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20.novembre.201520.11.2015 // Les Crises

[À Schneidermann] Conspirations : un contrôle démocratique des médias reste à inventer !

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Daniel Schneidermann, www.arretsurimages.net, 19/11/2015

Conspirations : la bonne longueur de pincettes reste à inventer

Comment naissent les fameuses “théories du complot” ? Il suffit, ces jours-ci, de quelques allers et retours entre medias mainstream et réseaux sociaux, pour les voir naître sous nos yeux, pour les observer au berceau. Quand, demain, elles se seront fortifiées, seront devenues des convictions solidement ancrées, on pourra se souvenir avec émotion qu’on les a vues naître. Deux exemples.

Le cerveau des attaques est-il dans les cadavres ? A l’heure où écrit le matinaute, le procureur de Paris et le gouvernement refusent de confirmer la présence d’Abdelhamid Abaaoud, “cerveau” des attaques du 13 novembre, parmi les morts de l’appartement de Saint Denis, pris d’assaut par le RAID. Sur cette question que l’information continue a feuilletonnée toute la journée d’hier, la France se tait officiellement. Pourtant, un obscur organe conspirationniste étranger affirme, et à la Une s’il vous plait, que Abaaoud est bien mort dans l’assaut. Le nom de cet obscur organe ? Le Washington Post. Et le journal cite deux officiels européens, de deux pays différents, qui assurent avoir eux-mêmes reçu l’information de la mort d’Abaaoud des dirigeants français.

Deuxième exemple. Le directeur de Valeurs Actuelles, Yves de Kerdrel, assurait hier matin que son journal allait publier, aujourd’hui jeudi, une interview de l’ancien patron de la DCRI, Bernard Squarcini, selon laquelle le gouvernement français aurait refusé, en 2013, de recevoir des services de renseignement syriens une liste des djihadistes français en Syrie. L’extrait était aussitôt relevé et isolé par le blog d’Olivier Berruyer. Ce n’est évidemment rien de plus que la parole de Kerdrel, reprenant celle de Squarcini, toutes deux, pour de multiples raisons, à prendre avec des pincettes. Et même s’il était vrai qu’une telle démarche eût été faite auprès de Squarcini, cela ne préjugerait en rien de la valeur et de la fiabilité des renseignements ainsi recueillis.

Des pincettes, donc. Dans les deux cas, celui de Valeurs Actuelles et celui du Washington Post, ce ne sont que des allégations, non confirmées, et qui ne le seront peut-être jamais. Les préjugés que l’on peut avoir sur les deux journaux devraient certes servir de filtre dans l’analyse que l’on peut en faire, mais ne devraient pousser ni à la crédulité aveugle, ni au silence hautain. Et pourtant, sur chacune de ces deux informations, pas un mot dans la bruyante matinalerie radiophonique (je n’ai pas tout entendu non plus, hein. L’omniprésence auditive du matinaute a ses limites).

Ce qui crée les théories du complot, c’est exactement cela : l’incapacité des medias “officiels”, à commencer par les grandes radios, qui reçoivent chaque matin leur contingent de ministres, d’anciens ministres, et de futurs ministres, à se saisir de ces allégations flottantes avec la bonne distance. Leur incapacité à s’en emparer avec des pincettes de la bonne longueur, pour les présenter aux Excellences, à fins de confirmation, ou d’infirmation, ou de no comment, peu importe, mais qui permette au moins de les faire entrer dans le champ de l’investigation légitime.

Daniel Schneidermann


Réponse à Daniel Schneidermann

Par Olivier Berruyer

Daniel,

Je vous remercie tout d’abord d’avoir été le seul média de premier plan à vous être intéressé à la bombe lâchée hier par Valeurs Actuelles sur le renseignement français : l’ancien chef de la DST indique que la Syrie a proposé une négociation pour fournir la liste des djihadistes français opérant en Syrie, et que Manuel Valls a refusé ne souhaitant pas négocier avec ce pays.

Cela ne fait que confirmer la sympathie que j’ai pour votre site et votre équipe, et je vous témoigne notre soutien dans le bras de fer qui vous oppose à Bercy, pour une pitoyable position de l’administration, qui n’hésite jamais à abandonner des créances envers les plus fortunés. Soutenons donc @si, d’utilité publique, et indispensable au débat démocratique…

Sinon, vous notez que j’ai repris cette information incroyable hier – enfin, incroyable uniquement pour ceux qui ignorent les hallucinantes dérives de la Diplomatie française dans la région. Je suis ce sujet depuis de longs mois sur mon site. En revanche, 48 heures après l’annonce et 24 heures après la sortie de l’interview, aucun grand média n’en parle.

[Edit : Précision pour clarifier] : Je partage votre conclusion, l’attitude des médias va créer de lourds problèmes. Mais je développerai différemment.

Je n’aurais cependant pas lié ceci, de prime abord ni exclusivement, aux « théories du complot », mais plutôt au discrédit absolu qui touche de plus en plus les médias mainstream – et pour cause.

