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25.septembre.201925.9.2019 // Les Crises

Emmanuel Macron et l’Europe – Par Éric Juillot (4/4)

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Plan :

– Les discours : idéalisme et manichéisme (1/4)

– Les discours : incohérence et indigence (2/4)

– Refonder «l’Europe» : entre petits pas insignifiants et ambitions démesurées (3/4)

– Actes et résultats de la politique européiste d’Emmanuel Macron (4/4)

Actes et résultats de la politique européiste d’Emmanuel Macron

Emmanuel Macron, ou les infortunes de la vertu européiste


29 mois ont passé depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron. Il s’agit d’une durée amplement suffisante pour procéder, avec le recul nécessaire, à un premier bilan de son action politique destinée à relancer une énième fois une construction européenne dont le vacillement l’accable.

L’analyse des ambitions qui l’animaient au printemps 2017, lorsqu’il arriva à l’Élysée, a permis – nous l’espérons – de montrer que leurs chances de concrétisation étaient extrêmement minces a priori. Qu’en est-il deux ans et de demi plus tard, alors que l’état de grâce médiatique et politique dont il a bénéficié à l’échelle de l’UE s’est depuis longtemps dissipé ? Dans quelle mesure son ardent volontarisme est-il parvenu à ouvrir des brèches dans le mur d’une réalité que le nouveau président refusait d’observer sérieusement ?

Un constat s’impose d’emblée : l’immense majorité des propositions évoquées dans le discours programmatique de la Sorbonne n’ont pas reçu le moindre petit début de commencement. La plupart d’entre elles n’ont apparemment pas même été discutées. Exit donc, à ce stade, la taxe carbone aux frontières, « l’Agence européenne pour l’Innovation de Rupture », le nouveau partenariat avec l’Afrique, la réduction à 15 du nombre de commissaires, le renoncement des « grands » États à « leur » commissaire, la convergence des taux de l’impôt sur les sociétés, le « socle social européen », les listes transnationales pour les élections européennes etc.

Europe de la défense : gains tactiques, débâcle stratégique

Dans le domaine sensible de la défense, les ambitions démesurées du président sont passées à la trappe sans même avoir été examinées sérieusement pas nos partenaires. Le budget militaire commun, la force et la doctrine d’intervention commune souhaitées par le président pour 2020 ne seront manifestement pas mis en place dans les mois qui viennent, ni même au-delà, puisque personne n’y songe sérieusement au sein de l’UE.

Avec ces annonces aussi tonitruantes qu’invraisemblables, le président français avait surtout démontré en 2017 l’indigence de ses vues en matière géostratégique et sa méconnaissance des questions militaires. Il y avait là quelque chose de préoccupant, s’agissant de celui qui est constitutionnellement le chef des armées françaises. Il a par la suite confirmé cette impression en évoquant fort légèrement, en novembre 2018, la perspective d’une « vraie armée européenne » [1], dont l’irréalisme a suscité l’effarement dans les milieux autorisés.

Il semble, cependant, qu’il soit revenu au fil des mois à des considérations en la matière un peu moins baroques. Ainsi n’est-il plus question depuis juillet dernier d’une « armée européenne », mais seulement d’une capacité à « agir ensemble, ce qui n’est ni renoncer, ni abaisser la souveraineté nationale, ni, évidemment, renoncer à l’Alliance atlantique » [2]. Par ces mots simples, le président français procède en fait à une vaste retraite stratégique, en forme de débâcle conceptuelle. Il a manifestement péché par amateurisme et par exaltation idéologique, avant que ses ambitions ne se brisent sur la réalité géostratégique du continent.

Pour faire advenir une « Europe-puissance », il faudrait en effet, au préalable, commencer par faire violence à l’Europe telle qu’elle est, dans la diversité des rapports au monde propres à chaque peuple, dans la variété des cultures politiques et militaires, des postures stratégiques et des pratiques opérationnelles. Il faudrait, plus concrètement encore, réduire à peu de chose la souveraineté et la liberté des nations européennes dans ce domaine régalien entre tous de l’emploi de la force armée. Une telle ambition est tout simplement insensée.

En ce qui concerne « l’Europe de la défense », le président Macron a donc été rapidement contraint de faire la même chose que ses prédécesseurs depuis une vingtaine d’années : il lui a fallu déployer une impressionnante créativité institutionnelle pour dissimuler son échec. Cette créativité – quoique de pure forme– doit permettre à l’UE de continuer à faire semblant, dans ce domaine plus encore que dans tous les autres : à la brigade franco-allemande, à l’Eurocorps [3], aux « groupements tactiques » de l’UE (qui vivotent depuis une dizaine d’années), à l’État-Major de l’UE [4], à l’Agence européenne de Défense, on a donc ajouté un Fonds européen de défense [5] (proposé par la Commission européenne, soutenu par la France) et une Coopération structurée permanente [6] (CSP). L’accent est mis par ailleurs sur la coopération bilatérale ou multilatérale dans le domaine de la production de matériels militaires [7].

Tous ses éléments sont censés donner corps et consistance à la Politique de Sécurité et de Défense Commune (PSDC). Mais ils sont encore insuffisants aux yeux de l’actuel président français, puisque Paris a tenu à lancer, en complément, une « Initiative Européenne d’Intervention » (IEI), une instance de plus à l’intérieur de laquelle on tentera de « favoriser l’émergence d’une culture stratégique commune […et de créer] les conditions préalables pour de futurs engagements coordonnés et préparés conjointement » [8] !

