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25.novembre.201725.11.2017 // Les Crises

Jacques Sapir : « En 1917, la bourgeoisie russe est faible et incapable de s’affirmer » (1/2)

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Source : Philitt, Jacques Sapir, 06-11-2017

Économiste et directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), Jacques Sapir est un spécialiste de la Russie contemporaine. Il est également l’auteur de l’influent blog RussEurope. À l’occasion du centenaire de la Révolution russe d’octobre 1917, il a accordé à PHILITT un entretien en deux parties sur les ressorts économiques et politiques d’un événement aux conséquences encore vives aujourd’hui et dont l’analyse fait encore débat.

PHILITT : On imagine souvent la Russie pré-révolutionnaire comme économiquement archaïque, notamment comparée aux États d’Europe occidentale à la même période. Est-ce réellement le cas ?

Jacques Sapir : En réalité, le modèle de développement mis en œuvre en Russie de 1880 à 19141 a abouti à une forte croissance. Cette dernière a permis à la Russie d’avoir un PIB égal à celui de la France en 1913, et un PIB largement supérieur à celui de l’Empire austro-hongrois2. Dans la décomposition du revenu national, on constate cependant que l’agriculture représente 51%, l’industrie 21%, la construction 17%, les transports 6% et le commerce 5%. Par ailleurs, l’autoconsommation reste importante, ce qui tend à minorer les chiffres qui ne mesurent que ce qui est vendu3.

L’importance relative du développement des activités industrielles est ici à remarquer. Il y avait environ 700 000 ouvriers dans les années 1860 ; ils seront plus de 1,4 million en 1890 et près de 3 millions en 1913. L’usine Poutilov de Saint-Pétersbourg emploie ainsi plus de 15 000 travailleurs sur un même site4. Mais, à l’autre extrémité de l’échelle, on compte aussi de nombreuses entreprises de moins de 50 ouvriers, sans oublier les travailleurs semi-artisans, qui travaillent en sous-traitants pour des entreprises « donneuses d’ordres », les Koustarii. Une des caractéristiques de ce modèle de développement est d’avoir poussé les antagonismes aux extrêmes.

Ce modèle de croissance est, en un sens, l’œuvre des ministres des finances qui se sont succédé depuis la fin du XIXe siècle, de Mendeleïev à Witte. Ces ministres ont développé une stratégie économique pour la Russie qui s’est appuyée sur un fort protectionnisme (depuis le tarif Mendeleïev de 1891) mais qui a été rationalisée et étendue par Sergueï Witte5. Celui-ci, s’appuyant sur la nationalisation des chemins de fers russes, avait notamment mis en place des tarifs différenciés suivant que les marchandises allaient d’est en ouest (exportations) ou d’ouest en est (importations), cas dans lequel le coût kilométrique payé pour le fret était le double. Il avait aussi convaincu le tsar d’adopter le rouble-or et le taux de change avait été fixé assez bas afin d’attirer les investissements étrangers en Russie. Cette politique a donné des résultats remarquables en matière de croissance et a aussi conduit à une hausse significative de l’investissement net, qui représente 13,5% du produit national net au début du XXe siècle. Mais, il convient de remarquer que ce modèle était marqué par une forte emprise de l’État sur l’activité économique6, soit directement à travers l’action des entreprises publiques et le budget de la défense7, soit indirectement par le biais de la politique monétaire8 et fiscale9.

Cette forte croissance suffit-elle alors à placer l’économie russe au rang des économies modernes ? Quelles sont ses limites ?

Ce modèle économique, caractérisé par une croissance très forte à partir de 1885, fonctionnera plutôt bien jusqu’à la guerre russo-japonaise de 1904-190510. Cette croissance a cependant recouvert un certain nombre de déséquilibres et elle s’est largement faite au détriment du monde rural, sur lequel pesa un poids fiscal considérable11. L’abolition du servage12 a entraîné l’émergence d’une pénurie de terres aux mains des paysans désormais « libres »13. Les terres restent largement entre les mains de la noblesse et du clergé, voire – dans un certain nombre de cas – d’entrepreneurs agraires qui peuvent obtenir des financements bancaires et qui sont souvent liés à des entreprises étrangères d’exportation des grains. L’ancestrale commune rurale cependant se réinventera durant ces années14, mais l’extrême pauvreté d’une masse de paysans perdurera15.

