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10.février.201910.2.2019 // Les Crises

[RussEurope-en-Exil] Réalités et dilemmes de la croissance en Russie, par Jacques Sapir

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Le Séminaire Franco-Russe sur les Problèmes Monétaires et Financiers a tenu sa 56ème session à Moscou, dans les locaux de l’Institut de Prévision de l’Economie les 6, 7 et 8 février 2019. Les discussions ont porté sur les problèmes du développement de la Russie, mais aussi sur les évolutions économiques des pays de l’Europe occidentale (France et Italie), de l’économie régionale, et sur la question de l’intégration des pays d’Asie Centrale. Les principales discussions ont porté sur l’analyse de la situation actuelle en Russie, qu’il s’agisse des problèmes macroéconomiques que des problèmes des différents secteurs (avec un coup de projecteur particulier sur les secteurs des hydrocarbures et des transports) et les questions du développement régional. Compte-tenu de l’intérêt tout particulier que présente la question du développement de la Russie, c’est sur cette question que l’on insistera, en présentant un résumé des interventions des principaux participants.

La question de la croissance

Comme à l’habitude, c’est le Président de l’Institut de Prévision, M. l’académicien V. Ivanter, qui a ouvert les débats. Son rapport, faisant suite à l’exposé qu’il avait présenté en septembre dernier à Paris[1], s’est ainsi intéressé à la croissance de l’économie russe, à partir de la révision, qui a surpris certains analystes[2], des chiffres de la croissance, chiffres qui ont été révisés à la hausse de 1,5% à 2,3% par l’agence des statistiques ROSSTAT.

Cette révision à la hausse du taux de croissance doit être remise en perspective. Rien n’a changé fondamentalement dans la situation de l’économie russe, même si on a assisté à une certaine accélération de la croissance aux troisième et quatrième trimestres de 2018. Mais, cela a des conséquences sur les débats de politique économique comme l’a montré M. Ivanter. La politique économique qui a été suivie depuis un an et demi a donné une certaine stabilité à l’économie. Le bloc économico-financier du gouvernement russe peut ainsi affirmer que l’on a atteint une stabilisation macro-économique. Mais certains se demandent en quoi cette stabilisation se distingue de la stagnation ? En fait, pour l’académicien V. Ivanter, les caractéristiques de cette stabilisation sont claires. Il y a d’abord une faible inflation. Même si on peut avoir des doutes sur le chiffre de l’inflation (2,9% ou 3,2%[3]), il est clair que l’on n’est plus autour de 10%. Ces chiffres recouvrent des moyennes, et ces moyennes, très naturellement, peuvent être ressenties différemment par la population.

Graphique 1

Evolution des taux d’inflation en Russie

Source : Banque Centrale de Russie

 

Mais la baisse de l’inflation est un fait. La situation budgétaire est à l’équilibre (avec même un léger excédent), les réserves de la Russie sont immenses, la dette publique est très faible et la dette extérieure des entreprises est en réduction et, point important, le taux de change est stabilisé. La question ne doit donc pas porter sur ces constatations, mais sur la dynamique de l’économie. Les « catastrophistes » de ces dernières années, qu’ils soient russes ou étrangers, se sont trompées.

Graphique 2

Croissance de l’économie russe

Source : ROSSTAT et FMI

 

Mais, le développement de l’économie doit, normalement, profiter à la société. L’académicien V. Ivanter insiste sur le fait que les revenus réels ont baissé d’environ 10% en 2014-2015. Où en est-on aujourd’hui ? On assiste à un relèvement des revenus réels, mais ce dernier est compromis par la hausse des impôts, et en particulier de la TVA. On peut s’interroger sur la nécessité d’une telle hausse, dans la mesure ou le budget s’avère dégager un excédent de 2,7% du PIB.

Graphique 3

Evolutions des revenus primaires et de la consommation

Source : ROSSTAT

 

Cette stabilisation, comme le remarque V. Ivanter n’a de sens que si elle sert de socle à un futur développement de l’économie. Ce développement est aujourd’hui cadré par des projets nationaux (14) concernant l’éducation, les infrastructures et d’autres domaines. On considère aussi la question du contrôle de la gestion et de l’exécution de ces projets. La gestion de ces projets est remise, ce qui est étrange, aux adversaires du gouvernement, aux amis de M. Koudrine. Mais, il y a un développement positif : le financement de ces projets sera fait par les fonds fédéraux. On ne ponctionnera pas à cette occasion le budget des régions. Cependant, la question des ressources financières se pose, ce que soulignent tant l’académicien V. Ivanter qu’Alexandre Shirov. Il n’y a pas d’augmentation des ressources financières de l’Etat. Il y a donc un risque de décalage temporel pour la mise en place de ces projets. Le budget actuel, calculé de 2019 à 2024 montre que ces projets ne seront financés qu’à la hauteur de 3% des dépenses publiques. C’est insuffisant pour déclencher une dynamique de forte croissance. On voit bien que le problème de financement est avant tout un problème des recettes budgétaires.

 

Les ambitions économiques de la Russie

Les objectifs fixés par le gouvernement sont ambitieux. Il s’agit de mettre la Russie au 5ème rang des économies mondiales. On constate, indique alors l’académicien V. Ivanter que « nous sommes toujours dans une logique dite de « rattrapage » de l’économie, comme du temps soviétique ». Mais la société ne comprend pas un tel objectif. La société veut simplement vivre mieux. Les objectifs sont peut-être mal formulés. Ne faudrait-il pas les formuler en termes d’objectifs tant quantitatifs que qualitatifs de développement pour la population ?