Car enfin, de quoi parle-t-on ? Sur France Inter, le directeur d’un journal qui revient d’interviewer Bachar al-Assad indique que l’ancien directeur de la DST porte de graves accusations contre le Premier Ministre actuel (il est probable qu’Assad a dû leur donner des gros biscuits…).

Certes, le journal est Valeurs Actuelles – que je n’ai jamais acheté de ma vie, et dont certaines « unes » m’ont parfois fortement déplu. Ok. Mais ce n’est pas non plus un fanzine de lycée, c’est quand même un grand journal, d’opinions que je partage peu. Mais et alors ? On parle ici d’une simple interview. Elle existe ou elle n’existe pas. Peu importe le média.

Mais on tombe ici dans un cancer actuel de la pensée, très bien résumé par Jean-Claude Michéa :

« À présent domine en France une forme abâtardie de la pensée de Nietzche (il en aurait d’ailleurs été le premier horrifié) qui invite continuellement le lecteur à remplacer la question « Que dit-il ? » par « Qui parle ? » (Certains sites web se sont même spécialisés – sous le masque de « l’antifascisme » – dans cet exercice purement policier). À tel point qu’on peut se demander combien de critiques professionnels seraient encore capables, de nos jours, de juger la valeur philosophique ou littéraire d’un texte anonyme – autrement dit d’un texte dont il leur serait impossible, par définition, de prétendre connaitre à l’avance les sombres arrière-pensées. » [Jean-Claude Michéa, La gauche et le peuple, 2014]

On vient donc de rajouter hier le « Où parle-t-il ? ».

Pourquoi et comment ai-je repris ce texte hier ?

J’ai été peu surpris du fond de la chose. Comme je l’explique dans ce billet, Le Monde (c’est bon comme source ? 🙂 ) indiquait déjà en 2014 qu’il y avait un très fort différend entre la DGSI et le gouvernement, en particulier avec M. Fabius. La DGSI voulait reprendre des échanges d’informations avec la Syrie interrompues par Sarkozy, et Fabius refusait – le BHLisme faisant des ravages chez nos dirigeants actuels :

« Pressée d’éviter que des djihadistes français partis en Syrie ne reviennent sur le sol national commettre des attentats, la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) a tenté, à la fin du premier trimestre 2014, de rétablir un lien direct avec les services de renseignement syriens afin d’obtenir des informations permettant d’anticiper les éventuelles menaces.

Le régime de Bachar Al-Assad a répondu à ce souhait en indiquant qu’il était prêt à coopérer dès lors que la France déciderait de rouvrir son ambassade en Syrie, fermée depuis le 6 mars 2012. Cette éventualité a été rejetée par François Hollande, qui reste très engagé contre le régime de Damas. […]

D’autres pays occidentaux, comme l’Allemagne, par exemple, ont poursuivi leurs relations avec les autorités syriennes, et notamment leurs services de renseignement. […]

Alors que le flux de départs djihadistes atteignait déjà des niveaux jugés très inquiétants par les autorités françaises, et plusieurs semaines avant que Mehdi Nemmouche ne soit arrêté, fin mai, à Marseille, les services de renseignement français se sont rendus à Damas.

Selon une source issue du renseignement français, « l’objectif était de renouer le dialogue, car le besoin de renseignement opérationnel est réel et pouvait au moins se faire sous forme d’échanges ». Mais le régime de Damas a conditionné son aide, toujours selon la même source, à un signe de reconnaissance de la France et« à l’arrêt des critiques publiques à son encontre du chef de l’Etat, François Hollande, et du ministre des affaires étrangères, Laurent Fabius ».

Des exigences inacceptables pour Paris. […] Bernard Squarcini a confirmé au Monde avoir été approché pour tenter de faciliter la coopération entre Paris et Damas sur le terrain du renseignement. Il s’est refusé à fournir tout détail sur les autorités syriennes qui l’avaient sollicité ou sur les personnes à qui il a transmis le message. » [Le Monde, 6/10/2014]

Bref, on voit que l’affaire était sortie, mais que les médias ne se sont pas emparés de ce sujet afin que l’exécutif soit obligé de s’expliquer : on a une énorme quantité de français qui vont faire le djihad en Syrie, et on décide de cesser de coopérer avec les services de renseignement syriens, alors que tous les autres pays d’Europe continuent, ils ne sont pas fous, eux…

Il restait juste à savoir ce que Bernard Squarcini avait transmis et à qui. Mais comme il est évident que la Syrie a une liste des étrangers opérant sur son territoire, il est très logique qu’elle l’ait proposée. Et que cela soit remonté au Ministre de l’Intérieur Valls qui chapeaute la DGSI. Si cela est vrai, on comprend assez bien la rage que doit ressentir Squarcini au vu des conséquence de l’incompétence dans ce métier…

Soulignons qu’Assad a confirmé samedi presque tous les points – et ça fait mal :