Il faut alors souligner un point important : le système bancaire fut toujours en deçà des besoins de financement du développement industriel, en partie en raison du niveau de l’épargne, mais aussi en partie du fait de l’instabilité intrinsèque d’un secteur où l’on rencontrait des banques de nature très différente16. Cette insuffisance du système financier par rapport aux besoins du développement est l’une des raisons qui expliquent le rôle important pris par l’État dans le modèle de développement économique. La combinaison d’importantes banques de dépôts, avec une structure de société par actions et souvent reliées à de grands établissements bancaires étrangers, et de petites banques qui sont souvent l’émanation d’entreprises industrielles auxquelles elles apportent par ailleurs un financement, n’a pas contribué à la stabilité du système bancaire. Cette instabilité a rendu le rôle de la Banque centrale, soit directement soit indirectement, crucial pour le fonctionnement du crédit17. La Banque centrale resta la principale source de refinancement des banques privées, même si les instruments varièrent dans le temps.

Par ailleurs, on doit souligner la grande dépendance du système bancaire dans son ensemble par rapport aux opérations financières pilotées par l’État. Qu’il s’agisse du placement d’emprunts ou de la gestion de prêts bonifiés issus de la banque d’investissement émanant de la Banque centrale, on est en présence d’un poids dominant de circuits de financement contrôlés par l’État. Dans ces conditions, parler d’une autonomie de l’entreprise bancaire face à la puissance publique est difficile. S’il est incontestable que quelques grandes banques, en particulier celles liées aux établissements français, allemands et belges et par qui transitaient le placement hors de Russie des grands emprunts, ont pu discuter d’égal à égal tant avec la Banque centrale qu’avec le ministère des Finances, ceci n’est pas généralisable aux autres banques. Par ailleurs, la circulation du personnel de direction entre des postes dans l’administration et des fonctions dans ces grands établissements bancaires, les liens de parenté directs et indirects, les mariages aussi, ont largement contribué à une collusion entre l’État et le secteur privé dans ce domaine.

Dans quelle mesure peut-on alors parler de la création progressive de deux mondes distincts, voire antagonistes ?

On peut nettement distinguer dans les premières années du XXe siècle une géographie particulière du développement de la Russie, géographie qui prend, par la force des choses, une dimension très politique. Ainsi, on peut constater une opposition croissante entre des grandes entreprises, qui sont situées en Ukraine et dans le bassin qui va de la Pologne à Saint-Pétersbourg et qui sont souvent liées aux capitaux étrangers et tributaires de l’aide de l’État, et des entreprises moyennes et petites situées dans la région de Moscou, la région des Terres-Noires et sur le cours supérieur de la Volga. Les propriétaires de ces dernières sont, à partir de 1904-1905, c’est-à-dire de la guerre russo-japonaise, en conflit ouvert avec le pouvoir. Ils le sont tant pour des raisons économiques, en particulier l’accaparement des moyens publics par les grandes entreprises dont les responsables sont intégrés à l’élite politique impériale, que politiques18.

Par ailleurs, il convient de signaler le poids des communautés religieuses, et en particulier celle des « vieux-croyants »19 ou la communauté juive, dans le développement de ce que l’on peut appeler le « second capitalisme » russe. Ce poids est en effet considérable dans le développement de ce capitalisme autochtone. L’opposition entre les deux groupes tourna au conflit ouvert, dans les années qui précédèrent immédiatement le premier conflit mondial. Ceci traduit un second déséquilibre : le fait que la croissance économique n’arrive pas à trouver des facteurs endogènes d’alimentation. Pour spectaculaire qu’ait été la croissance de 1885 à 1905, elle n’a pas induit un processus où l’enrichissement de certains groupes sociaux permettrait de fournir à l’économie son propre aliment. À l’exception de la pression fiscale, qui pèse lourdement sur la paysannerie, les relations monétaires et marchandes mordent peu sur le monde rural20 qui, et c’est une différence notable avec le schéma de développement de l’Europe occidentale au XIXe siècle, reste assez largement à l’écart de l’ensemble de la logique de développement, même s’il en subit de manière évidente les contrecoups. La croissance reste portée soit par l’exportation (pour les matières premières agricoles comme les grains mais aussi le beurre) soit par les dépenses publiques. On voit donc se constituer une économie à deux secteurs, relativement séparés, un modèle qui se reconstituera, quoique sous une forme un peu différente, à partir de la collectivisation en URSS.

