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8.octobre.20188.10.2018 // Les Crises

« Hollywood propaganda » : la fabrication du consentement au cinéma. Par Laurent Dauré

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« La politique étrangère américaine est ignoble car non seulement les États-Unis viennent dans votre pays et tuent tous vos proches, mais ce qui est pire, je trouve, c’est qu’ils reviennent vingt ans plus tard et font un film pour montrer que tuer vos proches a rendu leurs soldats tristes. »

Frankie Boyle, humoriste écossais

La publication d’Hollywood propaganda de Matthew Alford est assurément la bienvenue, tant les travaux récents sur le pouvoir idéologique du cinéma américain sont rares en français, a fortiori quand il est question de la politique étrangère des États-Unis et des guerres qui lui sont consubstantielles. Pour la première fois un ouvrage analyse de façon approfondie et documentée ce soft power au service de l’hégémonie américaine, passant en revue des dizaines de films sortis depuis le début des années 1990.

C’est en 2010 que l’universitaire britannique Matthew Alford publie Reel Power: Hollywood Cinema and American Supremacy (Pluto Press), qui paraît aujourd’hui – enfin ! pourrait-on ajouter – en France sous le titre Hollywood propaganda (Éditions Critiques), avec une préface inédite de l’auteur. Tout amateur de cinéma, quel que soit son degré d’exposition aux produits de l’industrie du divertissement américaine, apprendra beaucoup à la lecture de ce livre qui incite à se montrer plus vigilant à l’égard des somptuosités hollywoodiennes, y compris quand elles se présentent sous un jour humaniste, ou plutôt humanitaire.

Matthew Alford est un spécialiste des médias audiovisuels et des rapports entre pouvoir politique et industrie des loisirs. Dans Hollywood propaganda, il examine aussi bien des superproductions (Avatar, Transformers, Iron Man, Terminator Renaissance, La Chute du Faucon noir, etc.) que des longs-métrages aux budget moins faramineux (Les Rois du désert, Lord of War, La Mémoire dans la peau, Vol 93, Hôtel Rwanda…). Film de guerre, comédie, cinéma d’action, science-fiction, drame politique, l’auteur consacre un chapitre à chacun de ces genres, décortiquant la façon dont les œuvres représentent les actions des États-Unis dans le monde ainsi que leurs autorités civiles et militaires.

Alford applique à Hollywood le « modèle de propagande » exposé par Edward Herman et Noam Chomsky dans leur livre de référence sur les médias La Fabrication du consentement : de la propagande médiatique en démocratie (Éditions Agone, 2008 ; 1988 pour la première édition en anglais). Il utilise un grand nombre de sources, fournissant quantité de données et de citations éloquentes ; il a par ailleurs lui-même mené des entretiens avec des acteurs du secteur. Le visage du cinéma américain post-guerre froide dévoilé par Hollywood propaganda est loin du mythe séduisant cultivé par les petits soldats de l’impérialisme culturel.

Washington-Hollywood : loin des yeux, près du cœur

Selon la vision véhiculée par les médias dominants, Hollywood serait un bastion des idéaux de la gauche progressiste, avec un généreux contingent d’artistes « engagés » et de films « contestataires ». Alford, en analysant à la fois le fonctionnement interne et les productions de la « machine à rêves », montre que celle-ci est en fait profondément compromise dans la défense des intérêts des forces politiques et économiques les plus réactionnaires. Il étudie les mécanismes qui concourent à la diffusion massive d’un « cinéma de sécurité nationale », qui va bien au-delà des œuvres les plus manifestement chauvines.

On se moque volontiers en France de la multitude de drapeaux américains et des héros manichéens qui figurent dans beaucoup d’hollywooderies bêtement patriotiques, mais la lourdeur de tels procédés rend celles-ci peut-être plus inoffensives que des films qui approuvent la politique étrangère américaine et l’ordre établi de façon plus implicite et subtile, comme Le Pacificateur de Mimi Leder (1997), Treize Jours de Roger Donaldson (2001) ou Argo de Ben Affleck (2012).

Les spectateurs ignorent souvent que maints films et séries télévisées reçoivent le soutien direct du Pentagone ou d’agences gouvernementales – FBI, CIA, etc. –, sous la forme de conseillers, de prêt de matériel, de personnel, d’accès à des sites, d’entraînement, etc. En effet, comment par exemple faire un film de guerre sans char, avion, hélicoptère ou navire, même si le développement des images de synthèse a un peu assoupli cette contrainte ?… Le département de la défense ne met pas ses ressources à disposition sans contrepartie. Il exige un droit de regard sur le scénario et demande des modifications quand il estime que l’image qui est donnée de l’armée américaine n’est pas suffisamment positive. Cette seule pratique détermine fortement la nature des films qui voient le jour.

Les services de renseignement font de même pour monnayer leur appui à un projet. Matthew Alford donne plusieurs exemples de ce mélange des genres délétère, dont certains étonneront même les cinéphiles politiquement les plus lucides. Par des pressions plus ou moins subreptices, des œuvres comme L’Enfer du devoir de William Friedkin (2000), Windtalkers, les messagers du vent de John Woo (2002), La Recrue de Roger Donaldson (2003) et La Guerre selon Charlie Wilson de Mike Nichols (2007) ont été significativement altérées dans un sens – encore plus – favorable à l’establishment politique et militaire (et à la CIA dans le cas des deux derniers). L’auteur montre par ailleurs que certains films sont le produit de véritables partenariats entre les studios hollywoodiens et les structures de pouvoir qui définissent et appliquent la politique étrangère de Washington. Et cela ne concerne pas seulement les productions des deux chouchous du Pentagone Jerry Bruckheimer et Michael Bay…

Dans un livre publié l’année dernière, National Security Cinema: The Shocking New Evidence of Government Control in Hollywood (CreateSpace Independent Publishing Platform), Alford et son coauteur Tom Secker rendent compte de nouvelles recherches exploitant des archives auxquelles ils n’avaient pas eu accès auparavant. Ils ont ainsi pu établir de façon irréfutable qu’entre 1911 et 2017, au moins 814 films ont reçu le soutien actif du Pentagone, auxquels il faut ajouter 1 133 programmes pour la télévision. Et si on inclut comme il se doit les projets aidés par le FBI, la CIA ou la Maison Blanche, ce sont en fait des milliers de productions qui ont été patronnées – à des degrés variables – par l’État de sécurité nationale.

Des films comme ceux de la série Transformers (2007-…) – réalisés par Michael Bay, le tycoon néocon adepte du placement de produits –, Terminator Renaissance de « McG » (2009) ou La Chute du Faucon noir de Ridley Scott (2002) ont ainsi « bénéficié » de la coopération du département de la défense et, de fait, ils célèbrent explicitement l’armée. Mais Matthew Alford prouve, en étudiant scrupuleusement leur contenu, que l’idéologie néoconservatrice – exceptionnalisme et interventionnisme – se glisse également dans des œuvres moins mainstream, sans que le concours du Pentagone ou de la CIA soit nécessaire. À Hollywood, la mentalité impérialiste est en grande partie spontanée ; ceux qui y résistent sont marginalisés, voire attaqués, et ils rencontrent de multiples obstacles pour produire et montrer leurs films.

La bonne conscience impérialiste

Même des films qui se présentent comme critiques, progressistes et pacifistes adoptent souvent comme prémisses la bienveillance foncière des États-Unis et la nécessité d’un « droit d’ingérence ». À vocation humanitaire, cela va sans dire. Faisons au passage une observation élémentaire : l’ingérence est toujours commise par le fort contre le faible, jamais l’inverse. À Hollywood comme à Washington, on ne ménage pas ses efforts pour nous convaincre que de terribles menaces pèsent sur le monde et qu’il incombe à la superpuissance américaine d’intervenir pour nous en protéger. Par la violence d’État de préférence, la diplomatie et le droit international étant encore plus ennuyeux sur grand écran que dans les enceintes onusiennes.

Comme le note Jean-Michel Valantin dans Hollywood, le Pentagone et le monde : les trois acteurs d’une stratégie globale (Éditions Autrement, 2010), l’un des rares livres en français consacrés à notre sujet, le cinéma made in USA est très généreux dans le registre de la « production de menace ». Arabo-musulmans, Russes, extraterrestres, etc., il se trouve toujours de redoutables méchants pour venir piétiner les « valeurs » et le « mode de vie » du « monde libre ».

Dans les salles obscures comme dans les médias sous influence atlantiste – c’est-à-dire la plupart –, les États-Unis ne sont jamais directement responsables des conflits et troubles mondiaux. Ils se contentent d’y réagir. Et ainsi, à la question « Pourquoi nous détestent-ils ? », ces vils ennemis, Hollywood donne généralement la même réponse que George W. Bush après le 11 Septembre : pour nos libertés, pour notre démocratie. Prière de ne pas en douter et surtout de ne pas se poser davantage de questions. La menace est réelle et n’est pas de notre fait. Il faut la combattre par l’intimidation ou la violence. Point.

Les présupposés démentiels qui assignent aux États-Unis un statut de « nation indispensable » guidée par une « destinée manifeste » sont profondément ancrés dans l’industrie du cinéma, même chez des réalisateurs et scénaristes « de gauche ». Nourris par ce fantasme de grandeur altruiste dont on peine à constater les fruits dans le monde réel, les films s’écartent rarement de la certitude hallucinatoire selon laquelle l’Amérique est la championne du Bien ayant pour mission de défendre les innocents et de châtier les vilains partout dans le monde. Par chance, le complexe militaro-industriel a ce qu’il faut en magasin pour « administrer une violence vertueuse », selon l’expression opportune de Matthew Alford. Hollywood, c’est – trop souvent – la pensée de feu John McCain avec un habillage glamour.

Évidemment, au cinéma aussi il arrive que cela tourne mal et que les forces armées ou les agents de la CIA commettent des « erreurs » (généralement tactiques), des « bavures » (forcément individuelles) et provoquent des « dégâts collatéraux » (assurément regrettables), mais les intentions d’origine étaient pures et louables. De même, on nous montre à l’envi qu’il existe des brebis galeuses et des francs-tireurs incontrôlables – voire « déséquilibrés » – au sein des systèmes de pouvoir. Mais une fois que ceux-ci auront été neutralisés par les éléments intègres et honnêtes (à la fin du film), la bienveillance intrinsèque des États-Unis pourra de nouveau apparaître aux yeux de tous. En somme, la pureté des intentions américaines est malheureusement pervertie par la complexité et les aléas propres aux situations concrètes sur le terrain. Ce storytelling est aussi bien celui des néoconservateurs et impérialistes humanitaires – qui dominent le Parti républicain comme celui de Mme Clinton – que de la plupart des films traitant de sujets géopolitiques et militaires.

We are doing our best. Nous faisons de notre mieux. C’est la profession de foi washingtonienne par excellence. Combien de crimes et d’injustices ont été commis sous le couvert de cette déclaration auto-complaisante ?… Le secrétaire à la défense actuel, James Mattis, a bien exprimé ce catéchisme délirant : « Nous sommes les gentils. Nous ne sommes pas parfaits, mais nous sommes les gentils. Et donc nous faisons ce que nous pouvons. » (« Face the Nation », CBS, 28 mai 2017, cité par l’excellent William Blum ici).

Imprégnés de ce credo, des films récents comme Zero Dark Thirty de Kathryn Bigelow (2013), American Sniper de Clint Eastwood (2015) et 13 Hours de Michael Bay (2016) ont incarné une forme d’« impérialisme fataliste », sombre, et même dépressif pourrait-on dire. Dans ce cadre mental et politique étroit, non seulement les fondamentaux de la politique étrangère américaine ne font jamais partie du problème, mais en plus ils font figure d’unique solution. Partager le monde avec ces États-Unis-là, c’est comme partager une classe avec une brute paranoïaque qui prétend que ce sont les autres élèves qui la forcent à les harceler.

Tous les chemins doivent mener à Rome

Hollywood, s’inspirant là encore de Washington, a tendance à marginaliser, voire à ignorer, aussi bien les souffrances que le point de vue des non-Américains. Ainsi, dans les films, c’est généralement la sécurité des États-Unis qui est menacée, alors qu’ils ont l’armée la plus puissante de la planète et n’ont pas eu de guerre sur leur territoire continental depuis plus de 150 ans. De toute façon, par synecdoque quasi systématique, les États-Unis, c’est le monde. Les autres pays sont soit soumis, soit ennemis ; on accorde à certains le privilège de n’être qu’insignifiants. Comme l’écrit Alford, « c’est monnaie courante à Hollywood de partir du principe que les étrangers ne comptent pas, que les ennemis des États-Unis sont implacablement mauvais, et que la puissance américaine est par définition désintéressée et bonne. »

Hollywood propaganda montre à quel point il est exceptionnel qu’un film issu des grands studios adopte, même temporairement, la perspective de personnages étrangers – sauf quand ceux-ci sont fortement occidentalisés, c’est-à-dire américanisés –, et a fortiori de victimes de l’impérialisme. Au mieux, dans les productions les plus « humaines », on voit des soldats (ou des agents secrets) américains souffrir… de faire souffrir. Le spectateur est ainsi invité à avoir de l’empathie pour les bourreaux les plus sensibles, les suppliciés n’étant que des faire-valoir d’arrière-plan servant à mettre en lumière la noble douleur des stormtroopers de Washington. Malgré son effroyable force et la brutalité de ses méthodes, sachez que l’Empire a un petit cœur qui bat, il est fondamentalement décent sous son armure. Certes, il massacre et dévaste, mais ça ne le laisse pas tout à fait indifférent.