« Comment voulez-vous qu’il y ait coopération à partir du moment où vous refusez tout autre contact, où il n’est pas question de rouvrir votre ambassade et encore moins de faire une déclaration reconnaissant l’actuel régime syrien comme légitime ? À partir du moment où Hollande et Fabius font de mon élimination une condition sine qua non, ils ne peuvent pas me demander d’échanger avec eux. En fait, leur contradiction profonde, c’est qu’ils combattent le terrorisme d’une main et le soutiennent d’une autre, en fournissant armes et matériel à une opposition qui n’a strictement rien de modéré et encore moins de laïc. Nous avons actuellement en Syrie 20 000 djihadistes étrangers qui combattent au sein de Dae’ch, d’Al-Nosra ou autre, et vous savez parfaitement bien qui les finance. » [Bachar al-Assad, Valeurs Actuelles, 19/11/2015]

Dernier point, Valls aurait refusé, mais là encore, c’est logique, c’était déjà dit dans l’article du Monde sur l’arbitrage qu’a réalisé Hollande entre la DGSI et Fabius, qui l’a emporté – bravo Hollande, pensez à écouter les types en charge de notre sécurité au prochain arbitrage, merci.

Pour que cela soit bien clair, rappelons le propos de notre intégriste en chef dans Paris-Match le 2 juillet 2015, après Charlie-Hebdo donc – on ne peut pas se louper, le titre suffit :

TOUT EST DIT. Il y a une autre priorité que la lutte contre le terrorisme : destituer Bachar al-Assad. En quoi est-ce notre intérêt, on ne le saura jamais. Tous ces gens-là se sont pris pour Dieu le père, façon époque coloniale dont ils n’ont pas compris qu’elle était révolue, et s’autorisent à décider qui doit diriger la Syrie. J’imagine en se basant sur les impressionnants succès précédents : Afghanistan, Irak, Egypte, Lybie.

Notons qu’il n’a pas choisi il est vrai, en soutenant l’Arabie Saoudite et le Qatar qui ont le mérite de cumuler les deux comme le rappelle notre grand juge antiterroriste,

“La France n’est pas crédible dans ses relations avec l’Arabie saoudite . Nous savons très bien que ce pays du Golfe a versé le poison dans le verre par la diffusion du wahhabisme. Les attentats de Paris en sont l’un des résultats. Proclamer qu’on lutte contre l’islam radical tout en serrant la main au roi d’Arabie saoudite revient à dire que nous luttons contre le nazisme tout en invitant Hitler à notre table.” [Marc Trévidic, Les Echos, 15/11/2015]

On sait pourquoi : Philippe de Villiers : “La classe politique est achetée par le Qatar et l’Arabie saoudite.”(Source : Le Point.fr)…

 

Et on se retrouve au final avec un type comme Assad, qui nous fait la leçon comme à des incompétents que nous sommes – enfin notre Diplomatie :

« En politique, il n’y a de place ni pour l’amitié ni pour les émotions. Il n’y a que les intérêts. […] la politique actuelle de la France n’est pas indépendante de celle des États-Unis. […] Vous ne pouvez pas combattre le terrorisme en adoptant de mauvaises politiques qui soutiennent directement ou indirectement le terrorisme. […] La France devrait aussi prendre ses distances vis-à-vis de la politique américaine de deux poids deux mesures. Ainsi, si MM. Hollande et Fabius veulent soutenir le peuple syrien, comme ils le prétendent, notamment en faveur de la démocratie, ils feraient mieux de soutenir d’abord le peuple saoudien. Si vous avez un problème concernant la démocratie avec l’État syrien, comment pouvez-vous établir de bonnes relations et des liens d’amitié avec les pires États du monde et les plus sous-développés, tels l’Arabie Saoudite et le Qatar ? Une telle contradiction manque de crédibilité. […]

La politique adoptée par la France durant les cinq dernières années a-t-elle été bénéfique au peuple français ? Qu’a gagné le peuple français à une telle politique ? Je suis certain que la réponse serait : « Rien. » La preuve en est ce que j’ai dit il y a plusieurs années, à savoir que jouer avec la ligne de faille en Syrie, c’est jouer avec un séisme qui aura des répercussions dans le monde entier, notamment en Europe » [Bachar al-Assad, Valeurs Actuelles, 19/11/2015]

 

Daniel, dernier point, que je n’avais pas précisé. Après avoir vu les annonces de Squarcini, et n’étant pas “complotisme”, j’ai donc tendance à faire confiance à ce que dit l’ancien chef de la DST, je n’imagine un complot barbouzo-sarkozo-nimportnawaïque pour faire tomber le gouvernement, surtout quand ce qu’il dit est parfaitement logique vu les actions des quatre dernières années. Et donc, alerté (mais pas naïf), j’enquête. (vous savez, le truc qui se faisait systématiquement au XXe siècle chez les journalistes mainstream 🙂 ) Après avoir vu les annonces de Squarcini, et avant de sortir mon billet, j’ai donc vérifié auprès de deux sources très fiables qui m’ont confirmé la véracité de l’information de Squarcini. (In-cro-ya-ble : un des plus hauts fonctionnaires français est honnête et pas à la tête d’un complot !) C’est pour cela que je n’ai pas mis de conditionnel dans le titre. Quand je peux, j’essaie de ne pas sortir n’importe quoi – cela évite les accusations de “complotisme”. Alors si je l’ai fait, j’imagine que des journalistes bien mieux introduits que moi dans ces milieux ont pu le faire aussi… 🙂

Mais revenons à nos moutons : au nom de quoi AUCUN média n’a-t-il sorti cette bombe ?