Il est vrai que l’on suppose que des facteurs extérieurs façonnent les anticipations de la population, mais en réalité ce n’est pas vrai. Alors, ces 2,3% de croissance si ils sont suffisants d’un point de vue européen (et l’on rappelle ici que la croissance ralentit dans la zone Euro, que la croissance est faible en France et négative en Italie) sont trop faibles d’un point de vue russe. Les infrastructures de la Russie restent très en retard par rapport aux pays du cœur de l’Europe. De ce point de vue, opinion qui fut reprise dans les présentations suivantes de MM. Sapir et Shirov, le rythme de croissance du capital fixe, en dépit de résultats conjoncturellement bons à la fin de 2018 (mise en service de la dernière tranche de projet « Yamal ») reste largement insuffisant.

Graphique 4

Rythmes de croissance du capital fixe en Russie

Source : ROSSTAT

 

L’académicien V. Ivanter en déduit que les rythmes de croissance, que l’on peut appeler « inertiels », soit des rythmes de 1,5% à 2,5% ne sont pas acceptables pour la Russie. Il faudrait atteindre une croissance plus importante, de 4% à 5%. Ces derniers chiffres ne sont nullement fantastiques et sont en réalité parfaitement à la portée de l’économie russe, si certaines décisions de politique économique étaient prises. De fait, ces chiffres correspondent aux capacités du système de production. Les capacités de productions sont, certes, utilisées à 80%-90% dans le secteur des matières premières, qui tourne actuellement à pleine capacité, mais seulement de 60% à 65% pour le secteur manufacturier.

Les exposés suivants de MM. Sapir et Shirov vont donc porter sur ce point. Aleksandr Shirov, vice-directeur de l’Institut de Prévision de l’Economie, montre que les données de la croissance sont globalement conformes avec les dernières estimations de ROSSTAT.

Tableau 1

Taux de croissance en 2018

Importations 3,80%
Exportations 6,30%
Formation brute de Capital Fixe 2,30%
Consommation des administrations : 0,90%
Consommation des ménages : 2,20%
Agriculture : -2,42%
Commerce : 2,30%
Industrie : 2,30%
PIB : 2,30%

On voit que le seul secteur en retrait est l’agriculture, ce qui se comprend pour des raisons climatiques. Ce sont cependant les exportations qui ont essentiellement tiré la croissance. Alexandre Shirov s’interroge quant à lui sur l’impact des prix du pétrole et des hydrocarbures. Les prix du pétrole se sont accrus de 60% depuis 2017, les réserves ont augmenté de 24% et le taux de change (nominal) a baissé de -12,8%. Cela peut sembler assez étrange. Cela peut s’expliquer essentiellement pas la décision du Ministère des finances d’acheter des devises sur le marché des changes, mais aussi par le remboursement des dettes extérieures par les grandes entreprises. Cela a permis de dissocier le mouvement des changes du mouvement des prix du pétrole.

Graphique 5

Source : Agence Internationale de l’énergie – Banque Centrale de Russie

Graphique 6

Source : Idem Graphique 5.

La relation entre le taux de change et les prix du pétrole a donc été cassée. Cela a des conséquences importantes pour le développement de l’économie, et en particulier cela garantit une forme de protection du matché intérieur (question sur laquelle reviendra dans le cours du séminaire M. Anton Moiseev). Mais, cela ne suffira pas. Le gouvernement invente de nouveaux moyens d’intervention sur les prix des matières premières.

 

La question des revenus et de l’organisation du marché du travail

Alexandre Shirov a aussi montré que les revenus disponibles (après impôts) de la population avaient baissés en 2018 et ce du fait de l’accroissement des impôts de -1,8%. Cela pose un problème tant économique que social important en Russie. En effet, cette hausse de la pression fiscale ne se justifie nullement dans une économie qui est en réalité en excédent budgétaire d’environ 2,7%. De plus, les ménages ont accru leur épargne en réaction à la loi modifiant les régimes de retraites entraînant ainsi une contraction de la demande solvable, ce qui fut un mécanisme visible dans de nombreux autres pays. Et, cela permet de comprendre les freins importants qui existent quant à la croissance. De fait, l’économie de la Russie est aujourd’hui contrainte essentiellement par la demande. De nombreux intervenants du séminaire ont fait la même remarque. Alexandre Shirov a insisté sur le fait que le gouvernement Russe mène actuellement une politique de stabilisation qui est essentiellement tournée vers le problème du maintien d’un taux d’inflation particulièrement bas. Cela se traduit par le passage d’une logique de déficit à une logique d’excédent budgétaire. On obtient alors les chiffres suivants qui traduisent l’ampleur des effets de la politique économique du gouvernement :

  • Surplus du budget : 2,7 trillions de roubles (2,7% du PIB) (essentiellement par accroissement des impôts et taxes)
  • Surplus du système bancaire : 3,0 trillions de roubles (3,0 % du PIB)
  • Epargne nette de la population : 2,5 trillions de roubles (2,5 % du PIB) dont au moins la moitié est lié à une réaction face à la modification du régime des retraites.

