Source : Bastamag, Olivier Petitjean, 16-05-2017

Quel est le lien entre la multiplication des interventions militaires françaises à l’étranger, la priorité donnée au Rafale et aux exportations d’armes, et l’instauration de l’état d’urgence en France ? Dans son livre récent Le Militaire. Une histoire française (éd. Amsterdam), l’économiste Claude Serfati montre à quel point l’armée et les industries militaires sont « chez elles » dans les institutions et l’économie politique de la Vème République. Une tendance qui n’a fait que s’aggraver ces dernières années, sans que le poids politique et économique exorbitant du militaire en France soit vraiment contesté ni même débattu, y compris à gauche. La campagne électorale actuelle ne fait pas exception. Entretien.

Basta ! : Vous montrez, dans votre livre, la place centrale de l’institution militaire en France, dont vous dites qu’elle est « sans équivalent dans aucune autre démocratie » et qu’elle « n’a cessé de se renforcer au cours des dernières décennies ». Comment se traduit concrètement ce poids de l’armée dans la vie politique et économique du pays ?

Claude Serfati [1] : Il se traduit d’abord sur le plan strictement constitutionnel, à travers l’ensemble des pouvoirs militaires et sécuritaires attribués au chef de l’État par la Vème République. Les chercheurs qui procèdent à des comparaisons internationales s’accordent sur le fait que le président de la République en France est le chef d’État le moins contrôlé de toutes les démocraties, notamment en ce qui concerne le pouvoir de faire la guerre. Le poids du militaire s’observe également dans la politique extérieure et ses priorités. Les interventions militaires de la France à l’extérieur de ses frontières, principalement en Afrique, sont devenues si nombreuses qu’il devient difficile de les compter. Il y en aurait eu 25 pour la seule année 2015. Avec l’instauration de l’état d’urgence, l’armée a également repris une place importante dans les questions de sécurité intérieure.

Cet enracinement de l’institution militaire en France, particulièrement depuis 1958, s’observe aussi sur le plan économique. La Vème République s’est construite sur deux crédos formulés par de Gaulle, qui restent aujourd’hui encore indiscutés. Le premier est l’impératif de développer la « compétitivité » de l’économie française, énoncé explicitement par de Gaulle en 1958 et qui reste un leitmotiv aujourd’hui, comme on sait. Le second est que cette compétitivité passe par une série de grands programmes technologiques, militaires ou à valeur stratégique – les télécoms, le spatial et le nucléaire civil par exemple. Ces deux crédos imprègnent encore tous les pores de l’économie française. Je montre par exemple dans mon livre que si le poids des dépenses militaires dans le PIB semble relativement limité, à un peu moins de 2%, la place des groupes de l’armement dans les dépenses technologiques dépasse les 20%, ce qui est très important.

Cette influence du militaire à la fois sur la sphère politique et sur la sphère économique – ce que vous appelez « l’économie politique de la Vème République » – est-elle une spécificité française ?

La France est un pays où l’armée a toujours été au cœur de l’État, ce qui n’est pas exceptionnel. A ce degré c’est tout de même assez rare. C’est aussi un pays dans lequel l’État a pénétré l’ensemble des relations sociales, économiques et culturelles depuis des siècles. La conjugaison de ces deux traits fait la singularité du capitalisme français et explique la polyvalence de l’influence du militaire dans notre pays. Il est clair qu’au début des années 60, à un moment où de Gaulle en était encore à régler ses comptes avec la fraction colonialiste de l’armée et dans une période d’euphorie économique, c’était l’aspect économique de cette influence qui prédominait. Les militaires restaient relativement discrets. Ils n’étaient pas comme aujourd’hui à entourer le président dans un contexte de crise des institutions, de délitement industriel et de tensions sociales.

Aujourd’hui, le rôle économique du militaire perdure, du fait de la force d’inertie de ces cinq dernières décennies et du consensus politique sur la question. Une série de facteurs – les « printemps arabes » et l’implosion des régimes au sein de régions d’influence de la France, le retrait relatif de l’administration Obama, le déclin économique de la France par rapport à l’Allemagne… – ont contribué à redonner à l’armée un poids politique significatif. Entendre le chef d’état-major de François Hollande revendiquer publiquement il y a six mois une hausse des dépenses militaires dans le budget de l’État, c’est quelque chose de nouveau. On a le sentiment que l’armée est plus que jamais chez elle dans la Vème République. C’est ce que voulait de Gaulle, mais sous l’autorité du chef de l’État et dans le cadre d’une économie flamboyante. Or ces deux facteurs sont justement en train de s’éroder.