Même s’il peut être « douloureux » pour les cinéphiles d’y penser, ce tropisme américano-centrique est également celui qu’ont adopté les films qui sont considérés comme les meilleurs sur la guerre du Vietnam : Voyage au bout de l’enfer de Michael Cimino (1978), Apocalypse Now de Francis Ford Coppola (1979), Platoon d’Oliver Stone (1986), Full Metal Jacket de Stanley Kubrick (1987), Outrages de Brian De Palma (1989). Cela dit, il n’y a eu aucune œuvre de cette trempe sur les guerres ultérieures des États-Unis ; Hollywood a accompli la prouesse de devenir à la fois plus médiocre cinématographiquement et moins critique politiquement. Précisons que dans sa trilogie sur le Vietnam, après Né un 4 juillet (1989), Oliver Stone a quelque peu rééquilibré son approche avec Entre ciel et terre (1993), dans lequel c’est une Vietnamienne qui a le statut de personnage principal ; néanmoins, une grande partie du film repose sur sa relation amoureuse avec un soldat américain.

En examinant des films plus récents qui ont été présentés comme des satires du militarisme belliqueux des États-Unis, tels que Les Rois du désert de David O. Russell (1999), Team America, police du monde de Trey Parker (2004) ou Jarhead, la fin de l’innocence de Sam Mendes (2005), Alford expose les limites que le système hollywoodien assigne à la critique de la politique étrangère américaine. De façon générale, peu d’œuvres ont envisagé de façon conséquente que pour éviter que les boys dépriment après avoir massacré des Vietnamiens ou des Irakiens, il pourrait être pertinent de commencer par ne plus les envoyer ravager des pays étrangers.

Résumons. Les principaux partis pris d’Hollywood quand il est question de l’action des États-Unis dans le monde sont : l’Amérique est fondamentalement bienveillante ; elle n’est pas irréprochable mais elle doit assumer le fardeau de l’hégémonie sous peine de laisser le champ libre à de dangereux ennemis ; les menaces sont réelles et indépendantes des agissements de Washington ; les politiques d’apaisement sont inefficaces ; les solutions non-violentes aux tensions et conflits sont naïves, voire irresponsables ; le recours à la violence d’État est donc regrettable mais nécessaire ; la souffrance physique et psychologique des « nôtres » a plus de valeur que celle des étrangers ; il y a des brebis galeuses au sein des systèmes de pouvoir mais les institutions sont par essence légitimes et bonnes, leur pervertissement ne peut être que temporaire.

Un soft power qui tape dur sur les cerveaux

Le cinéma est un art si populaire et prévalent qu’il aurait été surprenant que le pouvoir ne s’y intéresse pas. Alford explique en détail pourquoi il est justifié de qualifier Hollywood d’« industrie politisée ». Il reproduit une déclaration de Darryl F. Zanuck, le nabab qui a fondé la 20th Century Fox : « Si vous avez quelque chose qui mérite d’être dit, faites-lui revêtir les atours scintillants du divertissement et vous aurez un marché à disposition […] sans divertissement, les films de propagande ne valent pas un clou. » Ces propos ont été inspirés par un contexte particulier (1943), mais le principe s’applique aussi en « temps de paix », cette notion étant à fortement relativiser dans le cas des États-Unis, qui cultivent un état de guerre perpétuel, avec une profusion de conflits et d’ingérences plus ou moins ouverts (sur ce point, lire le remarquable livre de William Blum, Les Guerres scélérates : les interventions de l’armée américaine et de la CIA depuis 1945 – Éditions Parangon, 2004 ; on peut prendre connaissance de larges extraits de la version anglaise sur le site de l’auteur).

L’industrie du divertissement assume une partie de l’endoctrinement/endormissement des masses. Le cinéma, comme la télévision, est un redoutable outil de fabrication du consentement par la séduction et l’émerveillement. Dans sa production prééminente, il cible particulièrement les classes populaires et moyennes inférieures, les « minorités », les jeunes. Hollywood est très souvent aux dominés ce que le New York Times et le Washington Post sont aux dominants (Le Monde en France). Sauf que l’élite adopte assez naturellement l’idéologie qui lui profite… Cela dit, elle a besoin, d’une part, de se convaincre régulièrement que la vérité et la justice ont le bon goût de s’ajuster à ses intérêts matériels, et d’autre part, qu’on lui fournisse des arguments pour justifier sa place dans la hiérarchie sociale. À Hollywood, la vision du monde promue par les dominants se trouve traduite dans une forme audiovisuelle attrayante, destinée à un large public, avec des messages généralement simples et réconfortants, ou fatalistes (« les choses sont comme elles sont et ne peuvent pas être autrement »).

C’est un élément plus connu mais il mérite d’être rappelé : Hollywood fonctionne en environnement hautement capitaliste, l’industrie du cinéma est dirigée par une poignée de grands studios – les majors – qui souvent appartiennent eux-mêmes à des conglomérats. La concentration du secteur, déjà extrême, va de nouveau s’accroître en 2019 avec le rachat par Disney de la 20th Century Fox (pour 71,3 milliards de dollars). Quoi de plus normal que la souris alpha veuille manger tout le fromage… À noter que les studios bénéficient de copieux avantages fiscaux, ce qui atteste que le cinéma revêt une importance stratégique pour le pouvoir central. On comprend dès lors qu’Hollywood reste modéré dans ses occasionnelles critiques contre celui-ci. Et que le traitement des sujets économiques et sociaux dans les films subisse un « cadrage » similaire à celui qui s’exerce quand il est question de politique étrangère.

De même que les milliardaires qui possèdent les grands médias sont spontanément peu enclins à ce que s’y répandent des points de vue et des analyses qui pourraient nuire à leurs affaires et à leur statut, les conglomérats qui dominent Hollywood sont faiblement disposés à ce que leurs filiales fabriquent des films critiquant de façon substantielle le pouvoir politique et économique. Alford montre que lorsque des œuvres « dangereuses » parviennent malgré tout à voir le jour, elles rencontrent souvent des difficultés au stade de la distribution et de la promotion. Ce fut le cas par exemple pour Redacted de Brian De Palma (2007), une charge viscérale contre la guerre en Irak, qui a été pilonné aux États-Unis par les commentateurs des médias mainstream et n’a été projeté que dans quinze salles sur tout le territoire. Il arrive même que des films soient sabotés par les studios qui les ont produits – ou par leur maison-mère – afin de restreindre leur exposition au public.

Le mythe d’un Hollywood progressiste

Quelles que soient les velléités progressistes de certains scénaristes, réalisateurs, producteurs et acteurs, Alford prouve qu’ils sont entravés par un système câblé pour favoriser la suprématie mondiale des États-Unis, le recours fréquent à la violence d’État et le pouvoir des grandes entreprises américaines. Sous un verni parfois irrévérencieux et iconoclaste, Hollywood promeut de manière écrasante le statu quo.

La petite dose de critique qui survit ici et là est neutralisée par le gros de la production et par ses propres limites. Hollywood propaganda met en évidence que des « films engagés » comme Hôtel Rwanda de Terry George (2004), Avatar de James Cameron (2009) ou même le documentaire Fahrenheit 9/11 de Michael Moore (2004), valorisent en fait des visions alternatives tièdes de la politique américaine. À Hollywood, la critique s’arrête toujours « à temps ». Les changements radicaux en matière politique, économique ou sociale sont présentés comme impossibles ou dangereux.

Alford nous invite à nous demander ce qu’accomplissent concrètement les richissimes vedettes connues pour leurs « convictions » à part se donner une image avantageuse auprès de la petite-bourgeoisie intellectuelle. En effet, George Clooney, par exemple, soutien officiel de Barack Obama puis d’Hillary Clinton, n’a-t-il pas facilité avec d’autres stars « de gauche », par ses actions ultra-médiatisées mais politiquement indigentes sur le Darfour, la partition du Soudan, laquelle était un objectif majeur des stratèges de Washington et de Tel-Aviv (sur le sujet, lire cette interview de Michel Raimbaud, ex-ambassadeur de France au Soudan) ?

Angelina Jolie, elle aussi célébrée pour ses engagements humanitaires, n’est-elle pas la scénariste et réalisatrice d’un film, Au pays du sang et du miel (2011), où les Serbes sont représentés comme des terroristes, égorgeurs et violeurs en série ? Ce qui avait incité le cinéaste Emir Kusturica à qualifier Hollywood, dans le quotidien serbe Blic, de « plus grande usine de mensonges » (23 janvier 2012). Et d’ajouter : « Ils font des films cons qui sont souvent des armes de propagande. Un de ces films est celui qui a été réalisé par l’intelligente, mais très naïve, Angelina Jolie. » Aussi ne faut-il pas s’étonner que celle-ci ait cosigné avec Jens Stoltenberg, le secrétaire général de l’OTAN, une tribune publiée dans le Guardian pour célébrer les accomplissements de l’Alliance atlantique et appeler celle-ci à devenir « un leader » de la défense des droits des femmes dans le monde. On se pince pour y croire mais il ne semble pas que ce soit de l’humour noir. Les dizaines de milliers de femmes qui sont mortes sous les bombes de l’OTAN ont en plus été privées du « droit » d’admirer Angelina Jolie dans sa dernière publicité pour le parfumeur Guerlain.

Que dire par ailleurs de ces soirées « caritatives » qui ont pour objectif de lever des fonds au profit… des soldats israéliens ? Comme on peut le constater ici, de nombreuses célébrités et décideurs de l’industrie du divertissement y participent avec enthousiasme. La dernière en date, qui s’est tenue à Los Angeles le 2 novembre 2017, a permis de récolter 53,8 millions de dollars pour les nécessiteux de Tsahal. Rappelons qu’Israël reçoit déjà dix millions de dollars par jour de la part des États-Unis (voir cet article pour les détails). Parmi les stars hollywoodiennes qui soutiennent cette initiative, on compte Arnold Schwarzenegger, Robert De Niro, Barbra Streisand, Sylvester Stallone, Antonio Banderas, Mark Wahlberg, Liev Schreiber, Gerard Butler…

Comme si cela ne suffisait pas, le lobby pro-israélien tire à vue dès qu’un film lui semble insuffisamment amène à l’égard de l’État hébreu. Comme le raconte Alford, même une œuvre très (très) modestement critique comme Munich de Steven Spielberg (2006) n’a pas trouvé grâce aux yeux des organisations sionistes. Gageons qu’on peut encore attendre longtemps avant qu’un film grand public favorable – même timidement – à la cause palestinienne ne parvienne à s’extraire des entrailles d’Hollywood.

Chiffres à l’appui, Alford montre que l’opposition franche aux guerres américaines les plus fraîches a été très faible dans le microcosme du cinéma. On ne peut donc qu’être d’accord avec l’acteur et réalisateur Tim Robbins lorsqu’il avait déclaré à l’hebdomadaire The Nation : « Vous parlez de la gauche à Hollywood, mais où diable se cache-t-elle ? » (5 avril 1999). Comme la courageuse Susan Sarandon, son ancienne compagne, Tim Robbins fait partie des très rares vedettes du grand écran réellement antiguerre et progressistes. Même Jane Fonda est rentrée dans le rang.

Dans son avant-propos à Hollywood propaganda, l’historien et politologue Michael Parenti fait cette remarque judicieuse : « L’essentiel du processus de contrôle idéologique se fait implicitement. » Le grand dissident américain – trop méconnu en France – précise ensuite que « les formes de contrôle social les plus répressives ne sont pas toujours celles que nous vouons consciemment aux gémonies, mais celles qui s’insinuent d’elles-mêmes dans le tissu de notre conscience afin de ne pas être remises en cause, et qui sont alors acceptées comme faisant partie de la nature des choses. Il y a sans doute des progressistes et des gens de gauche à Hollywood qui ne se sont toujours pas rendu compte à quel point ce qu’ils entreprennent sert la cause des pouvoirs en place. »

L’inculcation d’une histoire US friendly

Générant un déluge de productions prétendant relater des événements réels, Hollywood fabrique de fait de l’histoire. Par son exportation massive, cette pléthore de récits (films, téléfilms, séries et documentaires) a un impact considérable sur le monde entier. Ce qui pose plusieurs problèmes – c’est un euphémisme – car l’histoire ainsi produite est à la fois américano-centrée, pro-américaine et, comme on le mesure en lisant Matthew Alford, structurellement inféodée aux pouvoirs politique, économique et militaire. Un cinéma aux ordres ne peut enfanter qu’une histoire aux ordres.

Comme le fait justement remarquer Pierre Conesa dans Hollywar : Hollywood, arme de propagande massive (Robert Laffont, 2018), il n’y a ni ministère de l’Éducation nationale ni manuels d’histoire aux États-Unis ; le cinéma a donc largement assumé les fonctions d’élaboration et de propagation d’un récit national, d’une histoire commune. Profitons-en pour dire que le livre de Conesa, même s’il porte plus spécifiquement sur les processus de « fabrication de l’ennemi » et les biais racistes dans des films de consommation courante, a eu le mérite de rouvrir un peu le débat sur un sujet occulté par les grands médias français, tout acquis à la fascination pour l’Amérique et son cinéma.

