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5.septembre.20205.9.2020 // Les Crises

Instructeur à West Point : « J’ai regardé mes élèves se transformer en soldats de l’Empire »

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Source : Consortium News, Danny Sjursen

Danny Sjursen est un major à la retraite de l’armée américaine et ancien instructeur d’histoire à West Point. Il a servi dans des unités de reconnaissance en Irak et en Afghanistan. Il a écrit un mémoire sur la guerre en Irak, « Ghost Riders of Baghdad : Soldiers, Civilians, and the Myth of the Surge ».

Une nouvelle génération d’élèves de West Point se joint aux guerres sans espoir de l’Amérique, écrit Danny Sjursen.

Les écussons, les broches, les médailles et les insignes sont les signes visibles d’une culture militaire unique, un langage silencieux par lequel les soldats et les officiers jugent mutuellement leurs expériences, leurs réalisations et leur mérite de façon générale. En juillet 2001, lorsque j’ai franchi pour la première fois la porte de l’Académie militaire américaine de West Point à l’âge mûr de 17 ans, l’« écusson de combat » sur l’épaule droite – preuve d’un engagement avec une unité spécifique – avait plus de poids que les médailles colorées comme les insignes de Ranger, qui reflètent des compétences bien précises. À l’époque, avant que les attentats du 11 septembre ne déclenchent une série de guerres de représailles « contre le terrorisme », la grande majorité des officiers en poste à West Point ne se vantaient pas d’avoir un écusson à l’épaule droite. Ceux qui l’ont fait étaient pour la plupart des vétérans des combats modérés de la première guerre du Golfe en 1990-1991. Néanmoins, même ces officiers étaient considérés par des gens comme moi comme des dieux. Après tout, ils avaient vu « l’éléphant » [américanisme qui se réfère à l’acquisition d’une expérience du monde chèrement payée, NdT].

Nous, les jeunes cadets, sommes arrivés alors avec des attentes très différentes quant à la vie dans l’armée et à notre avenir, des attentes qui s’avéreraient incompatibles avec les réalités du service militaire dans un monde post-11 septembre. Lorsque ma mère – comme c’était obligatoire pour un jeune ado de 17 ans – a apposé sa signature pour ma future carrière dans l’armée, j’ai imaginé une vie d’uniformes impeccables, une formation virile et un peu de photos, au pire peut-être, pendant une mission de sécurité et « de maintien de la paix » dans un pays comme le Kosovo.

Bien sûr, les États-Unis affamaient alors discrètement des centaines de milliers d’enfants avec un régime de sanctions paralysantes contre l’Irak de l’autocrate Saddam Hussein, lançant parfois des missiles de croisière dans des campements « terroristes » ici ou là, et mettant des garnisons partout dans le monde. Pourtant, la vie d’un officier de l’armée conventionnelle à la fin des années 1990 correspondait assez bien à mes fantasmes de lycéen.

Les cadets de l’Académie militaire américaine célèbrent la fin de leur cérémonie de remise des diplômes à West Point, le 27 mai 2017 (Armée américaine / Michelle Eberhart)

Vous ne serez cependant pas surpris d’apprendre que le monde des futurs officiers de l’Académie a irrémédiablement changé lorsque ces tours se sont effondrées dans ma ville natale de New York. Au mois de mai suivant, il n’était pas rare d’entendre des cadets supérieurs au téléphone avec des amies ou des fiancées expliquer qu’ils étaient en route pour la guerre après avoir obtenu leur diplôme.

En tant que bleu (étudiant de première année), j’avais encore des années devant moi dans mon parcours à West Point au cours duquel notre monde a changé encore plus. Des cadets plus âgés que je connaissais participeraient bientôt à l’invasion de l’Afghanistan. En 2003, le jour de la Saint-Patrick à New York, en buvant excessivement dans un bar irlandais, j’ai regardé avec émerveillement, à la télévision, des bombes et missiles américains tomber sur l’Irak dans le cadre de la campagne « choc et stupeur » promise par le Secrétaire à la défense Donald Rumsfeld.

Très vite, les noms des anciens cadets que je connaissais bien ont été annoncés sur le haut-parleur du mess au petit déjeuner. Ils avaient été tués en Afghanistan ou, plus souvent, en Irak.

