Billet invité

Le choc de la guerre et la révolution d’octobre en Russie

La guerre de 1914 a indéniablement aussi joué un rôle important dans les révolutions de 1917. Mais, son influence a été multiple, allant du coup final à la dé-légitimation du régime tsariste, à la brutalisation des relations sociales. On peut ainsi soutenir, non sans quelques arguments, que sans la guerre la révolution n’aurait jamais eu lieu. Mais, on peut tout aussi soutenir que sans les contradictions politiques, économiques et sociales qui s’accumulaient depuis la fin du XIXè siècle la guerre n’aurait jamais eu les conséquences qu’elle eues en Russie. Par ailleurs, la politique étrangère russe depuis le début du XXè siècle était largement dictée par les contradictions qui minaient le régime tsariste. De ce point de vue, on doit considérer la guerre de 1914 à la fois comme un phénomène exogène et endogène de l’histoire de la Russie.

La spécificité de la Première Guerre Mondiale

Il faut cependant prendre conscience de l’événement traumatique que cette guerre représenta pour l’ensemble des participants. Economiquement, elle a confronté l’ensemble des participants à une crise économique grave, résultant des caractéristiques mêmes de la guerre moderne et de la « révolution dans les affaires militaires, qui avait eu lieu de la guerre de Sécession aux Etats-Unis aux guerres qui vont marquer le tournant du siècle (Guerre des Boers, guerre Russo-Japonaise de 1904-1905, guerres balkaniques). Cette « révolution » conduit à une consommation de munitions absolument extraordinaire, dépassant toutes les prévisions des Etats-Majors d’avant guerre. Dans tous les pays belligérants, cette situation va provoquer une « crise des munitions », qui aboutira au quasi-arrêt des combats de décembre 1914 à février 1915. A cette époque les réserves sont épuisées, et les canons ne peuvent tirer que un à deux obus par jour. L’Allemagne est particulièrement touchée par ce problème car, outre l’ampleur des consommations de munitions (essentiellement pour l’artillerie), elle doit faire aussi face au blocus maritime des britanniques et des français. Or, l’Allemagne dépend pour toute une série de productions des importations maritimes. Cela conduira à la constitution d’un comité aux approvisionnements, le KRA qui, progressivement, va imposer en Allemagne une forme d’économie planifiée[1]. Les logiques de mobilisation industrielle que l’on rencontre chez tous les belligérants auront par ailleurs des conséquences importantes dans l’après-guerre, donnant ainsi naissance au courant dit « planiste » en Belgique et en France[2].

En fait, si l’influence de la guerre de 1914-1918 dans la mise en place de cette forme d’organisation de l’économie est indéniable en Allemagne, on peut aussi repérer dans le militarisme prussien d’avant 1914 des formes d’organisations qui sont congruentes avec cette économie semi-planifiée qui émergera sous l’empire de la nécessité[3]. Par ailleurs, un sociologue comme Max Weber sera décisivement influencé dans sa définition de la bureaucratie[4] par l’expérience de la mobilisation industrielle pour et pendant la guerre[5]. Il est alors intéressant de regarder l’impact de ce système sur les représentations des acteurs. C’est particulièrement vrai de Walther Rathenau qui sera, au moment de son assassinat après la guerre par des membres des Corps Francs[6], le Ministre des Affaires Etrangères de la République de Weimar naissante[7], et à ce titre l’un des signataires de l’accord de Rapallo avec l’URSS, et qui joua un rôle dirigeant dans le KRA. Walther Rathenau va ainsi se prendre à rêver d’une forme de socialisme étatique immédiatement après la guerre[8]. On peut comprendre alors que cette expérience de la militarisation de l’économie, de cette planification qui ne dit pas son nom, ait fascinée les dirigeants bolchéviques.

