils s’emparent du pouvoir, en Italie dès 1922, en Allemagne en 1933. Prétendant réaliser la synthèse du socialisme et du nationalisme au nom d’un travailleur mythique, ils proclament « la fin de la lutte des classes ».

Stan Neumann déroule sur plus de trois siècles l’histoire du monde ouvrier européen. Dernier volet : dans les années 1930, la classe ouvrière semble plus puissante que jamais. Le succès, en 1936, du Front populaire en France témoigne de cette force. Pourtant, les ouvriers européens vont de défaite en défaite…

En Espagne, la dictature franquiste, soutenue par Hitler et Mussolini, triomphe en 1939. Puis dans l’Europe asservie, l’Allemagne nazie fait des ouvriers des pays vaincus des « esclaves du XXe siècle » : « travail obligatoire » pour les ouvriers de l’ouest de l’Europe, « extermination par le travail » des juifs, des Tsiganes et des prisonniers de guerre soviétiques.

Après 1945, la guerre froide génère de nouvelles fractures. En Occident, on achète la paix sociale en améliorant les conditions de vie et de travail dans la plus pure tradition fordiste. À l’Est, le pouvoir est confisqué par des partis uniques qui prétendent représenter les ouvriers tout en les privant des libertés syndicales avec le soutien de l’URSS et de ses tanks. L’espoir renaît dans les années 1970, qui voient fleurir les utopies révolutionnaires, des Lip à Solidarnosc. Mais c’est un chant du cygne. Avec son cortège de misère et de chômage, la désindustrialisation a commencé.

Le temps des ouvriers Série documentaire de Stan Neumann (France, 2020)

Source : Arte, 27-02-2021

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Commentaire recommandé

Le Belge // 28.03.2021 à 11h45

Sans VPN, aucun moyen de regarder ces documentaires depuis la Belgique (qui est pourtant citée dans les mêmes documentaires). Sinon, la destruction des industries, qui étaient les bases de la classe ouvrière, fut voulue par les agioteurs de tous poils depuis les années 1960. Ces agioteurs, ces spéculateurs, sont les néo-libéraux qui gouvernent, actuellement, dans tous les pays d’Europe (exceptées l’Europe Centrale, le Royaume-Uni, les pays scandinaves et la Russie) et qui font tout pour nous ouvrir aux quatre vents afin que nos industries soient rayées de la carte. De plus, ces néo-libéraux sont les laquais (il n’y a qu’à voir les cas Macron et Le Drian sans oublier tous les pseudo-socialistes français) des Américains.

5 réactions et commentaires

  • Le Belge // 28.03.2021 à 11h45

    Sans VPN, aucun moyen de regarder ces documentaires depuis la Belgique (qui est pourtant citée dans les mêmes documentaires). Sinon, la destruction des industries, qui étaient les bases de la classe ouvrière, fut voulue par les agioteurs de tous poils depuis les années 1960. Ces agioteurs, ces spéculateurs, sont les néo-libéraux qui gouvernent, actuellement, dans tous les pays d’Europe (exceptées l’Europe Centrale, le Royaume-Uni, les pays scandinaves et la Russie) et qui font tout pour nous ouvrir aux quatre vents afin que nos industries soient rayées de la carte. De plus, ces néo-libéraux sont les laquais (il n’y a qu’à voir les cas Macron et Le Drian sans oublier tous les pseudo-socialistes français) des Américains.

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    • antoniob // 29.03.2021 à 01h00

      > Sans VPN, aucun moyen de regarder ces documentaires depuis la Belgique

      oui moi ici en Norvège pareil. les-crises.fr n’y peut malheureusement rien. C’est Arte qui vérouille aux IP localisées en France et en Allemagne…

        +0

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    • stephane // 29.03.2021 à 04h19

      Idem.
      Mais c est visible depuis l etranger sur you tube.

        +0

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  • antoniob // 29.03.2021 à 01h30

    après la fin de l’URSS, 1991-92, a éte propagé l’idée, par amalgame communisme=socialisme (courant dans l’anglosphère), que l’idée même de lutte des classes est fausse, et ensuite le sophisme selon lequel puisqu’il n’y a plus d’industrie de masse avec son prolétariat première composante démographique, il n’y a plus de classe ouvrière. Or les métiers manuels et les métiers de service qui ont remplacé les métiers de l’industrie lourde de masse, constituent une classe pauvre. La caractéristique du prolétariat n’est en premier le secteur d’activité, mais la fourchette de revenus.
    La presse, outil de formatage des esprits noie le poisson à coups d’euphismes, en parlant de classes « populaires » ou « modestes », ce qui sonne mieux que « pauvre ». Et surtout surtout ne pas dire « prolétariat ». L’utilisation du terme amène l’accusation de « marxisme ».

    Dans le cas français, le PS n’est pas un parti appuyé sur le syndicalisme de masse, contrairement aux cas scandinave et allemand. La social-démocratie est à proprement parler un dérivé du syndicalisme, le PCF avait capté ce créneau lors du Front Populaire et ensuite après 1945 avec la traîtrise des élites de la SFIO. Avec l’implosion des PC et depuis les années 90 le PS, avec par exemple Terra Nova, a fini de liquider l’aspect social, et l’a remplacé par le « sociétal » (marriage pour tous, sexe des anges, absconsités diverses).
    Du coup les classes « populaires » sont devenues des classes « populistes ».

    Bref, pas de démocratie puisque les manants n’ont pas voix au chapitre. Ils ne sont pas nommés pour masquer leur existence, mais ils sont là dans l’ombre bien qu’inactifs. Les Gilets Jaunes n’ont pas été assez nombreux pour créer un effet de seuil, et la police n’est pas passé de leur côté, sans quoi Macron tombe comme Nicolas II en février 1917.

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    • Anfer // 30.03.2021 à 14h10

      Les prolétaires sont un groupe social qui se caractérise par la non possession des outils de production.

      Un cadre salarié est techniquement un prolétaire, il n’a que sa force de travail à vendre.
      Un petit patron de TPE n’est pas un prolétaire par contre, car il possède son outil de production, pourtant il est possible que le cadre salarié gagne plus que le petit patron.
      Le cadre à en outre, un capital social, culturel et symbolique qui le place dans une position intermédiaire, tout comme le petit patron, qui travaille souvent et ne se contente pas de vivre de la rente de son capital.

      On peut appeler ça « petite bourgeoisie », et elle fluctue parfois entre l’intérêt du capital et du travail.

      Son basculement dans le camp du travail peut déclencher un mouvement révolutionnaire, les sans culotte de 1792 sont bien plus des petits patrons que des pauvres.
      Mais concrètement, c’est quand la coercition physique, police ou armée, change de camp que la révolution s’impose.

        +1

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