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Bertrand Russell- Pensée libre et propagande officielle (1922)

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Source : Projet Gutenberg

Conférence donnée au South Place Institute le 24 mars 1922

Par le Professeur Bertrand Russell (sous la présidence de Graham Wallas)

Moncure Conway, en l’honneur duquel nous sommes rassemblés aujourd’hui, a dédié sa vie à deux grands sujets : la liberté de pensée et la liberté individuelle. Vis à vis de ces deux sujets, on a fait des progrès depuis son époque, mais aussi quelque chose a été perdu. De nouveaux dangers, quelque peu différents dans la forme de ceux du passé menacent les deux sortes de liberté, et à moins qu’une opinion publique vigilante et vigoureuse puisse être réveillée pour leur défense, il y aura beaucoup moins de chacune d’elles dans cent ans que maintenant. Mon propos dans ce qui suit est d’insister sur les nouveaux dangers et d’examiner comment on peut les prendre en compte.

Commençons en essayant d’être clair sur ce que nous entendons par « pensée libre ». Cette expression a deux significations. Dans le sens restreint cela signifie une pensée qui n’accepte pas les dogmes de la religion traditionnelle. En ce sens un homme est un « libre penseur » s’il n’est pas un chrétien ou un musulman ou un bouddhiste ou un shintoïste ou membre d’un quelconque autre groupe humain qui accepte quelque orthodoxie héritée. Dans les pays chrétiens un homme est appelé « libre penseur » s’il ne croit résolument pas en Dieu, bien que cela ne suffise pas à en faire un « libre penseur » dans un pays bouddhiste.

Je ne souhaite pas minimiser l’importance de la liberté de pensée dans cette acception. Je suis moi-même en désaccord avec toutes les religions connues, et j’espère que toutes les sortes de croyances religieuses finiront par disparaître. Je ne crois pas à l’idée que la croyance religieuse a été une force en faveur du bien. Toutefois je suis prêt à admettre qu’à certaines époques et certains endroits cela a eu quelques bons effets, je considère ces épisodes comme appartenant à l’enfance de la raison humaine, et à une étape de développement que nous dépassons maintenant.

Mais il y a aussi une signification plus large de « pensée libre » que je considère comme d’une importance encore plus grande. Effectivement le mal fait par les religions traditionnelles semble principalement attribuable au fait qu’elles ont empêché la pensée libre dans ce sens plus large. Le sens le plus large n’est pas aussi facile à définir que le sens restreint et cela mérite d’y consacrer un peu de temps pour cerner son essence.

Lorsqu’on parle de quelque chose de « libre » la signification n’est pas définie tant que l’on ne dit pas de quoi elle est libre. Quelque chose ou quelqu’un est « libre » s’il n’est pas soumis à quelque pression extérieure et pour être précis on devrait dire ce qu’est ce genre de pression. Donc la pensée est « libre » lorsqu’elle est libre de certaines sortes de contrôle extérieur qui sont souvent présents. Certaines de ces sortes de contrôle qui doivent être absents pour que la pensée soit « libre » sont assez évidents, mais d’autres sont plus subtils et insaisissables.

Pour commencer avec le plus évident. La pensée n’est pas « libre » lorsque des sanctions légales sont encourues par le fait de défendre ou pas certaines opinions, ou par le fait d’exprimer sa croyance ou son absence de croyance sur certains sujets. Très peu de pays au monde bénéficient actuellement de ce genre de liberté élémentaire. En Angleterre, sous les Lois sur le Blasphème (Blasphemy Laws) il est illégal d’exprimer l’incroyance dans la religion chrétienne, bien qu’en pratique cette loi ne soit plus appliquée à l’encontre des nantis. Il est aussi illégal d’enseigner l’enseignement du Christ au sujet de la non-résistance.

Du coup quiconque ne souhaite pas devenir un criminel doit déclarer être en accord avec les enseignements du Christ, mais doit éviter de dire ce que contiennent ces enseignements. En Amérique personne ne peut entrer dans le pays sans d’abord déclarer solennellement qu’il ne croit pas en l’anarchie et la polygamie ; et une fois entré il faut aussi qu’il déclare son incroyance dans le communisme. Au Japon il est illégal d’exprimer son incroyance avec le caractère divin du Mikado [empereur, NdT]. On voit bien qu’un voyage autour du monde est une aventure périlleuse.

Un mahométan, un tolstoïen, un bolchevique ou un chrétien ne peuvent l’entreprendre sans, à un certain moment, devenir un criminel, sauf à tenir sa langue au sujet de ce qu’il considère comme des vérités importantes. Cela ne s’applique qu’aux passagers de troisième classe, les premières classes sont autorisées à croire ce qu’ils veulent à condition d’en éviter un affichage désagréable.

Il est clair que la condition la plus élémentaire pour que la pensée soit libre est l’absence de sanctions légales à l’encontre de l’expression d’opinion. Aucun grand pays n’a pourtant encore atteint ce niveau, alors que presque tous le pensent. Les opinions qui sont encore persécutées sont perçues par la majorité des gens comme si monstrueuses et immorales que le principe général de tolérance ne peut pas être tenu de s’y appliquer. Mais c’est exactement ce point de vue qui a rendu possible les tortures de l’inquisition. Il fut un temps où le protestantisme semblait aussi diabolique que le bolchevisme aujourd’hui. Et je prie de ne pas en conclure que je suis protestant ou bolchevique.

Toutefois dans le monde moderne, les sanctions légales sont le moindre des obstacles à la liberté de pensée. Les deux grands obstacles sont les sanctions économiques et la déformation des preuves. Il est clair que la pensée n’est pas libre si l’expression de certaines opinions rend impossible de gagner sa vie.

Il est clair également que la pensée n’est pas libre si tous les arguments de l’une des parties lors d’une controverse sont perpétuellement présentés de façon aussi séduisante que possible tandis que les arguments de l’autre partie ne peuvent être découverts que par une recherche diligente. Ces deux obstacles existent dans tous les grands pays que je connais sauf la Chine qui est le dernier refuge de la liberté. Ce sont ces obstacles qui vont m’intéresser – leur ordre de grandeur actuel, la probabilité de leur augmentation, et la possibilité de leur diminution.

On peut dire que la pensée est libre lorsqu’elle est présentée en libre concurrence parmi les autres croyances, c’est à dire quand toutes les croyances sont en mesure de défendre leur point de vue, sans qu’aucun avantage ou désavantage légal ou pécuniaire leur soit attaché. Ceci est un idéal qui, pour diverses raisons, ne peut jamais être atteint entièrement. Mais il est possible de s’en approcher de beaucoup plus près que ce n’est le cas actuellement.

Trois incidents dans ma propre vie serviront à montrer comment, dans l’Angleterre moderne, les dés sont pipés en faveur du christianisme. La raison pour laquelle je les mentionne est que beaucoup de gens ne réalisent absolument pas les désavantages auxquels un agnosticisme avoué peut exposer quelqu’un.

Le premier incident appartient à un stade très précoce de ma vie. Mon père était un libre penseur, mais il mourut quand je n’avais que trois ans. Comme il souhaitait que je sois éduqué sans superstitions, il embaucha deux libres penseurs comme tuteurs. Le tribunal cependant ignora son testament et me fit donner une éducation dans la foi chrétienne.

J’ai bien peur que le résultat fut décevant, mais ce ne fut pas la faute du tribunal. S’il eut décidé de me faire éduquer en Christadelphien ou Muggletonien ou en Adventiste du Septième Jour, le tribunal n’aurait même pas rêvé d’opposer une objection. Après sa mort, un parent a le droit d’ordonner que toute superstition imaginable soit inculquée à son enfant, mais n’a pas le droit de demander qu’il soit préservé des superstitions si possible.

Le second incident arriva durant l’année 1910. J’avais à cette époque le désir de siéger au Parlement en tant que Libéral, et les Whips m’ont recommandé une certaine circonscription. Je me suis adressé à l’Association Libérale, qui s’est exprimée en ma faveur, et mon investiture semblait certaine. Mais alors que j’étais questionné par un petit comité restreint, j’ai admis que j’étais agnostique. Ils m’ont demandé si le fait pouvait venir à être révélé, et j’ai dit que cela arriverait probablement. Ils ont demandé si je serai disposé à aller à l’église occasionnellement, et j’ai répondu que je n’irai pas. En conséquence, ils ont choisi un autre candidat, qui a été dûment élu, et a siégé au Parlement depuis, et est membre du gouvernement actuel.