Vous dites : « Ce n’est évidemment rien de plus que la parole de Kerdrel, reprenant celle de Squarcini, toutes deux, pour de multiples raisons, à prendre avec des pincettes. » Comme je n’ai pas vu de démenti de Sqarcini, oublions donc Kerdrel, ce n’est plus le problème.

L’ancien préfet de Marseille, ancien chef de la DST, responsable de la sécurité du pays pendant 4 ans, lance dans le contexte actuel une bombe gigantesque où il joue toute sa crédibilité et risque des poursuites en cas de mensonge, et la réponse c’est « à prendre avec des pincettes ». Et au nom de quoi ? En quoi est-il moins crédible que Fabius dont j’ai démontré, à mon niveau microscopique, qu’il avait menti plusieurs fois sur des choses très graves ?

D’ailleurs la presse n’a rien pris du tout, ni pincettes ni autres chose. Rien, nada, peau de lapin. On peut être prudent, certes, mais il faut alors enquêter, interroger Squarcini (pourquoi aucun grand média n’est allé le voir d’ailleurs depuis samedi ?), des sources à la DGSI, des politiques en off, etc. Non, rien. Information évacuée – cela laissait plus de place au témoignage de la concierge de la kamikaze ou à l’établissement de son arbre généalogique (il faudra aussi que quelqu’un se demande si donner autant de publicité à des barbares n’est pas un fol encouragement à pousser les prochains suicidaires à l’acte, pour avoir son quart d’heure de célébrité et à entrer dans l’histoire comme Kouachi, Merrah, Koulibali (mais pourquoi ai-je ces noms dans ma tête ?). Vous parlez du sourire, certes, mais c’est surtout la présence même de photo le problème pour moi, comme le souligne une victime)….

Ils sont forts à l’Obs…

On s’est beaucoup gaussé d’Eric Laurent cet été, qui, après une belle carrière très courageuse, a lamentablement fauté en demandant beaucoup d’argent pour ne pas écrire la vérité. Quel magnifique ballet de pleureuses, hurlant à l’importance de l’intégrité journalistique ! J’ai failli en pleurer – par chance, j’ai pensé à Timisoara, les couveuses du Koweit, la guerre d’Irak, du Kosovo, à l’Ukraine… Mais je constate au final que tous les grands médias ont décidé de ne pas écrire une vérité qui dérange beaucoup (sauf les familles de victimes je pense) sans aucun bonus particulier, pour zéro euro…

Le pourquoi le justifiant, je l’ai vu dans les commentaires cet après-midi « Il est proche de Sarko », « C’est un coup politique ! ». Je ne relèverai pas que, s’il y a une personne à part Fabius qui a tout intérêt à ce qu’on ne soulève pas le problème des relations avec la Syrie et le Qatar, c’est bien Sarkozy… Non, je soulignerai que ce raisonnement, qui donc eut lieu dans nombre de médias a un nom : du complotisme délirant : une théorie abracadabrantesque, illogique, avancée sans la moindre preuve : « L’ancien chef de la DST vient porter des accusations gravissimes contre le Premier Ministre, fausses, sans preuve, juste pour aider Sarkozy ». Des preuves, ou alors parlez-en avec prudence et enquêtez ! C’est ce que j’ai fait.

 

Daniel, vous dites enfin « Et même s’il était vrai qu’une telle démarche eût été faite auprès de Squarcini, cela ne préjugerait en rien de la valeur et de la fiabilité des renseignements ainsi recueillis. » C’est sûr, on ne sait pas. Et on ne saura jamais. Est-il intéressant de coopérer avec la Syrie pour attraper des djihadistes français qui ont combattu en Syrie, that is the question… Ceci étant, si vous avez l’occasion, j’aimerais qu’on pose la question à des parents de victimes, à mon avis ils vont vite avoir leur petite idée… Mais bon, tout est fait pour que ça n’arrive pas à leurs oreilles. Mais « plus drôle » encore : comme on n’a pas rouvert l’ambassade à Damas, il est clair qu’on ne coopère toujours pas avec la Syrie, donc les listes et autres renseignements importants, on ne les a toujours pas… Sympa pour le prochain attentat… “Merci pour ce moment.”

Hélas, aujourd’hui, demander des comptes à un politique après le plus grave naufrage politique de la Ve République, c’est apparemment un peu comme roter à table chez le préfet : c’est trèèèès impoli.

