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22.septembre.202122.9.2021
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[RussEurope-en-exil] Aux sources de la planification japonaise, par Jacques Sapir

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Aux sources de la planification japonaise

(Ce texte a pour vocation de s’insérer dans un ouvrage à venir sur la planification dans les pays « capitalistes »)

L’adoption de la planification dans le Japon de l’immédiat après-guerre fournit un deuxième exemple de l’adoption de cette institution dans une économie capitaliste. Car, et on l’ignore trop souvent en ce début du XXIe siècle, l’expansion de l’économie japonaise se fit dans le cadre d’une planification[1], certes qualifiée « d’indicative » mais où les moyens de contrainte de l’Etat étaient loin d’être négligeable, et dans un système d’économie mixte. Quel fut donc le rôle de la planification dans la croissance explosive que l’économie japonaise a connue de la fin des années 1940 au milieu des années 1970 ?

On ne peut pourtant répondre à cette question qu’en revenant sur l’origine de nombre des institutions économiques japonaises de l’immédiat après-guerre. Daniel Okimoto, dans le livre qu’il consacra avec deux collègues au développement de l’industrie des semi-conducteurs aux Etats-Unis et au Japon, fait explicitement référence aux méthodes de l’économie de guerre qui fut mise en place au Japon de 1937 à 1945[2]. Il n’est d’ailleurs pas le seul à avoir fait cette remarque et d’autres auteurs ont qualifié le Japon comme un « Etat mobilisé »[3] ou comme un « Etat capitaliste développeur »[4].

Il écrit ainsi : « Dans sa métamorphose entre un Etat militaire et un Etat marchand le Japon conserva certain des mécanismes clefs de coordination centralisée et de contrôle ce qui renforça considérablement la capacité de l’Etat de diriger le Japon sur la voie du développement industriel »[5]. La filiation entre l’économie de guerre et les institutions économiques de l’après-guerre est donc reconnue par de nombreux auteurs. Mais, cette filiation n’est peut être pas la seule.

S’il est incontestable que le capitalisme japonais a toujours été original dans sa manière de conjuguer une culture nationale très forte et les institutions du développement capitaliste[6]. La question des relations, formelles et informelles, entre l’Etat et les grandes entreprises a longtemps été au cœur de ce que l’on peut appeler le « modèle japonais »[7]. Il faut donc aussi se poser la question de l’idéologie économique japonaise et de la réception des notions issues de l’économie politique née en Europe occidentale dans la culture japonaise.

La persistance de relations sociales traditionnelles, tout comme celle de formes anciennes d’organisation économique, ont été des éléments décisifs dans le succès de la stratégie de l’ère Meïji[8]. De même, l’importance du nationalisme dans la structuration des comportements et la hiérarchisation des choix ne sauraient être ignorée[9]. Le Japon, confronté par la violence, au capitalisme occidental, a cherché à sauvegarder à tout prix sa souveraineté[10].

Enfin la question de l’héritage de l’instabilité économique des années 1920 au milieu des années 1930 doit être posée.

A – Les crises des années 1920

Les années de l’après-Première guerre mondiale furent cruciales pour l’économie et l’industrie japonaise. Avant 1913, cette dernière restait largement concentrée sur la production alimentaire et l’industrie textile. Le Japon importait dans une large mesure – à l’exception peut-être du matériel ferroviaire[11], les produits industriels, y compris les armements, dont il avait besoin[12].

Depuis les années 1890, les textiles japonais dominaient non seulement le marché intérieur mais ils rivalisaient avec succès avec les produits britanniques en Chine et en Inde[13]. Les expéditeurs japonais étaient en concurrence avec les commerçants européens pour transporter ces marchandises à travers l’Asie et même vers l’Europe. Comme en Occident, les usines textiles emploient majoritairement des femmes, dont la moitié avait moins de vingt ans. Elles y avaient été envoyés par leurs pères, et remettaient leurs salaires à leurs pères[14].

Le Japon a largement ignoré l’énergie hydraulique et est passé directement à une mécanisation mue à la vapeur pour ces usines textiles, ce qui en accroissait la productivité mais créait aussi une demande importante pour le charbon. La Première Guerre Mondiale fut une période d’accélération de la croissance japonaise mais aussi de diversification. Cette croissance, cependant, déboucha sur une période de crise dans les années 1920, alors que le Japon connaissait un tournant démocratique.

Les crises financières des années vingt

L’économie japonaise de l’entre-deux-guerres fut confrontée à des crises chroniques[15].

Après la forte croissance des années 1914-1919, le Japon connut un effondrement financier et bancaire en 1920. En mars 1920, le cour des actions baissa fortement alors que les investisseurs anticipaient un atterrissage brutal de l’économie japonaise après le boom de la Première Guerre mondiale[16].

Graphique 1 – Taux de croissance du Japon, 1885-1944

Note : la ligne orange indique une moyenne mobile sur 5 ans ; on a isolé la période de la 1ère Guerre Mondiale et celle des années 1933-1944

Sources: Management and Coordination Agency, Statistics Bureau, Historical Statistics of Japan on CD-ROM, Tokyo, Japan Statistical Association, 1999, Tables 13-03, 13-04 and 13-10, et en ligne http://www.stat.go.jp/1.htm.

En avril 1920, la Masuda Bill Broker Bank d’Osaka fit faillite, déclenchant une panique bancaire dans plusieurs régions du Japon. Cette banque était engagée dans l’intermédiation de transactions interbancaires et ses clients comprenaient à la fois des banques locales et de grandes banques urbaines. Puis, au cours des quatre mois suivants, d’avril à juillet 1920, les opérations ont été suspendues dans 21 banques, de façon permanente ou temporaire[17]. La Banque du Japon (BOJ) accorda alors divers types de « prêts spéciaux » pour apaiser les tensions sur les marchés financiers en général et stabiliser les marchés financiers[18].