Nous sommes aussi actuellement dans une période où les versants économiques et politiques du militaire retissent des liens très étroits, ce qui n’a pas toujours été le cas au cours des dernières décennies. Dans les années 1990, on voyait les états-majors critiquer les industriels de l’armement. Aujourd’hui, au contraire, il y a une convergence profonde d’intérêts entre les interventions armées en Afrique, qui permettent de tester sur le terrain les équipements produits par les firmes françaises, et les exportations d’armes à destination du Moyen-Orient et d’ailleurs. Les patrons des entreprises d’armement comme Serge Dassault admettent explicitement que les interventions militaires françaises leur donnent un « avantage compétitif ». Hollande lui a donné raison en s’écriant lors d’une visite dans une usine Dassault en 2015 : « Vive le Rafale, vive la République, vive la France ! »

Cette convergence entre intérêts politiques et économiques ne se retrouve-t-elle pas dans la vision française de l’Europe ? On a l’impression que la France voit surtout l’Union européenne comme un moyen de financer son industrie d’armement, et se voit jouer en son sein la fonction du militaire…

C’est effectivement le projet politique que les dirigeants français ont pour l’Europe depuis de Gaulle. Le « rôle majeur » que celui-ci voulait faire jouer à la France est de moins en moins crédible sur le plan économique, ce qui pousse les gouvernements français à vouloir aller toujours plus loin en ce qui concerne son rôle militaire et sécuritaire. Ils ont obtenu quelques avancées à partir des années 1990, telles que le financement communautaire destiné à la recherche-développement, dont une partie de plus en plus importante – sous le nom de technologies « duales » (à la fois civiles et militaires) dans l’aéronautique par exemple – profite aux industriels de l’armement. Mais cela ne va pas pour l’instant aussi loin qu’ils le souhaiteraient. D’une part, les gouvernements des autres pays européens qui disposent d’une industrie d’armement conséquente n’acceptent pas facilement que l’industrie française s’accapare trop de marchés. D’autre part, l’Union européenne n’est pas prête à marcher au pas cadencé de la France sur la politique de défense et de sécurité commune.

Le contexte des attentats ne risque-t-il pas de changer la donne ? La sécurité et la surveillance, que les industriels de l’armement considèrent comme des « relais de croissance », sont-ils en train de revenir à l’ordre du jour en Europe ?

Le processus est en route depuis 2003. Après le 11 septembre, la « politique européenne de sécurité et de défense » élaborée par Javier Solana a imposé le concept de la « sécurité », permettant des interventions répressives aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur. C’était le même projet politique que celui du président Bush, le multilatéralisme en plus. Les programmes sur la sécurité mis en place par l’Union européenne ont profité très largement aux aéronauticiens et aux électroniciens français, et c’est effectivement la France qui pousse le plus en ce sens, aujourd’hui encore. Sur le plan politique, les dirigeants français considèrent que le chaos actuel au sein du « voisinage » de l’Europe (Afrique et Moyen-Orient), qui se traduit dans le traitement inhumain que l’UE inflige aux réfugiés, imposera aux autres gouvernements un principe de réalité, qui accentuerait les tendances sécuritaires et redonnerait du poids à la France. Il y a un jeu subtil qui est mené vis-à-vis de l’Allemagne et des pays nordiques. Eux aussi sont attachés à la sécurité, mais il est différent – et plus pacifique pour les pays nordiques – de l’ordre sécuritaire tel qu’il est conçu en France.

Vous consacrez un chapitre à déconstruire les discours officiels sur les ventes d’armes, présentées comme bonnes pour la France et pour l’emploi. La focalisation française sur les industries d’armement nuit-elle au contraire au reste de l’économie, en particulier aux autres branches de l’industrie ?

À travers mes recherches, j’essaie de montrer depuis assez longtemps que les industries d’armement ont très peu d’effets d’entraînement pour les autres secteurs industriels. On a beaucoup glosé dans les années 1970 sur les transferts de technologies militaires vers le civil aux États-Unis, mais c’est bien plus compliqué et limité que cela, et très spécifique aux États-Unis. De plus, en France, beaucoup de cadres dirigeants d’entreprises formés dans les grandes écoles (comme Polytechnique) n’ont pas une véritable culture entrepreneuriale. La consanguinité entre l’État et les grandes entreprises – particulièrement forte dans le secteur de l’armement – n’incite guère à sortir des marchés lucratifs et protégés de la défense pour développer des applications civiles. Pour des raisons multiples, le secteur de l’aéronautique constitue la seule exception, d’ailleurs partielle.

