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16.octobre.202016.10.2020 // Les Crises

Procès Assange Jour 15 : L’accusation tente de brosser un tableau rose des prisons américaines

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Source : Consortium News, Joe Lauria
Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

Consortium News suit virtuellement le déroulé du procès de Julian Assange à Old Bailey à Londres. Chaque jour, il publie un compte rendu détaillé de l’audience. L’équipe Les-Crises vous en propose la traduction exclusive.

5h00 EDT [Eastern Daylight Time : Heure de la côté Est des Etats-Unis, NdT] : La Cour est en session. Le premier témoin de la défense est l’avocat Yancey Ellis, qui témoigne à 5 heures du matin depuis Alexandria, en Virginie.

6h37 EDT : Ellis a témoigné que d’après son expérience avec les clients du Bloc X du centre de détention d’Alexandria (CDA), où les prisonniers sont détenus en isolement, qu’Assange serait maintenu dans une cellule de 15 m², contenant une étagère où il dormirait, des toilettes et un lavabo en acier, et ce pendant 22 heures par jour.

Il ne sortirait qu’une à deux heures par jour, quand aucun autre détenu n’est présent. Ellis a déclaré qu’il était impossible de parler à ses clients à travers les portes en acier, à moins que les deux ne se crient dessus.

Il a dit que la seule façon de communiquer était par la fente du plateau de nourriture, qui était fermée en dehors des heures de repas, ce qui signifie qu’Ellis devait essayer de trouver un adjoint pour ouvrir la fente afin qu’il puisse converser avec son client. En raison des portes en acier et des fenêtres en plexiglas sans ouverture, il était impossible pour les détenus de communiquer entre eux.

Edward Fitzgerald QC [Queen’s Counsel: Conseiller de la Reine, NdT] pour la défense lui a demandé si Assange pouvait être maintenu là pendant des mois ou des années. Ellis a répondu qu’il y serait détenu jusqu’à ce que son affaire soit jugée par les juges d’Alexandrie.

Yancey Ellis (Carmichael, Ellis & Brock)

Fitzgerald a ensuite déclaré que Gordon Kromberg, l’assistant du procureur américain, dont la déclaration sous serment a servi de base à l’accusation, a déclaré que les détenus du Bloc X pouvaient communiquer entre eux.

« Il est quasiment impossible de parler à travers la porte si la fente du plateau de nourriture n’est pas ouverte. Il ne serait pas possible pour quiconque de dire cela s’il est familier avec le Bloc X », a déclaré Ellis. « C’est tout l’intérêt de l’unité Bloc X. Il est censé isolé ».

Fitzgerald a ensuite souligné que les Mesures administratives spéciales (MAS) seraient un isolement supplémentaire en plus de ce qu’Ellis avait décrit. Ellis a déclaré qu’il n’avait aucune expérience directe des MAS, mais qu’il comprenait qu’elles signifiaient des restrictions supplémentaires sur les visites et la communication avec la famille et les amis.

Dans le Bloc X, les prisonniers peuvent théoriquement utiliser la ligne téléphonique enregistrée pendant leurs 1 à 2 heures en dehors de la cellule, a-t-il dit.

Sur la question des soins de santé mentale au centre de détention d’Alexandria, Ellis a déclaré qu’il n’y avait pas de médecin au sein du personnel de l’ADC, et seulement des psychologues contractuels à temps partiel, principalement pour surveiller les médicaments. Il a dit qu’aucune psychothérapie n’était disponible.

« En fait, c’est un travailleur social qui vérifie si vous gardez un certain niveau de fonctionnement », a déclaré M. Ellis.

Vue d’artiste d’une cellule ADX de Florence. (RicHard-59, CC BY-SA 3.0, Wikimedia Commons)

Lors du contre-interrogatoire, James Lewis QC a tenté de saper les critiques d’Ellis concernant la déclaration sous serment de Kromberg en disant qu’Ellis ne savait pas avec certitude si Assange serait détenu dans le Bloc X.

Il a d’abord établi qu’Ellis n’avait jamais interrogé le directeur, un psychologue ou le personnel sur les conditions de détention, ce qui semblait sans importance puisque Ellis a témoigné des conditions qu’il avait vues de ses propres yeux lors de ses nombreuses visites à la prison.

Lewis a demandé si Ellis avait déjà vu le règlement sur la façon dont est déterminée où un détenu sera logé. « J’ai déjà demandé ces dossiers et je ne peux jamais les obtenir », a déclaré Ellis.

Lewis a dit : « Vous ne pouvez pas contester l’exactitude de la déclaration de M. Kromberg sur la façon dont il serait évalué pour le logement au CDA. »

« Je ne peux pas parler de ça. »

« Vous ne savez donc pas s’il sera en détention administrative ? »

« Je ne peux pas prédire l’avenir, mais je parierais qu’il sera mis en isolement administratif », a déclaré Ellis.

