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[RussEurope-en-Exil] Annuler la Dette ? Un Débat européen – par Jacques Sapir

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Le magazine russe « Ekspert », qui est l’hebdomadaire de référence en Russie, publie ce lundi 22 février un article de votre serviteur sur le débat actuel concernant l’annulation d’une partie des dettes souveraines.

Ce débat, on le sait, a pris une résonance particulière en France mais aussi en Europe. Un appel international a été publié, auquel je ne me suis pas associé. Nombreux ont été ceux qui se sont demandé pourquoi ; ils trouveront, dans ce texte, une partie des réponses.

Une grande partie de mes lecteurs ne lisant pas le russe (ce que je déplore…), je publie ici la traduction en français de ce texte.

Depuis les premiers jours de l’année 2021 se développe un débat sur l’annulation de ce que l’on appelle la « dette-Covid ». À l’initiative de Nicolas Dufrêne, haut fonctionnaire et directeur de l’Institut Rousseau, plus de 100 économistes, dont Thomas Piketty mais aussi l’économiste australien spécialiste de la monnaie, Steve Keen, ou encore l’ancien ministre belge Paul Magnette, ont lancé le 5 février un appel à l’annulation de cette dette dans plusieurs journaux européen (1).

Ce débat, qui concerne les dettes détenues par la Banque centrale européenne (BCE) au titre du PEPP (Pandemy Emergency Purchasing Program), connaît donc un fort retentissement que ce soit en France ou en Italie, au Luxembourg et en Belgique.

Il a lieu alors que l’Union européenne et la Zone Euro ont été très affectées par la crise sanitaire et doivent faire face à une véritable envolée des dettes publiques. Il s‘invite dans les couloirs des institutions européennes, auprès des représentants de la BCE elle-même et des différents ministères des finances de la zone euro. Il a imposé à Mme Christine Lagarde une déclaration très ferme fermant en apparence la porte à une telle initiative.

LES RAISONS DE CETTE INITIATIVE

Pourquoi cette initiative ? Car, une annulation des dettes, comme un défaut, peut être une expérience traumatisante pour la population. La Russie a l’expérience de la crise d’août 1998. Les signataires de l’appel partent du constat que la BCE détient environ 25% du total des dettes publiques dans la zone Euro. Ils en déduisent que : « Nous nous devons à nous-même 25 % de notre dette et si nous remboursons cette somme, nous devrons la trouver ailleurs, soit en réempruntant pour faire rouler la dette au lieu d’emprunter pour investir, soit en augmentant les impôts soit en baissant les dépenses ».

C’est entièrement exact. Une annulation de la dette détenue par la Banque Centrale est effectivement bien plus simple. On comprend aussi que les signataires craignent que le poids des dettes accumulées n’oblige les pays de la zone Euro, tout comme après la crise de 2008-2010 d’ailleurs, d’entrer dans une logique d’austérité dès la fin de la crise sanitaire. La menace est bien réelle et l’on peut partager leurs craintes. En France, mais aussi dans d’autres pays, le Ministre des Finances ne cesse de répéter qu’une dette doit être remboursée.

Ils ajoutent alors : « En tant qu’économistes, responsables et citoyens engagés de différents pays, il est de notre devoir d’alerter sur le fait que la BCE pourrait aujourd’hui offrir aux États européens les moyens de leur reconstruction écologique, mais aussi de réparer la casse sociale, économique et culturelle, après la terrible crise sanitaire que nous traversons ». Ce que craignent donc les signataires de l’appel, et non sans raisons, c’est que le poids des actes nécessaires durant la pandémie n’empêche de prendre les bonnes décisions pour l’avenir.

Mais, cela doit-il passer obligatoirement par une annulation d’une partie de la dette ? Les auteurs se disent conscients qu’une telle décision n’aurait rien d’anodin. Après avoir affirmés, sans doute un peu vite, que rien, dans les traités, n’interdit une telle action, ces mêmes auteurs envisagent ensuite la transformation de cette dette en dette perpétuelle sans intérêts.