Cela n’empêcha pas une nouvelle crise de survenir en 1922. La faillite d’une entreprise forestière mais qui s’était lancée dans des spéculations hasardeuses fin février 1922, déclencha des paniques bancaires dans la préfecture de Kochi (au sud-ouest du Japon) et la région du Kansai (Osaka, Kyoto et leurs environs). Puis, d’octobre à décembre 1922, les paniques bancaires se répandirent dans tout le pays, de Kyushu (la partie la plus occidentale du Japon) à Kanto (Tokyo et ses environs dans l’est du Japon). En 1922, les opérations bancaires furent suspendues dans 15 banques, de façon permanente ou temporaire[19]. La BOJ accorda à nouveau des « prêts spéciaux » à 20 banques de décembre 1922 à avril 1923[20].

Ces crises pouvaient être vues comme la conséquence de la très forte expansion des années précédentes. Pourtant, la crise financière de la période Showa de 1927 et la dépression de la période Showa de 1930-31 démontrèrent, outre que des politiques déflationnistes sont toujours des catastrophes, que la fragilité de l’économie japonaise était structurelle.

Ces événements ont marqué des tournants dans l’histoire économique du Japon[21]. La crise financière de la période Showa de 1927 était la conséquence d’une instabilité financière persistante en raison de la restructuration incomplète du secteur des entreprises et des reports de la cession des créances douteuses par les institutions financières[22]. La crise a entraîné des réformes dans le secteur financier par des injections massives de fonds publics et la fusion de banques.

La dépression de la période Showa de 1930-31 fut naturellement causée par la Grande Dépression, un effondrement économique mondial, mais ce dernier fut intensifié au Japon par le retour malencontreux à l’étalon-or à l’ancienne parité[23]. Cette politique, assez semblable aux politiques mises en œuvre à la même époque en Europe, était le fait de Junnosuke Inoue, Ministre des finances dans les gouvernements des Premier-ministres (Wanaguchi Osachi et Wakatsuki Reijirō) du parti Rikken Minsei-Tō, qui espérait que le ralliement du Japon à l’étalon-or créerait les conditions pour un rapprochement entre le Japon et les Etats-Unis. Inoue était certainement l’homme politique le plus proche de ce que l’on pouvait considérer comme un « libéral » dans l’acception occidentale du terme au Japon.

Par sa politique de déflation, outre les avantages qu’il escomptait en politique extérieure au moment où le Japon avait adopté une politique relativement conciliante à la suite du Traité Naval de Londres en 1930[24], il cherchait aussi à affaiblir les grands groupes industriel et leurs liens organiques avec les banques. Mais, cet aspect là de sa politique se révéla un échec complet car les grands groupes étaient les mieux armés pour résister à la politique de déflation et cette dernière eu des conséquences sociales catastrophiques. Il démissionna en 1931 quand le gouvernement fut remplacé par celui d’Inukai Tsuyoshi et que le parti Rikken Seiyūkai revint au pouvoir. Inoue fut assassiné en 1932 dans l’attentat organisé par la « Ligue du Sang »[25].

Au-delà de la montée de la « politique par l’assassinat »[26], qui devait contribuer largement à l’arrivée au pouvoir des militaires, les crises et désordres économiques à répétition qui survinrent dans les années 1920 contribuèrent de manière notable à affaiblir la confiance des élites et de la bureaucratie japonaise dans le marché, du moins en tant que mécanisme de coordination. La parenthèse « libérale » que l’économie japonaise avait connue durant ces années se referma avant même que les militaires n’accèdent au pouvoir et que le Japon s’engage dans une voie belliciste[27].

De la dépression à la guerre

Le Japon échappa à la Grande Dépression plus tôt que la plupart des autres pays grâce à une série de mesures de relance macroéconomique initiées par Korekiyo Takahashi, un ancien ministre des Finances qui avait repris ses fonctions en décembre 1931 et qui est parfois considéré comme le « Keynes japonais »[28], et dont certains ont voulu voir l’inspirateur des réformes économiques de Shinzō Abe de 2012 à 2020.

Takahashi mit en place des mesures de politique macroéconomique globales, notamment des ajustements de taux de change. Dès le premier jour du nouveau gouvernement, Takahashi mis fin à l’étalon-or et au taux de change fixe et fit flotter le yen. Celui-ci immédiatement se déprécia de 60% face au Dollar et de 44% face à la Livre sterling. Il mit en place une politique d’expansion budgétaire financée par des émissions d’obligations d’État et appuyée sur la monétisation du déficit budgétaire qui fut ainsi tentée pour la première fois dans l’histoire du Japon (la BOJ rachetant les obligations d’État). Takahashi mis aussi en œuvre des mesures fiscales et monétaires, mais aussi des mesures de contrôle des changes et des mouvements de capitaux.

Dans le même temps, il convient de considérer que l’étalon-or, qui régissait la politique budgétaire du Japon, était devenu très problématique à la suite de son abandon par la Grande-Bretagne britannique en septembre 1931[29]. Son abandon fin 1931 n’était donc pas une révolution complète même si cet abandon précéda celui de nombreux pays européen. Par contre, le fait que le Japon introduisit en 1932 un mécanisme par lequel le gouvernement pouvait recevoir facilement des crédits de la Banque centrale sans établir d’autres mesures institutionnelles pour régir sa politique budgétaire[30] apparaît comme plus novateur du point de vue de la politique macroéconomique. Le gouvernement entrepris immédiatement une politique de dépenses publiques mais dont une partie alla à l’Armée et à la Marine.

Ceci conduisit à une stabilisation, puis une amélioration de la situation économique. De fait, les prix étaient remontés à leur niveau de 1920 après l’expérience déflationniste de 1929-1930[31]. Mais Takahashi fut confronté à la pression croissante des militaires qui progressivement poussèrent le Japon dans une logique guerrière. Le gouvernement passa entre les mains de deux anciens amiraux à la suite de l’assassinat d’Inukai Tsuyoshi par un groupe de nationalistes fanatiques s’inspirant de la conspiration de la « Ligue du Sang » (Saitō Makoto de 1932 à 1934 et Keisuke Okada de 1934 à 1936).

De fait, la politique du Japon pris une direction conduisant à une confrontation avec les puissances occidentales. La reconnaissance de l’Etat fantoche du Mandchoukouo en 1932[32] provoqua une réaction des puissances occidentales qui conduisit le Japon à quitter la Société des Nations en 1933. Takahashi tenta de résister à la pression des militaires mais il fut, lui aussi, assassiné par un groupe terroriste le 26 février 1936.

