Les néoconservateurs à nouveau en selle ! Avec Paul Wolfowitz chuchotant à l’oreille de Trump – et affirmant qu’il n’y a pas eu d’échec en Irak – Quel nouvel enfer nous attend ? Par Heather Digby Parton

Source : Heather Digby Parton , Salon, 25-04-2017

Le « génie » de l’ère Bush Paul Wolfowitz affirme que Trump peut faire la paix en Syrie – et devrait envahir l’Irak à nouveau.

Dick Cheney, Donald Trump, Paul Wolfowitz (Credit : AP/Jim Bryant/Getty/Joe Raedle/Reuters/Yuri Gripas)

Il était entièrement prévisible que dès que le Président Donald Trump déciderait de lâcher quelques bombes sur un pays du Moyen-Orient, la claque [En français dans le texte, NdT] néoconservatrice qui l’avait rejeté pendant les élections le ferait revenir dans le cercle du GOP [Grand Old Party = Parti républicain, NdT]. Il est vrai que Trump lui-même s’était opposé à la nomination de Elliott Abrams, l’homme de l’establishment républicain choisi pour être le bras droit de Rex Tillerson. Ce rejet avait rendu l’espoir à certains que Steve Bannon (que Abrams avait blâmé) se rendrait au moins utile en gardant éloignés de la Maison Blanche les architectes des tragiques aventures du GOP en Amérique Centrale et au Moyen-Orient.

Bannon, bien sûr, est l’ennemi nationaliste des croisés néoconservateurs de la globalisation comme Abrams et l’ancien haut fonctionnaire de l’administration George W. Bush, Paul Wolfowitz. Mais je suis toujours frappé de voir à quel point ils ont, en fait, de nombreux points communs en terme de personnalité, sinon d’idéologie. Bannon est bien connu pour son activité de cinéaste de propagande et ses trafics de théories complotistes de la période Breitbart. Et Wolfowitz, pendant des années, a insisté sur le fait que le 9/11 fut le résultat de la collaboration de Saddam Hussein et Oussama Ben Laden, largement basé sur un livre discrédité titré « Study of Revenge : The First World Trade Center Attack and Saddam Hussein’s War Against America » (Étude de la Vengeance : L’attaque du World Trade Center et la guerre de Saddam Hussein contre l’Amérique) écrit par une excentrique nommée Laurie Mylroie. Tous deux sont des marchands de conspiration, bien éduqués et érudits, qui ont fait leur chemin à l’intérieur du bureau le plus puissant de la Planète.

Malgré le fait évident que Donald Trump soit un adepte de la torture, le genre de type qui dit : « mettez leur une bombe et piquez le pétrole », sa distanciation opportuniste de la guerre en Irak (bien qu’il soit évident qu’il la soutient en fait), a donné à beaucoup de gens l’impression qu’il ne soutiendrait pas une intervention militaire. Cela incluait des membres de l’establishment néoconservateur, qui se méfiaient de lui. Mais maintenant, ils sont de retour aux yeux du public, et un des principaux architectes de la guerre en Irak est à nouveau présent. Selon Susan Glasser du Politico, on peut créditer Wolfowitz de cette action. Dans un interview, elle lui dit :

« Paul, vous êtes retourné dans la mêlée avec ce qui apparaît, avec le recul, être une intervention dans le Wall Street Journal extrêmement bien chronométrée, disant que Donald Trump devrait aller de l’avant et faire quelque chose en Syrie, qu’il devrait intervenir militairement d’une manière ou d’une autre pour répondre à l’attaque aux armes chimiques. Assez miraculeusement, peut-être, il a surpris une grande partie du monde en agissant suivant vos conseils. »

Wolfowitz répondit modestement qu’il n’était pas sûr que Trump ait suivi son conseil mais qu’il était ravi qu’il ait bombardé la Syrie, car ainsi les USA sont de retour aux affaires :