Au nom de “l’union nationale” ? Mais au nom de quoi ? On est en “guerre contre le terrorisme”, on gagne autant de batailles qu’en mai 1940, et on nous explique qu’il ne faut rien dire, qu’on verra ça plus tard, vu qu’on est sous pression. Mais comme on sera toujours sous pression, c’est pas gagné, et cela revient à vouloir attendre la fin de la campagne de France de mai 1940 pour changer les généraux incompétents. Alors du coup, les incompétents prospèrent, et continuent à poursuivre leurs erreurs dramatiques, qui vont crescendo : 17 morts, puis 130.

Que Laurent Fabius n’ait pas eu la décence élémentaire de démissionner (mais les minitres décents, c’était avant), et qu’il soit encore ministre ce jour est une insulte à l’honneur et la probité – mais “ni coupable, ni responsable”. Et pire, sic e n’était que ça, sa seule présence est un lourd handicap pour une réorientation urgente de notre politique étrangère (c’est lui qui va négocier des informations avec Assad, dont il a quasiment appelé à l’assassinat ?).

Valls était au 20 heures ce soir, venu nous terroriser à coup d’attentat au gaz sarin comme à Tokyo – ce type est fou. Il n’y avait hélas pas de journaliste sur le plateau, il était seul avec Pujadas. Celui-ci ne lui a pas parlé de Squarcini. Merci pour lui. J’ai eu honte. Très honte.

Il fut un temps où les médias étaient un 4e pouvoir avec des journalistes courageux et intègres, mais c’était avant. Avant qu’ils soient rachetés par une poignée de milliardaires, bien loin des visions d’après-guerre, car à cette époque ils avaient bien compris – et surtout bien vécu – les dangers de ceci – le programme du Conseil National de la Résistance prévoyait s’assurer « la liberté de la presse, son honneur et son indépendance à l’égard de l’État, des puissances d’argent et des influences étrangères ».

Quant à Internet, c’était pour moi un 5e pouvoir destiné à s’assurer que le 4e faisait son travail. Je n’imaginais pas une seconde que, sur un cas aussi grave, le 4e pouvoir disparaitrait… Ce n’est pas à Internet de remplacer les médias : c’est aux médias de retrouver une intégrité, une indépendance, une pluralité, un contrôle démocratique, des sanctions, qui font cruellement défaut. Ce n’est pas normal que les gens se précipitent sur Internet en cas de problème (pas loin d’1 français adulte non grabataire sur 100 sur mon site ce week-end…), ils devraient trouver la plupart des réponses dans les médias !

Mais au final, quel a été le résultat ? Car comme il existe Internet, il a été possible de s’informer. Aujourd’hui, à part sur mon site. Qui l’a fait ?

Quelques millions de personnes ont donc eu l’information aujourd’hui. Puis ils ont regardé Pujadas. Que pensent-ils ce soir à votre avis ? Beau sujet de dissertation pour école de journalisme, non ?

Je vois que ce soir vient de sortir un étonnant papier de Métro, seul à en parler. Je pensais qu’un journaliste ça enquêtait,, pas que c’était l’avocat du pouvoir – et un mauvais en plus. Ils ont bossé, mais il est très drôle à analyser, il suinte la peur et la défense du pouvoir, sur le thème du « Sarko a fait comme Valls » – bel apport au « Tous pourris », bravo. Ils arrivent même à faire passer Assad pour un maitre-chanteur, alors que :

  • Sarkozy a rompu les relations diplomatiques en le traitant de tous les noms
  • Hollande a poursuivi
  • Fabius a déclaré « qu’il ne méritait pas d’être sur terre » (on a un diplomate de génie, stratège hors pair)
  • le gouvernement a demandé l’ONU qu’il soit poursuivi à la Haye

et le type OSE demander qu’on le reconnaisse comme un interlocuteur valable avant de nous donner des informations – “barbare” va…

Mais le pompon revient à Hollande qui a avoué avoir fourni des armes aux opposants d’Assad dont 90 % sont revenues aux islamistes d’après le Canard enchainé. Je rappelle que fournir des armes est illégal en Droit International, comme par exemple d’après la déclaration relative aux principes du droit international touchant les relations amicales et la coopération entre les états conformément à la charte des nations unies du 24/10/1970

« Aucun Etat ni groupe d’Etats n’a le droit d’intervenir, directement ou indirectement, pour quelque raison que ce soit, dans les affaires intérieures ou extérieures d’un autre Etat. En conséquence, non seulement l’intervention armée, mais aussi toute autre forme d’ingérence ou toute menace, dirigées contre la personnalité d’un Etat ou contre ses éléments politiques, économiques et culturels, sont contraires au droit international. […] Chaque Etat a le devoir de s’abstenir d’organiser ou d’encourager l’organisation de forces irrégulières ou de bandes armées, notamment de bandes de mercenaires, en vue d’incursions sur le territoire d’un autre Etat. »

