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7.janvier.20217.1.2021
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Origine du Sars-Cov2 : Vers une enquête à « rebrousse-poil » de l’OMS en Chine ? – par Yann Faure

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Yann Faure poursuit son enquête au sujet des fermes à fourrures et de leur rôle potentiel dans la transmission du Sars-Cov-2 à l’être humain. Si ce commerce de visons et de chiens viverrins apparaît dans le cours de cette pandémie, il pourrait bien être également à sa source ; il faut cependant être prudent et attendre les résultats définitifs des enquêtes. Il n’en reste pas moins que ces élevages industriels d’animaux semblent bien être des acteurs de la pandémie.

Communiqué de l’OMS du 8 novembre 2020

En ce mois de janvier 2021, soit un peu plus d’un an après l’annonce de la pandémie, les dix experts triés sur le volet de la commission d’enquête de l’OMS destinée à déterminer l’origine du coronavirus devraient enfin être autorisés à pénétrer sur le territoire chinois pour lancer des investigations.

Le docteur Christian Drosten, spécialiste des maladies émergentes, codécouvreur du SRAS au printemps 2003 et directeur de l’institut de virologie de Berlin, figure a priori incontournable, ne sera pas de la partie. Son explication : l’invitation de l’OMS à candidater pour participer à cette équipée historique lui a été adressée par mail pendant ses vacances et il n’a pas réussi à y répondre à temps.

S’il y a actuellement un large accord de la communauté scientifique pour attribuer à une espèce de chauve-souris le rôle d’animal réservoir, on cherche encore l’animal intermédiaire qui a pu jouer le rôle de chaînon manquant entre ce mammifère volant aux nombreuses variétés et l’être humain.

Pour Christian Drosten qui s’est exprimé à ce sujet dès le 26 avril 2020, le premier endroit où il conviendrait d’aller regarder, c’est dans les fermes à fourrure chinoises où on élève des chiens viverrins (raccoon dogs, en anglais) — couramment désigné en Europe par le diminutif « Raccoon », autrement dit « raton laveur », un subterfuge de traduction utile au moment de l’étiquetage pour redonner de la noblesse au poil de ces canidés et ne pas risquer de dégoûter l’acheteur. La ruse est connue, souvent dénoncée, mais elle perdure.

La Chine produit annuellement près de 14 millions de chiens viverrins, dont 3 millions à l’extrême-est entre Shanghai et Pékin dans la province péninsule du Shandong. Wuhan, capitale de l’Hubei, est à mille kilomètres du Shandong. Wuhan ne produit pas, mais c’est une des nouvelles places fortes du commerce de fourrure. Confinée le 23 janvier 2020, en même temps que Wuhan, la ville voisine de Erzhou avec son industrie textile, constitue depuis quelques années un des marchés émergents pour la filière[1].

On « élève » au nord Est (principalement dans le Shandong), les ateliers de confections sont au Sud-Est et au Sud (Guangdong) ou dans l’Hubei, par exemple, où on vend également beaucoup de manteaux en renard et vison, dans les boutiques des grands centres commerciaux — illustration Rapport Actasia

Le Shandong, terre historique d’élevage pour la fourrure, dispose pour sa part de milliers d’exploitations qui s’y dédient, parfois en poly-activités, où s’agglutinent, en plus de 3 millions de chiens viverrins, 15 millions de visons et 6 millions de renards. Au bas mot. L’essentiel étant concentré dans une zone grande comme un département français, laquelle s’étend vers le sud depuis la commune côtière de Weifang. Ces trois espèces (renards, visons et raccoon dogs) sont carnivores.

On les nourrit en partie de poissons frais tirés de la Mer Jaune, d’abats de volailles ou de porcs, de farines animales et des charognes des uns aux autres, au gré de la chronologie des dépeçages. La nourriture fraîche fortement protéinée est un élément important pour améliorer la qualité de leurs peaux. Évidemment pour les dépecer, il faut les abattre. Leur existence est donc brève et captive. Les visons, par exemple, se reproduisent en mars, mettent bas en avril et les portées sont tuées entre la mi-novembre et la mi-décembre.

Ne sont épargnés que les « étalons » et les femelles destinés à reproduire la génération suivante. Depuis que ce marché a vraiment décollé, à partir du début des années 2000, on importe régulièrement des reproducteurs, essentiellement de Finlande et du Danemark ou de Hollande et d’Amérique du Nord, quand ce n’est pas d’Italie. Ainsi que des technologies d’insémination artificielle, de nutrition, d’évacuation des déchets organiques. On a aussi ouvert des formations universitaires destinées aux éleveurs en espérant les voir progresser en zootechnie et qu’ils améliorent les lignées par sélection génétique et élèvent du même coup la valeur des peaux récoltées.

Christian Drosten a de bonnes raisons de suspecter les élevages de chiens viverrins d’être à l’origine du Sars-Cov2. S’il a beaucoup été répété dernièrement et du reste, pendant des années, que l’animal qui a propagé le Sars-Cov-1 était la civette masquée… en réalité, les raccoon dogs ou chiens viverrins étaient également contaminés et tout autant susceptibles de jouer le rôle de transmetteur à l’être humain du temps où le SRAS a été découvert[2]. Il est même bien possible que le chien viverrin se soit, à l’époque, intercalé dans la chaîne de contamination entre la chauve-souris et la civette.

Épidémie de Sars-Cov1 en 2003/2004 : Chiens viverrins et/ou civettes masquées, voire même trois intermédiaires ou plus entre la chauve-souris et l’humain… (Creative commons)

Dans les études datant de 2003/2004 portant notamment sur les marchés de Shenzhen dans le Guandong, il paraît quasiment impossible de départager laquelle des deux espèces a contaminé l’autre ou si une troisième a infecté les deux à la fois. La civette palmiste masquée — un viverridé — est surtout considérée comme dernier hôte intermédiaire le plus probable avant l’humain en raison de l’identification d’un restaurant où des clients sont tombés malades après avoir dîné dans une pièce où se trouvaient des civettes infectées.

C’est maigre. C’est d’autant plus maigre que les civettes, qui furent pendant plusieurs décennies élevées pour leur fourrure avant de devenir une viande de consommation réputée, ne comptaient plus dans ces années-là que 40 000 unités dans l’ensemble du pays[3]. Alors que les chiens viverrins d’élevage totalisaient, eux, un effectif estimé entre 5 et 10 millions.

Après la réapparition du SRAS à l’hiver 2003-2004, à l’occasion d’une immense enquête financée par le ministère chinois des Sciences et Techniques et le National Health américain[4], portant sur le séquençage d’un échantillon de 1107 civettes issues de 23 élevages choisis dans 12 provinces, il s’est avéré que si sur le marché de Xinyuan (Guandong), les civettes étaient effectivement porteuses du virus, dans les élevages d’origine des animaux commercialisés, il n’y avait pas d’infection détectable. Indice que la contamination avait dû avoir lieu plutôt sur le marché ou durant le transport.

