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7.janvier.20197.1.2019 // Les Crises

[RussEurope-en-Exil] Cambodge : génocide et non auto-génocide. Texte présenté par Jacques Sapir

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Ce texte écrit par Lana Chhor, dont j’ai rendu compte du remarquable ouvrage Génération Peau de Banane sorti récemment dans RussEurope-en-Exil, renouvelle et précise sa position sur le génocide qui a eu lieu au Cambodge. C’est un texte important car il explicite certains éléments de son livre. Lana Chhor me l’a envoyé car nous commémorons, ce 7 janvier 2019, la date symbolique de la fin du régime des Khmers rouges.

Cambodge: génocide et non auto-génocide

40 ans après le crime, le bel âge.

Lana Chhor

17 avril 1975 : les Khmers rouges rentrent dans la capitale et installent les règles de l’Angkar dictées sous Pol Pot.

7 janvier 1979 : entrée de l’armée vietnamienne pour renverser le régime en place.

Ces 2 dates sont marquées à jamais au fer rouge dans le cœur de tous les cambodgiens.

40 ans après les terribles événements au Cambodge, il est temps de décrier le silence, de fracasser son mur par des éclats de mots, un jet d’écriture, un flot de paroles, pour hurler la Liberté.

40 ans cette année pour moi aussi. Alors, dans Génération Peau de banane ou la Vie après les Khmers rouges, je fais ma crise…mes crises. Tout y passe, même quand ça casse. Crise identitaire, crise familiale, quête de vérité. Le couteau est dans la plaie et les deux pieds, bien dans le plat.

Pour que 2019 soit l’année de tous les espoirs, si certaines reprises controversées et très préjudiciables comme le terme d’autogénocide pouvait ne plus être relayé, cela serait une grande victoire pour le peuple cambodgien. Par la même occasion, je tiens à saluer le travail des journalistes et les supports qui permettent l’équilibre des propos.

Avant de décortiquer l’autogénocide, revoyons déjà la notion de génocide qui a longtemps fait polémique. Le 16 novembre 2018, presque 40 ans après le crime, le tribunal international parrainé par l’Onu vient seulement de reconnaitre le génocide au Cambodge notamment envers les vietnamiens et les chams.

Rappelons la définition officielle de l’Onu dans la convention de 1948 (Article II) :

“… le génocide s’entend de l’un quelconque des actes ci-après, commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel :

– meurtres des membres du groupe;
– atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe;
– soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle;
– mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe;
– transfert forcé d’enfants du groupe à un autre groupe
.”

Comme en grammaire, en orthographe et autres domaines, nous pouvons compter sur l’exception française, puisque le code pénal français de 1992 élargit son champ d’interprétation en rajoutant la notion de critère arbitraire pour déterminer le groupe visé par le génocide. « …destruction totale ou partielle d’un groupe national, ethnique, racial ou religieux, ou d’un groupe déterminé à partir de tout autre critère arbitraire. » L’appartenance à un groupe culturel, politique ou à une certaine catégorie socio-professionnelle pourrait donc être inclue dans cette définition française.

Dans un cas, stricto sensu et selon l’Onu, les victimes khmères ne rentrent pas dans la définition du génocide car elles n’ont pas été éliminées en raison de leur appartenance nationale, ethnique ou raciale. Dans l’autre cas, selon le cadre du code pénal français, le génocide pourrait s’appliquer pour les victimes khmères, puisqu’un groupe particulièrement de cambodgiens étaient visés du fait de leur appartenance politique ou socio-culturelle. Par contre, dans les deux cas, autant dans l’un que dans l’autre, vous pouvez constater que le préfixe d’autogénocide ne peut être validé.

Puisque l’occasion est trop rare, je vous invite à une expérience inédite et vous propose le temps de ces quelques lignes d’ouvrir grand vos yeux… car je vais vous prêter les miens. Bien que bridés et parce qu’ils le sont, ils vous permettront peut-être, de relire l’Histoire du Cambodge à travers un autre regard.