On constate alors deux choses évidentes mais qui sont elles-mêmes contradictoires. La première est que le mode de production capitaliste s’était bien répandu en Russie dès avant la Révolution, et ceci date même d’avant l’abolition du servage, même si celle-ci a certainement entraîné une accélération dans le développement du capitalisme. Ce développement du capitalisme se fait en « peau de léopard », avec des divergences régionales très fortes, avec des régions qui restent largement à l’écart de cette logique de développement, ou qui ne la subissent que de manière indirecte et d’autres, comme le bassin industriel qui va de la Pologne (alors russe) aux environs de Saint-Pétersbourg où se développent des formes très modernes de capitalisme. La seconde est que le modèle de développement diverge de celui des pays d’Europe occidentale.

En quoi ce modèle de développement se distingue-t-il de ceux des États occidentaux ?

Le capitalisme reste en Russie indissolublement lié à l’État tsariste, non seulement pour des raisons politiques mais aussi pour des raisons essentiellement économiques. L’autonomie du développement économique par rapport à la sphère politique, qui fut en Europe occidentale et aux États-Unis une caractéristique du développement du capitalisme, reste donc très limitée et partielle en Russie. De même, comme on l’a déjà dit, le modèle de développement n’arrive pas à trouver ses sources spontanées d’alimentation. Cela explique le caractère très contradictoire de la sphère financière qui se développe suivant deux logiques distinctes.

Dès lors, on peut avancer l’hypothèse que le mode de développement de l’économie russe, de 1880 à 1914, s’il a donné lieu à une forte croissance, a aussi abouti à l’existence d’une scission de l’économie en deux, avec un secteur extrêmement moderne, financé largement par des crédits internationaux ou des prêts de la banque d’État, et alimentant largement la demande de l’État (les dépenses militaires entre autres mais aussi le développement des voies ferrées) ou les exportations, et un secteur nettement moins moderne, subissant la pression de l’État et alimentant la consommation nationale. Cette hypothèse signifierait que le dualisme de l’économie soviétique, repéré à partir des plans quinquennaux et opposant l’industrie lourde aux industries de consommation et à l’agriculture, ne serait pas le résultat du « modèle soviétique » mais serait en fait la continuité de cette scission de l’économie issue des stratégies de développement mises en place par Vyshnegradky et Witte21. En ce cas, il faut considérer que la stratégie de développement adoptée à partir des années 1880 a été un succès mais a conduit aussi à une situation de « verrouillage » sur une trajectoire de développement divergente de celle des pays de l’Europe occidentale.

L’existence de ces logiques contradictoires dans le développement économique a sa traduction au niveau politique. Non seulement la « bourgeoisie » russe est faible, incapable de s’affirmer comme classe dominante, mais elle est aussi très largement divisée. Une partie de la bourgeoisie russe cherche en réalité à rejoindre l’aristocratie et la bureaucratie tsariste par des stratégies d’alliance matrimoniales très largement ; une autre est ouvertement en conflit avec le pouvoir tsariste, dont elle conteste la capacité à mener le développement économique de la Russie, et rechercha, dès les années 1912-1913, à passer une alliance avec les forces contestataires, qu’il s’agisse du mouvement social-démocrate (les Mencheviks et les Bolcheviks) ou qu’il s’agisse des héritiers du populisme russe (les Socio-Révolutionnaires)22.

La guerre de 1914 confronte les économies européennes à un défi d’envergure : certaines productions industrielles doivent être intensifiées pour soutenir l’effort de guerre. Comment l’économie russe réagit-elle à ce choc ?

La guerre provoque chez l’ensemble des pays impliqués une crise économique grave, résultant des caractéristiques mêmes de la guerre moderne et de la « révolution » dans les affaires militaires. Cela conduit notamment à une consommation de munitions absolument extraordinaire, qui finit par créer une pénurie qui prend de court tous les belligérants, provoquant un quasi-arrêt des combats de décembre 1914 à février 1915. En réaction, l’Allemagne crée un comité aux approvisionnements (le KRA), qui introduit une forme d’économie planifiée. En France, la même logique de mobilisation industrielle donnera naissance au courant dit « planiste » en France après la guerre.

