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2.avril.20202.4.2020 // Les Crises

Stériliser les FFP2 pour les réutiliser – Entretien avec Joannes Vermorel

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M. Vermorel est ancien élève de l’ENS Ulm, membre du Corps des mines et fondateur de la société Lokad, éditeur logiciel pour l’optimisation de la supply chain. Le 23 mars, il a lancé une initiative visant à stériliser les masques FFP2 récemment usagés pour pouvoir les réutiliser, et ce au lieu de les détruire après usage unique. Il répond ici à nos questions.

Les Crises : La pénurie de masques FFP2 est malheureusement bien connue. Quelle solution proposez-vous ?

M. Vermorel : Le cœur du masque FFP2, c’est un le filtre en textile non tissé. C’est ce filtre qui protège le porteur, et c’est ce filtre qu’on ne trouve pas sur un masque “grand public”.

C’est grâce aux propriétés du textile non tissé qu’un FFP2 filtre bien mieux qu’un masque ordinaire. Cette partie est très fragile, on ne peut pas la stériliser comme un tissu normal avec un produit agressif. Personne ne s’était demandé comment stériliser les FFP2, car comme les masques sont peu chers à produire, en période normale on les remplace après quelques heures d’utilisation et il suffit de puiser dans le stock.

Les Crises : Sauf qu’actuellement il n’y a plus de stock !

M. Vermorel : Exactement, c’est pourquoi le schéma habituel n’est pas adapté en période de pénurie, d’où l’idée de chercher une façon de stériliser les FFP2, si possible à grand échelle. Stériliser un million de masques par jour équivaut à produire un million de masques à usage unique.

Bien sûr, il y a un coût technique et logistique – c’est pourquoi en temps normal on se contente de remplacer les masques après usage unique – mais en période de pénurie un tel coût devient négligeable.

Les Crises : Mais pourquoi ne pas aller au plus simple et directement produire plus de masques FFP2 ?

M. Vermorel : Vous vous souvenez du textile non tissé ? Ces masques sont peu chers à produire mais seules des machines spécifiques et complexes peuvent les fabriquer. C’est un peu comme les circuits imprimés : on sait en produire depuis des décennies mais ça ne s’improvise pas du jour au lendemain. Il faut plusieurs mois pour monter de telles lignes de production or on n’a besoin de FFP2 dès aujourd’hui.

Les capacités de production de textile non tissé sont rares et surtout déjà utilisées à plein rendement sans qu’on puisse équiper toutes les personnes exposées comme les soignants – a fortiori tous les habitants. Certes la Chine propose de fournir massivement des masques mais elle ne peut approvisionner la planète entière et la qualité laisse souvent à désirer. On l’a vu le 28 mars avec le rappel de 600 000 masques non conformes livrés aux Pays-Bas…

Les Crises : D’accord. Comment peut-on donc stériliser les FFP2 ?

M. Vermorel : Plusieurs options sont possibles, dont deux déjà été validées par la Food and Drug Administration, l’équivalent américain de notre Agence Nationale de Sécurité du Médicament.

La première est la stérilisation à l’oxyde d’éthylène, un procédé bien connu et largement utilisé depuis 80 ans, notamment pour le matériel médical. Cette méthode éradique le virus. Pour l’instant, on est certain que le masque peut être réutilisé au moins une fois – c’est aussi efficace que doubler la production ! Des tests sont en cours pour voir combien de fois on peut stériliser un FFP2 sans le détériorer.

La deuxième option est la décontamination à la vapeur de peroxyde d’hydrogène, là encore une méthode connue de longue date et déjà utilisée contre les virus. Elle permet de réutiliser 30 fois le masque en éliminant à chaque fois 999 999 pathogènes sur un million.

Les Crises : Donc ce n’est pas parfait…

M. Vermorel : Non, mais à choisir, préférez-vous une protection qui échoue une fois sur cent ou pas de protection du tout ?