Comme toute mauvaise invention, le terme d’autogénocide aurait mieux fait de ne pas naître. Même si je reconnais à M. Jean Lacouture d’avoir soutenu dans les années 1970 l’accueil des réfugiés cambodgiens en France, je ne peux qu’intensément déplorer le désastre induit par cette idée au sein de la communauté cambodgienne. Ce vocabulaire cannibale suppose que les Khmers rouges auraient agi dans un but suicidaire en choisissant d’éliminer leur propre peuple. Hors, les victimes khmères n’étaient pas exécutées parce qu’elles étaient khmères, mais du fait de leur appartenance politique ou sociale. Enfin, les Khmers rouges prônaient une race de khmère pure. Alors éliminer ce qui constituait une matière première à l’état brut pour leur projet, cela ne tient plus du tout debout. L’auteur de cette malheureuse expression s’est d’ailleurs repris en 2001 dans l’ouvrage Voyage dans le dernier siècle- Entretiens croisées avec André Versaille, page 398 :

« André Versaille: Si je ne me trompe, c’est vous même qui avait inventé ce terme?

Jean Lacouture: Je crois, en effet, l’avoir utilisé en premier cette formule. En fait, le mot n’est pas très juste, il s’agit plutôt d’un ” classocide “, d’un “culturocide”; le but recherché est l’extermination de la bourgeoisie khmère en tant que classe et de la culture occidentale et de l’étranger, vietnamien surtout. »

Il est important pour moi de mettre les bons mots face aux souffrances. Identifier le crime, c’est permettre un meilleur diagnostic et donc traitement des symptômes. Identifier le crime, c’est donner du sens à la mémoire collective. Richard Rechtman[1](qui porte décidément bien son nom), directeur d’études à l’EHESS, psychiatre et anthropologue, le rappelle à juste titre dans les colonnes du Monde en 1998:

« L’effet de cet amalgame qui accorde une spécificité à l’appartenance commune des bourreaux et de leurs victimes à la même nation, à la même ethnie, est dévastateur pour les survivants »,

A cause de ce terrible malentendu, aujourd’hui encore, un certain nombre de Cambodgiens continuent d’avoir honte de leur identité, parce qu’ils ont le sentiment d’avoir été massacrés par leurs semblables. A défaut de pouvoir crier haut et fort, je signe en gros et en gras. L’AUTOGENOCIDE EST UN FAKE.

Les cambodgiens n’ont pas été des cibles parce qu’ils étaient cambodgiens, mais parce qu’à l’époque, certains d’entre eux représentaient un danger pour le régime en place du fait de leur métier, (commerçants, enseignants, journalistes, notables, artistes, …) ou de leur appartenance politique. Et de ce point de vue, nous pouvons être fiers de ce que nous sommes. Au-delà de notre identité physique et de notre faciès, j’en appelle à tous les Cambodgiens d’ici ou d’ailleurs d’être fiers de ce qu’ils sont et du chemin parcouru. Fiers d’être des « survivors » -comme dans le refrain de Beyoncé et de Gloria Gaynor-, fiers d’être des battants, des êtres de pensées, qui véhiculent des valeurs artistiques, créatrices, culturelles et intellectuelles.

 

[1] « recht » signifie, droit, juste, en allemand

Commentaire recommandé

Owen // 07.01.2019 à 15h17

J’ai été au Cambodge et Viet Nam dans les années 1990.

A Viet Nam, j’ai eu pas mal de longs échanges sur des souvenirs de guerres contre les Français, puis les Américains. C’était des moments très denses, avec les traumas qui remontaient. J’ai vécu aussi des situations étranges et surréalistes, trop longues à raconter ici. J’étais étonné de n’avoir jamais eu d’agressivité et d’animosité de leur part, alors que j’étais d’un pays qui leur avait fait la guerre (pourvu qu’on les aborde avec respect, évidemment). Et j’étais d’autant plus étonné, qu’il y avait beaucoup de mines qui faisaient encore des victimes dans les champs et forêts et que des enfants malformés continuaient à naître. Ils avaient évidemment la fierté qui les aidait d’avoir mis dehors le pays colonisateur, puis le pays le plus puissant au monde. Leur énergie était roborative, leur développement économique était déjà là, partout, dans les rues et maisons.

Au Cambodge, je n’ai jamais réussi a discuter avec eux sur leur passé. Ils me faisaient des gestes de la main, me disaient qu’il avaient mal à la tête. Il y avait des sujets impossibles à aborder, même si par ailleurs ils étaient très sympathiques, agréables et curieux. Et à l’époque, il n’y avait guère de gouvernement, c’était les instances de l’ONU qui faisaient office de ministères: UNESCO, Croix Rouge, Casques bleus… Avec des militaires et fonctionnaires internationaux qui avaient tendance à se pavaner dans les 4X4 et les restaurants: j’ai vu pas mal de regards hostiles à leur endroit. Je n’étais pas du tout optimiste pour l’avenir de ce pays.