« Je ne pense pas que quiconque puisse nier qu’il soit opportuniste, et je ne pense pas que quelqu’un puisse nier qu’il aimerait être « le plus grand président des temps modernes » ou « le plus phénoménal » ou ce que vous voudrez comme qualificatif. Et je pense que pour parvenir à un accord de paix « Dayton » en Syrie, ce ne serait pas seulement quelque chose de largement acclamé, ce serait d’un immense intérêt pour les États-Unis. »

Cela montre une certaine compréhension sur la manière d’en appeler à ce président. Mais il est étonnant de croire qu’il pourrait jamais être capable de négocier le genre d’accord compliqué que Wolfowitz continue à décrire, dans lequel chaque faction et secte religieuse au Moyen-Orient serait impliquée (à l’exception de l’Iran et de la Russie, ce qui n’a aucun sens.) Apparemment, Wolfowitz ne sait pas que Donald Trump ne peut même pas négocier un accord entre les députés républicains qui ont voté pour lui.

Wolfowitz place une grande confiance dans les généraux de Trump, le secrétaire à la Défense Jim Mattis et le conseiller de sécurité nationale H. R. McMaster, pour diriger la politique étrangère et guider Trump vers les bonnes conclusions. Il est impressionné par le fait que Tillerson ait dit à Vladimir Poutine que de s’allier avec le président syrien, Bashar al-Assad, c’est « s’allier avec un loser ». Wolfowitz déclare : « Ce ne serait pas mieux de lui dire que ce qu’il fait est criminel et immoral, mais je pense qu’ au moins cela peut résonner un peu mieux avec les gens autour de lui ». Apparemment, Wolfowitz pense que Poutine est le Donald Trump de la Russie, ce qui est probablement une mauvaise hypothèse.

Cependant, la partie la plus effrayante de l’interview impliquait les vues de Wolfowitz sur l’Irak. Il semble avide de retourner dans le bourbier et d’y rester. Mentionnant en passant que la comparaison de l’Irak avec l’Allemagne et le Japon après la Seconde Guerre mondiale était une mauvaise comparaison, il a déclaré que cela aurait dû être comparé à la Corée – où nous avons encore 30 000 soldats stationnés 60 ans plus tard et où la guerre menace pendant que nous parlons ! Wolfowitz se rappelait la période après la « ruée » en Irak avec une grande nostalgie comme une sorte d’âge d’or :

« Nous avons un modèle là-bas. Je pense que c’est un modèle qui a fonctionné de façon spectaculaire. Lorsque l’ambassadeur [Ryan] Crocker était le dernier ambassadeur de Bush en Irak et que le général Petraeus commandait les forces américaines, tous les deux – ils avaient des bureaux, je pense, dans le même bâtiment, délibérément. Je pense chaque nuit qu’ils auraient du aller vers [Nouri al-] Maliki, je pense à la façon dont ils l’ont fait, trop fatigués pour riposter. »

Wolfowitz a déclaré que Petraeus et Crocker lui raconteraient des choses qu’il ne savait pas sur son propre pays et lui demanderaient de virer celui-ci ou celui-là, et « arrêter ces pratiques corrompues » qui se déroulaient dans certains endroits du pays et cela aurait parfaitement fonctionné. Si nous ne revenons pas là-bas et répétons cela, dit Wolfowitz : « L’alternative est de laisser une partie très importante, critique, du monde aller littéralement en enfer et perdre l’influence américaine ».

C’est l’homme qui dit dans le même interview que « si nous renonçons à l’idée occidentale de la liberté, nous abandonnons l’un des outils diplomatiques les plus importants de notre arsenal ». Cela ne semble pas être une bonne affaire pour la liberté et la démocratie qu’un gouvernement étranger installe ses généraux dans des bureaux à côté du président afin qu’ils puissent facilement lui murmurer des ordres à l’oreille quand il est fatigué.