Point intéressant à noter : Cette IEI s’inscrit hors du champ institutionnel et juridique de l’UE, comme si Paris réalisait soudain que le cadre communautaire peut se révéler paralysant. Dix pays à ce jour ont manifesté leur intention d’y participer, dont le Royaume-Uni. Il sera évidemment difficile d’en faire autre chose qu’une coquille à peu près vide, à l’instar de tout ce qui a été tenté dans ce domaine depuis 1992 et la naissance de la Politique Etrangère et de Sécurité Commune (PESC). Le général Bosser (Chef d’État-major de l’Armée de terre) a pu s’en rendre compte par lui-même, comme en témoigne son audition à l’Assemblée nationale en septembre 2018 : « Pendant toute la durée du forum des Chefs d’État-major européens, il n’y a que moi qui ai prononcé le nom d’IEI, et j’ai eu l’impression d’avoir en face de moi de vraies incompréhensions.»[9] L’aplomb du propos, dans le cadre officiel de l’Assemblée, mérite d’être souligné.

Dans le seul but de faire croire faussement à des avancées substantielles de « l’Europe de la défense » le président Macron fait donc tout son possible pour accroître le bazar institutionnel prodigieusement inefficace qui est censé l’incarner. La prolifération des projets et des institutions, les interminables processus de concertation, les magnifiques et tonitruantes déclarations d’intention : tout ceci permet d’affirmer que des progrès importants sont réalisés chaque jour sur le chemin d’une authentique défense européenne. Cette agitation superficielle s’apparente pourtant, au plan stratégique, à de purs enfantillages, confortables et sympathiques par temps calme, mais voués à voler en éclats à la première crise sérieuse qui surviendrait.

Feu l’Europe sociale

Dans le domaine de « l’Europe sociale », la grande affaire du début du quinquennat aura été la refonte du statut de travailleurs détachés. Obtenue en une année, cette refonte était, en fait, déjà prévue avant l’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir. Mais il faut reconnaître qu’il a obtenu des modifications supplémentaires conformes à l’intérêt de notre pays. Toute la question est de savoir dans quelle mesure la réforme finalement acceptée par le conseil européen en octobre 2017, puis par le parlement en mai 2018, est de nature à remettre en cause le scandale que constitue ce statut de travailleurs détachés lorsqu’on l’applique à des pays aux niveaux de développement sensiblement différents.

Si la presse d’orientation européiste salue évidemment le « succès » et même la « victoire » [10] du président à ce sujet – preuve selon elle de sa maestria diplomatique–, d’autres journaux, en revanche, se montrent franchement circonspects [11]. Toutes les avancées obtenues sont en effet symboliques ou marginales : la durée du détachement est ramenée de 24 à 12 mois maximum mais, dans les faits, les travailleurs détachés en France ne le seront rarement plus que quelques mois. Plus important a priori : ces travailleurs détachés devront désormais être payés comme les autres (primes incluses) et non plus seulement au salaire minimum.

Si cette mesure va indéniablement dans la bonne direction, puisqu’elle diminue l’intérêt de recourir à ce type de main-d’œuvre, elle est néanmoins d’une portée limitée. La plupart des postes occupés par les travailleurs détachés sont en effet rémunérés soit au SMIC, soit un peu au-dessus. Rien ou presque ne changera donc, d’autant que la disposition la plus inique du statut demeure inchangée : les travailleurs détachés et leurs employeurs continueront à verser des cotisations sociales dans leur pays d’origine.

De surcroît, le secteur du transport routier, très concerné par le travail détaché, a été exclu de l’accord pour obtenir l’adhésion de l’Espagne et du Portugal. Enfin, les engagements formels pris par les États de renforcer leur coopération pour lutter contre la fraude massive qui accompagne ce statut [12]ne sont guère crédibles : pourquoi les pays de l’Europe médiane feraient-ils du zèle dans ce domaine, quand ce zèle serait objectivement contraire à leurs intérêts économiques ? En ce qui concerne la France, il est évident par ailleurs que les quelques centaines de fonctionnaires mobilisés dans la lutte contre ces fraudes sont tout à fait débordés [13].

La réforme obtenue par le président relève donc du trompe-l’œil à peu près intégral. Ceci est d’autant plus vrai qu’elle ne rentrera pas en vigueur avant 2020. Il aura donc fallu seize années au total pour que ce statut typiquement communautaire soit modestement amendé. S’il a été mis en place en 1996, ses conséquences économiques et politiques délétères sont en effet observables depuis 2004, du fait du premier élargissement de l’UE à l’est [14]. Seize années pour faire semblant d’agir, sous la pression d’un « populisme » montant qui condamne des dirigeants cyniques –mais inquiets – à se soucier superficiellement de justice sociale. Voilà tout ce qu’une UE en fin de parcours peut montrer de dynamisme émancipateur, et ce n’est rien, sinon un peu de poudre aux yeux.

La réforme comblera d’aise les européistes convaincus, en général protégés de la concurrence déloyale du travailleur détaché par leur statut ou leur niveau de qualification ; le reste de la population comprendra vite qu’il a été une nouvelle fois berné. La communication politique a pourtant eu l’audace de présenter cette réforme comme un succès de « l’Europe qui protège » [15], s’asseyant sur l’absurde paradoxe d’une telle affirmation puisqu’ici, « l’Europe » ne se protège que d’elle-même. Comprenne qui pourra…

Tel est, à ce stade, le maigre bilan d’E. Macron en matière d’« Europe sociale ». Il faut craindre qu’il n’y ait plus rien à attendre de son action dans ce domaine au cours des années à venir. La campagne en vue des élections européennes du printemps 2019 a ainsi été marquée par l’absence de toute référence à l’idée d’une « Europe sociale » par les candidats de la REM (ainsi que par ceux des autres partis). Le thème a littéralement disparu des discours, alors qu’il était usuellement ressorti depuis trente ans à chaque élection dans l’espoir d’éveiller un peu l’intérêt des citoyens pour le parlement européen. Peut-être a-t-on enfin pris conscience, dans les états-majors de campagne, qu’il était usé jusqu’à la trame et qu’il devenait contre-productif de s’en servir ? Quoi qu’il en soit, un tournant semble pris, puisqu’il est acquis qu’il ne faut même plus faire semblant d’y croire une fois tous les cinq ans.