Or, sur le même marché de Xinyuan, la totalité des chiens viverrins était elle aussi contaminée. À 100 %. Et plusieurs études signalent que bien que la contamination des civettes ait pu résulter d’un phénomène de contagion par ces fameux chiens viverrins, aucune étude ne fut lancée pour en savoir davantage sur les raccoon dogs. Comme s’en étonnèrent les chercheurs Paul et Martin Chan, ceux-ci « ne suscitèrent pas d’intérêt »[5]. Notons encore que sur ces marchés, des renards roux et des mustélidés étaient également infectés.

Curieusement l’étude sino-américaine n’échantillonna aucune ferme dans le Shandong, ni le Liaoning, ni le Jilin, ni l’Heilongjiang, qui sont les 4 principales provinces d’élevage de visons. La sélection retenue est surtout une peu étonnante s’agissant du Shandong, qui est à la fois la capitale sans rivale de la production de fourrure et géographiquement plus proche du Guandong que l’Hebei — l’Hebei, assez au nord, ayant bien été inspectée (Cf. carte).

Carte des provinces où l’enquête relative aux élevages de civettes4 a été menée en 2004

Christian Drosten a donc bonne mémoire. On comprend mieux pourquoi, dans une interview donnée au Guardian fin avril, c’est-à-dire peu après les premières contaminations par le Sars-Cov2 des élevages de visons hollandais, il a déclaré : « Si quelqu’un me donnait quelques centaines de milliers de dollars et un laissez-passer en Chine pour trouver la source du virus, je chercherais dans les endroits où les chiens viverrins sont élevés »[6]. Depuis, il a démontré expérimentalement que le raccoon dog est bien susceptible d’être infecté et de propager le Sars-Cov2 à ses semblables[7].

La question qu’on ne peut s’empêcher de poser à la lumière de l’actuelle pandémie est donc : En 2003 comme en 2020, la Chine a-t-elle cherché à faire diversion en incriminant un animal dont l’interdiction ou l’abattage ne contrariaient en rien ses intérêts économiques ? S’efforce-t-elle de protéger la production et le commerce de fourrure pour lesquels elle est la principale puissance mondiale ?

Tout semble le confirmer.

Par exemple, l’auteure de la revue de la littérature scientifique du NCBI[8], parue en 2007, qui traite des hôtes intermédiaires supposés pour le SARS-CoV1 n’est autre que Shi Zhengli, alias « bat-woman », l’actuelle directrice de l’Institut Virologique de Wuhan qui a déclaré en février que tout le problème venait de la consommation alimentaire des Chinois, « punis » à cause de leur goût pour le gibier exotique[9]. Shi étant rédactrice de ce document de synthèse qui fait référence, elle ne peut ignorer la place particulière tenue par les chiens viverrins au moment de l’émergence du SRAS.

Elle connaît forcément l’importance du bétail et des élevages dans les transmissions zoonotiques. Et qui plus est, la prépondérance des fermes à fourrure de renards, raccoon dogs et visons dans l’élevage des animaux sauvages en Chine. Puisqu’à eux trois, ils représentent 75 % des animaux sauvages élevés dans l’empire du Milieu, si on en croit un rapport de 2016 de l’Académie chinoise d’Ingénierie.

Ensuite, il semble qu’il y ait eu un effort particulier des autorités chinoises pour maîtriser le récit médiatique de la pandémie à coup de censures relatives aux publications scientifiques[10] et de communiqués bien ciselés de l’agence de presse officielle à destination des médias occidentaux.

Ainsi, pendant des mois, on ne trouve dans la presse aucune mention des renards, des visons et des chiens viverrins dans l’inventaire qu’on a relayé des animaux présents à Wuhan avant d’avoir été évacués le 31 décembre 2019. Pourtant, d’après le dernier rapport de l’OMS, les renards étaient bien présents au Wet Market. D’après une évaluation des risques publiée en mars par le centre des maladies infectieuses et l’Agence de Santé publique canadienne[11], les visons aussi figuraient sur la liste des animaux en vente.

Enfin, sur des photographies, prises début décembre 2019 à l’intérieur du marché et diffusées en janvier 2020 par CNN[12], il y avait bien aussi dans ce fameux marché, des raccoon dogs. Qui, après le tour de passe-passe bien connu sont plus tard devenus des « raccoons » tout court dans les articles et les communiqués de toute obédience : autrement dit des « ratons laveurs », une confusion déjà mentionnée, bien pratique pour les faire oublier.

Copie d’écran CNN — la présentatrice commente bien en utilisant la dénomination « raccoon dogs », c’est-à-dire « chiens viverrins » — même dans leur document officiel, les éleveurs chinois de chiens viverrins n’hésitent pas, eux, à appeler leur bétail du « raccoon » (ce qui se traduit par « raton laveur »)

En vérité, non seulement ces trois espèces à la fois très sensibles au coronavirus de type Sras-Cov — et à la base de l’industrie de la fourrure — ont fait l’objet d’une formidable ellipse, mais lorsqu’il s’est agi, sous la pression de l’opinion publique mondiale, d’interdire le commerce d’animaux sauvages en raison des risques d’émergence et de propagation, le ministère chinois de l’Agriculture et des Affaires Rurales les a requalifiées en « espèces domestiques[13] » afin d’exonérer leur élevage de toute entrave possible.

Est-il besoin, ici, d’évoquer le succès planétaire de la fable du pangolin ?

Un peu quand même. Car il semble que des études délibérément biaisées ont servi d’écrans de fumée pour retarder une recherche rationnelle d’un hôte intermédiaire crédible. La théorie du pangolin, désormais abandonnée,[14] mais qui a fait long feu, a été imposée alors même que le séquençage du gène viral qu’il était censé porter était loin d’être achevé. Il ne faut pas oublier que juste avant, les Chinois avaient déjà réussi à alimenter la presse avec l’assurance que le serpent était probablement l’hôte intermédiaire.

Dans la foulée, il y a même eu une tentative de jeter la tortue en pâture à l’opinion. Que de fausses pistes ! On ne peut s’empêcher de penser que diriger les regards vers trois espèces à écailles ne peut relever tout à fait du hasard, tant de tels suspects éloignent efficacement l’imaginaire du public des producteurs de fourrure. Or, au moment où l’Université d’Agriculture du Sud a communiqué brutalement, sans aucune donnée à l’appui au sujet du pangolin, une étude beaucoup plus sérieuse était sur le point de tomber.

Le 24 janvier 2020, ainsi qu’on peut le voir sur le site Global Times qui tient le journal de l’épidémie depuis ses prémices, l’hôte intermédiaire le plus probable avancé par une recherche basée sur une comparaison générale des bases de données (GISAID) à l’aide d’un logiciel de deep learning… c’est le vison[15]. D’après l’analyse de la séquence génétique du nouveau coronavirus, le vison a même le potentiel d’en être l’hôte d’origine[16].