L’histoire donne plutôt raison à la thèse selon laquelle les industries d’armement exercent une sorte de prédation sur les ressources productives et le personnel qualifié. En France, plus l’industrie de l’armement est privilégiée, plus d’autres secteurs industriels essentiels s’effondrent. Les grands programmes technologiques publics continuent de profiter largement aux industriels de l’armement. L’Observatoire économique de la défense vient d’annoncer que l’industrie militaire a bénéficié d’un crédit d’impôt recherche de plus d’un milliard d’euros en 2015. C’est une somme qui n’est allé à destination des PME civiles – je ne parle même pas d’objectifs sociaux. Et ce n’est qu’un chiffre parmi d’autres.

Certes, le déclin relatif du secteur automobile français ne peut pas directement être imputé à l’industrie d’armement, car il a été lui aussi largement soutenu par l’État. En revanche, la priorité accordée par la France aux industries militaires a clairement aggravé le retard français dans l’industrie de la machine-outil. Or celle-ci, surtout quand elle est robotisée, est une industrie décisive pour l’industrie automobile, mais également pour tous les secteurs de production de biens. L’industrie électronique est un exemple d’industrie dans laquelle les priorités accordées aux produits et aux systèmes militaires ont été une des causes de la dégradation considérable des marchés civils (comme l’électronique grand public, informatique, etc.). Je rappelle aussi que l’armée de terre revendique la place de premier recruteur de contrats longs en France. C’est un constat accablant pour l’avenir de la jeunesse.

Pourquoi ce poids massif de l’armée et du militaire dans l’économie et la vie politique françaises est-il si peu débattu, et si peu contesté ?

C’est particulièrement frappant si l’on compare la France et la Grande-Bretagne. Ce sont deux pays de vieille tradition impérialiste et militariste, qui se sont retrouvés encore une fois côte à côte en Libye puis en Syrie. Or le débat public sur les questions de guerres et de ventes d’armes en Grande-Bretagne est aux antipodes de ce qu’il est en France. Le rapport Chilcot sur la guerre en Irak, un rapport parlementaire officiel, a été bien au-delà de la simple dénonciation du rôle de Tony Blair.

On n’imagine pas aujourd’hui encore, plus de vingt ans après le génocide, la mise en place d’une commission d’enquête sérieuse sur le rôle de la France au Rwanda. Très récemment, la commission des affaires étrangères du Parlement anglais a proposé d’arrêter les ventes d’armes britanniques à l’Arabie saoudite en raison de ses crimes de guerre au Yémen. En France, tout le monde ou presque se félicite de nos ventes d’armes à cette monarchie pétrolière.

Il faut donc insister : en France, ce débat n’a pas lieu, et cela ne date pas d’aujourd’hui, pour un ensemble de raisons politiques, économiques, et culturelles. Le mouvement antimilitariste a malheureusement perdu de sa vigueur en France par rapport à d’autres pays. Il y a sur le sujet un consensus droite-gauche qui perdure jusqu’à aujourd’hui. Nous avons donc une difficulté à lever le couvercle du militarisme. Et bien entendu il y a l’influence des industriels de l’armement, mais aussi les hésitations des organisations de salariés, pour lesquelles les programmes d’armement assurent – de moins en moins d’ailleurs – un maintien de l’emploi, surtout dans les territoires qui en dépendent de façon critique.

Vous suggérez que l’armée a gagné en influence, déjà sous Sarkozy mais encore davantage durant le quinquennat de François Hollande, avec les interventions militaires à l’étranger, l’accent mis sur les ventes d’armes, et maintenant la proclamation de l’état d’urgence. Sommes-nous en train de revenir aux sources militaires de la Vème République ?

Cette influence croissante est liée au contexte géopolitique et économique mondial, avec la crise financière et ses suites, les révolutions arabes, le retrait relatif des États-Unis, les rapports avec l’Allemagne – ce que j’appelle le « moment 2008 ». L’utilisation du militaire devient en quelque sorte un des derniers avantages compétitifs de la France. Mais cela représente aussi, effectivement, une sorte de parachèvement de la Vème République, ou du moins un retour en force de certains aspects de sa constitution qui étaient restés latents.

La Vème République, c’est un régime bonapartiste, né d’un coup d’État. Sa constitution est pleine de potentialités antidémocratiques très graves : l’article 16 sur les pouvoirs exceptionnels du président, l’état d’urgence, l’état de siège. C’est une combinaison explosive. L’utilisation des armées à l’extérieur – même si elle semble indolore pour la population française – s’est toujours accompagnée d’union nationale à l’intérieur et de mesures coercitives contre ceux qui ne s’y plieraient pas. Cette corrélation entre guerre à l’extérieur et état d’exception à l’intérieur a toujours existé, sous des formes plus ou moins paroxystiques et violentes.

