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19.octobre.202019.10.2020 // Les Crises

Procès Assange Jour 18 : Dernier jour d’audience – Jugement final fixé au 4 janvier 2021

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Source : Consortium News, Joe Lauria, 01-10-2020
Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

Consortium News suit virtuellement le déroulé du procès de Julian Assange à Old Bailey à Londres. Chaque jour, il publie un compte rendu détaillé de l’audience. L’équipe Les-Crises vous en propose la traduction exclusive.

La juge Vanessa Baraitser a fixé le jour du jugement au 4 janvier 2021 alors que le dernier jour des témoignages dans l’affaire d’extradition de l’éditeur de WikiLeaks Julian Assange permet d’établir des parallèles entre l’inconduite du gouvernement dans les affaires du lanceur d’alerte des Pentagon Papers Daniel Ellsberg et celle Assange.

Dans le témoignage du professeur Michael Tigar de la Duke Law School lu jeudi au tribunal, la défense a cherché à montrer que le type d’abus de pouvoir qui a conduit à la libération d’Ellsberg lors d’un procès en 1973 ressemble fortement aux méfaits du gouvernement contre Assange.

Tigar a exposé ce qui a forcé l’administration Nixon à abandonner l’affaire contre Ellsberg, alors qu’elle tenait pourtant absolument à le punir. Les « plombiers » de Nixon se sont introduits dans le bureau du psychiatre d’Ellsberg pour essayer de voler ses dossiers médicaux ; Nixon a fait mettre Ellsberg sur écoute illégalement ; le gouvernement a déclaré qu’il avait perdu les écoutes lorsqu’on lui a demandé de les produire au procès ; et le gouvernement a essayé, sous la direction du FBI de soudoyer le juge en charge de l’affaire d’Ellsberg.

Daniel Ellsberg (JD Lasika/Flickr)

Ceci est à comparer avec le contrat passé par les services de renseignements américains avec la société espagnole UC Global pour espionner 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 Assange à l’ambassade équatorienne, et en particulier lors de ses conversations privées avec ses avocats, avec des médecins et des journalistes en visite, pour voler des documents de la défense et envisager des moyens de le kidnapper ou de l’empoisonner.

« C’est essentiellement la même situation qui a mis fin à mon affaire et qui a conduit à la demande d’impeachment de Nixon et à sa démission », a déclaré Ellsberg dans un courriel. « En d’autres termes, Julian peut, par miracle, être libéré sur cette base (éventuellement), tout comme je l’ai été ! »

Si Baraitser décidait de ne pas extrader Assange, ce serait très probablement en raison de cet abus de pouvoir à son encontre, ou en raison de sa santé physique et mentale face à un système carcéral américain particulièrement violent. De toute façon, cela pourrait éviter la question hautement politique du conflit entre espionnage et liberté de la presse.

Le témoignage lu au tribunal par l’avocat d’Assange, Gareth Pierce, celui-ci a expliqué comment les avocats d’Assange ressentent encore maintenant de « l’angoisse » et de la « peur » à l’idée d’être surveillés. Son témoignage a également soulevé la question des effets personnels d’Assange à l’ambassade, y compris les clés USB et les documents juridiques, qui ont été mis dans une valise diplomatique et envoyés en Équateur et de là, aux États-Unis. WikiLeaks n’a été en mesure d’en récupérer aucun.

Baraister exclut Barr

William Barr

La juge Baraitser a déclaré dès le début que, dans l’intérêt d’une audience rapide, elle écouterait tout et déciderait de la recevabilité des preuves après la fin de l’audience. Le gouvernement a déclaré que les preuves d’espionnage à l’ambassade étaient « inutiles », une affirmation très discutable, mais Baraitser pourrait être d’accord avec une telle affirmation.

Mais jeudi, elle a pris la décision de rejeter une nouvelle preuve que la défense a tenté de produire : une déclaration du procureur général américain William Barr, faite le 15 septembre, dans laquelle il a déclaré que l’exécutif dispose d’une « latitude pratiquement incontrôlée » sur la question de savoir qui poursuivre. « L’exécutif dispose d’un pouvoir discrétionnaire pour déterminer quand poursuivre », a-t-il déclaré.

La défense a voulu produire cette preuve pour renforcer son argumentation selon laquelle les poursuites contre Assange sont politiques, ce qui lui interdit d’être envoyé aux États-Unis en vertu du traité d’extradition entre les États-Unis et le Royaume-Uni. Les affirmations de Barr font sauter la soi-disant « muraille de Chine » qui sépare la Maison Blanche du ministère de la Justice pour empêcher la politisation de la loi.

Baraitser a retenu l’objection de l’accusation et a exclu la preuve représentée par la déclaration de Barr.

Plaidoiries finales

La plaidoirie de la défense sera présentée le 16 novembre, et celle de l’accusation deux semaines plus tard. L’équipe de la défense a déclaré que sa plaidoirie finale couvrira trois domaines :

Une motivation politique. Cela peut inclure des poursuites sélectives, car Assange est poursuivi pour exactement les mêmes publications que celles du New York Times, du Guardian, d’autres partenaires médiatiques ainsi que Cryptome, qui a publié les noms des informateurs avant Assange, et pourtant seul Assange a été inculpé. Le témoignage de Cassandra Fairbanks selon lequel le président Donald Trump a lui même ordonné l’arrestation d’Assange, et les idées générales de Barr selon lesquelles le président décide des poursuites, plaident également en faveur de la qualification de poursuites politiques.