Or cette étude qui pointe le vison a été initiée avec le soutien de l’Académie chinoise des Sciences, du laboratoire virologique de Wuhan, du CDC chinois dans le cadre du programme national de recherche et de développement. Offrant les meilleures garanties de sérieux, le résultat du travail de l’équipe de Quian Guo n’a même pas été contesté. Excepté du côté de Singapour et de l’Australie, on s’est juste contenté de ne lui accorder aucune audience. Comme si le pangolin, en confortant les préjugés et en exacerbant les passions, saturait tout l’espace disponible.

Enfin l’OMS, peut-être par souci de maintenir la qualité des relations diplomatiques avec le pays hôte, a été bien peu encline à souligner les failles de la version chinoise relative au démarrage de l’épidémie. On peut même dire qu’elle a bien davantage contribué à la conforter qu’à l’éprouver.

Ainsi, lorsqu’il s’exprime pour le journal de l’ONU, le 8 mai 2020, le Docteur Peter Ben Embarek, expert de l’OMS sur la sécurité alimentaire et les zoonoses, mais aussi consultant pour le gouvernement chinois, et diplômé de l’Université danoise de Copenhague, déclenche une petite polémique en contestant la pertinence de l’interdiction annoncée des marchés d’animaux vivants[17].

Il faut surtout noter qu’il se garde bien de citer les animaux élevés pour la fourrure lorsqu’il commente l’avancée des recherches sur la source animale : « Il est inutile de commencer à tester des animaux un peu partout […] des études ont révélé que d’autres espèces sont sensibles à la maladie, notamment les chats, les tigres, les furets et les chiens, dans une certaine mesure. D’autres animaux, comme les porcs, les espèces de volailles ne semblent pas être sensibles à la maladie, ce qui est une bonne nouvelle car nous produisons et élevons ces animaux à très grande échelle ».

Or, il ne peut ignorer que les visons sont particulièrement sensibles au Sars-Cov2 puisqu’il a participé lui-même aux commissions internationales de l’OIE de mars et d’avril où cette question a été clairement évoquée entre experts initiés.

La recherche expérimentale sur la sensibilité des différents mammifères au Sars-Cov2 paraît la base si on ne veut pas se lancer dans la quête de l’hôte intermédiaire à l’aveuglette. Il est assez étonnant (ou parlant) de lire, dans une étude effectuée par l’Université Médicale du Shandong[18], parue le 1er avril 2020 dans le Medical Journal of Virology, qu’on a testé 42 espèces comprenant homme, chat, chien, porc, cheval, civette, pangolin, macaque, éléphant africain, suricate, taureau, putois, kangourou, opossum, tortue, lynx, etc. Mais ni le vison, ni le renard, ni le chien viverrin qui sont pourtant les animaux de loin les plus présents dans la région d’origine des chercheurs, à savoir dans le Shandong. Les scientifiques concluant sans rire qu’il serait bon de surveiller attentivement un cétacé, « le Marsouin sans nageoire du Yang Tsé, parce qu’il s’en trouve dans les lacs à proximité de Wuhan et qu’il pourrait être infecté par le Sars-coV-2 ou un coronavirus apparenté ».

En août 2020, exemple de la synthèse graphique tirée d’un article très repris de l’université de Californie qui illustre l’invisibilisation des animaux d’élevages à fourrure… « Les données permettent aux chercheurs de se concentrer sur les espèces qui auraient pu servir d’hôte intermédiaire dans la nature » avec l’aimable participation de l’université de Wuhan [19]

Depuis début novembre, après le cataclysme de l’élevage danois[20], plus rien ne peut empêcher le vison de faire les gros titres, mais on semble le considérer uniquement comme un dégât collatéral de l’épidémie. Il se trouve cent fois plus d’articles pour relater qu’on a trouvé un vison contaminé en liberté dans l’Utah que pour évoquer les 3000 exploitations agricoles chinoises dont certaines dépassent les 100 000 têtes et qui peuvent parfaitement être à la source de l’actuelle pandémie. Aucun écho du Shandong. Pourtant, il y a de nombreux et spectaculaires précédents dans cette contrée.

Quelques exemples : 2011, il est génétiquement mis en évidence dans une ferme de l’Hebei un nouveau réovirus excrété par des visons d’élevage qui semble être un réassortiment virulent de souches de réovirus humaine et porcine habituellement bénignes[21]. 100 % des visons sont touchés, 5 % en meurent. L’apparition d’encéphalopathie nécrosante chez deux enfants est susceptible d’être attribuée à cette recombinaison et l’étude de conclure qu’il faut se préparer à l’émergence de variantes plus virulentes.

En 2014, les visons d’une ferme du Shandong sont victimes d’une épidémie de pseudorage d’origine porcine qui a abouti à la mort de 87 % des mustélidés et s’est propagée à l’ensemble de la province[22]. Les scientifiques qui ont essayé d’évaluer l’ampleur de l’épidémie dans 14 localités affirment dans leur publication que le virus a un taux d’infection très élevé dans la région et que « cela pose un défi pour l’industrie de la fourrure ».

En 2015, une équipe dans laquelle figure Shi Zhengli isole et identifie des virus de chauve-souris étroitement liés aux orthoresovirus humains, porcins et visonins[23]. Ce qui suggère que la transmission interspécifique s’est produite entre les chauves-souris et les humains ou les animaux.

En octobre 2016, une équipe du collège vétérinaire de Quingdao découvre que les visons du Shandong sont contaminés par une grippe aviaire H5N1 hautement pathogène[24].

En 2019, une autre équipe du même collège vétérinaire de Quindao repère dans les élevages de visons du Shandong l’émergence d’une co-infection mortelle du virus de la maladie de Carré et de celui de la grippe H1N1 porcine, donnant lieu à une nouvelle souche H1N1 dans les poumons infectés de ces mustélidés[25].

Les visons d’élevage sont également des hôtes intermédiaires possibles pour des variétés de grippe A qui peuvent conduire au développement de souches pandémiques humaines par transmission directe ou indirecte[26]. Ils hébergent parfois de manière épidémique le virus de l’hépatite E, sans qu’on sache encore s’ils peuvent le transmettre aux humains[27]. Ils sont suivis pour l’ESB (encéphalite spongiforme bovine) en raison de leur régime en partie constitué de farines animales, etc.

Et pour limiter les dégâts, les visons sont vaccinés contre les virus qui les affectent le plus couramment comme le parvovirus de la maladie aléoutienne, hautement contagieux pour leur espèce et le virus de la maladie de Carré, transmissible depuis les canidés et aux canidés. Mammifères aux poumons fragiles, ils attrapent spontanément des pneumopathies qu’ils propagent facilement car ils ont la particularité d’éternuer. Tout comme les furets qui sont eux aussi des mustélidés. Mais tandis que les furets peuvent souffrir d’un coronavirus dit « systémique »[28], les visons de leur côté sont les porteurs naturels d’un coronavirus appelé Mink-coV[29].