Il y a deux types de problèmes avec les complots : les gens qui en voient partout, et les gens qui n’en voient nulle part. Pour que les gens en voient moins, il serait intéressant que les États cessent de réaliser des complots – comme pour renverser Mossadegh, pour envahir l’Irak sous un faux prétexte, pour armer en douce des islamistes, etc. Pourquoi ne pas voter une loi en ce sens ? Cela redonnerait confiance aux citoyens, et vu que la quasi-totalité des complots se sont mal terminés, cela en limiterait le nombre… De la droiture morale, des principes respectables appliqués par le pouvoir, de la transparence, voilà de quoi faire reculer le complotisme…

« Je suis citoyen des États-Unis et j’ai une part de responsabilité dans ce que fait mon pays. J’aimerais le voir agir selon des critères moraux respectables. Cela n’a pas grande valeur morale de critiquer les crimes de quelqu’un d’autre – même s’il est nécessaire de le faire, et de dire la vérité. Je n’ai aucune influence sur la politique du Soudan, mais j’en ai, jusqu’à un certain point, sur la politique des États-Unis. » [Noam Chomsky, The Guardian, 2001]

Enfin, quel a été le seul parti politique à réagir aujourd’hui ?

Tiens, Europe 1 vient aussi de réagir ce soir, timidement :

Amusant :

Tu m’étonnes, tu penses que Squarcini ne sort pas comme ça sans avoir une preuve…

Et dites-moi, est-ce que, par hasard, “cela-ne-ferait-pas-le-jeu-de-l-extreme-droite”, un peu plus qu’Onfray vantant les mérites du pacifisme ?

Moi je veux bien qu’on laisse le bon sens, l’honneur, la droiture morale (enfin son affichage…), et surtout la sécurité réelle des Français au Front National, mais il faut alors arrêter de dénoncer sa montée, soyons cohérents svp…

 

Au final, et ayant vu comment beaucoup de personnes que je croise veulent fuir la réalité quand on leur montre, je repense, Daniel, à ce magnifique passage de l’excellente émission récente d’Arrêts sur Images avec Marc Ferro sur l’aveuglement, que j’incite les lecteurs à regarder en entier :

Quant à moi, demain matin, pour la première fois de ma vie, j’achèterai Valeurs actuelles, que je lirai ou pas, mais au moins aurais-je soutenu une fois un organe de presse qui m’aura montré qu’il pouvait s’attaquer au pouvoir, qu’il déteste certes, mais ce qu’aucun autre média n’aura fait.

 

Enfin, je ne saurais conclure ce billet en réponse à votre message classé avec le 11 septembre sans citer ceci.

Le 13 novembre est en train de devenir le “11 septembre français”.

Que le 11 septembre américain ait suscité parfois des théories du complot délirantes, c’est évident.

Que ceci ait empêché les médias de traiter sereinement, prudemment le sujet, posant des questions importantes, est néanmoins inacceptable.

Il n’y a pas de “complotisme” : il y a des vrais complots et des faux complots. La presse doit enquêter et dénoncer les premiers et dégonfler les seconds en montrant leur absurdité. Pas se taire.

Cette vision a empêché de mettre fin aux causes profondes du terrorisme, et nous en payons le prix. Exemple.

Le rapport final de la commission d’enquête sur le 11 septembre, grandement critiqué, indique de façon stupéfiante à propos du financement :

« A ce jour, le gouvernement américain n’a pas été capable de déterminer l’origine de l’argent utilisé pour commettre les attentats du 11 septembre. Mais en définitive, c’est un point qui a une faible importance pratique…. »

“Peu d’importance pratique” à savoir comment a été financé le 11 septembre et par quels canaux précisément, heum heum…

Pourtant, l’ancien Président de la Commission du Renseignement du Sénat, qui a supervisé un autre rapport, sur les activités des services de renseignement lors du 11 septembre (partiellement classé), le Sénateur Bob Graham, s’est confié au Figaro en janvier 2015 :

« Ce rapport montre la participation directe du gouvernement saoudien dans le financement du 11 septembre. Nous savons au moins que plusieurs des 19 kamikazes ont reçu le soutien financier de plusieurs entités saoudiennes, y compris du gouvernement. Le fait de savoir si les autres ont aussi été soutenus par l’Arabie saoudite n’est pas clair, car cette information a été cachée au peuple américain. On nous dit que cela ne peut être fait pour des raisons de sécurité nationale, mais c’est exactement le contraire. Publier est important précisément pour notre sécurité nationale.

Les Saoudiens savent ce qu’ils ont fait, ils savent que nous savons. La vraie question est la manière dont ils interprètent notre réponse. Pour moi, nous avons montré que quoi qu’ils fassent, il y aurait impunité. Ils ont donc continué à soutenir Al-Qaïda, puis plus récemment dans l’appui économique et idéologique à l’État islamique. C’est notre refus de regarder en face la vérité qui a créé la nouvelle vague d’extrémisme qui a frappé Paris. » [Bob Graham, Le Figaro, 02/02/2015]

Une enquête dans nos médias à l’occasion ou on attend que les émirs wahhabites – car c’est avec eux que nous sommes véritablement en guerre – financent les prochains attentats ?

