Suite du billet sur le Protocole de Kyoto. L’index général de la série de billets sur le réchauffement climatique est disponible ici

Les effets du Protocole de Kyoto

Je vous propose de regrouper la quarantaine d’États concernés : les pays en transition, ceux de l’Union-européenne à 15, et les autres. Le total sera appelé “Total Kyoto”. Si on y rajoute les États-Unis, on arrive au “Total CCUNCC”. Les deux graphiques suivants montrent l’évolution absolue en montant des émissions, et l’évolution partant d’une base 100 en 1990 :

Protocole de Kyoto

Protocole de Kyoto

On observe que les “Émissions Kyoto” ont baissé, mais essentiellement par l’action des pays en transition dans la première moitié de la décennie 1990 – ils sortaient du communisme. On note aussi que la hausse des émissions américaines est scandaleusement élevée.

La Crise a entraîne un chute brutale en 2009, amorcée fin 2008. Il est donc intéressant de prendre 2007 comme dernière référence fiable.

Affinons.

Protocole de Kyoto

Protocole de Kyoto

Cliquez pour agrandir…

On constate que les objectifs du Protocole de “Kyoto ratifié” sont largement atteints en 2007 : la baisse est même 4 fois supérieure à ce qui était espéré. Si on rajoute les États-Unis (qui en sont signataires), on constate alors que l’objectif était globalement atteint en 2007.

Mais il ne faut pas se réjouir trop vite. Il saute aux yeux que :

  • la baisse est principalement supportée par les pays en transition – et que la raison était ponctuelle, ils ne sortiront pas du communisme toutes les décennies…
  • l’inaction des États-Unis a “mangé” 75 % de l’énorme économie réalisée à l’Est.

Ainsi, le bilan est nettement moins flatteur si on compare l’évolution sur les 2 sous-périodes 1990-1999 et 1999-2007 :

Protocole de Kyoto

On note que seule l’Union Européenne suit toujours une politique de baisse de ses émissions dans la seconde période.

On peut alors affiner encore par pays :

Protocole de Kyoto

Protocole de Kyoto

Protocole de Kyoto

Ainsi, le podium de tête comprend la Russie et l’Ukraine, l’Allemagne et le Royaume-Uni. Et le bonnet d’âne va aux États-Unis, au Canada et au Japon…

Protocole de Kyoto

Évolution des émissions de CO2 des pays de l’Annexe B entre 1990 et 2006

 

On peut enfin regarder l’évolution par pays des émissions et de l’atteinte des objectifs dans ces tableaux :
Protocole de Kyoto

Protocole de Kyoto

Explications : les deux premières colonnes représentent l’objectif et l’évolution réelle en Millions de tonnes de GES. Le bloc suivant correspond à l’objectif en %, ce qui a été réalisé jusqu’en 2007, et ce qu’il reste à faire. Le 3e bloc scinde l’évolution 1990-2007 en 2 périodes identiques. Et le dernier étudie l’impact de la crise 2007-2009, et donne la situation en 2009 des émissions – sachant qu’elles remonteront nécessairement sur les chiffres 2010 en raison de la fin de la récession.

 

On observe également que le total de baisse attendue pour tous les pays de l’Annexe B correspond exactement à la baisse effectivement réalisée par les 6 pays occidentaux les plus “contributeurs” : l’Allemagne (-260 Mt eqCO2 sur les 530), le Royaume-Uni (-97 Mt), le Japon (-76 Mt), le Canada (-36 Mt), la Pologne et l’Italie (-34 Mt chacune).

On note que les États-Unis ont phagocyté l’énorme baisse réalisée par la Russie, et que de nombreux pays de l’Union sont très en retard, comme l’Espagne, l’Autriche ou le Danemark – qui devraient baisser de 25 % leurs émissions…

Ainsi, les États-Unis ont beau être montrés du doigt pour ne pas appliquer le Protocole (et devraient baisser de 22 % leurs émissions), de nombreux signataires du pacte pour qui il acquiert valeur contraignante sont eux-mêmes bien au-dessus des niveaux d’émissions de 1990 – l’Espagne et le Canada ayant même plus dérivé que les États-Unis.