Le Shandong, territoire de moyenne montagne et de forêts, connu entre autres pour ses grottes, héberge de nombreuses espèces de chauves-souris dont certaines, comme la Rhinolophus Ferrumequinum, sont porteuses de coronavirus[30] [31]. Les chauves-souris sont attirées par les hangars d’élevage qui leur fournissent un abri potentiel. Elles urinent et défèquent fréquemment sur tout ce qu’elles surplombent. Donc, potentiellement sur des cages contenant des visons[32].

Ainsi, l’émergence d’une pandémie de coronavirus partant de Chine est considérée comme « probable » depuis un certain temps. En mars 2019, Shi Zhengli elle-même a prévenu dans la revue Viruses qu’il fallait s’y préparer[33]. Et en septembre 2019, peu avant le lancement des jeux militaires, les autorités chinoises ont pris la peine d’organiser dans l’aéroport de Wuhan un exercice d’entraînement de grande ampleur simulant l’apparition d’un coronavirus dans la mégalopole.

De fait, on dispose dans le Shandong de tous les ingrédients pour de formidables rencontres virales, des recombinaisons en tout genre et des émergences fulgurantes.

Répartition de coronavirus repérés chez de chauves-souris (CoV) et leurs chauves-souris hôtes correspondantes. Chaque case rouge représente un échantillon CoV positif trouvé dans cette espèce de chauve-souris particulière. Le Shandong est plutôt bien loti en chauves-souris porteuses de Coronavirus — Revue Viruses [33], mars 2019

Pour conclure, il faut d’abord rappeler l’évidence : les visons sont sensibles au Sars-cov2, ils en tombent malades, peuvent en mourir, le communiquent à leurs semblables très facilement, le transmettent aussi aux humains sous forme de variantes mutées qui les propagent ensuite de proche en proche. C’est le seul animal pour lequel la chose est avérée à l’heure dite. De plus, si aucune ferme intensive chinoise de visons n’était contaminée alors que l’Europe de l’Est, de l’Ouest, du Nord et du Sud, les États-Unis et le Canada sont touchés, ce serait une incroyable anomalie… tous les grands pays producteurs auraient été frappés, mais le principal ferait exception[34].

Quant aux élevages de chiens viverrins dont la Chine détient le quasi-monopole, c’est Martin Beer, virologue à l’Institut fédéral de recherche sur la santé animale à Riems en Allemagne, qui résume le mieux la situation : « Il est surprenant qu’il n’y ait aucune mention de ces animaux dans le rapport de l’OMS et nous n’avons aucune information en provenance de Chine pour savoir si ces animaux ont été testés. » En fait, mustélidés, canidés, viverridés, les mammifères suspects pour tenir le rôle d’intermédiaire sont les mêmes aujourd’hui que pour l’épidémie de Sars-Cov1 en 2003/2004[35].

Sauf que les civettes masquées sont désormais 1000 fois moins nombreuses dans le pays que les renards, les raccoon dogs et les visons élevés pour leur fourrure. Il paraît donc inconcevable pour l’établissement de la vérité et pour prévenir une future nouvelle pandémie que l’OMS ne fasse pas procéder à une enquête serrée dans le Shandong et ailleurs. À mots couverts, on comprend à la lecture du rapport préparatoire que l’intention est légèrement présente puisqu’il est indiqué que la commission d’experts envisage notamment de faire séquencer des échantillons sanguins de travailleurs des fermes.

Encore faudrait-il que ceux-ci l’acceptent, car sans leur consentement cela est impossible. De plus les abattages ayant lieu, au plus tard, en décembre, il est certain que la plupart des preuves éventuelles ont déjà disparu. Qui plus est, l’OMS a malheureusement abandonné l’ambition de pratiquer directement le travail de terrain en signant un protocole qui délègue aux chercheurs chinois la partie concrète de l’enquête. La mission ne devrait même pas sortir de Wuhan et on nous annonce d’ores et déjà que « il ne faut pas s’attendre à des résultats concluants »[36].

Reste un détail très concret que la Chine pourra difficilement contourner : en 2017 comme en 2018, le Shandong a produit 15 millions de peaux de visons. Fin 2019, la province n’en a récolté que 6,5 millions (voir graph en annexe). Quasiment neuf millions de visons volatilisés d’une année sur l’autre. Une baisse de 55 %, propre à cette seule province, qui semble ne pouvoir s’expliquer que par une catastrophe ou un fléau brutal. D’autant que les productions de peaux de renards (5,7 millions) et de chiens viverrins (3 millions) issues du même territoire sont, elles, restées parfaitement stables.

Dans son rapport statistique annuel 2019, paru courant 2020, la China Leather Industry Association recommande aux éleveurs de fourrures de « continuer calmement leur travail sans croire ni répandre aucune rumeur »[37]. On est bien tenté de se demander quelles rumeurs, car comme l’a courageusement déclaré Marion Koopmans, directrice du centre médical de Rotterdam et experte au sein de la commission de l’OMS, en septembre dernier : « On ne peut pas exclure que le commerce de fourrure joue un rôle dans la propagation du virus aux humains en Chine et l’élevage de vison pourrait être un point plausible sur la route que le virus a suivie lors de son passage des chauves-souris aux humains »[38].

Seulement voilà, l’Organisation Mondiale de la Santé, si elle parvient comme prévu à atterrir prochainement à Wuhan et à desserrer quelque peu l’étau qui l’enserre, aura-t-elle aussi le cran de prendre la Chine à rebrousse-poil ?

Yann Faure – 27/12/2020

Communiqué de presse de l’OMS sur la commission d’enquête, 11 nov 2020. Dans le texte en VO : ratons laveurs = « raccoons »/ouvrier agricoles = « farm workers »

La chauve-souris Rhinolophus Ferrumequinum dite « Grand Rhinolophe chauve-souris fer à cheval », connue pour porter des coronavirus de type Sars, est bien présente dans le Shandong (31 et 33). Dans le Shandong, on a aussi repéré des coronavirus (encore non classifiés) sur des espèces de chauves-souris dont la présence était moins attendue comme des Myotis Fimbriatus, des Myotis Pequinius et des Eptesicus Serotinus…

Notes

[1] Actasia, China’s fur trade and its position in the global industry, juillet 2019, www.actasia.org

[2] Guan Y. et alii, Isolation and Characterization of Viruses Related to the SARS Coronavirus from Animals in Southern China, Science, Vol. 302, Issue 5643, pp. 276-278, 10 oct 2003

[3] Zhengli Shi and Zhihong Hu, A review of studies on animal reservoirs of the SARS coronavirus, Virus Research, Volume 133, Issue 1, April 2008, Pages 74-87April 2008, Pages 74-87

[4] Kan Biao et ali, Molecular Evolution Analysis and Geographic Investigation of Severe Acute Respiratory Syndrome Coronavirus-Like Virus in Palm Civets at an Animal Market and on Farms, Journal of Virology, 2005 Sep; 79(18): 11892–11900.