Grâce au revirement de politique économique mis en œuvre par Takahashi, l’économie japonaise commença à se redresser dès 1932 et se développa relativement rapidement jusqu’en 1936 (dernière année de l’économie « hors économie de guerre »). Parmi les grands pays industrialisés le Japon fut le premier à surmonter la dépression mondiale des années 1930. Il faut aussi signaler la hausse des profits des grands conglomérats[33], les Zaibatsu. La politique de Takahashi entretint certainement ces liens particuliers que les grands groupes avaient avec la puissance publique et qui sont une caractéristique du modèle économique japonais[34]. Elle introduisit aussi un modèle de financement public qui allait largement servir pendant le conflit et dans l’après-guerre. En cela, la politique de Takahashi ouvrit la voie aux méthodes de la période suivante.

B – Les ambiguïtés du capitalisme japonais et les sources idéologiques de la planification

Il faut, ici, revenir sur les ambiguïtés du capitalisme japonais. Rapidement, ce dernier fut attaqué, tant par un courant marxiste qui se développa à la fin du XIXe siècle et dans les premières années du XXe que par les tenants de la « tradition japonaise ». De fait, la défense qui fut mis en œuvre par l’Association pour l’Etude de la Politique Sociale (ou Kyöchökai), une association crée en 1919 avec l’aide du gouvernement pour faire face aux troubles sociaux qui se développaient dans les années immédiatement avant la Première Guerre Mondiale. Mais, les textes produits par cette association sont une défense essentiellement instrumentale du capitalisme, qui était vu comme un système permettant certes un développement rapide du Japon, mais un système dont les défauts étaient nombreux[35].

Entre marxisme et nationalisme : la tradition japonaise ?

Les auteurs de cette association rejetaient assez largement le point de vue individualiste qui est en général associé au capitalisme.

Ce faisant, ils rejoignaient une grande partie des responsables des entreprises japonaises. Un responsable d’une grande société d’assurances pouvait ainsi écrire en 1934 : « L’attitude de l’homme d’affaire japonais envers son travail n’est pas l’attitude centrée sur soi, individualiste, des américains ou des européens. (…) Une fois qu’il a pris un travail, il désire faire de ce travail, de cette entreprise, un objet de beauté. Son travail et sa vie ne font plus qu’un. Cette attitude correspond a quelque chose de distinct d’un calcul de pertes et de profits. Telle est la véritable attitude – tel est l’esprit de la gestion dans l’industrie japonaise »[36].

Cette idéologie, qui trouve ses racines au plus profond de la culture japonaise fut naturellement utilisée et instrumentalisée par l’ultra-nationalisme japonais qui se développait rapidement dans les années 1930. Les porte-paroles de l’Armée japonaise purent ainsi déclarer, lorsque le Japon déclara la guerre à la Chine en 1937 : « Il est de la toute première importance d’adapter toutes les activités nationales aux conditions de guerre ; de mettre la main d’œuvre, le matériel, et toutes les autres ressources visibles ou invisibles à la disposition du gouvernement…L’étendue de la mobilisation générale est extensive. Elle inclut la gouvernance du moral en temps de guerre, de trouver des ressources supplémentaires là où elles manquent, un réalignement des institutions financières, le contrôle et la répartition des matériels de guerre… »[37].

La défense instrumentale du capitalisme, et des mécanismes de marché, ouvrait la voie à l’idée d’une économie de guerre fortement organisée, incluant des mécanismes de planification[38].

Mais, un autre courant explique aussi ces tendances à un « capitalisme organisé ». Un certain nombre d’intellectuels, qui s’étaient frottés au marxisme dans les années 1900-1914, devait progressivement rejoindre les milieux ultra-nationalistes, comme Ikki Kita (de son vrai nom Kita Terujirō). Ce dernier est parfois présenté comme un des idéologues fascistes japonais ce qui est discutable au vu de son enracinement dans la culture traditionnelle japonaise qui s’accompagne cependant d’un rejet des thèses traditionnelles sur l’économie japonaise, mais aussi de son opposition frontale au racisme[39].

Dans un texte datant de 1919, et publié depuis Shanghai, où il s’était établi pour soutenir la révolution chinoise, il écrivait ainsi : « Le capital des entreprises privées sera limité à 10 millions de yens. Il en sera de même pour les entreprises japonaises privées à l’étranger.

1 : Le plafond sur la propriété privée et sur les entreprises privées ne sera pas considéré de la même manière. Le plafond imposé à ceux qui possèdent des entreprises privées, qu’elles soient limitées ou illimitées, et qui font des affaires en utilisant des prêts sera complètement différent de l’ancien.

2: Il existe de nombreuses raisons, comme le montrent les notes précédentes, pour lesquelles nous autorisons l’entreprise privée limitée. L’une des raisons est que l’un des motifs de l’activité économique de l’homme est régi par l’intérêt personnel. Une deuxième raison est que lorsqu’on tente une nouvelle expérience, il n’est pas possible d’attendre que tout le monde l’initie et donc, il est toujours nécessaire d’utiliser les pouvoirs créatifs de certains individus. Une troisième raison est que, quel que soit le développement d’un système de production public, il ne peut pas répondre à tous les besoins de la population et, par conséquent, à l’avenir, en termes réels, il dépendra, comme auparavant, en grande partie de l’activité économique privée des petits entrepreneurs. La quatrième raison est que le gouvernement doit soutenir et développer la liberté d’activité économique parce que la liberté et les droits humains des personnes en dépendent. Ces raisons montrent qu’en tant que théorie constructive, les idées fondamentales du socialisme sont fausses et c’est pourquoi il n’a pas pu gagner un soutien dans le monde entier…. »[40].

Ce texte, qui n’est pas sans rappeler certains des écrits Proudhoniens ou Saint-Simoniens, s’accompagne d’un appel strident à ce que le Japon prenne la tête d’un mouvement des pays exploités contre les pays exploiteurs. Il convient de souligner que ce texte ne s’oppose pas frontalement aux idées marxistes ou léninistes, mais entend les « dépasser » en ce sens qu’à cette époque, son auteur considère que le groupe des pays dominés d’Asie (Chine et Inde en particulier) doivent s’allier au Japon s’ils veulent recouvrer leur pleine souveraineté.

