Source : Ray McGovern, Consortium News, 22-01-2018

Les récentes révélations de suppressions « par inadvertance » de données électroniques au FBI et à la NSA concernant des crimes présumés sont décrites comme une « erreur », mais les antécédents des agences de renseignement suggèrent une explication peut-être plus désagréable, explique Ray McGovern dans cet éditorial.

Ces derniers jours, nous avons appris que le FBI et l’Agence nationale de sécurité ont supprimé « par inadvertance » des messages électroniques relatifs aux délits signalés, mais persiste une fâcheuse réalité : personne au sein du FBI ou de la NSA n’est susceptible d’être tenu responsable de ces « erreurs ».

Quartier général de la NSA à Fort Meade, Maryland

C’est une tradition vieille de 70 ans. Le manque actuel de responsabilisation est rendu possible par (1) la corruption au sommet des agences de renseignement ; (2) le secret commode derrière lequel leurs dirigeants se cachent ; (3) les tracasseries administratives et les failles structurelles du système ; (4) l’indulgence/complicité de la plupart des « médias grand public », et (5) les eunuques qui dirigent les comités de « contrôle » du Congrès, qui – l’histoire le montre – peuvent être intimidés par des menaces, y compris le chantage, comme l’ancien directeur du FBI J. Edgar Hoover.

On peut cependant parier sans risques que ni le FBI ni la NSA n’ont supprimé leurs dossiers sur les principaux dirigeants du Congrès – y compris la leader de la minorité démocrate à la Chambre des représentants Nancy Pelosi, qui s’enorgueillissait de son très long mandat à la tête de la Commission du renseignement de la Chambre des représentants, pour se plaindre plus tard « qu’ils [les responsables du renseignement] nous trompent tout le temps ».

En fait, Pelosi a été informé par la NSA et la CIA de toutes sortes de crimes, y compris la surveillance sans autorisation des citoyens américains, en violation du quatrième amendement, et la torture.

L’absence de responsabilisation en matière de renseignement a créé une sorte de tourbillon parfait, qui a permis des crimes et des méfaits moins graves commis sur ordre de ceux qui siègent au sommet de la communauté du renseignement. Alors que les rapports de presse indiquent que les commissions de contrôle du Congrès disposent désormais de preuves documentaires « explosives » – pas encore effacées – de ces crimes, il reste à voir si les commissions auront le courage de faire leur devoir en vertu de la loi.

Même s’ils essaient, il y a fort à parier qu’ils ne pourront pas beaucoup avancer, face à la vive résistance des chefs des agences de renseignement et à des « médias grand public » soumis et effrayés.

L’impressionnante Rosemary Woods

Ceux d’entre nous qui ont les cheveux un peu gris se souviendront du fameux trou de 18,5 minutes causé « par erreur » par Rosemary Woods, la secrétaire de longue date du président Richard Nixon, alors qu’elle transcrivait une vidéo clé, prise dans le Bureau ovale, d’une discussion entre le président Richard Nixon et son partenaire dans le monde du crime, le chef d’état-major des RH. Haldeman, juste après l’effraction du Watergate.(La bande elle-même a ensuite été détruite.)

Les plus jeunes se souviennent peut-être d’un reportage sur les bandes vidéo de la torture de la « baignoire » dans un « site noir » de la CIA [les « sites noirs » désignent des prisons clandestines contrôlées par la CIA dans différents pays, NdT] en Thaïlande en 2002, bandes vidéo qui ont été délibérément détruites en 2005 sur ordre de Jose Rodriguez, directeur des opérations de la CIA à l’époque.

Woods a témoigné qu’elle avait effacé une partie de la bande par erreur. Elle n’a subi aucune conséquence pour son « erreur » et est décédée en 2005 à l’âge de 87 ans.

Et sans surprise, Rodriguez est aussi retombé sur ses pieds.

Les responsables de la CIA ont d’abord prétendu que les bandes vidéo avaient été détruites pour protéger l’identité des enquêteurs – lisez tortionnaires. Il a été révélé plus tard que le directeur exécutif de la CIA, Kyle « Dusty » Foggo, a écrit dans un courriel que Rodriguez pensait que « la colère causée par la destruction n’est rien, comparée à ce que ce serait si les bandes vidéo tombaient dans le domaine public », ajoutant qu’elles seraient « dévastatrices pour nous ».