La Russie va connaître un phénomène à la fois similaire 23 et très différent. Comme pour l’ensemble des belligérants, les dirigeants russes sont confrontés à une situation dans laquelle une brutale restructuration de l’économie s’impose afin d’obtenir l’augmentation rapide de certaines productions. Or, et c’est ici une différence majeure avec les expériences de mobilisation industrielle réalisées en Allemagne, au Royaume-Uni ou en France, cette restructuration se fera largement contre le gouvernement, ou du moins dans un esprit de séparation et non de coordination, et dans un climat de quasi-insurrection des petits et moyens entrepreneurs contre la haute administration tsariste24. On retrouve là un effet direct de ce procès en incompétence qu’instruisaient les responsables de l’Association pour l’industrie et le commerce depuis les années 1907-191025.

Or, cette situation a eu des conséquences importantes. Elle a jeté les bases d’un état que l’on pourrait qualifier de « double pouvoir », qui connaîtra son point fort à la fin de 1916 et en 1917. Les différentes institutions mises sur pied par l’Association de l’industrie et du commerce avaient certes besoin pour fonctionner des commandes de l’État tsariste, mais elles considéraient qu’elles étaient mieux placées que les fonctionnaires de l’État pour administrer cette manne financière. Une situation analogue existait en France et au Royaume-Uni, mais elle se traduisit par une coopération, plus ou moins harmonieuse, entre les industriels et le pouvoir politico-administratif, car le pouvoir politique y était légitime. En Russie, au contraire, s’il y a une coopération de fait, elle se produit dans un climat de méfiance, de suspicion, de conflit. On perçoit rapidement que l’État tsariste a perdu sa légitimité à imposer les formes qu’il souhaiterait d’organisation de l’industrie, même si il en possède incontestablement une partie des moyens. La corruption endémique régnant dans l’administration centrale, l’incompétence aussi de très nombreux hauts responsables qui ne devaient leurs postes qu’à une courtisanerie effrénée, l’incompétence de l’état-major, qui se traduit par des défaites retentissantes, expliquent largement cette délégitimation de l’État tsariste dans la mise en place de la mobilisation économique et industrielle.

Dès lors, la constitution des Comités militaro-industriels ou VPK, comités locaux organisant concrètement production et répartition des ressources rares, est l’occasion pour les représentants du capitalisme autochtone, rassemblés autour du groupe moscovite de l’Association de l’industrie et du commerce, de tenter une alliance à la fois avec l’intelligentsia technique et avec les travailleurs25. La tentative de mettre en place des « Comités de travailleurs » va d’ailleurs aboutir à un conflit ouvert avec l’administration tsariste qui menacera d’arrêter les principaux dirigeants des VPK et d’interdire les organisations qu’ils dirigent26. Rappelons que la Russie avait connu, dans les années 1912-1914, une vague montante de grèves ouvrières, touchant l’ensemble des secteurs de l’industrie27. La « question ouvrière » comme on le dit à l’époque, est une question éminemment sensible politiquement. Les responsables des VPK vont, devant la menace de la répression, reculer, du moins en apparence, et renoncer aux « Comités de travailleurs » qui leur auraient permis de tenter de contrôler directement une bonne partie de la classe ouvrière. Mais, en secret, ils ouvriront des négociations avec les organisations politiques clandestines pour des formes de « cogestion » de la classe ouvrière.

Alors que le conflit entre l’administration tsariste et les VPK est à son comble, le réseau que constituent ces derniers va se doter rapidement de ses propres systèmes de financement, qui reposent à la fois sur la mobilisation des nombreuses petites banques locales et municipales et sur des relations d’échange non-monétaires. Ce réseau devient une alternative potentielle à la Banque centrale, qui dès lors n’a d’autre solution que de coopérer étroitement avec lui à partir de 1916. Les autorités politiques tsaristes ont été plus que méfiantes vis-à-vis de ce que représentait le mouvement des VPK, dont elles percevaient bien la charge politique contestataire. Cependant, dans certaines administrations, des responsables ont rapidement pris la mesure de l’efficacité de cette mobilisation industrielle.

