Suite du billet sur les conséquences du réchauffement climatique. L’index général de la série de billets sur le réchauffement climatique est disponible ici

La banquise

Rappelons tout d’abord que la banquise est une étendue de mer gelée. Il ne faut pas confondre cette glace de mer pérenne avec les inlandsis du Groenland et de l’Antarctique qui sont constitués de glace continentale, c’est-à-dire d’eau douce.

La banquise se forme durant l’hiver polaire, lorsque la température de l’eau de mer descend en dessous de -1,8 °C. Au cœur de l’hiver, l’épaisseur de glace peut atteindre 1,5 à 2 mètres, sans compter la neige qui s’y accumule. Une partie de la banquise ne fond jamais — la banquise permanente — alors qu’une autre partie est saisonnière.

Superficie de la banquise arctique

Observons tout d’abord l’évolution de la superficie de la banquise arctique, autour du pôle Nord :

Superficie de la banquise Arctique

On observe une nette tendance à la baisse de la superficie moyenne, avec une baisse de 20 % depuis le début des années 1990. Elle touche particulièrement la banquise lorsqu’elle est à son minimum :

Superficie minimale de la banquise Arctique

Superficie minimale de la banquise Arctique

On observe ainsi une baisse de l’ordre de 40 % par rapport à la situation du début des années 1980. 2007 est le minimum historique, avec seulement 4,3 millions de km².

Traçons alors la situation des années récentes afin de mieux comparer les dernières années.

Superficie de la banquise Arctique

On observe que 2011 a frôlé le minimum historique de 2007. En fait, un rafraîchissement survenu durant la seconde partie de septembre a nettement ralenti la fonte, augmentant la moyenne du mois.

Superficie de la banquise Arctique

Pour d’autres satellites, le minimum journalier de 2007 a bien été battu le 8 septembre 2011.

Minimum glace arctique

Si nous prenons un peu plus de recul, jusqu’en 1953, on peut tracer l’anomalie standardisée de la superficie de la banquise (= écart à la moyenne / écart-type) – mais la conclusion est la même :

Anomalie standardisée de la surface de la banquise arctique

Enfin, afin de bien illustrer l’ampleur et la jeunesse du phénomène, je vous propose de remonter fortement le temps, puisque les observations météorologiques de la banquise remontent jusqu’en 1870 :

Superficie minimale des banquises de l'Hémisphère Nord en été

Ainsi, c’est à la fin des années 1940 que la banquise a commencé à fondre, après 80 ans de relative stabilité. Le phénomène semble même s’accélérer…

Mark Serreze, un spécialiste appartenant à l’US National Snow and Ice Data Center, décrit l’ampleur des changements observés :

« L’Arctique a perdu un tiers de ses glaces depuis que nous effectuons des mesures par satellite, qui ont commencé il y a trente ans et la vitesse de la fonte s’est brusquement accentuée depuis 2002.

Si vous m’aviez demandé, il y a quelques années, à quel moment l’Arctique aura perdu toute glace, je vous aurais répondu 2100 ou peut-être 2070. Mais je pense aujourd’hui que 2030 représente une estimation raisonnable.

Les derniers chiffres donnent une mesure de 4,4 millions de km carrés, en baisse de près d’un million par rapport aux 5,3 millions de km carrés relevés en septembre 2005. Dans la période allant de 1979 à 2000, la couverture de glace occupait 7,7 millions de km carrés. »

Minimum glace arctique

Les minima de l’étendue de la banquise arctique

Au delà des chiffres et des graphiques, observons visuellement l’étendue de la disparition de la banquise polaire.

Commençons par la “respiration de la banquise”, à savoir son évolution annuelle, entre le maximum durant l’hiver (mi-mars) et le minimum durant l’été (mi-septembre)

Minimum glace arctique Minimum glace arctique

(cliquez pour agrandir)

 

Voici la situation au moment du minimum de 2007, année record :

Minimum glace arctique

Le record de 2007 comparé au précédent de 2005 et à la moyenne 1979-2000

Minimum glace arctique

Minimum glace arctique

La banquise de 2002 à 2010

Minimum glace arctique

Le record de 2007 comparé à l’année 1980 (cliquez pour agrandir)

Minimum glace arctique

Le quasi-record de 2011 comparé à l’année 1979 (cliquez pour agrandir)

On dispose dans les archives d’une carte assez précise de la banquise durant le minimum de septembre 1939 :

Minimum glace arctique 1939

Comparez par exemple avec le Groenland au moment du minimum de 2010 :
Minimum glace arctique

Éloquent…

Épaisseur de la banquise

En fait, la “respiration” annuelle de la banquise n’affecte pas que sa superficie, mais également son épaisseur :

Épaisseur de la banquise Arctique Épaisseur de la banquise Arctique

Cet effet se combine avec des modifications importantes de l’épaisseur de la banquise au cours des dernières années :

Épaisseur de la banquise Arctique

Le record de 2007 a entraîné de sévères conséquences sur la banquise, qui a peiné à se reconstituer – et le record de 2011 devrait encore l’affaiblir dans les prochaines années…

Le Giec admet désormais avoir été beaucoup trop optimiste quand il situait cette disparition entre 2050 et 2100.