Au total, ce sont 8% du PIB qui ont été retirés de la sphère de l’économie productive. Dans ces conditions, le fait que l’économie russe ait pu croître de 2,3% en 2018 apparaît d’autant plus remarquable si l’on prend en compte l’ampleur du choc récessif auquel a conduit la politique du gouvernement

Guseev, chercheur à l’INP-RAN, a montré qu’il y avait aujourd’hui besoin en Russie d’une politique de stimulation de la demande. Une politique de ce genre fut d’ailleurs appliquée aux Etats-Unis, en Europe et au Japon au moment de la crise de 2008-2009. Ce fut aussi le cas en Russie dans cette période, où la demande s’était accrue de 7,3% en dépit d’une contraction de l’économie. Aujourd’hui la question de la croissance en Russie montre qu’une telle politique s’impose. En effet, on constate que de 2009 à 2017 le stock de capital fixe a augmenté plus vite que le PIB. Mais, le taux d’utilisation du capital fixe a baissé. En fait la capacité utilisée est de 50% par rapport aux capacités installées, de 60-65% dans le secteur des biens de consommation, et de 85% dans les secteurs en expansion (métallurgie, chimie, hydrocarbures). Un autre problème est la part des travailleurs qui sont à temps partiels, 21,9% de la main d’œuvre au 3ème trimestre de 2018. Les marchés de l’automobile et du logement montrent des possibilités de développement importantes si l’on se base sur les niveaux des pays à revenus équivalents de l’UE. Il faudrait que le marché de l’automobile s’accroisse de 10% par an pendant 10 ans. En ce qui concerne le logement, la charge d’emprunts (et d’intérêts) des ménages est l’une des plus faibles du monde. Le développement du crédit, hypothécaire ou autre, est donc une possibilité réelle. Le problème ici est le taux d’intérêt et la politique des banques commerciales.

Il y a donc un potentiel important pour l’incitation au développement de la demande.

 

Le problème de la main d’œuvre et des ressources de la croissance

Cependant, comme l’a fait remarquer l’académicien V. Ivanter dans sa présentation, il y a un problème réel avec la main d’œuvre. Le taux de chômage est relativement bas. La main d’œuvre est-elle une limite à la production ? On peut le penser. Cependant, V. Ivanter à mis en évidence deux problèmes qui se posent aujourd’hui.

Le premier est celui de la structure de l’emploi. Il existe toujours un « surplus » d’emploi dans des activités non-productives. Mais, les entreprises sont réticentes à licencier les personnes dites « excédentaires » pour des raisons sociales. Comme l’ont fait remarquer divers intervenants (Mme Clément-Pitiot et M. Sapir pour la délégation française, MM. Shirov et Govtvan pour la délégation russe), cette particularité du marché du travail russe est le produit d’un système de protection sociale qui reste encore insuffisamment développé, en particulier en ce qui concerne les allocations chômage. M. V. Ivanter a fait aussi remarquer que le niveau des salaires, qui reste faible, est une incitation à employer trop de personnes. Ajoutons qu’il y a aussi un problème de qualification au niveau de certains postes de travail. Le résultat de tout cela est que le niveau d’emploi est relativement inélastique au volume de la production. Si cette dernière baisse, il n’y a pas de baisse équivalente de l’emploi. En fait, les réserves de main d’œuvre existent, mais elles sont difficilement mobilisables. Elles demandent des efforts particuliers, le développement d’un système social efficace et d’un système de formation professionnel efficient.

Le deuxième problème est celui de l’intensification du processus de transformation dans le secteur des matières premières. Une proportion trop importante des matières premières n’est toujours pas transformée en Russie. Le secteur des matières premières a fait des progrès important aujourd’hui. Il en découle qu’un prix de 45$ pour un baril (indice BRENT) est très satisfaisant pour la Russie. Or, il est aujourd’hui d’environ de 60$. Donc, ce secteur est hautement profitable. Mais, pour la transformation, il faut faire des investissements considérables. Des progrès ont cependant été réalisés dans deux secteurs, la métallurgie, ou la qualité des produits est fortement montée, et dans la chimie, en réponse à une demande extérieure importante. Il est clair qu’une politique de croissance impliquerait des investissements dans les autres secteurs. M. Shirov a, alors, présenté ses calculs sur une possibilité de réinvestir une partie de l’excédent budgétaire actuel.

Graphique 7

Ces calculs montrent qu’avec un multiplicateur moyen de 0,8 le réinvestissement de la moitié de l’excédent budgétaire pour 2018 entraînerait une hausse de 1% du taux de croissance (de 2,3% à 3,3%). L’objectif d’un taux de croissance de 4% par an semble donc être bien réalisable, et il convient de s’interroger sur la persistance d’une politique gouvernementale qui freine en réalité la croissance tout en disant, dans ses discours publics, faire tout ce qui est en son pouvoir pour l’accroître.

 

Les aspects idéologiques du modèle de croissance

En fait, on peut se demander si l’économie russe ne fait pas aujourd’hui face à un véritable dilemme de la croissance. Le gouvernement conduit par M. Medvedev tient un discours qui est explicitement « libéral ». Il met l’accent sur la stabilisation budgétaire, sur l’indépendance de la Banque centrale, et sur le développement du secteur privé. Pourtant, la réalité du développement russe est assez différente comme l’a montré la présentation de M. Sapir (CEMI) ainsi que celle de M. Govtan (INP-RAN).

Pour M. Sapir, le financement de l’investissement fait de moins en moins appel aux sources extérieures. L’investissement est de plus en plus financé par l’autofinancement des entreprises (en forte hausse depuis la crise financière internationale de 2008-2009) ou des « groupes industriels ». Si l’on y ajoute le financement public et le financement interentreprises, la part du financement interne aux entreprises, et donc non assurée par le secteur financier (interne et externe) et par les banques reste remarquablement stable depuis 1995. Cette stabilité ne doit pas cacher d’une part le phénomène de remontée de l’autofinancement des entreprises (que permet les profits réalisés du fait de la chute du rouble et de l’amélioration de la compétitivité des entreprises russes), la baisse tendancielle des fonds publics, et la constance des fonds interentreprises, qu’ils soient liés à la structure des groupes industriels ou à l’endettement interentreprises.