Le troisième incident est arrivé immédiatement après. J’étais invité au Trinity College à Cambridge, pour devenir maître de conférences, mais pas un fellow. La différence n’est pas pécuniaire ; Le fait est que le fellow a une voix au gouvernement du College, et ne peut pas en être dépossédé durant la durée de son poste, sauf en cas de grave immoralité. La raison principale pour me dénier le titre de fellow était que le parti clérical ne souhaitait pas ajouter un vote anti-clérical. Le résultat fut qu’ils ont pu me renvoyer en 1916, quand ils n’ont pas aimé mes opinions sur la guerre. Si j’avais du dépendre de mon activité de conférencier, je serai mort de faim.

Ces trois incidents illustrent différentes sortes de désavantages liés au fait d’avouer sa liberté de pensée même dans l’Angleterre moderne. Tout autre libre penseur proclamé pourrait nourrir son expérience personnelle d’incidents semblables, souvent même d’un caractère plus sérieux. Le résultat net est que les nantis ne sont pas enclins à être francs au sujet de leurs croyances religieuses.

Ce n’est pas, bien sûr, seulement ou même principalement par rapport à la religion qu’il y a un manque de liberté. La foi dans le communisme ou l’amour libre handicape un homme bien plus que l’agnosticisme. Ce n’est pas seulement un désavantage de tenir ces positions, mais c’est bien plus difficile d’obtenir publiquement des arguments en leur faveur.

D’un autre côté, en Russie, les avantages et désavantages sont exactement l’inverse : le confort et le pouvoir sont obtenus par un athéisme proclamé, le communisme et l’amour libre, et il n’existe pas d’opportunité de propagande contre ces opinions. Le résultat en est qu’en Russie un éventail de fanatiques se sent absolument sûr d’un ensemble de propositions douteuses, alors que dans le reste du monde un autre éventail de fanatiques éprouve de la même façon la certitude d’un ensemble de propositions douteuses diamétralement opposées. A partir de cette situation, la guerre, l’amertume, et la persécution en résultent inévitablement des deux côtés.

Williams James prêchait souvent la « volonté de croire ». Pour ma part, je devrais souhaiter prêcher la « volonté de douter ». Aucunes de nos croyances sont totalement vraies ; toutes ont au moins une ombre d’incertitude et d’erreur. Les méthodes pour accroitre le degré de vérité de nos croyances sont bien connues ; elles consistes à écouter les deux versions, essayer de prouver les faits pertinents, contrôler nos propres travers en discutant avec des gens qui ont un travers opposé, et cultiver la disposition à rejeter toute hypothèse qui se révèle inadéquate.

Ces méthodes sont pratiquées en science, et ont bâti le corps de la connaissance scientifique. Chaque homme de science dont le regard est vraiment scientifique est prêt à admettre que ce qui passe pour du savoir scientifique à un moment est sûr de devoir se soumettre à une correction avec les progrès des découvertes ; néanmoins, cela est assez proche de la vérité pour servir à la plupart des objectifs pratiques, bien que pas pour tout. En science, où seulement quelque chose qui s’approche du savoir authentique est à découvrir, l’attitude des hommes est d’essayer et d’être rempli de doutes.

En religion et en politique, au contraire, bien qu’il n’y ait encore rien d’approchant au savoir scientifique, tout le monde considère de rigueur d’avoir une opinion dogmatique, pour être à l’abri de la famine, de la prison et de la guerre, et pour se garder prudemment de rentrer dans une compétition argumentative avec toutes opinions différentes.

Si seulement les hommes pouvaient être amenés dans une tentative d’état d’esprit agnostique sur ces sujets, neuf sur dix de ces maux du monde moderne seraient guéris. La guerre deviendrait impossible, car chaque côté réaliserait qu’il pourrait bien avoir tort. La persécution cesserait. L’éducation s’efforcerait d’élargir l’esprit, non pas de le restreindre. Les hommes seraient choisis pour leur travail sur le critère de leur aptitude au travail, non pas parce qu’ils flatteraient les dogmes irrationnels de ceux qui ont le pouvoir. Ainsi le doute rationnel seulement, s’il pouvait être instillé, suffirait à introduire le millenium.

Nous avons eu ces dernières années un exemple brillant d’un état d’esprit scientifique avec la théorie de la relativité et son accueil par le monde. Einstein, un pacifiste juif germano-suisse, a été nommé titulaire d’une chaire de recherche par le gouvernement allemand aux premiers jours de la guerre ; ses prédictions furent corroborées par une expédition britannique qui observa l’éclipse de 1919, juste après l’armistice. Sa théorie bouleversa l’ensemble de la structure théorique de la physique traditionnelle.

C’était presqu’autant dommageable à la physique dynamique orthodoxe que Darwin le fut à la Genèse. Cependant, de partout les physiciens ont montré qu’ils étaient totalement prêts à accepter sa théorie dès qu’il apparût que les preuves étaient en sa faveur. Mais aucun d’entre eux, même pas Einstein lui-même, n’aurait déclaré qu’il avait eu le dernier mot. Il n’avait pas construit un dogme infaillible pour l’éternité. Il y a des difficultés qu’il ne peut résoudre ; ses théories seront modifiées à leur tour comme elles ont modifié celles de Newton. Cette réceptivité critique non-dogmatique est l’attitude scientifique correcte.

Que serait-il advenu si Einstein avait avancé quelque chose d’aussi nouveau dans la sphère de la religion ou de la politique ? Les anglais auraient trouvé des éléments en faveur des prussiens dans sa théorie ; les anti-sémites l’auraient considéré comme un complot sioniste ; les nationalistes de tous les pays l’auraient trouvé teinté d’un pacifisme poltron, l’aurait déclaré être une simple esquive pour échapper au service militaire. Tous les professeurs de la vieille école auraient approché Scotland Yard pour obtenir l’interdiction de l’importation de ses écrits.

Les professeurs lui étant favorables auraient été renvoyés. Dans le même temps, il aurait envouté le gouvernement d’un quelconque pays obscur, où il serait devenu illégal d’enseigner autre chose que sa doctrine, qui se serait développée en un dogme mystérieux incompréhensible au commun des mortels. Au final, la véracité ou la fausseté de sa doctrine aurait été décidée sur le champ de bataille, sans avoir recueilli des éléments nouveaux en sa faveur ou en sa défaveur. Cette méthode est le résultat logique de la volonté de croire de William James.

Ce qui est requis n’est pas la volonté de croire, mais le souhait de découvrir, qui est son exact opposé.

S’il est admis qu’un état de doute raisonnable est désirable, il devient important de chercher à savoir comment on en vient à ce qu’il y ait autant de certitudes irrationnelles dans le monde. Une grande partie du problème vient de l’irrationalité et la crédulité inhérentes à la nature humaine moyenne. Mais les germes du péché intellectuel originel sont nourris et fortifiés par d’autres contingences, parmi lesquelles trois détiennent la place principale – nommément l’éducation, la propagande et la pression économique. Considérons-les tour à tour.

(1) L’éducation – L’éducation élémentaire, dans tous les pays avancés, est aux mains de l’État. Certaines des choses enseignées sont connues pour être fausses par les fonctionnaires qui les inscrivent au programme, et de nombreuses autres sont connues pour être fausses, ou pour le moins très douteuses, par toute personne impartiale.

Prenez, par l’exemple, l’enseignement de l’histoire. Chaque nation vise seulement à une auto-glorification dans les livres d’histoire scolaires. Quand un homme écrit son autobiographie, on attend de lui qu’il montre une certaine modestie ; mais quand une nation écrit son autobiographie, il n’y a pas de limite à sa vantardise et sa vanité. Quand j’étais jeune, les manuels scolaires enseignaient que les Français étaient méchants et les Allemands vertueux ; maintenant ils enseignent le contraire. Pour aucun de ces cas il n’y a la moindre considération pour la vérité. Les manuels scolaires allemands, traitant de la bataille de Waterloo, présentent Wellington totalement défait quand Blücher sauva la situation ; les manuels scolaires britanniques présentent Blücher comme n’ayant fait qu’une petite différence.