Foggo s’est retrouvé en prison à la suite d’une affaire de fraude étrangère aux faits. Malheureusement, sans doute aucun haut responsable des services de renseignements qui aujourd’hui suivra la méthode Foggo/Rodriguez (in)acceptable à l’époque ne finira derrière les barreaux, à moins que cette fois-ci le Congrès ne fasse preuve d’un courage inhabituel.

Ray McGovern travaille avec la branche éditoriale de l’Église œcuménique du Sauveur dans le centre-ville de Washington. Après avoir pris sa retraite d’une carrière de 27 ans en tant qu’analyste de la CIA, il a été cofondateur de Veterans Intelligence Professionals for Sanity (VIPS).

Source : Ray McGovern, Consortium News, 22-01-2018

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

7 réponses à Des renards responsables du poulailler des services de renseignements, par Ray McGovern

  1. Pierre Tavernier Le 08 février 2018 à 07h47
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    “… peuvent être intimidés par des menaces, y compris le chantage, comme l’ancien directeur du FBI J. Edgar Hoover.”
    Lire
    à la manière de [c’est à dire la méthode dont usait] l’ancien directeur du FBI J. Edgar Hoover

    “.. can be bullied by threats, including blackmail, a la former longtime FBI Director J. Edgar Hoover.”


  2. Eric83 Le 08 février 2018 à 09h07
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    Et quand le renard des renards est embauché par MSNBC/NBC comme “commentateur sur la sécurité nationale et la politique”, on prend la mesure du pouvoir du Deep State US et de ses ambitions.

    Aussi invraisemblable que cela paraisse, John Brennan, ex-directeur de la CIA sous Obama et ouvertement anti-Trump, a été embauché par une des principales chaîne de TV US; média MSM également anti-Trump.

    Brennan s’est d’ailleurs rapidement attelé à la tâche pour défendre le FBI et attaquer les Républicains du Congrès qui ont osé sortir un mémo édifiant démontrant la collusion FBI-DNC-Clinton pour nuire à Trump avant et après l’élection US.

    http://www.dedefensa.org/article/en-direct-de-langley


  3. Eric83 Le 08 février 2018 à 09h38
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    Pendant que certains des services de renseignements, s’évertuent à vouloir saper la mandature de Trump et un réchauffement des relations Américano-Russe, d’autres y travaillent.

    Une réunion “historique” et fort peu médiatisée a eu lieu en janvier aux US – ce qui ajoute à l’importance de l’événement – entre dirigeants d’agences de renseignements US et russes.

    https://www.zerohedge.com/news/2018-02-07/three-top-russian-officials-quietly-visit-united-states


  4. calal Le 08 février 2018 à 09h45
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    oui, le principe de separation des pouvoirs semble avoir ete oublie dans beaucoup de nos democraties.
    Les us de Trump semble vouloir corriger le tir.
    En france, je crois que beaucoup de citoyens doivent prendre conscience de ce probleme et de son importance.Et surtout en tirer les consequences c’est a dire sanctionner dans les isoloirs les responsables,s’abstenir etant amha une facon de leur dire ” bah c’est pas encore si grave ce que vous faites,il nous reste du gras”.


    • Catalina Le 08 février 2018 à 12h29
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      Aller voter pour qui ? pour les représentants de l’ue puisque c’est elle qui décide de tout dans notre pays. Ah ben nan je suis bête, ils s’auto-proclament. 🙁


  5. Louis Robert Le 08 février 2018 à 11h19
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    « C’est une tradition vieille de 70 ans. »

    La tradition… Si seulement nous nous l’avouions, nous nous en pénétrions et nous en mesurions la portée.


  6. rolland Le 09 février 2018 à 17h06
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    Et l’on voudrait nous faire croire que le pouvoir, sous quelque forme qu’il soit, est là pour nous permettre de vivre ensemble dans une forme de sécurité…….laissez moi rire, et pourquoi pas d’armonie..?


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