Le peuple américain lui-même aurait un intérêt politique, intellectuel et moral à s’émanciper d’Hollywood, qui s’arroge fréquemment un mandat contestable : le rassurer sur la puissance et la dignité de son pays, lui (re)donner confiance et fierté en celui-ci. Car, comme l’écrit Laurent Aknin dans Mythes et idéologie du cinéma américain (Éditions Vendémiaire, 2012), la production dominante s’efforce à la fois de rendre compte et de conjurer « l’angoisse intérieure d’un pays qui se sent ou se perçoit sur le déclin : la peur de la chute. » Un déclin bien réel et… souhaitable. Reste maintenant à assurer une dissolution la plus pacifique possible de l’hégémonie américaine, le danger étant que les empires qui sentent la suprématie leur échapper surenchérissent souvent dans la bellicosité.

L’urgence de se libérer d’Hollywood est encore plus pressante pour les autres peuples. Quand l’information internationale dans les médias dominants et l’enseignement de l’histoire (notamment récente) à l’école sont défaillants – ce qui est le cas en France –, les luxueuses fictions d’outre-Atlantique tendent là aussi à tenir lieu de références en matière d’éducation historique. Ainsi, les grands événements mondiaux, en particulier les guerres et les affrontements géopolitiques, sont vus à travers le prisme enjôleur d’Hollywood. De nombreuses personnes ont un rapport à l’histoire, aux relations internationales et aux pays étrangers largement conditionné par les films et séries qu’elles ont vus.

Hollywood simplifie souvent à l’extrême, écrase les nuances, voire désinforme. Matthew Alford estime à juste titre que la moindre des choses serait de ne pas mentir et falsifier l’histoire quand on prend la responsabilité de la raconter. Or, puisant dans les travaux historiques les plus rigoureux, il montre que la plupart des films qui traitent d’événements réels pratiquent de sérieuses déformations pour ennoblir la politique étrangère des États-Unis ainsi que les autorités politiques et militaires. Comme le raconte Pierre Conesa dans Hollywar, le film Argo est par exemple un bijou de travestissement pro-américain de la vérité historique. Sans réelle surprise puisque Ben Affleck était, de façon consentante, sous forte influence de la CIA. Sur le pouvoir de l’agence de renseignement au sein de l’industrie du divertissement, il faut lire le livre remarquablement documenté et argumenté de l’universitaire américaine Tricia Jenkins, The CIA in Hollywood: How the Agency Shapes Film and Television (University of Texas Press, 2016 pour la seconde édition, revue et actualisée).

Ainsi, comme le cinéma américain s’exporte très efficacement – les accords internationaux qui ont permis cela sont un sujet en soi –, l’histoire hollywoodisée influe sur les représentations et opinions des spectateurs partout sur la planète, y compris chez les peuples victimes de l’impérialisme. Une forme d’histoire globale ultra-rudimentaire aux couleurs de la bannière étoilée s’impose par la fascination et la répétition. Les images chatoyantes, les récits haletants et « l’évidence » cinégénique de l’héroïsme américain séduisent même des esprits qui se croient immunisés contre les gros sabots idéologiques.

Les facteurs matériels sont là encore déterminants. Quel autre pays a les moyens de faire autant de reconstitutions historiques de grande ampleur, en particulier des films de guerre, a fortiori quand ceux-ci nécessitent l’emploi de… matériel militaire made in USA ? Quand on ne sait rien ou pas grand-chose sur la Somalie et l’opération militaro-humanitaire « Restore Hope » (1992-1993), il est à craindre que La Chute du Faucon noir ne vienne occuper le vide en fournissant des images frappantes et des « informations ». De même pour La Guerre selon Charlie Wilson avec l’opération secrète de la CIA qui a consisté à fournir des armes aux moudjahidin en Afghanistan – dont les futurs talibans – dans les années 1980 pour chasser l’Armée rouge et renverser le gouvernement prosoviétique de Kaboul. Alford expose précisément les « erreurs » historiques commises dans ces deux films.

S’il y avait une pluralité de films (en particulier non-américains) facilement accessibles sur ces mêmes sujets, les distorsions hollywoodiennes seraient moins gênantes. Mais ce n’est pas le cas, loin de là. Les quelques films russes qui traitent de la guerre d’Afghanistan sont handicapés par des moyens bien inférieurs et une exportation à l’étranger très réduite. Quant à la cinématographie somalienne, elle est malheureusement inexistante, et pour cause… Pis, la plupart des films dont l’action se déroule – en partie ou entièrement – en Somalie proviennent d’Hollywood. Même si elle n’est pas exhaustive, la liste proposée par Wikipédia donne une idée du déséquilibre.

À notre connaissance, il n’existe pour l’instant qu’un seul long-métrage de fiction sur la guerre en Libye : 13 Hours du faucon lourdaud Michael Bay, qui aurait dû être nommé pour le Pentagone d’or 2016 du meilleur film de propagande néoconservatrice.

Quelques objections aux thèses d’Hollywood propaganda

Examinons brièvement les principales objections susceptibles d’être adressées aux analyses développées par Matthew Alford. Celui-ci fournit évidemment des éléments de réponse supplémentaires dans son livre. Nous excluons volontairement les critiques qui reposeraient sur une contestation de la nature impérialiste des États-Unis ou sur une apologie de leur politique étrangère. Let’s be serious.

Objection 1 : « Dans tous les pays qui ont une cinématographie, il y a des films de propagande ». Il est indéniable qu’il existe des productions françaises, britanniques, japonaises, russes, chinoises, israéliennes, etc., qui présentent de façon avantageuse la politique étrangère et les autorités des pays en question. Mais, en règle générale, ceux-ci s’exportent beaucoup moins que les films américains, ils sont davantage à usage interne (ce qui n’est assurément pas une excuse). Compte tenu du statut de superpuissance des États-Unis et du fait qu’Hollywood a un impact mondial avec lequel aucune autre cinématographie ne peut rivaliser pour l’instant, il est intellectuellement et politiquement légitime de porter une attention appuyée à la production culturelle états-unienne. Notons une tendance révélatrice : dès qu’émerge un film russe, chinois ou iranien critiquant le « régime » de son pays d’origine, il a de bonnes chances de sortir dans les salles françaises et d’être encensé par les médias dominants.

Objection 2 : « C’est avant tout du divertissement, les spectateurs savent faire la part des choses, ils ne prennent pas ces films au sérieux. » Il convient certes d’être prudent sur la question de la réception. Il n’est pas aisé d’évaluer les effets de la propagande – plus ou moins grossière et « sincère » –, celle-ci pouvant d’ailleurs susciter un rejet du message chez des publics récalcitrants. Selon leur condition socio-économique, leur orientation politique, leur structure psychologique, leurs dispositions émotionnelles, leurs capacités cognitives, leur rapport au cinéma, etc., les spectateurs reçoivent différemment les contenus auxquels ils s’exposent. Les voir comme de passives éponges à propagande serait erroné. Mais, comme avec les discours médiatiques, il faut tenir compte des effets d’imprégnation et d’accoutumance. Et aussi de cadrage : des façons de dire et de représenter en marginalisent d’autres par accumulation, répétition ; des manières de montrer l’histoire et de formuler les grands enjeux en étouffent d’autres. Bref, des rapports de forces s’exercent et tendent à réduire le spectre du pensable, de l’imaginable, à restreindre le champ du possible (intellectuel, politique, artistique). Par ailleurs, la faiblesse actuelle des mouvements antiguerre, anti-impérialistes et progressistes en France n’est-elle pas un indice de la force de frappe du dispositif de propagande euro-atlantiste ?

Objection 3 : « Même si un film contient de la propagande discutable, on peut trouver du plaisir à le voir. » Cet argument est tout à fait recevable. On peut en effet apprécier La Chute du Faucon noir pour la virtuosité de la mise en scène de Ridley Scott, pour sa maîtrise du rythme et de la dramaturgie. On peut même estimer que le réalisateur d’Alien (1979) et de Blade Runner (1982) est un génie intermittent du septième art. Il est recevable de considérer que les premiers devoirs d’un film sont cinématographiques, et pas politiques, historiques ou moraux, mais une œuvre qui a un contenu ou du moins des implications relevant fortement de ces aspects doit – aussi – être évaluée sur ce plan-là. Insistons : cela n’empêche pas de pouvoir goûter les caractéristiques proprement cinématographiques d’un film politiquement douteux, voire ignoble. Pour prendre des exemples extrêmes, on peut trouver un intérêt au Triomphe de la volonté de Leni Riefenstahl (1935) ou à Naissance d’une nation de D. W. Griffith (1915) sans pour autant se muter subrepticement en nazi ou en adepte du Ku Klux Klan. Cela dit, les artistes devraient avoir une responsabilité morale et intellectuelle, notamment vis-à-vis des faits et de la vérité du monde réel. Et l’excellence s’atteint en art lorsque l’œuvre est pleinement accomplie, à tous les niveaux, et donc aussi politiquement.

L’aveuglement d’une critique américanisée

Hollywood propaganda révèle en creux le degré d’endoctrinement des critiques et des journalistes hexagonaux, à qui il devrait revenir d’informer sur tout ce dont Matthew Alford parle. La rareté des travaux (notamment universitaires) jette aussi une lumière crue sur l’américanisation avancée de la société française. La plupart des critiques de cinéma, aveuglés par leur fascination pour Hollywood – voire pour Washington –, sont dans le déni quant à la portée idéologique de certains films, à plus forte raison quand ils les apprécient. Même si elle boude un peu depuis le 8 novembre 2016, date de l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis, l’intelligentsia française est si acquise à l’hégémonie américaine qu’elle a contracté une incapacité à reconnaître et à nommer l’impérialisme, même quand il saute aux yeux.

La réception d’American Sniper de Clint Eastwood constitue un bon exemple. Ce film sur le « sniper le plus redoutable de l’histoire militaire des États-Unis » a reçu un très bon accueil public et critique. On a pu observer l’habituelle dérive promotionnelle des discours médiatiques sur le cinéma (voir ces deux articles d’Acrimed pour des études de cas : Avatar ; Star Wars 7). American Sniper a atteint trois millions d’entrées en France et, à quelques rares exceptions près, les commentaires ont non seulement été favorables, mais en plus le contenu idéologique et politique du film a été totalement occulté ou relativisé. Or, comme nous pensons l’avoir montré dans cet article, American Sniper est un film humainement abject faisant l’éloge d’un criminel de guerre sociopathe.

Lors de ce débat animé par Frédéric Taddeï dans son ancienne émission sur Europe 1 (15 mai 2018), Pierre Conesa n’a pas pu faire entendre à Jean-Baptiste Thoret, critique et historien du cinéma, que le film de Clint Eastwood posait de sérieux problèmes historiques, moraux et politiques. L’état de déni dans lequel se trouve Jean-Baptiste Thoret, pourtant très bon connaisseur du cinéma américain, est symptomatique. Au-delà du biais américanophile, on touche peut-être là aux limites de la « politique des auteurs » et de l’esthéticisme dans le rapport au cinéma. Ajoutons que Le 15 h 17 pour Paris (2018) a confirmé la fauconisation de Clint Eastwood, aggravée par une forme de mysticisme patriotico-religieux.

La fragilité des exceptions

Le propos de Matthew Alford n’est pas de condamner en bloc toute la production cinématographique américaine, dont le gros ne traite pas de la politique étrangère de Washington. Il cite par ailleurs quelques exceptions et montre que des réalisateurs comme Oliver Stone et Paul Verhoeven sont parfois parvenus à faire exister un point de vue réellement critique au sein du système. Cela dit, ce sont justement… des exceptions, qui ont d’ailleurs tendance à se raréfier. Et elles existent en général contre Hollywood, après un combat parfois éprouvant avec les puissantes forces de la normalisation culturelle.

Paul Verhoeven – qui, il faut le préciser, est Néerlandais – n’a pas pu tourner aux États-Unis depuis 2000 et il apparaît très compliqué de pouvoir réitérer son tour de force de Starship Troopers (1997), un film de science-fiction grand public dans lequel il développait une habile satire de l’impérialisme et du militarisme. Un chef-d’œuvre à tout point de vue. Quant à Olivier Stone, son Snowden (2016) a été très difficile à produire : il a dû faire appel à des financements européens et effectuer une grande partie des prises de vue en Allemagne. Le budget était si serré que lorsque sa mère est décédée, il n’a pas pu se permettre d’interrompre le tournage pour se rendre aux États-Unis afin d’assister aux funérailles.

Toujours sur le valeureux Edward Snowden, le remarquable Citizenfour (2014) de la documentariste américaine Laura Poitras constitue aussi une exception. Mais il ne peut être considéré comme un film émanant d’Hollywood. À propos de documentaires, ceux d’Oliver Stone sont presque toujours attaqués par les médias dominants. Étant donné qu’ils prennent l’ordre établi à rebrousse-poil, ce n’est guère surprenant. Le cinéaste a ainsi consacré trois films à Fidel Castro, Comandante (2003), Looking for Fidel (2004) et Castro in Winter (2012), reposant essentiellement sur des entretiens réalisés avec l’ancien dirigeant cubain. South of the Border (2009) et Mon ami Hugo (2014) portaient sur Hugo Chávez. Il faut aussi mentionner la très zinno-chomskyenne série documentaire en dix épisodes Une autre histoire de l’Amérique (2012-2013) et le courageux Conversations avec Monsieur Poutine (2017), une interview fleuve du président russe en quatre parties.

Oliver Stone est en train de nous faire oublier la sortie de route de World Trade Center (2006) et celle, moins fâcheuse, de W. : l’improbable président (2008). Dans notre intérêt à tous, souhaitons-lui maintenant de parvenir à réaliser le film sur les dernières années de Martin Luther King dont il a le projet depuis longtemps.

