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31.décembre.201831.12.2018 // Les Crises

William Blum, célèbre critique de la politique étrangère des États Unis est mort à 85 ans. Par Chris Agee et Louis Wolf

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Source : CovertAction Magazine, Chris Agee & Luis Wolf, 09-12-2018

Par Chris Agee et Louis Wolf • Le 9 décembre 2018

William Blum (1933 – 2018)

William Blum est mort en Virginie tôt le matin du 9 décembre 2018. Il était entouré par ses amis et sa famille après une chute dans son appartement de Washington DC et avoir essuyé de sérieuses blessures 2 mois plus tôt. Il était âgé de 85 ans.

Bill était né le 6 mars 1933 à l’hôpital Beth Moses à Brooklyn, NY et devint un auteur et historien américain et critique de la politique étrangère des États-Unis. Il travailla en qualité d’opérateur informatique au département d’État des États-Unis au milieu des années 60. Il fut d’abord anti-communiste et rêva de servir à l’étranger mais la guerre du Vietnam lui fit perdre ses illusions.

Blum quitta le département d’État en 1967 et fut un des fondateurs et rédacteurs de Washington Free Press, le premier journal « alternatif » de la capitale. En 1969, il écrivit et publia un article sur la CIA dans lequel il révéla les noms et adresses de plus de 200 employés de la CIA. Il travailla comme journaliste indépendant aux États-Unis, en Europe et en Afrique du Sud. En 1972-73 Blum travailla comme journaliste au Chili où il fit des reportages sur « l’expérience socialiste » du gouvernement Allende. Son renversement par un coup d’État organisé par la CIA insuffla en lui une implication personnelle et un intérêt toujours plus grand pour ce que son gouvernement faisait aux quatre coins du globe.

A Londres au milieu des années 70, Blum collabora avec l’ex agent de la CIA Philip Agee et ses associés « sur leur projet de dénoncer les personnels de la CIA et leurs méfaits ». La fin des années 80 vit Blum vivant à Los Angeles poursuivant une carrière de scénariste. Malheureusement, ses scénarios ont tous fait l’objet de deux (sinon trois) grèves parce qu’ils portaient sur les choses qui font fuir en hurlant les adultes à Hollywood : les idées et les problèmes.

Pendant le reste de sa longue existence, Bill vécut à Washington DC, incapable de renouveler son accréditation sécurité retirée à cause de ses idées politiques. A la place, il accepta beaucoup d’interventions sur les campus universitaires à travers le Monde. Bill était un membre distingué de CovertAction Magazine et du Advisory Board, et a travaillé pendant de nombreuses années dans l’équipe du trimestriel de CovertAction Quarterly et du bulletin d’information de CovertAction Information. Ses articles peuvent être consultés dans nos archives. Voir les numéros 33,46, 47, 51, 53, 66 et 77. Blum continua d’écrire de nombreux livres sur la politique étrangère des États-Unis et devint la source habituelle sur l’interventionnisme américain.

Son livre Killing Hope : US Military and CIA Interventions Since Word War II [traduit en français : « Les guerres scélérates », NdT] – publié pour la première fois en 1995 et mis à jour en 2004 – a reçu des éloges dans le monde. Noam Chomsky le qualifia « de meilleur livre et de loin sur la question ».

En 1999, il fut distingué au Project Censored comme « un journalisme exemplaire » pour sa rédaction de l’une des 10 plus importantes histoires censurées de 1998 – un article sur la manière dont les États-Unis offrirent à l’Irak, durant les années 80, le matériel pour développer un arsenal chimique et biologique.

Blum est également l’auteur de America Deadliest Export : Democracy – The Truth About US Foreign Policy et Everything Else (2013), Rogue State : A Guide to the World’s Only Superpower (mis à jour en 2005), West-Bloc Dissident : A cold War Memoir (2002), et Freeing the World to Death : Essays on the American Empire (2004). Ses livres ont été traduits en plus de 15 langues.

Au cours de 2002-2003, Blum fut un rédacteur du magazine The Ecologist, qui est publié à Londres et distribué à travers le monde. En janvier 2006, un enregistrement d’Oussama Ben Laden déclarait qu’« il serait utile » pour les américains de lire Rogue State, apparemment pour en tirer une meilleure compréhension de l’ennemi. Blum vit toutes ses interventions publiques s’arrêter brutalement.

Bill était également bien connu pour blog très populaire et fort consulté appelé « The Anti-Empire Report » publié du 1er avril 2003 au 20 septembre 2018.