J’ai cité les deux méthodes officiellement approuvées aux Etats-Unis mais il en existe d’autres. Par exemple, les Pays-Bas stérilisent les FFP2 au plasma de peroxyde d’hydrogène – donc forcément à petite échelle mais c’est toujours utile. Et on explore d’autres pistes sérieuses de stérilisation en ce moment.

Avec les méthodes déjà validées, on peut en tout cas envisager sérieusement de réutiliser un million de masques par jour. Le problème est qu’actuellement l’ordre est de systématiquement détruire les FFP2 après usage unique.

Les Crises : Pourquoi donc ?

M. Vermorel : Trouver des solutions techniques est parfois moins difficile que faire sauter les barrages administratifs or les autorités de santé refusent d’autoriser la conservation des masques usagés parce qu’elles ne sont pas certaines qu’on puisse les réutiliser. Mais avec cette logique le stock de FFP2 réutilisable se réduit comme peau de chagrin !

Comme on est quasiment certain de pouvoir stériliser ou au moins décontaminer les masques en vue de leur réutilisation, il faut les garder précieusement après usage. Au pire, on pourra les jeter plus tard. Au mieux – et c’est très probable – nous aurons l’équivalent de dizaines de millions de masques supplémentaires.

 


 

Réutilisation de masques FFP2 à grande échelle

Source : Joannes Vermorel, 29-03-2020

Synthèse : ce document propose la réutilisation des masques FFP2 à grande échelle grâce à l’infrastructure pré-existante en France de stérilisation et de décontamination. Cette initiative a pour but d’éviter l’amplification de la crise sanitaire Covid-19 due à une pénurie de masque des personnels médicaux eux-mêmes, qui aboutirait à des contaminations supplémentaires via les personnels médicaux.

Cette initiative permet la réutilisation – sous une semaine – de 1 million de masques par jour pour un coût inférieur à 5€ par masque dès les premiers masques. Le coût serait probablement inférieur à 1€ par masque si l’opération est réalisée à grande échelle.

Un protocole de réutilisation de masques doit répondre à deux exigences sanitaires : (a) pas de contamination croisée des porteurs successifs et (b) le masque conserve ses propriétés filtrantes malgré les réutilisation successives.

La semaine du 23 mars 2020, deux protocoles distincts de ré-utilisation des masques ont été validés, chacun par deux organisations indépendantes. Ces deux protocoles permettent chacun de traiter un très grand nombre de masques sous des délais très courts.

La faisabilité et la sécurité d’un protocole de réutilisatíon des masques FFP2 à très grande échelle est donc déjà une quasi-certitude. Un troisième protocole de réutilisation est également déjà validé, mais moins favorable à un traitement de masse. D’autre part, il est probable que d’autres protocoles soient trouvés dans les semaines qui viennent.

J’appelle à la mise en place immédiate d’une filière de collecte des masques FFP2 usagés. Si les masques FFP2 ne sont pas correctement collectés après usage, il n’y aura aucune réutilisation possible.

J’appelle l’ANSM et l’ANSES à autoriser, immédiatement et provisoirement, les deux protocoles déjà identifiés pour la réutilisation des masques, et à ajuster graduellement sa position à mesure que ces protocoles seront affinés par les acteurs eux-mêmes.

Remerciements (dans le désordre) : la société Ionisos, la société Bioquell, la société FM Logistic, la société ArianeGroup, l’organisation ASLOG, Godefroy Beauvallet, le Corps des Mines.

Document : version la plus à jour et Doc PDF

Source : Joannes Vermorel, 29-03-2020

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Commentaire recommandé

bm607 // 02.04.2020 à 20h41

Effectivement j’ai aussi un peu de mal à comprendre pourquoi on ne peut pas tout simplement laisser les masques une semaine sans y toucher puisque les deux couches filtrantes des masques sont composés de polypropylène et d’EVA (dont la couche de filtration électrostatique).
On sait que sur les matières plastiques 7 à 9 jours maximum suffisent pour neutraliser les capacités de contamination du virus.