Ma plus grande crainte à l’époque, je suis gêné de l’admettre, était que je manquerais les guerres en Irak et en Afghanistan. Peu de temps après l’obtention de mon diplôme, le 28 mai 2005, j’ai servi à Bagdad. Plus tard, je serais envoyé à Kandahar, en Afghanistan. J’ai enterré huit jeunes hommes sous mon commandement direct. Cinq sont morts au combat ; trois se sont suicidés. Après avoir survécu à ce que mon corps avait subi (mais pas mon esprit) intact, on m’a offert un poste d’enseignant à mon alma mater [alma mater est une expression d’origine latine, traduisible par « mère nourricière », parfois utilisée pour désigner l’université dans laquelle une personne a étudié – Wikipedia, NdT] . Au cours de mes quelques années au département d’histoire de West Point, j’ai enseigné à quelque 300 cadets ou plus. C’était le meilleur emploi que j’aie jamais eu.

Je pense souvent à eux, à ceux avec qui je suis encore en contact et à la majorité d’entre eux dont je n’aurai plus jamais de nouvelles. Beaucoup d’entre eux ont obtenu leur diplôme l’année dernière et sont déjà sur le terrain en train de faire le sale boulot pour l’empire. La dernière promotion entrera dans l’armée régulière en mai prochain. Récemment, ma mère m’a demandé ce que je pensais que mes anciens élèves faisaient ou feraient après l’obtention de leur diplôme. J’ai été décontenancé et je ne savais pas trop comment répondre.

Je suppose que ce que je voulais dire, c’est qu’ils gâchaient leur temps et leur vie. Mais une analyse plus sérieuse, basée sur une enquête portant sur les missions de l’armée américaine en 2019 et étayée par mes communications avec mes pairs encore en service, me laisse avec une réponse encore plus troublante. Une nouvelle génération d’officiers formés à West Point, diplômés une décennie et demie après moi, est confrontée à des périodes de service potentielles en… hmm, en Afghanistan, en Irak ou dans d’autres pays impliqués dans la guerre sans fin des États-Unis contre le terrorisme, missions qui ne rendront pas ce pays plus sûr et ne mèneront à aucune « victoire », peu importe la définition qu’on lui donne.

Une nouvelle génération de cadets au service de l’Empire à l’étranger

Les aînés de West Point (« cadets de première classe ») choisissent leurs spécialités militaires et leur premier lieu d’affectation d’une manière qui rappelle le recrutement de la National Football League. Cette situation est propre aux diplômés de l’Académie et diffère sensiblement des choix et des options plus limités offerts aux 80 pour 100 des officiers commissionnés par l’entremise du Corps d’instruction des officiers de la Réserve (CEFOR) ou de l’École des aspirants-officiers (ECO).

Tout au long des 47 mois d’expérience à l’Académie, les élèves de West Point sont classés en fonction d’une combinaison de notes académiques, de scores de condition physique et d’évaluations de l’entraînement militaire. Puis, lors d’une soirée épique très alcoolisée, les cadets choisissent les emplois selon l’ordre de mérite qui leur est attribué. Les aînés de haut niveau peuvent choisir ce qui est considéré comme les emplois et les lieux de travail les plus attrayants (pilote d’hélicoptère, Hawaï). Les cadets qui sont parmi les derniers choisissent les restes (artillerie de campagne, Fort Sill, Oklahoma).

En vérité, cependant, il importe peu de savoir où on doit se présenter en premier lieu, aux États-Unis ou à l’étranger. D’ici un an ou deux, la plupart des jeunes lieutenants de l’Armée de terre d’aujourd’hui serviront dans diverses affectations « de contingence » à l’étranger. Certains d’entre eux participeront en effet à la plupart des guerres à l’étranger – pour la plupart non autorisées –,tandis que d’autres se situeront entre le combat et l’entraînement dans des missions, par exemple, de « conseil et d’assistance » en Afrique.

Le hic, c’est que, compte tenu de l’éventail de missions auxquelles mes anciens élèves vont certainement participer, je ne peux m’empêcher d’éprouver de la déception. Après tout, il devrait être clair, 18 ans après les attentats du 11 septembre 2001, que presque aucune de ces missions n’a la moindre chance de réussir. Pire encore, le meurtre auquel participeraient mes étudiants bien-aimés (et la possibilité qu’ils soient mutilés ou mourants) ne rendra pas l’Amérique plus sûre ou meilleure. En d’autres termes, ils sont condamnés à répéter mon propre périple insatisfaisant et destructeur – dans certains cas, sur le même terrain en Irak et en Afghanistan où j’ai combattu.