Lewis lui a ensuite demandé s’il pensait que le cas d’Assange avait généré une énorme publicité et un énorme soutien public.

« Je suis d’accord pour la publicité », a déclaré Ellis.

« Et avec le soutien du public ? »

« Je n’en sais rien. »

Baraitser a ensuite posé une question directe à Ellis. Elle voulait savoir si la raison pour laquelle Ellis pensait qu’Assange serait en isolement est simplement parce qu’il s’agit d’une affaire très médiatisée, comme Ellis l’avait indiqué. Elle a déclaré qu’en Grande-Bretagne, malgré sa notoriété, Assange avait passé la plupart de son temps à Belmarsh avec la population générale. Est-ce le cas aux États-Unis que les détenus de haut niveau soient mis à l’isolement ?

« Je ne fais que parler d’expérience », a déclaré Ellis. « Afin de maintenir un environnement sûr et sécurisé, ils aiment les séparer de la population générale. C’est généralement le cas ».

ADX Florence dans le Colorado. (Bureau fédéral des prisons, Wikimedia Commons)

EDT 8h25 : Joel Sickler, qui travaille depuis 40 ans dans le domaine de l’atténuation des peines et de la défense des prisonniers, est à la barre pour la défense.

Fitzgerald lui a fait examiner certaines des mêmes preuves qu’Ellis, y compris ce à quoi ressemble une cellule du Bloc X au CDA.

Sickler a dit qu’il n’y était jamais entré dans l’une d’elles et qu’il se basait sur ce que des avocats qui y étaient entré lui avaient dit et il a fait référence au témoignage d’Ellis. Sickler a également déclaré qu’il n’avait aucune expérience directe des MAS, seulement des conditions « similaires à celles des MAS » avec un client de l’ADX Florence dans le Colorado, où Assange pourrait se retrouver s’il était condamné aux États-Unis.

Sans jouer les stratèges de salon, on se demande pourquoi la défense a appelé ce témoin, puisqu’il a simplement répété une grande partie de ce qu’Ellis avait dit, et il a exposé une faille à l’accusation en n’ayant pas d’expérience directe, ce qui a été rapidement exploité par le procureur Clare Dobbin lors du contre-interrogatoire.

Elle a essentiellement accusé Sickler d’avoir violé les règles britanniques sur le témoignage des experts pour avoir donné un témoignage « par ouï-dire » sur le Bloc X et les MAS. Cela n’a cependant pas porté atteinte au témoignage d’Ellis, qui est basé sur une connaissance directe des conditions à l’ADC.

En essayant de saper le témoignage de Sickler sur les soins de santé mentale dans les prisons fédérales, Dobbin a supposé que Sickler n’avait jamais eu accès aux dossiers médicaux de la prison.

Dans son moment le plus fort du contre-interrogatoire, Sickler a fait taire Dobbin en disant qu’il avait en fait accès en permanence à de tels dossiers.

Dobbin a tenté de minimiser son témoignage en disant que ces dossiers ne concernaient que ses clients, faisant valoir qu’il n’était qu’un avocat et non un universitaire ou un chercheur sur les soins médicaux aux détenus fédéraux.

Dobbin a montré que Sickler ne pouvait pas dire avec certitude si Assange serait concerné par les MAS. Seul le procureur général peut déterminer qu’un prisonnier doit faire l’objet de mesures administratives spéciales s’il est déterminé qu’il possède des informations classifiées qui pourraient menacer la « sécurité nationale » s’il elles étaient divulgées, a déclaré M. Dobbin.

Joel Sickler. (Groupe de défense de la justice)

Après le déjeuner, Dobbin a essayé de brosser un tableau rose du système carcéral américain, et même des MAS. Elle a en fait cité un rapport qui disait que les prisonniers de la prison ADX de Florence, dans le Colorado, où Assange irait s’il était condamné, ne voulaient pas quitter la prison parce qu’ils avaient noué des relations personnelles étroites avec le personnel.

Ce que Dobbin n’a pas dit, c’est s’ils refusaient la liberté ou le transfert vers une prison plus connue. Sickler a répondu : « Si c’est un si endroit si agréable, pourquoi tant de prisonniers meurent-ils d’envie d’en sortir ? » Plus tard, lors d’un nouvel examen, il a déclaré que son propre client à l’ADX « suppliait de sortir ».

Il a dit que certains prisonniers peuvent avoir été institutionnalisés au point de considérer que la prison est leur maison et qu’ils s’y sentent en sécurité. Mais il a ajouté qu’il trouvait le rapport « incrédule ».

Il a essayé de miner cette image idylique en parlant d’un client dont les graves problèmes de santé mentale ont été niés dans un centre de détention de Brooklyn. Après avoir fait des siennes, il a été battu par des gardiens de prison et ce n’est qu’après un certain temps qu’il a pu le faire transférer à l’hôpital Bellevue.