Après ses 65 jours de combat pour survivre à sa désastreuse chute dans son appartement le 4 octobre, Bill mourut ce matin à 2h20 [le 9 décembre, NdT]. Lorsque son état s’aggrava il y a quelques jours, il fut transféré du Virginia Hospital Center au Caring Care Hospice situé à environ 1,5 km de l’hôpital. Son fils, Alexander S. Blum, prit l’avion depuis l’Allemagne pour être aux côtés des amis et de la famille. La cause directe de sa mort était une défaillance rénale – combinée à diverses blessures corporelles.

Sa derniere intervention publique eut lieu l’été dernier comme orateur principal au Left Forum intitulé « CovertAction : Persistant US attacks against ‘Democracy and Freedoom, Past and Present’ ». Animé par CovertAction Magazine, Bill s’est entretenu avec Louis Wolf et d’autres personnes et a intitulé sa présentation « American Exceptionalism : The Naked Truth ». Il a commencé son exposé en reconnaissant que…

« Je pense que nous sommes tous d’accord, la politique étrangère américaine doit être changée et que pour y parvenir, l’esprit – sans parler du cœur et de l’âme – du public américain doit être changé. »

Et avec son humour pince-sans-rire typique – rejoint par les ricanements du public – Bill déclara :

« Consciemment ou inconsciemment, [le peuple américain] a certaines croyances fondamentales sur les États-Unis et sa politique étrangère… la plus fondamentale de ces croyances fondamentales, je pense, est une conviction fortement enracinée que peu importe ce que les États-Unis font à l’étranger, peu importe combien ça peut sembler mauvais, peu importe quelle horreur peut en ressortir, le gouvernement des États-Unis est bien intentionné. »

Voir l’intégralité de la vidéo du débat ici. Son propos démarre à 44 minutes et 48 secondes dans la vidéo.

Bill passa sa vie à enquêter sur les atrocités du gouvernement des États-Unis et ses contributions sont des plus éclairantes; sans aucun doute Bill nous a procuré des ressources toujours durables qui continueront à informer les générations à venir.

Source : CovertAction Magazine, Chris Agee & Luis Wolf, 09-12-2018

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

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Commentaire recommandé

Catalina // 31.12.2018 à 07h31

Toutes mes pensées vont à ses proches.
Qu’il repose en paix.

« Si j’étais président, j’arrêterais en quelques jours les attaques terroristes contre les États-Unis. Définitivement.D’abord, je présenterais mes excuses à toutes les veuves, aux orphelins, aux personnes torturées, à celles tombées dans la misère, aux millions d’autres victimes de l’impérialisme américain.Ensuite, j’annoncerais aux quatre coins du monde que les interventions américaines dans le monde sont définitivement terminées, et j’informerais Israël qu’il n’est plus le 51e État des États-Unis mais dorénavant – chose curieuse à dire – un pays étranger.Et puis, je réduirais le budget militaire d’au moins 90 %, utilisant le surplus à payer des réparations aux victimes. Ce serait plus que suffisant. Le budget militaire d’une année, soit 330 milliards de dollars, équivaut à plus de 18 000 dollars de l’heure depuis la naissance de Jésus-Christ.Voilà ce que je ferais les trois premiers jours.Le quatrième jour, je serais assassiné. » – William Blum

3 réactions et commentaires

  • Catalina // 31.12.2018 à 07h31

    Toutes mes pensées vont à ses proches.
    Qu’il repose en paix.

    « Si j’étais président, j’arrêterais en quelques jours les attaques terroristes contre les États-Unis. Définitivement.D’abord, je présenterais mes excuses à toutes les veuves, aux orphelins, aux personnes torturées, à celles tombées dans la misère, aux millions d’autres victimes de l’impérialisme américain.Ensuite, j’annoncerais aux quatre coins du monde que les interventions américaines dans le monde sont définitivement terminées, et j’informerais Israël qu’il n’est plus le 51e État des États-Unis mais dorénavant – chose curieuse à dire – un pays étranger.Et puis, je réduirais le budget militaire d’au moins 90 %, utilisant le surplus à payer des réparations aux victimes. Ce serait plus que suffisant. Le budget militaire d’une année, soit 330 milliards de dollars, équivaut à plus de 18 000 dollars de l’heure depuis la naissance de Jésus-Christ.Voilà ce que je ferais les trois premiers jours.Le quatrième jour, je serais assassiné. » – William Blum

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    • Louis Robert // 31.12.2018 à 12h54

      « US President “I don’t care what the facts are” » — « Les faits ne m’importent pas. Je ne m’excuserai jamais au nom des États-Unis. »

      https://www.youtube.com/watch?v=SeUtXzhoCs4

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  • Emmanuel // 31.12.2018 à 09h21

    Bonjour cet article a déjà été publié le 23/12 . la fin d’année approche ….;-).

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