Campus central à West Point, en regardant vers le nord. (USMA, Wikimedia Commons)

Faisons juste un survol rapide de quelques-unes des missions possibles qui les attendent. Certains se rendront en Irak – ma première guerre formatrice – bien que l’on ne sache pas exactement ce qu’on attendra d’eux là-bas. L’EI a été délogé à un point tel que les forces de sécurité autochtones sont supposées pouvoir mener le combat de faible intensité en cours, même si elles y contribueront sans aucun doute. Ce qu’ils ne peuvent pas faire, c’est réformer un gouvernement sectaire chiite corrompu et répressif à Bagdad qui abat ses propres manifestants en répétant les erreurs qui ont été à l’origine de l’émergence de l’État islamique. Oh, et le gouvernement irakien, et un grand nombre d’Irakiens aussi, ne veulent plus de troupes américaines dans leur pays. Mais quand la souveraineté nationale ou la demande populaire ont-elles déjà arrêté Washington auparavant ?

D’autres ne manqueront pas de se joindre aux milliers de militaires qui sont encore en Afghanistan au cours de la 19ème année de la plus longue guerre de l’histoire des États-Unis – et ce, même si l’on ne tient pas compte de notre première guerre en Afghanistan (1979-1989) dans le décompte. Et n’oubliez pas que la plupart des élèves-officiers que j’ai formés sont nés en 1998 ou après, et qu’ils avaient tous trois ans ou moins lorsque les tours jumelles se sont effondrées.

La première de nos guerres issue de ce cauchemar a toujours été impossible à gagner. Tous les indicateurs afghans – les « mesures du succès » de l’armée américaine – continuent d’afficher une tendance négative, pire que jamais en fait. La futilité de toute cette entreprise frise l’absurde. Je suis triste de penser que mon ancien camarade de bureau et collègue enseignant en histoire de West Point, Mark, est de nouveau là-bas. Comme à peu près tous les officiers en service que j’ai connus, il rirait si on lui demandait s’il pouvait prévoir – ou même définir – une « victoire » dans ce pays. Croyez-moi, après plus de 18 ans, l’idéalisme qui prévalait autrefois dans l’armée s’est presque complètement évaporé. La résignation est ce qui reste dans la plupart des corps d’officiers. Quant à moi, il me restera à espérer contre tout espoir que quelqu’un que je connais ou que j’ai formé n’est pas le dernier à mourir dans cette guerre infernale interminable.

Mes anciens cadets qui ont fini dans les blindés (chars et reconnaissance) ou qui se sont aventurés dans les forces spéciales pourraient maintenant se retrouver en Syrie – la guerre que le président Donald Trump a « terminée » en retirant les troupes américaines de ce pays, jusqu’à ce que, bien sûr, presque autant d’entre eux furent renvoyés plus ou moins rapidement dans ce pays. Certains de mes anciens élèves officiers, en gilets pare-balles pourraient même avoir le plaisir de garder indéfiniment les champs de pétrole de ce pays, ce qui – si les États-Unis prennent une partie de cet or liquide pour eux-mêmes – pourrait tout simplement violer le droit international. Mais quelle est la nouveauté ?

D’autres encore – pour la plupart des agents du renseignement, des logisticiens et des opérateurs spéciaux – peuvent s’attendre à être déployés dans l’un des quelque douze pays d’Afrique de l’Ouest ou de la Corne de l’Afrique que l’armée américaine considère maintenant comme son territoire. Au nom du « conseil et de l’assistance » aux forces de sécurité locales de régimes africains souvent autocratiques, les troupes américaines meurent encore parfois, bien que discrètement, dans des missions « non combattantes » au Niger ou en Somalie.

Interprète afghan, à gauche, et soldat américain, sur une crête montagneuse près de Forward Operation Base Lane, province de Zabul, Afghanistan, 21 février 2009. (DoD/Sergent d’état-major Adam Mancini)

Aucune de ces opérations militaires n’a été approuvée, ni même débattue de manière significative, par le Congrès. Mais dans l’Amérique de 2019, ce n’est pas considéré comme un problème. Il y a cependant des problèmes d’une nature plus stratégique. Après tout, il est évident que, depuis la création du commandement militaire africain (Africom) en 2008, la violence sur le continent n’a fait qu’augmenter, tandis que le terrorisme islamiste et les groupes insurgés ont proliféré de manière exponentielle. Pour être honnête, une telle contre-productivité a été la règle du jeu de la « guerre contre le terrorisme » depuis ses débuts.