Les auteurs des manuels allemands et anglais savent tous qu’ils ne racontent pas la vérité. Les manuels scolaires américains étaient violemment anti-britanniques ; depuis la guerre ils sont devenus pareillement pro-britanniques, sans pointer vers la vérité dans les deux cas (voir The Freeman, 15 février 1922, p. 532). A la fois avant et depuis [la guerre, NdT], un des principaux objectifs de l’éducation aux États-Unis est de transformer une collection hétéroclite d’enfants immigrés en « bons Américains ». Apparemment il n’est venu à l’esprit de personne qu’un « bon Américain », comme un « bon Allemand » ou un « bon Japonais » doit être, pour autant, un mauvais être humain.

Un « bon Américain » est un homme ou une femme imbue de la croyance que l’Amérique est le meilleur pays au monde, et se doit de toujours le soutenir avec enthousiasme dans n’importe quelle querelle. Il est tout à fait possible que ces propositions soient vraies ; si c’est le cas, un homme rationnel n’aurait pas à les discuter. Mais si elles sont vraies, elles devraient être enseignées partout, pas seulement en Amérique. C’est une circonstance suspecte que de telles propositions ne soient pas crues en dehors du pays particulier qui les énonce.

En attendant, l’ensemble de la machinerie d’État, dans tous les pays, est conçue pour faire croire à des enfants sans défense des énoncés absurdes dont l’effet sera de les rendre prêts à mourir pour la défense de sinistres intérêts en ayant le sentiment de se battre pour la justice et la vérité. C’est seulement une des innombrables manières dont l’éducation est conçue, non pour enseigner une véritable connaissance, mais pour rendre le peuple soumis à la volonté de ses maîtres. Sans un système élaboré de tromperies dans les écoles primaires il serait impossible de préserver le camouflage de la démocratie.

Avant de quitter le sujet de l’éducation, je vais prendre un autre exemple en Amérique, non pas parce que l’Amérique soit pire que les autres pays, mais parce qu’elle est la plus moderne, montrant les dangers qui grandissent plutôt que ceux qui diminuent. Dans l’État de New York, on ne peut fonder une école sans une autorisation de l’État, même si elle doit être entièrement financée par des fonds privés. Une loi récente décrète qu’on ne doit pas donner de licences aux écoles « où il apparaît que l’instruction proposée inclura l’enseignement d’une doctrine qui promeut le renversement des gouvernements organisés par la force, la violence ou des moyens illégaux. »

Comme le New Republic le signale, il n’y a pas de limites à tel ou tel gouvernement organisé. La loi, donc, aurait rendu illégal, durant la guerre, d’enseigner la doctrine selon laquelle le gouvernement du Kaiser devrait être renversé par force ; et depuis, le soutien à Kolchak ou Denikin contre le gouvernement soviétique aurait été illégal. De telles conséquences, bien sûr, ne sont pas intentionnelles, et résultent seulement d’un mauvais plan. Ce qui était l’intention apparait par une autre loi passée en même temps, s’appliquant aux professeurs des écoles publiques.

Cette loi stipule que les certificats permettant à des personnes d’enseigner dans de telles écoles seront délivrés seulement à celles qui donnent satisfaction sur leur « loyauté et obéissance au gouvernement de cet État et des États-Unis », et seront refusé à celles qui défendront, peu importe quand et où, « une forme de gouvernement autre que le gouvernement de cet État ou des États-Unis. »

Le comité qui a construit ces lois, comme cité par le New Republic, établit que le professeur « qui n’approuve pas le système social présent… doit démissionner de sa charge, » et que « personne qui ne soit pas empressé à combattre les théories de changement social ne devrait être chargé de la tâche de préparer jeunes et vieux à la responsabilité de la citoyenneté. »

Ainsi, selon la loi de l’État de New York, le Christ et George Washington auraient été trop compromis moralement pour être déclaré aptes à l’éducation des jeunes. Si le Christ était allé à New York et dit, « Laissez venir à moi les petits enfants, » le Président du Conseil des Ecoles de New York aurait répondu : « Monsieur, je ne vois aucun signe de votre engagement à combattre les théories de changement social.

Evidemment, j’ai entendu que vous défendez ce que vous appelez le royaume des cieux, où que se trouve ce pays, Dieu merci, c’est une république. Il est clair que le gouvernement de votre royaume des cieux diffère matériellement de l’État de New York, on ne laissera donc aucun enfant s’approcher de vous. S’il n’avait pas donné cette réponse, il aurait manqué à son devoir de fonctionnaire chargé de faire respecter la loi.

L’effet de telles lois est très grave. Supposons, dans l’intérêt de cette discussion, que le gouvernement et le système social de l’État de New York soit le meilleur qui n’ait jamais existé sur cette planète ; pourtant les deux devraient vraisemblablement être capables d’amélioration. Quiconque admet cette proposition évidente est, par la loi, incapable d’enseigner dans une école publique. Ainsi la loi décrète que les professeurs doivent être des hypocrites ou des crétins.

Le danger croissant illustré par la loi de New York est le résultat du monopole du pouvoir dans les mains d’une seule organisation, que ce soit l’État ou une société financière ou une fédération de sociétés financières. Dans le cas de l’éducation, le pouvoir est dans les mains de l’État, qui peut empêcher les jeunes d’entendre des doctrines qu’il n’aime pas. Je crois qu’il y a encore des gens qui pensent qu’un État démocratique est à peine distinct du peuple. Ceci cependant est une illusion.

L’État est un ensemble de fonctionnaires, différents pour des charges différentes, retirant des revenus confortables tant que perdure le statu quo. La seule altération qu’ils seraient probablement désireux de voir serait un accroissement de la bureaucratie et du pouvoir des bureaucrates au sein du statu quo. Il est donc naturel qu’ils tireraient avantage de telles opportunités comme l’effervescence de la guerre pour acquérir des pouvoirs inquisitoriaux sur leurs employés, y compris le droit d’affamer tout subordonné qui s’opposerait à eux.

Quand il est question des esprits, comme pour l’éducation, cet état des choses est fatal. Il achève toute possibilité de progrès, de liberté ou d’initiative intellectuelle. C’est pourtant le résultat naturel quand on laisse toute l’éducation élémentaire tomber sous l’influence d’une seule organisation.

La tolérance religieuse, à un certain point, a été obtenue parce que les gens ont cessé de considérer la religion comme étant aussi importante que l’on pense qu’elle l’a été dans le passé. Mais en politique et en économie, lesquelles ont pris la place autrefois occupée par la religion, il y a une tendance croissante à la persécution, qui n’est pas du tout restreinte à un seul parti. La persécution d’opinion en Russie est plus sévère que dans aucun pays capitaliste.

J’ai rencontré à Petrograd un éminent poète russe, Alexander Block, qui depuis est mort des suites de privation. Les bolchéviques lui ont permis d’enseigner l’esthétique, mais il s’est plaint d’être obligé d’enseigner sur le sujet « d’un point de vue marxien. » Il fut incapable de découvrir comment la théorie de la rythmique pouvait être connectée au marxisme, bien qu’il fasse de son mieux pour trouver afin d’éviter les privations. Bien sûr, ce fut impossible en Russie depuis que les bolchéviques arrivèrent au pouvoir, de publier toute critique des dogmes sur lesquels le régime est fondé.

Les exemples de l’Amérique et de la Russie illustrent la conclusion vers laquelle nous sommes conduits – à savoir que, tant que les hommes continueront d’avoir cette croyance fanatique dans l’importance de la politique, la libre pensée sur les sujets politiques sera impossible, et il y a juste bien trop de danger que l’absence de liberté s’étende à d’autres sujets, comme on le voit en Russie. Seulement un certain degré de scepticisme politique peut nous sauver de cette infortune.

On ne doit pas supposer que les fonctionnaires en charge de l’éducation veulent que les jeunes soient éduqués. Au contraire, leur problème est de transmettre l’information sans transmettre l’intelligence. L’éducation devrait avoir deux objectifs : premièrement, donner un savoir défini – lire et écrire, les langues et les mathématiques etc… ; deuxièmement, créer ces habitudes mentales qui permettront aux gens d’acquérir du savoir et de former des jugements pertinents pour eux-mêmes.

