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12.octobre.202012.10.2020 // Les Crises

Procès Assange Jour 11 : L’accusation tente de saper un témoignage et laisse entendre qu’Assange simule sa détresse psychologique

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Source : Consortium News, Joe Lauria
Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

Consortium News suit virtuellement le déroulé du procès de Julian Assange à Old Bailey à Londres. Chaque jour, il publie un compte rendu détaillé de l’audience. L’équipe Les-Crises vous en propose la traduction exclusive.

Les États-Unis tentent de saper le témoignage d’un médecin sur le « risque élevé de suicide » d’Assange, en prétendant qu’il simule une maladie mentale

8h41 EDT : le professeur Michael Kopelman a prêté serment, à la tribune du tribunal, en tant que premier témoin de la défense ce mardi. Kopelman est professeur de neuropsychologie au King’s College, à Londres. Il a déclaré – après avoir rendu visite à Assange 17 fois à Belmarsh – qu’Assange souffrait de dépression sévère avec perte de sommeil, d’appétit et de poids. Il a également constaté un risque élevé de suicide « si l’extradition semble imminente ». Kopelman a déclaré qu’Assange avait des antécédents de dépression clinique et que son risque de suicide augmenterait si l’extradition était sur le point d’avoir lieu.

Consortium News limite le détail des témoignages sur les conditions de santé mentale d’Assange après que Kopelman et l’avocat de la défense Edward Fitzgerald aient appelé les médias à le faire.

De tous les efforts de la défense pour empêcher l’extradition d’Assange, ce témoignage pourrait avoir l’effet le plus important sur le tribunal. En décidant de ne pas extrader Assange pour des raisons médicales, il semblerait qu’on contourne les controverses politiques dans cette affaire.

Contre-interrogatoire

James Lewis QC (Doughtychambers)

Lors du contre-interrogatoire, Lewis a tenté de remettre en question les références de Kopleman, en disant qu’il n’était pas psychiatre légiste, travaillant dans les prisons. Kopelman a rétorqué qu’il avait passé du temps dans de nombreuses prisons et que même Lewis l’avait une fois appelé d’urgence pour avoir son témoignage d’expert dans une affaire d’extradition. Cela a provoqué des rires dans la salle d’audience, même de la part de la juge Baraitser.

Le principal objectif de Lewis lors du contre-interrogatoire était d’établir qu’Assange avait peut-être exagéré ou simulé son état mental lors de ses examens par Kopleman. En particulier, Lewis a interrogé Kopleman sur un incident au cours duquel Assange a déclaré avoir caché une lame de rasoir et deux cordes dans sa cellule de la prison de Belmarsh, mais l’incident n’a jamais été consigné dans les registres de la prison.

Kopelman a admis n’avoir jamais essayé de vérifier l’histoire auprès des autorités de la prison, bien qu’il ait dit qu’Assange l’avait signalée auprès d’une infirmière, qui en a discuté avec d’autres responsables de Belmarsh, et qu’Assange avait été remis sous traitement. La très nette impression laissée dans la salle d’audience lors d’une pause, est que Assange aurait pu simuler cet incident.

Lewis raconte alors un incident rapporté dans le témoignage écrit de Kopelman au sujet de deux cordes qu’Assange avait cachées dans sa cellule et qui ont été retirées. Le procureur a voulu savoir pourquoi cet incident ne figurait pas dans le dossier de la prison.

Lewis : « Il est difficile de croire que les autorités n’auraient pas mis cela dans leurs notes ».

Kopelman : « C’est surprenant que cela ne soit pas là. »

Lewis : « Vous vous fiez donc au rasoir et aux cordes comme indication d’un suicide. Si cela ne s’était pas produit, cela modifierait votre diagnostic. »

Kopelman : « Mais il souffre de dépression clinique, qu’on ait trouvé ou non un rasoir. Il a fait part de ses intenses préoccupations suicidaires, il a écrit des lettres d’adieu et un testament, ce que j’ai vérifié, et l’autre jour on a trouvé des médicaments dans sa cellule ».