[5] Chan Paul et Chan Martin, Tracing the SARS-coronavirus, Journal of Thoracic Disease, 2013 Aug; 5(Suppl 2): S118–S121. doi: 10.3978/j.issn.2072-1439.2013.06.19

[6] Germany’s Covid-19 expert : « For many, I’m the evil guy crippling the economy », The Guardian, Interview de C. Drosten par Laura Spinney, 26 avril 2020, https://www.theguardian.com/world/2020/apr/26/virologist-christian-drosten-germany-coronavirus-expert-interview

[7] Freuling CM, Breithaupt A, Müller T, et al. Susceptibility of Raccoon Dogs for Experimental SARS-CoV-2 Infection. Emerging Infectious Diseases. 2020;26(12):2982-2985 – https://wwwnc.cdc.gov/eid/article/26/12/20-3733_article

[8] Zhengli Shi and Zhihong Hu,, A review of studies on animal reservoirs of the SARS coronavirus, Virus Research, Volume 133, Issue 1, April 2008, Pages 74-87April 2008, Pages 74-87

[9] Diplômée à Montpellier, elle dirige le fameux laboratoire P4, Midi Libre, 25 avril 2020, https://www.midilibre.fr/2020/04/25/diplomee-a-montpellier-elle-dirige-le-fameux-laboratoire-p4,8861910.php

[10] China Is Censoring Research on COVID-19 Origins, Deleted Page on Wuhan University Website Suggests, Newsweek, 12 avril 2020, https://www.newsweek.com/china-censoring-research-covid-19-origins-deleted-page-wuhan-university-website-suggests-1497467

[11] Scientific Assessment of the Zoonotic Potential of COVID-19, Policy Integration and Zoonoses Division (PIZD), Centre for Food-borne, Environmental and Zoonotic Infectious Diseases (CFEZID), Public Health Agency of Canada (PHAC), 6 avril 2020

[12] This may explain the spread of China’s new virus, CNN, 21 janvier 2020 – https://edition.cnn.com/videos/world/2020/01/20/china-wuhan-origin-of-coronavirus-lu-stout-pkg-vpx.cnn

[13] Guanlan Zhang, China reveals positive list of livestock and poultry, dogs excluded, 1er, CGTN, juin 2020 – https://news.cgtn.com/news/2020-06-01/China-reveals-positive-list-of-livestock-and-poultry-dogs-excluded-QXKgHk6ZdS/index.html

[14] Pigenet Yaroslav, La question de l’origine du Sars-Cov2 se pose sérieusement, Journal du CNRS, 27 octobre 2020 – https://lejournal.cnrs.fr/articles/la-question-de-lorigine-du-sars-cov-2-se-pose-serieusement

[15] Quian Guo, Host and infectivity prediction of Wuhan 2019 novel coronavirus using deep learning algorithm, BioRxiv, pré-print 24 jan 2020, publication 23 aout 2020

[16] Cheng, ZJ, Shan, J.2019 Nouveau coronavirus : où nous en sommes et ce que nous savons. Infection 48, 155–163 (2020). https://doi.org/10.1007/s15010-020-01401-y

[17] OMS, Covid-19 : le marché d’animaux de Wuhan a pu jouer un rôle dans la propagation du virus (OMS), Journal des Nations Unis, 8 mai 2020 – https://news.un.org/fr/story/2020/05/1068432

[18] Juwen Luan et ali, SARS‐CoV‐2 spike protein favors ACE2 from Bovidae and Cricetidae, Journal of Medical Virology, 1 avril 2020, https://doi.org/10.1002/jmv.25817

[19] Many Animal Species Vulnerable to SARS-CoV-2 / COVID-19 According to Genomic Analysis, Genetic Infectious Disease, University of California, 23 août 2020 – https://scitechdaily.com/many-animal-species-vulnerable-to-sars-cov-2-covid-19-according-to-genomic-analysis/

[20] Faure Yann, Les élevages ont un rôle dans la pandémie, Journal Reporterre, 10 nov 2020 – https://m.reporterre.net/Les-elevages-de-visons-ont-un-role-dans-la-pandemie-de-Covid-19?fbclid=IwAR2gKa55hJBUNmmZY8aVzdBtet85DkhLgMpzHAp9AGXQrbJga6x6HNU95OQ

[21] Lian Hai et alii, Novel Orthoreovirus from Mink, China, 2011, Emerg Infect Dis. 2013 Dec; 19(12): 1985–1988. doi: 10.3201/eid1912.130043

[22] Wang Gui-Sheng et alii, Vaccine resistant pseudorabies virus causes mink infection in China, BMC Veterinary Research, 2018; 14: 20 doi: 10.1186/s12917-018-1334-2

[23] Yang Xing-Lou et alii, Isolation and identification of bat viruses closely related to human, porcine and mink orthoreoviruses, volume 96, issue 12, Journal of General Virology, https://doi.org/10.1099/jgv.0.000314

[24] Jiang Wenming et alii, Characterization of H5N1 highly pathogenic mink influenza viruses in eastern China, Veterinary Microbiology, Volume 201, March 2017, Pages 225-230, https://doi.org/10.1016/j.vetmic.2017.01.028

[25] Liu Jiahui, Emergence of an Eurasian avian-like swine influenza A (H1N1) virus from mink in China, Veterinary Microbiology, Volume 240, January 2020 – https://doi.org/10.1016/j.vetmic.2019.108509

[26] Zhao Ping et alii, Semiaquatic mammals might be intermediate hosts to spread avian influenza viruses from avian to human, Nature, Scientific reports, 12 août 2019, https://www.nature.com/articles/s41598-019-48255-5

[27] Wang Lin et alii, Hepatitis E virus detected from Chinese laboratory ferrets and farmed mink, Transboundary and Emerging Disease, 11 avril 2017, https://doi.org/10.1111/tbed.12720

[28] https://www.vetstream.com/treat/exotis/ferrets/diseases/ferret-systemic-coronavirus

[29] Vlasova AN. et alii, Caractérisation moléculaire d’une nouvelle espèce du genre Alphacoronavirus associée à la gastro-entérite catarrhale épizootique du vison, The Journal of General Virology, 23 février 2011, 92 (Pt 6): 1369-1379 – DOI: 10.1099 / vir.0.025353-0

[30] Fan Y. et alii, Bats coronaviruses in China, Viruses, 02 Mar 2019, 11(3) – DOI: 10.3390/v11030210

[31] Wu Z. et alii, Deciphering the bat virome catalog to better understand the ecological diversity of bat viruses and the bat origin of emerging infectious diseases, Multidisciplinary Journal of Microbiology Ecology, 2016 Mar; 10(3): 609–620, doi: 10.1038/ismej.2015.138