Ceci dit, le corsetage des libertés que rend possible la constitution dépend aussi des rapports sociaux. Des manifestations de rue massives ont eu lieu en 2016 malgré l’état d’urgence. Le rapport de forces actuel entre ceux qui veulent défendre les libertés et ceux qui veulent les réduire fait que l’état d’urgence n’est pas poussé jusqu’au bout. Parallèlement, cependant, on voit de plus en plus de militaires délaisser la posture traditionnelle de la « grande muette » pour faire entendre leur voix, dans la rue, au sein des manifestations de Sens commun, mais également dans les médias, où on les entend évoquer ouvertement un passage de la France sous l’état de siège en cas de nouveaux actes terroristes.

Iriez-vous jusqu’à dire que nous ne sommes pas à l’abri d’un putsch militaire en France, par exemple à la faveur d’un attentat ?

Comme je viens de le dire, les rapports de force sociaux sont essentiels : la loi El Khomri a été combattue dans la rue malgré l’état d’urgence. Ceci dit, il faut bien avoir à l’esprit que nous avons toujours une épée de Damoclès au-dessus de nous et que nous ne sommes pas à l’abri d’un événement qui créerait les conditions pour des mesures encore plus autoritaires. Je ne suis pas préoccupé par la menace d’un coup d’État à la latino-américaine. Je crains par contre qu’à la suite d’un acte terroriste, la Vème République et ses mesures d’exception soient utilisées « à fond », pour ainsi dire, par le gouvernement en place. La constitution permet l’adoption de mesures réellement dictatoriales « en douceur », qui s’exerceraient sans doute de manière discriminante, en ciblant d’abord les minorités visibles ou certaines catégories de population comme les « jeunes des quartiers ».

L’armée est déjà chez elle dans la Vème République, tout comme la police. Mais elles pourraient le devenir encore plus. En même temps, heureusement, il y a des réactions d’hostilité et de résistance à ces évolutions non seulement dans la société civile, mais aussi dans l’appareil d’État, notamment au niveau du pouvoir judiciaire. Je suis rassuré par le fait que malgré les attentats, les Français restent davantage préoccupés dans cette campagne électorale par l’économie et l’emploi que par la sécurité. Nous avons encore des ressources démocratiques.

Parlons justement des élections. Comment ce pouvoir militaire que vous décrivez réagirait-il si le Front national continue de monter en puissance lors des prochaines élections ?

Je ne vois pas d’incompatibilité entre le Front national et l’état-major des armées. J’attends une preuve du contraire.

Qu’en est-il des autres candidats ?

Le fait qu’Emmanuel Macron ait cherché et obtenu le soutien de Jean-Yves Le Drian le situe dans le droit fil de la politique actuelle. Au final, aucun des quatre principaux candidats à l’élection présidentielle n’a remis en cause la place de l’industrie de l’armement en France. Jean-Luc Mélenchon remet néanmoins en cause la politique militaire de la France sur certains points, comme la sortie de l’Otan et l’arrêt des interventions militaires. Sur les autres aspects, il semble faire preuve d’une grande prudence. Certains qui soutiennent sa candidature regrettent par exemple l’absence d’initiative de sa part sur la dénucléarisation de la France, alors que des personnalités comme Paul Quilès ont pris des positions très volontaires sur ce sujet.

Propos recueillis par Olivier Petitjean

Source : Bastamag, Olivier Petitjean, 16-05-2017

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36 réponses à « De plus en plus de militaires évoquent un passage à l’état de siège en cas de nouveaux actes terroristes », par Claude Serfati

Commentaires recommandés

Vladimir K Le 08 juin 2017 à 03h52

S’il y a éventuellement une part de vérité dans ce que dit Claude Serfati, il y a aussi une très grosse part de fantasme.

“La consanguinité entre l’État et les grandes entreprises – particulièrement forte dans le secteur de l’armement – n’incite guère à sortir des marchés lucratifs et protégés de la défense pour développer des applications civiles.”

Juste à titre d’information, chez Dassault Aviation (on aime rappeler souvent que Dassault est un “marchant d’armes”) la part militaire représente 20% du chiffre d’affaire, contre 80% pour le civil (Falcon, études générales et spatial).

En ce qui concerne Airbus, je doute que les 24 malheureux A400m livrés ou la centaine de CASA 295 fassent le poids vis-à-vis des avions civils A310-380 + ATR, sans parler des hélicoptères, qui se vendent largement plus en civil qu’en militaire.

Et ce ne sont que deux exemples parmi pleins d’autres.