Kita cependant continuera d’évoluer vers des positions de plus en plus extrémistes, et ses écrits exerceront une influence notable sur les milieux les plus nationalistes de l’Armée. Considéré comme l’un des inspirateurs de la tentative de coup d’Etat de 1936 bien qu’il n’ait pas participé à la conjuration, il fut arrêté et exécuté en 1937. Kita défend une forme de « socialisme par le haut » qui est assez courante dans le Japon du début du XXe siècle[41], et tente de concilier une organisation stricte de l’économie avec le maintien d’une organisation de petits producteurs.

Un autre penseur qui introduisit cette notion de capitalisme organisé fut Narumi Hijikata. Ce dernier fut un penseur d’une forme spécifiquement japonaise de corporatisme et défendit l’idée que le Japon devait se doter d’un « Quartier Général Economique » afin d’organiser les intérêts des Kereitsu et des grandes sociétés japonaises de manière convergente avec ceux de l’Etat[42]. Ses idées trouvèrent une forme de concrétisation avec la création du Conseil de Planification du Cabinet (kikakuin) en 1937. Son influence semble avoir été considérable sur les économistes et les hauts fonctionnaires à la fin des années 1930.

Une dernière, mais importante influence intellectuelle allant dans le sens d’une planification dans le Japon de la fin des années 1930 fut l’Association de Recherche Showa (Shōwa Kenyukai), un « think tank » constitué à l’inspiration du Prince Konoe, et qui se fixait comme but de développer les échanges entre économistes universitaires, entrepreneurs, journalistes militaires et hauts fonctionnaires[43]. Cette association réunissait des universitaires de gauche, voire d’extrême-gauche, mais aussi des ultra-nationalistes et fut un des foyers du mouvement dit « réformateur » qui coïncida avec l’accession au pouvoir de Konoe. Il est intéressant de noter que l’un des participants à cette association, et non l’un des moindres car il était un des conseillers directs de Konoe, fut Hotsami Ozaki qui fut, de 1934 à son arrestation en 1941, l’un des principaux informateurs de Richard Sorge[44].

On le voit, les origines idéologiques de la planification, dans le cas du Japon, furent nombreuses et diverses.

L’économie de guerre : 1937-1945

En 1937 le Japon déclara la guerre à la Chine. Les chefs militaires pensaient que la guerre avec la Chine serait courte. Mais en réalité, elle s’est étendue jusqu’au début de la seconde guerre mondiale dans le Pacifique et a duré huit ans. Sans vision ni planification réalistes, le front de guerre s’est étendu et les combats se sont intensifiés. En Chine, les nationalistes et les communistes qui s’étaient d’abord battus ont ensuite uni leurs forces pour combattre les Japonais.

Cependant, l’économie japonaise était restée essentiellement orientée vers le marché jusqu’en 1936. Mais avec le déclenchement du conflit avec la Chine en 1937, l’économie fut complètement transformée pour l’exécution de la guerre[45]. Une à une, de nouvelles mesures furent introduites pour contrôler et mobiliser les personnes, les entreprises et les ressources. La plupart des entreprises japonaises sont restées privées mais elles étaient fortement réglementées pour contribuer à l’effort de guerre. Les mesures clés pour établir l’économie de guerre furent donc les suivantes [46]:

  • 1937–Le Conseil de Planification du Cabinet (kikakuin) ou Cabinet Planning Board (CPB) fut créé. Ce conseil, relevant directement du Premier ministre, était responsable de l’élaboration d’une politique globale pour la mobilisation des ressources nationales en temps de guerre. Les bureaucrates les plus brillants de divers ministères furent réunis à cet effet. Il était conçu pour jouer un rôle comparable au comité de planification d’État dans les pays soviétiques, mais fut contraint par des priorités souvent contradictoires[47].
  • 1938–Le Conseil de planification publia le Plan de mobilisation des ressources (ou premier plan économique). Séparément, la loi de mobilisation nationale fut approuvée.
  • 1940- Le Mouvement dit de l’« Ordre Nouveau» du Cabinet du Prince Konoe fut créé. Ce mouvement fut lancé en réponse à l’invasion japonaise de l’Asie du Sud-Est et aux victoires allemandes en Europe. Un système de parti unique fut préconisé et adopté. Les partis politiques existants furent démantelé[48]

Le CPB a fonctionné pendant une longue période (octobre 1937-novembre 1943) et a été l’institution la plus développé des « Offices pour l’intégration de la politique nationale » (OINP). Ces bureaux furent créés pour renforcer le Cabinet dans la période des Cabinets de parti unique au Japon[49]. De plus, le CPB a continué tout au long de l’une des périodes les plus importantes de l’histoire moderne du Japon, de la guerre sino-japonaise à la guerre du Pacifique. En conséquence, il faut examiner le fonctionnement du CPB afin d’étudier le processus de prise de décision au cours de cette période. Mais, certains auteurs ont qualifié de le CPB d’institution faible et considérait qu’il s’agissait simplement d’un « Office de mobilisation générale »[50]. Cette image ne coïncide pas avec celle d’un CPB « actif » à l’époque de l’Ordre Nouveau de Konoe (Konoe Shin-taisei) en 1940.

En fait, le CPB fut créé à la suite de la fusion du Bureau des ressources (Shigen-kyoku) en tant qu’Office de mobilisation générale et de l’Agence de planification du Cabinet (Kikaku-cho). L’armée avait pris l’initiative de l’établir. Mais cela maintenait toujours le point faible « structurel » des « Offices pour l’intégration de la politique nationale » (OINP). Le CPB n’avait pas autorité sur les autres bureaux du gouvernement. Ce point faible fut néanmoins surmonté grâce aux rôles que le CPB a été autorisé à jouer pendant la guerre sino-japonaise, à partir de la fin de 1937. Il a planifié les Plans Nationaux de Mobilisation Générale (Kokkasodoin-keikaku), qui étaient au cœur des Plans de Mobilisation Matérielle (Butsudo-keikaku), et il a été le fer de lance de l’application de la Loi Nationale de Mobilisation Générale[51].