Cette articulation entre la dimension locale et la dimension nationale favorisa l’émergence au sein des VPK d’une logique d’organisation par branches industrielles. Dès la seconde moitié de 1916 on voit apparaître une double structuration de l’économie russe, à la fois organisée sur une base territoriale et sur une base verticale. Aux structures financières locales, instituées par les VPK des provinces, viennent alors s’ajouter des structures financières spécialisées par branches ou par secteur d’activité. Celles-ci vont donner naissance à une tradition d’administration de l’économie sous une double base, territoriale et par branches industrielles, à travers la coordination progressive entre les ministères et les VPK28. Cette structuration sera reprise telle quelle après la Révolution d’octobre, et va perdurer pendant pratiquement la totalité de l’histoire de l’URSS29.

Notes :

1. Pour une analyse de ce dernier, A. Gerschenkron, « Economic Backwardness in historical perspective », in A. Gerschenkron, Historical Backwardness in Historical Perspective – A book of essays , The Belknap Press of Harvard University Press, Cambridge, Mass., 1962.

2. Gregory P., Russian National Income, 1985-1913, Cambridge University Press, Cambridge, 1982,

3. Idem, p. 73.

4. Voir Marie J-J., Le Dimanche Rouge, Paris, Larousse, 2008

5. T.H. Von Laue, Sergeï Witte and the Industrialization of Russia, op.cit..

6. B.V. Anan’itch, « The economic policy of the tsarist government and enterprise in Russia from the end of the nineteenth century through the beginning of the twentieth century », in F.V. Cartensen (ed.), Entrepreneurship in the Imperial Russia and the Soviet Union, Princeton University Press, Princeton, 1983.

7. Stepanov, V. L., « Statist Industrialization and Economic Autarky » in Russian Studies in History. Vol. 47. No. 3, 2009.

8. O. Crisp, « Russian financial Policy and the Gold Standard at the end of the nineteenth century », in Economic History Review, vol. VI, n°2, 1953, décembre.

9. Ce qui conduit un opposant à la politique de S. Witte à parler de « socialisme d’État » ; voir E. Tsyon, Les finances russes et l’épargne française, Calmann-Levy, Paris, 1885.

10. P.I. Lyachtchenko, Istorija Narodnogo Hozjajstva SSSR, Gospolitizdat, Moscou, Vol.2, 1950. P.R. Gregory, Russian National Income 1885-1913, Cambridge University Press, Cambridge, 1985.

11. T.H. Von Laue, Sergeï Witte and the Industrialization of Russia, op. cit.

12. Montlibert de, C., (2014), L’émancipation des serfs de Russie – L’année 1861 dans la Russie impériale, Bruxelles, Académie Royale de Belgique ; Moon, D. (2001), The Abolition of Serfdom in Russia , Harlow, Pearson Education Limited.

13. Gorshkov, Boris B. (2006) « Serfs, Emancipation of » in Encyclopedia of Europe, 1789–1914. John

Merriman and Jay Winter, eds. in chief, (2006), Encyclopedia of Europe, 1789–1914, New York, Charles

Scribner’s Sons ; Mironov, B., (1996) « When and Why was the Russian Peasantry Emancipated? » in Bush

M.L., (Ed.), (1996), Bush M.L., (Ed.), (1996) Serfdom and Slavery: Studies in Legal Bondage Ed. London, Longman, pp. 323–347

14. Atkinson D., (1983), The end of the Russian land commune : 1905-1930, Stanford University Press, Stanford.

15. Shanin T., The Akward Class. Political Sociology of Peasantry in a developping society : Russia 1910-1925 , Oxford University Press, Oxford, 1972

16. S.I. Borovoj, Kredit i Banki v Rossii, Gosfinizdat, Moscou, 1958.

17. I. F. Gindin, Gosudarstvennyi bank i ekonomitcheskaja politika tsarskogo pravitel’stva, Nauka, Moscou, 1960.

18. C. Goldberg, The association of Industry and Trade: 1906-1917, PhD., State University of Michigan, Chicago,

1974. J.L. West, The Moscow Progressists : Russian Industrialists in Liberal Politics : 1905-1914, Ph.D.,

Princeton University, princeton, 1975. R.A. Roosa, « Russian Industrialists and ‘State Socialism’ 1906-1917 », in Soviet Studies, vol. 23, n°2, 1972, pp. 395-417. J.D. White, « Moscow, Petersburg and the Russian Industrialists », in Soviet Studies, vol. 24, n°2, 1973, pp. 414-420.