Il faut donc relativiser, d’autant que l’on voit de moins en moins de matériel nouveau dans les armées françaises.

  1. Vladimir K Le 08 juin 2017 à 03h52
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    S’il y a éventuellement une part de vérité dans ce que dit Claude Serfati, il y a aussi une très grosse part de fantasme.

    “La consanguinité entre l’État et les grandes entreprises – particulièrement forte dans le secteur de l’armement – n’incite guère à sortir des marchés lucratifs et protégés de la défense pour développer des applications civiles.”

    Juste à titre d’information, chez Dassault Aviation (on aime rappeler souvent que Dassault est un “marchant d’armes”) la part militaire représente 20% du chiffre d’affaire, contre 80% pour le civil (Falcon, études générales et spatial).

    En ce qui concerne Airbus, je doute que les 24 malheureux A400m livrés ou la centaine de CASA 295 fassent le poids vis-à-vis des avions civils A310-380 + ATR, sans parler des hélicoptères, qui se vendent largement plus en civil qu’en militaire.

    Et ce ne sont que deux exemples parmi pleins d’autres.

    Il faut donc relativiser, d’autant que l’on voit de moins en moins de matériel nouveau dans les armées françaises.


    • Fritz Le 08 juin 2017 à 07h13
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      A propos de matériel, les soldats français ne sont plus équipés de fusils français (les FAMAS), mais d’un fusil allemand, le HK 416. Tout un symbole.
      C’était le cas des sentinelles que j’ai vues lundi dernier, en faction devant le palais de l’Élysée : une annexe provinciale de la chancellerie de Berlin.


      • JNX75 Le 08 juin 2017 à 08h13
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        Arretez avec vos balivernes : la manufacture d’arme de Saint Etienne a fermé il y a 16 ans.. le HK était certainement le meilleur produit dispo et son acier est Aubert&Duval en +


        • Julien Le 08 juin 2017 à 08h49
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          Oui donc la question demeure : pourquoi cette industrie a fermé…


          • UnKnown Le 08 juin 2017 à 10h59
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            Parce que le prix du Famas était exorbitant, sans parler du coût d’achat de ses chargeurs qui frisait le ridicule (le prix d’un chargeur revenait quasiment au prix d’un fusil d’assaut moderne étranger).
            La faute à une doctrine d’emploi théorique mal calibrée, qui a complexifié sa conception, et a donc fait explosé les coûts de production.


          • calal Le 08 juin 2017 à 12h51
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            on pourrait imaginer un droit de detention d’armes francaise par les citoyens francais a la maniere d’opinel ou de victorinox.cela ferait du nombre pour une industrie francaise.
            j’ai utilise un peu de le famas pendant mon service il y a longtemps: amha c’est une arme de salon qui craint la salete…une arme allemande c’est peut etre une amelioration…
            un citoyen sans fusil c’est un contribuable…


        • Surya Le 08 juin 2017 à 08h57
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          l’appel d’offre a été lancé avec des conditions telles sur le chiffre d’affaires minimal des soumissionnaires que cela a écarté de facto les quelques PME françaises encore capables de produire des fusils d’assaut


          • UnKnown Le 08 juin 2017 à 11h17
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            Vu le délai et les coûts que la conception d’une nouvelle arme aurait demandé, pardon, mais c’était beaucoup plus sage d’exiger des reins solides, d’autant plus que si ce genre de marchés publiques paraissent juteux, ils demandent énormément de temps avant d’avoir un retour sur investissement. Avoir une trésorerie solide est vitale (ou un C.A capable “d’absorber les surcoûts” liés à cette opération), sinon on va droit au casse pipe.
            Le HK 416 et le Scar H (initialement retenus pour le dernier round) avaient de plus le mérite d’être des armes éprouvées, et déjà en service au sein de nos forces spéciales, dont les retours étaient plus que positifs concernant ces deux armes.

            “qu’importe que le chat soit blanc ou gris , pourvu qu’il attrape la souris”


            • Surya Le 08 juin 2017 à 17h11
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              Ces entreprises auraient très bien pu produire des fusils d’assaut étrangers sous licence


            • Thanos Le 08 juin 2017 à 20h57
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              La question n ‘est pas là, mais comment envisager d être dépendant d’un autre pays pour armer ses militaires. La défense est un attribut régalien. Et si l’on suit votre logique, pourquoi faire appel à des militaires français de l’Armée ? Nous ferions de grosses économies en n ‘utilisant que des contractuels de société militaires privées. Pourtant je suis libéral, mais je pense que certaines “activités” relèvent de l’État (Nation) : défense, éducation, santé (en partie) et sécurité notamment. Mais l’autonomie est devenu “un gros mot” à l’heure des économies intégrées et interdépendantes, ou du diktat ou impératif de solidarité de fait tel que pensée par Kalergi et instauré par Schuman : «L’Europe ne se fera pas d’un coup, ni dans une construction d’ensemble: elle se fera par des réalisations concrètes créant d’abord une solidarité de fait.» Cette phrase qui fonde l’Europe tue, de fait, l’État Nation. Désormais nous sommes dépendant d’un pays tiers pour équiper nos militaires et donc la “base” de notre défense. Solidarité de fait.