Zone euro : deux ans de palabres pour rien

C’est au sujet de la zone euro, de son approfondissement jugé nécessaire, que les ambitions du président Macron étaient à la fois les plus grandes et les plus réalisables a priori, tant il est vrai que la construction européenne est principalement d’ordre économique. Dans ce domaine comme dans les autres, cependant, les deux premières années du quinquennat se sont rapidement transformées en un douloureux chemin de croix, dont les nombreuses stations ont cruellement mis à l’épreuve celui qui affirmait, en février 2017, ne pas rejeter la « dimension christique » [16] de l’incarnation présidentielle.

Qu’a-t-il obtenu pour prix de son engagement ? Rien. Aucune de ses propositions de réforme pour la zone euro n’a été entérinée. Son échec est complet sur toute la ligne, et une telle issue était hautement prévisible. Le nouveau président français n’avait en fait aucune chance sérieuse de l’emporter. L’habileté manœuvrière de la chancelière allemande a triomphé aisément de son volontarisme juvénile, mais là n’est pas l’essentiel. Des facteurs structurels ont joué bien au-delà de ces causes superficielles.

Un effet de contexte d’abord : le temps n’est plus pour l’UE à des réformes politiques d’ampleur. Elle a jeté ses dernières forces dans les bricolages institutionnels des années 2010, réalisés dans l’urgence des crises financière et monétaire (avec la création du Mécanisme Européen de Stabilité et la tentative d’union bancaire). La construction européenne est aujourd’hui terminée, notamment car son approfondissement supposerait des abandons de souveraineté dans des domaines si sensibles qu’à peu près personne ne les envisage sérieusement. Il faudrait, pour aller plus loin, que les citoyens et les dirigeants des pays membres de l’UE se disposent à démontrer que, sur des questions essentielles à leurs yeux, ils sont devenus européens plutôt que de rester nationaux. Tel n’est pas et tel ne peut pas être le cas, faute d’une identité européenne substantielle.

Ainsi, les questions liées à la dette publique, au budget de l’État, à la politique monétaire ne sont pas seulement des questions d’ordre technique, comme la France affecte de le croire dans ses négociations avec l’Allemagne. Ces questions engagent de profondes considérations d’ordre identitaire, culturel et moral, à propos desquelles Berlin n’entend rien céder d’important. L’Allemagne accepterait un approfondissement de la zone euro si celui-ci s’apparentait à une germanisation, mais ce n’est pas tout à fait l’ambition française à ce sujet… Paris et Berlin se sont donc livrés, depuis mai 2017, à une véritable guerre de positions, qui s’est soldée par une défaite française.

Rencontres bilatérales –formelles ou informelles–, sommets européens, communiqués officiels, échanges par organes de presse interposés… Au fil des mois et des années, les innombrables contacts et séances de négociations ont eu pour seul et paradoxal résultat un quasistatu quo dont l’Allemagne se réjouit puisqu’il lui profite. Les jalons qui ont conduit à cet échec français sont si nombreux qu’il est impossible –et inutile– de les énumérer ici. Certains sont cependant particulièrement saillants :

  • Le 19 juin 2018, à l’issue du 20ème Conseil des ministres franco-allemand, est rédigée la déclaration de Meseberg. Le principe de la création d’un budget propre à la zone euro à compter de 2021 est accepté par l’Allemagne [17]. Les autres États concernés doivent cependant se prononcer à ce sujet ;
  • Le 29 juin 2018 : 10 jours après Meseberg, le communiqué final du sommet de la zone euro, organisé après la réunion du Conseil européen du 28, ne prend même pas la peine d’évoquer l’idée d’un budget pour l’eurozone, comme si elle n’avait même pas été évoquée [18]. Il faut dire que 12 États avaient quelques jours plus tôt adressé un courrier au président de l’eurogroupe pour exprimer leur opposition frontale à un tel projet [19] ;
  • Le 14 juin 2019 : à l’occasion d’une réunion des ministres de finances de l’UE, une percée décisive semble être réalisée, puisqu’un accord se dessine sur le principe du budget d’un pour la zone euro, même si rien n’est décidé concernant son montant (on évoque 17 milliards d’euros pour la période 2021-2027, soit à peu près rien), son mode de financement et ses objectifs (« stabilisation », c’est-à-dire secours ponctuel à un pays en difficulté, ou investissement au long cours pour favoriser compétitivité et convergence). « Nous avons un budget de la zone euro » [20], proclame cependant Bruno Le Maire, ministre français de l’Économie ;
  • Le 21 juin 2019 : au terme du Conseil européen, aucune avancée à propos du budget n’est réalisée. Le Premier ministre néerlandais affirme même avec satisfaction que « la stabilisation c’est fini. Le budget de la zone euro aussi » [21].

L’Allemagne a donc atteint sans difficulté son objectif : l’intense activisme déployé par la France pour obtenir un approfondissement de la zone euro s’est enlisé au fil des mois, jusqu’à sombrer tout à fait. Si la chancelière allemande a très tôt balayé, d’un revers de la main, l’idée d’un ministre des finances ou d’un parlement de la zone euro, si elle a rappelé très clairement son opposition à toute idée de mutualisation des dettes publiques, la question du budget –capitale pour Paris– l’a contrainte à de nombreuses manœuvres dilatoires, indispensables pour émousser avec le temps l’ambition réformatrice des Français.

C’est sans doute ainsi qu’il faut comprendre le soudain intérêt de Berlin pour le statut de membre permanent du Conseil de Sécurité de l’ONU dont jouit la France. En suggérant à plusieurs reprises que Paris pourrait en faire don à l’UE [22], les autorités allemandes adressaient implicitement un message à leurs homologues françaises :« Ne nous demandez pas l’impossible, sinon nous ferons de même ». L’euro, ce mark dilaté à l’échelle continentale, est pour l’Allemagne d’une importance aussi considérable que l’est pour la France son statut onusien. Dans les deux cas, des éléments centraux dans la conception que chacun se fait de sa souveraineté, de son identité et de son rôle dans le monde sont en jeu. Si les autorités françaises avaient du mal à le comprendre jusque-là, il faut espérer que le message ainsi exprimé a cette fois été compris.