19. W.L. Blackwell, « The Old Believers and the rise of the private industrial enterprise in early nineteenth century Moscow », in W.L. Blackwell (ed.), Russian economic development from Peter the Great to Stalin, Praeger, New York, 1974. Kirillov I.A. La vérité de la vieille croyance, Barnaoul, 2008. Sur les « vieux croyants » on lira avec profit Pascal P. Avvakum et les débuts du Raskol, EPHE, Mouton & Co, Paris, 1963.

20. D. Atkinson, The end of the Russian land commune : 1905-1930, Stanford University Press, Stanford, 1983.

21. Stepanov, V. L., « Three Ministers of Finance in Postreform Russia. » Russian Studies in History 35(2), 1996

22. Venturi F., Roots of Revolution: A History of the Populist and Socialist Movements in Nineteenth-Century Russia, New York, Alfred A. Knopf, 1960.

Sidorov A.L., Ekonomitcheskoe Polozhenie Rossii v gody pervoj mirovoj vojny, Nauka, Moscou, 1973

23. Zagorsky S, State control of the industry in Russia during the War, Yale University Press, New Haven, 1928.

24. Goldberg C, The association of Industry and Trade: 1906-1917, op.cit..

25. P.V. Volubuev et V.Z. Drobizhev, « Iz istorij goskapitalisma n natchal’nji period sotsialistitcheskogo strojtel’stva SSSR », in Voprosy Istorii, n°9, 1957, pp. 113-121.

26. L.H. Siegelbaum, The politics of industrial mobilization in Russia : 1914-1917, op. cit.

27. Nossatch V.I., Profsoyuzny Sankt-Peterburga 1905-1930, op.cit.. Ferro M., La Révolution de 1917, t.1, La Chute du tsarisme et les Origines d’Octobre, Paris, Aubier, 1967. Badayev A., Bolcheviki v Gossudarstvennoj Dume – Vospominanja, [Les Bolchéviks à la Douma d’État], Moscou, GosIzPolLit, 1954.

28. A.L. Sidorov, Ekonomitcheskoe Polozhenie Rossii v gody pervoj mirovoj vojny, Nauka, Moscou, 1973.

29. Sapir J., L’économie mobilisée. Essai sur les économies de type soviétique, La Découverte, Paris, 1990.

Source : Philitt, Jacques Sapir, 06-11-2017

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Commentaire recommandé

Alfred // 25.11.2017 à 09h07

Je pense au contraire qu’il est très intéressant de se replonger dans l’histoire. La variété et l’hétérogénéité de la société russe à la veille de la reconstruction est très importante. Analyser le poids de chacun est important pour comprendre comment une minorité l’a emporté. Cela peut se produire ici et maintenant.
Si vous pensez “au coup d’après” la disparité et la faiblesse des banques russes de l’époque est intéressante. De nos jours face aux grandes banques mortifères que nous allons tuer une fois qu’elle nous auront à moitié tués dans un grand crash qu’allons nous faire ensuite? L’epargne des français est importante et la mode est aux monaies locales (pas encore à la création de banques mais ça va venir). Ce sera dans un monde post crash ou post guerre qui sera à nouveau en croissance. Ne voyez vous rien de potentiellement comparable ? L’histoire ne se répète pas mais des séquences, des rapports de forces, des configurations peuvent s’identifier par analogie. C’est pourquoi la conduite de la bataille de Cannes par Hannibal est connue des officiers actuels.
Rien n’est inutile tant que cela est le fruit d’un vrai travail (suivez mon regard). C’est bien le cas ici.

16 réactions et commentaires

  • Christian Gedeon // 25.11.2017 à 07h18

    Toujours la même obsession. Justifier la ” révolution” ….ça devient fatigant. De toute façon,elle a eu lieu cette révolution! Et les dizaines de millions de morts ne se relèveront pas. Si on passait à autre chose. A ce qui se passe aujourd’hui en Russie. Au travail de Poutine et des siens. A la reconversion industrielle accélérée,an l’adaptation agricole,mais aussi à la crise démographique .d’aujourd’hui!

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    • Guido // 25.11.2017 à 08h48

      D’après Emmanuel Todd la démographie s’est améliorée depuis l’avènement de V. Poutine.