Walther Ratheau

La logique de la mobilisation industrielle en Russie

La Russie va elle aussi connaître un phénomène à la fois similaire[9], la production de l’industrie devient insuffisante devant les besoins de la guerre (on produit 35000 obus/jour alors qu’il en faudrait 45000)[10], mais aussi fort différent. Il faut ici rappeler que les débuts de la guerre, pour malheureux qu’ils aient été pour la Russie, avec la défaite de Tannenberg (27-30 août 1914) ou des Lacs Mazures (15 septembre 1914), sont marqués par une intensité extrême des combats[11]. Par la suite, l’armée russe connaitra des victoires contre les forces austro-hongroises, en particulier lors de l’offensive Broussilov en 1916[12]. Comme pour l’ensemble des belligérants, les dirigeants russes sont confrontés à une situation où la guerre moderne impose une brutale restructuration de l’économie afin d’obtenir l’augmentation rapide de certaines productions, dans la métallurgie mais aussi dans la chimie (poudre et explosifs). Ils vont d’abord chercher à importer massivement le matériel qui leur fait défaut, et de septembre 1914 à 1917 ce ne sont pas moins 1 800 navires de transports alliés qui débarqueront 5 475 000 tonnes de matériel pour les armées russes[13], mais aussi rationaliser et développer la production industrielle nationale. Or, et c’est ici une différence majeure avec les expériences de mobilisation industrielle réalisées en Allemagne, au Royaume-Uni ou en France, cette restructuration se fera largement contre le gouvernement, ou du moins dans un esprit de séparation et non de coordination, et dans un climat de quasi-insurrection des petits et moyens entrepreneurs contre la haute administration tsariste[14]. On retrouve là un effet direct de ce procès en incompétence qu’instruisaient les responsables de l’association pour l’industrie et le commerce depuis les années 1907-1910[15], et dont on a parlé plus haut. Mais, cette situation a eu des conséquences importantes. Elle a jeté les bases d’un état de fait de « double pouvoir » qui va alors se développer en Russie, pour connaître son point fort à la fin de 1916 et en 1917.

Il convient ici de préciser que si les différentes institutions mises sur pied par l’Association de l’Industrie et du Commerce avaient besoin pour fonctionner des commandes de l’Etat tsariste, elles considéraient qu’elles étaient mieux placées que les fonctionnaires de l’Etat pour administrer cette manne financière. Bien entendu, les administrations de Saint-Pétersbourg pensaient le contraire, mais elles avaient désespérément besoin des relais matériels dans les provinces que lui fournissait l’Association. Une situation analogue existe d’ailleurs en France et au Royaume-Uni, mais elle se traduisit par une coopération, plus ou moins harmonieuse, entre les industriels et le pouvoir politico-administratif, car le pouvoir politique y était légitime. En Russie, au contraire, s’il y a une coopération de fait, elle se produit dans un climat de méfiance, de suspicion, de conflit. On perçoit rapidement que l’Etat tsariste a perdu sa légitimité à imposer les formes qu’il souhaiterait d’organisation de l’industrie, même si il en possède incontestablement une partie des moyens. La corruption endémique régnant dans l’administration centrale, l’incompétence aussi de très nombreux hauts responsables qui ne devaient leurs postes qu’à une courtisanerie effrénée, l’incompétence de l’Etat-Major, qui se traduit par des défaites retentissantes, expliquent largement cette dé-légitimation de l’Etat tsariste dans la mise en place de la mobilisation économique et industrielle.

Le conflit entre l’Etat et les industriels

Dès lors, la constitution des Comités Militaro-Industriels ou VPK (Voenno-Promychlennie Komitety), comités locaux organisant concrètement tant la production que la répartition des ressources rares et qui sont fédérés par un comité central le Ts.VPK[16], est l’occasion pour les représentants du capitalisme autochtone, rassemblés autour du groupe moscovite de l’Association de l’Industrie et du Commerce, de tenter une alliance à la fois avec l’intelligentsia technique et avec les travailleurs[17]. La tentative de mettre en place des “comités de travailleurs” (ou Rabotchie Gruppy ) va d’ailleurs aboutir à un conflit ouvert avec l’administration tsariste qui menacera d’arrêter les principaux dirigeants des VPK et d’interdire les organisations qu’ils dirigent[18]. Rappelons que la Russie avait connue, dans les années 1912-1914 une vague montante de grèves ouvrières, touchant l’ensemble des secteurs de l’industrie[19]. La « question ouvrière » comme on le dit à l’époque, est une question éminemment sensible politiquement. Les responsables du Ts.VPK vont, devant la menace de la répression, reculer, du moins en apparence, et renoncer aux « comités de travailleurs » qui leurs auraient permis de tenter de contrôler directement une bonne partie de la classe ouvrière. Mais, en secret, ils ouvriront des négociations avec les organisations politiques clandestines pour des formes de « cogestion » de la classe ouvrière.