L’existence d’un long-métrage comme Secret d’État (2014) est également à porter au crédit d’un Hollywood alternatif ; dommage qu’avec son film suivant, American Assassin (2017), Michael Cuesta soit tombé dans le pire du cinéma de sécurité nationale. Concernant l’admirable Che de Steven Soderbergh (2008-2009), Matthew Alford et Tom Secker montrent dans leur livre déjà cité que ce film en deux parties consacré à Che Guevara peut difficilement être intégré au corpus hollywoodien. En effet, étant donné que le financement et la production étaient largement franco-espagnols et que les préachats venant de l’étranger couvraient 54 des 58 millions de dollars du budget, la propre indépendance créative de Soderbergh a pu s’affranchir dans une ample mesure de l’influence économico-idéologique d’Hollywood.

Il ne s’agit donc pas de dire que tout est à jeter dans le « cinéma américain », mais que le contenu politiquement et socialement pertinent est considérablement marginalisé. Les œuvres qui s’écartent de la ligne oscillant entre néoconservatisme et impérialisme humanitaire sont très peu nombreuses. De plus, si Alford porte délibérément son attention sur les cas les plus flagrants, il faut aussi tenir compte des innombrables allusions et remarques favorables au credo washingtonien qui sont disséminées ici et là dans les films et les séries. L’idéologie dominante, elle, ruisselle bel et bien.

Combattre l’impérialisme et son cinéma

Matthew Alford nous incite à sortir de la passivité, voire de la complicité, à l’égard des canonnières mentales du cinéma hollywoodien. Et il fournit pour cela beaucoup d’arguments et de faits convaincants. Hollywood propaganda stimule la vigilance et l’esprit critique, il nous encourage à avoir un rapport exigeant avec les films, à lutter contre l’apathie, la fascination et le mensonge. Il s’agit d’une extension au septième art du cours d’autodéfense intellectuelle prescrit par Chomsky. Une telle démarche devrait aussi faire partie de tout enseignement du cinéma digne de ce nom. Cela pourrait en outre profiter à la liberté des cinéastes et à la qualité de leurs œuvres.

On ne peut se libérer d’un impérialisme sans se libérer de sa composante culturelle. Hollywood est la continuation de la politique de Washington par d’autres moyens. Il revient au peuple français de se défendre contre cette offensive, sans oublier bien sûr de regarder en face « son » propre cinéma…

« Un médium aussi important et populaire que le cinéma devrait se sentir davantage responsable d’une culture. »

Arthur Penn, réalisateur américain

Laurent Dauré

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Commentaire recommandé

Duracuir // 08.10.2018 à 08h57

Qu’Hollywood fasse sa propagande, on dira que c’est de bonne guerre. Et c’est ainsi depuis les débuts du cinéma US.
Mais ce qui me fait saigner le coeur c’est la grande masse d’abrutis partout dans le monde pour gober cette propagande grotesque sans aucun recul.
Comment supporter de regarder un seul Marvell sans prendre un coup de sang pour la propagande néolib et néocon la plus sauvage, grossière et stupide exprimée dans ces opus pour demeurés?
Comment peut-on oser ne serait que ne pas se révolter contre une ordure comme “American Snipper” où le propos est de sanctifier un sérial killer lâche qui auto-administre des brevets de terrorisme à bout de lunette avant d’assassiner des femmes et des enfants par dizaines, bien planqué lui derrière une armada de chars et d’hélicoptères?(d’ailleurs la gauche US ne s’y est pas trompée elle, contrairement à son homologie française)
Comment peut-on ne pas ricaner devant cette insulte au peuple US que constitue Gran Torino où le richissime montre son mépris de classe le plus total pour le prolo US, en montrant qu’il ne peut être que grossier, vulgaire, raciste mais racheté par une fin toute évangéliste, bras en croix pour permettre par son sacrifice christique au petit métèque de devenir un bon prolo US, buveur de bière et raconteur de blagues de cul et en envoyant les méchants” niakwés” en taule.
Sommes nous donc devenus dégénérés à ce point?

99 réactions et commentaires

  • Denis Monod-Broca // 08.10.2018 à 07h36

    C’est drôle, dans les films américains (et bien d’autres…) qui montrent des Bons combattant des Méchants, ce qui permet aux Bons de gagner, car ils gagnent forcément, c’est d’être plus méchants que les Méchants.

    • Marie // 08.10.2018 à 09h32

      Cela m’évoque le western “français” concocté par Jacques Audiard, où les méchants s’allient à moins méchants qu’eux…et refont le monde à leur façon: “Les frères Sisters”. Grand film qui restera en mémoire.

      • Christian Gedeon // 08.10.2018 à 10h43

        Vous l’avez vraiment vu? Sérieux? Pour ce qui
        Me concerne entre navet et poireau. Rassurez moi vous ne l’avez pas vu?

  • christian gedeon // 08.10.2018 à 07h40

    Quelle découverte…;Hollywood fait du cinéma américain. D’abord à l’intention du public américain. Et in fine,pro américain.Et qui “marche ” et qui “vend”.Si un cinéma européen(ou autre d’ailleurs) anti propagande américaine de qualité existait,çà se saurait.Quand le cinéma européen sortira de son côté bouton de porte autoflagellatoire et dogmatique,il y aura peut-être une contre propagande.Ce n’est pas avec un cinéma souvent pleurnicheur et chiant comme une pluie d’octobre qu’existera une contre propagande…le cinéma est d’abord fait pour divertir,et dans ce domaine les us sont passés maîtres.

    • LBSSO // 08.10.2018 à 13h27

      Simple et rassurant.

      “Un axiome répandu veut que la fonction première du cinéma vise à faire oublier aux gens leur environnement sordide et les innombrables tracas qui les tourmentent au quotidien, pour les faire voyager vers un monde fait de beauté et d’imagination. Dès lors, dans ce cadre de détournement du réel, le manichéisme propose une lecture simple et rassurante. Le monde se retrouve divisé en deux catégories : le Bien et le Mal.”

      Divertir en mettant en scène l’affrontement du Bien et du Mal ?
      Utilisée au cinéma cette rhétorique a une conséquence : c’est le surgissement de la violence.Car entre le Bien et le Mal pas de négociations possibles.Il faut que l’un disparaisse .
      Cette morale, cette vision manichéenne du monde,très américaine, s’impose à nous sur les sujets sociétaux (ex en ce moment “le féminisme” version je balance)
      Etape mentale suivante ? Dans certains films , il n’y a même plus Bien ou Mal , il n’y a plus que violence et action.Pas besoin de faire travailler ses neurones : pas de Bien, pas de Mal ,la réalité seulement…à subir.
      Notre singularité française, c’est notre culture, notre esprit critique, notre approche de la complexité.
      Défendons-les.

      ps: les jeux vidéo méritaient le même type d’analyse que celle de L Dauré

      http://letype.fr/2013/03/25/le-manicheisme-du-cinema-americain/

    • Amora // 08.10.2018 à 13h27

      L’explication est simple: les moyens financiers sont différents.

    • Emmanuel // 08.10.2018 à 22h20

      Bof, depuis quand j’ai vu un film américain qui m’a vraiment ému….à vrai dire, j’ai du mal à me souvenir….mais c’est peut être subjectif (?).

    • Laurent Dauré // 09.10.2018 à 08h39

      « Hollywood fait du cinéma américain. D’abord à l’intention du public américain. » C’est de moins en moins vrai, tant le marché mondial s’est développé. On voit d’ailleurs que les studios sont de plus en plus attentifs au public chinois (multiplication de personnages chinois – généralement très occidentalisés – dans les scénarios des grosses productions).

  • Duracuir // 08.10.2018 à 08h57

    Qu’Hollywood fasse sa propagande, on dira que c’est de bonne guerre. Et c’est ainsi depuis les débuts du cinéma US.
    Mais ce qui me fait saigner le coeur c’est la grande masse d’abrutis partout dans le monde pour gober cette propagande grotesque sans aucun recul.
    Comment supporter de regarder un seul Marvell sans prendre un coup de sang pour la propagande néolib et néocon la plus sauvage, grossière et stupide exprimée dans ces opus pour demeurés?
    Comment peut-on oser ne serait que ne pas se révolter contre une ordure comme “American Snipper” où le propos est de sanctifier un sérial killer lâche qui auto-administre des brevets de terrorisme à bout de lunette avant d’assassiner des femmes et des enfants par dizaines, bien planqué lui derrière une armada de chars et d’hélicoptères?(d’ailleurs la gauche US ne s’y est pas trompée elle, contrairement à son homologie française)
    Comment peut-on ne pas ricaner devant cette insulte au peuple US que constitue Gran Torino où le richissime montre son mépris de classe le plus total pour le prolo US, en montrant qu’il ne peut être que grossier, vulgaire, raciste mais racheté par une fin toute évangéliste, bras en croix pour permettre par son sacrifice christique au petit métèque de devenir un bon prolo US, buveur de bière et raconteur de blagues de cul et en envoyant les méchants” niakwés” en taule.
    Sommes nous donc devenus dégénérés à ce point?

    • Pepin Lecourt // 08.10.2018 à 09h45

      “” Sommes nous donc devenus dégénérés à ce point? “””

      Oui !

      Il suffit de voir les queues devant les salles de cinéma à chaque sortie d’une merde hollywoodienne !

      Edwards Berbays l’a démontré en pratique, avec du savoir faire on peut faire faire, faire aimer, faire croire n’importe quoi à l’opinion.
      C’est la base de l’impérialisme US, et regardons notre intelligentsia médiatique !

      • Sandrine // 08.10.2018 à 10h41

        Ce n’est pas que la “base de l’impérialisme US”. Tous les systèmes fonctionnent potentiellement comme cela. Tous n’ont pas les mêmes moyens, c’est tout.
        Les cathédrales du XIIe siecle, et les icônes, c’était aussi de la propagande destinée aux gueux illettrés à qui les pouvoirs en place voulaient apprendre à bien penser…

        Le problème vient du fait que notre culture “idolâtre” l’art ; elle laisse croire que l’art véritable doit faire coïncider le bien, le vrai et le beau -et surtout qu’il le peut.
        On oublie que “art” a la meme etymologie que “artificiel” ou “artefact”. L’art par principe est reconstruction, projection, interprétation… Mensonge et manipulation, donc, d’une certaine manière .
        Si l’on ne veut pas être manipulé, il faut renoncer au plaisir que procure l’art – surtout l’art cinématographique tellement puissant à charmer tous nos sens. Sinon, il faut se faire une raison et accepter que le plus fort gagnera toujours et nous imposera sa loi en nous disant que c’est bon pour nous.

        • Tonton Poupou // 08.10.2018 à 17h20

          Erreur
          l’art “véritable” ne doit pas faire coïncider le bien, le vrai et le beau (vous avez oubliez : le juste). ça c’est la publicité qui doit faire coïncider le bien le vrai le beau et le juste (produit à vendre dans la plus grande quantité donc flatter les acheteurs en ne heurtant surtout pas leurs “valeurs”). l’art ne donne pas de réponse (contrairement à la publicité) : l’art pose des questions ! (ref : le piss Christ)
          Mais effectivement une grande quantité de films – et pas seulement d’Hollywood – ne sont pas plus intéressant artistiquement que des publicités (de la pure propagande donc).

        • LBSSO // 08.10.2018 à 20h33

          @Sandrine
          L’architecture, la sculpture, la peinture, la musique, la poésie (et littérature), le spectacle vivant (théâtre) , le cinéma.
          “Il faut renoncer au plaisir que procure l’art “… mais c’est in-hu-main.
          Ayant lu assez régulièrement vos commentaires , je suis surpris par cette proposition.
          Vous ai-je compris ?

          • Sandrine // 09.10.2018 à 10h26

            Ce que j’ai voulu dire, c’est que le plaisir esthétique n’est jamais neutre. Si on veut jouir de l’art, il faut accepter que, à cette occasion, on puisse être conditionné, formaté, manipulé par son créateur.
            En un certain sens, le texte qui dénonce la propagande d’Hollywood fait lui aussi de la propagande. Les valeurs et le message du cinéma hollywoodien ne lui plaisent pas, il enrage qu’ils puissent être diffusés à un aussi large public – il prône un cinéma différent, qui diffuserait un autre message, d’autre valeurs, mais qui, ce faisant, serait tout autant manipulateur….
            D’où ma conclusion : si on ne veut pas être manipulé, il ne faut pas se frotter à l’art.
            Je ne suis pas d’accord avec votre équation vie sans art=vie inhumaine. C’est le propre de la civilisation occidentale que de « diviniser » l’art (et votre réaction le prouve bien). Dans la plupart des autres civilisations (même la civilisation gréco-romaine) la notion « d’art pour l’art » n’existe pas. L’art -notamment les arts plastiques – y est vu comme un moyen (de propagande religieuse ou politique) et non pas comme quelque chose qui serait le propre de l’humain.
            Cela ne veut pas dire qu’il faille s’en passer.

            • Laurent Dauré // 09.10.2018 à 10h58

              Respecter les faits, la vérité historique, une morale égalitaire et en fait une décence assez élémentaire c’est se montrer « manipulateur » ?… Voilà qui est troublant.

              Par ailleurs, si je fais de la propagande, vous reconnaîtrez qu’elle est sensiblement moins diffusée que les productions hollywoodiennes.