Mais n’est-ce pas déjà en partie le cas, avec la chute historique des taux d’intérêts organisée par les Banques Centrales ? Aujourd’hui, même un pays comme l’Italie peut s’endetter à un coût quasi-nul. La France emprunte à taux négatif. En quoi leur appel apporterait-il une modification substantielle à cette situation ?

Les signataires de l’appel invitent alors la BCE à passer un « pacte » avec les États pour que se mette en place une véritable politique d’investissement. Mais, ils sont aussi conscients que ce qu’ils proposent sur la dette ne suffira pas. Ils l’écrivent d’ailleurs : « (…) d’autres mesures doivent être prises en matière de réforme des critères de dette et de déficit, de protectionnisme écologique et solidaire, de réformes fiscales visant à réduire le niveau des inégalités et à changer les comportements, d’impulsion donnée aux banques publiques d’investissement et de réforme des règles relatives aux aides d’État ».

LA RÉACTION DE CHRISTINE LAGARDE

Le lendemain de la publication de cet appel, Mme Christine Lagarde, la présidente de la BCE, répliquait que « l’annulation de la dette est inenvisageable« , car elle violerait le traité européen. Elle a très certainement raison.

On sait que la Présidence de la Banque Centrale doit tenir compte du conseil des gouverneurs. On voit mal Mme Lagarde prendre une décision à laquelle pourrait fermement s’opposer plusieurs gouverneurs. Même les décisions, à l’époque contestées, de Mario Draghi, pouvaient s’appuyer en leur temps sur l’absence d’une opposition ouverte à l’intérieur du Conseil des gouverneurs. Par ailleurs, la Banque Centrale Européenne est toujours sous la surveillance du tribunal constitutionnel allemand, la Cour de Karlsruhe. On voit mal la Présidente de la BCE provoquer une crise ouverte entre son institution et l’Allemagne.

Mais, dire qu’elle s’oppose, et qu’elle s’opposera certainement dans le futur, à une annulation partielle de la dette n’implique pas nécessairement qu’elle s’oppose à la transformation implicite d’une partie de la dette en dette perpétuelle ou à tout le moins à très long terme. Rappelons que, du temps où Mme Lagarde était la dirigeante du FMI, elle avait soutenu, dans le cadre de ce que l’on appelle la « troïka » le principe d’une annulation partielle de la dette Grecque. Les positions personnelles de Mme Lagarde ne sont donc pas nécessairement opposées à des solutions innovantes. D’ailleurs, ce serait l’évolution logique de la politique actuelle de la BCE, qui va actuellement du PEPP à la politique des taux d’intérêt négatifs.

Alors, pourquoi les signataires de l’appel l’ont-ils donc rédigé ? Très certainement dans l’espoir d’obtenir une forme d’engagement institutionnel, afin d’être sur que la question de la dette ne devienne pas un argument décisif pour imposer à nouveau des politiques d’austérité aux pays de la zone Euro. Et l’on peut naturellement comprendre, et même partager, la crainte implicite des signataires. Qu’une fois l’urgence de la pandémie de la Covid-19 passée, un consensus conservateur de revienne en force à la BCE et à la Commission européenne. Un tel engagement institutionnel est nécessaire. Mais, un tel engagement est il concevable aujourd’hui dans le contexte des traités ? De cela, on peut très sérieusement en douter.

UNE QUESTION DE FORME

La question doit donc être posée pourquoi les signataires de l’appel cherchent-ils à tout prix à présenter leur position comme compatible avec les traités, alors qu’elle ne l’est pas, à l’évidence ? On peut sentir, à lire leur texte qu’ils en sont certainement conscients. Ils argumentent en effet sur les écarts grandissants entre la politique de la BCE, voire de la Commission, et le texte des traités.