Parallèlement, A. Merkel a soufflé en permanence le chaud et le froid ; elle a paru tantôt conciliante –en affirmant par exemple en juillet 2017 ne pas être hostile à l’adoption d’un budget de la zone euro [23] –, tantôt rétive à toute avancée sérieuse –comme lorsqu’elle évoqua publiquement ses « confrontations » [24] avec le président Macron. Elle put interpréter sa partition avec d’autant de finesse que d’autres États –à commencer par les Pays-Bas– manifestaient régulièrement une opposition catégorique aux propositions françaises, que Berlin n’aurait pu exprimer aussi durement sans humilier Paris. Elle eut pour finir le triomphe modeste, se contentant d’affirmer sobrement, au terme du Conseil européen de juin 2019, qu’elle était « satisfaite des conclusions concernant la zone euro » [25].

L’impossible mission hugolienne du président français

Que penser finalement, de la vertigineuse cascade d’échecs rencontrés par Emmanuel Macron depuis son arrivée au pouvoir ? Il eut été aisé de les prévenir en faisant preuve de modestie. Mais une telle attitude, outre qu’elle ne sied guère à l’actuel président, aurait abouti à ajouter au désastreux quinquennat de François Hollande cinq années d’immobilisme supplémentaire, un immobilisme synonyme d’engourdissement mortel pour une Union européenne menacée de délitement.

Au cours de la campagne électorale, le futur président français avait fait de « l’Europe » son principal cheval de bataille. Il l’a enfourché avec une belle ardeur dès son arrivée à l’Élysée, et il faut lui reconnaître une réelle abnégation dans sa tentative de relancer le projet européen. Mais il faut bien constater, cependant, que son engagement européiste relève aujourd’hui d’un pur donquichottisme, puisqu’aucune des conditions nécessaires au succès n’était réunie. Comment le président a-t-il pu ne pas s’en rendre compte ? Pour le comprendre, peut-être est-il judicieux de revenir à Hugo, dont le rapport à l’idée européenne est depuis toujours une référence incontournable pour l’européisme français.

« Un jour viendra où vous France, vous Russie, vous Italie, vous Angleterre, vous Allemagne, vous toutes, nations du continent, sans perdre vos qualités distinctes et votre glorieuse individualité, vous vous fondrez étroitement dans une unité supérieure, et vous constituerez la fraternité européenne […]. Un jour viendra où l’on verra ces deux groupes immenses, les États-Unis d’Amérique, les États-Unis d’Europe, placés en face l’un de l’autre, se tendant la main par-dessus les mers [Ainsi, par leur action] l’Asie serait rendue à la civilisation, l’Afrique serait rendue à l’homme [..] Au lieu de faire des révolutions, on ferait des colonies ! Au lieu d’apporter la barbarie à la civilisation, on apporterait la civilisation à la barbarie.» [26]

Ces paroles, souvent citées – à l’exception évidemment des dernières lignes relevant d’un colonialisme exalté –, expriment avec ferveur et emphase la grande Idée hugolienne au sujet de l’Europe, érigée par l’illustre poète en horizon d’attente de type politique ; Hugo voit dans son unification un accomplissement historique, par lequel l’Humanité démontrera sa capacité à s’élever. 170 ans plus tard, c’est à cette mystique que se raccrochent en France ceux qui ne peuvent concevoir l’idée d’un échec global de la construction européenne. Emmanuel Macron s’est fait leur champion. Mais son ardeur, quoiqu’elle semble tout à fait sincère, ne saurait suffire à concrétiser l’espoir hugolien d’une authentique Union européenne.

Dans ce cas particulier, un gouffre sépare en effet la mystique de la politique, et tous ceux qui pensent pouvoir le franchir de quelque manière que ce soit y tombent nécessairement. C’est ce qui arrive actuellement au président français. Car quiconque tente de concrétiser la vision hugolienne se heurte à une double impossibilité :

  • Une impossibilité logique d’abord : comment les nations du continent pourraient-elles conserver leurs « qualités distinctes » et leur « glorieuse individualité » en se fondant dans une « unité supérieure » ? Un tel processus supposerait l’abandon de la souveraineté par laquelle chacune exprime librement son rapport spécifique au monde et évolue conformément à ses aspirations propres, dont la principale consiste à persévérer dans l’être. Il y a là une aporie que les 70 années de construction européenne n’ont pas du tout permis de dissiper ;
  • Une impossibilité née d’une redoutable ambiguïté ensuite : Hugo écrit alors que ni l’unité italienne, ni l’unité allemande ne sont réalisées. Il écrit à une époque où la France se pense et est perçue par beaucoup comme la mère des Lettres et des Arts, et comme le phare politique du genre humain. Si l’extrait cité plus haut laisse penser que la fraternité européenne à venir sera pour Hugo de nature égalitaire, il a tenu par la suite d’autres propos qui laissent penser, à l’inverse, que l’Europe sera unie par l’action éclairée de son avant-garde française. « La France est une prédestinée », « la nation utile» qui « à charge des peuples », est celle « dont on peut tout attendre » affirme-t-il à l’occasion d’un discours en octobre 1877 [27].