La dynamique de ce conflit s’éclaire quand on apprend que, dès 1912-1914, un certain nombre d’industrialistes n’avaient pas hésité à soutenir des mouvements d’opposition clandestins, SR, menchéviques et même bolcheviques[20]. De même on retrouve dans l’organisation centrale des VPK L.B. Krasin, directeur de la branche russe de AEG-Siemens et militant bolchevique notoire, ainsi que nombre de responsables SR. Mais le conflit entre l’administration tsariste et les VPK n’est pas la seule caractéristique de la mobilisation de l’industrie russe. Le réseau des VPK va se doter rapidement de ses propres systèmes de financement, qui reposent à la fois sur la mobilisation des nombreuses petites banques locales et municipales et sur des relations d’échange non-monétaires. Le troc entre les entreprises de ce réseau est régulé par le VPK local qui détermine les rapports d’échange et sert de chambre de compensation. Dans la gestion des créances industrielles, le réseau des VPK devient une alternative potentielle à la Banque Centrale, qui dès lors n’a d’autre solution que de coopérer étroitement avec lui à partir de 1916. Les autorités politiques tsaristes ont été plus que méfiantes vis-à-vis de ce que représentait le mouvement des VPK, dont elles percevaient bien la charge politique contestataire. Cependant, dans certaines administrations des responsables ont rapidement pris la mesure de l’efficacité de cette mobilisation industrielle. Il en fut ainsi pour les services de la mobilisation industrielle au Ministère du Commerce et de l’Industrie.

Cette articulation entre la dimension locale et la dimension nationale favorisa l’émergence au sein des VPK d’une logique d’organisation par branches industrielles. Dès la seconde moitié de 1916 on voit apparaître une double structuration de l’économie russe, à la fois organisée sur une base territoriale et sur une base verticale. Aux structures financières locales, instituées par les VPK des provinces, vient alors s’ajouter des structures financières spécialisées par branches ou par secteur d’activité. Celle-ci va donner naissance à une tradition d’administration de l’économie sous une double base, territoriale et par branches industrielles, à travers la coordination progressive entre les ministères et les VPK[21]. Cette structuration sera reprise telle qu’elle après la révolution d’Octobre, et va perdurer pendant pratiquement la totalité de l’histoire de l’URSS[22].

Jacques Sapir

Notes

[1] Feldman G.D., Army, Industry and Labor in Germany : 1914-1918, Princeton University Press, Princeton, 1966

[2] De Man, H., Réflexions sur l’économie dirigée, Bruxelles et Paris, L’Églantine, 1932.

[3] Bucholz A., Moltke and the German Wars, New York, Palgrave Macmillan, 2001.

[4] Merton R., 1971, ‘Bureaucratic Structure and Personality’ in A. Etzioni (ed.), A

Sociological Reader on Complex Organizations, 2nd edition, London, Holt, Rinehart & Winston, pp. 47–59

[5] Cochrane G., Max Weber’s Vision for Bureaucracy – A casualty of World War I, New York, Palgrave-MacMillan, 2017.

[6] Il fut tué en 1922 par Erwin Kern et Hermann Fischer de l’organisation Consul.

[7] Voir David F., Walther Rathenau and the Weimar Republic, Baltimore, The Johns Hopkins Press, 1971

[8] Rathenau W., La Mécanisation du Monde, traduction française par J. Vaillant, Aubier-Montaigne, Paris, 1972.

[9] Sidorov A.L., Ekonomitcheskoe Polozhenie Rossii v gody pervoj mirovoj vojny, Nauka, Moscou, 1973

[10] Schiavon M., L’Autriche-Hongrie la Première Guerre mondiale : La fin d’un empire, Paris, Éditions, SOTECA, 14-18 Éditions, coll. « Les Nations dans la Grande Guerre », 2011, p. 133.

[11] Andolenko S., Histoire de l’armée russe, Paris, Flammarion, 1967

[12] MacLasha Y. et Jean Lopez, « Alexeï Broussilov, des Blancs aux Rouges », in Guerres et Histoire, no 39, avril 2016.

[13] Voir Huan C, La marine soviétique en guerre : tome I Arctique, Paris, Economica, 1991,

[14] Zagorsky S, State control of the industry in Russia during the War, Yale University Press, New Haven, 1928.

[15] Goldberg C, The association of Industry and Trade: 1906-1917, op.cit..