Ils affirment ainsi : « En cette matière, seule la volonté politique compte : l’histoire nous a maintes fois montré que les difficultés juridiques s’effacent devant les accords politiques ». Qui espèrent-ils donc convaincre avec ce genre d’arguments ? Car, de deux choses l’une : soit leur appel se situe explicitement dans le cadre des traités européens, et cette déclaration est inutile, voire contre-productive. Soit, leur appel est un appel à une rupture fondamentale avec les traités. En ce cas, une grande partie des précautions oratoires qui émaillent l’appel sont parfaitement inutiles.

Alors, et même si on partage largement les objectifs des signataires, on ne peut être que très surpris par la manière dont ils s’avancent, avec un pied à l’intérieur des traités et un pied hors de ces mêmes traités. Bien entendu, on comprend que l’on ne réunit pas une centaine d’économistes sur un même texte sans faire des compromis. Mais, ces compromis n’ont-ils pas rendus l’appel en fait politiquement illisible ? On peut ici le craindre.

UNE QUESTION DE FOND

Sur le fond, la question qui est en réalité posée n’est pas celle de l’annulation d’une partie de cette dette, mais de la monétisation de cette dette. Car, si disons 20% de la dette actuelle étaient annulés, rapidement les besoins en investissements seraient tels qu’il faudrait recommencer. Hors, on ne peut répéter régulièrement une telle opération, et cela les signataires de l’appel l’admettent eux-mêmes. Par contre, si l’on monétise une partie de la dette, cette opération peut être régulièrement répétée tant que le besoin s’en fait sentir.

Cette monétisation, il convient de le rappeler, a été historiquement la solution adoptée dans les années d’après-guerre quand les pays européens étaient confrontés à des besoins en investissements très importants pour la reconstruction et la modernisation de leurs économies.

Cette possibilité de vendre directement à la Banque Centrale une partie des Bons du Trésor émis pour financer ces investissements a été décisive pour des pays comme la France, l’Italie, la Belgique et le Royaume-Uni. Cela a permis à ces pays de financer à des coûts très faibles leurs investissements publics, qui ont été les fondements sur lesquels la forte croissance des années 1950 et 1960, en particulier en France et en Italie, fut bâtie. Cette politique d’ailleurs renait de nos jours, que ce soit au Royaume-Uni, où la Banque of England va acheter directement des titres du Trésor, ou au Japon.

Mais, une telle politique implique en réalité que la politique monétaire soit intégrée dans la politique budgétaire de l’Etat, cette dernière étant par ailleurs mis au service d’une stratégie de développement et de modernisation conduite par ces Etats. A l’époque, les gouverneurs des Banques Centrales étaient de simples exécutants sous l’ordre du Trésor. La monnaie comme institution, mais aussi les institutions monétaires, étaient conçues en fonction de cette stratégie de croissance.

Or, la théorie de « l’indépendance des Banques Centrales », théorie qui est la pierre angulaire de la zone Euro, vise explicitement à casser cette dépendance de la politique monétaire à la politique budgétaire. Cette théorie repose sur l’idée que la monnaie, et la politique monétaire, ne saurait être un instrument de la politique économique mais constitue en réalité une norme dont la stabilité assure le bon développement de l’économie et que cette norme doit être préservée de toute interférence politique.

La garantie de cette norme repose justement sur le fait que la Banque Centrale soit indépendante et que les gouvernements ne puissent lui dicter ni ses objectifs ni sa politique. C’est l’acceptation de cette idée qui a permis l’émergence concrète de la monnaie unique. Si la monnaie était effectivement une norme, et si les Banques Centrales dans chacun des pays étaient effectivement indépendantes, rien ne s’opposait à ce que les Banques Centrales fusionnent en une Banque Centrale Européenne.

QUELLE COHÉRENCE ?