Le CPB était le véritable pouvoir derrière le Comité national des entreprises de mobilisation générale qui organisait chaque ministère pour mettre en œuvre la mobilisation, et le CPB a également créé le Bureau de coordination des matériaux temporaires en tant qu’unité externe du ministère du Commerce et de l’Industrie pour l’application du MMP. Le CPB détenait également le pouvoir réel de faire le budget des Plans de Mobilisation Matérielle vers le premier semestre 1939. C’est-à-dire que le CPB devint le centre du « Système d’application de la loi de mobilisation » qui comprenait le Conseil général national de mobilisation. De plus, le CPB était étroitement lié à la mise en place et au fonctionnement des bureaux gouvernementaux de la Mobilisation générale nationale au sens large du terme.

Il est néanmoins clair que cette superposition des structures bureaucratiques ne favorisait pas un fonctionnement souple et réactif des organes de mobilisation et de planification.

Pour les planificateurs économiques, l’objectif principal était de maximiser la production militaire avec des ressources nationales limitées et suivant la disponibilité des importations jusqu’en 1940. Les principaux produits militaires étaient les navires et les avions de guerre. Cependant des conflits importants apparurent entre l’Armée et la Marine et ces conflits aboutirent à désorganiser la planification.

Par ailleurs, dans la planification avant 1940, deux variables étaient cruciales :

  • Le stock et le renouvellement des réserves de change, mais aussi des crédits en Livre et en Dollar
  • L’énergie et les matières premières (et la capacité de les transporter par voie maritime). Jusqu’aux environs de 1940, la question était de savoir comment maximiser la production militaire sous ces deux contraintes. Mais après 1940, le Japon ne pouvait plus commercer avec d’autres pays et le problème s’est déplacé vers le transport physique des ressources naturelles des colonies japonaises et des zones occupées vers le Japon continental[52].

Il est devenu évident que le CPB avait une influence politique plus considérable sur la scène politique contemporaine en tant qu’auteur et promoteur de politiques dites « réformatrices ». Cependant, les résultats de ces deux problèmes n’a pas été celui que le CPB ou que l’armée avaient prévu ou souhaité. Le CPB n’était donc pas simplement un organisme de mobilisation. Il devait acquérir progressivement un autre statut et, du fait, ces actions, le CPB dépassait son périmètre initial. Ces actions furent l’œuvre de certains « réformistes » parmi les bureaucrates et les officiers militaires qui ont servi au CPB.

Tensions internes et réformes dans le processus de mobilisation et de planification

Les bureaucrates à formation technocratique japonais concevaient la guerre du Pacifique comme bien plus qu’une bataille de ressources. Ils la considéraient comme une bataille idéologique entre les architectes d’un nouvel ordre géopolitique et les défenseurs de l’ancien ordre capitaliste libéral. Du point de vue de la planification, la guerre représentait une opportunité de compléter le nouvel ordre du Japon et de construire ce que l’on appelait la « Sphère de coprospérité de la Grande Asie de l’Est ».

Pour les technocrates, l’attaque de Pearl Harbor n’était pas seulement un pari pour forcer les États-Unis à accepter l’hégémonie japonaise en Asie, mais aussi un moyen de mettre en œuvre une importante réforme interne. La guerre du Pacifique a été la première étape vers la construction d’un sphère économique régional technologiquement avancé, autosuffisante, ou kōiki keizai. Reflétant la vision réformiste de la guerre en tant que partie intégrante de la réforme de l’État, le général de division et chef du CPB, Akinaga Tsukizō, devait proclamer que le Japon « construirait en combattant (tatakainagara kensetsu)[53].

L’un des défis les plus difficiles à solutionner dans l’établissement de l’Ordre Nouveau fut certainement d’obtenir la coopération et l’expertise des entreprises. Depuis les années 1930, les technocrates avaient cherché à combiner la planification étatique et l’initiative privée. Tirant les leçons de l’industrialisation en Mandchourie (et dans le Mandchoukouo, protectorat de fait du Japon) depuis le début des années 1930[54], ces technocrates – sous la direction de Nobusuke Kishi[55] qui avait joué un rôle important dans l’administration du Mandchoukouo et avait été très fortement impressionné par les premiers plans quinquennaux soviétiques[56] – ont mis une sourdine à la rhétorique anticapitaliste de l’Ordre Nouveau et refondu leurs politiques en des termes plus favorables aux entreprises.

En effet, si l’industrialisation de la Mandchourie avait été faite largement par des entreprises d’Etat, Kishi semble avoir pris ses distances avec ce modèle à partir de 1936-38[57]. Dans une interview à la presse en août 1942, Nobusuke Kishi distingue les nouvelles mesures de contrôle de celles du Premier ministre Fumimaro Konoe datant de 1940. Il se plaignait qu’il y ait eu « trop de théorie » dans les réformes proposées et soulignait que la mise en œuvre, et non la théorie, était la préoccupation primordiale[58].

Ces technocrates avaient également reconnu que l’État devrait s’en remettre aux chefs d’entreprise sur les questions concernant la gestion interne de leurs entreprises. En Mandchourie, les bureaucrates réformateurs avaient progressivement abandonné le système d’entreprise spéciale basé sur le principe « une industrie, une entreprise » et s’étaient tournés vers le président de Nissan, Yoshisuke Ayukawa, pour réorganiser et consolider les entreprises spéciales au sein de la propre structure d’entreprise de Nissan. Au Japon, les planificateurs cherchèrent à remédier aux performances médiocres des nouvelles associations de contrôle basées sur l’industrie[59].

Dans un rapport sur les défauts des associations de contrôle, association qui constituaient la pierre angulaire de « l’Ordre Nouveau » dans le domaine économique, le CPB identifiait la source de leur faiblesse dans le manque d’enthousiasme et de soutien des entreprises. Le rapport accusait les entreprises de saboter les associations de contrôle en refusant de fournir les meilleurs gestionnaires, en refusant aux inspecteurs du gouvernement l’accès aux usines et en obstruant généralement leur bon fonctionnement[60].