C’est en bonne voie, puisque dès le 17 novembre, Hollande a agi :

“Proclamer qu’on lutte contre l’islam radical tout en serrant la main au roi d’Arabie saoudite revient à dire que nous luttons contre le nazisme tout en invitant Hitler à notre table. ” [Marc Trévidic, Les Echos, 15/11/2015]

Tirerons-nous quelques leçons du 11 septembre ou commettrons-nous les mêmes erreurs ? A savoir :

  • pas de réflexion sur les sources de la haine à notre égard dans notre politique étrangère,
  • aucune mise en cause des incompétents ayant causé le drame (aucune personne n’a perdu son job aux USA après le 11/09 : incroyable),
  • enquête bâclée pour couvrir non pas des complots mais les bourdes impardonnables des responsables (d’où petits mensonges dans l’enquête, d’où génération de “complotistes” délirants),
  • secret défense à tout va pour ne pas publier les archives,
  • médias aux ordres,
  • dérive sécuritaire : 7 types arrivent à nous faire changer la Constitution qui a supporté la guerre d’Algérie… Ils doivent bien rire en Syrie…
  • islamophobie renforcée – je rappelle que c’est le BUT des djihadistes, comme Ben Laden l’avait expliqué (en gros : “il faut que les musulmans de France se révoltent, et pour cela, il faut que les non-musulmans se comportent mal à leur égard”). Pourquoi personne ne s’intéresse jamais à la stratégie de Daech, pour la contrer, au lieu de tomber dans leur panneau ? Le premier ministre norvégien ne l’avait pas fait lui, après les attentats chez lui… «Nous allons répondre à la terreur par plus de démocratie, plus d’ouverture et de tolérance
  • cris de “en guerre en guerre”, pour encore plus de guerres, qui seront encore plus perdues que les précédentes, et généreront les prochains attentats,
  • etc.

Dernière question, à propos du traitement de l’attaque au gaz de la Ghouta, pour laquelle une chose est claire, c’est que rien n’est clair. Si on se rappelle, Hollande a, par souci de “transparence”, déclassifié le rapport d’analyse français, concluant à la culpabilité d’Assad (dont on se demande l’intérêt dans l’affaire) pour que l’opinion accepte que la France bombarde la Syrie en septembre 2013 (ce qui aurait ouvert les portes de Damas à l’État islamique). Bien. Le livre Les chemins de Damas, Le dossier noir de la relation franco-syrienne, par les journalistes français Georges Malbrunot et Christian Chesnot, donne de précieuses informations sur les coulisses de la relation entre Paris et Damas au cours des 40 dernières années. Il révèle que le ministère de la défense a supprimé du rapport rendu public d’importantes informations reçues, telles que : “Il est possible que des bombardements classiques de l’armée syrienne sur un laboratoire clandestin des rebelles ait provoqué une fuite de gaz.” Mais cette conclusion a été “purement et simplement coupée” du texte du rapport final indique le livre. Le tout pour manipuler l’opinion. Manipuler l’opinion pour qu’elle accepte une guerre, vous appelez ça comment ? Le fait que les médias n’aient pas parlé de ce scandale sur des armes de destruction massive “à l’irakienne”, vous jugez ça comment ? Doit-on s’étonner que des gens deviennent complotistes” après ça ? Pire : que ce serait-il passé si le scandale mérité avait éclate ? Quelles conséquences, quelles démissions, quel changement d’attitude, quel imapct sur la chaine des événements ayant abouti au 13 novembre ? Le silence tue. Je suis heureux pour ma part d’en avoir parlé ; ça n’a rien changé, mais je me regarde sans problème dans la glace le matin (l’avantage de ne pas vouloir devenir Président de la république sans doute).

Si on ne veut pas avoir le même phénomène en France qu’aux États-Unis, les médias devront être irréprochables. Et chacun devrait agir comme s’il avait perdu un enfant vendredi dernier – j’agis en tous cas comme cela pour ma part. Les médias ont hélas déjà grandement compromis leur image par leur silence d’hier, laissant Valls oser tranquillement hier au 20 heures un :

C’est à ce moment-là que j’ai failli jeter ma télé par la fenêtre…

D’où ce billet en tout cas – qui évidemment me coupera probablement de toute exposition médiatique – mais cela n’a guère d’importance…

« Il existe deux ensembles de principes. Les principes de pouvoir et de privilège et les principes de vérité et de justice. Si vous courez après le pouvoir et les privilèges, ce sera toujours au détriment de la vérité et de la justice. » [Noam Chomsky]

Commentaire recommandé

chris // 20.11.2015 à 05h36

Ha ??? Et vous allez travailler avec des traîtres et collabos ? Je dis:

1- Virer les traître et collabos.
2- S’occuper des problèmes.