Qu’ils le veuillent ou non, les signataires de l’appel pour une annulation des dettes sont en réalité sur une trajectoire qui est contradictoire avec l’existence de la BCE et avec celle de l’Euro. Certains d’entre eux l’ont parfaitement compris. Mais, ils croient qu’ils peuvent encore ruser avec cette réalité, une réalité qu’ils se refusent d’affronter de face. Et c’est bien là le problème.

Ils croient qu’une modification des règles de la « gouvernance européenne » règlerait les problèmes sans voir que c’est l’idée même qu’une norme unique puisse traiter les problèmes de pays aux structures économiques, sociales et politiques différentes qui est erronée. Souvenons nous de la phrase de Bossuet : « Dieu se rit des prières qu’on lui fait pour détourner les malheurs publics, quand on ne s’oppose pas à ce qui se fait pour les attirer» (2) . Elle pourrait s’appliquer aux auteurs de cet appel.

NOTES :

Commentaire recommandé

vert-de-taire // 22.02.2021 à 14h06

Intéressante reflexion sur les principes fondateurs en contradiction avec les contraintes de la réalité d’un Système non viable.

À force de crises, le montage capitaliste s’enferme dans une impasse. L’instrumentalisation des institutions pour favoriser le profit financier se heurte à la prédation (cupide donc inévitable) du capital. L’économie comme l’une des ressource du capital ne produit suffisamment de profit, le recours à la finance s’y substitue, la dette capitaliste s’envole et la spirale s’enclenche.

Les outils de l’art économique sont tous épuisés en vain pour relancer la machine, nous atteignons le fond de l’impasse, il faut détruire les constructions qui structuraient le Système, c’est un peu comme détruire l’échiquier plutôt que d’avouer que la partie est perdue.

Il est plus que temps de nous concerter dans une autre voie,
mais de fait, nous en sommes incapables car nous laissons faire ces perdants qui nous soumettent.

16 réactions et commentaires

  • James Whitney // 22.02.2021 à 10h43

    Tu es riche, et tu contribue 1 milliard d’euros à la République française. Deux scénarios :

    >1 : C’est l’impôt que tu dois. Par rapport à ton patrimoine, ce n’est pas grand-chose. Rien n’empêche que tu sois encore plus riche en fin d’année. Et dans les années suivantes c’est pareil.

    >2 : Grâce aux certaines dispositions, tu n’es pas imposable. Le milliard d’euros représente un prêt que l’ensemble des contribuables sont obligé de te rembourser, taux d’intérêt un raisonnable 1%. L’année suivant tu contribue encore 1 milliard (encore un prêt), mais tu es remboursé 10 millions (intérêt à 1%) et peut-être une petite somme en tant que réduction du principal. Désormais les contribuables sont redevables d’un peu moins de 2 milliards, et l’intérêt à payer devient un peu moins que 20 millions. Ainsi de suite pendant les années suivantes. A un moment donné, la dette que le contribuable est obligé de te rembourser devient colossale. Légitime ?

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    • un citoyen // 22.02.2021 à 13h47

      Oui mais ça c’est un autre problème, il y aurait la même chose s’il n’y avait pas la BCE et que les Etats retrouvaient individuellement leur souveraineté monétaire.
      Lorsqu’un Etat a besoin d’argent, il ne peut faire que la même chose que le ferait un particulier. Si vous souhaitez construire une maison et que vous n’en avez pas les moyens, vous ne pouvez pas dire que la dette contractée pour cela auprès d’une banque soit illégitime, malgré le fait cela soit problématique à cause des intérêts perçus par les créanciers qui contribuent à ce qu’ils soient encore plus riches.