Le deuxième problème était leur caractère fortement bureaucratique. Les associations de contrôle n’étaient en réalité qu’une couche administrative supplémentaire, figée et insensible aux besoins des entreprises membres. Le troisième problème était l’attitude de la bureaucratie. Les différents ministères devaient surmonter leurs divisions ainsi que leur volonté acharnée de défendre leur pré carré (ce qui se combinait avec le vieil antagonisme entre l’Armée et la Marine), et accepter de transférer complètement les pouvoirs pertinents aux associations de contrôle[61]. Le vrai défi était d’obtenir l’expertise des chefs d’entreprise. Ceci n’était possible qu’en constituant un système collusif entre la fraction technocratique des bureaucrates japonais et le monde des grandes entreprises, un système qui se développa largement après-guerre[62].

Les visions, les projets et les rêves ambitieux de planification des technocrates japonais furent rapidement anéantis lorsque le cours de la guerre se retourna contre le Japon. Mais, leur projet devait survivre à cette défaite. En fait, on peut considérer que la plus grande opportunité de planification pour les technocrates japonais est survenue après la défaite, lorsque le pays a été confronté à la tâche ardue de reconstruire son économie et sa société à partir de zéro sans avoir à se préoccuper du poids et de l’influence des militaires.

À partir de la fin des années 1940, à la suite du renversement de la politique d’occupation par les Etats-Unis qui suivit le début de la Guerre de Corée et afin de faire du Japon le rempart contre le communisme en Asie, les technocrates civils sont apparus comme les principaux architectes du système japonais à forte croissance[63].

À sa sortie de la prison de Sugamo en 1948 ou il avait été enfermé pour crimes de guerre, Nobusuke Kishi s’attela à construire le Parti Libéral-Démocrate (PLD) en fusionnant divers partis conservateurs et à renforcer les liens entre les bureaucrates, les entreprises et le public selon les lignes envisagées dans l’Ordre Nouveau de Konoe du temps de guerre[64]. Kishi et ses planificateurs dits « technocratiques » ont également joué un rôle clé dans le retour économique du Japon d’après-guerre en Asie. Premier ministre de 1957 à 1960, Kishi est ainsi devenu le premier chef d’État japonais à visiter les pays d’Asie du Sud-Est. Il a promu sa propre vision du «développement asiatique» qui faisait appel aux notions de «co-prospérité», de libération asiatique et de croissance, telles qu’elles avaient été proclamées en temps de guerre[65].

Comme le phénix de ses cendres…

Bon nombre des caractéristiques de l’économie japonaise d’après-guerre remontent donc à la période de guerre (1937-1945) et spécifiquement à l’arrivée au pouvoir des jeunes bureaucrates réformistes, parfois qualifiés de « technocrates », de Nobusuke Kishi. Parmi ces caractéristiques, structurées par des relations à long terme entre la bureaucratie administrative et les milieux d’affaires, on peut noter :

Une priorité sur les industries lourdes et chimiques.

Une orientation administrative de la production (gyosei shido).

La mise en place d’un système de sous-traitance développé conduisant à la structuration de l’économie japonaise autour de grandes entreprises agissant comme « donneurs d’ordre ».

Un système d’emploi à vie et de salaire à l’ancienneté, appliqué essentiellement dans les grandes entreprises.

La séparation de la propriété et de la gestion (isolant ainsi les actionnaires de la gestion réelle de l’entreprise).

Les syndicats d’entreprise

Une organisation en Holding avec le « Keiretsu financier » et un système de banque principale d’entreprise.

Une politique très active de la Banque du Japon assurant un refinancement particulier des secteurs considérés comme prioritaires.

Une politique de change combinant des allocations de devises aux entreprises prioritaires et une exigence de rachat des devises pour les entreprises exportatrices.

Toutes ces politiques et systèmes avaient été délibérément adoptés par le gouvernement à la fin des années 1930 au début des années 1940 afin d’exécuter efficacement la politique économique imposée par la situation de guerre[66]. Ces caractéristiques du temps de guerre ont été largement conservées après la Seconde Guerre mondiale et ont fonctionné dans les années 1950 et 1960, alors que le Japon se développait rapidement.

En fait, un consensus s’était construit au sein de l’administration et des responsables des grandes entreprise. On considérait que quand une économie sort du stade de l’industrie légère (textile, transformation des aliments, etc.) et passe à l’industrialisation lourde et à la production de machines, les marchés libres peuvent ne pas être le meilleur choix tant pou l’allocation des ressources que pour la coordination des activités.

Le soutien officiel et les relations à long terme deviennent indispensables pour les industries qui impliquent des investissements initiaux importants et à haute spécificité, une haute technologie et un marché du travail intra-entreprise. Alors que le Japon commençait sa phase d’industrialisation lourde dans les années 1910 et 1930, le système économique hérité de l’époque Meiji fut considéré comme inapproprié et devait changer. La guerre a fourni une bonne excuse pour ce changement. Mais même sans la guerre, le Japon aurait dû adopter un nouveau système de toute façon. Telle était du moins la manière de voir de ces jeunes bureaucrates dont Kishi apparaissait le porte-parole.

L’organisation de la planification dans le cadre de l’économie de guerre se heurta néanmoins à un obstacle institutionnel majeur : l’opposition irréductible de la Marine et de l’Armée qui empêcha, au moins jusqu’en 1944, tout effort de standardisation des matériels. L’Armée alla jusqu’à commander et faire construire ses propres sous-marins pour ravitailler les garnisons assiégées dans les îles de l’Océan Pacifique. Les responsables techniques des différents ministères civils en conçurent une profonde frustration devant ce qui s’apparentait à une guerre fratricide. L’effort de planification ne fut pas efficace[67], mais la faute n’en incombait pas aux planificateurs.

Notes

[1] Komiya R., « Planning in Japan » in Bornstein M. (ed), Economic Planning – East and West, Cambridge (Mass), Harvard University Press, 1975, pp. 189-235.

[2] Okimoto D.I., « Political context », in Okimoto D.I., Sugano T. et Weinstein F.B., Competitve Edge – The semiconductor industry in the US and Japan, Stanford (CA), Stanford University Press, 1984, p. 98.