On comprend, dans ces conditions, qu’Hugo s’en soit toujours tenu à l’idéal, qu’il n’ait jamais jugé utile de préciser les modalités concrètes du passage aux États-Unis d’Europe. Pour lui, l’unité doit se faire par l’irrésistible force d’attraction de la civilisation française, dont la diffusion à l’échelle du continent servira de ciment unificateur. L’Europe est possible parce que l’Europe, c’est la France dit-il en substance. Il le dit même très explicitement lors de sa dernière apparition publique, le 29 novembre 1884, à l’occasion d’une visite à Bartholdi qui vient d’achever la Statue de la Liberté : « Cette belle œuvre tend à ce que j’ai toujours aimé, appelé : la paix. Entre l’Amérique et la France –la France qui est l’Europe– ce gage de paix demeurera permanent. » [28] On ne saurait être plus clair…

La vision hugolienne de l’Europe est donc entachée d’un ethnocentrisme que l’on peine à concevoir aujourd’hui encore, et qui persiste dans l’esprit d’un grand nombre d’européistes. Les envolées messianiques du grand écrivain sont plombées par une ambiguïté qui tue dans l’œuf toute tentative de les concrétiser politiquement. Cette ambiguïté, indépassable, c’est celle d’un universel fortement ancré dans un particulier, c’est l’ambition d’une République européenne façonnée par le génie national français.

Dans sa version actuelle, c’est l’espoir d’une « Europe sociale » et celui d’une « Europe-puissance », des ambitions typiquement françaises qui ne sont guère partagées au-delà de nos frontières. D’où le paradoxe propre aux européistes dans notre pays : ils se veulent « européens » avant tout, ils adhèrent aux fadaises du « post-national », tout en étant incapables de concevoir que l’UE puisse être autre chose que ce que leur esprit – français malgré tout – leur dicte. De cette ambiguïté découlent des malentendus en cascade avec nos partenaires et un blocage permanent sur tous les points importants.

Emmanuel Macron a cherché à relancer un projet moribond en tentant de lui insuffler un peu de mystique hugolienne et en déployant une énergie considérable dans d’interminables négociations. À ce stade, son échec est complet et probablement définitif. Mais à l’impossible, nul n’est tenu. Peut-être prendra-t-il acte de cette impossibilité dans la seconde partie de son quinquennat, compte tenu de la lucidité dont il a su faire preuve ponctuellement [29]. Il faut en tout cas l’espérer, pour le bien de la France et pour celui de l’Europe, que l’UE a recouvert de sa croûte stérile.

Eric Juillot

Sources

[1] http://www.opex360.com/2018/11/06/le-president-macron-parle-detablir-une-vraie-armee-europeenne/

[2] http://www.opex360.com/2019/07/14/exit-lexpression-armee-europeenne-le-president-macron-parle-desormais-dagir-ensemble/

[3] Ou « corps de réaction rapide européen ». Il s’agit d’un état-major multinational d’environ 800 personnels créé en 1992. Installé à Strasbourg, il a, ces dernières années, travaillé principalement au profit de l’OTAN.

[4] État-major multinational installé à Bruxelles qui compte environ 200 personnels et qui, en près de vingt ans, n’a dirigé qu’une poignée de micro-opérations.

[5] Ce fonds est destiné à apporter un soutien financier aux projets communs ; son budget (probablement quelques milliards d’euros) n’a pas encore été déterminé, il le sera pour la période 2021-2027.

[6] Cette coopération prend la forme de projets initiés par une nation-cadre destinés à renforcer l’interopérabilité, à permettre la modernisation en commun de certains matériels,etc. Tous les projets initiés à ce stade sont d’une envergure modeste.

[7] Un char et un avion franco-allemands sont envisagés. De tels programmes sont souhaitables mais à certaines conditions : maîtrise des coûts, retombées industrielles proportionnées entre tous les acteurs impliqués, réelle efficacité opérationnelle des matériels produits. Si ce type de coopération a abouti par le passé à de belles réussites (Alphajet, Transall, Jaguar…), les dernières réalisations se sont souvent révélées laborieuses et coûteuses (A 400 M et Hélicoptère NH 90).

[8] http://www.opex360.com/2019/07/14/exit-lexpression-armee-europeenne-le-president-macron-parle-desormais-dagir-ensemble/

[9] http://www.opex360.com/2018/11/06/le-president-macron-parle-detablir-une-vraie-armee-europeenne/

[10] https://www.liberation.fr/france/2017/10/24/travailleurs-detaches-la-victoire-europeenne-de-macron_1605391

[11] https://www.marianne.net/economie/travailleurs-detaches-les-trois-taches-de-la-victoire-de-macron

[12] https://www.lemonde.fr/economie/article/2018/02/05/travailleurs-detaches-les-chiffres-s-emballent-en-france_5251933_3234.html

[13] L’inspection du travail parvient à effectuer environ un millier de contrôles par an, pas davantage, quand le nombre de travailleurs détachés est désormais estimé à plus de 500 000. CF : https://www.valeursactuelles.com/economie/46-en-un-le-nombre-de-travailleurs-detaches-senvole-93017

[14] En 2004, l’UE a intégré 10 pays : L’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne, la Hongrie, la République tchèque, la Slovaquie, la Slovénie, Chypre et Malte. En 2007, la Roumanie et la Bulgarie ont rejoint l’UE, puis la Croatie en 2013. Au cours d’une période transitoire, des restrictions ont pu être mises en place par certains États d’Europe de l’Ouest pour limiter l’afflux de travailleurs détachés en provenance de certains pays (Roumanie, Bulgarie).