Un autre groupe de nouveaux diplômés de l’académie passera jusqu’à un an en Pologne, en Roumanie ou dans les pays baltes d’Europe orientale. Là, ils entraîneront ostensiblement les maigres armées de ces pays de l’OTAN relativement nouveaux – ajoutés à l’alliance en violation stupide des promesses répétées des Américains de ne pas s’étendre vers l’est à la fin de la guerre froide. En réalité, cependant, ils serviront de « signaux » provocateurs à une Russie soi-disant expansionniste. La menace russe étant exagérée, comme elle l’était à l’époque de la guerre froide, la présence même de mes anciens cadets basés dans les pays baltes ne fera qu’exacerber les tensions entre les deux poids lourds nucléaires surarmés. De telles missions militaires sont trop importantes pour ne pas être provocatrices, mais trop petites pour survivre à une guerre réelle (quoique essentiellement inimaginable).

Les officiers du renseignement parmi mes cadets pourraient, d’autre part, avoir « l’honneur » d’aider l’armée de l’air saoudienne, au travers du partage de renseignements, à faire tomber certaines cibles yéménites – souvent civiles – dans l’oubli grâce aux munitions fabriquées par les États-Unis. En d’autres termes, ces jeunes officiers pourraient se rendre complices de ce qui est déjà la pire catastrophe humanitaire au monde.

D’autres de mes derniers cadets pourraient même avoir l’ignominieuse distinction de faire partie de convois militaires qui circulent le long des autoroutes inter-États vers la frontière sud des États-Unis pour y placer ce que Trump a appelé de « beaux » fils barbelés, tout en participant à la détentions des réfugiés des guerres et des troubles que Washington a souvent contribué à alimenter.

Pourtant, d’autres diplômés se sont peut-être déjà retrouvés dans les déserts arides de l’Arabie saoudite, puisque Trump a envoyé 3 000 soldats américains dans ce pays ces derniers mois. Là, ces jeunes officiers peuvent s’attendre à devenir des mercenaires à part entière, puisque le président a défendu le déploiement de ces troupes (plus deux escadrons de chasseurs à réaction et deux batteries de missiles Patriot) en faisant remarquer que les Saoudiens « paient » pour « notre aide ». Si l’on met de côté pour l’instant le fait que baser des troupes américaines près des villes saintes islamiques de la péninsule arabique ne s’est pas très bien terminé la dernière fois – vous vous souvenez sans doute d’un certain Ben Laden qui a protesté avec tant de violence contre ce déploiement – le dernier renforcement des troupes en Arabie saoudite laisse présager une guerre future désastreuse avec l’Iran.

Aucune de ces missions potentielles qui attendent mes anciens élèves n’est liée de près ou de loin au serment (de « soutenir et défendre la Constitution des États-Unis contre tous les ennemis, étrangers et nationaux ») que prêtent les nouveaux officiers le premier jour. Il s’agit plutôt de distractions anticonstitutionnelles et malavisées qui profitent principalement à un État de sécurité nationale fermement enraciné et aux fabricants d’armes qui l’accompagne. Ce qui est tragique, c’est que certains de mes cadets bien-aimés avec qui j’ai déjà joué au football, qui ont gardé mes enfants, qui ont pleuré d’angoisse et de peur pendant les déjeuners privés dans mon bureau pourraient bien subir des blessures qui dureront toute une vie ou mourir dans une des guerres hégémoniques interminables que connaît ce pays.

Le sergent John Hoxie assiste à la célébration de la Semaine américaine de la 82e Division aéroportée le 18 mai 2009. Hoxie est retourné à Fort Bragg pour la première fois depuis qu’il a été blessé pendant un déploiement en Irak en 2007. (Armée des États-Unis/Flickr)

Un cauchemar devenu réalité

En mai 2019, les derniers des cadets de première année que j’ai formés par le passés recevront leur diplôme de l’Académie. Nommés le même après-midi comme sous-lieutenants dans l’armée, ils partiront « servir » leur pays (et ses ambitions impérialistes) à travers la vaste étendue des États-unis et un plus vaste monde parsemé de bases militaires américaines. Étant donné mon parcours personnel de dissidence tourmentée pendant que j’étais dans l’armée (et mon soulagement quand je l’ai quittée), savoir où ils vont me laisse un sentiment de tristesse. Dans un sens, cela représente la rupture de mon dernier lien ténu avec les institutions auxquelles j’ai consacré ma vie d’adulte.