      Par contre, on peut s’interroger sur les cas où une dette peut devenir réellement illégitime, lorsqu’un Etat s’est retrouvé endetté envers un ou plusieurs organisations ou autres Etats alors que ces derniers ont fait en sorte que ce soit ainsi, partiellement ou non. Par exemple, ce qui semble s’être passé au Congo m’a beaucoup fait méditer : https://www.les-crises.fr/en-memoire-de-patrice-lumumba-assassine-le-17-janvier-1961-par-eric-toussaint/

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      • VVR // 24.02.2021 à 20h26

        Une différence sans la bce: pour un état souverain, toute dette contractée en monnaie nationale peut être remboursé avec de l’argent fraîchement imprimé pour l’occasion (prêté par la banque centrale avec un remboursement différé de 99 ans, pour faire plaisir aux comptables).

        La seule dette a rembourser avec du concret, c’est le déficit commercial. Sauf, pour l’instant, si l’on est américain.

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        • un citoyen // 25.02.2021 à 06h42

          C’est en effet l’autre façon qu’un Etat souverain peut avoir pour obtenir de l’argent et que j’ai omise dans mon précédent message, mais n’y a-t-il pas un risque dans ce cas que l’inflation grimpe par l’augmentation de la masse d’argent en circulation ?

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  • Richard // 22.02.2021 à 13h58

    Cet article ne fait que énoncer un constat partial, sans en contrepartie avancer la moindre solution de sortie !
    Que proposez vous alors l’austérité? je ne le crois pas. Un impôt covid proportionnel à la richesse? je ne le crois pas..
    Devenons rester dans un immobilisme institutionnel ou tenter de faire évoluer cette Europe qui se moque des décisions des peuples ( cf le référendum grec ou le référendum du traité de Lisbonne, ou …)

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  • vert-de-taire // 22.02.2021 à 14h06

    Intéressante reflexion sur les principes fondateurs en contradiction avec les contraintes de la réalité d’un Système non viable.

    À force de crises, le montage capitaliste s’enferme dans une impasse. L’instrumentalisation des institutions pour favoriser le profit financier se heurte à la prédation (cupide donc inévitable) du capital. L’économie comme l’une des ressource du capital ne produit suffisamment de profit, le recours à la finance s’y substitue, la dette capitaliste s’envole et la spirale s’enclenche.

    Les outils de l’art économique sont tous épuisés en vain pour relancer la machine, nous atteignons le fond de l’impasse, il faut détruire les constructions qui structuraient le Système, c’est un peu comme détruire l’échiquier plutôt que d’avouer que la partie est perdue.

    Il est plus que temps de nous concerter dans une autre voie,
    mais de fait, nous en sommes incapables car nous laissons faire ces perdants qui nous soumettent.

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    • Urko // 23.02.2021 à 08h24

      Quel est le rapport avec le sujet ? M. Sapir évoque la politique des banques centrales, notamment celle de la BCE, qui ne monétise pas la dette publique, contrairement à la BoE, qui la monétise. Même un système non capitaliste a besoin de monnaie et s’expose à des problèmes de stock de monnaie, de financement des investissements, de facturation par des pays tiers fournisseurs de matières premières par exemple… L’URSS à sa fin a beaucoup trébuché sur ces questions, notamment parce que les services américains avaient repéré cette faiblesse chez leur adversaire et qu’ils avaient provoqué une hausse des matières premières pour le mettre à genoux, ce qui a parfaitement réussi. Et puis, le caractère capitaliste de l’Euro m’échappe un peu : il s’agit d’une manipulation autoritaire par des états des cours de plusieurs devises. Tout sauf libéral, tout sauf capitaliste : des hauts fonctionnaires ont fixé le coût du capital…

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      • vert-de-taire // 23.02.2021 à 09h39

        je comprends cette fuite en avant comme le dernier outil pour éviter l’effondrement systémique.

        Toutes les mesures prises pour maintenir ce système devenu très instable échouent. L’injection massive et continue d’argent fictif est devenu indispensable, peu importe les causes. Il s’agit de contrecarrer le risque d’effondrement immédiat. Je ne crois pas me tromper sur ce point nodal.