[15] https://en-marche.fr/articles/actualites/travailleurs-detaches

[16] https://www.lejdd.fr/Politique/Emmanuel-Macron-confidences-sacrees-846746

[17] http://www.lefigaro.fr/international/2018/06/19/01003-20180619ARTFIG00368-declaration-de-meseberg-pour-reformer-l-ue-des-avancees-et-des-points-a-completer.php

[18] https://www.consilium.europa.eu/media/36001/29-euro-summit-statement-fr.pdf

[19] https://francais.rt.com/economie/51866-12-pays-europeens-s-opposent-a-un-futur-budget-de-la-zone-euro

[20] https://www.euractiv.fr/section/economie/news/no-agreement-on-euro-budgetary-tool-ministers-send-hot-potato-back-to-leaders/

[21] https://www.euractiv.fr/section/economie/news/stabilisation-mechanism-in-induced-coma-after-eu-leaders-meeting/

[22] https://www.ouest-france.fr/monde/organismes-internationaux/onu/onu-l-allemagne-propose-que-la-france-cede-son-siege-permanent-l-union-europeenne-6096948

[23] https://www.la-croix.com/Economie/Monde/Budget-zone-euro-Il-faut-saisir-lopportunite-souvre-nous-2017-07-13-1200862817

[24] http://www.lefigaro.fr/international/angela-merkel-reconnait-avoir-une-relation-conflictuelle-avec-emmanuel-macron-20190515

[25] https://www.euractiv.fr/section/economie/news/stabilisation-mechanism-in-induced-coma-after-eu-leaders-meeting/ – Les autres chantiers de la zone euro (élargissement du rôle du MES et achèvement de l’union bancaire), dont E. Macron a hérité de ses prédécesseurs, sont également au point mort.

[26] Extrait du discours de Victor Hugo devant le Congrès pour la paix, le 21 août 1849.

[27] Jean GARRIGUES, La République incarnée, de Léon Gambetta à Emmanuel Macron, Paris, Perrin, 2019, page 91.

[28] Jean GARRIGUES, La République incarnée, op. cit., page 110.

[29] http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2015/09/28/20002-20150928ARTFIG00208-pourquoi-macron-predit-il-la-fin-de-la-zone-euro.php

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Commentaire recommandé

Toff de Aix // 25.09.2019 à 08h50

Son proooooojet se résume à ceci : gouverner les illettrés, feneants, alcooliques, cyniques et autres riens en leur expliquant, grâce au dialogue social made in LREM (LBD, matraques, gaz, grenades et pour les plus fouteurs de bordel procès en comparution immédiate et enfermement), qu’il n’y a pas d’autre alternative, c’est lui ou le faaaaascisme.

En fait nous n’avons pas encore le faaaascisme, le vrai, mais un espèce de succédané dont le maître d’œuvre est le 4eme reich allemand : l’Europe de la misère, de l’austérité et du paiement des dettes des banques et autres boursicoteurs de la crise de 2008 par les contribuables européens qui ont le malheur de ne pas appartenir au 0,01% des plus riches..

Manque de pot, avec macron et son proooooojet nous aurons à la fois l’austérité et le faaaascisme. On y est pratiquement : la seule différence je vous l’accorde c’est qu’on peut encore être membre d’un syndicat ou d’un parti politique à ce jour, ou écrire (avec précautions quand même) ce que l’on pense sans risquer de voir débarquer un commando armé jusqu’aux dents chargé de vous embarquer et de vous faire disparaître discrètement…

Oh, mais attendez… N’allez pas jusqu’à vouloir danser jusqu’à deux heures du matin à la fête de la musique hein… N’allez pas jusqu’à oser décrocher le portrait de Jupiter dans une mairie… N’allez pas jusqu’à manifester contre les “réformes” sans savoir courir extrêmement vite… N’allez pas jusqu’à constituer un danger pour le pouvoir en place, ou vous risquerez d’être victime de tout un enchaînement de malheureuses circonstances mediatico-judiciaires… Très souvent hélas, un accident, systématiquement couvert par l’ex pote des mafieux Christophe castaner, risquerait malencontreusement de vous arriver. Car en “démocratie”, dans un “état de droit”, les malencontreux accidents arrivent aussi souvent que sous d’autres formes de gouvernance, hélas…

16 réactions et commentaires

  • Louis Robert // 25.09.2019 à 08h41

    Tout cela étant, n’est-il pas évident que, comme l’affirme le Pouvoir macronien, « nous ne sommes pas une puissance alignée»?

      +1

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  • Toff de Aix // 25.09.2019 à 08h50

    Son proooooojet se résume à ceci : gouverner les illettrés, feneants, alcooliques, cyniques et autres riens en leur expliquant, grâce au dialogue social made in LREM (LBD, matraques, gaz, grenades et pour les plus fouteurs de bordel procès en comparution immédiate et enfermement), qu’il n’y a pas d’autre alternative, c’est lui ou le faaaaascisme.

    En fait nous n’avons pas encore le faaaascisme, le vrai, mais un espèce de succédané dont le maître d’œuvre est le 4eme reich allemand : l’Europe de la misère, de l’austérité et du paiement des dettes des banques et autres boursicoteurs de la crise de 2008 par les contribuables européens qui ont le malheur de ne pas appartenir au 0,01% des plus riches..

    Manque de pot, avec macron et son proooooojet nous aurons à la fois l’austérité et le faaaascisme. On y est pratiquement : la seule différence je vous l’accorde c’est qu’on peut encore être membre d’un syndicat ou d’un parti politique à ce jour, ou écrire (avec précautions quand même) ce que l’on pense sans risquer de voir débarquer un commando armé jusqu’aux dents chargé de vous embarquer et de vous faire disparaître discrètement…

    Oh, mais attendez… N’allez pas jusqu’à vouloir danser jusqu’à deux heures du matin à la fête de la musique hein… N’allez pas jusqu’à oser décrocher le portrait de Jupiter dans une mairie… N’allez pas jusqu’à manifester contre les “réformes” sans savoir courir extrêmement vite… N’allez pas jusqu’à constituer un danger pour le pouvoir en place, ou vous risquerez d’être victime de tout un enchaînement de malheureuses circonstances mediatico-judiciaires… Très souvent hélas, un accident, systématiquement couvert par l’ex pote des mafieux Christophe castaner, risquerait malencontreusement de vous arriver. Car en “démocratie”, dans un “état de droit”, les malencontreux accidents arrivent aussi souvent que sous d’autres formes de gouvernance, hélas…

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  • DooDzy // 25.09.2019 à 09h54

    Encore un immense merci M. Juillot pour cette quatrième et dernière partie aussi passionnante que les précédentes ! Une analyse rigoureuse et un travail approfondi. Une véritable pensée originale sur l’européisme macronien que l’on ne retrouve nulle part ailleurs. Hâte de lire votre prochaine série !