Bien que j’étais déjà sceptique et pacifiste, j’imaginais encore qu’enseigner à ces cadets une version alternative et plus progressiste de notre histoire représenterait un dernier service à une armée que j’ai aimée sans condition. Mon espoir romantique était d’aider à former de futurs officiers dotés d’une pensée critique et de l’intégrité nécessaire pour s’opposer aux guerres injustes. C’était un fantasme qui m’aidait à me lever chaque matin, à enfiler un uniforme et à faire mon travail avec compétence et enthousiasme.

Néanmoins, lorsque mon dernier semestre en tant que professeur adjoint d’histoire s’est terminé, j’ai ressenti un sentiment croissant d’appréhension. C’était en partie la prise de conscience que j’allais bientôt revenir à la « vraie armée », décidément peu stimulante, mais c’était plus que cela aussi. J’aimais l’Académie et « mes » étudiants, mais je savais aussi que je ne pouvais pas les sauver. Je savais qu’ils étaient condamnés à prendre le même chemin que moi.

Mon dernier jour devant une classe, j’ai sauté la leçon prévue et je me suis mis à niveau avec les jeunes hommes et femmes assis devant moi. Nous avons discuté de ma propre carrière, autrefois brillante, maintenant perturbée, et de mes difficultés avec ma santé émotionnelle. Nous avons parlé de la complexité, de l’horreur et de l’humour macabre du combat et ils m’ont posé des questions directes sur ce à quoi ils pouvaient s’attendre dans leur avenir de diplômés. Puis, dans mes dernières minutes en tant qu’enseignant, je me suis effondré. Je n’avais pas prévu ça, et je ne pouvais pas le contrôler.

Ma plus grande crainte, ai-je dit , était que leurs jeunes vies florissantes puissent suivre de près mon propre cheminement de désillusion, de traumatisme émotionnel, de divorce et de blessure morale. La pensée qu’ils allaient bientôt servir dans les mêmes guerres inutiles et horribles, leur ai-je dit, m’a donné « envie de vomir dans une poubelle ». L’horloge a sonné 16 heures, l’heure du cours était terminée, mais pas un seul de ces cadets abasourdis – sans doute sans savoir quoi faire des larmes d’un officier supérieur – ne s’est avancé vers la porte. Je leur ai assuré qu’il n’y avait pas de mal à partir, je les ai serrés dans mes bras au moment où ils sont finalement sortis et je me suis vite retrouvé seul, désemparé. Alors, j’ai effacé mes tableaux et je suis également parti.

Bien après moi, mes étudiants parcourent maintenant les ruelles poussiéreuses de l’Irak ou piétinent les sentiers étroits de l’Afghanistan.

Mon cauchemar est devenu réalité.

Source : Consortium News

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

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Commentaire recommandé

Thierry Balet // 05.09.2020 à 09h41

Le soldat américain est envoyé à travers le monde pour « lutter contre le terrorisme » alors qu’il le produit. Wall Street serait bon pour l’économie alors qu’il le corrompt. Black Rock serait bien pour la gestion de nos fonds de pension alors qu’il les démolit. La démocratie américaine serait un exemple alors qu’elle ne fait que creuser les inégalités. Il serait temps de réfléchir à notre asservissement à l’oncle Sam et pas derrière un verre de CocaCola……

40 réactions et commentaires

  • Alfred // 05.09.2020 à 08h07

    Ma parole mais c’est un article pro Trump! (Le seul président américain contemporain qui ait démarré aucune nouvelle guerre selon ses partisans mais qui est méchant comme une bouteille d’orangina (méchant parceque!) selon ses détracteurs).
    Bon article en tout cas qui fait penser au livre du général des marines dont j’ai mangé le nom qui explique dès le début du xx ieme siècle que le rôle des forces armées us est d’appuyer le pillage des nation (ça date d’avant la grande guerre).

      +23

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  • LibEgaFra // 05.09.2020 à 08h32

    Il y a eu un raté dans la machine à fabriquer des assassins au services des multinationales. Un seul?

      +25

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  • Dypso // 05.09.2020 à 09h26

    C’est sur que ça doit être terrible pour les hommes et femmes sur place, ils croient défendre de beaux ideaux et se rendront compte de tout l’inverse. La désillusion américaine.