Rappelons enfin que si l’administration Bush et l’État fédéral ont refusé de ratifier le protocole de Kyoto, des décisions pour réduire les émissions d’équivalents de CO2 sont prises au niveau régional et local : plus de 28 États américains ont ainsi développé des Plans Climat et se sont fixés des objectifs de réduction de leurs émissions.

Après Kyoto

Les négociations climatiques internationales de décembre 2009 à Copenhague devaient déterminer les objectifs de réduction d’émissions pour la période post-2012. Un accord de principe a été rédigé. Il prévoit notamment :

  • un objectif de stabilisation de l’accroissement de la température moyenne de + 2° C d’ici à la fin du siècle, soit le niveau recommandé par le GIEC ;
  • des financements de la part des pays développés pour les politiques climatiques d’atténuation et d’adaptation des pays en développement pour un montant de 30 milliards de dollars d’ici à 2012 puis de 100 milliards de dollars par an d’ici à 2020 ;
  • des engagements volontaires de réduction d’émissions à l’horizon 2020.

Le Conseil européen de mars 2007 a annoncé trois objectifs à l’horizon 2020, dits « 3×20 » :
– porter à 20 % la part des renouvelables dans les énergies consommées,
– améliorer de 20 % l’efficacité énergétique,
– réduire de 20 % les émissions de GES par rapport à 1990. En cas d’accord climatique international satisfaisant, ce dernier objectif passerait à –30 %.

Protocole de Kyoto

Le Paquet Energie-Climat de mars 2009 fixe des moyens plus précis pour atteindre ces objectifs et les répartit entre les États membres. Ces derniers sont ensuite libres d’adopter des règlementations nationales plus restrictives.

Un élément clef de la politique climatique européenne est de poursuivre le système d’échange de quotas d’émissions de CO2, dit « EU ETS » pour European Union Emissions Trading Scheme, mis en place dès 2005 sur le même principe que le marché international du protocole de Kyoto. L’EU ETS impose depuis 2005 un plafond d’émissions à environ 11 400 installations industrielles, responsables de près de 50 % des émissions de CO2 de l’Union européenne.

Protocole de Kyoto

Plus d’informations sur ces mécanismes dans cet intéressant document du ministère.

Devenir du Protocole de Kyoto

La première phase du Protocole de Kyoto, qui est à ce jour le seul accord légalement contraignant de réduction des GES, arrivant à échéance en 2012, les négociations sont naturellement en cours pour que les Parties inscrites à l’Annexe I s’engagent dans une seconde phase de réduction (2013-2020). Comme seuls les pays à l’Annexe I sont soumis à des cibles de réduction et que les États-Unis n’ont toujours pas ratifié le Protocole, il était nécessaire de dégager une autre porte d’entrée au régime climatique post-2012. C’est ce qu’ont fait les Parties réunies à Bali en 2007 (COP 13) en dirigeant les négociations sur deux voies parallèles : une voie sous le Protocole de Kyoto (portant sur la deuxième phase d’engagement des pays à l’Annexe I), et une voies sous la CCNUCC, visant à engager l’ensemble de la communauté internationale (y compris les États-Unis et les pays émergents) dans la lutte contre les changements climatiques. Ces voix parallèles, mais appelées à converger constituent la feuille de route de Bali qui devait déboucher sur un accord global lors de la Conférence de Copenhague (COP 15).

La Conférence de Copenhague apparaît ainsi comme un point charnière. Les Parties avaient en effet le choix entre : 1) prolonger le Protocole de Kyoto pour une deuxième période d’engagement ; 2) fusionner les deux voies de négociations en un seul accord ; ou 3) rompre avec le modèle de Kyoto et fonder la lutte contre les changements climatiques sur d’autres assises. Il semble qu’à Copenhague, aucune de ces options n’ait fait consensus, ce qui explique en partie le blocage des négociations au terme de la première semaine ainsi que l’élaboration de l’Accord de Copenhague par un petit groupe de pays qui l’ont présenté à la Conférence des Parties comme un fait accompli. Le processus entourant l’élaboration du document a toutefois été vivement critiqué par certain pays de sorte que l’Accord de Copenhague n’a pas été adopté par la COP15 qui s’est contentée d’en « prendre note ». Aujourd’hui, les pourparlers entre les États portent essentiellement sur le fait de savoir si le prochain régime climatique doit s’inscrire dans le cadre de l’Accord de Copenhague ou du Protocole de Kyoto.