Graphique 8

Source : ROSSTAT

Un autre élément a été montré par M. Oleg Govtvan : c’est la substitution du Ministère des Finances à la Banque centrale comme source de la liquidité monétaire. Au travers de sa politique de « rouble faible », le Ministère des Finances rachète des montants considérables de devises, et pour cela injecte massivement des roubles dans l’économie. Le système bancaire russe devient donc de plus en plus dépendant du Ministère des Finances pour sa liquidité et de moins en moins de la Banque centrale. Ce qui pose à l’évidence le problème de savoir qui dirige la politique monétaire du pays, est-ce (comme cela est fixé par les textes légaux et réglementaires) la Banque centrale ou est-ce le Ministère des Finances ? De fait, on assiste en Russie à ce que l’on pourrait appeler, par un néologisme, à une re-gouvernementalisation de la politique monétaire. Mais, ce processus est largement le fait des circonstances et non d’une décision stratégique. Le conflit entre la politique édictée par la Banque centrale et celle conduite dans les faits par le Ministère des Finances est évident.

Les deux situations décrites aboutissent donc à construire le dilemme actuel de la politique économique russe. Soit l’on s’en tient aux présupposés libéraux qui sous-tendent les discours du gouvernement, et l’on s’accommode d’une économie à faible croissance, ce que l’on peut appeler une « économie froide », soit l’on cherche des taux de croissance plus élevés, ce que l’on pourrait appeler une « économie chaude », mais il faut assumer pleinement le rôle direct et indirect de l’Etat dans les processus économiques. Tels sont probablement aujourd’hui les termes du débat sur la politique économique de la Russie. Ce dilemme ne sera certainement pas tranché de manière claire dans les conditions actuelles du débat en Russie. Il est politiquement impossible au gouvernement ou au Président d’assumer pleinement ce rôle décisif de l’Etat dans l’économie, et cela essentiellement à cause de l’image de la Russie qui en découlerait hors de Russie. Dans le même temps, il est impossible aux autorités de se contenter des taux de croissance actuelles, que ce soit pour des raisons géopolitiques ou pour des raisons de politique intérieure. Il faut donc s’attendre à ce que les décisions ne soient pas immédiatement lisibles, et que des décisions pragmatiques dessinent, au cours des prochains mois, ce que sera la figure réelle du développement économique de la Russie.

 

Des succès incontestables

Pourtant, comme l’a fait remarquer l’académicien V. Ivanter à la fin de son exposé, l’économie russe a connu des succès importants ces dernières années. Trois sont particulièrement remarquables.

Dans le domaine agricole, tout d’abord, des progrès spectaculaires ont été réalisés. La Russie est redevenue exportatrice que se soit pour les céréales ou pour les produits laitiers. Ces progrès sont directement les conséquences de la politique dite de « contre-sanctions » mise en place par le gouvernement russe à la suite des sanctions décidées par les Etats-Unis et par les pays de l’Union européenne en 2014. De fait, aujourd’hui, de nombreux produits russes de qualité se sont substitués aux produits importés. La Russie est donc bien lancée dans la voie de la souveraineté alimentaire. Bien entendu, des progrès doivent encore être réalisés, dans le domaine de l’élevage et de la filière viande en particulier. L’industrie du matériel agricole, qui a été massivement subventionnée, a redémarré et cette industrie a connu une renaissance spectaculaire.

Un autre secteur qui est aujourd’hui efficace, c’est celui de l’industrie de défense. Rappelons nous qu’en 1998 Victor Maslioukov, à l’époque vice-Premier ministre de la Russie, pensait qu’il ne serait pas possible de remettre sur pied cette industrie. Pourtant, cela a été réalisé, avec des progrès importants dans les technologies de pointe, mais aussi avec une diversification de ce secteur, et un mélange entre les technologies dites « militaires » et civiles, qui assure aujourd’hui la vitalité de cette industrie. La capacité de cette industrie à féconder l’ensemble de l’industrie russe est un potentiel important de croissance. Les effets multiplicateurs des dépenses militaires sur la croissance économique dépendent en effet des secteurs dans lesquels l’argent est investi[4]. Ce multiplicateur va de 1,65 pour l’industrie des moyens de transport à 1,37 pour les moyens de télécommunications, et il est en moyenne de 1,44 pour l’industrie navale et spatiale ou encore la construction d’équipement.

Un troisième secteur important est celui de la gestion des grands projets (MegaProjets), comme ceux qui ont été liés aux Olympiades, à la Coupe du Monde de football, ou encore le pont de Kertch. Ces grands projets ont été réalisés non pas sur des ressources financières habituelles mais sur des ressources dites extraordinaires. Cela implique une réflexion quant au financement des projets futurs. Il apparaît ici que la constitution de moyens de financement ne passant pas par le cadre habituel du budget pourrait s’avérer une méthode de financement plus efficace. Les effets induits de ces grands projets sont aujourd’hui évidents, que ce soit en matière de développement régional ou sur l’activité économique en général.

 

Aujourd’hui cependant, un consensus s’est dégagé au sein du Séminaire Franco-Russe sur les Problèmes Monétaires et Financiers : c’est la demande solvable qui constitue la première barrière, le premier frein au développement de l’économie russe. Cette hausse de la demande solvable n’est pas nécessairement inflationniste. Mais, il y a, bien entendu, le problème des importations et de la balance des paiements. Cependant, avec le taux de change actuel (66 RR/1$) la production nationale reste très compétitive et le restera pour une période assez longue. Le niveau des ressources et des réserves du pays rend le niveau de croissance de 2,3% trop faible. Une hausse de 1% à 2,5% du taux de croissance apparaît donc parfaitement possible et nécessaire.