            • UnKnown Le 12 juin 2017 à 11h18
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              Vous avez une vision politique des politiques d’armement, voilà tout. Oui dans l’idéal franchouillard, il faut absolument que tout ce qui touche à l’Etat soit produit en France, ce qui est normal après tout. On donne du boulot à des français, tout en gardant l’impression d’être indépendants (à moins d’inventer des avions et des blindés qui volent sur batteries électrique, toute armée de part le monde ne vit que tant qu’elle a du pétrole à disposition. Bonjour l’indépendance)
              Mais quand on n’a pas là, tout de suite, à sa disposition, l’outil nécessaire pour produire 104 000 flingues sur 10 ans pour venir remplacer nos poussiéreux Famas, et bah vous faites comme tout le monde, vous allez voir à la concurrence, en cherchant quelque chose de bien et de bonne facture. Je ne suis pas certains que les derniers fabricants français étaient capable de tenir un tel rythme de production (en gros, ça doit donner dans les 30-40 flingues par jour)
              Les militaires en sont malgré tout satisfaits, même si oui, effectivement, ils ont eux aussi la nostalgie d’un fusil d’assaut 100% français .


        • mihoub Le 09 juin 2017 à 22h51
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          Peu importe, notre pays a toujours disposé d’un armement national. Acheter sur étagère des fusil étrangers qui plus est allemand relève de la trahison, pour moi. Concernant la qualité de l’armement, ce n’est pas la question. l’important, le primordial, est la souveraineté tant dans l’armement que dans la production de munition qui n’est plus française non plus…


          • UnKnown Le 12 juin 2017 à 11h04
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            “Peu importe, notre pays a toujours disposé d’un armement national”

            Faudra qu’on reparle des C-130, Awaks, Hawkeye, qui sont des échelons vitaux de notre défense aérienne et de notre logistique de projection… Pas très made in France ces zingues. Et personne ne vient pleurer sur le fait qu’ils sont made in USA, ils font le boulot, c’est tout ce qu’on demande d’une arme…


    • Iskander Zakhar Le 08 juin 2017 à 09h25
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      Concernant votre dernière phrase, il y a tout un tas de matériel moderne qui arrive au sein des armées et tout un tas de programme à l’étude pour la modernisation des équipements.

      Je ne serais donc pas aussi catégorique que vous sur ce point.


      • Idomar Yasagof Le 08 juin 2017 à 15h57
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        2,66 milliards de moins pour le budget 2018 en l’état actuel des choses !


    • UnKnown Le 08 juin 2017 à 11h29
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      Concernant le manque de nouveautés, ce n’est pas nécessairement vrai pour tous les domaines. L’Armée de Terre est effectivement dans le schwartz au niveau de ses équipements courants, sans parler du taux de disponibilité de ses véhicules, qui s’effondre… L’Armée de l’Air, elle reste à flot grâce aux miracles de ses “rempants”, mais l’état de la logistique est presque honteux pour une armée moderne (quoique nos voisins européens font pratiquement tous pire, c’est incroyable).
      On a cependant les programmes EBRC Jaguar qui arrivent à l’horizon, ces nouveaux HK 416 pour remplacer les Famas & cie, le standard F3R du Rafale qui va entrer en service en 2018 avec en parallèle le lancement des recherches pour le standard F4, les Suffren qui doivent sortir de chantiers malgré leurs retards…
      Quelques nouveautés donc, et pas seulement incrémentales.


    • Fougnard Le 08 juin 2017 à 12h18
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      Il me semble que, dans son commentaire, M. Serfati avait pris soin de mettre un bémol sur la consanguinité en ce qui concernait l’aéronautique.
      Or vos 2 exemples destinés à démontrer la part de fantasme dans les propos de M. Serfati ont justement trait à l’aéronautique.
      De ce fait, je relativise plutôt votre intervention que celle de M. Serfati.


      • aleksandar Le 09 juin 2017 à 09h00
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        Il n’apporte aucune preuve de cette soi-disant consanguinité dans les autres branches industrielle et de fait, le reclassement d’ancien militaire se fait essentiellement dans le domaine de la sécurité pas de l’industrie.
        Cet article est un catalogue de fantasmes.