Épaisseur de la banquise Arctique

On observe ainsi que la perte d’épaisseur a été très importante (-30 % en 20 ans !) et a fortement accéléré au début des années 1990. À ce rythme, la banquise disparaîtra quasiment en été avant 2020…

Des forages réguliers ont confirmé cette inquiétante tendance :

Épaisseur de la banquise Arctique

L’épaisseur de la banquise (cliquez pour agrandir)

 

Dans le billet suivant, vous trouverez la suite de cette présentation de la banquise arctique.

7 réponses à 1357 Climat (23) : Conséquences (5) – La banquise arctique (1/2)

  1. BA Le 17 décembre 2011 à 15h52
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    Jeudi 15 décembre 2011 :
     
    Le réchauffement global est peut-être en train de s’emballer. Une expédition scientifique russe a observé plus de 100 fontaines de méthane d’une ampleur jamais vue émergeant de l’océan Arctique, au nord de la Russie, rapporte le journal britannique The Dailymail.
     
    Il faut rappeler que le méthane est un gaz à effet de serre 20 fois plus puissant que le gaz carbonique. 
     
    Dans le passé, nous avions déjà observé des structures comme celles-ci, mais elles ne faisaient que quelques dizaines de mètres de diamètre, a affirmé le chef de l’expédition, Igor Semiletov. Cette fois, nous en avons trouvé des beaucoup plus impressionnantes, elles font plus de 1000 mètres de diamètre.
     
    Sur une superficie relativement petite, nous en avons trouvé plus de 100, à l’échelle de la région il doit y en avoir des milliers. Ces fontaines se sont formées avec la fonte des fonds marins de l’Arctique qui s’accélère à cause du réchauffement climatique.
     
    C’est le navire de recherche Russe “Académie Lavrentiev” qui en a fait la découverte. Il a mené ses recherches dans un périmètre d’environ 10.000 miles carrés au large de la côte Est de la Sibérie .
     
    “C’est terrifiant” explique le Dr Igor Semiletov.
     
    Nous supposons que les quantités qui s’échappent actuellement de la région sont équivalentes à celles que la totalité des océans mondiaux libèrent normalement.
     
    “D’énormes panaches de bulles de méthane remontent des fonds marins à la surface dans des zone de plus d’ 1 Km de diamètre, c’est maintenant par de véritables cratères que s’échappe le méthane dans l’atmosphère .”
     
    “C’est la première fois que nous observons des fontaines de bulles aussi impressionnantes, elles font plus de 1000 mètres de diamètre et recrachent du méthane gazeux en continu, c’est incroyable et terrifiant”
     
    “Nous craignons que ces quantités de méthane libérées transforment radicalement les modèles actuels de nos estimations sur le réchauffement climatique”
     
    Sources : dailymail.co.uk trad Nature Alerte
    Voir aussi the New York Times
    et le journal britannique The Independent
     
    http://naturealerte.blogspot.com/2011/12/15122011arctique-la-decouverte.html


    • Dan Le 05 mai 2013 à 00h40
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      Aurait-on enfin trouvé la cause du réchauffement climatique ?!…


  2. ykpaiha Le 17 décembre 2011 à 17h42
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    Je ne suis pas un spécialiste du sujet, mais aimant m’informer j’essaie de comprendre les enjeux de nos sociétés.
    Je suis au regret de dire que autant j”appécie la contradiction du blog sur les sujets économiques, autant le parti-pris pour les “réchauffistes” me laisse pantois.
    [Modéré par Olivier Berruyer : j’entends que l’avis UNANIME de votre Académie des Sciences ne vous satisfait pas. Grand bien vous fasse – vous êtes probablement beaucoup plus compétent qu’eux.

    Comme ce n’est pas mon cas, j’ai clairement indiqué le parti pris de ce blog (qui reflète l’état des connaissance à ce jour, et non pas un “dogme”). N’hésitez pas à aller convaincre l’Académie…

    Et si on essayait plutôt la prudence pour une fois – au lieu de prendre des risques et de vois APRES comment ça tourne ?

    Cf le commentaire précédent]


  3. Marcus Le 18 décembre 2011 à 16h18
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    Passionnant toute cette étude sur la banquise arctique Olivier !!!
    Bravo !
    A++
    Marc
     


  4. nn Le 29 mai 2012 à 13h44
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    Vos  blogs sont excellents. Pourriez-vous écrire un article sur la quantité de poissons disponible ? Les chiffres sont malheureusement alarmantes (il paraît que depuis 1700, dans l’Atlantique Nord, 95% des ressources halieutiques auraient disparues.


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