[3] Apter D., The Politics of Modernization, Chicago, Ill., University of Chicago Press, 1965.

[4] Johnson C., Miti and the Japanese Miracle – The Growth of Industrial Policy, 1925-1975, Stanford (CA), Unversity of Stanford, 1982.

[5] Okimoto D.I., « Political context » op.cit., p. 98.

[6] Haitani K., The Japanese Economic System, Lexington (NY), Lexington Books, 1976, pp. 96-150.

[7] Kaplan, E.J., Japan : The Government-Business Relationship, Washington (DC), US Department of Commerce – US-GPO, 1972.

[8] Voir, Hirschmeier J., The origins of Entrepreneurship in Meïji Japan, Cambridge, (Mass.), Harvard University Press, 1964; Bennet J.W. et Ishino I., Paternalism in the Japanes Economy: Anthropological Studies of Oyabun-Kobun Patterns, University of Minnesota Press, Minneapolis, (Minn.), 1963; G.Ranis, « The community-Centered Entrepreneur in Japanese Development », in Explorations in Entrepreneurial History, Vol.III, n°2, décembre 1955.

[9] Marshall B.K., Capitalism and Nationalism in Pre-War Japan. The Ideology of the Business Elite, 1868-1941, Stanford, (Ca.), Stanford University press, 1967

[10] Norman E.H., Japan’s Emergence as a Modern State: Political and Economic Problems of the Meïji Period, New York, (NY.), Institute of Pacific Relations, 1940.

[11] Tanaka T., « Meiji Government and the Introduction of Railroads » in Contemporary Japan vol.28, 1966, n°4, pp 750–788.

[12] Allen G.C., Short Economic History of Modern Japan, New-York (NY), Allen and Unwin, 1972.

[13] Wilkins M., « Japanese Multinational Enterprise before 1914 », in The Business History Review Vol. 60, 1986, No. 2, pp. 199-231.

[14] Tsurumi E.P., Factory Girls: Women in the Thread Mills of Meiji Japan , Princeton (NJ), Princeton University Press, 1992, p. 83.

[15] Patrick, H. T., “The Economic Muddle of the 1920s,” in Morley, J. W., (ed.), Dilemmas of Growth in Prewar Japan, Princeton NJ, Princeton University Press, 1971, pp.211-266,

[16] Nakamura, T., Economic Growth in Prewar Japan, New Haven, Yale University Press, 1983.

[17] Tamaki, N., Japanese Banking: A History, 1859-1959, Cambridge UK, Cambridge University Press, 1995.

[18] Werner R.A., Princes of the Yen, New York, (NY), M. E. Sharpe, 2003.

[19] Tamaki, N., Japanese Banking: A History, 1859-1959, op.cit..

[20] Bank of Japan, Annual Report for the Year 1923, Tokyo, BoJ printing, 1924.

[21] Tamaki, N., Japanese Banking: A History, 1859-1959, op.cit., pp. 155-164.

[22] Bank of Japan, Annual Report for the Year 1927, Tokyo, BoJ printing, 1928

[23] Patrick, H. T., “The Economic Muddle of the 1920s,” op.cit.

[24] Baker, A. D., III, « Battlefleets and Diplomacy: Naval Disarmament Between the Two World Wars » in Warship International, vol. XXVI, 1989, n°3, pp. 217–255.

[25] Large S.S., « Nationalist Extremism in Early Showa Japan: Inoue Nissho and the ‘Blood-Pledge Corps Incident, 1932 » in Modern Asian Studies, vol. 35, 2001, n°3, pp. 553-564.

[26] Scalapino R.A., Democracy and the Party Movement in Prewar Japan : The Failure of the First Attempt, Berkeley, Ca, University of California Press, 1953.

[27] Marshall B.K., Capitalism and Nationalism in Prewar Japan – The Ideology of the Business Elite, 1868-1941, Stanford, Ca, Stanford University Press, 1967, chap. 7.

[28] Smethurst R.J., Politics and economy in pre-war Japan, Londres, The Suntory Centre, Suntory and Toyota International Centres for Economics and Related Disciplines, London School of Economics and Political Science, Discussion Paper No. JS/00/381 février 2000.

[29] Eichengreen, B., Golden Fetters: The Gold Standard and the Great Depression, 1919-1939, New York, Oxford University Press, 1992

[30] Shizume, M., “A Reassessment of Japan’s Monetary Policy during the Great depression: The Constraints and Remedies,” RIEB Discussion paper 208, Kobe University, 2007.

[31] Research and Statistics Department, Bank of Japan, Hundred-Year Statistics of Wholesale Price Indexes in Japan; Tokyo, BoJ, 1987.

[32] Tucker D., « Colonial Sovereignty in Manchuria and Manchukuo » in Howland D. & White L., (edits.), The state of sovereignty: territories, laws, populations, Bloomington (Ind.), Indiana University Press, 2009.

[33] Okazaki T., The Role of Holding Companies in Pre‐War Japanese Economic Development: Rethinking Zaibatsu in Perspectives of Corporate Governance, CIRJE-F-74, Tokyo, Universty of Tokyo, 2000,

[34] Okazaki, T., “The Government-Firm Rekationship in Postwar Japanese Economic Recovery: Resolving Coordination Failure by Coordination in Industrial Rationalization,” in M. Aoki, H. Kim and M. Okuno-Fujiwara (edits.), The Role of Government in East Asian Economic Development: Comparative Institutional Analysis, New York, Oxford University Press, 1997.

[35] Marshall B.K., Capitalism and Nationalism in Prewar Japan – The Ideology of the Business Elite, 1868-1941, op.cit, p. 96.

[36] Idem, p. 102.

[37] Cohen J.B., Japan’s Economy in War and Reconstruction, Minneapolis, Min., University of Minnesota Press, 1949, p. 10.

[38] Bisson T.A., Japan’s War Economy, New York, NY, Institute of Pacific Relations, 1945, pp. 13-71.

[39] Wilson, G. M., Radical nationalists in Japan: Kita Ikki 1883-1937, Cambridge, Mass., Harvard University Press, Cambridge, 1969

[40] Bowman W, Chiteji, F.J., Greene M., (edits), Imperialism in the Modern World, New York, NY, Routledge, 2007, part III, Chap. 13.