On peut appeler le premier de ces objectifs « information », le second « intelligence ». L’utilité de l’information est admise aussi bien concrètement que théoriquement ; sans une population lettrée, un État moderne est impossible. Mais l’utilité de l’intelligence est uniquement admise théoriquement, et non concrètement ; on ne désire pas que les gens ordinaires puissent penser par eux-mêmes, parce qu’on estime que les gens qui pensent par eux-mêmes sont compliqués à manipuler et provoquent des difficultés administratives. Seuls les gardiens – selon le langage de Platon, doivent penser ; le reste doit obéir, ou suivre les chefs comme un troupeau de moutons. Cette doctrine, souvent inconsciente, a survécu à l’introduction de la démocratie politique, et a radicalement endommagé tous les systèmes d’éducation nationale.

Le pays qui a le plus réussi à transmettre l’information sans l’intelligence est le dernier venu dans la civilisation moderne, le Japon. L’éducation élémentaire au Japon est décrite comme admirable du point de vue de l’instruction. Mais en plus de l’instruction, elle a un autre but, qui est d’enseigner l’adoration du Mikado – une croyance bien plus forte maintenant que le Japon s’est modernisé. Ainsi, les écoles sont utilisées simultanément pour transmettre le savoir et promouvoir la superstition.

Comme nous ne sommes pas tentés d’adorer le Mikado, on voit clairement ce qui est absurde dans l’éducation japonaise. Nos propres superstitions nationales nous frappent comme naturelles et sensibles, donc on n’en a pas une vision réelle comme on le fait pour les superstitions nipponnes. Mais si un voyageur japonais devait maintenir la thèse que nos écoles enseignent des superstitions aussi dommageables à l’intelligence que la croyance en la divinité du Mikado, je suspecte qu’il serait capable de montrer un très bon exemple.

Pour le moment je ne recherche pas de solutions, mais je suis inquiet du diagnostic. On a en face de nous le fait paradoxal que l’éducation est devenue un des principaux obstacles à l’intelligence et à la liberté de pensée. Cela est principalement dû au fait que l’État en a réclamé le monopole ; mais cela n’est en aucun cas la seule raison.

(2) Propagande – Notre système d’éducation produit des jeunes capables de lire, mais pour la plupart incapables d’évaluer une preuve ou de former une opinion indépendante. Ils sont donc assaillis pour le reste de leur vie par des déclarations destinées à leur faire croire toutes sortes d’absurdes propositions, comme par exemple que les pilules Blank soignent tous les maux, que le Spitzberg est chaud et fertile, et que les allemands mangent des cadavres.

L’art de la propagande, comme il est pratiqué par les politiciens modernes et les gouvernements, dérive de l’art de la publicité. La science de la psychologie doit beaucoup aux publicitaires. Dans le passé, la plupart des psychologues auraient probablement pensé qu’un homme ne pouvait pas convaincre beaucoup de gens de l’excellence de sa propre production en proclamant simplement qu’elle est excellente. L’expérience montre, cependant, qu’ils ont eu tort sur ce sujet. Si je devais me tenir un jour sur la place publique et déclarer que je suis l’homme le plus modeste vivant, on me rirait au nez ; mais si je pouvais lever assez de fonds pour faire la même déclaration sur tous les bus et sur tous les panneaux le long des principales voies ferrées, les gens seraient alors convaincus que je me tiens anormalement loin de la publicité.

Si j’allais dans une petite boutique et que je disais : « Regardez votre concurrent de l’autre côté de la route, il vous prend votre business ; ne pensez-vous pas que ce serait un bon plan de laisser votre affaire et de vous tenir au milieu de la route et d’essayer de le tuer avant qu’il ne vous tue ? » – si je disais cela, chaque petit commerçant me croirait fou. Mais quand c’est le gouvernement qui le dit avec emphase et une fanfare, les petits commerçants deviennent enthousiastes et sont ensuite tout-à-fait surpris quand ils découvrent que les affaires vont mal. La propagande, conduite avec les moyens que les publicitaires ont trouvés si fructueux, est à présent une des méthodes reconnues du gouvernement dans les pays avancés, et spécialement la méthode par laquelle l’opinion démocratique est créée.

Il y a deux maux tout à fait différents sur la pratique actuelle de la propagande. D’un côté, son intérêt est généralement dû à des causes irrationnelles de croyances plus qu’à des arguments sérieux ; d’un autre côté, elle donne un avantage injuste à ceux qui peuvent obtenir la plus grosse publicité, soit par la richesse, soit par le pouvoir. Pour ma part, je suis enclin à penser qu’il y a parfois trop d’importance donnée au fait que la propagande attire par l’émotion plus que par la raison. La ligne entre émotion et raison n’est pas aussi nette que certaines personnes le pensent. Et surtout, un homme intelligent pourrait bâtir un argument suffisamment rationnel en faveur de toute position ayant une chance d’être adoptée. Il y a toujours de bons arguments des deux côtés de tout problème réel.

On peut légitimement objecter des erreurs de fait, mais cela n’est aucunement nécessaire. Les simples mots « Pear’s soap » [savon commun en Angleterre, NdT], qui n’affirme rien, font que les gens achètent cet article. Si, là où ces mots apparaissent, ils étaient remplacés par les mots « The Labour Party », des millions de gens seraient incités à voter pour le Labour Party, bien que les annonces publicitaires n’en proclament aucun mérite. Mais si les deux côtés d’une controverse étaient confinés par la loi à des déclarations qu’un comité d’éminents logiciens considèrerait comme pertinentes et valides, le mal primordial de la propagande, comme menée à présent, perdurerait.

Supposez qu’avec une telle loi, deux partis avec des cas également bons, l’un deux a des millions de livres sterling à dépenser en propagande, alors que l’autre en a seulement cent mille. Il est évident que les arguments en faveur du parti le plus riche seront connus bien plus largement que ceux en faveur du parti le plus pauvre, et que par conséquent le parti le plus riche gagnerait. La situation est bien sûr intensifiée quand un des parti est le gouvernement. En Russie le gouvernement a un monopole quasiment total de la propagande, mais ce n’est pas nécessaire. Les avantages qu’il a sur ses opposants seront généralement suffisants pour lui donner la victoire, sauf dans le cas de circonstances exceptionnellement mauvaises.

L’objection à la propagande, c’est que non seulement elle s’adresse à l’irrationnel, mais plus encore, c’est qu’elle donne un avantage injuste aux riches et aux puissants. L’égalité des opportunités au sein des différentes opinions est essentielle s’il existe une réelle liberté de penser ; une égalité des opportunités au sein des différentes opinions peut seulement être assurée par des lois élaborées visant à ce but, et il n’y a aucune raison d’espérer de les voir mises en œuvre. Le remède n’est pas à rechercher d’abord dans de telles lois, mais dans une éducation meilleure et une opinion publique plus sceptique. Pour le moment, cependant, je ne suis pas inquiet par la discussion sur les remèdes.

(3) Pression économique – J’ai déjà traité certains aspects de cet obstacle à la liberté de penser, mais je voudrais à présent le traiter sur des lignes plus générales, en tant que danger destiné à s’accroître à moins que des étapes très précises soient mises en œuvre pour le contrecarrer. L’exemple suprême de pression économique s’appliquait en Russie contre la liberté de penser où, jusqu’au traité commercial, le gouvernement pouvait, et en fait le faisait, affamer des personnes dont il n’aimait pas les opinions, – par exemple Kropotkin.

Mais sur cet aspect, la Russie est juste devant d’autres pays. En France, pendant l’affaire Dreyfus, tout professeur qui se serait montré en faveur de Dreyfus au début, et contre lui à la fin, aurait perdu son poste. En Amérique de nos jours, je doute qu’un professeur d’université, même éminent, puisse trouver un poste s’il critiquait la Standard Oil Company, car tous les présidents d’université ont reçu, ou espèrent recevoir, des gratifications de la part de M. Rockefeller. Partout en Amérique, les socialistes sont des hommes marqués, et se trouvent en grande difficulté de trouver du travail, à moins de posséder de très grands talents.