J’ai eu le “privilège” auparavant de regarder le film “la Déchirure” de Roland Joffé, en 1984, avec un réfugié Cambodgien. Hormis le pathos hollywoodien, les scènes de camps de travail surveillés par les enfants armés et de massacres pour des motifs futiles et de vie quotidienne sous la terreur, m’ont été pleinement confirmées par ce Cambodgien.

Enfin, j’ai eu un prof d’histoire, en fac, qui avait été conseillé technique pour le régime de Pol Pot. Tout à fait conscient d’avoir contribué aux horreurs, par idéologie, par envoûtement. Il ne nous cachait rien de tout ça. C’est (c’était, je ne sais pas), un homme très doux, très attentionné auprès des étudiants. Il n’a pas été jugé ni condamné et m’a dit qu’il l’aurait pleinement accepté si cela c’était produit. Et bon …

23 réactions et commentaires

  • Toff de Aix // 07.01.2019 à 12h39

    Je comprends le traumatisme atroce que ce génocide a pu représenter, et represente encore pour les survivants et les descendants. Surtout quand on sait que ce Pol pot est mort(presaur) tranquillement, sans jamais répondre de ses ignobles crimes.. Ce qui rajoute aux traumatismes.

    Mais j’avoue humblement avoir peu de recul pour comprendre la polémique : autogénocide, BHL aurait pu l’inventer, car ca ne veut absolument rien dire. Cest même carrément stupide, puisque littéralement c’est assimilable a un suicide. Je ne comprends même pas pourquoi se focaliser là dessus, a moins de vouloir, comme BHL, faire du buzz. Attention ne nous meprenons pas je pense surtout a celui qui a osé sortir ce terme. Honte à lui.

    Parlons plutôt de la réalité, a savoir que les idéologies, quelles qu’elles soient, quand elles ignorent la conscience et la Loi morale (que je definirais naïvement par “ne fais jamais a l’autre ce que tu ne souhaiterais que l’on te fasse”), se transforment en barbarie. Il ne s’agir ni de “Bien” ni de “Mal”, car ces notions permettent justement a un groupe de se prévaloir de ce qui est juste, sur un autre groupe.

    Juste d’Humanité et de Raison. Mais ca n’est que mon avis…

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    • DocteurGrodois // 07.01.2019 à 13h38

      @Tof

      Le terme “Auto-Génocide” provient de chercheurs qui affirment que les Khmère Rouges avaient une intention “auto-génocidaire” en cherchant à détruire la population majoritaire dont ils faisaient eux-mêmes partie, “génocidaire” ne s’appliquant selon eux que dans le sens d’une majorité contre une minorité ethnique ou religieuse. Il en découle toutes sortes de débats sur la qualification légale du crime.

      Les media se sont emparés de l’expression et en ont fait un cliché vide de sens. Mais sur le fond vous n’êtes pas loin, car André Glucksmann (un des cerveaux gauches de BHL) qualifiait toutes les oppressions d'”Auschwitz”…

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      • Geof’ // 07.01.2019 à 15h50

        c’est sûr que dès qu’on tue qqn, on supprime un capital génétique unique…

        je suis communiste mais ne connais pas l’histoire du Cambodge (singulièrement sous les khmers) : l’histoire de l’urss en soi me suffit…(et encore, c’est vieillot)

        je ne me sens nullement concerné par ce qu’un fou a pu faire au nom du communisme (un peu comme les musulmans qui auraient à subir le comportement d’un islamiste) – qu’on me prouve que le communisme théorique (!) porte en lui la volonté de détruire une race, une ethnie…

        car enfin, le terme génocide ne doit s’appliquer qu’au cas de meurtre de masse envers une race – praxis : les conquistadores qui massacraient des amérindiens, des colons australiens qui chassaient à coup de fusils les aborigènes…

        la Révolution Française a-t-elle “génocidé” sa noblesse ? Non, elle a coupé la tête de l’élite (le sang bleu est une supercherie), on réduit une classe – Nombre d’entre eux ont abandonné la particule en signe d’allégeance…

        2 millions de morts ? ben…c’est l’usage des machines qui expliquent cet ordre de grandeur (mitrailleuses, lance-flamme…).

        j’aurai été probablement exécuté par polo, vu ma liberté de penser…ou je l’aurai tué avant (vu que je ne suis pas un faiblard).

        j’anticiperai les éventuelles contre-commentaires : qu’est-ce qui est le pire – prisonnier dans un camp khmer ou esclave noir d’une plantation de coton d’Alabama en 1850 ? travailler dans un sovkhoze ou être parqué dans une réserve indienne ?