[16] L.H. Siegelbaum, The politics of industrial mobilization in Russia : 1914-1917, Macmillan, Londres, 1983

[17] P.V. Volubuev et V.Z. Drobizhev, “Iz istorij goskapitalisma n natchal’nji period sotsialistitcheskogo strojtel’stva SSSR”, in Voprosy Istorii, n°9, 1957, pp. 113-121.

[18] L.H. Siegelbaum, The politics of industrial mobilization in Russia : 1914-1917, op. cit.

[19] Nossatch V.I., Profsoyuzny Sankt-Peterburga 1905-1930, op.cit.. Ferro M., La Révolution de 1917, t.1, La Chute du tsarisme et les Origines d’Octobre, Paris, Aubier, 1967. Badayev A., Bolcheviki v Gossudarstvennoj Dume – Vospominanja, [Les Bolchéviks à la Douma d’Etat], Moscou, GosIzPolLit, 1954.

[20] Voir les documents de l’Okhrana publiés dans Istoritcheskii Arhiv, n°6/1959, pp. 8-13, et n°2, 1959, pp. 13-16. Voir aussi I.S. Rozental, “Russki liberalizm nakanune pervoj mirovoj vojny”, in Istorija SSSR, n°6, 1971, pp. 52-70.

[21] A.L. Sidorov, Ekonomitcheskoe Polozhenie Rossii v gody pervoj mirovoj vojny, Nauka, Moscou, 1973.

[22] Sapir J., L’économie mobilisée. Essai sur les économies de type soviétique, La Découverte, Paris, 1990.

29 réponses à [Russeurope en exil] 1917 : Guerre et Révolution, par Jacques Sapir

Commentaires recommandés

Milsabor Le 16 octobre 2017 à 09h12

Voilà un commentaire incisif bien pauvrement argumenté, pouvez-vous citer des sources SVP ?

  1. Christian Gedeon Le 16 octobre 2017 à 06h54
    Afficher/Masquer

    De l’art et la maniére de ne pas prononcer une seule fois le nom de Lénine et de sa collaboration avec les allemands contre son propre pays! Faut le faire,faut oser…Sapir l’a fait sans sourciller. Les autres éléments etaient déjà largement connus.


    • Milsabor Le 16 octobre 2017 à 09h12
      Afficher/Masquer

      Voilà un commentaire incisif bien pauvrement argumenté, pouvez-vous citer des sources SVP ?


    • jaakline Boyer Le 16 octobre 2017 à 11h32
      Afficher/Masquer

      C’est la thèse la plus réac sur la Révolution d’Octobre: Lénine ” agent des allemands. Nombreux le disent…dans certains milieux, toujours les mêmes. Cela démontre seulement que l’histoire n’est pas une science exacte. Vous ajoutez un nouveau ouvrage ” historique “de Stéphane Courtois, omniprésent dans les médias dits sérieux ( ex. France Culture ) et vous aurez le tableau de la haine que suscite toujours cet événement majeur du XXe siècle.


    • guigui Le 16 octobre 2017 à 11h37
      Afficher/Masquer

      Je ne vois pas en quoi négocier la paix qui était demandée par une grande majorité du prolétariat ouvrier et paysans de ce qui était alors l’empire russe est une trahison.
      Lénine et le parti bolchevique n’ont fait qu’utiliser les contradictions des nations impérialistes européennes pour faire triompher la révolution.
      Si les bolcheviks ont eu un si grand succès en octobre 1917 c’est aussi parce que le gouvernement révolutionnaire issu de mars de la même année a trahi sa promesse de mettre fin à la guerre avec l’Allemagne. Guerre qui était très largement impopulaire auprès de la population


      • Christian Gedeon Le 16 octobre 2017 à 12h39
        Afficher/Masquer

        C’est que voyez vous,cette fameuse” Paix” à la quelle vous vous référez est,pardonnez moi,une vue de l’esprit. La guerre civile russe qui s’en est suivie à fait quelque millions de morts supplémentaires, et détruit une bonne partie de l’industrie et de l’agriculture russes. Sans compter le fait que le commandement allemand a pu transférer sur le front ouest les troupes ainsini libérées du front russe,et prolonger la guerre de presque un an…. Allez zou quelques millions de morts supplémentaires de par, chez nous…français et allemands confondus,sans parler des bruits et des ricains…l’argument de la paix est joli à entendre,recevable en esprit…. Et complètement faux dans les faits,hélas.