Partout où l’industrialisme est bien développé, la tendance pour les trusts et les monopoles à contrôler toute l’industrie conduit à une diminution du nombre d’employeurs possibles, donc il devient de plus en plus facile de garder secret des livres noirs au moyen desquels on peut affamer tous ceux qui ne se montreraient pas obséquieux envers les grandes corporations. La croissance des monopoles introduit en Amérique de nombreux maux associés avec l’État Socialiste en Russie. Du point de vue de la liberté, cela ne fait aucune différence pour un homme que son seul employeur possible soit l’État ou un Trust.

En Amérique, qui est le pays le plus avancé industriellement, et dans une moindre mesure dans d’autres pays qui se rapprochent de la condition américaine, il est nécessaire pour un citoyen moyen, s’il veut gagner sa vie, d’éviter d’encourir l’hostilité de certains grands hommes. Et ces grands hommes ont des vues – religieuses, morales, et politiques- qu’ils s’attendent à ce que leurs employés approuvent, au moins officiellement.

Un homme qui se pose ouvertement en dissident contre la chrétienté, ou qui croit au relâchement des lois sur le mariage, ou critique le pouvoir des grandes corporations, trouve en l’Amérique un pays très inconfortable, à moins qu’il ne soit un écrivain éminent. Exactement le même genre de restrictions à la liberté de penser devra arriver dans tout pays où l’organisation économique en est arrivée à un point de quasi-monopole.

Par conséquent, la sauvegarde de la liberté dans le monde qui progresse est bien plus difficile à mettre en œuvre qu’au 19ème siècle, quand la libre concurrence était encore une réalité. Quiconque se soucie de la liberté des esprits doit faire face à cette situation entièrement et franchement, réalisant l’impossibilité d’appliquer des méthodes qui fonctionnaient assez bien quand l’industrialisation était encore à ses débuts.

Il y a deux principes simples qui pourraient résoudre presque tous les problèmes sociaux s’ils étaient adoptés. Le premier est que l’éducation devrait comporter dans ses buts l’instruction des gens seulement pour croire des affirmations quand elles sont raisonnablement vraies. Le second est que les emplois devraient être donnés seulement sur le critère de l’aptitude à faire le travail.

Reprenons le second point d’abord. L’habitude de considérer les opinions religieuses, morales et politiques d’un homme avant de lui confier un poste ou de lui donner un travail est une forme moderne de persécution, et deviendra probablement tout aussi efficace que l’Inquisition le fut. Les anciennes libertés peuvent être légalement conservées sans qu’elles aient le moindre intérêt. Si, en pratique, certaines opinions peuvent conduire un homme à la famine, c’est un pauvre réconfort pour lui de savoir que ses opinions ne sont pas répréhensibles par la loi.

Il y a un certain sentiment public contre le fait d’affamer des hommes pour ne pas appartenir à l’Eglise anglicane, ou pour professer des opinions légèrement non orthodoxes en politique. Mais il n’y a pratiquement pas de sentiments contre le rejet des athées ou des mormons, des communistes extrêmes, ou des hommes qui défendent l’amour libre. De tels hommes sont considérés comme mauvais, et on considère comme normal de refuser de les employer. Les gens ont à peine relevé le fait que ce refus, dans un État hautement industrialisé, se révèle être une forme très sévère de persécution.

Si ce danger était suffisamment pris en compte, il deviendrait possible d’éveiller l’opinion publique, et de s’assurer que les croyances d’un homme ne devraient pas être prises en considération pour lui confier un poste. La protection des minorités est d’une importance vitale ; et même les plus orthodoxes d’entre nous pourraient se retrouver eux-mêmes dans une minorité un jour, donc nous avons tous un intérêt à restreindre la tyrannie des majorités. Rien d’autre que l’opinion publique ne peut résoudre le problème.

Le socialisme le rendrait même en quelque sorte plus aigu, puisqu’il éliminerait les opportunités qui se profilent pour les employés exceptionnels. Tout accroissement de la taille des entreprises industrielles aggrave le problème, en diminuant le nombre d’employeurs indépendants. La bataille doit être menée exactement comme la bataille pour la tolérance religieuse le fut. Et comme pour celle-là, le pourrissement de l’intensité des croyances se révèlera probablement le facteur décisif. Alors que les hommes étaient convaincus de l’absolue vérité du catholicisme ou du protestantisme, comme cela a dû être le cas, ils étaient prêts à persécuter au nom de ces croyances. Tant que les hommes sont tout-à-fait certains de leurs croyances modernes, ils persécuteront en leurs noms. Des éléments de doutes sont essentiels à la pratique de la tolérance, bien que pas pour la théorie. Tout ceci m’amène à mon autre sujet, qui concerne les buts de l’éducation.

Si le monde doit devenir tolérant, une des instructions de l’école doit être l’habitude de pondérer les évidences, et la pratique du refus de l’approbation totale de propositions dont on n’a pas de raison de croire qu’elles soient vraies. Par exemple, l’art de lire des journaux devrait être enseigné. Le maître d’école devrait choisir quelque incident arrivé il y a un certain nombre d’années, qui souleva alors des passions politiques. Il devrait lire aux enfants ce qui fut dit dans les journaux d’une certaine opinion, et ce qui fut dit par les journaux de l’opinion opposée, et aussi un récit impartial sur ce qui est réellement arrivé.

Il devrait montrer comment, à partir des récits biaisés des deux côtés, un lecteur avisé pourrait conclure à ce qui est arrivé réellement, et il devrait leur faire comprendre que ce qui se trouve dans les journaux est plus ou moins faux. Le scepticisme cynique qui résulterait de cet enseignement immuniserait les enfants, dans leur vie future, contre les attraits des idéalismes qui conduisent des gens décents à favoriser des projets de voyous.

L’histoire devrait être enseignée de la même façon. Les campagnes de Napoléon de 1813 à 1814, par exemple, devraient être étudiées dans le Moniteur, conduisant à la surprise ressentie par les Parisiens quand ils virent les alliés arriver sous les murs de Paris après avoir été battus par Napoléon dans chaque bataille (selon les bulletins officiels).

Dans les classes les plus avancées, les étudiants devraient être encouragés à compter le nombre de fois où Lénine a été assassiné par Trotski pour apprendre à mépriser la mort. Finalement, ils devraient recevoir les cours d’histoire approuvés par le gouvernement, et devoir en déduire ce qu’un livre d’histoire français raconterait au sujet de nos guerres avec la France. Tout ceci serait un bien meilleur entrainement à la citoyenneté que les maximes morales ordinaires données par des gens qui pensent que le devoir civique doit être inculqué.

On doit, je pense, admettre que les maux de ce monde sont dus à des défauts moraux autant qu’à un manque d’intelligence. Mais la race humaine n’a pas jusqu’à présent découvert de méthode d’éradication des défauts moraux ; les sermons et les exhortations ajoutent seulement l’hypocrisie à la liste des vices. L’intelligence, au contraire, est facilement améliorée par des méthodes connues de tout éducateur compétent. Par conséquent, jusqu’à ce qu’on découvre une méthode pour enseigner la vertu, les progrès doivent être recherchés par l’amélioration de l’intelligence plutôt que par celle de la morale.

Un des obstacles majeurs à l’intelligence est la crédulité, et la crédulité peut être énormément diminuée par l’instruction en tant que forme prééminente de l’art du mensonge. La crédulité est un mal plus grand à présent, plus que jamais auparavant, car dû à la croissance de l’éducation, il est bien plus facile de répandre la désinformation, et dû à la démocratie, la dissémination de l’information est plus importante que dans les temps passés pour les tenants du pouvoir. D’où l’accroissement de la circulation des journaux.

Si on me demande comment le monde doit être conduit à adopter ces deux maximes – à savoir (1) que les tâches devraient être confiées au gens sur leur aptitude à les accomplir ; (2) que l’un des buts de l’éducation est de guérir les gens de l’habitude de croire des propositions pour lesquelles il n’y a aucune preuve – je peux seulement dire que cela doit être fait en générant un éclaircissement de l’opinion publique. Et une opinion publique éclairée peut seulement être générée par les efforts de ceux qui désirent que cela arrive.