[32] Afelt A. et alii, Bats, Coronaviruses, and Deforestation: Toward the Emergence of Novel Infectious Diseases ?, Frontiers in Microbiology, 11 April 2018 – https://doi.org/10.3389/fmicb.2018.00702

[33] Fan Y., Zhengli Shi et alii, Bats coronaviruses in China, Viruses, 02 Mar 2019, 11(3), https://doi.org/10.3390/v11030210

[34] Faure Yann, Malgré les risques de Covid les États rechignent à arrêter l’élevage de visons, Journal Reporterre, 22 décembre 2020, https://reporterre.net/Malgre-les-risques-de-Covid-les-Etats-rechignent-a-arreter-l-elevage-de-visons

[35] Bell Diana et alii, Animal origins of SARS coronavirus : possible links with the international trade in small carnivores, The Royal Society Publishing, 22 avril 2004 – https://doi.org/10.1098/rstb.2004.1492

[36] L’équipe de l’OMS sera en Chine en janvier pour explorer « toutes les pistes » sur l’origine du SARS-CoV-2, Science et Avenir et AFP, 23 décembre 2020,

https://www.sciencesetavenir.fr/sante/pandemie-l-equipe-de-l-oms-en-chine-explorera-toutes-les-pistes_150361#xtor=CS2-37-[L’%C3%A9quipe%20de%20l’OMS%20sera%20en%20Chine%20en%20janvier%20pour%20explorer%20%22toutes%20les%20pistes%22%20sur%20l’origine%20du%20SARS-CoV-2]

[37] Wang Dianhua, Statistical Report 2020 on Mink, Fox and Racoon in China, China Leather Industry Association

[38] At least 66 people linked to fur farms have had coronavirus, with mink a likely source, Dutchnews, 12 sept. 2020- https://www.dutchnews.nl/news/2020/09/at-least-66-people-linked-to-fur-farms-have-had-coronavirus-with-mink-a-likely-source/

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Commentaire recommandé

Muscardino // 07.01.2021 à 08h33

Qu’on ne s’y trompe pas : ça s’est passé en Chine et la responsabilité est surtout celle du système productiviste et de l’exploitation capitaliste des animaux.
Les élevages chinois sont des entreprises privées avec des fonds souvent étrangers et les puissances occidentales, qui collaborent d’ailleurs avec la Chine, sont à peine plus transparentes qu’elle au sujet des zoonoses.

33 réactions et commentaires

  • Fabrice // 07.01.2021 à 08h04

    Sauf à trouver si c’est lié à un accident de laboratoire ou à éviter que cela ne se reproduise, si c’est possible, je me méfie de cette volonté de pointer du doigt la Chine, une maladie qui surgit et fait des ravages n’est heureusement pas la responsabilité d’un pays, sinon que se passerait-il si Ebola se répandait dans le monde on atomise les pays responsables ?

    tirer des leçons pour les prochaines et mettre au point des plans de limitation ou de ralentissement de la propagation c’est clair, après de là à dresser un procès cela me laisserait dubitatif (croisons les doigts pour que personne nous fasse un procès pour avoir décimé les populations d’amérique avec la variole il y a quelques siècles.)

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    • Muscardino // 07.01.2021 à 08h33

      Qu’on ne s’y trompe pas : ça s’est passé en Chine et la responsabilité est surtout celle du système productiviste et de l’exploitation capitaliste des animaux.
      Les élevages chinois sont des entreprises privées avec des fonds souvent étrangers et les puissances occidentales, qui collaborent d’ailleurs avec la Chine, sont à peine plus transparentes qu’elle au sujet des zoonoses.

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  • MS // 07.01.2021 à 08h18

    Compte tenu de ces éléments, appelons au boycott de fourrures de visons, renards, civettes et de chiens viverrins, d’une part pour des raisons de bien-être animal et d’autre part parce qu’il y a fort à parier que cette épidémie ne sera pas la dernière avec ces animaux comme espèce réservoir ou comme espèce transition.

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    • piedecou // 07.01.2021 à 10h06

      Je ne suis pas certain que le boycott (sachez quand même que l’appel au boycott est interdit dans notre pays de liberté ) de fourrures touche beaucoup de lecteurs de ce site. En ce qui concerne mon entourage personne n’en a jamais porté et moi non plus.

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      • MS // 07.01.2021 à 10h25

        en l’occurrence il ne s’agit pas de boycotter les produits en provenance d’un pays donné mais un type de produits précis…donc je suppose que là ça ne poserait pas de problème

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        • paul // 07.01.2021 à 14h25

          « Dans son arrêt Baldassi du 11 juin 2020 condamnant la France[1], la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a jugé que l’appel au boycott des produits israéliens – en clair, l’appel à ne pas acheter ces produits mis en vente – ne peut pas en soi constituer une infraction pénale, car il est couvert par la liberté d’expression. La France n’a pas fait appel de l’arrêt. Celui-ci est définitif depuis le 11 septembre 2020. . »

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  • Cherchieur // 07.01.2021 à 08h45

    « S’il y a actuellement un large accord de la communauté scientifique pour attribuer à une espèce de chauve-souris le rôle d’animal réservoir… »
    Pas vraiment. Lire https://lejournal.cnrs.fr/articles/la-question-de-lorigine-du-sars-cov-2-se-pose-serieusement

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    • Palomina // 07.01.2021 à 10h07

      La première citation en exergue du présent article est un communiqué de l’OMS récent qui exprime qu’il y a à peu près consensus sur les chauve-souris comme hôte réservoir.
      La controverse concerne plus le ou les intermédiaires visiblement.
      Et dans l’article du journal du CNRS auquel vous vous référez (qu’on retrouve également dans la biblio ci-dessus) il est bien dit que ce sont les chauve-souris qui portent naturellement la plupart des coronavirus à l’origine mais que, en principe, ils ne se propagent pas aux humains sans un animal intermédiaire.
      Etienne Decroly rappelle qu’un laboratoire de Wuhan a pu être victime d’un échappement accidentel et que c’est une piste à ne pas exclure a priori. Tandis que dans l’article des crises, l’auteur s’efforce surtout de mettre en lumière la possibilité de l’accident « industriel » via l’élevage intensif.