En d’autres termes, Wolfowitz n’a rien appris de l’expérience désastreuse de l’Amérique au Moyen-Orient. Malgré toutes les preuves du contraire, les néoconservateurs semblent penser que la guerre en Irak est un « modèle qui a fonctionné ». Le naufrage cuisant laissé dans la région peut être réparé rapidement avec quelques milliers de soldats et un commandement militaire éclairé.

Il n’y a aucune raison de penser que Trump va y aller tout de suite. Mais avec Bannon perdant de son influence et Jared Kushner (qui est plus en phase avec la vision néoconservatrice du monde) à la hausse, cela pourrait changer. Ces vieux activistes néoconservateurs ont certainement le numéro de Trump de toute façon. Le lendemain des raids aériens syriens, Elliott Abrams a écrit dans le Weekly Standard que le président avait « finalement accepté le rôle de Leader du Monde Libre ».

Ils ont de bonnes raisons d’être confiants. Après tout, ils ont un président qui envahit un pays qui ne nous avait pas attaqué. Pourquoi ne pas croire qu’ils pourraient recommencer ?

Heather Digby Parton, aussi connue en tant que « Digby », est une auteure qui contribue à Salon. Elle a gagné le prix Hillman pour le journalisme d’opinion et d’analyse en 2014.

Source : Heather Digby Parton , Salon, 25-04-2017

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

12 réponses à Les néoconservateurs à nouveau en selle ! Quel nouvel enfer nous attend ? Par Heather Digby Parton

Commentaires recommandés

Duracuir Le 17 juin 2017 à 12h56

en fait, les néocons ne seraient-ils pas des anti-américains primaires?
En effet, en quelques années, ces cinglés ont réussi à détruire tout le capital de sympathie du à plus d’un siècle d’efforts de colossale propagande hollywodienne et “d’investissement” judicieux dans la presse mondiale.
Insensé.
Les pires ennemis des USA n’auraient pas pu, en moins de 15 ans, détruire à ce point l’image des USA;

  1. Youyou Le 17 juin 2017 à 03h22
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    Je ne sais pas si cela vient de la traduction mais je n’ai pas trouvé cet article très clair et encore moins éclairant.


  2. Fritz Le 17 juin 2017 à 05h57
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  3. relc Le 17 juin 2017 à 06h53
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    « Je pense chaque nuit qu’ils auraient d[û] aller vers [Nouri al-] Maliki, je pense à la façon dont ils l’ont fait, trop fatigués pour riposter. »

    On ne voit pas en quoi ce serait un modèle spectaculaire ?

    Je lis :
    ==> Je pense que chaque nuit ils allaient voir [Nouri al-] Maliki quand il était, selon la façon dont ils l’ont formulé, trop fatigué pour riposter
    “I think every night they would go to [Nouri al-]Maliki when he was, I think the way they put it, too tired to fight back.”

    [“would”, used as an auxiliary to describe a past action as being accustomed or habitual]

    D’où aussi les corrections pour les phrases suivantes
    « Petraeus et Crocker lui raconteraient » ==> lui racontaient [lui = Maliki]
    « lui demanderaient de virer » ==> lui demandaient
    etc…


    • PierreH Le 18 juin 2017 à 12h53
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      En effet, j’ajouterais que “résister” pourrait rendre mieux le sens de “fight back” que “riposter”.


  4. Lysbeth Levy Le 17 juin 2017 à 09h53
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    Les néoconservateurs n’ont jamais abdiqué même après la prise en main de Trump a la barre. La suite des informations risque de rendre l’avenir plus chaud :
    https://francais.rt.com/international/39835-collision-japon-gardes-cotes-recherchent-marins-americains un nouveau Pearl Harbor ?
    https://francais.rt.com/opinions/39808-neoconservateurs-americains-russie-ennemi-a-combattre
    https://francais.rt.com/entretiens/39828-diplomatie-hongroise-george-soros-a-intention-pousser-gouvernement-hongrois-dehors Encore George Soros et ses profits sur une immigration forcée
    https://francais.rt.com/international/39626-russie-alexei-navalny-interpelle-avant-manifestation-moscou Tentative ratée de révolution de couleur en Russie ?
    Les néoconservateurs sont les nazis de ce siècle, de fait ils obéissent au nouveau plan de Thomas Barnett : http://www.checkpoint-online.ch/CheckPoint/Forum/For0078-InterviewBarnett.html
    Avec la crise du Qatar ont est a un point extrêmement chaud de la situation mondiale.