Je ne sais pas ce que peu donner un séjour à 70°C de 5-10 min (puisqu’en principe ça suffirait pour rendre un masque suffisamment stérile, le virus est très sensible à la chaleur au dessus de 65 °C) sur le filtre électrostatique, mais attendre 7 jours ça parait simple.
La seule explication que je vois est que ce n’est pas fiable pour tous les germes pathogènes (virus et bactéries) qu’on peut retrouver dans des hôpitaux, donc pas viable dans cette optique ; mais pour un particulier qui ne cherche qu’à se protéger du Covid-19, ça semble très intéressant cette « quarantaine » du masque.

16 réactions et commentaires

  • masquefacile // 02.04.2020 à 17h14

    pourquoi faire compliqué ? il suffit d’attendre 6 jours et le virus n’existe plus, ensuite on peut les étuver à 75° 12 heures ce qui est une température modérée, et chacun peut le faire

    autre méthode: dans un caisson à UV stérilisants pendant 12heures, chaque hôpital peut le faire…..

    non parce qu’en ce moment les médecins portent le même masque 6 jours :
    réveil!

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    • juan // 02.04.2020 à 17h54

      Je pense qu’ils ont déjà pensé aux UV: mais les UVs sont arrêtés par le tissu, or j’imagine qu’il y a des plis et plusieurs couches. Ça ne me semble pas facile pour ce genre de matériel.

        +0

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    • bm607 // 02.04.2020 à 20h41

      Effectivement j’ai aussi un peu de mal à comprendre pourquoi on ne peut pas tout simplement laisser les masques une semaine sans y toucher puisque les deux couches filtrantes des masques sont composés de polypropylène et d’EVA (dont la couche de filtration électrostatique).
      On sait que sur les matières plastiques 7 à 9 jours maximum suffisent pour neutraliser les capacités de contamination du virus.

      Je ne sais pas ce que peu donner un séjour à 70°C de 5-10 min (puisqu’en principe ça suffirait pour rendre un masque suffisamment stérile, le virus est très sensible à la chaleur au dessus de 65 °C) sur le filtre électrostatique, mais attendre 7 jours ça parait simple.
      La seule explication que je vois est que ce n’est pas fiable pour tous les germes pathogènes (virus et bactéries) qu’on peut retrouver dans des hôpitaux, donc pas viable dans cette optique ; mais pour un particulier qui ne cherche qu’à se protéger du Covid-19, ça semble très intéressant cette « quarantaine » du masque.

        +7

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  • Alain // 02.04.2020 à 18h54

    La FDA a homologué une méthode de stérilisation des masques permettant 50 réutilisations mais à limiter à 30 par sécurité suite à aux résultats d’une étude scientifique. Aucun écho sous nos cieux

      +1

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  • Séraphim // 02.04.2020 à 22h44

    Les Chinois ont pratiqué la stérilisation à grande échelle à Wuhan des masques et aussi des vêtements etc. En moins d’une journée. Par irradiation, avec des sources radioactives au Cobalt 60 ou des bombardements d’électrons (accélérateurs lineaires). Résultat impeccable, mieux qu’avec tout procédé chimique et beaucoup plus rapide.

      +3

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  • Julien // 03.04.2020 à 00h23

    Question bête: et au four traditionnel à 70° pendant 30mn cela ne pourrait pas permettre de les stériliser même un peu ?

      +0

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    • Dominique65 // 03.04.2020 à 12h35

      Il ne s’agit pas de faire des biscottes mais de stériliser.

        +2

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    • Ozman // 05.04.2020 à 11h06

      Mettre au four pourrait être une solution mais les élastiques ne vont pas tenir.

      Collecter des masques de tout le monde pour soit disant les stériliser et les redistribuer à tout les monde ensuite n’est pas raisonnable. Qui peut avoir confiance en ce système !!! Quelle garantie !!!