        • Geof' Le 16 octobre 2017 à 16h17
          Afficher/Masquer

          personne n’y était, on est d’accord ?

          tu es bien péremptoire, Christian…

          c’est tout un débat,

          une remarque néanmoins…”allez zou” : pourquoi les français et les anglais ont-ils soutenu les russes blancs dans la guerre civile d’après WW1 ?

          ils tiraient des balles en caoutchouc ? et les famines en Ukraine, qui est responsable ? seulement staline-le-boucher ?

          Geoffrey, neo-communiste (et oui…) belge


          • christian gedeon Le 17 octobre 2017 à 09h56
            Afficher/Masquer

            Soutenu les russes blancs? comme la corde soutient le pendu oui…tiens,pour le coup,çà c’est une légende assez rigolote.Et les famines en Ukraine,pour vous c’est qui? les français et les anglais? si vous avez des éléments là dessus,je suis preneur,vraiment,et sans ironie aucune.


            • Geof' Le 17 octobre 2017 à 14h27
              Afficher/Masquer

              parce que les anglo-français étaient neutres, c’est çà ta version ?
              des sortes de casques bleus avant l’heure, en somme…

              et pour les famines : c’est un peu dur de labourer/semer/récolter/conserver du blé (incendies des fermes, pillages, réquisitions forcées…) quant y a la guerre civile, ça me paraît évident. Et je doute que les “blancs” fussent les gentlemen dans cette histoire…

              je ne nie pas que staline fut le boucher de l’Ukraine, de la Russie…, je rappelle juste que les buts de guerre doivent être compris avant d’appréhender un phénomène de massacre de masse…

              et si les russes blancs avaient déposés les armes très tôt,
              et si l’Ukraine avaient choisi le communisme plutôt que le nationalisme, et si…
              et si…

              Geof’, neo-communiste anti-stalinien


    • Sandrine Le 16 octobre 2017 à 12h31
      Afficher/Masquer

      @C. Gédéon : J. Sapir ne parle pas de ce point parce que ce n’est tout simplement pas le sujet de l’article!!
      Le propos de J. Sapir est de montrer que, contrairement aux poncifs et aux idées reçues l’économie de l’URSS n’était pas en rupture fondamentales avec les évolutions du capitalisme contemporaines de la première guerre mondiale, capitalisme qui impliquait alors une mobilisation totale de la population à travers l’organisation tayloriste non seulement de la production mais de toute la société. Lénine a appliqué l’idée tayloriste de manière systématique (plus systématique qu’ailleurs sans doute) en mettant notamment en oeuvre le plan.
      Vous noterez cependant que l’idée de plan n’est pas spécifiquement marxiste, elle a été développée à l’origine par des économistes allemands socialistes, mais non marxistes. Et elle n’a d’ailleurs pas été utilisée que par Lénine, mais également par de nombreux pays capitalistes.


      • Geof' Le 16 octobre 2017 à 16h21
        Afficher/Masquer

        magnifique, Sandrine..

        mais je n’aurais pas formuler ton 1er paragraphe ainsi : Jacques Sapir a expliqué sur son site que le capitalisme tsariste était très particulier, orienté vers l’extérieur (import/export) et tenu par l’aristocratie…

        Geof’


    • bob Le 16 octobre 2017 à 12h35
      Afficher/Masquer

      lenine a collaboré avec les allemands …
      che guevara était un boucher …
      c’est grace aux usa que l’allemagne nazie a perdue la guerre …
      maduro est un dictateur …

      Ah, propagande et lobotomie sont les deux armes du systeme capitaliste !


    • fanfan Le 16 octobre 2017 à 14h38
      Afficher/Masquer

      “En 1918, le journaliste américain Edgar Sisson, représentant en Russie du Committee on Public Information, publie aux États-Unis une série de documents ramenés de Russie et prouvant que Trotski, Lénine et les autres révolutionnaires bolcheviks étaient des agents du gouvernement allemand.”
      ——— MAIS
      “George Kennan, en 1956, démontre que ces documents étaient en quasi-totalité des faux.”
      (George F. Kennan, « The Sisson Documents », Journal of Modern History 27-28 (1955-1956), p. 130-154.)


    • DocteurGroDois Le 16 octobre 2017 à 15h50
      Afficher/Masquer

      Les Allemands ont très intelligemment financé indirectement les nationalistes Irlandais et Finlandais, mais aussi des révolutionnaires de tout poil dont Trotsky qui publiait des articles pacifistes à Paris. Ils appelaient ça la Revolutionierungspolitik.