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            • Charles // 09.10.2018 à 11h02

              Donc, si Proust écrit “A la recherche du temps perdu” ou Baudelaire “Les Fleurs du Mal”, leur première motivation est de faire de la propagande religieuse ou politique. Hé bé…

              On peut effectivement avoir du mal à voir une différence entre un film de guerre ou géopolitique commandité par Hollywood et les manifestes politiques réactionnaires de Proust et Baudelaire (encore que, dans le cas de Proust, sa ligne politique soit quelque peu difficile à établir, mais je chipote…), j’en conviens.

              On s’étonne quand même que le ministre de l’Éducation nationale ait gelé les visites dans les locaux d’Apple. Pourquoi s’embêter à étudier des œuvres de propagande, quand on peut se passer de l’enrobage ? Étudions directement les pubs dans les cours de français, c’est ça qui est proprement humain – on ne voudrait pas se salir avec ce qui est spécifiquement notre part animale.

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            • Sandrine // 09.10.2018 à 15h31

              @Laurant Daure.
              Le mot propagande à d’abord été utilisé par l’église catholique dans son sens latin tout à fait positif et non polémique de “propagation” – propagation de la foi en ce qui les concernaient .
              Loin de moi l’idée de defendre l’idéologie américaine présente dans les films hollywoodiens mais je vous ferais tout de même remarquer que “respecter une morale égalitaire”, c’est aussi un parti pris ideologique.
              Je me félicite que des gens comme vous puissent prendre la plume pour lutter contre la désastreuse idéologie américaine, mais si l’on veut “respecter la morale égalitaire”, il faut reconnaître le droit à la propagande”pour tous”.😊
              Ceci étant dit votre texte est très instructif et tres percutant.

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            • Laurent Dauré // 09.10.2018 à 17h53

              Le « droit à la propagande pour tous » est sérieusement déformé par l’argent et le pouvoir. Il faut prendre en compte la réalité du rapport de forces. Mais aussi la rationalité du contenu de la propagande et son rapport à la vérité, sinon on tombe dans une impasse relativiste à mon sens.

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            • Sandrine // 09.10.2018 à 15h52

              @charles,
              Baudelaire à ete mis à l’Index, je vous le rappelle (pour Proust je ne sais pas mais ça ne m’étonnerait pas), preuve que d’aucuns jugeaient à l’epoque qu’il véhiculait certaines valeurs et pensées, comment dire…malvenues.
              La constitution d’un corpus d’œuvres dites classiques à étudier à l’école républicaine à été une entreprise hautement idéologique.
              Et ce n’est pas un hasard si des instituteurs de notre époque jugent qu’il peut être profitable pour leurs élèves de visiter un magasin Apple ; ils y sont tout simplement incités par l’idéologie dominante ambiante.
              Tous les pouvoirs savent que la lutte pour l’hégémonie culturelle est fondamentale -et l’art en est évidemment un aspect fondamental.

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            • Sandrine // 09.10.2018 à 19h37

              @Laurent Daure.
              Quand je parlais de droit à la propagande pour tous, c’etait ironique pour souligner le côté nihiliste de notre époque qui croit naïvement que l’egalite est possible alors que, comme vous le soulignez, les rapports de force entre dominés et dominants sont plus disproportionnés que jamais.

              La question du rapport à la vérité mériterait de longs développements impossibles à suivre ici. Un passage du documentaire « Jesus Camp » me revient en mémoire à se sujet: la femme pasteur organisatrice du camp répond au réalisateur qui l’interroge sur sa légitimité à manipuler psychologiquement les enfants qu’elle encadre (ce que la pasteure ne nie pas) : au bout d’un moment elle lance « excusez-moi, mais nous avons la vérité » . Probablement que les gens de Hollywood pensent aussi comme ça.

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            • Laurent Dauré // 10.10.2018 à 10h03

              Que nombre de personnes pensent détenir la vérité et le proclament avec assurance, c’est indéniable. Toutefois, la méthode scientifique permet dans une certaine mesure de séparer le bon grain de l’ivraie. Des caractéristiques comme le respect des faits, la rigueur argumentative, la cohérence, le pouvoir explicatif, etc., ne nous laissent pas tout à fait impuissants face à l’évaluation des opinions, croyances et théories.

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            • Sandrine // 09.10.2018 à 19h49

              Il faut aussi souligner qu’un film de fiction n’est pas sensé être un documentaire. Il a le droit de s’affranchir de la « charte » de la vérité scientifique pour essayer d’atteindre une autre vérité d’ordre esthétique et symbolique.

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            • Laurent Dauré // 10.10.2018 à 10h36

              Lorsqu’un film est censé relater des événements réels, il me semble que son auteur (et le scénariste avant lui) a le devoir intellectuel et moral de ne pas falsifier les faits – de façon significative –, et donc de se documenter avec sérieux. Il devrait être a fortiori exclu de malmener la vérité pour satisfaire le pouvoir, qu’il soit politique, économique ou militaire.

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            • Sandrine // 10.10.2018 à 12h25

              @laurent Dare,
              C’est aussi mon éthique.
              Mais on retrouve là, la problématique des « fake news ». A partir de quand y a-t-il falsification des faits ?
              Nietzsche a visé juste quand il a écrit « il n’y a pas de faits, il n’y a que des interprétations ». Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de vérité, mais plutôt que « chacun voit midi à sa porte ».
              Dans un film, on peut difficilement tout dire et on montre ce qu’on a envie de montrer pour faire passer un message auquel on croit. C’est ça l’art. Comme je le disais plus haut, c’est intimement lié à la propagande. Ce n’est pas de la science.
              Quand on montre des GI’s souffrants sous les coups d’indigènes cruels c’est pour témoigner d’une certaine vision du monde. Est-ce faux historiquement que des GI’s aient souffert de la sorte. Non. Est-ce ignoble de valoriser la souffrance des GI’s en passant sous silence la souffrance mille fois plus importante des « indigènes » attaqués? Certainement… mais, de notre point de vue (qui est bien sûr le seul juste et légitime 🙂).
              Le tort que nous avons est de prendre un film historique pour un cours d’histoire (c’est la même chose pour les romans historiques). Mais ça fait tellement plaisir de se faire servir l’histoire sur un plateau avec les costumes, la musique,etc. comme si on y était… il faut savoir ce que l’on veut.

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            • Laurent Dauré // 10.10.2018 à 16h57

              Malgré des difficultés méthodologiques inhérentes à sa démarche, la recherche historique parvient à produire des connaissances. On n’atteint certes pas le degré de certitude qui existe en physique mais les descriptions des événements et les thèses interprétatives sont plus ou moins bien établies, cohérentes, rationnelles.

              Je connais cette citation de Nietzsche, je suis en total désaccord avec elle. C’est la porte ouverte à une régression relativiste sans fin. D’une part, en science (dure), il y a bel et bien des faits (« la matière est composée d’atomes », « tout être vivant possède un ADN », etc.), d’autre part, si je dis aujourd’hui « Napoléon Bonaparte est mort », par exemple, j’énonce une proposition vraie, je décris fidèlement un état du monde, bref, je formule un fait (il n’y a pas d’« interprétation » au-delà du sens des mots et de l’identification correcte de la personne désignée par l’expression « Napoléon Bonaparte »).

              Le souci des faits a justement l’avantage de limiter la possibilité que chacun puisse « voir midi à sa porte ». C’est pourquoi il faut le promouvoir sans relâche. Au-delà des aspects intellectuels, on peut dire que c’est un enjeu démocratique.

              En ce qui concerne les rapports histoire/cinéma, je vous encourage à lire « Hollywood propaganda » pour mesurer l’ampleur de certaines déformations, qui vont parfois jusqu’au mensonge pur et simple.

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            • Sandrine // 10.10.2018 à 16h17

              @ Laurent Daure,
              Un exemple de cinéma de propagande à la sauce européenne :
              Le film Girl qui a été primé 2 fois à Cannes (et qui sort en salle aujourd’hui).

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            • Laurent Dauré // 10.10.2018 à 17h04

              Je ne l’ai pas encore vu mais je doute qu’il soit question dans ce film de politique étrangère, de relations internationales, d’histoire ou de guerre. Nous sortons donc du sujet qui nous occupe ici.

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            • Sandrine // 10.10.2018 à 19h50

              J’admire votre maîtrise de la langue de bois.
              De quoi discutons-nous depuis une dizaine de messages ? De politique étrangère?
              Et c’est vous qui parlez de respect de la vérité !

              Le sujet de l’article n’est pas la politique étrangère des USA mais le détournement du cinéma a des fins de propagande politique, il me semble . Que cela soit la politique étrangère ou intérieure qu’est-ce que ça change ?

              Ou bien, je n’ai rien compris et le véritable but de cet article n’était que de donner prétexte à gloser sans fin sur la méchanceté intrinsèque des USA!?
              Si c’est le cas, no comment – j’ai déjà dit ce que j’en pensais au début de cet échange.

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            • Laurent Dauré // 11.10.2018 à 09h06

              Je ne vois pas où est la langue de bois. Mon texte et le livre sur lequel il porte sont explicitement consacrés aux films hollywoodiens qui traitent – de façon plus ou moins explicite – de la politique étrangère des États-Unis et des interventions militaires qui vont généralement avec. Et vous me parlez d’un film belge sur une jeune danseuse… C’est bien de rester dans le sujet parfois, non ?

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            • calal // 11.10.2018 à 08h48

              tout a fait d’accord avec vous. L’art “top down” c’est tres souvent de la propagande bourgeoise et donc un moyen de limiter la concurrence des classes “inferieures”. On y renonce pour ne plus subir ses effets deleteres et on produit ,apres une journee de travail bien remplie et satisfaisante, son propre art “bottom up”.

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        • rolland // 08.10.2018 à 22h55

          Ne parlons même pas de l’art contemporain si bien décrit par Franck Lepage, ça nous referait traverser l’Atlantique en moins d’une heure, le risque de noyade étant top élevé, j’en reste là !

    • Tonton Poupou // 08.10.2018 à 10h28

      Pourtant il n’en a pas toujours été ainsi. Il fut un temps où le cinéma américain y compris les grands studios du “Bois sacré” pouvaient aussi produire des oeuvres de qualité avec des acteurs des scénaristes des réalisateurs et des producteurs qui n’étaient pas aux ordres malgré le “code Hays” et le Mac Carthysme. Mais à partir de 1975 et l’humiliante défaite du Vietnam – qui fut analysée par le pouvoir de Washington comme étant dû principalement à la “liberté” d’expression et d’opinion publique américaine (et occidentale en général) avec comme conclusion d’un rapport gouvernemental qui affirmait : “Trop de liberté démocratique nuit à la Démocratie”, le pouvoir américain a compris la leçon et a resserré tous les boulons en commençant (comme à l’époque de Mac Carthy) par “contrôler” Hollywood et ses productions.

      • Sandrine // 08.10.2018 à 10h45

        Il en a toujours été ainsi. Revoyez les films des années 40-50 et vous serez sidérés par les stéréotypes machistes et racistes qu’ils véhiculent. A l’époque, ça allait de soi, on trouvait ça beau…

      • Catalina // 08.10.2018 à 12h07

        Pépin Lecourt ,
        avez-vous des exemples concrets ?

        • Tonton Poupou // 08.10.2018 à 14h38

          Sur les quais. Un tramway nommé Désir. Le dernier Nabab (une des rares exceptions sorti lui en 1976.) La nuit du chasseur ……etc ………
          liste non exhaustive.

          • Sandrine // 08.10.2018 à 15h57

            Ce sont des films adaptés d’oeuvres littéraires ou théâtrales. Ça aide pour le scénario.
            Les films actuels se ressemblent tous aussi parce qu’il faut en produire vite et beaucoup et que le numérique permet d’obtenir vite une grande quantité d’image.

    • Christian Gedeon // 08.10.2018 à 10h40

      Mon pauvre vieux vous n’avez rien compris à Gran Torino. Votre haine épidermique des Us vous rend aveugle et sourd. Gran Torino dépeint un presque redneck borné bête à manger du foin racisme comme pas deux bourré à la bière à longueur de journée et qui trouve bon an mal an une espèce de rédemptions à sa portée. Votre analyse est désespérante de parti pris pour ne pas dire autre chose. Plus généralement cette manie de tout mettre sur le dos des us manifeste un retour au ce n’est pas moi msieur c’est lui cher à nos ex cours de récré. Quel manque de maturité.

      • Duracuir // 08.10.2018 à 21h12

        Ben non, c’est trés exactement ce que je disais, c’est la manière dont Clint voit le prolo US. Gardez vos procès en sorcellerie anti-US pour d’autres. On a le même genre de mépris chez nous chez Chatiliez ou Veber.

        • christian gedeon // 09.10.2018 à 11h18

          Il voit le “prolo ” us tel qu’il est,en fait…dommage que vous parliez de mépris. je ne méprise pas ceux qui ne comprennent pas. j’essaye d’expliquer,c’est tout.

    • Quentin // 08.10.2018 à 10h55

      On ne pouvait que devenir aussi dégénérés, à force de formatage dès la naissance à la culture américaine : les films Disney, les dessins animés de superhéro Marvel/DC, les pub pour jouets Macdo, les vacances à Disneyland alias “gratuit pour les moins de 7 ans” (si c’est gratuit, t’es le produit), les films de guerre dénoncés par cet article qui réécrivent l’histoire…

      Difficile ensuite de se défaire d’un tel conditionnement. Huxley l’avait parfaitement prédit dans Le meilleur des mondes

    • jacqurocant // 08.10.2018 à 12h57

      Une propagande cinématographique ne peut-être bonne que si elle relaie et met en perspective à postériori une propagande médiatique déjà bien menée lors des faits. Les deux se complètent et les versions de l’une corroborent l’essentiel de l’autre. Ceci explique que toute “propagande” de l’ennemi est bien compris comme de la vraie propagande par le quidam qui n’a pas reçu la première piqure.