Je ne crois pas que les changements économiques prônés par les socialistes provoqueraient par eux-mêmes une guérison des maux que nous avons considérés. Je pense que, quoiqu’il arrive en politique, la tendance du développement économique rendra la préservation de la liberté des esprits de plus en plus difficile, à moins que l’opinion publique n’insiste pour que l’employeur ne puisse rien contrôler de la vie de ses employés, excepté le travail. La liberté d’éducation pourrait être facilement préservée, si cela était désiré, en limitant la fonction de l’État à l’inspection et le financement, et de restreindre l’inspection uniquement à l’instruction.

Mais cela, ainsi que sont les choses, laisserait l’éducation aux mains des églises, car, malheureusement, elles sont plus préoccupées à transmettre leurs croyances que les Libres Penseurs le sont au sujet de leurs doutes. Cela pourrait cependant donner un champ libre, et rendre possible une éducation libérale là où elle serait vraiment désirée. Rien de plus que cela ne devrait être demandé aux lois.

Mon plaidoyer à travers ce discours a eu pour objectif de répandre l’état d’esprit scientifique, ce qui est tout-à-fait différent de la connaissance des résultats scientifiques. L’esprit scientifique est capable de régénérer l’humanité et de produire une solution à tous nos problèmes. Les résultats de la science, sous la forme de la mécanisation, des gaz toxiques et de la presse à sensation conduira juste à la chute de notre civilisation.

C’est une curieuse antithèse, qu’un martien considérerait avec un détachement amusé. Mais pour nous c’est une question de vie ou de mort. De ces problèmes dépendent la question de savoir si nos petits-enfants vivront dans un monde heureux, ou devront s’exterminer les uns les autres avec des méthodes scientifiques, laissant peut-être aux Noirs et aux Papous la destinée future du genre humain.

Source : Projet Gutenberg, le 24/03/1922

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.


Un décalogue libéral : Les Dix Commandements de Bertrand Russell sur la pensée critique et la décence démocratique

Source : Brain Pickings, le 02/05/2012

« Ne craignez pas d’être excentrique dans vos opinions, car chaque opinion aujourd’hui acceptée fut un jour excentrique. »

Le philosophe britannique, mathématicien, historien et critique Bertrand Russell (18 mai 1872-2 février 1970) demeure un des penseurs les plus intellectuellement éclectiques et les plus influents de l’histoire moderne, sa philosophie de la religion en particulier ayant façonné le travail de champions de l’athéisme moderne tels que Christopher Hitchens, Daniel Dennett et Richard Dawkins. A partir du troisième volume de « L’autobiographie de Bertrand Russell : 1944-1969 » vient ce remarquable micro-manifeste, intitulé Un décalogue libéral – une vision des responsabilités d’un enseignant, dans laquelle Russell aborde un certain nombre de thèmes récurrents de ses écrits passés – le but de l’éducation, la valeur de l’incertitude, l’importance de la pensée critique, le don de la critique intelligente, et plus encore.

Il est apparu à l’origine dans le numéro du 16 décembre 1951 du New York Times Magazine, à la fin de l’article « La meilleure réponse au fanatisme : le libéralisme. »

Bertrand Russell

Bertrand Russell

Peut-être pourrait-on résumer l’essentiel du libéralisme dans un nouveau décalogue. Il n’aurait pas la prétention de remplacer l’ancien, mais seulement de le compléter. Les Dix Commandements que je souhaite promulguer en tant qu’enseignant pourraient s’énoncer comme suit :

  1. N’ayez la certitude absolue de rien.
  2. Ne croyez jamais qu’il y ait avantage à dissimuler l’évidence, car il est inévitable qu’elle s’impose un jour.
  3. N’essayez jamais d’empêcher les hommes de penser, car vous pouvez être sûr de réussir.
  4. Quand vous vous heurtez à l’opposition, même de votre conjoint ou de vos enfants, efforcez-vous de la réduire par le raisonnement et non par l’autorité, car une victoire fondée sur l’autorité est illusoire et irréelle.
  5. Ne respectez pas l’autorité des autres, car on peut toujours trouver des autorités contraires.
  6. N’usez pas de la force pour supprimer les opinions que vous jugez pernicieuses, car si vous le faites, les mêmes opinions vous supprimeront.
  7. Ne craignez pas d’être excentrique en matière d’opinion, car toute opinion aujourd’hui admise a commencé par être excentrique.
  8. Sachez trouver plus de plaisir dans un désaccord intelligent que dans un consentement passif, car si vous estimez l’intelligence à son prix, le premier implique un accord plus profond que le second.
  9. Soyez scrupuleusement véridique même si la vérité vous gêne, car elle est encore plus gênante si vous essayez de la cacher.
  10. N’enviez pas la félicité des imbéciles qui vivent dans le meilleur des mondes, car il faut être un imbécile pour y trouver sa félicité.

Source : Brain Pickings, le 02/05/2012

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

Commentaire recommandé

Lois-economiques // 20.09.2020 à 10h12

Je ne releverais de ce discours qu’un point fondamental. B. Russel dans sa volonté de s’affranchir des dogmes religieux ne comprends pas que derrière ses dogmes on a les plus profonds apports de l’humanité en matière de valeurs.
Les mythes religieux ont été le moyen pour l’humanité de s’orienter vers des choix justes quant l’instinct animal dont c’est le rôle principal c’est peu à peu atténue face à l’émergence de la conscience.
Rejeter le dogme comme le fait B. Russel c’est une évidence pour un scientifique comme lui, rejeter les profondeurs mythologiques et les valeurs qui s’y rattachent voilà son principal égarement.
Le rejet des dogmes religieux sans comprendre pour qu’elle raisons les valeurs mythologiques ont façonné l’humanité est une des raisons principales de la décadence de notre civilisation qui sombre soit dans le scientisme technocratique (la science dans sa composante technologique va tout régler) soit dans le fanatisme religieux (le mythe devient dogme).

24 réactions et commentaires

  • calal // 20.09.2020 à 08h49

     » L’habitude de considérer les opinions religieuses, morales et politiques d’un homme avant de lui confier un poste ou de lui donner un travail est une forme moderne de persécution, et deviendra probablement tout aussi efficace que l’Inquisition le fut. »

    c’est drole comment on peut voir que le pendule passe d’un extreme a l’autre en 100 ans: en 2020,si vous n’etes pas « politiquement correct », vous pouvez etre vire car vos opinions peuvent rejaillir sur l’image de votre employeur.
    bien fait pour les insititutions de l’eglise catholique qui lorsqu’elles avaient toutes les cartes en main, n’ont pas su etre tolerantes ou magnanimes et qui se sont pris un gros retour de baton pour ne pas avoir su s’adapter (je continue a voir des cures precher aux croyants de 2020 comme s’ils etaient des paysans du 19eme siecle alors que 80% de la pop a un niveau bac).

    Pareillement,tous les « progressistes » ont le melon qui gonflent et se mettent a se rever en torquemada pour obliger les gens a utiliser une ecriture inclusive par exemple. Etre tolerant est difficile et necessite d’avoir foi en ses valeurs.Si on veut les imposer a autrui,c’est que l’on pense qu’elles ne peuvent s’imposer par l’evidence des bienfaits de leurs consequences.

      +3

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  • LibEgaFra // 20.09.2020 à 09h45

    « Ne croyez jamais qu’il y ait avantage à dissimuler l’évidence, car il est inévitable qu’elle s’impose un jour. »

    Quel optimisme!

    Il y a des mensonges qui deviennent des vérités, hélas!

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    • un citoyen // 20.09.2020 à 12h28

      Oui, hélas, mais on a bon espoir qu’une vérité trouvée jaillisse ensuite par dessus ces mensonges.

        +0

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      • raoul // 20.09.2020 à 15h52

        Oui, on a toujours/encore le droit de rêver.

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  • Lois-economiques // 20.09.2020 à 10h12

    Je ne releverais de ce discours qu’un point fondamental. B. Russel dans sa volonté de s’affranchir des dogmes religieux ne comprends pas que derrière ses dogmes on a les plus profonds apports de l’humanité en matière de valeurs.
    Les mythes religieux ont été le moyen pour l’humanité de s’orienter vers des choix justes quant l’instinct animal dont c’est le rôle principal c’est peu à peu atténue face à l’émergence de la conscience.
    Rejeter le dogme comme le fait B. Russel c’est une évidence pour un scientifique comme lui, rejeter les profondeurs mythologiques et les valeurs qui s’y rattachent voilà son principal égarement.
    Le rejet des dogmes religieux sans comprendre pour qu’elle raisons les valeurs mythologiques ont façonné l’humanité est une des raisons principales de la décadence de notre civilisation qui sombre soit dans le scientisme technocratique (la science dans sa composante technologique va tout régler) soit dans le fanatisme religieux (le mythe devient dogme).