      Les Allemands avaient besoin d’une paix avec la Russie pour pouvoir se retourner sur le front de l’Ouest. Or, Lénine était fanatiquement pacifiste, et sa priorité était d’arrêter la guerre. L’Allemagne avait donc tout intérêt à l’aider à rejoindre la Russie dans l’espoir qu’il prenne le pouvoir et signe un armistice.

      De son coté Lénine n’a certainement eu aucun problème à promettre ce qu’il souhaitait avec beaucoup d’aveuglement: la paix. Mais il n’y a aucune preuve de contrôle Allemand à son égard. Les Allemands avaient fait un pari stratégique désespéré qui a presque réussi.

      Donc oui: Lénine a accepté l’aide Allemande. Non: Lénine n’était pas un agent Allemand.


      • Karim Wilmotte Le 16 octobre 2017 à 17h32
        Afficher/Masquer

        D’autant que cette stratégie s’est terminée en révolution Spartakiste (exterminée) en Allemagne.


      • Camille Le 18 octobre 2017 à 04h23
        Afficher/Masquer

        ils finançaient aussi des groupuscules groupuscules en France ; idée de Bismarck ; c’est ainsi que l’Allemagne fragilise ses voisins ; on s’interroge sur 68 avec DCB.

        Pour la France, on peut lire “Les cahiers secrets de Tuileries”

        “les possédés” (ou “les démons”) de F. Dovstoeivski fut interdit jusqu’en 1945 car il décrivait trop Lénine. Je pense que la raison est qu’on y lit que l’organisation et le financement du groupuscule sont extérieurs à la Russie.
        Rappelons que FD vivait dans la chambre voisine d’un tel groupuscule (Carrère d’Encausse “Alexandre II)”). Celui qui assassina Alexandre II . Donc FD a tendu et su beaucoup de choses …

        On lit ici que les industriels avaient aussi intérêts à la révolution.

        De telles révolutions nécessitent des moyens financiers colossaux (acheter des militaires, des policiers, des snipers, des mercenaires, etc). Un groupe extrémiste peut-être financé par un pays étranger et/ou des intérêts financiers


  2. Catalina Le 16 octobre 2017 à 08h59
    Afficher/Masquer

    Bonjour,
    Je m’attendais à un article sur la révolution, vu le titre. Christian, vous avez sans aucun doute des éléments pour supporter votre affirmation ? ça serait sympa de partager.


    • christian gedeon Le 16 octobre 2017 à 10h18
      Afficher/Masquer

      la polémique sur le sujet n’est pas près de s’éteindre. les historiens “communistes ” ou de gauche sont dubitatifs sur l’interprétation des faits,ceux de droite sûrs de leur coup. mais les faits eux même sont incontestables et incontestés. Et comme je n’aime ni le deuxième reich,ni Lénine et sa clique,et que je n’y étais pas,n’est pas, je me suis forgé après moultes lectures une “opinion de droite “en l’occurence. A dire vrai une opinion plutôt légitimiste car j’ai toujours considéré que la révolution russe avait mis la Russie à genoux,et que j’aime la Russie.


  3. christian gedeon Le 16 octobre 2017 à 09h50
    Afficher/Masquer

    Déjà modéré…taper Lénine et le wagon plombé ou scellé ou autre adjectif…éventuellement lire Soljénytsine ou Pearson,entre autres. Bien à vous.


    • Catalina Le 16 octobre 2017 à 13h41
      Afficher/Masquer

      ma famille a vécu tous ces faits historiques et leur lecture n’est pas la même que vous, cette révolution a apporté énormément aux Russes et au monde. Je vous dis ça, je suis petite-fille et arrière-petite-fille d’aristocrates hongrois et j’aime la Russie d’aujourd’hui. Cela peut sembler bizarre, mais j’ai eu la chance d’avoir une éducation ouverte sur le monde et très mesurée quant aux jugements de l’histoire, écrite par les vainqueurs.


      • christian gedeon Le 17 octobre 2017 à 10h26
        Afficher/Masquer

        Moi aussi,j’aime la Russie d’aujourd’hui,mais pas celle de l’URSS. Et franchement à qui vous fait penser Vladimir Poutine spontanément…Staline ou le Tsar? Plutôt au second qu’ au premier,non?