Lewis : « Ces facteurs sont signalés par M. Assange lui-même. »

Kopelman : « Ce qui se trouve dans mon annexe est un résumé des facteurs cliniques… et j’y inclus des choses qui correspondent à ce diagnostic et aussi des choses qui ne correspondent pas à ce diagnostic. Vous, madame, devrez déterminer s’il s’agit d’un synopsis honnête ou pas. »

Kopelman a déclaré à un moment donné qu’Assange avait subi un test conçu pour détecter si un patient exagère une maladie ou fait de la simulation (et il a par la suite réorienté l’enquête en disant qu’Assange avait réussi un tel test).

« C’était le test du Minnesota ? » demanda Lewis.

« Non, » a dit Kopelman, « c’était le test TOMM. »

« Le TOMM n’est pas un test de simulation », a répondu Lewis avec arrogance.

« Si, c’en est un », a dit Kopelman. « TOMM signifie Test of Memory Malingering. »

Ce fut un des rares cas où Lewis fut réduit à un honteux silence.

Comparaison de notes

Julian Assange en 2014 (David G. Silvers, WIkimedia Commons)

Lewis a ensuite passé en revue l’historique des notes écrites par d’autres psychiatres qui ont évalué Assange à Belmarsh. Presque toutes contredisaient les évaluations de Kopelman. Elles révèlent un Assange amical, coopératif, inquiet pour son cas, faisant de l’exercice, jouant au billard avec d’autres détenus et ne parlant pas d’auto- destruction.

« Ce n’est pas le comportement d’un homme qui est profondément déprimé soffrant de psychose et pensant des centaines de fois par jour à se suicider, n’est-ce pas professeur ? » demanda Lewis, citant le témoignage du professeur.

Kopelman a tout d’abord déclaré que toutes ces notes avaient été écrites avant qu’il n’ait vu Assange pour la première fois le 31 mai 2019 ; que l’état mental d’Assange s’était détérioré après son placement en isolement le 18 juillet 2019 et qu’Assange avait fait savoir à Kopelman qu’il était réticent à parler de son état mental à qui que ce soit par gêne et par crainte des conséquences possibles.

« Assange était très peu enclin à parler au personnel de ses projets suicidaires car il craignait d’être constamment surveillé ou mis en isolement. Cela dépend de son interlocuteur. Il a été plus loquace avec », a déclaré Kopleman.

Lewis a démontré que lorsqu’Assange a été amené pour la première fois à Belmarsh, il a refusé de répondre aux questions sur son état mental et a ensuite refusé de voir un psychiatre avant d’avoir parlé à son équipe juridique. Lewis a également tenu à dire qu’Assange était un lecteur du British Medical Journal.

« La sonnette d’alarme aurait dû sonner quand un homme très intelligent, fortement tenté de des symptômes, n’accepte pas de voir un psychiatre avant d’avoir vu son équipe juridique ? » a déclaré Lewis.

Kopelman a répondu qu’Assange avait lu le journal médical parce qu’il était préoccupé par sa santé.

Lewis : « Le 19 mai, il a joué au billard avec d’autres détenus. Cela ne correspond pas à un homme qui ne peut pas fonctionner ou qui pense au suicide 100 fois par jour. »

Kopelman : « Cela n’exclut pas la possibilité d’un suicide. »

Lewis : « Vous êtes sérieux, professeur ? »

Kopelman : Oui. Cela ne correspond pas à la dépression la plus grave, mais je ne le voyais pas à ce moment-là. »

Les détenus, dit Kopelman, peuvent jouer au billard mais « s’effondrent dans leur cellule et se sentent déprimés ».

Lewis a ensuite adopté une ligne de conduite très discutable, en essayant de démontrer que, puisqu’Assange a « prêté une attention toute particulière » à la procédure, au point de pouvoir faire des commentaires dans la salle d’audience, il ne souffrait pas de dépression grave.

Kopelman a essayé d’expliquer à Lewis que même une personne souffrant d’une telle dépression peut faire des déclarations rationnelles. Il a également dit à Lewis qu’il ne pouvait pas faire une évaluation d’Assange sur la base de son comportement au tribunal sans l’examiner à nouveau.