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      • Hippocampe // 08.01.2021 à 12h54

        La théorie de l’animal intermédiaire n’est qu’une théorie. Elle n’est pas nécessaire biologiquement mais a été diffusée pour des raisons de cohérence géographique: les « réservoirs de chauve-souris » sont trop loin de Wuhan pour être une source crédible. Les experts chinois, qui vont souvent eux-mêmes dans les grottes du sud du Yunnan, pensent que les deux zones sont trop éloignées, ils l’ont dit et publié à souhait. Pour les mêmes raisons, des élevages du Shandong soi-disant contaminés auraient répandu la maladie…dans le Shandong, qui est pourtant resté particulièrement épargné par l’épidémie. Non ces deux théories n’ont aucune recevabilité.
        Quant aux savants chinois soucieux de préserver une économie de la fourrure, laissez-moi rire! Il faut bien mal les connaitre. D’autres experts ont fait tuer la moitié (la moitié!) du cheptel chinois de porcs pour des raisons bien plus anodines de soi-disant grippe porcine et toute la filière du lait a été massacrée il y a des années pour quelques fraudes.
        Non, le passage direct de la chauve souris à l’homme est parfaitement possible. Faut-il encore qu’ils partagent longtemps le même lieu, comme un laboratoire de recherche biologique. Ecoutez la conclusion de:
        https://www.franceculture.fr/emissions/la-methode-scientifique/covid-19

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  • Muscardino // 07.01.2021 à 08h53

    Cet article vise à prouver la possibilité matérielle que les élevages intensifs de fourrure constituent un élément clef dans la fabrique de cette pandémie.
    De manière générale, l’élevage industriel créé de fréquentes épidémies. C’est un mode de production dangereux pour la santé humaine.
    Cet enjeu est sans doute à la fois plus important et bien moins perçu que le risque inhérent au niveau de sécurité d’un laboratoire de recherche sur les virus et/ou les vaccins.

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  • Morne Butor // 07.01.2021 à 10h49

    Il me semble avoir vu passer l’info que l’équipe de l’OMS s’est vue refuser leurs visas par la Chine…

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  • RGT // 07.01.2021 à 11h50

    De toutes façons, personne ne connaît actuellement réellement l’origine géographique de cette pandémie.

    Attribuer à la chauve-souris le fait d’être le réservoir naturel de ce virus n’est même pas acquis avec une certitude absolue.

    Ensuite, déterminer quelle fût l’espèce intermédiaire (entre une espèce sauvage et l’homme) est encore plus incertain.

    Par contre, depuis plusieurs dizaines d’années des biologistes avaient alerté des risques accrus de zoonoses dues aux activités humaines qui envahissent les rares écosystèmes réellement sauvages, zoonoses qui sont ensuite transmises à l’homme par les animaux d’élevage.

    N’oublions jamais que les pandémies les plus virulentes ont TOUTES été apportées à l’homme par l’intermédiaire d’animaux d’élevage ou commensaux qui avaient eux-même été contaminés par des espèces sauvages.

    Rappelez-vous simplement de la variole, de la peste et autres « joyeusetés »…

    Chose étrange, aucun média important ne met en accusation les activités humaines comme principal responsable de ces pandémies.

    Pendant ce temps, les forêts sauvages sont chaque jour rasées pour faire pousser plus d’huile de palme, pour faire des cultures (de courte durée avant l’épuisement des sols et leur désertification) ou pour faire de l’élevage d’animaux destinés à l’export (porcs en Indonésie, pays musulman qui ne consomme pas cette viande !!!).

    Il ne faut surtout pas remettre en question le modèle économique productiviste.

    Le SARS-Covid V2 sera assurément « vaincu », mais à quel prix ?

    Et ne vous en faites pas, il y a déjà un autre pathogène bien plus dangereux qui se prépare à se déverser sur cette humanité stupide et cupide.

    Darwin en serait réjoui, sa théorie de l’évolution nous apporte la meilleure preuve de sa pertinence.

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  • Incognitototo // 07.01.2021 à 14h59

    Je vous avais parlé d’un ami (presque sorti d’affaire aujourd’hui) qui ne comprenait pas comment il avait chopé la Covid. D’autant qu’il était à la campagne depuis 3 semaines sans aucun contact relationnel (sauf pour faire ses courses, protégé comme il se doit).

    Dans un premier temps, il n’a pas du tout compris comment il avait pu l’attraper. Puis, il s’est souvenu que des gens avaient souvent caressé son chien (sympa), pendant qu’ils faisaient ses courses. Et qu’il l’avait probablement chopé en le caressant à son tour. Ce qui s’est confirmé quand il a rendu son chien à sa fille, qui à son tour a fait la maladie… Donc à l’origine de cette chaîne, aucun contact avec un humain… juste un contact avec une fourrure…

    C’est vraiment pénible de devoir faire attention à tout, du moins si on a le souci de soi-même et des autres. Si on ne peut même plus caresser un chien ou un chat, et pire acheter un manteau de vison, sans risquer d’être contaminé, c’est vraiment la fin de tout 🙂

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    • simba // 08.01.2021 à 11h07

      Ne laissez personne carresser votre femme ! 🙂

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    • METZGER // 08.01.2021 à 15h25

      Effrayant ! Je regarde maintenant mes chats de travers…
      Et les délégués de OMS qui n’arrivent pas à obtenir leur visa…
      Merci pour cet article et toutes les contributions.
      Comme chacun, j’essaie d’y voir plus clair.
      Pour sauver ses vieux, notre société a obéré l’avenir de beaucoup de jeunes,
      sapé leur enthousiasme, empêché leur jeunesse. Pouvait-on faire autrement ?

      Que peuvent les anciens pour ces jeunes ?
      Je voudrais être utile, je me sens impuissant, désarmé…
      Et avec les variantes, on nous annonce une avenir encore plus sombre ???

        +1

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      • Incognitototo // 08.01.2021 à 16h36

        Selon moi, mais ça n’est qu’un avis personnel, ça n’est jamais inutile que les jeunes apprennent à gérer la frustration… et s’ils le font en plus pour se protéger eux-mêmes et les autres, cela donne un sens positif à cette épreuve. N’oublions pas que de nombreuses générations ont eu à subir ce type d’adversité ; celles qui ont subi 39-45, la guerre d’Algérie, le VIH (sur des périodes bien plus longues en plus que les 2 ans où nous aurons souffert)… Certains en ressortiront malheureusement brisés, mais beaucoup y trouveront des forces qui les accompagneront le reste de leur vie. D’ailleurs autour de moi, les jeunes que je côtoie ne me semblent pas tant que cela affectés par ce qui se passe et n’ont pas changé grand-chose à leur vie.

        Quant à votre question, quoi faire ? Franchement, il ne faut pas se sentir coupable de nos impuissances. C’est plutôt ce gouvernement qui devrait avoir honte. La France fait partie des 21 plus mauvais pays (sur 197) en termes de nombre de morts (proportionnellement à sa population). S’il avait pris exemple sur les meilleurs ou simplement relu les nombreux rapports issus des crises antérieures ou écouté ceux qui savaient, il aurait pu rendre leur vie aux Français depuis longtemps. Mais non, il préfère continuer à bricoler, à faire tout à moitié, à ne conduire aucune action jusqu’à son terme, à mentir… bref depuis le début, un vrai festival d’incohérences, d’incompétences, d’inconséquences… et j’espère juste que les Français s’en souviendront en 2022.