      Chacun a son masque FFP2 (ou autres) et le stérilise pour le réemployer lui même. C’est du bon sens.
      C’est facile à faire. Tout le monde a un sèche cheveux à la maison. J’ai testé avec mon masque FFP2. La chaleur du souffle d’un sèche cheveux Braun (par exemple) à 15 cm est de 70°C. Vous passer votre masque 5mn a ce traitement sans visé les élastique et votre masque peut vous servir des jours.
      Un pistolet à air chaud peut être utilisé aussi en faisant plus attention car il chauffe plus.
      Il ne faut arrêter de pleurer pour les masques et arrêter de gaspiller si l’intendance ne suit pas.

        +3

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  • Arno // 03.04.2020 à 00h45

    Quelqu’un pourrait expliquer pourquoi on ne pourrait pas entreposer les masques pendant un délai suffisant à la disparition du virus (quelques jours si je ne m’abuse).

      +4

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    • Julien // 03.04.2020 à 20h59

      Bonne question, j’y pensais aussi. En effet, au bout de dix jours « normalement » le virus ne contamine pas la surface puisque c’est au delà de sont temps de vie sur une surface.

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    • BayBee // 04.04.2020 à 10h51

      Et tu les entreposent où en attendant ; un masque ne se prête pas ; maladies de peau ; quid des bactéries et moisissures qui peuvent se développer … etc …

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    • Silk // 04.04.2020 à 21h34

      En fait si on parle de FFP2, décontaminer est une chose (faisable) mais par contre la cartouche faciale est périmée. Donc c’est une question d’usage, mais clairement on passe juste à une protection physique et plus aucunement à un filtrage des particules comme prévu dans la norme.

      Je suppose que la problématique est de savoir exactement si le masque est totalement fonctionnel et conforme à la norme, ou s’il s’agit d’un masque de protection basique qui a perdu toutes ses particularités spécifiques à sa norme.

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  • Rémi // 03.04.2020 à 10h50

    Quelques réponses (Attention je ne suis pas expert)
    La température de fusion des plastiques est assez basse. Même en restant dessous je ne suis pas sur que sur des structures complexe comme ce filtre non tissé on ait pas une modification géométrique qui rende le masque inopérant.

    Pour le stocakge une semaine, le risque dans un entrepot est qu’il faut protéger le masque contre les autres contaminations: Rats, poussiéres… Je crains que des masques mis en vrac dans un carton ne soient de vrais étouffoirs au bout du’une semaine car trop empoussiérés. Enfin il y a le millieu du masque, pas seulement plastique, mais aussi tissus, je ne suis là non plus pas sur que la semaine suffise pour éliminer dans tous les coins du masque.
    Maintenant une fois de plus les rapidité administratives deviennent lourdes et déplaisantes. Si les gens au ministère de la santé ne sont pas formés à la gestion de crise il y a des exercices qui n’ont pas été fait.

      +1

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  • Ozman // 05.04.2020 à 11h03

    Je ne suis pas d’accord avec cet article.
    Collecter des masques de tout le monde pour soit disant les stériliser et les redistribuer à tout les monde ensuite n’est pas résonnable. Qui peut avoir confiance en ce système !!! Quelle garantie !!!

    Chacun a son masque FFP2 (ou autres) et le stérilise pour le réemployer lui même. C’est du bon sens.
    C’est facile à faire. Tout le monde a un sèche cheveux à la maison. J’ai testé avec mon masque FFP2. La chaleur du souffle d’un sèche cheveux Braun (par exemple) à 15 cm est de 70°C. Vous passer votre masque 5mn a ce traitement sans visé les élastique et votre masque peut vous servir des jours.
    Un pistolet à air chaud peut être utilisé aussi en faisant plus attention car il chauffe plus.
    Il ne faut arrêter de pleurer pour les masques et arrêter de gaspiller si l’intendance ne suit pas.

      +3

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