        Geof’-Rey, neo-communiste belge

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        • Sandrine // 08.01.2019 à 07h53

          Il y a aussi la notion de « genocide social » (utilisée par exemple pour ce qui c’est passé en Argentine au début des années 2000).
          Le communisme ne prône pas de genocide ethnique par contre on a vu par le passé qu’il pouvait conduire à des genocide sociaux.
          Mais le libéralisme est tout autant susceptible de ce genre de genocide (cf les Irlandais au XIXe siècle)

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          • J // 08.01.2019 à 10h27

            Pour les Irlandais au dix-neuvième siècle, il ne faut pas exagérer. Où est l’intention ? Il y a eu négligence grave, peut-être aggravée par un certain mépris, mais autant que je sache pas intention. On n’a pas pris la mesure des premiers rapports sur la maladie de la pomme de terre. Quand on en a pris conscience on a d’abord envoyé du blé que les Irlandais n’étaient pas en mesure de moudre, s’étant spécialisés depuis des lustres dans la patate. Il y a eu une famine presque aussi grave dans les décennies suivantes en Finlande, personne n’a parlé de génocide ni même d’intention criminelle que je sache.

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        • J // 08.01.2019 à 10h18

          “Qu’on me prouve que le communisme (théorique) porte en lui la volonté…”. Je ne sais pas ce que serait une preuve de ça, mais quelqu’un l’a soutenu, avec de sérieux arguments, du vivant de Marx (pas jusqu’au génocide, mais presque). http://bouquinsblog.blog4ever.com/etatisme-et-anarchie-mikhaal-bakounine

          Dès lors qu’on suppose une catégorie, classe, race supposée ou religion, intrinsèquement supérieure, les horreurs sont en germe, n’attendent plus que le concours de circonstances favorable.

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          • Geof’ // 08.01.2019 à 16h56

            Cher J,

            oui mais…….qqe part, le libéralisme prône la volonté de dépasser l’autre, tous les autres, de façon permanente ; une sorte de guerre perpétuelle…contre tous.

            dans le libéralisme, il n’y a pas certes pas de classes car tous, nous sommes ennemis les uns les autres.

            j’ai lu ton texte; ça ne casse pas 3 pattes à un canard – ma question est : gérer collectivement un bien collectif (du pétrole, de l’eau potable, une prairie…) implique-t-il nécessairement (au sens téléologique) l’auto-destruction, le sacrifice, le meurtre…, est-ce une sorte de pensée folle qui s’emballe (comme dans une secte), qui réclame du sang ?

            j’attends une réponse solide de ta part, stp

            je sais par contre que le libéralisme implique l’indifférence envers les autres si ceux-ci ne permettent pas un gain (à lire, la “morale” de nozick, un utilitariste-nazi, pour dire les choses simplement), et y a des morts.

            Geof’-Rey, neo-communiste belge

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  • Owen // 07.01.2019 à 15h17

    J’ai été au Cambodge et Viet Nam dans les années 1990.

    A Viet Nam, j’ai eu pas mal de longs échanges sur des souvenirs de guerres contre les Français, puis les Américains. C’était des moments très denses, avec les traumas qui remontaient. J’ai vécu aussi des situations étranges et surréalistes, trop longues à raconter ici. J’étais étonné de n’avoir jamais eu d’agressivité et d’animosité de leur part, alors que j’étais d’un pays qui leur avait fait la guerre (pourvu qu’on les aborde avec respect, évidemment). Et j’étais d’autant plus étonné, qu’il y avait beaucoup de mines qui faisaient encore des victimes dans les champs et forêts et que des enfants malformés continuaient à naître. Ils avaient évidemment la fierté qui les aidait d’avoir mis dehors le pays colonisateur, puis le pays le plus puissant au monde. Leur énergie était roborative, leur développement économique était déjà là, partout, dans les rues et maisons.