        Il vient que les principes fondateurs du système sont remis en questions (évolution du rôle de la BCE), pour tout dire, violés.
        Quand vous dites : « Et puis, le caractère capitaliste de l’Euro m’échappe un peu : il s’agit d’une manipulation autoritaire par des états des cours de plusieurs devises.  » On est d’accord, mais vous pensez libéral. Le capitalisme n’est pas nécessairement libéral cf la Chine. Le libéralisme est un mot de la fable encore très utilisé par nos marionnettes – tromperie avérée.

        Le Système est aux abois, il se dévore pour subsister (les dettes), il n’a plus de nouvelles ressources (à dévaster) pour croitre, il s’effondre. Ces outils monétaro-financiers ne font que ralentir la chute.

        Le capitalisme n’est qu’un outil de la ploutocratie qui tente par tous les moyens de se maintenir au pouvoir. L’autoritarisme, et pour le dire clairement, le fascisme (mondial) en marche nous le prouve.
        Je ne pense pas être hors-sujet en dénonçant ce basculement tant économique que politique (social), et à mon sens, civilisationnel puisqu’il remet en cause de l’ordre 200 ans de pratiques.

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  • Dominique // 22.02.2021 à 19h21

    On comprend pourquoi Jacques Sapir ironise…
    Il y a encore peu de temps, les promoteurs du système libéral qui oblige la BCE à n’avoir accès qu’au marché secondaire n’avaient que louanges à la bouche pour qualifier son fonctionnement censé « assainir » les sources d’emprunt étatique !
    Mais depuis Mario Draguy, et maintenant Christine Lagarde, la BCE s’est mise à rafler les dettes d’état sur ce marché. Dès lors, pour les banques, peu importe les taux puisque la BCE leur rachète les titres avec la marge requise ! On a ainsi atteint des taux négatifs, outre que l’intermédiation bancaire est devenue une pure dépense de fonctionnement improductif; la bête noire des libéraux…
    Mais ces partisans de la pensée unique sont toujours là pour nous asséner d’un ton docte qu’il faudra bien rembourser cette dette !
    C’est oublier que ces emprunts d’états se retrouvent maintenant au bilan d’une BCE dont les seuls actionnaires sont précisément les mêmes états. Si l’on considére ces états comme formant une entité solidaire, ce que clame l’UE, l’actionnaire étatique est donc à la fois créditeur en tant qu’actionnaire et débiteur en temps qu’état.
    C’est dire qu’il a dans sa poche droite ce qu’il doit à sa poche gauche !
    On laissera le lecteur conclure sur l’utilité qu’il y a à faire passer le montant de droite à gauche… pour payer une dette qui n’en est pas une, ou son inutilité…en laissant éternellement en l’état un livre des comptes dont le vrai bilan global actif/passif est équilibré comme il se doit.

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    • Moussars // 24.02.2021 à 10h40

      Pas mieux ! Et dire qu’un gamin de 7 ans comprend cela. J’ai testé plusieurs fois.
      Ce mercredi 24-02, l’inénarrable Aghion était sur les ondes de F.I. : incroyable de nullité !
      Incapable de défendre intelligemment ses positions libérales, incapable de terminer ses phrases autrement que par des « voilà » ou des « euh » chaque fois qu’il était dans l’embarras sur la dette ou ses dernières déclarations…
      Incapable d’argumenter, il affirmait et enfonçait des portes ouvertes sur des thèmes que beaucoup de français constataient et dénonçaient depuis plusieurs décennies…
      Pourquoi Harvard et la London School ne l’on pas gardé ?!
      Même Le Monde, le 06 juillet dernier, publiait une tribune des économistes A. Sokic et M. Mutascu, reconnaissant que « la création monétaire massives des banques centrales n’a que faiblement amplifiée la masse monétaire en circulation, et encore moins la hausse des prix ». Donc du tout bon pour les rentiers de la finance !
      Mais lorsque les mêmes banques centrales épongent les banques (cas avec les subprimes par exemple), ça ne gène pas… Lorsque l’Allemagne viole depuis des années le diktat de Bruxelles sur le pourcentage maximum autorisé concernant le déséquilibre de la balance commercial, là encore, silence complet !
      Alors oui, on en arrive à espérer que la pandémie permette de révolutionner tout cela…