    • fanfan Le 16 octobre 2017 à 15h02
      Afficher/Masquer

      George F. Kennan. The Sisson Documents. Source: The Journal of Modern History, Vol. 28, No. 2 (Jun., 1956), pp. 130-154 …
      http://wiki.istmat.info/_media/%D0%B4%D0%BE%D0%BA:sisson:the_sisson_documents.pdf


  4. pucciarelli Le 16 octobre 2017 à 10h56
    Afficher/Masquer

    Parti pris

    M. Gedeon cite des faits probablement vrais. Mais quelle importance? La signification de 1917 ne réside en rien dans ce qui aurait été une stratégie allemande pour gagner la guerre avec la disparition du front russe. Elle est essentiellement une tentative de contrer un ordre mondial mortifère. Que les suites de l’expérience bolchevique aient été décevantes, voire carrément désastreuses (pour diverses raisons précises) est sans doute un fait.
    Que 1917 reste la première tentative de créer un “nouvel ordre mondial”, avec ses défauts, en est un autre.
    Voyons où nous mène aujourd’hui l’ultra libéralisme, qui respecte de moins en moins la démocratie, les libertés individuelles et l’état social, produisant la paupérisation et les risques de guerre à un rythme accéléré.
    Non, 1917 ne peut pas être un modèle, mais la révolution d’octobre montre que le système oligarchique n’est pas indestructible. S’attarder sur la problématique initiale de la naissance de l’URSS sans porter un regard lucide sur ce qui nous advient relève du parti pris. Et d’une vision de l’histoire perfectible.


    • Christian Gedeon Le 16 octobre 2017 à 12h43
      Afficher/Masquer

      Vu comme ça,il n’y a pas de réponse possible…et sans vouloir vous contrarier l’oligarchie à ete remplacée par la nomenklatura.Et vous avez raison,je suis de parti pris.


  5. bob Le 16 octobre 2017 à 12h37
    Afficher/Masquer

    je vous invite a regarder ces vidéos d’un colloque sur la revolution de 17 :

    https://amisdelaliberte.fr/index.php/videos2017/2017-10-14colloque-revolution-octobre-1917


  6. fanfan Le 16 octobre 2017 à 15h36
    Afficher/Masquer

    et à relire Lénine : “L’Impérialisme, stade suprême du capitalisme” (1917)
    http://www.centremlm.be/IMG/pdf/lenine-imperialisme.pdf


    • Silk Le 17 octobre 2017 à 22h56
      Afficher/Masquer

      Ce qui est largement plus intéressant que la majorité des commentaires plus haut.
      Merci 😊


  7. Geof' Le 16 octobre 2017 à 16h31
    Afficher/Masquer

    et personne ne remercie Jacques Sapir pour son travail ?

    Moi, je suis communiste parce que je ne suis pas parvenu à justifier que qqn naisse avec “tout” et qu’un autre doive vivre dans la dépendance du premier parce qu’il n’a “rien”…

    et j’en apprends tjrs plus/mieux sur le communisme : ce qu’il a été, ce qu’il peut être, ce qu’il doit ne plus être…

    L’Histoire permet de prévoir l’avenir…le temps est-il linéaire ou circulaire ?

    Geoffrey, neo-communiste belge


  8. Krystyna Hawrot Le 16 octobre 2017 à 22h45
    Afficher/Masquer

    L’article est extremement intéressante justement en ce qu’ll montre les raisons de la revolution à l’intérieur du pays et notamment la collaboration de la bourgeoisie industrielle contre le tsarisme mais avec les groupes et organisations ouvrières. Pas besoin d’Allemagne et de wagon plombé pour cela les cause internes étaient largement suffisantes.


  9. Marc Michel Bouchard Le 16 octobre 2017 à 23h09
    Afficher/Masquer

    Les révolutions libérales du 19ème siècle ont bouleversés l’aristocratie des féodaux et celle des chrétientés catholique et orthodoxe en Europe. Un ordre nouveau par les révolutions de gauche libérale et socialiste a créé un horizon de chaos sur le fond du changement. La Russie encore impériale et tsariste en 1914 comme l’empire Austro-hongrois ont finalement succombé en 1917 au mélange du chaos et des révolutions apporté premièrement par 1789. Le retard technique et secondairement culturel demande à être comblé chez les peuples, sinon le colonialisme ou le néocolonialisme menacent.

    C’est une leçon de l’histoire, nous aurons aussi des régimes financiers et féodaux comme l’Arabie Saoudite, si la modernisation politique et laïque ne se fait pas.


Charte de modérations des commentaires