    Au Cambodge, je n’ai jamais réussi a discuter avec eux sur leur passé. Ils me faisaient des gestes de la main, me disaient qu’il avaient mal à la tête. Il y avait des sujets impossibles à aborder, même si par ailleurs ils étaient très sympathiques, agréables et curieux. Et à l’époque, il n’y avait guère de gouvernement, c’était les instances de l’ONU qui faisaient office de ministères: UNESCO, Croix Rouge, Casques bleus… Avec des militaires et fonctionnaires internationaux qui avaient tendance à se pavaner dans les 4X4 et les restaurants: j’ai vu pas mal de regards hostiles à leur endroit. Je n’étais pas du tout optimiste pour l’avenir de ce pays.

    J’ai eu le “privilège” auparavant de regarder le film “la Déchirure” de Roland Joffé, en 1984, avec un réfugié Cambodgien. Hormis le pathos hollywoodien, les scènes de camps de travail surveillés par les enfants armés et de massacres pour des motifs futiles et de vie quotidienne sous la terreur, m’ont été pleinement confirmées par ce Cambodgien.

    Enfin, j’ai eu un prof d’histoire, en fac, qui avait été conseillé technique pour le régime de Pol Pot. Tout à fait conscient d’avoir contribué aux horreurs, par idéologie, par envoûtement. Il ne nous cachait rien de tout ça. C’est (c’était, je ne sais pas), un homme très doux, très attentionné auprès des étudiants. Il n’a pas été jugé ni condamné et m’a dit qu’il l’aurait pleinement accepté si cela c’était produit. Et bon …

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    • Kiwixar // 07.01.2019 à 21h03

      “UNESCO, Croix Rouge, Casques bleus… Avec des militaires et fonctionnaires internationaux qui avaient tendance à se pavaner dans les 4X4 et les restaurants: j’ai vu pas mal de regards hostiles à leur endroit”

      J’ai entendu au Cambodge qu’ils ont eu 2 catastrophes : les Khmers rouges (tout se tue) et l’Onu (tout s’achète)…

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      • Chris // 11.01.2019 à 07h34

        Idem d’Haïti !

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  • Jos Le Fur // 07.01.2019 à 21h34

    J’ai passé deux ans de coopération technique au Cambodge (1968 et 1969), J’en suis part juste avant le coup d’État de Lon Nol (pro-américain). Il était alors connu que des pistes du Vietcong passaient fréquemment en territoire cambodgien pour approvisionner ses combattants opérant au sud-Vietnam. Après le coup d’État de Lon Nol (et peut-être même avant), l’aviation américaine a bombardé ces pistes en territoire cambodgien, faisant de très nombreux morts parmi les civils cambodgiens. Ceci est peu connu.

    Le massacre de masse entre cambodgiens a eu lieu ensuite, aux dépens des habitants des villes et en particulier des élites occidentalisée. Une interprétation est apparue il y a entre 5 et 10 ans (référence perdue). Selon elle, Pol Pot et son équipe n’auraient donc pas eu de mal à convaincre les ruraux de la “duplicité” des élites urbaines et habitants des villes en général et à lancer leurs troupes contre celles-ci avec le résultat abominable que l’on sait. Finalement, les bombardements américains auraient tué une proportion importante du total de la population, alors qu’en général TOUTES les pertes sont mises au compte des seuls Khmers rouges.

    Saura-t-on la vérité un jour ? L’histoire récente tend à donner du crédit à cette hypothèse d’une co-responsabilité américaine dans le bilan global des massacres..

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    • hong xiu quiang // 07.01.2019 à 23h04

      J’ai lu un livre sur cette période écrit par correspondant du Monde en Asie (mais après il me semble). Livre documenté, compétent, connaisseur, nul doute là dessus.
      Cependant, or qu’il s’étend, un peu méprisant, sur les années d’études peu glorieuses des chefs Khmers Rouges en France, aucun mot sur les bombardements US. Ceux-ci n’ont pas concerné que les pistes du Vietcong dans la jungle et ont été massifs et très destructeurs sur une grande part du pays, tuant directement ou indirectement beaucoup de gens. Il ne me semble pas sûr qu’on sache exactement ce qui s’est vraiment passé là, beaucoup de témoins n’ont pas survécu par la suite aux famines, aux massacres et aux camps.