 

[1] Les travaux de la 55ème session ont été édités. Voir Kuvalin D.B. (éditeur), Reprise de la croissance économique en Russie et en Europe : problèmes, perspectives et moyens de financement, Moscou, Nauka et Institut Narodnohozjajstvennogo Prognozirovanija – RAN, janvier 2019.

[2] https://www.bloomberg.com/opinion/articles/2019-02-05/russia-s-latest-economic-data-are-suspiciously-optimistic

[3] Voir CBR, Monetary Policy Report n°4/2018, Decembre 2018, https://www.cbr.ru/Collection/Collection/File/14170/2018_04_ddcp_e.pdf

[4] Données fournies par Alexandre Shirov.

Commentaire recommandé

fredmos // 10.02.2019 à 07h55

A mon échelle microscopique de simple personne vivant avec sa famille à Moscou, les progrès dans la ville sont spectaculaires. Bien sûr, Moscou n’est pas la Russie. Le développement des infrastructures de transport en commun est très impressionnant, ainsi que la construction massive de nouveaux quartiers pouvant accueillir des milliers d’appartements. Visiblement, les normes de construction ont aussi évolué dans le bon sens. Un nouveau train ultra-moderne (le diamétral) relie maintenant toutes les stations extérieures de la ville, avec un ticket aux alentours de 50 centimes le trajet. Accès internet dans toutes les rames de métro, bus, etc. Nouveau réseau de taxis, vous cliquez et une minute plus tard, un taxi arrive et vous transporte (10 km -> 3 à 4 Euros) avec toute la famille. Eclairages à LED dans les parcs, développement des espaces verts (voir ici le rapport dressé par la ville de Moscou et ses objectifs de développement -> https://www.mos.ru/en/news/item/46805073/). D’un autre côté, comme ce rapport économique le montre, le frein, c’est le revenu des ménages. Bien que les produits soient de qualité, et les magasins bien mieux développés et achalandés, les prix sont élevés pour un salaire moyen. Quoi qu’il en soit, pas mal de bébés! Donc, il semble que les Moscovites ont le moral…

25 réactions et commentaires

  • fredmos // 10.02.2019 à 07h55

    A mon échelle microscopique de simple personne vivant avec sa famille à Moscou, les progrès dans la ville sont spectaculaires. Bien sûr, Moscou n’est pas la Russie. Le développement des infrastructures de transport en commun est très impressionnant, ainsi que la construction massive de nouveaux quartiers pouvant accueillir des milliers d’appartements. Visiblement, les normes de construction ont aussi évolué dans le bon sens. Un nouveau train ultra-moderne (le diamétral) relie maintenant toutes les stations extérieures de la ville, avec un ticket aux alentours de 50 centimes le trajet. Accès internet dans toutes les rames de métro, bus, etc. Nouveau réseau de taxis, vous cliquez et une minute plus tard, un taxi arrive et vous transporte (10 km -> 3 à 4 Euros) avec toute la famille. Eclairages à LED dans les parcs, développement des espaces verts (voir ici le rapport dressé par la ville de Moscou et ses objectifs de développement -> https://www.mos.ru/en/news/item/46805073/). D’un autre côté, comme ce rapport économique le montre, le frein, c’est le revenu des ménages. Bien que les produits soient de qualité, et les magasins bien mieux développés et achalandés, les prix sont élevés pour un salaire moyen. Quoi qu’il en soit, pas mal de bébés! Donc, il semble que les Moscovites ont le moral…

    • Alfred // 10.02.2019 à 09h31

      Des prix trops chers pour une des biens de qualité c’est une économie saine, raisonnée et frugale. Des prix anormalement peu chers pour des tombeaux de gadgets ou de produits fabriqués pour des soldes, c’est une économie malade, compulsive et génératrice de gachis de tous ordres.
      Vous vivez du bon côté de la frontière, de celui le plus apte à la résilience.

      • Bibendum // 10.02.2019 à 09h50

        Tombereaux ? 🙂

        C’est ce que je me suis dit en lisant le passage, avec en prime une économie des ressources pour l’avenir. Ce qui n’est pas cramé bêtement aujourd’hui pourrait, pourra ? Être plus efficient demain ?

      • Mostic // 10.02.2019 à 09h57

        C’est vrai. La relation des russes normaux cols blancs ou bleus, là où je vis, me semble plus saine avec l’argent. J’ai vraiment du mal à comprendre comment les français normaux peuvent joindre les deux bouts. D’où mon support aux gilets jaunes!

      • Suzanne // 10.02.2019 à 13h43

        D’autant plus que ces produits peu chers ne sont peu chers que parce qu’ils sont produits par l’équivalent moderne d’esclaves.
        Ne jamais oublier de se poser les 3 questions quand on achète : combien d’heures par jour travaille l’ouvrier qui a manufacturé l’objet? Avait-il entre 18 et 65 ans? Gagne-t-il l’équivalent, dans son pays, de notre SMIC? Si on répond non, ne pas acheter. Je plaisante, hein ! Car si vous appliquez ce que je dis, vous n’allez plus acheter grand-chose. Mais j’aimerais que ce soit autrement, tous mes souhaits et mes actions vont vers une société où ce soit autrement.