  5. Duracuir Le 17 juin 2017 à 12h56
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    en fait, les néocons ne seraient-ils pas des anti-américains primaires?
    En effet, en quelques années, ces cinglés ont réussi à détruire tout le capital de sympathie du à plus d’un siècle d’efforts de colossale propagande hollywodienne et “d’investissement” judicieux dans la presse mondiale.
    Insensé.
    Les pires ennemis des USA n’auraient pas pu, en moins de 15 ans, détruire à ce point l’image des USA;


  6. Louis Robert Le 17 juin 2017 à 13h21
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    “Pourquoi ne pas croire qu’ils pourraient recommencer ?”

    ***

    Trump prépare l’Empire à la guerre. Prédiction de F. William Engdahl, 25.11.2016, “The Dangerous Deception Called The Trump Presidency”

    “I state clearly my conviction, and please recall this as Trump Presidency policies unfold after January 20, 2017 to see if I am correct or not: Donald Trump was put into office to prepare America for war, a war the banks of Wall Street and the US military industrial complex are not presently in a position economically or industrially or otherwise, geopolitically, to win. His job will be to reposition the United States for them to reverse the trend to disintegration of American global hegemony, to, as the Dick Cheney, Paul Wolfowitz Project for the New American Century put it in their September, 2000 report, “rebuild America’s defenses.”

    http://journal-neo.org/2016/11/25/the-dangerous-deception-called-the-trump-presidency/


  7. georges glise Le 17 juin 2017 à 16h27
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    il fallait s’y attendre. les néocons sont un pilier essentiel du GOP, sans eux, le GOP n’aurait pas la majorité qu’il a eue au congrès.


  8. lon Le 17 juin 2017 à 23h09
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    Cet article est déjà faible au départ , mais sa traduction est en dessous de tout . Traduire mot à mot et reproduire des tournures de phrases américaines en français , on en arrive à un texte à la limite de l’irréalité , quand il n’est pas faux . Je me permets de l’ouvrir pour avoir participé à des traductions sur ce site , à une époque où j’avais encore un peu de temps , ce n’est pas le cas aujourd’hui . Se coltiner en plus une modération incohérente et souvent partiale ( hors des conditions habituelles: racisme , diffamation, etc..) n’encourage pas vraiment au volontariat …


  9. Nanker Le 19 juin 2017 à 16h43
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    After all, they got one president to invade a country that hadn’t …” a été traduit en : “après tout, ils ont un président qui envahit un pays qui ne nous avait pas …”

    Ma traduction : “après tout ils ont permis à un président [il s’agit de Bush Jr!!!] d’envahir un pays qui ne nous avait pas …”.
    Le traducteur bénévole n’a pas remarqué la présence du verbe “to get to” (“offrir l’occasion de”) dans le texte original, ce qui rend la phrase en français peu compréhensible… 😉


  10. Nanker Le 19 juin 2017 à 16h48
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    Bon on comprend quand même qu’il y a une lutte à mort entre les néo-cons et les isolationnistes (type Bannon). Les 1er veulent poursuivre la politique étrangère US menée depuis… Reagan? Nixon? Truman?
    Bannon considère lui que cet expansionnisme risque de provoquer la ruine des USA et qu’il est temps de se replier derrière ses frontières et de consacrer l’argent du budget fédéral au seul territoire américain.

    J’ai bon?


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