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    • Alfred // 25.11.2017 à 09h07

      Je pense au contraire qu’il est très intéressant de se replonger dans l’histoire. La variété et l’hétérogénéité de la société russe à la veille de la reconstruction est très importante. Analyser le poids de chacun est important pour comprendre comment une minorité l’a emporté. Cela peut se produire ici et maintenant.
      Si vous pensez “au coup d’après” la disparité et la faiblesse des banques russes de l’époque est intéressante. De nos jours face aux grandes banques mortifères que nous allons tuer une fois qu’elle nous auront à moitié tués dans un grand crash qu’allons nous faire ensuite? L’epargne des français est importante et la mode est aux monaies locales (pas encore à la création de banques mais ça va venir). Ce sera dans un monde post crash ou post guerre qui sera à nouveau en croissance. Ne voyez vous rien de potentiellement comparable ? L’histoire ne se répète pas mais des séquences, des rapports de forces, des configurations peuvent s’identifier par analogie. C’est pourquoi la conduite de la bataille de Cannes par Hannibal est connue des officiers actuels.
      Rien n’est inutile tant que cela est le fruit d’un vrai travail (suivez mon regard). C’est bien le cas ici.

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    • Fritz // 25.11.2017 à 13h12

      @Christian Gedeon, prenez la peine de lire cet article avant de le juger…
      Ou bien reprenez-moi en indiquant le passage où Sapir justifie la Révolution, car je l’ai manqué. J’ai seulement lu un bon article, érudit et argumenté, sur l’histoire économique de la Russie au tournant des XIXe et XXe siècles.

      Pour ce qui est de la démographie russe, lisez cet article, ainsi que les écrits d’Alexandre Latsa :
      https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201502241014863510/
      Sur ce sujet capital (la Russie des années 1990 était tout simplement en train de mourir), je me rappelle à peu près des mots de Vladimir Poutine au début des années 2000 :
      “Et maintenant, parlons de ce qui est vraiment important : les femmes, l’amour, les enfants”.

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      • christian gedeon // 26.11.2017 à 09h17

        Je ne réagis pas sans lire…et je dis justement qu’il faut maintenant parler de la Russie contemporaine et nous lâcher les baskets avec la nième analyse de la révolution russe et de ses causes. Ce qui compte aujourd’hui,c’est ce qui se passe depuis que Poutine (qui n’est pas un saint par ailleurs) a décidé de remettre de l’ordre dans la Maison Russie,et comment il a empêché que la pays ne soit dépecé,in extremis. çà ,c’est du contemporain. Sapir ets fin dans cet article,il ne justifie pas directement la révolution,mais bon la bourgeoisie était faible,l’état incompétent,l’industrialisation pas assez ceci ou cela,les moeurs pas encore au top,etc…vous traduisez çà comment,Fritz?.

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        • Fritz // 26.11.2017 à 10h15

          Sapir a dit : “Non seulement la « bourgeoisie » russe est faible, incapable de s’affirmer comme classe dominante, mais elle est aussi très largement divisée. Une partie de la bourgeoisie russe cherche en réalité à rejoindre l’aristocratie et la bureaucratie tsariste […] ; une autre est ouvertement en conflit avec le pouvoir tsariste, dont elle conteste la capacité à mener le développement économique de la Russie”.

          Je n’ai rien lu de ce que vous dites : “l’État incompétent, l’industrialisation pas assez ceci ou cela, les mœurs pas encore au top, etc.”, et par conséquent, je ne traduis pas.

          Le respect du texte passe avant nos sentiments : Sola Scriptura.

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    • Sandrine // 25.11.2017 à 15h09

      L’angleterre a connu sa révolution au XVIIe siècle, la France au XVIIIe, la Russie et l’Allemagne au XXe siècle… chacune de ces révolutions paraissait inévitable pour adapter la société aux bouleversements économiques et techniques (passer du féodalisme agraire au capitalisme industriel). Elles ont coutent beaucoup de sang et de larmes. Aurait-il été possible de de les éviter ?

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    • ceusette // 25.11.2017 à 22h09

      Expliquer un événement n’est pas le justifier. Il faut distinguer l’analyse de l’opinion. Ceux qui ne sont pas intéressés par l’Histoire ne sont pas obligés de lire cet article. Les régimes se suivent, mais souvent les structures demeurent, au moins sous d’autres formes. C’est ce que cherche à montrer M. Sapir.