[41] Crump, John, The Origins of Socialist Thought in Japan, New York, St. Martin’s Press, 1983.

[42] Morris-Suzuki T., A History of Japanese Economic Thought, Londres, Routledge, 1989, p. 99-100.

[43] Idem p. 100-101.

[44] Whymant, R., Stalin’s Spy: Richard Sorge and the Tokyo Espionage Ring, New York, St. Martin’s Press, 1996 et Johnson, C., An Instance of Treason: Ozaki Hotsumi and the Sorge Spy Ring. Stanford CA, Stanford University Press, 1990.

[45] Allen G.C., Japanese Industry : Its Recent Development and Present Condition, New York, NY, Institute of Pacific Relations, 1940.

[46] Jansen, M., Hall, J.W., Kanai,M. et Twitchett D., The Cambridge History of Japan, Cambridge, Cambridge University Press, 1989.

[47] Pauer E. (ed.), Japan’s War Economy, Londres, Routledge, 1999.

[48] Pauer E. (ed.), Japan’s War Economy, op.cit..

[49] Akira H., “Japan: Guns Before Rice,” in Harrison M., ed., The Economics of World War II: Six Great Powers in International Comparison, Cambridge, Cambridge University Press, 1998.

[50] Miwa Y., Japan’s Economic Planning and Mobilization in Wartime, 1930s–1940s, Cambridge, Cambridge University Press, 2015.

[51] Bisson T.A., Japan’s War Economy, op.cit.. Cohen J.B., Japan’s Economy in War and Reconstruction, op.cit..

[52] Nakamura, T., Economic Growth in Prewar Japan, op.cit..

[53] Mimura J., « Japan’s New Order and Greater East Asia Co-Prosperity Sphere: Planning for Empire » in The Asia-Pacific Journal, Volume 9, 2011, n° 49, pp. 1-12. Voir aussi, Mimura, J., Planning for Empire: Reform Bureaucrats and the Japanese Wartime State, Ithaca, NY, Cornell University Press, 2011.

[54] Kapur, N., Japan at the Crossroads: Conflict and Compromise after Anpo, Cambridge, Ma., Harvard University Press, 2018.

[55] Nobusuke Kishi, 1896-1987, est le grand-père maternel de Shinzo Abe, qui fut Premier ministre du Japon de 2012 à 2020.

[56] Maiolo, J., Cry Havoc How the Arms Race Drove the World to War, 1931–1941, New York, Basic Books, 2010 p. 29.

[57] Maiolo, J., Cry Havoc How the Arms Race Drove the World to War, 1931–1941, op. cit., p. 30.

[58] Mimura J., « Japan’s New Order and Greater East Asia Co-Prosperity Sphere: Planning for Empire », op.cit., p. 2.

[59] Mimura J., « Japan’s New Order and Greater East Asia Co-Prosperity Sphere: Planning for Empire », op.cit., p. 3.

[60] Driscoll, M., Absolute Erotic, Absolute Grotesque: The Living, Dead, and Undead in Japan’s Imperialism, 1895–1945 Durham, Duke University Press, 2010

[61] Maki J.M., « The Role of the Bureaucracy in Japan », in Pacific Affairs Vol. 20, N°. 4, 1947, pp. 391-406.

[62] Muramatsu M. et Krauss E.S., Bureaucrats and Politicians in Policymaking: The Case of Japan, Cambridge, Cambridge University Press, 2014.

[63] Mimura J., « Japan’s New Order and Greater East Asia Co-Prosperity Sphere: Planning for Empire », op.cit., pp. 4-5.

[64] Bix, H., Hirohito and the Making of Modern Japan, New York, NY, Perennial, 2001.

[65] Hoshiro, H., « Co-Prosperity Sphere Again? United States Foreign Policy and Japan’s « First » Regionalism in the 1950s » in Pacific Affairs, Volume 82, N°3, 2009, pp. 385-405.

[66] Dower J.W., Japan in War & Peace, New York, The New Press, 1993.

[67] Miwa, Y., Japan’s Economic Planning and Mobilization in Wartime, 1930s–1940s, Cambridge, Cambridge University Press, 2015

2 réactions et commentaires

  • Casimir Ioulianov // 22.09.2021 à 13h53

    Il y a une thèse au Japon qui date l’entrée dans un état de guerre à l’incident du 15 Mai.
    Ce qui est saisissant c’est que c’est toujours contrains et forcé (et souvent par la violence) que le capital se soumet à des but autres que la simple recherche du profit pour lui même. Ça a été vrai en Russie mais aussi plus tard en Italie puis en Allemagne et aux USA à la même époque. On a eut affaire à beaucoup de visions de la planification économique à ces époques , et toutes pour faire face à des contexte de crises voir de guerre.
    Il est étonnant que dans le contexte de triple crise actuel (financière , épidémique , écologique) , si peu de gouvernement soient capables d’orienter le capital de façon à résoudre les problèmes du temps. Sans doute encore une question de violence … sauf que le capital est de l’autre coté du manche … tant qu’on le laissera faire.

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  • Castor // 24.09.2021 à 09h20

    Merci de cet article très informé sur des aspects méconnus. Il lève un coin du voile sur le tropisme états-unien vers une guerre contre le Japon. En comparaison, les Etats-unis donnaient l’impression que la guerre en Europe leur était secondaire.

    Que ce Japon ait voulu être une force d’opposition politique et économique à la pénétration américaine (au nom de l’anti-impérialisme !) en Asie, en formant un large bloc est-asiatique, relativise l’irrationalité de l’attaque de Pearl Harbor.

    Les Etats-Unis ont montré qu’ils avaient la ferme intention de réduire et de supprimer une opposition aussi frontale. Cela va peut-être plus loin que le simple problème de l’accès au marché asiatique.

    Le discours du Japon finalement était anti-américain, ce que n’était pas le discours hitlérien, qui était anti-démocratique, anti-parlementaire et anti-minorités. Mais ce discours-là ne cherchait pas à justifier qu’une limite soit opposée à la puissance expansionniste des Etats-Unis.

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