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      • Moussars // 24.02.2021 à 10h44

        La vérité, c’est que le système de la dette permet de contenir les revendications des travailleurs, des salariés, des retraités, des petits et des moyens, car à force qu’on leur martèle des pseudo arguments techniques, économiques et « moraux », il en reste toujours quelque chose dans les esprits…

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  • BK // 23.02.2021 à 19h49

    Les taux négatifs en eux même consistent en une petite annulation de la dette tous les ans, si on fait des prêts de ce genre à « très long terme », c’est une annulation qui devient conséquente, presque totale si le terme devient vraiment lointain.

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    • Dominique // 24.02.2021 à 00h04

      Les taux européens actuellement négatifs sont ceux de l’Allemagne (-0,32%) et de la France (-0,06%) ce qui, à situation inchangée et en « roulant » simplement les intérêts de la dette SANS nominal supplémentaire, donnerait environ 300 ans et 15000 ans pour l’amortissement évoqué, un terme vraiment lointain !
      En fait, c’est plutôt la différence avec l’inflation courante qui est à prendre en cause, mais elle risque fort elle-même de se « japoniser » par les temps qui courent et de ne plus décoller… sauf dans la spéculation boursière.
      Voir à ce sujet la (longue) video de Gaël Giraud, dernier billet sur le blog de JC Werrebrouck:
      http://www.lacrisedesannees2010.com/

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    • Dominique // 24.02.2021 à 00h17
  • Jérôme // 25.02.2021 à 08h49

    Comme toujours, Jacques Sapir touche juste. Toujours un plaisir de vous lire, cher Jacques Sapir.

    Il y a juste un élément supplémentaire que vous ne mentionnez pas pour que la relance budgétaire-monétaire puisse fonctionner : le problème des fuites en économie ouverte.

    Avec la concurrence mondiale sans barrières tarifaires et autres, l’essentiel serait capté par des entreprises allemandes, chinoises ou d’Europe de l’Est.

    Sans oublier par dessus cela les règles européennes de concurrence qui nous interdisent de favoriser les entreprises françaises fabriquant en France.

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  • Ernesto // 26.02.2021 à 00h29

    « Le capitalisme néolibéral a procédé à une sorte de privatisation de la monnaie qui est pourtant une institution sociale à part entière. Dans le cadre de la liberté qui a été accordée aux capitaux de circuler dans le monde et du développement sans entrave des marchés financiers, le rôle dévolu aux banques centrales a été, depuis quarante ans, de veiller à la stabilité de la rente financière. C’est particulièrement vrai pour la BCE, rendue totalement indépendante du reste de la société et du pouvoir politique. Ce dogme est en train heureusement de voler en éclats.Aujourd’hui, on peut et on doit resocialiser la monnaie, c’est à dire retrouver la maîtrise du crédit et donc de la création monétaire pour financer les énormes investissements de transition écologique. La crise du coronavirus montre à quel point on a besoin d’un pôle bancaire public, d’un contrôle social sur celui-ci et d’une banque centrale qui soit celle de l’ensemble de la société.

    La BCE devrait financer directement les dépenses publiques, ce que vient de décider la Banque d’Angleterre pour financer les seules dépenses liées au redémarrage de l’économie paralysée par la pandémie. Ainsi, on utilise l’énorme avantage d’une banque centrale qui, seule, a la possibilité de créer à volonté de la monnaie s’il faut effectuer des dépenses et des investissements publics essentiels ».
    Jean-Marie Harribey, économiste atterré: « le trou noir du capitalisme ».

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