    • Max // 08.10.2018 à 14h39

      Il faut reconnaître un talent aux Américains : savoir faire des produits qui plaisent dans l’instant. Il n’y a qu’à voir le succès de Netflix, d’Amazon ou de Google (tout disponible tout de suite, tout est guidé et facile).

      Si vous n’écoutez que votre désir instantané, vous ne mangerez plus que du sucre et vous finirez obèse. C’est la même chose pour les films. Regarder un Hollywood c’est facile : les méchants sont méchants, les gentils sont gentils, beaucoup de scènes sont faites pour vous faire fantasmer et vous permettre de vous identifier à la fois (ex: un événement extraordinaire au coeur d’une vie anodine). En un mot vous faire rêver d’un monde où tout est résolu, d’une vie et d’une Histoire dépourvues de tragique. Les gens en redemandent parce qu’ils veulent être sevrés de leurs responsabilités, de leur esprit critique, même un moment.

      La véritable erreur c’est de ne pas tenir compte cette “patte” américaine qui engloutit tout si on laisse le choix instantané être la mesure de tout ; si on n’éduque pas les gens à se protéger de leurs propres désirs et des flatteries extérieures pour entrer dans un temps plus long -et découvrir d’autres désirs, d’autres richesses encore plus grandes-, il est normal qu’Hollywood ait le vent en poupe.

    • Czerny // 08.10.2018 à 17h35

      Dans un pays où éclatent des émeutes pour du Nutella en solde ,les opus de Marvel ont de beaux jours devant eux .C’est la même clientèle et ils sont les plus nombreux .La dégénérescence qui caractérise la société américaine, s’est installé en France, et ailleurs en Europe ,et y prolifère aussi bien et aussi vite .Hélas .

  • Pepin Lecourt // 08.10.2018 à 09h41

    Parmi les clauses qui accompagnaient le plan Marshall pour en bénéficier, la France a du s’engager à diffuser je crois neuf films américains pour quatre Français !

    Ce n’était évidemment pas dans une seule perspective économique mais l’intention était ouvertement déclarée d’américaniser les esprits Français, les amener à adopter la vision de la vie et de la société à l’idéologie américaine.

    Quand on voit ce qu’est devenue la France, ils ont réussi au-delà de leurs espérances !

    • jules vallés // 08.10.2018 à 10h51

      L’accord Blum-Byrnes est un accord franco-américain, signé le 28 mai 1946 par le secrétaire d’État des États-Unis James F. Byrnes et les représentants du gouvernement français, Léon Blum et Jean Monnet
      Une des contreparties de l’accord est la fin du régime des quotas, imposé aux films américains en 1936 et resté en place après la Libération
      Léon Blum et Jean Monnet… à qui profite le crime?… élémentaire mon cher Watson!

  • Ubu // 08.10.2018 à 10h03

    A l’Ouest, rien de nouveau.
    Avec un peu d’esprit, on s’en sera rendu compte quand même, depuis “Le jour le plus long” et toute la flopée de film niais dont John Wayne fût l’ambassadeur, qu’il s’agissait de coloniser nos cerveaux…
    Mais une piqure de rappel, pourquoi pas si ça peut en réveiller certain(e)s.

    • marc // 08.10.2018 à 23h57

      non seulement il n’y a rien de nouveau, mais c’est même plus d’actualité, selon moi la plupart des commentateurs ici l’ignorent : le pentagone est depuis un moment déjà passé à l’étape suivante, qui a pour objectif de faire en sorte qu’une majorité de gens surfe sur internet, et réceptionne la nouvelle 5g notamment
      le pentagone a sponsorisé hollywwod et l’industrie musicale, et elle les a laissé tombé ensuite en laissant faire le piratage et la diffusion massive qui favorise l’envie de se connecter…
      elle a sponsorisé les gafa… ces gafa qui font qu’on ne peut quitter son écran…
      le projet est de modeler la prochaine génération

    • Laurent Dauré // 09.10.2018 à 08h52

      À propos du « Jour le plus long », dans son livre « Hollywood, le Pentagone et le monde », Jean-Michel Valentin parle à juste titre d’« un complexe “militaro-cinématographique” ».

      On savait certes que le Pentagone collaborait avec les grands studios mais pas au niveau que Matthew Alford et Tom Secker ont mis au jour dans « National Security Cinema » en consultant des archives inaccessibles auparavant : au moins 814 films soutenus par le département de la défense entre 1911 et 2017, plus 1 133 programmes pour la télévision.

  • Christian Gedeon // 08.10.2018 à 10h24

    Une fois de plus c’est la faute à Voltaire c’est la faute a Rousseau. Je veux dire c’est la faute à Hollywood les méchants Us et c’est la faute aux abrutis les français et autres. Bref c’est la faute aux autres toujours. Mais jamais au grand jamais a la camarilla gauchiste et societale qui a dominé le cinéma français et européen des cinquante dernières années. Les grands succès populaires français ont toujours été méprisés par les intellos rouges ( à caviar et champagne quand même) qui ont régné sur le « bon cinéma » français de ces temps. Alors fait pa venir pleurnicher mais regarder dans sa propre arrière cour. Bien degueulasse .

    • Olposoch // 08.10.2018 à 10h39

      Votre commentaire illustre parfaitement le but de la propagande, mettre dans les cerveaux disponibles des concepts automatiques et pré-machés à ressortir comme des évidences dans les forums ou autour de la machine à café…
      Dans votre cas la haine des gauchistes, un sentiment de supériorité très proche des américains US (P. Conesa qui a auissi sorti un livre sur le sujet nous rappelle que la moitié des parlementaires US ne possède pas de passeport) qui veut que la démocratie ne vaut que quand ce qui est voté correspond à ses propres conceptions idéologiques.

  • Christian Gedeon // 08.10.2018 à 10h51

    Ma détestation du communisme et des gauchistes a parts strictement égale avec les nazis et les suprematistes de tous poils n’est pas un secret sur les Crises . Je les mets dans le même sac. Les chiffres des trucidés sont là pour faire foi. A défaut de prétendant sérieux au trône de France je suis profondément gaulliste. Tiens à propos de cinéma de «  gauche «  engagé essayez de retrouver l’extreme Navet « Il pleut sur Santiago » regardez le si vous êtes honnête et demandez vous pourquoi la Hollywood propagande est tellement supérieure.

    • Sam // 08.10.2018 à 14h33

      Heureux qui communiste, a fait un beau partage…

    • bluetonga // 08.10.2018 à 19h47

      Bonjour Gedeon.

      En ce qui concerne” les chiffres des trucidés” qui sont là, voici un article – toujours polémique bien sûr – d’Israël Shamir sur Unz Review. Il cite les recherches minutieuses d’un certain docteur Arseny Roginsky, fondateur et président d’une ONG anti-communiste russe, Memorial, qui avouait piteusement en 2012 n’avoir découvert dans les archives officielles qu’une estimation très à la baisse des victimes du régime soviétique (je vous laisse la surprise). Il était si dépité, cette estimation paraissait si embarrassante, qu’il s’est senti obligé de la taire jusqu’à sa mort (récente). Les chiffres sont sans doute là, effectivement, mais lesquels?

      http://www.unz.com/ishamir/red-zog/

      Vous savez bien ce que c’est, avec toute cette propagande dont on nous inonde, à qui se fier?

      • Garibaldi2 // 09.10.2018 à 03h10

        ”Lilly Marcou s’interroge sur la participation de Nicolas Werth à un collectif qui, selon elle, « pour mieux imposer la comparaison communisme-nazisme, cherche à faire admettre le chiffre de 80 à 100 millions de morts », alors qu’en septembre 1993, il a publié sur la base d’un examen des archives soviétiques, ouvertes en 1989, un article dans L’Histoire, intitulé « Goulag, les vrais chiffres ». L’auteur y révisait de dix fois à la baisse (2 millions de morts et non plus 20) le chiffrage total des victimes de la période stalinienne, jusqu’ici retenu par les chercheurs. « Quand un historien se contredit dans un laps de temps aussi court, cela pose un problème de crédibilité », déclare-t-elle.”

        source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Livre_noir_du_communisme

        ”En 1934, Conquest a compté 5 millions d’internés politiques [au Goulag]. En fait, ils étaient entre 127.000 et 170.000. Le nombre exact de tous les détenus dans les camps de travail, politiques et droits communs confondus, était de 510.307. Sur l’ensemble des détenus, il n’y avait qu’entre 25 et 33 % de politiques.”.

        extrait de [ http://www.northstarcompass.org/french/nscfr55/gulstat.htm ]

        Même si le style de l’article est très ”prolétarien” (!), il s’appuie pourtant sur l’article (payant) de Nicolas Werth publié dans le mensuel Histoire [ http://www.lhistoire.fr/goulag-les-vrais-chiffres ]

        Autre article sur le Goulag stalinien : https://reseauinternational.net/vrais-chiffres-du-goulag-les-faits-historiques/

        S’il est avéré que Staline fut un super salaud, qui a commencé par supprimer tous les membres du PCUS qui contestaient son pouvoir, il n’en reste pas moins vrai que la falsification de la réalité historique est un procédé tout autant stalinien.

        Hollywood ne s’est pas privé de falsifier l’Histoire des USA en commençant par celle de la conquête de l’Ouest, avec un discours sur les Indiens qui est semblable à celui que Netanyahou tient sur les Palestiniens.

        • christian gedeon // 09.10.2018 à 11h25

          Des nounours vous dis je… les goulags? Une organisation de vacances sans moyens. les blouses blanches? tous des salauds.Katyn? Un livre de science fiction. Et les divers Bond en avant,révolution culturelle,et mille fleurs,n’ont fait que quelques dizaines de blessés légers dans l’euphorie du moment. Et les khmers rouges? Des camps de vacances à la campagne vous dis je…allons quoi…encore un effort et il n’y aura pas eu de Shoah non plus,ni d’élimination des tziganes,ni de triangle rose…donc deux millions de morts pour le communisme…bon. Qui dit mieux,ou plutôt moins?

          • Garibaldi2 // 10.10.2018 à 06h49

            Si vous n’êtes pas d’accord avec les historiens qui ont décortiquées les archives soviétiques sur le Goulag, rien ne vous interdit de reprendre les documents originaux pour en tirer vos propres conclusions et nous en faire part. Je n’ai pas rédigé l’article dans le mensuel L’Histoire, il est de Nicolas Werth qui a participé à la rédaction du livre ”Le livre noir du communisme”. Débrouillez-vous avec lui et ses contradiction. Pour votre fine allusion à la Shoah, vous avez droit à 1 point Godwin. Pour votre info mes 2 parents furent résistants, mon père a été déporté (politique) à Dachau.

  • Lt Anderson // 08.10.2018 à 10h53

    “Les quelques films russes qui traitent de la guerre d’Afghanistan sont handicapés par des moyens bien inférieurs et une exportation à l’étranger très réduite.”

    Il existe tout de même “Le 9e Escadron” de Fiodor Bondartchouk diffusé en 2005 et qui fut tant bien que mal distribué chez nous, il fut même diffusé sur Canal +.
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_9e_escadron

    • V_Parlier // 08.10.2018 à 21h51

      A l’époque où les américains étaient encore les fournisseurs d’armes des “moudjahidines” afghans, Hollywood avait sorti “la bête de guerre”. Une véritable horreur propagandiste que je buvais, tout jeune que j’étais…

    • visiteur // 08.10.2018 à 23h12

      Il y a eu plusieurs films soviétiques traitant de la guerre en Afghanistan, mais la plupart n’ont pas été distribués à l’Ouest — ou au mieux, n’ont connu qu’une diffusion confidentielle.

      Dans la première catégorie, il y a ainsi Grouz 300 (Груз 300) en 1990 (franchement pas terrible). Dans la deuxième, La cassure afghane (Афганский излом) en 1991 (vraiment très bon). Ce dernier film (s’il vous arrive de le visionner dans sa version complète) est une excellente représentation des différentes facettes de la guerre Soviéto-Afghane — y compris tout ce qui n’a rien à voir avec les combats (trafics, intrigues, corruption, rafles, relations avec les “alliés” afghans, etc). Et lors des scènes de combat, le réalisateur a mis des moyens qui n’ont rien à envier aux productions venant des USA.

      Le 9e escadron (9 рота) est bien plus tardif (2005); je l’ai trouvé très américain dans sa cinématographie et beaucoup moins intéressant que la cassure afghane.

    • Laurent Dauré // 09.10.2018 à 09h03

      À ma connaissance, « Le 9e Escadron » n’a pas connu de sortie dans les salles françaises. Aussi, même avec une diffusion sur Canal +, cela reste confidentiel par rapport à « La Guerre selon Charlie Wilson ».