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      • christian gedeon // 26.11.2017 à 09h22

        Ah,nous y voilà!Expliquer n’est pas justifier. Certes,certes. mais la frontière est très mince,très très mince entre les deux. Et quand la conclusion est que ceci ou cela était inévitable?! çà me fait penser aux multiples “explications ” données à la montée et à la victoire des nazis dans le Reich…des tombereaux de livres sur la question…mais peu ou pas sur pourquoi “ON ” a laissé faire.Ah çà,des explications, il y en a des tonnes et des tonnes,mais sur le pourquoi ces massacres épouvantables ont été possibles et permis,c’est le désert des tartares.

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  • Fritz // 25.11.2017 à 13h24

    Serge de Witte était un homme d’État clairvoyant, salué par Joseph Caillaux :
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Serge_Witte#Retraite

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  • max // 25.11.2017 à 16h07

    Que J Sapir puisse écrire sur le site les Crises est normal puisque le site les Crises a accepté de l’héberger, comme quand Charlie Hebdo a été hébergé par je crois le journal Libération.
    Cela dit l’URSS, de mon point de vue, fut une plaie pour les populations civiles, lors de la disparition de l’URSS dans les années 1990 la continuation de cette plaie continua avec Eltsine.
    https://planetes360.fr/annees-1990-clintons-ont-impose-famine-genocide-russie/
    L’émergence de Poutine a permit un renouveau de la Russie même si il y a encore du chemin à faire.

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    • ceusette // 25.11.2017 à 22h11

      En quoi M. Sapir fait-il l’apologie de l’URSS dans cet article? D’ailleurs, l’URSS n’existait même pas dans la période qu’il analyse.

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  • gangai gabrielle // 25.11.2017 à 18h50

    Cette Révolution de 1917 aura permit à l’actuelle Russie, pour en rester là et uniquement là en Russie, de ne pas se retrouver en l’état de l’Inde actuelle, certes pays de puissance croissante, mais où, au moins, la moitié de la population est analphabète et où, au moins le quart de sa population vit en état de pauvreté.
    Bien franchement, et pour rire un peu, peut-on considérer comme ça du haut de notre grand savoir d’occidental que le pays qui a envoyé le premier homme et la première femme dans l’espace fût une calamité pour les populations civiles ?
    Et puis qui a provoqué et profiter de la période Eltsine en Russie et à l’extérieur??
    C’est arrivé comme çà, par hasard?
    Et pour finir, ces millions de morts de la Révolution ne sont-ils pas aussi le fruit des interventions occidentales, qui sous une forme ou sous une autre, ont peu cessées au fil des ans… un peu d’humilité intellectuelle permet de voir loin et parfois à peu moins faux…
    gabrielle gangai

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    • christian gedeon // 26.11.2017 à 09h26

      je neveux pas vous contrarier,mais le pays qui a inventé les missiles et les avions à réaction,c’était le III éme Reich. Et il a été si je me souviens bien,une calamité pour les populations civiles,n’est ce pas? C’est quoi,cette absolution technologique? les US inventent le transhumanisme en ce moment,et vous pensez que çà ne va pas être une calamité pour les populations civiles?

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  • fanfan // 27.11.2017 à 17h55

    Très intéressant texte de Zakhar Prilepine paru dans le journal Svobodnaya Pressa (Presse libre), traduit par Karine Bechet-Golovko : “Zakhar Prilepine et la Révolution d’Octobre: des mythes à nos jours”
    ‘les bolchéviques n’ont pas renversé le Tsar. Les bolchéviques ont renversé le très libéral et pro-occidental Gouvernement temporaire…
    http://russiepolitics.blogspot.fr/2017/11/zakhar-prilepine-et-la-revolution.html

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    • fanfan // 27.11.2017 à 17h56

      … “la Russie impériale n’existait déjà plus, l’Empereur avait déposé sa couronne et au pouvoir était arrivé le Gouvernement temporaire. La question est celle-là: la situation aurait-elle été meilleure si les généraux de Février avaient gagné la Guerre Civile?
      Non, tous étaient au courant de l’Accord franco-britannique du 23 décembre 1917 sur la division de la Russie en zones d’influence: la Grande Bretagne récupérait le Caucase du Nord; la France l’Ukraine, la Crimée et la Bessarabie; les Etats Unis et le Japon se partageaient la Sibérie et l’Extrême Orient.
      Allons-y, redistribuons encore une fois les cartes. Un: il n’y a plus d’Empereur. Deux: il y a des généraux blancs qui étaient prêts à la division du pays ici présentée et au pillage du pays. Et il y a les bolchéviques qui ont empêché cette division et ce pillage.”

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