      Ce silence m’a choqué, comme un déni de la part de quelqu’un en principe bien informé. Comment expliquer les origines et la formation de la folie Khmers Rouges alors ? En reportant toute la responsabilité sur l’idéologie “marxiste”. Il ne s’agit pas d’exonérer celle-ci complètement mais on a tout de même là une forme paroxystique qui ne peux s’expliquer non plus par une caractéristique particulière du peuple Khmer. Une cause est donc bien à rechercher dans ces bombardements massifs à l’explosif, au défoliant et au napalm.

      Cela dit, Hong Xiu Quiang, mon pseudo (une gaminerie de ma part), est le nom du dirigeant de la plus vaste et meurtrière insurrection de l’histoire humaine, la dite “Révolte des Taïping” (1851-1864) qui a fait probablement près de 60 millions de morts. Jamais qualifiée à aucun titre de génocide bien qu’opposant les impériaux Mandchous à la paysannerie du sud de la Chine. Jamais totalement éteinte,renaissant sous diverses formes dont les Boxers (et les Pavillons Noirs en Indochine) et le phénomène des Seigneurs de la Guerre, des brigands ayant “réussis” dans les ruines de l’empire Mandchou. Elle est le prologue à la révolution nationaliste chinoise maoïste dont hérite, pour son malheur, le peuple Khmer. L’histoire se lit ainsi en séquences dont la longueur est étonnante.

        +9

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      • Kiwixar // 07.01.2019 à 23h53

        A propos des révoltes récurrentes en Chine, j’avais lu une analyse intéressante : elles seraient souvent liées à des périodes de déséquilibre démographique homme/femme (trop d’hommes célibataires énervés).

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        • Sandrine // 08.01.2019 à 16h09

          Interessant, je connaissais pas cette partie de l’histoire de Chine. Sur wikipédia, on lit que la Révolte des Taïping avait au début procédé à une stricte séparation des hommes et des femmes et que les contacts amoureux entre les personnes déjà mariées étaient interdits.
          Est-ce que quelqu’un connaîtrait les raisons cette focalisation sur la sexualité ? Est-ce qu’il y avait un objectif de réduction des naissances?

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          • hong xiu quiang // 10.01.2019 à 10h30

            Hong Xiu Quiang a été endoctriné par un missionnaire protestant. Il en a résulté un syncrétisme bizarre entre Taoïsme/Confucianisme et Christianisme. Hong a bricolé sa doctrine “dans son jardin” et s’est érigé en intermédiaire avec le Ciel, il était le Tien wan, le nouveau souverain céleste, conformément à la tradition chinoise. Processus répété à plusieurs reprises dans l’histoire: le “mandat du ciel” est retiré à un empereur indigne par des révoltes, un nouvel empereur fonde une nouvelle dynastie… C’est l’intervention occidentale qui sauve la dynastie Mandchoue et évite à la Chine de retomber dans sa tendance naturelle au morcellement.

            Ce messianisme prophétique millénariste ne donne rien de bon. Un puritanisme virulent en résulte, démentit dans les faits puisque Hong entretenait un immense harem (faites ce que je dis, pas ce que je fait…) et que les femmes étaient distribuées en butin. Cela dit la pratique des pieds bandés a été proscrite, la prostitution condamnée, l’adultère punie de mort. La femme est conçue comme source de vice et de péché et doit en payer le prix, elle est la propriété de l’homme, nous avons là à peu près les mêmes éléments que dans toutes les religions dites “évoluées”, conceptions du monde profondément viciées, à mon avis. La séparation homme/femme n’a pas tenu longtemps. Je ne pense pas qu’il y ait eu un effort conscient de limiter les naissances comme à pu le faire la Chine maoïste. Rien n’est “rationnel” dans le mouvement Taï Ping

            Les Taï Ping ne sont pas un exemple à suivre mais le symptôme d’un monde qui s’effondre.
            Ce qui nous attend, cela dit en passant…je suis moi aussi un peu millénariste…et d’origine protestante…ne m’écoutez pas !

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      • Geof’ // 08.01.2019 à 16h44

        Merci pour l’info’ , cher hong xiu quiang

        je ne comprends pas qu’une doctrine qui prône la collectivisation entraîne irrémédiablement la constitution de camps de travail/de la mort…

        selon moi, y a qqch dans l’équation qui lui est étranger (au communisme) et qui “fout la merde”, par ex : staline la brute paranoïaque, mao rastignac, castro le bel hidalgo…et des circonstances historiques (pq les français et les anglais sont-ils intervenus en 1918 pour chasser les bolchéviques ? pq kissinger a-t-il fait bombarder le Cambodge ?…)

        un communisme démocratique POUR DE VRAI ne me paraît en rien irréaliste.