        • Basile // 10.02.2019 à 15h09

          le Français n’achète pas que des produits pas chers.

          Il est aussi prisonnier de biens inutilement chers par rapport à ses revenus, alors qu’autrefois l’offre était plus diversifiée. Ainsi, en automobile, on est loin du parapluie sur 4 roues de la 2CV. Aujourd’hui, c’est voitures aux formes et mécanique sophistiquée dont on n’a rien à faire, sinon pét** plus haut que son c** comme disaient les anciens, plus normes écolo = coût d’entretien et de réparation en rapport

          et sous prétexte de « lutte contre l’habitat indigne » chère aux municipalités de gauche, on a mis dans la tête du Français des goûts de confort en habitat (surface, équipement) qui ont un coût, en loyer et impôts.

          Résultat de tout ça, une classe ouvrière esclave à vie, qui ne laisse plus rien en héritage à ses enfants (c’est de toute façon ce qu’ils veulent, de Hollande à Macron.

          en 74, en logement privé, construit et très bien entretenu par un petit rentier, j’avais un loyer du huitième de mon maigre salaire. Cet immeuble a par la suite été préempté. C’est maintenant du social, mais à quel tarif ?

          • Basile // 10.02.2019 à 15h24

            j’ai retrouvé mes comptes, pour la voiture : une occasion 18 fois moins cher que mon toujours maigre salaire de l’époque.
            Faites le compte, combien paierait maintenant un smicard.

            • Haricophile // 10.02.2019 à 15h50

              À l’heure ou la question serait de savoir comment se passer de la voiture de gré avant que ce ne soit de force, baser la richesse sur la possession d’une bagnole qui est le modèle de tous nos emmerdes de notre société de consommation dont les rêves de bonheurs se transforment en impasse cauchemardesque et totalitaire, dont les puissances de l’acier et les énergies fossiles sont la cause directe de 2 guerres “mondiales” et de beaucoup d’autres, accompagnée d’un avenir suspendu entre autre a la crise climatique et a la paranoïa d’un Empire surarmé et nucléarisé finissant noyé dans la suicidaire fracturation hydraulique comme dernier coup de poker, c’est… comment dire…

                +2

              Alerter
      • Chris // 10.02.2019 à 14h34

        tombeaux, consumérisme du prêt-à-jeter vont plutôt bien ensemble.
        Perso, je garde les deux mots…

    • Pierre // 10.02.2019 à 10h39

      Moscou n’est pas la Russie, c’est une évidence.
      J’ai fait cet été un 3ème voyage dans le pays en sillonnant pendant un mois les vallées du Nord Caucase de Sotchi à Makhatchkala : le constat que je peux en tirer, c’est que l’économie est sur une dynamique positive, avec des villes bien enues, un espace agricole fonctionnel et productif, des pôles industriels performants et une population qui semble profiter de la vie (il y a de l’argent pour les loisirs – beaucoup de monde pour prendre un verre en terrasse ou des remontées mécaniques dans la moindre vallée ou même en ville comme à Nalchik – je mets de côté le cas de la Tchéchénie où l’argent semble être plus abondant qu’ailleurs…).
      Par contre, j’ai toujours du mal quand je voyage en Russie à saisir comment fait la population pour vivre avec des salaires qui restent très faibles en regard des prix des biens et services… Et comment elle l’accepte sans broncher.

      • Pierre // 10.02.2019 à 10h40

        Quant aux infrastructures existantes, il est évident qu’il y a un retard important à combler : le réseau routier principal est plutôt en bon état dans toutes les régions de Russie que j’ai visitées (autour de Peter et en Carélie, dans l’Anneau d’Or et au pied du Caucase), mais il n’est pas dimensionné pour faire face à une augmentation de trafic que la croissance économique va engendrer; dans ce domaine, les retards sont criants : pas d’autoroute pour relier Sotchi à Krasnodar et au pont de Kerch par ex., de même dans la région moscovite de l’Anneau d’Or… Dans le Nord Caucase, des travaux sont en cours pour mettre en 2×2 voies la liaison Grozny-Makhatchkala – ce n’est pas un luxe. Bien sûr, je n’ose évoquer l’état du réseau secondaire qui ferait passer son équivalent italien pour un modèle de qualité…

        • Pierre // 10.02.2019 à 10h41

          Je termine en évoquant les efforts de l’Etat dans la mise en valeur touristique du Caucase russe : l’effet J.O. a été décisif dans ce domaine et la fréquentation des stations de sports d’hiver est en plein boom. Dans la vallée de Krasnaya Polyana (Sotchi), le succès est évident (mais à quel prix !); dans le reste de la chaîne, les anciennes stations de Dombai et de Terskol ont rénové leurs installations, la fréquentation est importante été comme hiver (on y croise des touristes russes venus de toutes les régions du pays, y compris les plus lointaines). Les nouvelles stations comme Arkhyz, pourtant moins bien desservies depuis les aéroports régionaux, sont en pleine expansion (il y a vraiment du potentiel).
          La politique de l’Etat russe dans ce domaine est remarquable d’intelligence et de pertinence : sur le modèle français de la mise en valeur d’or blanc dans l’après deuxième guerre mondiale, le gouvernement fédéral a impulsé une dynamique d’investissements mixtes (par le biais d’incitations fiscales) pour mettre en valeur ces territoires vierges (les vallées du Caucase sont vraiment peu peuplées depuis les purges staliniennes) par le biais des sports d’hiver, avec un quadruple objectif :