  2. Caliban Le 08 juin 2017 à 05h04
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    Intéressant point de vue. Que confirme l’ex premier ministre lui-même : https://www.youtube.com/watch?v=tB_ZpCrWrR0


    • Olivier Le 08 juin 2017 à 07h09
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      Même l’ancien président : «comment peut-on éviter la partition? Car c’est quand même ça qui est en train de se produire : la partition». F Hollande.


  3. Fritz Le 08 juin 2017 à 05h29
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    La Ve République, un régime militariste ? Certes elle a été inaugurée par un général, mais Claude Serfati aurait pu rappeler que c’est pour mater le putsch des généraux d’Alger que de Gaulle a pris les pleins pouvoirs en 1961, en vertu de l’article 16. Je dirais plutôt : un régime courtisan, hiérarchique, où le gouvernement et les médias jouent sur les peurs de citoyens infantilisés.

    Comment a-t-on pu bloquer 900 personnes à Notre-Dame de Paris, avant-hier, à cause d’un coup de marteau donné par un déséquilibré, non pas sur un soldat de l’opération Vigipirate, mais sur “un fonctionnaire de police”, à deux pas de la préfecture de police ?

    Le point de vue de M. Serfati est intéressant : le poids de l’armée en France est lourd, et ce bien avant 1958. Mais il ne souligne pas assez, dans cet entretien, les sinistres évolutions de ces dernières années : le retour de la France dans l’OTAN, la réduction du rôle du Parlement. Celui-ci était censé “autoriser la déclaration de guerre”, règle qui n’a jamais été respectée : ni en 1939, ni en 1946 (Indochine), ni en 1954 (Algérie), ni en 1991 (guerre du Golfe), ni en 1999 (guerre du Kosovo), ni en 2011 (guerre de Libye). Aujourd’hui, il ne fait plus que ratifier les guerres déclenchées par l’Élysée, quatre mois après coup.


    • J Le 08 juin 2017 à 11h17
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      Si le parlement n’a plus à autoriser les déclarations de guerre, c’est peut-être surtout que les guerres ne se déclarent plus…


    • aleksandar Le 09 juin 2017 à 09h04
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      Le poids de l’armée en France est lourd ? Avec des budgets a la baisse depuis 20 ans et un effectif total de 200 000 personne a la louche.
      Vous êtes sérieux ?
      Si vous voulez un poids lourd regardez du coté de l’Éducation Nationale avec son million de fonctionnaire


      • Fritz Le 09 juin 2017 à 09h12
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        Quand je parlais de “poids lourd”, je ne pensais pas à la période actuelle, et j’évoque la déliquescence des matériels militaires dans d’autres commentaires. Je pensais au passé : historiquement, la France s’est constituée comme une “monarchie militaire” au XVIIe siècle, comme la Prusse du XVIIIe siècle. Et nous sommes l’un des rares pays européens à organiser un défilé militaire le jour de la fête nationale.

        Pour que les choses soient claires : je suis pacifiste, mais je ne suis pas antimilitariste, vraiment pas. Mon frère est aviateur et colonel de l’armée de l’Air, j’ai fait mon service dans l’armée de Terre, et mes collègues de l’Éducation nationale me trouvent assez… militaire avec les élèves.


      • mihoub Le 09 juin 2017 à 22h55
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        Ils ne remplissent même pas le stade de France !


  4. Fritz Le 08 juin 2017 à 05h56
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    Concernant le sinistre Solana (“Monsieur PESC”), rappelons qu’il était secrétaire général de l’OTAN lorsque cette organisation terroriste a bombardé la Yougoslavie durant 78 jours. La continuité de l’OTAN à l’UE est parfaite. Elle aboutit à substituer la notion infantilisante de “sécurité” à la notion française de “défense nationale”.


  5. calal Le 08 juin 2017 à 08h11
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    Parlons justement des élections. Comment ce pouvoir militaire que vous décrivez réagirait-il si le Front national continue de monter en puissance lors des prochaines élections ?