205 réactions et commentaires - Page 3

  • ulule // 21.11.2015 à 12h53

    Tous en guerre
    http://cettesemaine.info/breves/spip.php?article1298&lang=fr
    Source : http://finimondo.org/node/1741
    (…)
    “Finissons-en avec le mépris et la stupeur. Assez d’hypocrisies. Nous sommes tous en guerre. Une guerre voulue par nos dirigeants. Qui a construit les bombes au phosphore qui ont brûlé Falloujah, qui a entraîné les pilotes qui ont bombardé Gaza, qui a fournit les technologies informatiques aux services secrets qui ont torturé à Damas ? Ce sont les gouvernements, ce sont les multinationales. Des gouvernements élus de manière démocratique, des entreprises qui travaillent de manière civilisée. Ici, chez nous. On le sait, mais on le comprend à peine. Voilà pourquoi il n’y a de pitié pour personne, pas même pour nous-mêmes (nous, grands révolutionnaires qui voudrions tout mettre en pièce, faire la guerre à tout l’existant, mais qui ne sommes plus en mesure de haïr à mort personne, pas même nos pires ennemis). Voilà pourquoi il n’y a désormais plus de place que pour le terrorisme. Après de longues décennies de brouillard des consciences, de raréfaction des intelligences, d’étourdissement des sensibilités et de paralysie des muscles, les catastrophes et les guerres civiles ont de beaux jours devant elles. La liberté et la révolution, beaucoup moins.

    A présent, il est facile de prévoir ce qui va se passer. Contre le poing de fer de la sharia, le poing de fer du code civil et pénal. Etat d’urgence, lois exceptionnelles, plus grand contrôle, moins de liberté pour tous. Contre le risque de mourir par une main islamiste, la sécurité de végéter par une main démocratique. Et des représailles, évidemment, qui iront alimenter de nouvelles représailles dans un cercle vicieux sans fin. Avec la meute réactionnaire qui incitera à haïr les étrangers en tant que tels, et la racaille progressiste qui invitera à aimer les étrangers en tant que tels. Et tous ceux qui n’ont pas de position à prendre entre ces deux bords, ceux qui ne voient autour d’eux aucun « nous » auquel s’identifier, ceux qui veulent déserter cette guerre démentielle et terroriste parce que c’est dans une autre guerre qu’ils veulent combattre – contre tout Dieu, contre tout Etat – se retrouveront toujours plus encerclés et plus surveillés.

    Mais nous seuls pouvons avoir pitié de nous. Respirons profondément, et abandonnons tout désespoir et commotion. Les larmes aveuglent plus les yeux que le sang. En dépit des apparences, nous ne serons jamais impuissants dans notre tentative de diffuser désordres, sacrilèges, subversions.

    [Traduit de l’italien de finimondo, 15/11/15]

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  • moebus // 21.11.2015 à 13h23

    Lorsque les citoyens s habituent a laisser faire les politiciens , lorsque les politiciens ne tiennent plus comptent de leurs paroles ,lorsque les citoyens tremblent devant les politiciens et préfèrent les flatter , lorsque finalement les politiciens méprisent les lois parce qu ils ne reconnaissent plus au dessus d eux l autorité de rien ni de personne , alors c est la en toute beauté et en toute jeunesse le début de la TYRANNIE … Fredille Moebius le 21 novembre 2015 PLATON

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  • ulule // 21.11.2015 à 14h11

    Ni de leur Guerre, Ni de leur Paix !
    https://nantes.indymedia.org/articles/32401

    « Nous devons anéantir les ennemis de la République… et déchoir de la nationalité ceux qui bafouent ce qu’est l’âme française ». Manuels Valls, Premier ministre,
    14 novembre 2015

    (…)
    L’état d’urgence décrété en France depuis hier, mesure de guerre intérieure d’un gouvernement qui place le pays en adéquation avec sa politique de terrorisme international, n’est qu’un pas de plus dans la praxis de base de n’importe quel gouvernement, visant à la normalisation forcée de la vie, à sa codification institutionnelle, à sa standardisation technologique. Parce que si l’Etat regarde le futur, que voit-il ? Des cracks économiques, un chômage de masse, un épuisement des ressources, des conflits militaires internationaux, des guerres civiles, des catastrophes écologiques, des exodes de population… Il voit en somme un monde toujours plus instable, où les pauvres sont toujours plus nombreux et concentrés, un monde suintant de désespoir, qui se transforme en énorme poudrière, en proie à des tensions en tous genres (sociales, identitaires, religieuses). Un monde où l’allumage de la moindre étincelle, quelle qu’elle soit, ne doit pas être tolérée par une démocratie toujours plus totalitaire. Alors, tout comme « citoyen » est l’autre mot pour « flic », la « guerre au terrorisme » signifie avant tout la guerre contre tous ceux qui rompent les rangs du pouvoir. A tous les insoumis de la pacification sociale, à tous les déserteurs des guerres entre puissants et autoritaires, sabotons l’Union nationale…

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  • Jacques F. // 26.11.2015 à 10h44

    Ce qui m’embête avec le fait de donner les noms des terroristes et de publier leurs visages, c’est que ça peut en motiver d’autres.
    Le fait qu’on parle de soi à la TV est une source de motivation supplémentaire pour beaucoup.

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