      +2

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  • Louis 29 // 05.09.2020 à 09h36

    Ça me rappelle un commentaire de fin de cours d’histoire dans une certaine école navale : « Messieurs avant de faire votre devoir n’oubliez jamais où se trouve votre devoir ».

      +4

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  • Thierry Balet // 05.09.2020 à 09h41

    Le soldat américain est envoyé à travers le monde pour « lutter contre le terrorisme » alors qu’il le produit. Wall Street serait bon pour l’économie alors qu’il le corrompt. Black Rock serait bien pour la gestion de nos fonds de pension alors qu’il les démolit. La démocratie américaine serait un exemple alors qu’elle ne fait que creuser les inégalités. Il serait temps de réfléchir à notre asservissement à l’oncle Sam et pas derrière un verre de CocaCola……

      +42

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  • Flint // 05.09.2020 à 11h15

    « … enseigner à ces cadets une version alternative et plus progressiste de notre histoire… »

    C’est à dire ? Nous donnerait-on une version alternative et progressiste de la conquête de l’ouest ? De la guerre américano-canadienne ? De la guerre de sécession? De la politique du « gros bâton » ? Hawaï ? Philippines ?Propaganda? Le dollar roi ? La conquête des cerveaux (gafa) ?

    Rappelons que le mouvement anti impérialiste américain , dont Mark Twain fut le militant le plus illustre, a disparu dans l’indifférence générale vers 1920. Ceci dit, on trouve de temps en temps une poignée d’illuminés qui brandissent des pancates devant la maison blanche…

      +5

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  • Brosse a Dante // 05.09.2020 à 11h30

    Un ancien soldat traumatisé, l’esprit brisé (lui qui le dit) qui rejette ce qu’il est devenu, l’institution avec. Quoi de plus banal.

    Il noircit de belles lignes mais que fait-il ? rien, il reste et poursuit sa carrière. Il aurait pu claquer la porte mais non. S‘engager ailleurs ? non plus. Instructeur a West Point & pacifiste… la blague. Un boucher végétarien ? Un pyromane pompier dans l’ame ?

    Que valent ces considération politique dans ces conditions ? Pas grand chose…

      +14

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    • Crapaud Rouge // 05.09.2020 à 12h41

      « Il aurait pu claquer la porte » ? S’il l’avait pu, il l’aurait probablement fait. C’est à vous d’imaginer ce qui a pu le retenir, au lieu de faire comme si c’était super-facile de changer sa vie pour de simples considérations morales. Certains l’on fait, d’autres le feront aussi, mais pourquoi voudriez-vous que ce soit possible pour tout le monde ?

        +8

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      • Brosse a Dante // 05.09.2020 à 14h54

        L’imagination, on la sollicite pour justifier son adhésion a quelque chose d’incohérent. Je n’ai rien a imaginer.

        «  de simples considérations morales ». De quoi se plaint-il alors a faire ainsi des leçons de morale ?

        La misère intellectuelle et morale de notre temps résumé en une ligne : bâtir sa vie professionelle à former les guerriers officiels en se plaignant des officiels et de la guerre.

        Vous être libre d’imaginer. Cela vous regarde.

          +6

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        • Crapaud Rouge // 05.09.2020 à 20h26

          Vous soulignez avec raison le peu de cohérence de sa position, mais vous n’avez pas encore justifié le fait qu’il pouvait « claquer la porte », ce qui était l’objet de mon com’.

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          • Brosse a Dante // 06.09.2020 à 00h06

            « Vous être libre d’imaginer »

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            • Crapaud Rouge // 06.09.2020 à 11h28

              Vous m’invitez donc à imaginer pourquoi il aurait pu faire ce que manifestement il n’a pas pu faire, c’est ça ? De mon côté, je vous invite à imaginer pourquoi il n’a pas fait ce qu’il n’a pas fait. Et je vous laisse imaginer la patience qu’il faut pour vous répondre sans casser son clavier…

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            • Brosse a Dante // 06.09.2020 à 22h57

              Je ne vous invite certainement pas a imaginer quoi que ce soit. Vous devriez me relire, c’est tres clair. Je vous invite au contraire a reflechir. L’imagination est naturelle mais c’est une faculté instable qui vous fait passer à côté de l’essentiel : le mot clef de votre intervention n’est pas imagination, mais liberté.