          • Pierre // 10.02.2019 à 10h42

            1) mettre en valeur un potentiel économique dans une logique d’aménagement du territoire (rééquilibrage)
            2) développer l’économique pour offrir des peprspectives de vie meilleure et ainsi fournir une alternative à l’extrêmisme religieux et au terrorisme
            3) proposer une offfre touristique national à la clientèle russe habituée au ski dans les Alpes et ainsi mettre en place une politique de substitution aux flux internationaux en gardant les skieurs russes “chez eux”.
            4) en complément, cette politique de l’offre s’accompagne d’une volonté de développer une filière nationale d’ingénierie et de production industrielle pour tout ce qui concerne le secteur du tourisme de montagne (par ex. joint venture avec des constructeurs européens – français en particulier – dans le secteur des remontées mécaniques) pour dopper le pémont caucasien par l’installation d’entreprises spécialisées crétrices d’emplois qui, dans dix ou vingt ans, pourront concurrencer les industriels européens à l’export…

            • Pierre // 10.02.2019 à 10h43

              La Russie est pour moi un pays “mystère” : un état fort, des richesses abondantes en matières premières, un endettement dérisoire, une population éduquée et docile… et pourtant toute l’apparence d’un pays fragile, obligé de rémunéré son épargne à 8% pour faire face à la défiance d’une population qui n’a pas confiance sur ce point à ses élites (!). Vous allez dire que je suis un grand naïf ! Je peux me tromper bien sûr, mais des russes d’apparence modeste, qui sortent une liasse d’euro et jonglent entre les devises dès qu’on les connait un peu, cela m’étonne toujours. Un peu comme dans la france des années 60-70, à une époque où l’argent circulait vite et faisait marcher l’économie réelle…

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            • Chris // 10.02.2019 à 15h04

              “mais des russes d’apparence modeste, qui sortent une liasse d’euro et jonglent entre les devises dès qu’on les connait un peu, cela m’étonne toujours”.
              Ces Russes “d’apparence modeste” sont la classe moyenne montante qui se reconstitue après les années Yeltsine.
              Vous réagissez à l’aune des pays de l’Ouest où l’opulence est ostensible et discriminante. Dans les pays ex-communistes, le profil bas est de mise : un vieux réflexe de prudence de voisinage, façade protectrice voire peut-être tout simplement l’arrière-pensée : sait-on ce que sera demain ? Ou tout ça à la fois. La Russie a une histoire tumultueuse…
              Je vous livre mes expériences et longues discussions avec les gens de l’Est que j’adore. Les peuples ont une sagesse et dignité (amour-propre) que nous avons perdues. Mais rassurez-vous, ils ont aussi leurs morues !
              A lire votre témoignage, j’ai l’impression que la Russie vit ses 30 glorieuses. Espérons que le décalage historique leur soit propice pour éviter nos erreurs.
              Par contre, le billet de M. Sapir a déclenché chez moi une alarme quant à son insistance à vouloir absolument plus de croissance russe, lorsqu’on sait où ça mène…. Abrutissement des masses, investissements dilapidés contre une dette asservissante, consumérisme dépressif, catastrophes écologiques, etc.
              Perso, je trouve le rythme et moyens adoptés excellents.

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            • Pepin Lecourt // 10.02.2019 à 15h37

              Merci pour ce témoignage intéressant de quelqu’un sur le terrain, tellement les ” reportages” des journalistes occidentaux, envoyés avec un regard idéologique occidental sur la Russie sont suspect de parti pris négatifs, d’autant que votre témoignage va dans le même sens que la plupart des témoignages ” privés que j’ai l’occasion de lire provenant de personnes traversant la Russie, pour affaire, ou pour tourisme poussé.

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            • Georges // 10.02.2019 à 19h24

              Je rebondis sur votre “la Russie est pour moi un pays mystère”. Je pense que la réponse de fredmos vous mets sur la bonne piste. La Russie a dû survivre à l’application dévastatrices de deux idéologies, communistes d’abord, puis néolibéralisme. C’est elle aussi qui a, avec les autres républiques soviétiques, subit l’assaut et finalement défait au prix d’un sacrifice considérable les armées allemandes. Ce passé récent donne, je le crois, aux russes une perspective sur les valeurs vraiment importantes.
              Cela dit, effectivement, depuis pus de 15 ans que j’habite ce pays, les progrès ont été spectaculaires, je confirme. Même si on pourrait souhaiter que les inégalités de revenus se réduisent plus vite.

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      • fredmos // 10.02.2019 à 16h17

        Les Russes, attention, je parle de mon point de vue d’époux, de père, bref. du quidam, semble avoir une certaine attitude innée à accepter les choses, certains parlent de fatalisme. Effectivement, ils acceptent sans broncher. Ils n’ont pas le choix. Si une opposition se dessine, elle n’est pas crédible ou désamorcée. Et puis, les Russes ont fait l’expérience du communisme, et bien pire encore, de la Perstroika et des terribles années 90. Ils peuvent vivre à cinq ou six, voire plus dans un petit appartement, et rigoler de la vie. Respect. Mais nous, Français, nous vivons autrement, mieux, probablement, plus heureux, je ne sais pas. Il y aurait de quoi écrire un livre… Il y a des choses à apprendre, c’est sûr, de cette capacité d’improvisation. Et puis, vous oubliez les femmes russes. Il n’y a pas que les hommes!

  • Bibendum // 10.02.2019 à 09h46

    Croissance, croissance, croissance… Tout pour le croisant. Et pourquoi pas chocolatine ?

    Et si le nouveau paradigme qui se met en place au niveau mondial faisait table rase de ces vieux systèmes économiques “à la papa” ?