          +5

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      • Germs // 09.01.2021 à 11h59

        Pour l’OMS qui se voit refuser les visas. C’est peut être comme pour ‘affaire des visas pour les +/- 2000 diplomate US pour la ville de Wuhan. Les US refusait la quarantaine obligatoire pour tous étranger arrivant en Chine., pour leur diplomates. C’est peut être pareil pour l’OMS. A verifier

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  • Léon // 07.01.2021 à 15h37

    Pourquoi diable construit-on des laboratoires de type P4, compte tenu de la dangerosité de ce qu’on y manipule, dans une ville au lieu de les localiser très loin de toute zone habitée ?

    Aucun système de protection contre les fuites n’est parfait alors ???

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    • grumly // 07.01.2021 à 16h23

      Pas besoin d’un laboratoire P4 pour manipuler des coronavirus, un laboratoire P3 suffit. Il y en a 6 en France, l’IHU de Marseille en a un. Le virus a très bien pu s’échapper de là-bas.

        +3

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  • Myrkur34 // 07.01.2021 à 16h31

    Le tableau sur l’effondrement de la production de visons dans le Shandong démontre bien que la piste est sérieuse. 15 millions en 2018 et 6.5 millions en 2019.

    Cette contamination par les chauve-souris et leurs excréments et à mettre en parallèle avec la grippe aviaire qui sévit actuellement dans le sud-ouest pour les canards. La contamination provient toujours des fientes des oiseaux sauvages combinée à la concentration des élevages et la faible immunité de ces populations animales malgré le déversement à foison d’antibiotiques en amont et en aval.

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    • VVR // 07.01.2021 à 19h15

      > la faible immunité de ces populations animales malgré le déversement à foison d’antibiotiques en amont et en aval.

      En fait il y un lien de cause a effet entre le déversement à foison d’antibiotiques et la faible immunité. Les antibiotiques ne faisant que s’ajouter à un régime alimentaire déséquilibré. Si l’on rajoute la promiscuité et l’absence de suivit vétérinaire sérieux, c’est un véritable buffer à volonté pour les virus.

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  • reuns // 08.01.2021 à 01h00

    Zheng Li Shi est sympa elle a écrit aujourd’hui juste pour vous un édito dans science pour dire que les élevages de vison doivent être suspectés dans l’émergence du virus en Chine https://science.sciencemag.org/content/371/6525/120

      +2

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    • Yann F. // 08.01.2021 à 08h54

      C’est assez magnifique, comme quoi ce blog est incroyablement plus suivi dans le vaste monde qu’on aurait pu l’imaginer.

        +2

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    • Papapap // 10.01.2021 à 19h17

      Le point qui me gêne, c’est qu’il n’y a pas d’élevage de vison à Wuhan. Pourquoi l’épidémie n’aurait pas commencé au sein d’un élevage de visons ?

      Le gouvernement chinois contrôle les publications de ces scientifiques et a laissé une prestigieuse scientifique chinoise rédiger celui ci, tout en retirant d’internet celui qui proposait la thèse de l’accident de laboratoire… Pourquoi la Chine refuse de fournir les cahiers de laboratoire des chercheurs et bloque la mission d’enquête de l’OMS s’il suffit d’aller voir des élevages de vison ?

        +0

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      • Yann F. // 13.01.2021 à 18h16

        En fait, d’une part, comme c’est écrit dans cet article : les visons transitent vivants ou morts. Un centre de confection très important est à Erzhou dans la banlieue de Wuhan (grd centre de commercialisation) (Cf.carte1). Il est fréquent, en Chine, qu’on abatte les animaux à fourrure là où on tanne les peaux et non là où on les élève. Même si on ne sait pas et qu’il faut l’éclairer, il est possible d’imaginer quelques éleveurs contaminés, plutôt asymptomatiques, des transporteurs contaminés et/ou plus de personnes contaminées à l’occasion des abatages.
        La Chine vient de faire disparaître de ses bases de données le genre d’infos contenues dans cet article sur les transmissions zoonotiques et les transmissions inter-espèces. L’idée pour ce pays est d’affirmer qu’après tout, les visons ont pu être un vecteur mais qu’ils vont désormais les vacciner et que question visons malades, ça peut parfaitement aussi venir d’Europe. Bon courage pour prouver le contraire, un an après, sans avoir le droit de procéder directement au moindre prélèvement là-bas.

          +2

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  • Yann F. // 10.01.2021 à 14h23

    Il faut quand même vraiment rendre hommage à Olivier Berruyer d’avoir su ouvrir les colonnes de son site d’information à mon premier papier, fin mai, à un moment où la théorie du pangolin était très peu contestée et où l’idée d’une transmission par les élevages intensifs de visons n’existait pour ainsi dire pas.
    Un peu plus de 7 mois plus tard, que reste-t-il ?
    D’abord, exit le pangolin !!!
    Ensuite, l’hypothèse de la fuite accidentelle du labo est toujours sur la table et considérée comme à ne pas exclure par les experts de l’OMS.
    Enfin, l’hypothèse de l’interface chauve-souris/humains via l’élevage en batterie d’animaux à fourrure gagne du terrain.
    Des scientifiques prennent position de manière moins discrète. Je travaille avec le journal Reporterre et d’autres journalistes scientifiques pour creuser encore davantage et faire valider mes données par un nombre plus important d’esprits sagaces et critiques. Le Parisien a repris nos infos ce dimanche, des personnalités politiques commencent à s’exprimer. Des journalistes d’investigation reconnus se penchent sur nos données.

      +7

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    • Yann F. // 10.01.2021 à 14h23

      Plusieurs coïncidences temporelles à noter :
      La sortie du 2e papier sur les élevages en Europe a été suivie d’une réaction radicale du ministre italien de la santé qui a ordonné un moratoire de la filière et la fermeture immédiate des élevages incriminés avec destruction du bétail qu’ils contenaient (a-t-on au moins procédé à des prélèvements d’échantillons ?).
      La sortie du 3e papier a précédé de seulement 24h une tribune dans la prestigieuse revue Science de la virologue chinoise Shi Zhengli qui semble lui répondre en reconnaissant la possibilité d’un rôle originel des élevages de visons mais préserve les fondements de la parole officielle en estimant que le départ de cette affaire a pu avoir lieu hors des frontières chinoises et pourquoi pas en Europe ?
      Beaucoup de choses restent à déterminer. Les commentaires des lecteurs et lectrices du site témoignent qu’il y a une attente forte que l’enquête ait véritablement lieu et qu’une explication satisfaisante puisse voir le jour.
      Merci à ce site, qui a prouvé une fois de plus son utilité sociale pour la liberté d’expression et le débat démocratique.

        +8

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  • Renard // 11.01.2021 à 20h11

    J’ai tout compris.
    Il existe des centaines de milliers de racoon dogs dans le Shandong et seulement un laboratoire dans le Wuhan.
    Donc les racoon dogs sont beaucoup plus probablement la source intermédiaire du covid apparu dans le Wuhan que le laboratoire.
    C’est d’une logique imparable.

      +1

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