Malheureusement, en mai 2011, les États-Unis, la Russie, le Japon et le Canada ont annoncé qu’ils refuseront un accord contraignant pour réduire les émissions de gaz à effet de serre lors de la conférence sur le climat de Durban. Les 3 derniers, qui appliquent en théorie le Protocole de Kyoto, refusent de s’engager dans un traité qui n’inclurait pas les 193 signataires de la Convention sur les changements climatiques pour aboutir à de véritables réductions.

Pour leur part, les États-Unis insistent cette année pour qu’on cesse de classer la Chine, l’Inde et le Brésil parmi les pays en développement, ce que plusieurs pays en développement disent aussi de plus en plus ouvertement.

Proposition : je propose la mise en place d’une taxation des pays non signataires ou n’ayant pas ratifié le Protocole de Kyoto, l’actuel ou le futur. Soyons cohérents – c’est important ou pas. Cela devrait modifier quelques peu les positions…

Protocole de Kyoto

Représentation spatiale des émissions de CO2

 

Dans le billet suivant, vous trouverez… la conclusion de cette longue série ! 🙂


Réchauffement climatique

4 réponses à 1366 Climat (28) : Le Protocole de Kyoto (2/2)

  1. factsory Le 27 novembre 2011 à 11h15
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    Le problème du protocole de Kyoto, c’est qu’il ne prend pas en compte le fait que nous délocalisons nos émissions de GES. Du coup… nous avons tout intérêt à le faire !


  2. Mignerot Le 28 novembre 2011 à 07h12
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    Sur le protocole de Kyoto, un texte de circonstance : http://www.theorie-de-tout.fr/2011/11/07/sic-transit-gloria-mundi-ainsi-passe-la-gloire-du-monde/

    Merci pour votre site,

    Vincent Mignerot.


  3. BA Le 02 décembre 2011 à 07h38
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    L’Arctique continue à se réchauffer bouleversant l’écosystème durablement.

    WASHINGTON – L’Arctique continue à se réchauffer, entraînant depuis ces dernières années un bouleversement durable de l’écosystème de la région, conclut un groupe international de scientifiques dans un rapport rendu public jeudi par le gouvernement américain.

    Selon ces experts, un nombre suffisant de données annuelles a été collecté permettant d’indiquer un changement dans le système de l’océan Arctique depuis 2006.

    Ils relèvent également la répétition en 2011 d’un vent d’hiver arctique qui sort de la norme pour la région.

    Etant donné les projections de poursuite du réchauffement planétaire, il est très probable que ces changements majeurs vont se poursuivre dans les années à venir avec des impacts climatiques, biologiques et sociaux accrus, écrivent les auteurs de ce rapport appelé Arctic Report Card.

    Cet état des lieux de l’Arctique est publié annuellement depuis quelques années par l’Agence nationale océanique et atmosphérique américaine (NOAA).

    Ces travaux menés par 121 chercheurs de quatorze pays concluent que l’Arctique continue à se réchauffer avec moins de glace dans l’océan et une végétation sur le sol plus abondante, relève Monica Medina, une haute responsable de la NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration).

    Un Arctique plus vert et plus chaud fait qu’il fera probablement l’objet d’un plus grand développement et un rapport comme celui-ci aide à nous préparer à davantage de demandes d’exploitation des richesses arctiques et à prendre de meilleures décisions concernant la gestion et la protection de ces ressources de plus en plus accessibles, ajoute-t-elle. Les fonds marins sont notamment riches en pétrole et gaz.

    En 2011, la température moyenne annuelle de l’air près de la surface de l’océan Arctique était d’environ 1,5 degré Celsius plus élevée que durant la période de 1981 à 2010, précise le rapport de la NOAA.

    La superficie minimum de glace de l’océan en septembre 2011 a été la seconde plus faible pour la saison d’été, après 2007, mesurée depuis le début des observations par satellite en 1979.

    (©AFP / 02 décembre 2011 08h28)


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