    Je ne vois pas d’incompatibilité entre le Front national et l’état-major des armées. J’attends une preuve du contraire.

    le fn est responsable de tout les maux dont souffre le pays depuis 30 ans alors qu’il n’a jamais ete au pouvoir.on recolte ce que l’on a seme…
    ps : il parait qu’il y aurait 5000 generaux ( en activite et en “reserve” http://www.ifrap.org/fonction-publique-et-administration/larmee-francaise-t-elle-trop-de-generaux ) en france…


  6. pierre Chauvet Le 08 juin 2017 à 08h13
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    Monsieur Claude Serfati ne peut donner l’illusion de son existence militante que grace à la sécurité fragile ,ephemere et à consolider que donnent nos differents services de securité en France.,armmée police gendarmerie

    Au Sahel les VAB ont plus de 50ans et la moitié est sur cales;pareil pour les helicopteres,les avions gros porteurs ont aussi le demi siecle et nous sommes obligés d’acheter des avions us poour faire la soudure.
    Depuis la fin de la guerre froide le format de notre armée a été divisé par deux et le nombre d’avions est passé de 600 à 250.
    Le Blogue “les Crises ” se grandirait de donner la parole à un officier général (Vincent Desportes?)afin qu’il décrive la grande pauvreté de l’armee française obligée actuellement de patrouiller dans nos rues(Opé Sentinelles)pour permettre à mr Serfati de faire ses papiers sulfureux et gauchisants


    • cyd Le 08 juin 2017 à 10h12
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      Point de vue du Général Desporte exprimé lors d’une conférence à HEC (podcast) : l’armée des 50%

      https://player.fm/series/hec-alumni/heure-h-avec-le-gnral-vincent-desportes-09032016-larme-des-50


    • K Le 08 juin 2017 à 20h08
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      Je ne vois pas en quoi les patrouilles permettent d’ecrire des papiers…


      • JNX75 Le 09 juin 2017 à 09h45
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        J’approuve: je crois que le général Desportes rêve de mettre fin à Sentinelle.

        Si on avait un peu de courage politique on arrêterait cette opération couteuse , inutile et destructrice pour nos armées dès lundi.


  7. lecrabe Le 08 juin 2017 à 09h20
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    C’est sûrement parce que l’armée est partout dans l’Etat et que l’Etat est partout dans les relations économiques sociales et culturelles que:
    – le budget n’a jamais été aussi bas
    – les effectifs n’ont jamais été aussi bas
    – les capitaux privés n’ont jamais été aussi haut
    – la stratégie de défense erga omnes a été remplacée par les intérêts euro-atlantistes de l’Otan
    – l’informatique militaire tourne sous windows
    – les fusils d’assaut sont fabriqués en Allemagne

    Il faut vraiment avoir une grille de lecture à toute épreuve du réel pour ne pas voir que depuis des décennies l’armée est en perte d’autonomie et de moyens, qu’elle est mise en coupe par les intérêts capitalistes au même titre que que le politique, le médiatique et toute la société française.
    A l’heure où l’oligarchie a réussi son putsch présidentiel, imaginer un pustch militaire en France relève de la farce, et pas du meilleur goût.


  8. Fritz Le 08 juin 2017 à 09h46
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    Qui rendra sa dignité à notre armée ?
    Pour cela, il faudrait :
    – l’équiper correctement
    – cesser de l’utiliser comme une force de police auxiliaire
    – en faire l’armée d’une nation indépendante : encore une fois, sortir de l’OTAN et de l’UE


  9. cyd Le 08 juin 2017 à 10h21
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    Plutot que de généraux qui expriment publiquement leur souhait de sauvegarder leur budget, je suis beaucoup plus inquiet de cela

    http://www.lemonde.fr/police-justice/article/2017/06/07/le-gouvernement-compte-faire-entrer-l-etat-d-urgence-dans-le-droit-commun_5140018_1653578.html

    PS : Information à confirmer, et qui traduit déjà des luttes d’influences dans ce nouveau gouvernement et qui contredit l’article de Mr Serfati

    https://www.sudradio.fr/economie/bercy-veut-amputer-la-defense-de-266-milliards-deuros-le-ministere-temporise


  10. Elzevir Le 08 juin 2017 à 22h05
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    Oui, l’industrie de l’armement occupe une place disproportionnée dans l’économie française, mais ne vous y trompez pas, ce n’est pas la croissance de l’industrie de l’armement qui nous a fait arriver à cet état de fait, mais plutôt l’effondrement de tout le reste.

    Cette industrie est l’une des dernière restant en France pour deux raisons principales :
    -Son client est l’état
    -Elle est peu délocalisable
    Caractéristiques qu’elle partage avec le gros BTP qui a lui aussi tenu le coup.

    Travaillant dans cette industrie, je me rend bien compte qu’il y a 40 ans elle était beaucoup plus puissante. Ce n’est pas pour rien que la plus grande partie du matos des différentes armées a aujourd’hui entre 30 et 40 ans…

    J’ajouterai, qu’étant donné l’état avancé de déliquescence de l’état, et en particulier de la police et de la justice, l’armée va se retrouver à son corps défendant obligée d’intervenir de plus en plus sur le territoire français.


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