              La liberté de conscience, liberté morale et liberté de choix et d’action dont l’auteur fait, dans ce texte, un large étalage assumé. Exemple : déformer volontairement l’enseignement de l’histoire à des fin idéologiques et politique. S’imaginer qu’il n’est qu’une victime est un biais idéologique typique, c’est à vous de démontrer factuellement qu’il ne pouvais pas le faire plutot que d’imaginer je ne sait quoi pour le dédouaner de sa responsabilité.

              Avec des si, on mettrais Paris en bouteille.

              Responsable ou irresponsable, vous avez le choix. Comme lui.

                +0

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      • Rémi // 07.09.2020 à 13h10

        C’est à cela que sers le chomage.
        Un bon taux de chomage cela évite que les gens partent pour des raisons morales.

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  • Pierre Darras // 05.09.2020 à 12h11

    Effrayant d’ignardise et de cécité sur son propre pays, sur l’histoire de sa propre armée, et on parle là d’un prof d’histoire à Westpoint.
    Ça fait deux siècles et plus que l’armée US est essentiellement une armée impériale coloniale au service du grand capital et le chtit’ nofficier tout pleurnichard y se réveille?
    C’est effrayant cette élite complètement lobotomisés par Hollywood.
    Le général Butler l’écrivait déjà dans les années 30.
    Et deux siècles de soldats bleus qui massacrent de l’Indien, c’est pour enfiler les perles? Et l’agression du Mexique en 1847 puis lors de Pancho Villa? Le massacre de 100 000 chinois en1905 et de 300 000 Philippins? Pour la liberté? Ou pour établir un empire. Les centaines d’interventions en Amérique du Sud? Pour prendre le thé? 4 millions de Coréens, autant de Vietnamiens, ce n’étaient pas des victimes imperiales? Tout à fait représentatif de la dégénérescence de l’élite US. Ce pays entier est devenu débile et larmoyant.

      +31

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    • LibEgaFra // 05.09.2020 à 14h05

      « Effrayant d’ignardise et de cécité sur son propre pays, sur l’histoire de sa propre armée, et on parle là d’un prof d’histoire à Westpoint. »

      Ce qui est effrayant c’est le formatage de la pensée et ce qui est réjouissant c’est que parfois ça rate. Pas assez souvent, hélas. En France aussi ce formatage existe. Cf. les « morts pour la France », jamais morts pour les Français. Ceux qui sont morts pour les Français, ce sont les soignants qui ont succombé au virus, mais pour ceux-là il n’y aura jamais de cérémonie aux Invalides. Macron s’en contrefout.

      Bravo pour le reste de votre commentaire et ces rappels!

        +7

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  • Mentat // 05.09.2020 à 14h04

    donner la mort à la guerre : banal! mourir à la guerre banal! Tout cela n ‘ est que rapprocher l ‘ échéance ! Si tel n est pas notre désir il ne faut choisir le « métier des armes.Les pleurs ou plutôt ds ce cas les pleurnicheries sont mal venues

      +2

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    • sherwood01 // 05.09.2020 à 17h39

      @Mentat
      Votre commentaire semble montrer que vous n’avez pas saisi le sens profond du texte… L’auteur ne s’apitoie pas sur la guerre en elle-même et ses horreurs « banales » (donner la mort et/ou mourir soi-même).
      Les « pleurnicheries » de l’auteur (pour reprendre vos termes) sont simplement l’expression d’une énorme désillusion et d’un sentiment de trahison…
      Car il y a deux façons de choisir le métier des armes : le mercenaire ou le soldat-citoyen.
      A 17 ans (âge des idéalismes), on lui a vendu le soldat-citoyen pour défendre la souveraineté et les valeurs de son pays ; quelques années plus tard il comprend qu’il a été enrôlé comme mercenaire au service de l’impérialisme Yankee…
      Cerise sur le gâteau, il finit par intégrer qu’il contribue lui-même (en tant que prof à West-Point) à perpétuer cette trahison envers les nouvelles recrues.

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  • Pierre Darras // 05.09.2020 à 17h49

    C’est marrant parceque c’est exactement la même désillusion qui a saisi Snowden qui pourtant est un type super intelligent, instruit et issue d’une lignée d’officiers.
    Ce garçon fait les marines, en sort pour blessure mais veut absolument servir son pays dont il est certain mordicus qu’il défend la liberté et les droits de l’homme.
    C’est insensé. En 1910, ok, en 1950, allez 60, pourquoi pas, mais en 2000….
    Ça en dit long sur l’effroyable pouvoir du soft power qui a réussi à complètement bouffer le cerveau de centaines de millions de personnes.
    Attention, ça créé du patriotisme certes, mais du patriotisme qui s’effondre à la moindre désillusion. Ce n’est pas un patriotisme basé sur le béton de la conscience historique d’une nation, mais sur le sable de fables pour enfants. Et un idéaliste trahi par la vérité est terriblement dangereux pour le système.
    C’est le patriotisme de mecs qui balancent des bombes sans aucun risque sur des civils sans défense. Sur le terrain, c’est beaucoup plus dur.