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    • LibEgaFra // 20.09.2020 à 10h29

      Les dogmes religieux sont à la base des fanatismes religieux. Quant aux valeurs véhiculées par les religions, merci, on a constaté: « Tuez-les tous, dieu reconnaîtra les siens! » Tous les mono-quelque-chose sont dans l’un et veulent détruire le deux, le trois, etc. Chaque religion est une monomanie qui repose sur un ensemble de mensonges et pendant trop longtemps il fallait éliminer celui qui pensait différemment. Le mensonge, quelle belle valeur!

        +4

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      • Lois-economiques // 20.09.2020 à 10h54

        Vous faites la même grossière erreur que B. Russel a ceci près que B. Russel n’a probablement pas été exposé aux thèmes que je viens d’écrire en conséquences il aurait dû trouver la vérité par lui même. Donc pour plagier le mythe qui l’écrit si profondément :
        « Pardonnez lui , il ne savait pas … »
        Toute autre est votre attitude aussi dogmatique que les religieux, aucune différence pour moi, tout en étant de très mauvaises foi car aucun écrit dans la mythologie ne stipule « Tuez les tous, Dieu reconnaîtra les siens »…, aucun. Citation non reconnue par les historiens soit disant prononcée lors de la prise de Béziers par la première croisade des albigeois, en 1209, par le chef de la croisade, Arnaud Amaury.
        Bref une Fake news de l’époque et c’est ce que vous avez comme tout argument. Désolant.

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        • LibEgaFra // 20.09.2020 à 15h09

          « tout en étant de très mauvaises foi car aucun écrit dans la mythologie ne stipule « Tuez les tous, Dieu reconnaîtra les siens »…, aucun.  »

          Hum, hum, Jéricho, Aï, Troie, etc. Même pour les deux premières villes, l’ordre est venu directement de dieu à qui les victimes ont dues êtres consacrées.

          Oui, apocryphe quand ça vous arrange, mais rappelez-moi donc – phrase prononcées ou non – ce qui s’est passé à Bézier, à Montségur, et en tant d’autres lieux, Paris y compris…

          On commence par nier les paroles. La prochaine étape sera de nier les massacres. C’est connu ce sont les vainqueurs qui écrivent l’histoire.

          « Désolant. »

          Ce qui est désolant c’est de se focaliser pour les nier sur des paroles qui ont correspondu exactement à ce qui s’est passé. Pour une valeur, c’est une « belle » valeur.

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      • Brosse a Dante // 20.09.2020 à 10h58

        « Tuez-les tous, dieu reconnaîtra les siens! »

        Citation apocryphe : c’est a dire invention d’un moine allemand quand les sources locale n’en parle pas.

        Vous ne voyez les mensonges que quand ils confirment vos biais. L’histoire du catharisme est le terrain d’affrontement des historiens idéologues, bien pratique pour salir leur ennemi, un peu comme avec la legende noire espagnole. Elle ne se résume pas aux carricatures que votre haine colporte partout ici dans une intolérance qui ne fait pas honneur aux valeurs que vous clamez défendre.

        « il fallait éliminer celui qui pensait différemment. »

        La vendée a vu ou cela mene. « Liberté Egalité Fraternité… ou la mort » Vous pourriez completer votre pseudo non ? Ce serait plus juste historiquement parlant.

        https://fr.vikidia.org/wiki/Fichier:Devise_de_la_R%C3%A9publique_fran%C3%A7aise_en_1793.jpg#/media/File:Devise_de_la_R%C3%A9publique_fran%C3%A7aise_en_1793.jpg

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        • LibEgaFra // 20.09.2020 à 15h21

          Belle collection de sophismes. Je condamne tous les massacres. Autrement mêmes remarques que ci-dessus. Vous n’avez aucun moyen de démontrer que la citation sur Bézier est apocryphe: c’est uniquement une affaire d’opinion. Et vous aussi vous ne mentionnez pas le massacre de Bézier bien réel, lui.

          « salir leur ennemi » !? Cela veut-il dire que vous niez les massacres des Albigeois et des Cathares?

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          • Brosse a Dante // 20.09.2020 à 16h32

            Ce que vous appelez sophisme est un travail d’historien. Mais si cela vous arrange…
            Vous inversez la charge de la preuve : a vous de prouver qu’elle a été dite. Vous niez que la devise « liberté egalité fraternité » était suivis de l’injonction radicale mortifère « ou la mort », ne laissant aucune place a autre chose ?

            Pour le reste, les travaux d’historiens recent sur le catharisme et les croisades albigoises vous attendent, vous avez de la lecture. Comme vous dite, les massacres de tout bords ne manquent pas hélas, ce qui ne vous empeche pas un positionnement que vous reprochez aux autres.

            Je ne nie rien, j’affirme. La reecriture de l’histoire est une arme dans un combat idéologique. Le terme « moyen-age » est un exemple flamboyant.
            https://es.wikipedia.org/wiki/Leyenda_negra_española
            La légende noire et sa source allemande.

            On doit en grande partie la mythifications des cathares à Napoléon Peyrat. Les documents indiquent que la torture etait rare, et le nombre de condamnations a mort peu importante (Ex : Fournier : en 8 ans moins de 5% : 5 sur 114). Beaucoup de commutations de peine. Lire Jean Guiraud par exemple, ou Laurent Albaret.

            Les inquisitions : la aussi. Braudel à rejeté l’historiographie courante des précédentes recherches : pas fiable. Les archives ont montré qu’entre 1480 et 1700 : entre 900 et 1000 condamnations à mort (Henningsen et Azcona). Et encore l’inquisition s’occupais de crime courant (comme le cas d’un meurtriers d’enfants).

            On peut faire des reproches a la chretienté, mais pour l’instant, vous tapez dans le vide.

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    • un citoyen // 20.09.2020 à 12h07

      Procès d’intention : Il n’en fait pas mention mais qui vous dit qu’il ne l’avait pas compris ?
      Ce que vous décrivez est comme un travail au brouillon avant un résultat écrit final, mais B.Russel est au XXème siècle et ce n’est plus le brouillon qui est d’actualité après les longs siècles d’analyse sur l’humanité par l’humanité elle-même.
      Bien sûr que les mythes ont pu apporté quelque-chose à l’humanité, certains sont mêmes utilisés pour décrire tel ou tel phénomène humain. Mais leur utilisation sans intelligence par d’autres ont causé le flou, la manipulation, la croyance et la confiance aveugles, le sophisme (au sens de Platon), … Même encore maintenant.

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      • Lois-economiques // 20.09.2020 à 12h15

        « Procès d’intention : Il n’en fait pas mention mais qui vous dit qu’il ne l’avait pas compris ».

        S’il l’avait compris compte tenu de l’importance fondamental et systémique de cette notion cela ressortirait inévitablement de ses écrits.

        Le pire dans cette histoire a été d’en comprendre l’intérêt immense, Freud, mais de traduire la signification mythologiques de manière erronée. Encore Freud. L’apport désicif de Freud a été sur ce plan une catastrophe en traduisant mal la signification mythologique. Ce faisant il a induit en erreur des générations d’humains tout en poussant les autres a discriditer complètement l’intérêt mythologiques et donc à en rejeter les fondements.
        Je me demande s’il n’y a pas pire erreur dans l’histoire de l’humanité.
        Idem pour les rêves, les mythes étant des rêves partagés mais l’élaboration a la même origine, déclin de l’instinct émergence de la conscience.

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        • un citoyen // 20.09.2020 à 14h23

          (mon dernier)
          « S’il l’avait compris compte tenu de l’importance fondamental et systémique de cette notion cela ressortirait inévitablement de ses écrits. »

          Vous exigez plutôt de B.Russel le brouillon et on ne peut pas exiger, par exemple, le brouillon d’une interro à rendre.
          Après, je ne dis pas qu’il n’est pas important, il l’est comme la partie immergée d’un iceberg et il pourrait faire l’objet d’une étude à part entière dans le sens que vous décrivez, Freud inclus.