      +11

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  • Kokoba // 25.09.2019 à 10h10

    Bel article qui résume bien la vacuité de la pensée Macron.

    L’Union Européenne, par sa structure même, est irréformable.

    On a donné un droit de veto aux pays, puis on a distribué avantages et privilèges.
    Le Luxembourg n’abandonnera jamais son role de paradis fiscal, l’Irlande ses avantages aux entreprises, la Pologne ses travailleurs détachés, la Roumanie ses milliards d’aide…
    Donc rien ne changera.

    L’administration de Bruxelles, comme toutes les grandes structures n’a qu’un seul but : la perpétuité de son existence.
    Il faut continuer.

    Les lobbies et multinationales adorent l’UE telle qu’elle est : Bruxelles est le paradis du lobbying.
    Surtout ne rien changer.

    Les parlementaires et fonctionnaires Européens bénéficient d’un statut fabuleux.
    Il faut le conserver.

    L’UE draine un budget qui se compte en centaine de milliards (168 pour 2019) et la répartion du magot est entre les mains de l’oligarchie sans controle.
    Vous ne voulez tout de même pas perdre çà ?

    Et je pourrais continuer…
    Les forces qui bloquent l’UE sont tellement considérables, il est totalement illusoire d’imaginer un changement positif.

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    • Olivier77 // 29.09.2019 à 21h36

      Un président avec des c******s se permettrait de bloquer l’entrée du territoire à n’importe quel transporteur routier pendant 3/4 jours pour créer des bouchons monstres en Belgique, Luxembourg et Allemagne. Un simple contrôle douanier pour vérifier la conformité de tous les poids lourds en transit comme mesure montrant notre souveraineté.

        +0

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  • Véro // 25.09.2019 à 10h15

    Je suis perplexe face à cette série d’articles.
    Tous les dirigeants ont toujours fait comme si l’UE n’était pas une réalité mais seulement un projet en devenir, à construire, cherchant à attirer l’attention sur quelques grandes idées très générales pour sauver l’Europe supposée en danger de ne pas se réaliser.
    Pendant ce temps, l’UE continue à réformer les Etats, à s’emparer de leurs souverainetés, à modifier les frontières (euro-régions). Elle n’est pas une idée générale et abstraite, elle a des conséquences très concrètes sur le quotidien de tout le monde.
    Cette attitude de Macron correspond en tous points à ce qui s’est toujours fait : se mettre volontairement dans une position de déni sur la portée de l’UE, faire croire que la politique française se décide uniquement en France. Et au final, le rôle de Macron consiste simplement à faire accepter les réformes aux français (c’est pour ça qu’il faut éviter de s’embarrasser d’un parlement vraiment pluraliste, un parti très largement majoritaire à l’assemblée c’est beaucoup plus simple). Psychologiquement, même s’il est évidemment en phase avec toutes les réformes UE, il n’est pas dans la peau d’un élu qui décide seul face au peuple avec le risque d’être désavoué, mais dans celle d’un membre de conseil d’administration responsable devant lui de l’application des décisions dudit conseil et devant juste rendre ces décisions acceptables auprès de ceux auxquels elles sont destinées (la notion d’acceptabilité est d’ailleurs très à la mode actuellement).
    L’UE est donc très loin d’être moribonde.

    …/…

      +10

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    • Véro // 25.09.2019 à 10h15

      …/…
      Et même les désaccords entre la France et l’Allemagne me paraissent très surfaits. Par exemple, il n’y a pas de parlement de la zone euro, certes. Mais il y a un parlement franco-allemand.
      Alors que reproche-t-on à Macron ? Ses discours vaseux qui seraient supposés ne pas faire l’unanimité dans l’UE ? Mais que peut-il faire d’autre à part ça ? Nous expliquer droit dans les yeux ce qu’il compte décider avec ses copains du Conseil européen pour les français, nous demander avant de signer ce qu’on pense du traite d’Aix-la-Chapelle, etc. etc. ?

        +4

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      • José // 25.09.2019 à 12h45

        hahahaha!!! Cette tentative de coller la France à l’Allemagne n’aboutira a rien!!!! Assemblée parlementaire Franco-Allemande, c’est une coquille vide!!!!! elle ne jouera aucun rôle chez nous car c’est le Bundestag qui a le dernier mot…Merkel est tres gentille avec les Francais en acceptant de telle ânnerie. Je parie qu’avec le furur Chancelier Friedrich MERZ (CDU) ce sera la fin de la recreation !!!! Pour être honnête les deux pays veulent vivre cote a cote dans la paix. Du point de vue allemand on n’a pas besoin de se fondre pour être en paix….C’est ce que tout le monde pense ici en Allemagne….Chacun s’occupe de son pays. On ne se fera plus la guerre car cela est du passé. La question est de savoir pourquoi les elites francaises aiment-elles toujours se coller à l’Allemagne alors que l’Allemagne regarde peu la France????? L’Allemagne veut être souverraine, pourquoi la France veut-elle toujours plus d’abandon de souverraineté????? Cette attitude francaisses nous inquète nous Allemands…….

          +9

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        • Véro // 25.09.2019 à 14h52

          Non ce n’est pas une coquille vide. Les abandons de souveraineté français sont bien réels et produisent des conséquences (notamment en matière de défense, et en matière territoriale), et les avantages pour l’Allemagne sont bien réels aussi. L’assemblée franco-allemande est là pour envelopper les décisions communes dans une apparente légalité.
          Et puis je ne sais pas qui a voulu vraiment ce traité. Il a été négocié sans que personne ne sache quoi que ce soit. Peut-être que toutes les revendications allemandes ne sont pas éteintes, d’où l’idée de sortir l’Alsace du territoire français pour en faire une sorte de zone “autonome”, et grâce au traité il y aura une institution pour faire les lois de ce territoire. Et pour d’autres, ce nouveau statut de l’Alsace représente peut-être un genre de symbole d’union pour la paix (parce qu’on ne s’est pas fait la guerre justement, il y avait un agresseur et un agressé).
          L’attitude des dirigeants français inquiète peut-être les allemands, mais je pense qu’elle inquiète encore plus de français.