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    • Subotai // 05.09.2020 à 19h09

      Il ne s’agit pas de « soft power » ou quoi d’autre mais simplement de l’éternelle répétition des comportements humains.
      Chaque humain refait la même succession d’erreurs et en tire individuellement une expérience qu’il essaie désespérément de partager.
      Sauf que l’expérience, si elle sert (généralement) à celui qui l’a, ne se transmet pas.
      Aussi l’humanité répète indéfiniment les même comportements qui mènent aux mêmes résultats.
      Quand ceux qui ont la mémoire des derniers évènements tragiques en date finissent par disparaitre ou perdent le pouvoir politique, la société se remet à refaire les erreurs qui conduisent aux mêmes types d’évènements tragiques que les précédents – avec les mêmes résultats.
      Ce Major est encore trop jeune pour comprendre l’inanité de ses efforts, mais on ne peut pas lui jeter la pierre d’essayer.

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      • Grd-mère Michelle // 06.09.2020 à 11h34

        Si « …l’expérience…ne se transmet pas. », c’est bien à cause de l’échec (organisé?) de l’éducation et de l’enseignement, qui ne parvient pas à établir la confiance entre le maître et les élèves, aini qu’à cause de la trahison et/ou de l’insouciance/ l’ignorance des milliers de correspondants/rapporteurs/ journalistes sensé-e-s informer correctement l’ensemble des humains présents et à venir.

        Le continuel travestissement/effacement de l’Histoire par les pouvoirs successifs est une de leurs pires ignominies.

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        • Subotai // 09.09.2020 à 21h35

          Oh, pas du tout.
          L’éducation est toujours un « échec ». Si, si, pensez à la votre du point de vue des « autres ». 🙂
          Parce que si elle fonctionne dans 25% (super optimiste) des cas, il reste 75% où ça merde grave, parce que celui qui a appris de celui qui savait veut toujours vérifier par lui même que ce qu’on lui a dit est vrai.
          J’en ai l’expérience en tant qu’apprenant comme en qu’appreneur.. 🙂
          C’est chié, mais j’ai fini par comprendre comment ça marche et pourquoi l’humanité refait toujours les mêmes conneries.
          Et croyez pas: les pouvoirs c’est nous. La Boetie est toujours d’actualité.

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  • Pierre Darras // 05.09.2020 à 20h24

    Ha si si, j’insiste, un Américain intelligent ET instruit, spécialisé dans l’histoire militaire qui est convaincu que son pays n’a jamais été dans une logique impériale, on est en plein dans le sort power et la fabrique du consentement.

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    • Subotai // 09.09.2020 à 21h51

      Le plus rigolo c’est que « techniquement » les États Unis d’Amérique EST un Empire dès le départ; si on considère qu’un Empire est techniquement un ensemble Politique constitué d’Entités Politiques cohérentes doté de Gouvernements autonomes, reconnaissant un Gouvernement fédérateur pour un certain nombre de Droits et Devoirs. 🙂
      Pas besoin d’être grand.
      Ainsi l’Espagne a toujours été un Empire, ce qui sont actuellement des Provinces étant au départ des Royaumes de Droits différents de celui de la Castille – Et ces Droits différents existent toujours plus ou moins.
      D’où les emmerdes avec les Basques et les Catalans – entre autres – quand Madrid veut les faire entrer dans le moule … 🙂
      Idem le « Royaume UNI »…

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  • 78 ans // 06.09.2020 à 05h18

    Déshumanisation et effondrement, c’est ÇA!

    Le soldat JMT dit la vérité. — « JON MICHAEL TURNER SPEAKS THE TRUTH »

    https://www.youtube.com/watch?v=RfBQb6zrGzY

    *

    Dit autrement: « «Saturne dévorant son fils» de Francisco Goya »

    https://baumannjoelnachshon.wordpress.com/2019/07/17/limage-la-plus-troublante-un-essai-video-sur-saturne-devorant-son-fils-de-francisco-goya/

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