Dobbin a félicité le Bureau des Prisons pour avoir adopté 17 recommandations de réforme qui lui ont été proposées dans une étude. Sickler a déclaré que c’était une bonne chose, mais a demandé si elles avaient été mises en œuvre. « C’est bien sur le papier », a-t-il dit, « mais la réalité est souvent différente ».

L’argument sous-jacent de Dobbin est que l’on doit toujours faire confiance au gouvernement, qu’il a toujours le bien du public à l’esprit et n’a jamais d’intérêt personnel. Les gens qui travaillent au gouvernement n’ont pas d’ambitions de carrière, de budget à défendre ou de réputation à bâtir. Par conséquent, tout ce qu’il dit sur son système carcéral est la vérité absolue que nous devons accepter.

Lors de la redirection, il a été demandé à Sickler s’il s’en tenait à son témoignage selon lequel Assange serait probablement envoyé à l’ADC et à l’ADX, que Sickler avait décrits comme des lieux atroces. Il a répondu par l’affirmative.

Fitzgerald lui a demandé quel genre de prisonniers faisaient l’objet de menaces à l’intérieur. Sickler a répondu qu’il s’agissait des délinquants sexuels, des indics de la police, et des personnes ayant une certaine notoriété.

« Des gens accusés d’espionnage ? » a demandé Fitzgerald. « Cela dépend de la sensibilité politique des prisonniers », a dit Sickler.

Source : Consortium News, Joe Lauria, 28-09-2020
Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

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Commentaire recommandé

SanKuKaï // 16.10.2020 à 11h09

Il faudrait quand même rappeler que J. Assange n’a commis aucun délit au Royaume-Uni, ni en Suède, ni en Australie. Si nos pays étaient des “démocraties” comme ils le prétendent, il aurait le droit d’Asile et la même protection que Salman Rushdie quand il a sorti les versets sataniques.
Or on a quand même l’impression que ce procès consiste à choisir dans quelle prison il doit rester enfermé.

4 réactions et commentaires

  • LibEgaFra // 16.10.2020 à 08h40

    Aucun souci à se faire sur les conditions de détention des prisonniers en attente de jugement aux USA: nous avons le cas Epstein, qui a eu la gentillesse, le tact d’épargner à la « justice » yankee un coûteux et long procès. A moins que… mais non, mais non, qu’allez-vous imaginer…?

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  • RGT // 16.10.2020 à 09h29

    Sans doute l’accusation parlait-elle de Rikers Island, prison le luxe pour VIP dans laquelle ce cher DSK rêve depuis de retourner car l’hébergement était si chaleureux ?

    Petit documentaire de l’époque sur cette grande expérience : https://www.youtube.com/watch?v=ulIdHHhRJPs

      +2

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  • RGT // 16.10.2020 à 09h48

    Quand on se contente simplement de constater les sanctions encourues en fonction du crime commis, il est clair que l’humanité et ses lois totalement iniques ne semblent pas du tout suivre le bon chemin.

    D’un côté il y a les « élites » qui peuvent se permettre de faire la « fête du slip » sans jamais encourir la moindre sanction.
    Regardez simplement les dernières condamnations des « divins élus » face à des scandales écœurants allant de l’abus de biens publics au viol en passant par la prise illégale d’intérêt et d’autres actes tout aussi « bienveillants ».
    Et de l’autre il y a les « voleurs de poules » bien moins nuisibles mais qui doivent être sanctionnés sans aucune retenue et sans aucune politique réelle leur permettant de réintégrer la société dans des conditions normales.
    Même et surtout si leurs crimes ont été initialement causés par des conditions de vie déplorables qui leur ont été imposées par les « élites ».

    Et l’acmé de tous les crimes qui puissent être commis par les « moins que rien » est bien sûr le crime de lèse-majesté qui consiste simplement à dévoiler la vérité sur les actes des « représentants adoubés par les dieux » et les conséquences de ces actes.

    Petite piqûre de rappel : https://www.youtube.com/watch?v=AfpSRnahQig

    Pour se rappeler des paroles de cette chanson mythique datant de 1967 : https://www.lacoccinelle.net/1195114-guy-beart-la-verite.html

    Elle n’a pas perdu une seule ride et semble même rajeunir au fil du temps.

      +6

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  • SanKuKaï // 16.10.2020 à 11h09

    Il faudrait quand même rappeler que J. Assange n’a commis aucun délit au Royaume-Uni, ni en Suède, ni en Australie. Si nos pays étaient des “démocraties” comme ils le prétendent, il aurait le droit d’Asile et la même protection que Salman Rushdie quand il a sorti les versets sataniques.
    Or on a quand même l’impression que ce procès consiste à choisir dans quelle prison il doit rester enfermé.

      +19

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