Un abus de pouvoir. Cela ressort clairement des dépositions anonymes des deux anciens témoins de l’UC Global.

Un traitement cruel et inhumain en cas d’extradition. Les antécédents médicaux d’Assange ajoutés à l’état des prisons américaines, équivaudraient selon la défense, à de la cruauté s’il était extradé.

Source : Consortium News, Joe Lauria, 01-10-2020
Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

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Commentaire recommandé

LibEgaFra // 19.10.2020 à 08h34

« La plaidoirie de la défense sera présentée le 16 novembre, et celle de l’accusation deux semaines plus tard. »

Typique du (non) « droit » anglo-saxon: le dernier mot à l’accusation. Et surtout pas à Assange!

9 réactions et commentaires

  • LibEgaFra // 19.10.2020 à 08h34

    « La plaidoirie de la défense sera présentée le 16 novembre, et celle de l’accusation deux semaines plus tard. »

    Typique du (non) « droit » anglo-saxon: le dernier mot à l’accusation. Et surtout pas à Assange!

      +11

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    • no // 19.10.2020 à 19h12

      Quelque part, j’ai lu que la défense aura encore deux semaines pour répliquer une dernière fois à la plaidoirie de l’accusation.

        +3

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  • Marco // 19.10.2020 à 12h15

    ….et si aux States Biden est élu cela changera-t-il les choses ???

      +2

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    • castor // 19.10.2020 à 20h21

      Surtout pas.

      Le parti démocrate (si j’ose dire) est toujours vert de rage d’avoir perdu contre Donald Trump. Ils reprochent à Wikileaks d’avoir rendus publics les courriels internes de ce parti qui prouvent que les dés des primaires de 2016 étaient pipés en faveur d’Hillary contre Bernie. Et Wikileaks reproche à Hillary d’avoir toujours été pro-guerre, ce qui est sans doute encore plus grave. Hillary Clinton ne peut manquer de voir Wikileaks comme un danger et avec elle tous les élus démocrates entortillés avec le lobby du complexe étatico-militaro-industriel. Trump l’impulsif ne cadre pas complètement avec cette aristocratie du pouvoir, faite de distanciation et de calcul froid. Ce sont les hauts-fonctionnaires et les cadres supérieurs du privé qui mènent la danse (mais savent-ils où ils vont ?).

      Biden est corrompu de coeur comme le montre assez bien l’enquête menée sur ce site au sujet de l’affaire « Burisma ». Il n’y a rien à attendre de lui.

        +7

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    • step // 19.10.2020 à 21h14

      aucune. Les intérêts (complexe militaro industriel, milices et « compagnies de sécurité) sont très à l’aise avec les deux candidats, peut être encore plus avec Biden. Trump a été élu en partie par des isolationnistes. Il est donc sur un certain nombre de points (retrait en syrie /ex) plus ennuyeux que Baiden du point de vue de ces intérêts.
      Si les républicains étaient militaristes et les démocrates pacifistes, cela se saurait.
      Du point de vue « image » une suffisamment large partie de l’opinion considère qu’Assange a sali le pays, pour que la frange susceptible de le soutenir soit marginalisée. La situation aurait été différente si Assange avait été un ressortissant américain. Contre intuitivement, le fait de ne pas l’être l’expose, car il toujours plus simple de charger un individu hors communauté.

        +1

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      • Rémi // 20.10.2020 à 09h54

        Trump n’en a rien à faire d’Assange il réagit plus par reflexe: Ennemi des USA Mordre.
        Pour Biden c’est plus personnels. Il venlent la peau d’Assange, mais ce sera noyé sous des flots de moraline.
        Ceci dit je penses qu’il vaut mieux pour Assange etre dans les mains de trump que des Démocrates. Et de Loin.

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  • Vercoquin // 20.10.2020 à 01h56

    Aucun média de la pensée unique ne parle du Procès Assange.

    Pas plus que des résultats de l’élection présidentielle en Bolivie:
    « Luis Arce, membre du parti de l’ancien dirigeant Evo Morales, a été élu président de la Bolivie. Il remporte le scrutin à 52,4% des voix, au terme d’un an de crise politique et de ce qu’Evo Morales avait qualifié de «coup d’état» mené par la droite. »

    La nouvelle direction du pays a intérêt à se tenir sur ses gardes car l’Oncle Sam ne s’avouera pas vaincu de sitôt.

      +6

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    • Rémi // 20.10.2020 à 09h55

      Quel idée aussi d’élire des gauchistes mal en cours à Washington.
      Ces gens se croient chez eux ma parole.

        +4

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      • vert-de-taire // 20.10.2020 à 15h09

        Oui, des fous.
        Le problème ici n’est pas de croire mais plus de faire.
        Voter est acte à tendance démocratique bien que le plus souvent c’est une reconnaissance de l’aristocratie.
        Les boliviens ont goûté de l’absence de dictature, ça se sent.
        Nous, au contraire, sommes dans la marmite d’eau devenant si lentement mortellement bouillante : on en crève.

        Ce procès met à nu la réalité de NOS régimes occidentaux : la dictature de l’élite.

          +1

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