Il est apparu à un moment donné que Kopelman, qui s’énervait clairement confronté à la tactique de Lewis, se déchaînerait sur le procureur et à un moment donné, il a dit : « Vous êtes avocat, je suis neuropsychiatre ».

Tenter de lier Kopelman à Melzer

Nils Melzer (UN Photo)

Très curieusement, Lewis a ensuite posé une série de questions sur le rapport de Nils Melzer, le rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture, qui a rendu visite à Assange l’année dernière à Belmash avec un médecin et un psychiatre. Lewis a poursuivi en disant que le rapport de Melzer était faux en affirmant, par exemple, que des nations se rassemblaient autour d’Assange et qu’il y avait eu des menaces de violence et même d’assassinat de la part d’officiels.

« Melzer a accusé les États-Unis, le Royaume-Uni, la Suède et l’Équateur de contribuer à une campagne de harcèlement public, de diffamation et également de violentes insultes politiques, d’humiliation, de menaces ouvertes et d’incitation à la violence et à l’assassinat ». Lewis a répondu en qualifiant ces propos de « bêtises manifestes ». Il a fustigé Kopelman pour s’être associé à un tel rapport dans son témoignage et pour en avoir « picoré » des éléments.

Lewis : « Certaines parties sont des absurdités manifestes, alors vous citez les autres parties. »

Kopelman : « J’ai utilisé les parties rédigées par le psychiatre. Je ne m’y suis pas fié. Je n’ai pas traité des parties politiques, ce n’est pas mon domaine d’expertise ».

En ce qui concerne les menaces de violence et d’assassinat, c’est une « absurdité manifeste » :

La défense affirme que cela prouvera l’histoire de la lame de rasoir

Après que Lewis ait semblé dénoncer Kopelman pour ne pas avoir corroboré l’histoire d’Assange, qui disait avoir eu un rasoir et des cordes comme instruments possibles de suicide, et donc un Assange « feignant » sa dépression, l’avocat de la défense Edward Fitzgerald a déclaré à la cour que la défense allait bientôt produire cette preuve corroborante.

« L’accusation essaie de dire que Julian invente tout, ce que je trouve consternant », a déclaré Kristin Hrafnasson, rédactrice en chef de WikiLeaks, aux journalistes à l’extérieur d’Old Bailey.

Le procès se poursuit.

Source : Consortium News, Joe Lauria, 22-09-2020
Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

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Commentaire recommandé

Tundra // 12.10.2020 à 18h32

Pas un commentaire, rien sur un sujet aussi primordial alors qu’ils sont en train de tuer le journalisme et la pseudo sacro-sainte liberté d’expression ; la presse libre est morte, nous sommes déjà en démocrature et au lieu d’appuyer sur « Stop », vous appuyez sur « FFW ».
Des expertises psychiatriques bâclées en 10 minutes par des gens payés par l’état. Ha, la mauvaise blague.

2 réactions et commentaires

  • Tundra // 12.10.2020 à 18h32

    Pas un commentaire, rien sur un sujet aussi primordial alors qu’ils sont en train de tuer le journalisme et la pseudo sacro-sainte liberté d’expression ; la presse libre est morte, nous sommes déjà en démocrature et au lieu d’appuyer sur « Stop », vous appuyez sur « FFW ».
    Des expertises psychiatriques bâclées en 10 minutes par des gens payés par l’état. Ha, la mauvaise blague.

  • Tavarmany // 13.10.2020 à 05h00

    De toutes façons je m’en fous ch’suis fou (Bernie Fitzgerald Noël).
    Et qui ne le serait pas devenu ? Et qui ne l’était pas déjà ?

    Nous sommes si fous qu’il n’y a plus de réalité. Alors tout est facile pour qui a un pouvoir (à toute échelle); Je te dirai fou (je suis plus fou que toi mais peu importe – ça n’est pas la question) et ça suffira à faire tourner le reste des fous (moi inclus) encore un peu.

    Julian a été fou, je le remercie.
    si un soutient de fou peut aider…. Je n’ai que ça, Julian, que ma folie puisse t’aider !

    Free Assange

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