        Geof’-Rey, neo-communiste belge

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      • Jos Le Fur // 08.01.2019 à 19h50

        À Hong xiu quiang :

        Le correspondant du Monde dont vous parlez ne serait-il pas Jean-Claude Pomonti ?

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        • hong xiu quiang // 10.01.2019 à 08h57

          C’est ça. Journaliste compétent ce me semble

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      • Chris // 11.01.2019 à 07h53

        A propos des bombardements “occidentaux” (Indochine, Vietnam, Laos, Cambodge, etc…), je me souviens d’aviateurs FR/US dans mon entourage, stationnés dans ces pays, qui assuraient lâcher régulièrement leur matériel pyrotechnique sur le Laos et/ou Cambodge au retour de missions de bombardement : un rituel !

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  • Garibaldi2 // 10.01.2019 à 17h41

    Quand la bande à Pol Pot a été virée du pouvoir, les Occidentaux ont défendu bec et ongles son ambassadeur à l’ONU, refusant qu’il soit dégagé de son poste.

    Maggie Tatcher a fourni des armes aux Khmers Rouges quand ils se son réfugiés dans la jungle après l’intervention salvatrice des Viêtnamiens. Il y a une interview d’un ministre de Maggie dans laquelle on lui pose directement la question de cette fourniture d’armes, il s’emporte et met fin à l’interview.

    ”C’était un secret de Polichinelle. Le 25 juin 1991, le gouvernement britannique reconnaît devant le Parlement que le SAS (Special Air Service) avait secrètement entraîné la « coalition » dirigée par les Khmers rouges. C’est la première puissance occidentale à avoir officiellement avoué sa participation au maintien de l’Angkar le long de la frontière thaïlando-cambodgienne.
    Margaret Thatcher avait pourtant déclaré que le gouvernement britannique n’était « impliqué en aucune façon dans l’entraînement, l’équipement ou une coopération quelconque, avec les forces khmères rouges ou leurs alliés ». Pourtant en 1983, la Première ministre britannique avait envoyé des membres du SAS enseigner les arts du maniement des mines aux troupes de Pol Pot.
    Rappelons que dès 1979, via le Conseil de Sécurité de l’ONU, les États-Unis et la Grande-Bretagne ont imposé un embargo dévastateur à un Cambodge ravagé par des années de guerre.”

    La suite sur : https://asialyst.com/fr/2017/05/11/memo-asialyst-khmers-rouges-10-faits-historiques/

    Article intéressant : https://www.newstatesman.com/politics/politics/2014/04/how-thatcher-gave-pol-pot-hand

    pour les non anglophones il y a un bon traducteur Google.

      +1

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  • Chris // 11.01.2019 à 07h56

    A observer les récents événements en France, tout laisse à penser que le Gvt a choisi la politique Kmer rouge envers les Gilets jaunes !

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  • ima // 11.01.2019 à 22h19

    Va-t-on enfin un jour utiliser les mots qui conviennent ?
    – L’ONU, le machin du général de Gaulle, est à la botte des Etats-Unis, alors bien sur on resserre au maximum la description des horreurs qu’ils commirent – ou aidèrent à commettre – dans trop de pays (actuellement depuis la fin de la seconde guerre mondiale environ 20 millions de civils assassinés). Je rappelle que le génocide indien (90% de pertes) est toujours hors de question ;
    – Les Kmers rouges furent reconnus comme représentants de la nation Cambodgienne par la quasi totalité des nations colonialistes comme la France, les mêmes Etats-Unis et tant d’autres, en disant long sur les grandes déclarations sur les droits de l’Homme de certains.
    Oui ce fut un génocide et je ne comprend pas qu’on utilise – volontairement – des mots pour camoufler cette réalité.

      +1

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  • RV // 15.01.2019 à 12h00

    Bonjour
    Je vous recommande la lecture des Billets de Raoul Marc Jennar à propos du Cambodge, notamment celui-ci
    http://www.jennar.fr/2018/11/17/les-proces-de-phnom-penh-au-credit-du-cambodge/
    Sur sa page il en répertorie pas moins de 48 dans la colonne de gauche, rubrique “Catégorie”
    Bonne lecture !

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