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        • un citoyen // 20.09.2020 à 23h26

          (hmm, cela ne s’appelle pas un procès d’intention… Je me dois de vous présenter mes excuses pour ces termes employés inadéquatement, bien qu’il y ait quelque-chose qui me gêne dans votre interprétation sur l’auteur. Bien cordialement quelles que soient les positions)

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    • calahan // 20.09.2020 à 15h19

      bof, avant les mythes il y’ avait des femmes et des hommes, des sympas et des méchants, la religion c’est une forme de gouvernement de la pensée ….
      Il serait faux de croire que l’on distingue le bien du mal ou le juste de l’injuste ou le bon du mauvais grâce aux religions.
      La civilisation actuelle n’est pas moins obscurantiste que celle du moyen âge ou de l’antiquité.

      A la différence qu’un dieu supérieur à tous les autres domine : L’argent.

        +5

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      • Lois-economiques // 21.09.2020 à 09h58

        « La religion c’est une forme de gouvernement de la pensée ».
        Rien n’est plus faux et vous n’avez rien compris à mes propos.
        Si cela n’est pas du fanatisme anti religieux cela y ressemble fortement.
        Donc j’abrégerais en citant les Saintes Évangiles qui pour le coup conviennent parfaitement.

        « Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère, et n’aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton œil ? Ou comment peux-tu dire à ton frère : Laisse-moi ôter une paille de ton œil, toi qui as une poutre dans le tien ? Hypocrite, ôte premièrement la poutre de ton œil, et alors tu verras comment ôter la paille de l’œil de ton frère. »

        Évangile selon Luc, 6, 41 à 45

          +0

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    • Véro // 21.09.2020 à 08h42

      Quelle décadence ? Encore trop de freins au progrès social, mais je ne vois aucune décadence.
      La religion a surtout permis d’asseoir le pouvoir politique, en donnant à ce pouvoir une fausse légitimité, en supprimant toute possibilité d’opposition politique, et même en refusant de la reconnaître en tant d’opposition politique (en témoignent les très nombreuses accusations d’hérésie).
      Bien sûr la religion a aussi transmis certaines valeurs, mais ces valeurs n’ont pas été créées par la religion.

        +1

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      • lois-economiques // 21.09.2020 à 11h49

        Aucune décadence, ben voyons…
        Un monde où au sommet de l’Etat le puissant du monde on nie la science.
        Ou le fanatisme religieux est de retour.
        Ou il n’a jamais été aussi difficile d’avoir une information fiable.
        Ou les citoyens du monde ne font plus confiance à leur dirigeants politiques.
        Ou l’absence de valeurs est criante, la désorientation du monde complète et le cynisme dominant avec comme Totem la croissance infinie dans un monde fini qui amène destruction complète du vivant sur notre planète.
        Bref ce n’est pas une décadence, vous avez raison, c’est la fin d’un monde qui nous attend.

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        • Véro // 21.09.2020 à 12h16

          @Lois-economiques
          Quelle science ?
          Il y a des scientifiques, pas toujours d’accord sur tout, mais la science, c’est comme Dieu, ça n’existe que si on l’admet sans discuter.
          Le fanatisme religieux a-t-il jamais disparu ?
          Et l’information fiable, nous n’avons jamais eu autant de sources d’informations que maintenant, donc pour la fiabilité, nous n’avons jamais été plus en mesure de pouvoir la trouver.
          Les citoyens ne font plus confiance à leurs dirigeants ? C’est beaucoup plus sain d’avoir des doutes que d’obéir aveuglément, et s’il y a des doutes, c’est qu’il y a des raisons d’en avoir.
          La croissance infinie dans un monde fini, par exemple, permet d’émettre des doutes . Mais c’est loin d’être nouveau, il y a toujours eu des petits malins désireux de se gaver sans limite sur le dos des autres. Si aujourd’hui ça peut déboucher sur une réflexion c’est plutôt bon signe. Utiliser l’argument écologique en revanche, n’est pas bon signe. Il n’y a besoin d’aucun argument pour dire que tous les humains doivent pouvoir vivre correctement, et dans l’égalité. Si cela avait été compris et appliqué, sur une vaste échelle, la société humaine aurait grandi de manière plus harmonieuse.
          La perte des valeurs, mais quelles valeurs ? Et qui les fait disparaître ces valeurs non identifiées ?
          La fin du monde je ne sais pas mais la fin de la planète arrivera de toutes façons. Les discours de fin du monde ne servent qu’à faire peur et à imposer des politiques à tous sans discussion (hier on utilisait dieu, aujourd’hui la sauvegarde de la planète).

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          • lois-economiques // 21.09.2020 à 14h05

            « Quelle science ? »
            En l’occurrence celle actée du réchauffement climatique niée par la présidence Trump.
            Cette négation de la science est la marque de la décadence.
            Pour qui suit un peu la collapsologie, tous les critères, tous, sont présent pour acter de l’effondrement prochain de notre civilisation.
            On peux faire la politique de l’autruche mais la réalité est têtu.

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  • RGT // 20.09.2020 à 11h57

    Je ne peux qu’approuver la pensée de Bertrand Russel qui ne se contente pas, si on se contente de lire et de comprendre son message (pourtant clair).

    Il ne s’attaque pas seulement à la pensée dogmatique religieuse mais dénonce AUSSI les pensées dogmatiques « idéologiques », qu’elles soient « démocratiques », « sociétales », ou plus généralement d’ordre propagandiste concernant l’organisation d’une société « idéale ».

    Et la sinistre expérience fasciste n’avait pas encore émergé des cendres des désastres causés par la première guerre mondiale, immense boucherie dirigée par des incompétents avides dont les conséquences entraîneront plus tard un conflit largement plus ravageur.

    Mais Russell sentait déjà poindre le nez de ces dictatures (affichées ou masquées) qui ont marqué certains des pires événements du siècle dernier.

    Dictatures masquées qui encore aujourd’hui, en se cachant derrière la « douceur » de la démocrassie de pacotille, perdurent et continuent d’alimenter des conflits sanguinaires (externes ET internes) et persuadant la population suite à l’ignorance crasse des citoyens « bien éduqués » (réceptifs seulement à la propagande de « leurs » élites) que le combat est « juste »…

    Combat politique, économique, et quand plus aucune solution alternative n’est envisageable militaire avec des destructions criminelles parmi des populations qui n’avaient rien demandé si ce n’est de survivre, même sous le joug d’un dictateur (souvent imposé de l’extérieur).

    Si en premier lieu chaque citoyen pouvait automatiquement se poser LA simple question suivante « Cette propagande officielle m’est-elle préjudiciable et en quoi ? » un grand pas serait franchi par l’humanité.
    Ni dieu ni maître (à penser).

    Et je conclus qu’il est plus facile de se laisser « guider » par une religion ou un « idéal » dogmatique que de réfléchir par soi-même à sa propre condition.
    Il faut préciser que cette propension à ne pas réfléchir a de tous temps été enseignée tant par les « religieux » que par les « éducateurs » à la solde des états.

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  • cedivan // 20.09.2020 à 16h48

    Il n’a pas connu le nazisme ni vu le communisme dans toute son horreur. Ca se sent dans ce texte très daté

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    • vert-de-taire // 20.09.2020 à 20h27

      Ce texte de Russell a été parfaitement compris par ses contemporains ..
      .. au pouvoir.
      L’éducation des enfants a été une vaste propagande et la propagande envers tous a formidablement grandi. La publicité n’a fait que se déployer tant et plus et par tous les moyens et les mensonges des pouvoirs se sont multipliés. Mieux des lois ont pu être promulguées et appliquées pour restreindre la liberté d’expression.

      Un magnifique texte pour comprendre comment obtenir et maintenir le consentement des populations.

      Aujourd’hui le Spectacle donné par les ultra-riches est dominant. Et les personnes qui souhaitent échapper sont au mieux empêchées de s’exprimer mais aussi (encore) affamées voire exterminées.

      Et ceux qui disent ces choses sont censurés !

      PS Criant exemple contemporain (des 50 dernières années) d’exclusion : Si ‘on’ savait que vous étiez anti-nucléaire, vous n’aviez aucune chance de faire carrière en grande entreprise ou dans l’administration.

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