            +6

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  • José // 25.09.2019 à 16h22

    Hmmm Mr Véro,
    Vouc croyez vraiment en une armée européenne???? Dirigé par qui???? Recevant l’ordre de qui???? Cessez cette utopie franco-francaises . En Allemagne on est réaliste, la defence européenne s’appelle l’OTAN. Tous les Européens le comprennent ainsi. Il n’y a qu’en France on rêve d’une armée européenne. Pour qu’un soldat Allemand sort du territoire allemand pour aller combattre il fau l’accord du Busdestag. Cela restera ainsi pour des années et des années…..Sauf si cette armée sera commandée par l’Allemagne alors je crois qu’on peut l’envisager. Vous croyez vraiment????Que les elites Francaises cessent de rêver!!!!! Prendre leur reves pour des réalités.Macron aurait dû consacrer cette Energie qu’il gaspille pour son projet européen , plutöt pour réformer la France en profondeur…. Dépense publique, déficit, DETTE;;industrie, compétitivité. En Allemagne on connait les meaux dont souffre la France. Mais les élites francaises préferent une fuite en anvant….L’Europe n’écoutera jamais la France si elle est dans cet état….c’est ca la vérité!!!!!
    Pour ce qui concerne l’Alsace nous n’avons plus d’ambition en tant que telle. pour ce territoire. Elle est maintenant francaise tres en retard par rapport au Baden Wüttemberg par exemple ….Mais peut être que son arimage a l’Allemagne permettra à la France a se réformer et supprimer ses 36.000 communes pour etre plus efficace…..Point de vue d’un Allemand

      +1

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    • Véro // 25.09.2019 à 20h27

      Je ne crois rien, pour ma part je n’aurais pas signé ce traité. Et je ne veux surtout pas d’armée européenne (et en matière de défense il y a bien d’autres manières de coopérer que de faire une armée commune). Et le traité n’est pas franco-français. Il faut donc croire qu’il répond à des objectifs français sans doute, mais allemands aussi.
      La France n’a pas besoin de faire les réformes que vous dites (et qu’elle fait, malheureusement pour elle car ça va toujours plus mal) Elle a juste besoin de retrouver son indépendance, y compris monétaire. Et de retrouver la voie de la raison, parce que non, réduire le nombre de communes ne donne pas d’efficacité supplémentaire.

        +5

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      • José // 27.09.2019 à 10h24

        Oui Mr Véro je suis d’accord avec vous que la France n’a pas besoin de faire les reformes structurelles!!!! Même si vous parlez ironiquement…… Alors elle doit abandoner l’EURO sinon ca ne peut pas marcher. On ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre. Cela illustre bien les contradictions francaises pour ce qui concerne l’Europe. Poussez à plus d’integration avec les pays qui ont une compétitivité supérieure “et en même tepms” ne pas faire des reformes nécéssaires chez soi est bien une abérration des elites francaises….On a l’impression qu’elles ne connaissent rien de l’économie…. Je suis désolé de le dire ainsi….Dans peu d’années l’Espagne risque de passer devant la France…Beaucoup d’economistes allemands le prédisent. Elle est dejä passé devant l’Italie….A vrai dire l’Espagne est plus proche de l’Allemagne que la France. Je ne pense pas que cette monnaie a de l’avenir.
        Macron pense que si les pays riches financent les pays pauvres ca va marcher!!!! Encore une aberration. Depuis 30 ans nous financons l’Allemagne de l’est ils sont tjrs pauvres malgré des subventions a coup des centaines de milliards….Encore que nous sommes un seul pays, seule langue, seule mentalité….A l’echelle européenne ca ne marchera pas a moins que les pays du sud veulent êtres des assistés eternels…..Personne ne veut cela. Alors dites a Macron d’enterrer ses projets européens et s’occuper de la France. Point de vue d’un ami Allemand

          +2

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  • privilège // 25.09.2019 à 21h30

    Les privilèges continuent pour nos « élites »… Le Premier ministre publie un Décret (JORF n°0221 du 22 septembre 2019) pour s’accorder, quand il ne sera plus en fonction (ainsi qu’à ses successeurs et prédécesseurs), un secrétaire particulier pour une durée de 10 ans suivant la fin des fonctions et jusqu’à l’âge de 67 ans et un véhicule avec conducteur sans limitation de durée… A faire circuler car je ne pense pas que nos médias actuels en fassent leur « Une » :
    https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000039121001&dateTexte=&categorieLien=id

      +3

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  • lon // 25.09.2019 à 22h12

    Ce qui démontre une fois encore que les élites françaises ne connaissent pas l’Europe , elles en ont seulement une idée , et ne cessent d’être obsédées en creux par les Etats-Unis d’Amérique

      +0

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  • David510 // 26.09.2019 à 05h36

    Donc… il faut quitter l’UE et la zone euro… et probablement l’otan, ainsi que l’Omc… Avons nous reellement besoin de ces entites supranationales, sclerosees pour certaines ou sous influence pour d’autres, pour dialoguer ou pour commercer ? Pour l’instant, elles nous coutent et elles nous immobilisent.

      +5

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  • Dorian // 27.09.2019 à 09h51

    L’Union européenne est, pour Macron, une gigantesque manif. On a nassé des pays entiers, on les enfume avec des discours toxiques et on les matraque fiscalement. Et, bien sûr, on empêche de sortir de la nasse ceux qui le voudraient en les enfumant encore plus et en ne respectant pas la loi.

      +4

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