    Le pétrole de schiste US, schismatique, n’a produit, outre quelques milliards de barils déjà brûlés, que des dettes irrécouvrables… Hum…

    Par ailleurs, Chine et Russie, investissent dans les ressources du sol vénézuélien et ce en pétro, une cryptomonnaie (CIA, FMI, Mars Atak ?) indexée sur le cours d’un baril de caca noir et de métal jaune et sans pour autant s’inquiéter outre mesure du dernier coup d’État en cours et des assauts permanents de l’Empire LSD (La nation stupéfiante alias Les States Débiles).

    Il ne fait plus aucun doute que le Système, à défaut de réussir à créer une INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, s’évertue à numériser tout le réel.

    Matrix n’étant qu’une ébauche d’un nouvel ordre mondial, l’agent Smith neutralisera tous les Néo existants et avenir pour garantir à ” L’ENTREPRISE STAR & T(®)ECH ” de bien carto-quanti-graphier les ressources et bigdater chaques êtres vivants, les pucer puis les modifier dans leurs chairs jusqu’à la plus intime molécule.

    NOM, OGM, PLMDMS… EEPBLV ?
    (Nouvel Ordre Mondial, Organisme Génétiquement Modifié, Pour Le Meilleur Des Mondes Socialisant, Elle Est Pas Belle La Vie ?)

    La Russie ne s’échappera pas !!! Le commentaire de fredmos, sise plus haut, nous confirme que Moscou se virtualise à la vitesse 5G…

  • Daniel // 10.02.2019 à 13h26

    Du coup dans quelles conditions une politique de la demande en Russie ne serait pas inflationniste ? Parce que c’est les deux grands arguments du bloc libéral russe qui contrôle les institutions macroeconomiques , la politique de la demande ne marche plus ( on se demande pourquoi ) et ça risquerait de créer de l’inflation…

  • moshedayan // 10.02.2019 à 15h02

    @Pierre vos observations sont liées principalement aux régions du Caucase. Ces régions ont des traits particuliers , bien plus que celles du Nord, notamment concernant leur rapport à l’argent, le rouble et les devises étrangères, d’autant qu’il n’est pas rare dans ces populations du Caucase, d’avoir un “cousin” un ami “qui vit à l’Ouest” , vers le Nord en Russie centrale, jusqu’à Mourmansk pas loin de la Norvège ou de la Finlance : on se moque bien d’avoir des “euros” ou “dollars” en poche ou en réserve, “plus disciplinés, plus fatalistes ou plus ordonnés” à vous de choisir.
    La Russie n’a aucun intérêt stratégique et écologique à trop développer son réseau routier : il lui faut de bons grands axes et améliorer la vitesse moyenne de son réseau ferroviaire (marchandises et voyageurs) bien plus rentable vu l’immensité du territoire et les conditions hivernales. Voyager en été en Russie c’est omettre gravement ce qui se passe en hiver : pour avoir fait de longs trajets au début de l’hiver, croyez-bien qu’à l’époque j’aurais volontiers préféré le train.

    • Pierre // 10.02.2019 à 19h17

      J’ai testé pour ma part le dégel lors de mon premier voyage en Russie; c’était il y a 2 ans en avril dans l’Anneau d’Or. A la fois pénible et très dépaysant : que de boue et de routes en terre défoncées en sortant des grands axes, mais que de beauté aussi lorsque le ciel d’un bleu azur se pose sur les lacs encore gelés et les monastères…
      La Russie est vaste, il y a tant à découvrir (je conseille à tous les îles Solovki, si possible par beau temps, le vénérable monastère, les bélougas, la nature intacte…) et bien sûr, une fois qu’on a compris comment fonctionnent les villes russes et les Russes eux-mêmes ( il y a un monde entre nous), on y passe des moments délicieux…

      • Mostic // 10.02.2019 à 22h59

        Je vous remercie de partager cette expérience. D’une certaine façon je suis devenu un réfugié politique et économique parce que la France si belle que mon cœur se serre en pensant à mes arbres et à ma maison est devenue difficile à vivre. La révolte des’gilets jaunes Souligne l’effroyable fossé qui s’est creusé entre les classes sociales. Dès l’école. Alors on part. La Russie c’est un pays qui a réussi à garder une âme, sans discrimination raciale. Je réapprends et je redécouvre et mes enfants qui ont adopté le russe sont heureux. Que demander de plus! Je ne veux pas élever mes enfants avec la haine des sans dents.

      • weilan // 11.02.2019 à 22h32

        Pierre, j’ai beaucoup apprécié vos commentaires et voudrais profiter de votre connaissance de ce pays pour vous poser une question peut-être stupide: le “problème” de cet immense nation ne serait il pas tout simplement la disparité entre une relativement faible population et l’étendue de son territoire ?
        Merci d’avance pour votre opinion sur cette question

  • AM // 15.02.2019 à 15h04

    Je n’y entends pas grand chose en économie, mais je reste surpris par la tonalité générale de l’article, qui semble nous dire que 2,3%, chiffre qui ferait rêver les plus convaincus de nos libéraux, n’est pas assez.
    Dans le même temps, nous subissons depuis des années en Europe une croissance atone, avec la prise de conscience que, même atone, cette croissance mène l’anthropocène à sa perte, du simple fait de la finitude des ressources.
    La politique russe, malgré peut-être (je n’en sais rien) quelques hypothétiques errements, semble cheminer tranquillement vers l’autosuffisance et on la voudrait pieds et poings liés dans un libéralisme financier qui nous étouffe et épuise notre monde ?

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