  • Chris // 08.10.2018 à 11h51

    A noter qu’un commentaire (Figaro) sur l’histoire contemporaine fictionnelle américaine fut censuré car j’avais mis ce lien sur Youtube :
    Une autre histoire de l’Amérique (2012-2013) d’Oliver Stone : https://www.youtube.com/watch?v=eukfrzsHRbU
    J’ai reposté sans le lien et mon commentaire a passé…

    Le texte de William Blum est extrêmement intéressant : https://williamblum.org/aer/read/160
    Perso, je ne regarde plus aucun film hollywoodien (sauf Matrix) depuis 30 ans : Je choisis de visionner sur ma machine après mure réflexion.
    J’ai peine à identifier ce qui divertit les gens, tellement c’est grossier (effets spéciaux comme textes et scenari) ou est-ce justement cette indigence/platitude qui attire le chaland ?

  • villegagnons // 08.10.2018 à 12h34

    C’est une reprise de l’article d’Acrimed ou un hasard ?
    https://www.acrimed.org/Lire-Hollywood-propaganda-de-Matthew-Alford

    • Laurent Dauré // 09.10.2018 à 09h07

      Le texte publié par Acrimed est l’avant-propos de Michael Parenti qui figure dans « Hollywood propaganda ».

  • amike // 08.10.2018 à 14h06

    Objection 4: Il y a une mauvaise propagande et … de bons films ?
    “Lorsque la légende est plus belle que la vérité…”

    Les “vrais” progressistes (Sarandon?) aussi sont toujours les gentils, quelles que soient les erreurs commises.

    Alors quand les “faux” progressistes soutiennent le pouvoir en place, j’ai tendance à croire qu’ils ne sont ni plus méchants ni bêtes ou vendus que d’autres pour reconnaitre “le bon progressisme”.

    L’impérialisme américain, non, “le pouvoir qui influe Hollywood” n’est simplement pas assez progressiste pour l’auteur.

    • V_Parlier // 08.10.2018 à 21h54

      Peut-être… Mais les impérialistes ont trouvé le truc qu’ils refilent d’ailleurs à leurs valets européens de gauche libérale pour contourner le problème: Vendre du progressisme sociétal fixé perpétuellement sur le sexe et les polémiques qui vont autour. Ca vaut le tampon et c’est réglé, ce n’est en tout cas plus conservateur. En ce moment il n’y a que ça qui marche.

    • Laurent Dauré // 09.10.2018 à 09h17

      Est-ce extravagant de demander une plus grande pluralité de points de vue, notamment lorsqu’il s’agit de films traitant de politique étrangère, de guerre et d’histoire ? Quant au progressisme (conséquent), sur ces questions, Matthew Alford montre bien qu’il est sévèrement marginalisé, voire combattu, à Hollywood.

  • Krystyna Hawrot // 08.10.2018 à 14h22

    C’était déjà ainsi du temps des James Bond et autres Rambo… C’est vrai que c’est toujours étonnant de voir comment un tel attirail viriliste primaire peut plaire. Mais lorsque je suis allée aux USA dans les années 90 j’ai compris en voyant qu’il n’y a pas que le ministère de l’éducation qui n’existe pas la bas. En fait il n’y a dans de larges pans du pays aucune offre culturelle, aucune vie urbaine ou on sort, se promène et se rencontre. Il n’y a pas de cafés, pas de centres culturels, pas de MJC, pas de structures associatives culturelles, pas de bars ou les musiciens en herbe se produisent… La sortie du samedi soir pour les jeunes et moins jeunes c’est obligatoirement le cinéma, toujours adossé au centre commercial. Donc plus la mondialisation néolibérale avance, plus l’offre culturelle est inexistante dans les autres pays. Plus nous devenons américains entre supermarché et cinéma. Pas étonnant que nous finissons pas gober la propagande.

    • calal // 11.10.2018 à 09h01

      ah bon? Les jeunes americains ne font pas de musique dans leur garage? pas de sport ? pas de tir ? pas de construction mecanique ou de bidouillage electronique toujours dans ce meme garage?
      Non bien sur il faut qu’un “gauchiste subventionne” les ” eduque au beau au vrai” pendant leur “temps libre”…

      PS d’ailleurs le numerique permet a certains de faire des premiers films sans beaucoup de budget.Bon souvent pour les jeunes americains c’est des films d’horreur qu’ils font.

  • Olivier MONTULET // 08.10.2018 à 14h42

    Le problème avec la propagande et singulièrement celle portée (volontairement ou involontairement) par les médiats populaires dont le cinéma et la publicité est qu’elle s’insère dans nos cerveaux de manière douce et insensible et ce même si on en a conscience et la critique. Cette façon soft de nous pénétré envient à nous faire percevoir ces informations comme normales et décrivant “La” réalité incontestable effaçant les autres réalité et points de vues. cette propagande érode notre esprit critique. Ce phénomène est particulièrement vrai dans la fabrication des ennemis. La preuve de l’efficacité est que cette propagande est largement financée par ceux qui la souhaite.

  • marcel dugenoux // 08.10.2018 à 15h05

    Enfin des contenus sur ce sujet important de la propagande impérialiste massive dans les fictions américaines. Il s’agit à l’évidence d’un problème majeur eu égard à la population massive bombardée par ces productions.
    Dans un autre registre, on pourrait attendre des chercheurs une réflexion plus large quant au rôle joué par les productions culturelles en général dans le processus d’assimilation au “camp des gentils” des peuples. Car là, et pas seulement dans le cinéma malheureusement, se joue aussi par “accord conventionnel” pourrait-on dire, ce ruissellement de l’idéologie des dominants. Ici en France, les productions culturelles sont encouragées dans la mesure où elles n’interviennent pas en porte-à-faux des intérêts économiques et politiques majeurs. C’est ce qui en fasse dans large mesure, une espèce de vernis valorisant qui aide à gommer tous les aspects concurrentiels, compétitifs et prédateurs, des relations individuelles à la politique étrangère et qui caractérisent de fait, plus encore de toute diversion ou distraction, notre “mode de vie”, notre “beau modèle de civilisation”…

  • jeanpatrick // 08.10.2018 à 15h11

    Un article assez long ou même trop long pour analyser Hollywood et sa propagande. Je conseillerai d’organiser des cours de formation ou d’ajournement sur comment voir, regarder un film pour comprendre et voir où se trouve la propagande et la manipulation de Hollywood. Je suis tout à fait d’accord avec la phrase d’Arthur Penn car je ne peux oublier “La poursuite impitoyable”, “Bonnie et Clyde”, “Little Big Man” qui sont des films qui secouent notre for intérieur. Hollywood et sa propagande stimule seulement notre extériorité.

    • Pinouille // 08.10.2018 à 19h28

      “Je conseillerai d’organiser des cours de formation ou d’ajournement sur comment voir, regarder un film pour comprendre et voir où se trouve la propagande et la manipulation de Hollywood.”

      Michael Haneke (réalisateur allemand génial) a décortiqué la mécanique de scénarisation des films hollywoodiens pour en faire l’exact opposé dans “Funny games”. Alors que tout est savamment orchestré dans les films US pour flatter le spectateur, la vision de Funny games procure donc les sentiments opposés: une vraie épreuve, mais oh combien enrichissante. Je le conseille à ceux qui n’ont pas peur d’être déstabilisés/désorientés.

      Pour les intéressés, il existe 2 versions du même film :
      – une version allemande (1997) que j’ai vu, et qui contient après le générique de fin l’explication du réalisateur
      – une version américaine (2007) sur laquelle je ne peux me prononcer

    • Laurent Dauré // 09.10.2018 à 09h32

      D’Arthur Penn, il faut voir aussi « Alice’s Restaurant », « Missouri Breaks » et « Georgia ». Avec Sidney Lumet, un réalisateur de la même génération, et quelques autres, il représente ce qu’il y a de mieux dans le cinéma américain des années 1960-1970. On… peine à trouver des équivalents aujourd’hui.

  • Jsword // 08.10.2018 à 16h37

    En étant conscient de ce biais, j’ai plus été marqué par les films qui donnent un autre point de vue ou critique les US.
    Lettres d’Iwo Jima et la mémoires de nos père,
    Green zone,
    Stop-loss (bon là on est bien dans le cas du contre exemple, qui n’a d’ailleur été vu par presque personne, je suis tombé dessus par hasard, l’année où j’étais aux US),
    War machine,
    War dogs,
    The guard,
    la série Homeland.

    Aucun n’est cité dans l’article. Il y a quand même quelques films moins manichéens.

    • Laurent Dauré // 09.10.2018 à 10h18

      Alford parle du diptyque de Clint Eastwood dans son livre, il constitue en effet un des rares contre-exemples en ce qui concerne l’adoption d’un point de vue étranger. Cela dit, il s’agit de Japonais, non de Vietnamiens ou d’Irakiens. Il me semble qu’il est intéressant de se demander pourquoi Eastwood fait cela sur la Seconde Guerre mondiale et pas sur un des conflits ultérieurs des États-Unis.

      J’ai vu « Green Zone » et « War Dogs », à mes yeux ils ne constituent pas des contre-exemples aux thèses d’Alford. Ils restent dans le cadre des partis pris fondamentaux que j’ai exposés dans le texte. Le manichéisme n’est pas le problème central, on peut avoir des films non-manichéens, cyniques, sombres, etc., sans pour autant rompre avec ces présupposés (bienveillance foncière des États-Unis, nécessité d’un droit d’ingérence, recours incontournable à la violence d’État, moindre valeur des points de vue et de la souffrance des étrangers…).

      La série « Homeland » me paraît encore plus douteuse, nous sommes en plein dans le « divertissement de sécurité nationale ». Je vous conseille d’ailleurs la lecture de la partie qui lui est consacrée dans la seconde édition du livre de Tricia Jenkins « The CIA in Hollywood ».

      Je ne me prononce pas sur « Stop-Loss », « War Machine » et « The Guard », que je n’ai pas vus. Toutefois il faut prendre en compte le fait qu’aucun de ces films n’est sorti en salle en France.

      Pour chaque exception que l’on peut trouver, il me semble possible de citer dix films qui confirment les analyses d’« Hollywood propaganda ». Quelques exemples pour la période très récente (2017-2018) : « 22 Miles » de Peter Berg, « Braqueurs d’élite » de Steven Quale, « Equalizer 2 » d’Antoine Fuqua, « Mission : Impossible – Fallout » de Christophe McQuarrie, « Opération Beyrouth » de Brad Anderson, « Red Sparrow » de Francis Lawrence, « Le 15 h 17 pour Paris » de Clint Eastwood, « Horse Soldiers » de Nicolai Fuglsig, « Kingsman : le Cercle d’or » de Matthew Vaughn, « American Assassin » de Michael Cuesta…

      • Jsword // 11.10.2018 à 16h42

        Merci pour le retour, je regarderai de nouveau War Dogs à l’occasion avec ce point de vue par curiosité.

        The Guard était intéressant, il traite de Guantánamo sujet plutôt tabou. Mais en regardant la fiche du film sur Wikipedia en effet c’est anecdotique, box office 60 000 dollars dont 10 000 aux US et 50 000 dollars aux… Emirats Arabes Unis ! étonnant.

        • Laurent Dauré // 12.10.2018 à 14h28

          Pour ma part il faut que je voie « « Stop-Loss », « War Machine » et « The Guard ». Merci pour ces références.

  • Pierre D // 08.10.2018 à 16h55

    Je crains que l’américanophilie n’ait précédé la cinéphilie américaine.

    Il faut remonter aux films très féroces de Jacques Tati, pour comprendre qu’avec les couleuvres il a fallu en ingurgiter du Coca Cola, de la cigarette américaine, des hamburgers, du ketchup et autres chewing-gums avant de voir s’espacer les nausées.

    Personnellement j’adore le cinéma américain, pour sa propagande justement.

    C’est gros, c’est gras ça ne prend pas le chou et finalement ça donne l’illusion d’être intelligent… en plus, vu sous cet angle c’est très contre-productif.

  • Sam // 08.10.2018 à 19h05

    Pour les cinéphiles, je conseille “l’excellent” USA invasion avec Chuck Norris :
    Les méchants (les gens de couleur) se rassemblent à Cuba pour envahir les US, sous la direction des russes (c’est des blancs qui commandent faut pas déconner). Le russe est malin, il sait que Chuck est là bas, alors il envoie un commando pour l’éliminer puis ils attaquent à Miami, dans des barges de débarquement, en tuant tous les civils qu’ils rencontrent.
    Mais le commando s’est gouré, il a tué le meilleur pote de Chuck, et Chuck est furieux. Du coup il poursuit les méchants, les encercle, les coince dans une tour et les bute avant même que l’armée ait le temps de réagir.
    Quand la propagande atteint un tel niveau de bêtise, cela frôle le génie…

  • bluetonga // 08.10.2018 à 20h14

    Très bon article, je trouve, qui énonce certes quelques évidences, mais bon, puisque énoncer des évidences est devenu un acte révolutionnaire, ne boudons pas notre plaisir.

    Je trouve cependant que l’auteur passe sous silence une donnée essentielle du cinéma hollywoodien : c’est un produit de consommation de masse à la recette simple mais efficace. Tout comme le hamburger (deux tranches de pain, un steak haché, quelques condiments/salade, une sauce) ou un soda quelconque (de l’eau gazeuse, quelque chose qui a du goût, du sucre ou des édulcorants), le cinéma hollywoodien est un produit standard, obéissant à une trame convenue, destiné à divertir et réconforter le grand public vite fait bien fait.

    http://www.movieoutline.com/articles/the-five-key-turning-points-of-all-successful-movie-scripts.html

    C’est pour ça que tout blockbuster hollywoodien suit scrupuleusement la même trame, met en scène un héros généralement individualiste confronté à une adversité quasiment insurmontable, mais qu’il finit par vaincre à force d’astuce et de détermination après avoir connu grosso modo le même décours de rebondissements d’un film à l’autre. D’une part les spectateur(trices) peuvent s’identifier aux personnages, d’autre part ils peuvent se rassurer sur la cohérence du monde dans lequel ils vivent (ils sont du côté du bien, ils évoluent dans une méritocratie, il éprouvent des émotions, tout finit bien il ne faut jamais désespérer). Comme les films se déroulent toujours de la même manière, selon la même séquence de rebondissements, c’est un peu l’équivalent des histoires qu’on raconte aux petits enfants pour les endormir, rassérénés. Et les petits enfants en redemandent. Et si on change la séquence narrative, c’est le contraire qui se produit, ça les angoisse.

    Hollywood vend du rêve. Pas de la réflexion.

    • Garibaldi2 // 09.10.2018 à 03h28

      ”C’est pour ça que tout blockbuster hollywoodien suit scrupuleusement la même trame, met en scène un héros généralement individualiste confronté à une adversité quasiment insurmontable, mais qu’il finit par vaincre à force d’astuce et de détermination après avoir connu grosso modo le même décours de rebondissements d’un film à l’autre.”.

      Certes, mais il arrive qu’en utilisant ce schéma on puisse le détourner et que certains films utilisent sont côté vieille recette imparable pour délivrer un message bien loin de la politique agressive des US. Je pense à un ”gentil film” comme Wargames qui n’y va pas avec le dos de la cuiller pour dénoncer la bêtise crasse, et donc le danger, du complexe militaro-industriel US. Il y a une happy end qui ne minimise en rien le message, qui en plus a le mérite d’être clair.

      • bluetonga // 09.10.2018 à 08h33

        De fait tout n’est pas à jeter. Et il faudra un jour que l’on m’explique la genèse de l’incroyable “Wag the dog” (Des hommes d’influences, 1997) de Barry Levinson, qui expliquait, un mois avant le scandale Clinton-Lewinsky et le bombardement d’une fabrique de médicaments au Soudan, comment l’équipe d’un président américain empêtré dans un scandale sexuel à la maison blanche fait appel à un spin doctor et un scénariste d’Hollywood pour créer de toute pièce une guerre médiatique dans les Balkans et détourner l’attention du public. Il n’empêche, ça reste un OVNI dans son thème, son traitement, et sa prestigieuse distribution.

        • Laurent Dauré // 09.10.2018 à 11h14

          Matthew Alford parle du film dans « Hollywood propaganda ».

        • Garibaldi2 // 10.10.2018 à 06h58

          Dans Wikipedia sur ”Wag the dog” : ”Le scénario est basé sur American Hero de l’auteur américain Larry Beinhart. Publié en 1993, le roman est une satire des théories du complot dans lequel l’auteur spécule sur l’Opération Tempête du désert qui aurait été montée pour favoriser la réélection de George H. W. Bush. ”.

          Je ne pense pas que ce soit de l’humour !!!!!!!

          https://fr.wikipedia.org/wiki/Des_hommes_d%27influence

    • Laurent Dauré // 09.10.2018 à 10h31

      Certes mais comme je l’ai dit plus haut, le manichéisme – ou le simplisme – n’est pas le problème central pour les productions traitant de politique étrangère et de guerre ; en effet, on peut fort bien avoir des films non-manichéens, cyniques, sombres, etc. (il y en a beaucoup dans cette veine), sans pour autant rompre avec les présupposés dominants : bienveillance foncière des États-Unis (malgré les erreurs individuelles et les égarements des autorités), nécessité d’un droit d’ingérence, recours incontournable à la violence d’État, moindre valeur des points de vue et de la souffrance des étrangers…

  • Pierre // 08.10.2018 à 20h15

    Bonjour à tous
    pour ceux qui veulent approfondir le sujet, des traductions d’articles d’origine US factuels et sourcés sur

    1/ La CIA à Hollywood

    https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/extraits-d-ouvrages/article/la-cia-a-hollywood-182709

    2/ Le Pentagone à Hollywood

    https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/le-pentagone-a-hollywood-185424

    • Laurent Dauré // 09.10.2018 à 10h33

      Tricia Jenkins et Tom Secker font en effet du très bon travail. Merci pour ces liens.

  • rolland // 08.10.2018 à 22h32

    Cela fait bien longtemps que je ne regarde plus le cinéma américain et dans une moindre mesure le cinéma français.
    Alors cela ne découle pas d’une analyse approffondie mais bien d’un ressenti contre nature qui m’avertissait finalement de la dangerosité de ces productions visant à dépeindre une vérité toute relative, la leur, au dépit de l’histoire factuelle des souffrances endurées par les innombrables victimes d’une idéologie marchande qui à mes yeux cache une toute autre idéologie disons d’un certain sens existencialiste déteignant du plus haut niveau de pouvoir.
    Il est clair et cet article le démontre bien, que la nécessité d’un multiculuralisme cinématographique se fait de plus en plus pressant et ne pourrait qu’être salvateur pour nos esprits trop souvent dirigés de façon stratégique et dans le but manifestement principal de nous faire coller au conformisme occidental actuel !

  • Subotai // 09.10.2018 à 00h12

    Bon, j’ai pas lu le bouquin. Mais en se basant sur ce qui est dit ici, j’ai l’impression d’un enfonçage de portes ouvertes.
    Que la cinéma US fasse des films pour le public US, quelle nouvelle! Qu’il brosse son public dans le sens du poil, ouah, pas possible!
    Et son public va du redneck bourrin à l’intello new yorkais “européanophile” pur jus. Je caricature.
    Mais, mais, mais…
    L’Enfer du devoir de William Friedkin (2000), Windtalkers, les messagers du vent de John Woo (2002), La Recrue de Roger Donaldson (2003) et La Guerre selon Charlie Wilson de Mike Nichols (2007) – |significativement altérées dans un sens – encore plus – favorable à l’establishment politique et militaire (et à la CIA dans le cas des deux derniers)|.
    Heu… Beuhh… Hmm…euh comment dire…?
    Dans ces films, et bien d’autres mais pour ceux ci en particulier que je connais, quelques mots, une phrase, de certains protagonistes recadrent un peu la “propagande” et pour qui sait “voir”, et je pense aux intellos newyorkais :-), ce sont des scuds qui sont balancé au détour d’un dialogue pas vraiment favorable à l’establishment. Quelquefois avec une subtilité jubilatoire.
    Cà me fait penser à Blathorne discutant avec Toranaga (Shogun), le Seigneur disant au Pilote qu’il est criminel de se rebeller contre son Suzerain. Et Blakthorne de répondre: “Pas quand on gagne”
    Toranaga: “Vous allez gagner”
    Blackthorne: “Oui”
    Toranaga: “C’est le seul cas justifiable”.
    Reflètent ils réellement le fond de la pensée du cinéaste ou est ce seulement une stratégie bizness? Bah… sûrement les deux Mon Général.
    Comme je dis il y en a pour tous les publics.
    Les cinéastes US ne peuvent pas être autre chose que cinéastes US, mais a part quelques bouses bien grasses estampillées NéoCon, il y a à manger pour tous. A chacun de grappiller de quoi se remplir le ventre…
    Les humains ont un cerveau, s’il y en a qui font l’économie de son utilisation, tant pis pour eux; on ne peut pas penser à la place des cons… Ya déjà assez de boulot pour soi même à essayer d’éviter de l’être. 🙂

    • Laurent Dauré // 09.10.2018 à 10h44

      Hollywood serait donc relativement équilibré selon vous en ce qui concerne les films qui traitent de la politique étrangère des États-Unis et des guerres qui en sont une expression récurrente ?… Vous dites qu’une remarque au détour d’un dialogue permet de rééquilibrer le point de vue et de compenser tout ce qui relève de la propagande pro-Washington. Si c’est le cas (massivement), alors il faut prévenir le Pentagone, la CIA, le FBI, la Maison Blanche, etc., car il semblerait qu’ils se plantent lourdement en collaborant avec Hollywood.

  • Andaman // 09.10.2018 à 09h12

    Il me semble que Pierre Conesa a deja traite ce sujet dans des livres et conferences. Les Americains n’enseignent pas l’histoire a l’ecole mais la reecrivent au cinema. C’est ainsi que nous avons su que les Indiens d’Amerique etaient forcement mauvais, ainsi que les Vietnamiens, Afghans, Russes, enfin tous ceux qui ont eu maille a partir avec l’oncle Sam a un moment donne…

    • Laurent Dauré // 09.10.2018 à 10h51

      Le livre de Pierre Conesa est bien postérieur à « Reel Power » (c’est le titre de l’édition originale de l’ouvrage de Matthew Alford). Par ailleurs, il ne traite pas en profondeur du fonctionnement interne d’Hollywood et des films post-guerre froide. C’est davantage un essai qu’un travail universitaire. Cela dit, il est intéressant et a eu le mérite de rouvrir le débat en France.

  • Myrkur34 // 10.10.2018 à 11h24

    Bon ben à la base de la base, je ne forge pas mes opinions politiques à la vue de la vulgate cinématographique même accrocheuse en diable.
    Cela me divertit, m’émeut, me transporte et parfois réfléchir même si la plupart du temps, je me dis, “Aussitôt vu, aussitôt oublié” et des fois je m’endors à la publicité car je coupe le son.
    Dernier film vu marquant, “Yakuza” de Sidney Pollack. Une histoire mêlant la petite à la grande ainsi que les deux psychés japonaise et occidentale.

  • marcel dugenoux // 10.10.2018 à 19h57

    @ Laurant Dauré qui écrit :
    “En ce qui concerne les rapports histoire/cinéma, je vous encourage à lire « Hollywood propaganda » pour mesurer l’ampleur de certaines déformations, qui vont parfois jusqu’au mensonge pur et simple.”

    Vous touchez il me semble au coeur du vrai problème posé par les collusions entre “agences de renseignement” et production multimédia de masse (le jeu vidéo n’est pas cité dans l’article, mais il est lui aussi un vecteur essentiel) ; le vrai problème ou la vraie question si l’on préfère, c’est l’impression étrange que donnent toutes ces production de délivrer non pas seulement des mensonges et distorsion, mais un récit fictif qu’il soit possible de corroborer d’une production à une autre, et qui, du fait du rythme soutenu de diffusion des productions concernées, semble avoir acquis un statut de “réel”, pour beaucoup de gens. Ce n’est plus seulement l’abrutissement mais bel et bien l’ancrage du public dans une historicité factice n’ayant pratiquement plus rien à voir avec les faits. Nous sommes plus dans la licence artistique mais dans le devoir de référence au récit officiel : celui d’un impérialisme nourri à l’école des méthodes staliniennes.

    • Laurent Dauré // 11.10.2018 à 09h21

      Oui, le domaine du jeu vidéo est également très important dans la production de propagande pro-Washington mais je ne le connais pas (ou plutôt plus) assez pour en parler de façon informée. Il se trouve que je viens de voir dans une gare d’immenses affiches publicitaires pour « Call of Duty : Black Ops 4 »…

      Il me semble que les méthodes hollywoodiennes, pour les films en question ici, sont davantage celles d’Edward Bernays que de Staline. En effet, elles reposent beaucoup sur la séduction, l’émotion, elles visent à obtenir le consentement de façon « douce ».

      • marcel dugenoux // 12.10.2018 à 16h58

        En terme de stalinisme je faisais allusion à la ré-écriture de l’histoire, à la suppression des personnages sur des photos, à une stratégie de gommage et de “correction” systématique des faits : ici pour promouvoir l’héroïsme et l’abnégation du démocrate universaliste américain…Le marketing passant, en tout cas de mon point de vue, comme méthode, mais essentiellement pour vendre du pur mensonge, ce qui n’était pas exactement la methode de Bernays qui, reposait surtout sur la mise en valeur du caractère satisfaisant émotionnellement de l’achat, mais pas pour autant sur une tromperie absolue se rapportant au produit.
        Non là c’est vraiment la méthode 1984 avec toutes ses inversions…donc on est plus chez les héritiers de Bernays comme Goebels, Beria ou Truman, que chez Bernays lui-même.

        • Laurent Dauré // 13.10.2018 à 12h01

          Disons que Bernays a défini – avec d’autres – les principes (anti-démocratiques), créé les outils (de « relations publiques », c’est-à-dire de manipulation des masses), et que ces derniers ont ensuite été adaptés et développés en fonction des contextes, des objectifs. La propagande hollywoodienne fonctionne car elle se présente sous un jour séduisant, elle joue sur le désir, les affects ; ça c’est vraiment la « patte Bernays ».

  • VCLR 44 // 10.10.2018 à 21h23

    Sur ce sujet, à savoir comment le cinéma américain, à travers certains de ses films, réécrit l’Histoire, désinforme massivement, manipule les consciences et colonise les imaginaires des milliards de personnes qui voient les créations hollywoodiennes, tout ceci dans un but géopolitique évident, il existe au moins un autre livre écrit par le Français Jean-Michel Valantin, docteur en études stratégiques et sociologie de la défense, spécialiste de la stratégie américaine et chercheur au CIRPES [Centre interdisciplinaire de recherches sur la paix et d’études stratégiques] et publié aux Éditions Autrement en août 2003. Ce livre plus ancien s’intitule : Hollywood, le Pentagone et Washington, les trois acteurs d’une stratégie globale.

    • Laurent Dauré // 11.10.2018 à 09h23

      Oui, j’ai mentionné ce livre dans le texte, en renvoyant à la seconde édition de 2010.

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